Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le défi du samedi

Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 660
Derniers commentaires
Archives
27 avril 2019

Duel (maryline18)

 

...À la pagaille d'une castagne, je préfère les duels. Un autre style, me direz-vous, mais quelle classe ! Le rendez-vous est donné ou alors improvisé, pour les yeux d'une belle, dont la beauté ensorcelle...

...Au désordre d'une castagne, je préfère les duels. Pas de mobilier cassé, mais un jeu de cape et d'épée où seule l'adresse et l'agilité permettent de gagner, de garder la vie et l'amour de la bien aimée.

 ...Aux cris confus d'une castagne, je préfère le souffle qu'Eleanor retient, car bien sûr, son coeur appartient déjà au beau Stewart Granger. Gagnera -t-il son amour ou perdra-t-il la vie? Ce défi me donne l'envie de revoir Scaramouche !

...Aux coups désordonnés que distribuent une castagne, je préfère imaginer le bras, fièrement prolongé par l'épée, qui ira peut-être se loger, dans la poitrine du rival...Atteindre le coeur, celà peut faire très mal, mais n'oublions pas l'élégance, qui pardonne, à mon sens, bien des impostures. 

...Aux lendemains calamiteux d'une castagne, je préfère la personnalité révélée, des protagonistes d'un duel. L'un est éteint (mort), l'autre est brillant (vivant). Le plus gracile, le plus subtile, le plus intelligent, a  pris l'avantage. Il y a, vous vous en doutez, plus d'une façon de mener un duel et d'autres armes que l'épée bien sûr...   

Publicité
27 avril 2019

Je m'en bats les ...castagnettes? (Laura)

 

Je suis loin d'être un modèle de beau langage; j'utilise beaucoup le mot de Cambronne et s'y mêle souvent des termes faisant allusion au sexe féminin ou au plus vieux métier du monde, peut-être parce que je suis passée par le sud. Bref, je ne suis pas prude non plus, loin de là.

Mais lorsque j'entends dans la cour des lycées où je travaille dans la bouche des filles, je m'en bats les c....les! ça heurte mes oreilles comme les "fuck" du cinéma anglo-saxon en VO. Ne me demandez pas pourquoi mais je trouve ça moche comme les joggings en molleton hors de chez soi ou de la salle de sport.

Alors pourquoi ne pas dire plutôt, Je m'en bats les ...castagnettes?

 

20 avril 2019

Défi #556

Pour vous proposer ces sujets que vous appréciez certainement à leur juste valeur, j'ai pris l'avance et établi une liste qui couvre encore une cinquantaine de propositions à venir.

Régulièrement bien sûr, au moment de poster le sujet, je change d'avis et en choisis un autre, on ne se refait pas.

Ce sera le cas aujourd'hui encore jugez-en plutôt : la liste stipulait "Cathèdre". Comme je ne veux pas foutre le feu au blog, je vous laisse choisir :

Castagne ou castagnettes

Et si vous pouvez associer les deux, ce sera encore mieux.

5563

20 avril 2019

Ont choisi leur bastringue (ou pas...)

20 avril 2019

BASTRINGUE (Venise)

 
Je ne voudrai rien qui mente,
Je cherche la beauté violente,
Pour me défendre de ce corps difforme
C’est ainsi que parlait TOULOUSE-LAUTREC chaque soir au bastringue.
Il s’affranchissait de son triste sort par la folie des corps des femmes.
Elles seules pouvaient le laver de ses désespérances.
Battu par l’averse des mauvaises circonstances d’une naissance non désirée
Il reste un enfant dans la forêt des robes et des rires de toutes celles qui auraient pu l’enfanter.
Lui seul est en droit de les peindre
La Goulue, Joie d’AVRIL rendue aux vivants.

v
Le peintre boit jusqu’à la lie le mouvement du corps, brisant le sort qui lui tient la bride
Le cheval peut aller au galop.
Ainsi les eaux calmes du chevalet se font fleuve, s’effacent alors les barreaux qui l’emprisonnaient.
Au petit matin en quittant le bastringue d’un pas claudicant nait le jour du tableau
C’est dans sa peinture que l’on peut apercevoir la splendeur du hasard et de la joie.
Ce qui aurait pu être une ampoule sale dans un taudis, se révèle ici dans la lumière de ses couleurs vives.
Ils s’inclinent devant elles comme on s’incline devant le mépris.
La beauté ici grandit de toutes ses injures faites au peintre.
Ce bastringue reste le berceau de son art.

Publicité
20 avril 2019

Les baltringues par bongopinot

b


Ils étaient trois marmots
Partis à un bal de quartier
Pour chanter pour jouer
Dans un vacarme de mots

Avec une musique de bastringue
Faite d’un tintamarre de poêle
De cuillère couvercle et casserole
Qui leur ont valu le mon de baltringue

Trois jolies petites têtes
Trois joyeux drilles
Avec des yeux qui brillent
Et un sourire de fête

Toujours prêts pour s’amuser
Bal populaire carnaval
Et plus tard aux festivals
Donnant leurs récitals endiablés

Ils sont toujours trois poteaux
Partis pour une grande tournée
Saluant le printemps et bientôt l’été
Toujours dans un vacarme de mots

20 avril 2019

Deux thunes dans l'bastringue (Lecrilibriste)


Mets deux thunes dans l'bastringue
histoire d'ranger ta chambre
et si t'es pas sourdingue
depuis 15 jours d'attente
sous peine de harangue
à ranger ton tipy
faut t'entreprendre !

C'est ainsi que l' sam'di
entre l'aube et l'minuit
des slips à la calandre
Léo rangeait sa chambre
briquait sa limousine
et rangeait son bastringue
avec Jean Constantin
en stéréophonie

les chausset's sous le lit
et les bouquins aussi
les cours éparpillés
la moitié des outils
au garage les tapis
qu'il fallait aspirer
les freins et les amplis
qu'il fallait vérifier
Du garage au tipy
en fonction de l'ienvie
il pensait tout mener
avec dexterité
mais il y'avait un mais
les freins étaient usés
les tapis étaient cuits
et les chaussettes trouées

Jean Constantin conquis
le poursuivait ravi
du garage au tipy
pour deux thunes dans l'bastringue
le voir enl'ver ses  fringues
et les mettre à tourner
en machine à laver
aspirer les tapis
pour prom'ner sa chérie
c'était pas du tout cuit

L'ado a fait des p'tits
et c'est pourquoi depuis
quand il 'y' a trop l' bastringue
dans les chambres d'ses chéris
il détourne les yeux
au garage il  se meut
range pinces et outils
sagement répartis
sur le panneau construit ...
entre aubes et minuits
pour deux thunes dans l'bastringue

20 avril 2019

pause publicitaire (joye)

Musique : "La Bastringue" de Bolduc

Images : Google images

20 avril 2019

Quatorze juillet (Val)

 

Ses amies avaient insisté pour qu’elle vienne passer la soirée au bal du quatorze juillet avec elles. Rien d’excitant pourtant: une piste de danse en parquet, posée sur la pelouse du stade, un orchestre local, une buvette, et des tables faites de tréteaux. 

Et elle avait accepté. Elle ne sait pas bien pourquoi. Probablement pour entretenir sa liberté. La fête serait sans intérêt probablement. Les copines sans discussions passionnantes. La musique assez mauvaise. Rien de prometteur. Mais c’était l’occasion encore une fois d’asseoir une sorte d’affranchissement qu’elle chérissait tant. 

La liberté, c’est si fragile. On oublie de faire ce que l’on veut pendant un mois, et ça devient une habitude pour l’entourage, qui bientôt semble exiger ce qu’il n’aurait pas osé réclamer si on n’avait pas eu cette faiblesse de se laisser diriger quelques temps. Elle savait cela d’expérience. Alors, elle s’évertuait à sortir seule, parfois même sans envie. 

Et elle était là, assise au milieu d’elles. Elle n’avait pas envie de danser. Elle avait chaud. Elle avait déjà bu un orangina. Elle écoutait vaguement plusieurs conversations alentour mais tout lui semblait imbéciles : les gens, la musique, les lampions, les conversations... sa présence ici. 

Elle s’ennuyait. Voilà la vérité. Elle n’avait pas envie de danser. Au vu entrain. Une vague lassitude. Et elle regrettait de s’être laissée convaincre, finalement. Une soirée de lecture perdue. Pour rien. Cela la désolait, au fond.

Bien sûr, elle aurait pu se barrer. Rentrer chez elle, mettre sa tenue de nuit, ouvrir un livre... mais il aurait fallu se justifier, avouer que ces soirées ne lui apportaient rien. Elle s’y refusait également.

Tout l’agaçait. La musique était bien trop forte. Ses amies bien trop alcoolisées (c’est toujours le problème quand on est la seule à ne pas boire d’alcool). Rien n’allait. Elle s’irritait seule, assise, dans le bruit. 

Soudain, elle sentit vibrer son téléphone, rangé dans la poche de sa veste en jean. 

Elle pris l’objet sans conviction. Qui pouvait bien lui écrire à cette heure tardive? Celles qui avaient ces habitudes étaient toutes là...

Elle ouvrit le message et lut un seul mot, qui balaya tout l’agacement accumulé depuis le début de la soirée. 

« Viens! ». 

Elle sourit malgré elle. Se leva. Déclara qu’elle rentrait, prétexta la fatigue. 

Elle marche d’un pas rapide et tremblant jusqu’à sa voiture. 

Elle sourit encore une fois au volant, et démarra. 

Sa soirée commençait.

 

20 avril 2019

Le Bastringue (maryline18)

 
Le Bastringue, c'était l'endroit à la mode, le mieux coté ...(non j'exagère), le plus accessible, de nos campagnes du Pas-de-Calais, à des kilomètres à la ronde. Comme tous les lieux fréquentés par les jeunes, il avait ses habitués. Tu étais l'un de ceux-là, avec ton p'ptit côté Josh Randal (dans "Au nom de la loi"), tu m'avais tapé dans l'oeil !

Je venais m'y trémousser sur des airs de New-Eve et tant pis si j'y respirais mal... La fumée de centaines de cigarettes, s'élevait just'au dessus de nos têtes, pour très vite ne plus former qu'un monstrueux brouillard, piquant nos yeux et imprégnant nos vêtements.

C'était l'excuse toute trouvée pour sortir prendre le frais, et pour ainsi pouvoir se parler puisqu'à l'intérieur, la musique trop forte, nous obligeait à user d'un autre moyen de communication. Une œillade voulait dire : <<Je t'ai repéré>>, un rapprochement :<< Tu me plais>>, un regard accompagné d'un sourire : << Je te réserve toute la série de slows qui arrivent...>>.

On avait toute la vie pour discourir mais, que ces soirées pour nous étourdir. Nous étions pris d'une urgente envie de vivre nos émotions, en vitesse accélérée, en montant dans les tours et en poussant les rapports ! La désillusion transformerait bien assez vite nos bolides en citadines raisonnables, avec reprise à l'argus... avant... l'ultime prime à la casse...

Ces soirs là, j'abandonnais mon jean et mes tennis pour des jupettes à volants, des chemisiers cintrés ou des robes minimalistes. << On a pas tous les jours dix-huit ans !>> J'assumais une féminité, un soupçon provoquante, sublimée par des regards appuyés de mâles aux aguets. J'étais là pour séduire...pour TE séduire.

-Viendrais-tu, ne viendrais-tu pas ?

Plusieurs fois, il me semblait t'apercevoir, il me semblait reconnaître tes cheveux, ta nuque, ta démarche, ton blouson préféré...Alors, le coeur battant je m'approchais, je glissais comme une anguille entre les rochers, slalomant entre les danseurs. J'écrasais inévitablement des pieds, m'excusais, écartais sur mon passage des filles qui ralaient, des jeunes hommes qui me dévisageaient.

Des jeux de lumières, projetaient des pastilles multicolores sur les murs. Des rayons transperçants balayaient la piste de dance et  exhibaient nos dessous blancs en rythmes syncopés.

J'approchais ton fantôme, et traînais une nouvelle fois ma mine dépitée, le long des banquettes molles. Je m'asseyais quelques instants puis refaisais le chemin inverse pour me rendre aux toilettes. Les lieux étaient toujours occupés, les miroirs toujours pris d'assaut. Je jouais des coudes, la concurrence était rude...Je vérifiais alors ma coiffure, me repassais un peu de rouge sur les lèvres, réajustais mon chemisier...Dans une chaleur moite, on s'aspergeait de déodorant et on avalait une giclée d'eau fraîche, du robinet.

À force de t'espérer tu es arrivé.

Mon regard, habitué à scruter les lieux s'est éclairé, d'un coup, d'un seul et t'a amené à moi par la voie rapide du désir qui couvait... J'avais balisé nôtre espace pour ne plus te perdre, toutes griffes dehors, j'étais prête à en découdre avec qui t'approcherait ! Je m'appropriais, en un instant, ton sourire et tes baisers. 

Tu étais paré de tes plus belles jantes, et c'est, m'aveuglant de tes pleins phares que tu t'es garé tout contre moi, avec juste ce qu'il fallait d'arrogance, pour me plaire...Moteur tout ronronnant, peinture pailletée d'or, carrosserie étincelante, ton habitacle était stylé, et tes essuies-glaces plus qu' efficaces. Ton rodage était manifestement terminé.. Tu m'as emmené, sur les chapeaux de roues...La balade fut mémorable, la chaleur, tout d'abord intimiste, s'intensifia pour trouver son apogée sous un ciel étoilé. Je suis rentrée, des nuages éfilochés dans mes cheveux décoiffés et les yeux plus clairs que jamais. Les lutins de mon enfance perdue, culbutaient dans les fossés. le mal des transports ne m'avait pas flanqué la nausée, une fée ne m'avait pas quittée... Tu es reparti avant l'aube, le réservoir presque à sec... Je t'ai fait un petit signe de la main. Il te fallait visiter encore tant de lieux-dits et prendre tant d'autres chemins...sur la longue route de la vie.  Quand j'y repense, j'en souris,...et je fredonne,... NON...!, riiiien de riiiien, NON...!, je ne regrette riiien...

 

20 avril 2019

Pari risqué (Walrus)


Parmi les nombreuses acceptions (j'ai eu un copain qui confondait allègrement ce terme avec "acceptation", mais c'est normal, il était prof de... français) du terme bastringue, je me suis demandé si l'un ou l'autre participant se pencherait sur celle relevant de l'argot (cf le point B du lien ci-dessus).

Et j'ai parié que non !

Mais finalement, aujourd'hui, connaissant la hardiesse sournoise et décontractée de quelques uns d'entre eux, je me demande si je ne vais pas l'avoir dans le...  et raviver ainsi le souvenir ancien d'une certaine biopsie de la prostate.

20 avril 2019

Cendrillon (Pascal)


Après dix-sept heures, quand les bus de l’arsenal nous avaient déposés devant la Porte Principale, on s’essaimait en courant, vers la liberté. En début de mois, quand nos poches avaient les quelques billets de la solde, les bastringues de la basse ville de Toulon, véritables lieux de perdition, étaient naturellement nos quartiers généraux. Le Jean Bart, le Richelieu, le Sous-marin bar, le Savannah, pour ne citer qu’eux, avaient pignon sur rue, dans Chicago, le quartier mal famé de la ville.  
Nous déferlions dans les venelles, nous en devenions l’agitation, nous étions le sang dans les veines de la dépravation érectile ; nous étions la rumeur, les cris, les rires, les chansons à boire ; nous étions les exactions, les bagarres, les punitions, le tintamarre…  

Ces bataclans de troisième zone étaient nos soupapes de sécurité ; nous en avions besoin, après l’enfermement du bord. C’était vital ; plus que tout, dehors, il nous fallait empoigner, harponner, re-sacraliser ce que les règlements nous interdisaient, dedans ; à vingt ans, on dévorait tous les fruits de la jeunesse, avec les pépins et les noyaux, et on ne laissait rien qui puisse se regretter un jour. Là, dans le tumulte ambiant, dans la chaleur moite des confidences braillées, il s’y retrouvait des bordées de marins, des filles à matelots pour les accueillir, et des bières, et des bières, pour rincer tous les gosiers des assoiffés…

On avait nos serveuses préférées, les attitrées, ces belles adulées, qu’on espérait toujours, à un moment ou à un autre, blottir dans le creux de notre épaule ; on ne les voulait plus que pour nous mais elles étaient pour dix, pour cent, pour mille !...  
On les accaparait ! On recommandait sans cesse, dans le bleu de leurs yeux, de quoi leur soupirer ce que leurs sourires indécents nous inspiraient.
Évanescentes sirènes sur la plage de nos délires infinis, pépites scintillantes dans les reflets des bouteilles, mirobolantes ingénues, chimères en chair appétissante, elles remplissaient d’un côté, elles sirotaient, toujours à notre santé, de l’autre…
Entre le mascara débordant, les paillettes clignotantes, les ombres flatteuses, les crissements prometteurs des bas-résilles, pour une œillade, une cigarette partagée, des tabourets contigus, nous étions les chevaliers de leurs mouchoirs presque brodés…  
Et tant pis si Déborah, c’était Lucette, si Sonia, c’était Simone, si Maéva, c’était Raymonde ! Là, dans les vapeurs de l’alcool, la musique tintammaresque, la fumée opaque, la sueur adipeuse, notre imagination d’aventuriers insatiables débordait la réalité…  
Vahinés, elles étaient l’exotisme de nos fantasmes fous ; pétroleuses et naufrageuses, elles nous descendaient en flammes ou bien, elles nous ravivaient avec une seule grimace de briquet ; mystérieuses, fausses pudiques, princesses imprenables, mais vraies joueuses, hydres nuiteuses, impudiques ensorceleuses, elles aiguisaient nos stratagèmes, trémoussaient langoureusement leur corps et nous nous obstinions dans cette chasse au trésor…  

Tout à coup, une nouvelle marée de tournées nous emportait plus loin que tous les posters jaunasses du bastringue ; la mousse aux lèvres et le feu aux tempes, l’alcool aidant, les blondes étaient blondissimes, les belles étaient magnifiques ; puisque tout n’était qu’illusion, ici, elle était palpable ; l’écho des miroirs obliques était notre réalité infernale. Sans vergogne, licencieux, on mesurait la profondeur des décolletés, on matait les cuisses, l’arrondi des hanches, et on surveillait toute cette gestuelle maligne qui fait d’une femme, une fieffée séductrice. On voulait leurs faveurs, la clé de leur piaule, finir la nuit dans leur lit, et même pire ! Nous étions tous fiers et courageux, forts et beaux, ténébreux et comestibles, sous les acclamations tarifées de ces cajoleuses…  

Parfois, on arrivait à guincher avec l’une d’elles, entre les tables de l’estaminet. Sous les regards jaloux, le chahut ambiant, conquête illusoire, d’approche en dérobade, on la prenait dans nos bras, quand la faveur de la musique nous permettait cette estocade.
Enlisés dans le charme de leurs parfums tièdes, hypnotisés par leurs talents de soubrettes, amoureux des apparences, je crois que nous étions heureux au milieu de toutes les bousculades…  
Par cet allant sans condition, on devait prouver à notre jeunesse qu’on était capables de l’assumer. On conjuguait passion avec instinct ; on avait des secrets et des mensonges, des certitudes et des illusions, on pleurait en riant, ou bien c’était le contraire, on noyait des chagrins dont on avait oublié le malheur. On fumait trois clopes à la fois ; sur le zinc, on avait des chopes d’avance qui attendaient notre pépie rémanente ; la bâche en arrière, montés sur nos pompes à bascule, on discutait avec l’une et avec l’autre, en leur tenant des discours à haute teneur philosophique. On refaisait le monde, et nos rires, c’était des rivières, nos cris, c’était des continents, nos postillons, des frontières, nos emportements, des volcans, nos éructations, des nouvelles fondations, nos bras agités, des moulins à vent…   

Ego froissés, mauvais regards, visages empourprés, souvent, il se distribuait quelques coups de poing et quelques coups de pied ; parfois, les tables volaient dans le bastringue et les canettes de bière les accompagnaient comme si elles cherchaient à s’y reposer.
Au tohu-bohu général, c’était la débandade, le départ précipité vers la sortie, avant les flics et le panier à salade…

Quand ce n’était pas nos poches vides, l’aube, entre les mailles du rideau du bar, avait le pouvoir de rassembler les esprits encore valides. Quelquefois, par les ruelles livides, je ramenais Colette, une brunette de Paimpol, surnommée la reine des bières sans faux col, jusqu’à sa modeste chambrette ; bras dessus, bras dessous, nous étions comme deux oiseaux de nuit fatigués d’avoir trop volé ; on arrivait pourtant à gazouiller des banalités d’étoiles, sur nos horoscopes…  
En dehors de son bastringue, Colette, elle avait perdu nombre de ses paillettes ; le rimmel de ses yeux avait coulé comme si elle avait pleuré des larmes de nuit ; elle sentait la sueur de la bière et la clope froide ; son déhanché, sur les pavés humides, ressemblait à ses chaussures trop serrées et à ses pieds gonflés. Pourtant, elle était ma Cendrillon, celle que j’avais une fois de plus enlevée à tous les regards des convoiteux lubriques…  
Colette, je crois qu’elle m‘aimait, moi, et surtout les cent balles que je laissais sur sa tablette. Mes fringues de taf sur la chaise, la légende de ma bâche me supervisant, au tintamarre des vieux ressorts, j’épuisais mes vingt ans…  

20 avril 2019

Siùl a Ruìn (HenryWar)


            L’orchestre jouait ses airs sur l’estrade, sous le grand barnum blanc municipal presque entièrement ouvert sur la nuit d’été, place du champ de foire. C’était des airs irlandais surtout, confondus avec d’autres d’Écosse, la plupart rendus un peu criards et faux, des morceaux que j’avais le malheur de connaître sous de bonnes versions. Le violoniste jouait toujours trop serré, le percussionniste trop vite ou trop lentement, et la guitare avait deux cordes mal réglées. Ce n’était pas précisément un massacre, plutôt de l’amateurisme, mais c’était quand même assez pénible pour mes oreilles fragiles et bien entraînées.

            Les gens nombreux ne semblaient pas s’en apercevoir, cependant. Une foule épaisse de campagnards buvait sur les tables autour des bières pression, parmi les lampions rougeoyants et bon marché, discutant dans le bruit, en habits probablement élus, en vêtements publics. Le pincement des instruments inondait ce tableau comme une averse sale, et la chaleur compacte donnait à toute cette compagnie une allure bovine et moite.

            À l’extérieur, de jeunes enfants en fuite s’amusaient avec des ballons. D’autres plus âgés attendaient probablement par groupes épars le moment de se glisser derrière les grands arbres pour se rouler des pelles, en masquant leurs émois et en frimant un peu de leur seconde bière avalée.

            Personne ne dansait devant l’orchestre, ce bastringue. C’est sans doute ce qui expliquait la fébrilité des musiciens : ils faisaient de leur mieux pour motiver leur public, les inviter à de joyeux épanchements, mais ils n’avaient pas encore l’expérience de savoir qu’on joue toujours assez mal quand on joue de son mieux.

            Je ne sais pas pourquoi j’étais venu. Ou plutôt je ne le sais que trop : le poème, ce soir, avait pris une mauvaise direction, une tournure impossible et improvisée, une sorte d’impasse surréaliste et déplaisante. Ma chambre de surcroît me paraissait étroite et sombre depuis des jours, étrangement et cruellement vide, une zone d’asphyxie où moi-même je n’étais plus sûr d’être. Rien qu’un noir improductif et terne occupait mes pensées, une survie monotone, un spectre éteint, quelque chose comme l’existence diffuse en moi d’un coma. Il y avait eu alors, surgissant de la torpeur, cet air de musique où j’avais jeté un regard par la mansarde : des silhouettes étaient apparues de l’autre côté de la rue, traversant le macadam et glissant sous la grande tente, un groupe au milieu duquel m’oublier un moment, de quoi observer extérieurement, de l’au-dehors de moi-même, un peu de place parmi laquelle disparaître – qui sait, pour mieux renaître ensuite ?

Sans conviction. Une curiosité bête simplement, peut-être. Regarder des choses, des gens. Le temps de prendre enfin une décision.

            Pas d’alcool, jamais, rien qu’une boisson sucrée pour me confondre au troupeau. C’était, je croyais, un de mes jours néfastes : j’appelle ainsi tous les jours où je me sens particulièrement invisible à autrui, où nulle conversation, nul propos que je puis tenir n’éveille jamais l’intérêt de quelqu’un ; des jours où j’erre à peine comme une ombre, quoi que je fasse ; des jours « à-côté ». J’avais donc mis des habits élégants pour parfaire le camouflage – un vêtement sans défaut inspire toujours la plus grande indifférence, les regards glissent dessus comme sur une forme lisse mais noble d’aspect, c’est-à-dire convenable, et là retombent les jugements et même les attentions les plus élémentaires. Je m’étais assis avec un verre, placé à une table de coin (cette expression n’est pas à prendre au sens littéral et géométrique : une « table de coin » est celle que l’on n’aperçoit pas à première vue, qui n’est pas située pour susciter l’intérêt et d’où, en somme, on peut regarder idéalement sans être vu), et j’adoptais depuis une heure ma posture d’insignifiance, une relative immobilité de confort, ponctuée d’une mine neutre comme un point déclaratif sec, de sorte que plus personne, semblait-il, n’avait pour moi le moindre égard.

            Un jour parfaitement « néfaste », donc.

            Toute cette foule entrait et sortait pesamment sous la toile, envahie de discordances et d’ivresse, grégaire à loisir, foncièrement désœuvrée et trouvant là de quoi feindre quelque occupation sociale et rassurante. Des hommes, parfois, lançaient en un cri pareil à toute espèce d’aboiement une remarque où se concurrençaient leurs statuts, rivalisant et se répondant par alternances courtoises mais aussi provocantes, veillant instinctivement à leur prédominance sur la meute. Les femmes acquises entendaient sans illusion ce chahut de mâles en goguette et en conquête, attentives toutefois aux changements de maître, prêtes à se renverser au plus fort et désireuses au fond de ces combats virils qui font toujours penser à des duels profonds. Les discussions inutiles et pleutres couraient sur le bois des tables et des bancs qui n’avaient jamais entendu, du long temps où ils avaient été arbres, tant de bêtises concentrées en si peu de minutes ; tout criaillait et grognait et musait et se plaignait dans le malheur humain des fêtes et des rires sinistres ; toute une tripotée d’individus identiques et stupides, déformés de stupeur lourde, du lisier d’homme ordinaire et vil parmi la campagne épanouie et belle d’une chaude nuit d’été.

            Cette multitude commune, je l’avoue, ne m’inspirait que des tripes et des sels. Mais peut-être avais-je délibérément adopté cette humeur opaque et bilieuse, belliqueuse même, où toute beauté, toute transcendance, nous évoque une ironie injuste. J’étais seul, il est vrai, et il y a dans toute solitude une désespérance contaminante. Mon œuvre inachevée ne pouvait, de toute façon, me laisser une sensation d’enthousiasme : elle sourdait, cette œuvre encore brouillonne et piètre, malgré tous mes esprits en recherche de divertissement, et inapte comme toujours à ne point me plonger dans deux songeries à la fois, je m’imaginais en loin comment améliorer cette pièce poétique sans devoir la déchirer toute entière, et je ne trouvais rien. C’était, à bien réfléchir, un travail de hasard, quelque chose de petit, d’accoutumé et de formel, et voilà pourquoi j’étais tout imprégné de déception et comme reclus de petitesse.

            C’est une réalité qu’un scientifique démontrera un jour certainement : il suffit que vous vous sentiez sombre, et objectivement tout ce qui vous entoure perd à vos yeux en luminosité d’autant de degrés. Objectivement, j’ai dit : les lunettes de soleil sont un outil superflu pour tout dépressif véritable.

            Cris gras, rires affreux, odeurs repoussantes de bière et d’aisselles, stridences pénibles et harmonies grossières, lueurs interlopes de vieille maison close, impression universelle de sexe plombé et inassumé, une gigantesque baisure salissante et vulgaire, monotone et bête. Même pas de quoi satisfaire un artiste cynique en quête d’étonnements louches à la façon d’un Baudelaire : trop déjà-vu, de l’exploré rebattu, de l’ordinaire insipide. Tout ce qu’on inhale trop souvent disparaît aux sens et perd de son pouvoir d’évocation : et pas la moindre intention d’exhumer cette disparition ; pouah !

            Mon verre finissait. Bon sang ! me répétais-je, pas même un enfant pour danser sur la piste ! Pas le moindre vermisseau de parent digne pour enseigner avec générosité l’art de l’émerveillement et du bonheur d’oubli. Les gamins rares se terraient, à moitié endormis presque sous les tables, ignorés comme des fardeaux restants de jour, tandis que les adultes gueulaient leur contentement manifestement un peu trop fort pour être sincères.

            Une lassitude lancinante achevait de poindre en moi. C’était une soirée propice, je jugeai alors, pour saisir le tiroir de mon bureau et m’emparer du vieux révolver à l’intérieur. On ne peut pas toujours gagner – voilà ce que je me disais. Parfois, il faut savoir laisser la place aux plus nombreux que vous, sans chercher à toutes forces à convertir. Voir ainsi une foule humaine, c’est comprendre combien tout est définitivement immobile et veule. Contre ça, il n’y a pas d’effort concluant, nul espoir de triomphe ou même de réussite partielle. Oui, en finir, plutôt. Sans tristesse. C’est bien : tu ne peux rien faire décidément, alors tu décides que tu ne feras plus jamais rien. Un succès, presque, d’admettre cela, un espoir, un soulagement : accepter enfin de ne plus désirer l’impossible.

            Et puis elle est apparue, cette femme un peu ronde, au milieu de la piste, avec des gamins autour – quatre. Je ne pense pas qu’elle était sous la tente avant cela, ou bien j’aurais aperçu au moins les enfants qui semblaient frais et accueillants – de bons gosses à l’ancienne, sans les occupations idiotes et les trucs virtuels. Les musiciens ont aussitôt souri, j’ai vu. Ils ont dû sentir un regain de confiance, l’agrément de jouer enfin pour la considération de quelqu’un, alors le violon a un peu desserré son crin, le percussionniste a retouché sa cadence, et la guitariste a compensé ses mauvaises cordes avec des accords différents et plus justes. Ça demeurait assez piètre, mais c’est devenu potable ainsi rehaussé de satisfaction et d’entrain, comestible même pour un palais de connaisseur comme le mien.

            Les gamins semblaient contents auprès d’elles : bambins charmants et rieurs comme tout, de différents âges, drôles, bien éveillés. Elle portait un chignon serré et des lunettes fines, l’air pas crâne du tout ni apprêtée, et surtout une belle bouche blanche et superbe, rayonnante – oh ! quelle bouche ! Vraiment, à voir cette bouche, il vous venait un irrépressible sourire de sympathie et de douceur, un cœur d’amour immense : c’était une bouche pleine de santé et de liberté comme on n’en voit guère, une bouche qui se fout des regards, et lumineuse aussi comme celle des gens ni aveuglés ni abrutis. Et elle se mit à bouger pour les enfants, sans pudeur, le regard épanoui, dans son léger embonpoint, sans coquetterie d’aucune sorte, et la petite fille à ses pieds riait tant que c’était beau comme une étincelle dans le noir, et les deux grands garçons fixaient vers elle des prunelles épatées et admiratives, et bien qu’elle ne sût danser au sens mécanique de l’expression, au sens artistique je veux dire, elle s’agitait assez bien pour paraître déliée et fluide, heureuse et vive, communiquant à ses jeunes partenaires une euphorie qui les emplissait d’évidentes délices. Ses mauvaises chaussures frappaient le sol avec assez de rythme étrange, et ses bras tendus vers la gamine en une ronde tournoyante ne paraissaient plus si épais dans l’emmêlement salubre et vital qu’ils faisaient avec les mains si fines et minuscules de l’enfant.

            Et moi, je buvais ce spectacle comme un extravagant, effaré de surprise et de bonheur – honoré presque ! – d’apercevoir tout à coup ce magnifique matériau humain, ému et concentré ; et autour de moi des gens hésitants tournaient la vue vers cette piste encore vide où poussaient tout à coup des gestes et de l’animation : je sentais en eux une tentation un peu rauque où résistait cependant la convention obstinée de s’être une fois assis résolument sans l’objectif de danser, et je crus entendre le nom de « Béatrice » susurré par un groupe de femmes à ma gauche qui regardaient nettement de son côté (mais ce nom n’était encore qu’un souffle pour moi, rien de concret ni de symbolique, rien en somme qui ne se liât en moi phonétiquement avec de l’affection ou de la littérature), et, observant de nouveau cette femme tendre que ne camouflait plus quelque vacarme atroce (le bastringue, décidément, reprenait forme humaine !), je devinai combien la solitude inévitablement la rendrait bientôt embarrassée et confuse au milieu de tous ces regards imbéciles et brutaux, même en dépit des gosses insouciants : fatalement, les gosses eux-mêmes distingueraient leur intrusion et leur anomalie parmi cette troupe immobile et hagarde, et avec la pudeur retardée qui est celle de tous les enfants se sachant agir d’une façon qui ne ressemble à rien de ce que fait leur entourage, ils achèveraient de se trouver envahis de honte et gâcheraient la pureté de cette fête que la femme avait si joliment improvisé pour eux. Et Dieu ! moi, je ne savais pas danser, j’étais le dernier des gesticulants ridicules sur une piste, mais aussi mon verre était fini, qu’aurais-je fait d’autre après cela, et est-ce qu’on fait un jour ou une nuit la moindre petite chose au monde si l’on résiste toujours à l’impulsion du moment ?…

            Je me levai, décidé, vide de tout mais pas de résolution, m’avançai vers l’orchestre où naissait, il me semblait bien, quelque fébrilité prometteuse, et puis m’approchai de la femme, cette probable « Béatrice » improbable, au moment même où l’un des enfants commençait à examiner autour de lui pour mesurer si son humeur était partagée ou disparate : elle me vit – c’était la seconde fille, plus âgée que la première entre les mains de l’adulte, huit ans environ ou peut-être un peu plus, qui me découvrit venir vers elle en pas comiques et dandinants et chaloupés de j’ignore-à-peu-près-quoi qui la firent rire d’une communicative lumière, et dans les airs de Siùl a Ruìn que l’orchestre avait rendu bizarrement entraînant, je ne parviens toujours pas à savoir pourquoi je me mis à chanter – était-ce pour lui plaire, elle ? était-ce par provocation contre eux tous, pour les faire chier avec leur bouserie ignoble ? et je chantai à tue-tête :

« I wish, I wish, I wish in vain,
I wish I had my heart again,
And vainly think I'd not complain,
Iss guh day thoo avorneen slawn. »

de ma voix ferme et désinhibée cependant qu’un reste de pudeur peut-être idiote m’aliénait toujours le regard de la femme, et l’orchestre n’était plus du tout un bastringue mais quelque chose comme l’extension d’une certaine âme, et l’atmosphère n’était plus chargée de tout ce dégueulis atroce et de cette pisse merdique où se baignaient naguère des larmes et des révolvers, mes chaussures vernies frappaient la cadence en bon rythme sûr comme dans les pubs étrangers d’autrefois, et j’étais fasciné tout entier dans cet œil vert de petite fille qui me donnait sa main et qu’il suffisait d’accompagner en joie simple et naturelle, et je crois que je riais aussi, tout en chantant ce macaronique des défaites de le bataille de Culloden, et, ce refrain gaëlique exhalé par moi dans la poussière et les sueurs enivrantes, je le livrai en témoignage et comme un hymne de fin du monde au terme duquel devront s’éteindre, mais le plus tard possible, toute la joie et toute la vie et tout l’espoir des hommes quels que soient leur nature et leur cœur :

« Shule, shule, shule aroon,
Shule go succir agus, shule go kewn,
Shule go dheen durrus oggus aylig lume,
Iss guh day thoo avorneen slawn. »

            Et quand la musique s’acheva – ce fut si vite arrivé ! –, d’autres gens dansaient déjà autour de nous et prenaient la suite de l’air qui venait : nombre d’entre eux avaient imité en animaux moutonniers l’entraînement satisfait de nos pas curieux, et je n’avais pas osé encore regarder la femme dans les yeux, et je n’avais pas non plus renoncé au tiroir et à la fin du monde, la petite fille avait glissé sous mes pieds, les garçons je les avais perdus de vue eux aussi, je décidai de retourner à ma place en songeant que ma place justement était dehors à présent, tout au-dehors de tout, et l’air où je m’engouffrai était bon et tiède sur les pelouses grasses du champ de foire, je m’arrêtai quelques secondes, il faisait une nuit idéale de confort et d’étoiles rutilantes comme des échos d’acier, les grands arbres immobiles y ajoutaient un vertige inappréciable, et je trouvais que j’achevais enfin ma ronde d’une belle manière – je songeais à cela en pensant au révolver –, c’était tout ce qu’il fallait de mieux pour terminer une inexistence de vains efforts et de cris inutiles jetés en pâture à des bêtes sans faim, et je jure, je jure vraiment, que je l’aurais fait cinq minutes après si, à cet instant précis, je n’avais pas senti sur mon épaule une étonnante main, et si, retourné comme par réflexe, je ne l’avais pas vue, elle, souriante, à ma poursuite, avec cette bouche magnifique et radieuse défiant tout l’univers miroitant loin au-dessus des hommes.

            « Vous êtes… le poète ? » me dit-elle alors d’une voix chaleureuse, solaire, où figurait un reste de fêlure.

            Elle avait les yeux clairs et portait un bijou très fin au visage. J’aperçus alors son cou et sa poitrine généreuse, de vrais seins de femme belle et entière, et je ne veux pas du tout cacher que j’eus envie d’y plonger fiévreusement les lèvres, avec ardeur et comme un esclave d’amour, si elle avait voulu et si j’avais eu ce droit-là. Que pouvais-je faire face à de telles pensées : on a de ces velléités, quelquefois, qui sont des restes désespérés et amoraux de vitalité venus du fond des âges et de soi.

            Je répondis simplement à sa question par un : « Oui », et cette seule parole m’engagea plus alors que je n’aurais voulu dire, en cet instant banal et merveilleux.

            Oui, j’étais redevenu poète. Et elle me regardait avec… avec… mais se pouvait-il bien que ce fût déjà un commencement de – d’admiration ?

20 avril 2019

Ouatelse (Vegas sur sarthe)



"Refile moi un calva, Marcel, cette histoire m'a coupé les pattes."
« En tout cas ça t'a pas coupé le gosier »
« Si j'm'attendais à ça ... »
"On en a rien à foutre mon vieux, personne connaissait ce Georges Clounet dans l'quartier."
"Quand même Marcel... depuis des mois qu'y sortait d'son immeuble sans jamais une égratignure ni même un pli à son froc, et Vlan !!"
"Ben ouais, c'est la vie mon vieux : t'as tout pour être peinard, une belle gueule, des nanas, du boulot et pis y a un piano qui t'arrive sur la tronche sans que t'aies l'temps de voir la marque."
"Ouais, c'est fort de caoua! Un putain d'bastringue qu'on saura même pas qui l'a balancé... savait pas ce Clounet-qui-sait-tout qu'on sort jamais dans la rue le jour du ramassage des encombrants ?"
"Mon vieux, de nos jours les gens ont plus l'courage de descendre leurs merdes alors faut pas s'étonner qu'les pépins arrivent..."
"J'crois bien que c'était un Yamaha."
"T'es sonné mon vieux, j'te dis que c'était un piano, pas un scotaire !"
"Un bastringue ou un scotaire ça change quoi ? il est dessous à c't'heure! Bon sang, remets moi un calva Marcel."
"Tu devrais arrêter mon vieux..."
"Tu sais bien qu'y a qu'ça pour me remonter le moral, Marcel."
"Hum. J'voulais dire que tu devrais arrêter d'regarder les réclames à la téloche."
"Ca m'revient Marcel ! C'était un Ouatelse! C'est l'dernier truc qu'il a eu l'temps de dire ! Et Vlan ..."
"Tu t'fais du mal à refaire le film mon vieux. Essaie d'oublier tout ça et rentre chez toi avant qu'la Germaine te passe une avoinée."
"T'as p't'être raison, la marque du bastringue on s'en fout... y a qu'les pétomanes qui s'intéressent à ça" 
« Mélomane mon vieux, pas pétomane »
« T'es sûr ? »
« Ouais … le pétomane ça fait pas l'même son »
« T'en as déjà entendu des pétomanes ? »
« Euh … j'suis un peu pétomane moi-même mais en dilettante »
«Dilettante ? Connais pas … Tu vois Marcel, c'est pas la marque qui m'intéresse dans l'caoua c'est c'qui le pousse après. Tiens, remets en un p'tit dernier ».

20 avril 2019

C'est la java bleue (Laura)

 

C'est la java bleue, 
La java la plus belle, 
Celle qui ensorcelle 
Et que l'on danse les yeux dans les yeux, 
Au rythme joyeux, 
Quand les corps se confondent. 
Comme elle au monde 
Il n'y en a pas deux, 
C'est la java bleue. 

 

Celle que ma grand-mère

Avait dansé avec mon grand-père

Un jour dans un bastringue,

Un  bal musette où est née leur idylle.

Celle que ma grand-mère

Tenta de m’apprendre à danser ;

Avec mes talons à la mode

Je perçais son lino, mettant à nu

Le parquet : une marque du souvenir.

 

Eh Monsieur, une cigarette 
Une cibiche, ça n'engage à rien 
Si je te plais on fera la causette 

Cette cibiche que fumait mon grand-père.                                                                                 

Des paquets de quatre de l’époque, des P4.     

Cette cibiche que je fumais pour me donner confiance

Pour oublier ma timidité et mes angoisses.

Une cibiche que je fumais à la fenêtre de ma grand-mère

En cachette de mes parents.

 

Leur idylle, ses cibiches

Qu’elle me racontait.

Mes idylles, mes cibiches

Que je partageais avec elle.

Notre relation

Quoi qu’ils en disent

N’étaient  qu’à nous.

 

 

La chanson d'origine:http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2017/01/09/c-est-la-java-bleue-5894278.html

 

13 avril 2019

Défi #555


Allez, un petit mot
à significations multiples,
faites le bon choix !

Bastringue

 

5551

 

13 avril 2019

Ont pénétré les arcanes de la chose

13 avril 2019

L’astrolabe par bongopinot

b


Il a fallu attendre le septième siècle
Pour une meilleure utilisation
De cet outil en forme de cercle
Un objet pour l’observation

Qui a permis la navigation en mer
Avant l'invention du sextant
C’est un astrolabe nécessaire
Instrument devenu courant

il calcule la hauteur de l'astre dans le ciel
Il matérialise la vision géocentrique de l'Univers
Observez encore et encore tout l'essentiel
De ces planètes plus ou moins sévères

Il mesure aussi la position des astres
Déterminant l'heure du jour ou de la nuit
Le soleil les étoiles se mesurent
Sur un rythme où toujours le temps fuit

13 avril 2019

L’Astrolabe (Pascal)


C’est le nom de l’hôtel restaurant que ma patronne avait réservé pour moi, pendant les trois jours de réunion où nous étions conviés, avec tout le Service. C’est elle qui gère nos déplacements, le billet de train, le taxi, le restaurant, l’hôtel de tous ses collaborateurs ; je n’ai même plus à sortir un franc ; tout est pris en charge par l’Entreprise. Pendant cette période de vacances, et selon ses dires, elle n’avait rien trouvé d’autre, au plus près de notre salle de conférence, situé en ville. Mais, comme je la connais, avec son petit sourire en coin, j’étais sûr que c’était encore une de ses taquineries habituelles…
Étant disséminés dans diverses hôtelleries, je me suis donc retrouvé seul, dans cet Astrolabe. Au moins, pour une chose, c’était bien : je n’avais plus à parler du boulot, en dehors des heures. Jusqu’au lendemain, adieu, les pompeux discours, le défilement  monotone des diapos sur le rétroprojecteur, les discussions aussi enjouées que stériles…  

Le premier soir, après la journée de réunion, la valise à la main, quand je débarquai dans la place, je me retrouvai dans un autre monde. Retiré de la route, hôtel sélect, restaurant attenant, les pieds dans l’eau, lumières tamisées, coucher de soleil dans toutes les baies vitrées, ce n’était pas franchement en rapport avec un hôtel restaurant qui sert de relais à un employé qui bosse au Service des Contentieux.
À la réception, je lus la brochure d’accueil de l’établissement. « L’Astrolabe : Hôtel Restaurant de qualité, réservé aux couples, aux jeunes mariés avides d’une inoubliable lune de miel… ». Je me disais, aussi…
Imaginez le décor !... Au plafond, il y avait des guirlandes multicolores accrochées, des cœurs gonflés qui flottaient dans les courants d’air, des bouquets de fleurs dans tous les coins !... Aux tables alentour, il n’y avait que des couples qui s’admiraient, les yeux dans les yeux ! Ce n’était que roucoulades, main dans la main, murmures énamourés et promesses éternelles !...
La nuit ?... La nuit fut torride !... « Mais ils ne savent pas ce qu’est l’insonorisation des chambres, ici, ou quoi ?!... ». À travers les murs, à la musique des sommiers malmenés, pendant des galipettes d’anthologie, je subis les « Encore, encore, encore !… », les « T’arrête pas !... T’arrête pas !... », les « Viens !...Viens !... ».
« Ou bien, c’est pour motiver les autres, les béotiens, les timides !... Les amoindris du Calvin Klein !... Leur apprendre les cadences, les fréquences, les temps de repos et les remises en forme !... ». Les râles, les craquements du plancher, les rires, les bouchons de bouteilles de Champagne qui sautent, c’était l’ordinaire nuiteux, dans cet hôtel !...

« Bien dormi ?... », me dit ma chef, en souriant, quand je la rejoignis devant la machine à café, au matin du deuxième jour de la réunion. Bien sûr, un peu rougissant, si je lui parlais du menu, du panorama, de la plage, j’omettais, bien entendu, de lui raconter les détails croustillants de la nuit…

J’avoue, j’ai un faible pour elle, un grand faible, même ; sa façon anodine de ranger ses cheveux derrière l’oreille, sa barrette mordante semblant arranger sa coiffure dans une désorganisation savante, ses yeux qu’elle maquille avec un filet de mascara, ses sourires si frais, ses lèvres si roses et ses quelques grains de beauté disséminés comme une carte secrète, entre la base de son cou et derrière son oreille, sont une invite permanente à la chasse au trésor. Autour de son visage, l’aura de son parfum est comme une légère brume cachant cette île paradisiaque…
Quand elle est dans mon espace, les battements de mon cœur s’accélèrent, je transpire un peu, j’ai une sorte de gêne que je ne m’explique qu’en l’admirant sous cape…  
Elle ne parle pas dans le vide, elle est curieuse, intelligente, pondérée ; elle est à l’écoute. J’aime son esprit de discernement et son esprit tout court. Elle est maligne ; on dirait qu’elle sait tout sur tout mais elle ne le montre jamais. C’est le genre de femme avec qui on pourrait construire quelque chose de solide, en s’engageant sur la voie difficile du couple…

Matador avec les autres femmes, je suis tellement maladroit avec elle, j’en perds mes moyens ; addict à tous ses charmes, je suis sous l’emprise de sa séduction. Jamais, je n’oserais le premier pas, et puis, c’est ma chef du Contentieux. Imaginez le terrible vent que je prendrais si elle me refoulait d’un simple geste de dédain !... Ma fierté de mâle en prendrait un sacré coup dans la figure !... Je ne serais plus bon qu’à jeter mon cœur en pâture...
Pourtant, au fond de moi, il me semble que je ne lui suis pas tout à fait indifférent. Alors, c’est le statu quo ; je l’aime, c’est ma croix et mon rêve le plus fou. Je me contente de son bonjour matinal…  

Avec elle, cette bise du matin, c’est toujours franc et direct ; elle fait péter ses smacks sur mes joues et, pendant ce furtif aller retour, tous les sens en éveil, je sais son haleine, son parfum, le velouté de sa peau. Parfois, je pose même ma main dans son dos pour mieux ressentir son contact ; j’ai l’impression de recevoir plein d’informations aussi subtiles qu’animales. Parfois, nos lèvres se touchent presque, je crois qu’on le fait exprès, c’est notre jeu coquin ; on a du mal à nous écarter, comme si nos corps étaient plus aimantés que la bienséance ordinaire du salut journalier…  

Le deuxième soir, quand je rejoignis ma table, je fus surpris par tout le cérémonial de la salle, comme si on allait fêter quelque chose d’exceptionnel. La nappe était blanche et tellement bien repassée, les couverts étaient en argent, il y avait plusieurs verres ! Un petit bâtonnet d’encens dansait ses arabesques parfumées au centre de ma table ! C’était un véritable petit nid d’Amour, propice à toutes les déclarations !...
Eclairages diffus, musique douce, vue imprenable sur la mer et son coucher de soleil, effluves capiteux d’iode et de sable chaud se baladant dans l’air, c’était idyllique. Je devais m’être trompé d’emplacement mais une des serveuses me dit que c’était bien ma place… Après tout, c’était ma chef qui payait ; je me disais que, même à distance, elle avait des attentions pour moi et, quand je lui dirais tout cela, demain, cela la ferait encore sourire…

Je n’eus pas à attendre le lendemain ; vêtue d’un petit tailleur fragile qui subjuguait ses formes, un peu intimidée, elle était là ; je l’avais remarquée dans le reflet d’une baie vitrée. Elle s’approcha lentement de ma table. Je me levai et je la serrai dans mes bras comme on étreint le plus grand des trophées de sa vie ; nos lèvres se touchèrent, se reconnurent et nous nous embrassâmes longuement sous les applaudissements des couples alentour…  
Quand nous nous séparâmes, quittant cette extraordinaire étreinte, je sortis de la poche de mon veston une petite boîte avec un ruban et une belle alliance cachée à l’intérieur ; depuis le temps que je la baladais avec moi… À genoux, je lui fis ma demande et, adoubé par ma princesse, nous reprîmes le cours de nos baisers fougueux, scellant notre collusion. Sous les ovations du public conquis, main dans la main, nous allâmes sacraliser le coucher de soleil ; je peux vous le dire : tous nos frissons n’étaient pas que pour les lumières finissantes. Je lui disais : « Je t’aime », et dire « Je t’aime » quand c’est sincère, c’est toucher le Ciel, c’est se retrouver paralysé de Bonheur, c’est être foudroyé jusqu’à l’âme, c’est vaciller mais c’est tenir debout pour justifier ses larmes…

Après ?... Demandez au personnel de l’Astrolabe !... Depuis notre passage, ma belle et moi, nous sommes même inscrits sur le fronton de leur Livre d’Or ! Nous avons la palme en matière de tapage nocturne ! J’ai appris les chemins secrets de tous ses grains de beauté ! J’ai mesuré la hauteur des étoiles dans ses yeux ! Nous avons cassé plusieurs ressorts ! Fait trembler les murs ! Renvoyé Rocco Siffredi à ses études, et plein de choses encore, que la pudeur m’interdit de rapporter ici.
Et puis, c’est ma chef ; vous comprenez, même sur cette feuille rapporteuse, pudique, elle ne permettrait pas que je m’étale un peu plus sur le sujet. Après tout, c’est elle qui paie ; comme je suis un peu taquin, et puisque tout n’est que rires, je lui demanderai si je peux mettre l’alliance sur ma note de frais…

Astrolable_1

13 avril 2019

L'astrolabe nautique (maryline18)

m18

 

La sortie se voulait éducative mais Céline la trouvait ennuyeuse, alors, trépignant d'impatience, elle tirait sur le bras de sa nounou :

- Marie ! Marie ! c'est bientôt fini ? J'en ai marre MOI !

-Regarde Céline, ce qu'utilisaient les marins autrefois !

-Oh j'aime bien celui-là, on dirait un trêfle à quatre feuilles !

-Oui, c'est vrai !

-Tu crois que Christophe Colomb en avait un ?

-Oui, sans doute ma puce !

-C'est vrai qu'un trêfle à quatre feuilles, c'est un "porte- bonheur" ?

-C'est ce qu'on dit...

-Et, c'est vrai que l'argent fait pas l'bonheur ? C'est Maman qui dit tout le temps ça...

-Euh..., non, pas forcément, mais...

-Marie, c'est quoi le bonheur ?

Marie prit la main de Céline et l'emmena à l'extérieur du musée.

Elle avait toute l'après-midi pour lui répondre. Aussitôt sortie, la fillette oublia pourtant sa question, trop occupée à courir sur le sable.

En la regardant, Marie se souvint d'une photo d'elle qui avait été prise à Merlimont, alors qu'elle devait avoir son âge, un jour ou elle était bigrement heureuse, elle se souvient de cette joie qui l'irradiait alors qu'elle jouait avec les vagues...

...Le bonheur c'est comme ces grains de sable, on s'en saisit, la paume bien ouverte pour en avoir le maximum et très vite on l'enferme de ses doigts protecteurs. Quand on ouvre à nouveau la main, plus rien.

...Je pourrais te mentir, Céline, te dire que le bonheur c'est de bien apprendre à l'école, d'avoir un bon travail, une bonne situation, une belle maison, une belle voiture, ou alors que c'est la joie de partir en voyage, de voir des paysages, oui, je pourrais te dire tout cela...

...Et pourtant quand tu auras tout cela, tu checheras peut-être toujours le bonheur...

...Le bonheur, écoute, le bonheur... c'est son regard dans le tien, ses silences paisibles où les mots deviennent superflus,  son souffle sur ta peau, ta main dans la sienne, quoi qu'il arrive... Ce sont ses caresses, dont la douceur te fait oublier le monde et toutes ses injustices. Le bonheur c'est... ses "je t'aime" qui devancent les tiens et qui réchauffent tout ton être, tellement mieux que n'importe quel soleil d'été. Le bonheur c'est son visage entre tes mains, tes lèvres cherchant les siennes dans la pénombre d'une soirée sans fin...C'est cette magie qui émante les âmes quand les mots improvisent, quand les corps se cherchent pour se confondre.

...Le bonheur c'est ce rêve que tu  fais éveillée comme pour lui donner une consistance, onctueuse à souhait...avec des goûts d'encore et de toujours à déposer sur sa bouche affamée. Le bonheur c'est de l'aimer et de te sentir vibrer comme un djembé sous ses mains expertes...Le bonheur c'est ...

-Marie, tu viens te baigner ? Allez, viens !

-"J'arrive ma chérie, j'arrive !"    

 

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité