« Descends de cet arbre !... »

« Mais ma Raison, c’est le bois dont on fait les crayons de couleur ! Regarde les cimes taillées des branches ! Regarde ! On y voit du noir, du jaune, du blanc !... »

« Si le bois est à la feuille immaculée, le sang des arbres : c’est devenu l’encre des dessinateurs… »

« Mais ma Raison, en première ligne, l’esquisse de la Liberté est à la pointe de nos mines !... Qu’importe les épines, les coups bas, les châtiments ! L’intimidation exacerbe l’imagination, la torture affermit les dorures, les menaces avivent les dédicaces ! La satire a fait de nous des martyrs ! Si aujourd’hui, on nous assassine, le prix de notre sacrifice est l’Obole à la corbeille d’un monde meilleur !... »

« Toutes les couleurs ne se mélangent pas… »

« Mais ma Raison, alors regarde les reflets ! Dans les frissons de l’onde, on y voit les expressions des Sentiments les plus forts !... N’est-ce pas déjà les prémisses de l’Amour ?... »

« Tu vas tomber !... »

« Ma Raison, je suis déjà mort… Mais le printemps reviendra toujours avec d’autres crayons de couleur… »