Il avait suffi (Kate)
Conversation entre papy, mami et les enfants (Venise)
C’est quoi le bonheur papy ?
C’est ce toit sous lequel nous sommes réunis.
Ce sont vos éclats de rire , et la peur de vous quitter qui s’éloigne.
Bon les enfants arrêtez vos questions je vais me faire un nœud au cerveau .
Grand-mère ne veut plus que tu ouvres la porte aux défiants en déroute elle parle de crash philanthropique c’est quoi papy
Philantro quoi demande grand-pére qui fait la sourde oreille ?

Photo de famille par bongopinot
Une très belle photo de famille
Une mamy un papy et leurs trois petites-filles
Réunis pour un chouette anniversaire
Regardez et profitez de leurs sourires sincères
Et ressentez le passage de tout l’amour
Qu’il y avait ce magnifique jour
Et moi j’adore tous ces moments
Qui nous donnent tant de souvenirs charmants
Et tous ces instants importants que l’on imprime
Pour que jamais ils ne se perdent dans l’abîme
Et pour que l’on se rappelle sans fin les cris de joie
Qui mettent tous les cœurs sur la bonne voie
Profitons donc à fond de ceux que l’on aime
Car l’amour doucement se sème
Pour que nos enfants nos petits-enfants le récoltent
Et accèdent à une vie qui danse et virevolte
Le temps a passé les petites ont bien grandi
Entre équitation musique cirque et photographie
L’enfance doucement tranquillement s’éloigne
Mais leurs grands-parents toujours les accompagnent
La vie parfois est étrange (Walrus)
Lors de mes études de chimie, j'avais une condisciple avec qui je filais... la parfaite amitié.
À la fin de nos études, nous avons craint ne plus jamais nous revoir, mais la vie en a décidé autrement : nous sommes tous deux venus habiter la région bruxelloise et elle a fini par épouser... un de mes collègues et ils ont acheté une maison dans la commune que nous habitions.
Nos premières filles sont allées ensemble à l'Athénée et sont devenues les meilleures amies du monde, si bien que la fille de mon ex-condisciple passait beaucoup de son temps chez nous. C'était à un point tel que je l'appelais ma deuxième fille et que lorsqu'elle a décidé d'épouser un Portugais, elle nous l'a amené avant de lui faire rencontrer ses parents.
Quand elles ont eu à leur tour des enfants, nos filles se sont choisies mutuellement comme marraines (et leurs époux comme parrains) au gré des naissances.
Je rencontre donc régulièrement ma "deuxième fille" chez la première parce qu'elle est de toutes les fêtes familiales depuis plus de vingt ans et c'est donc sa fille, Clara, qui sur la photo est encadrée par mes deux petites-filles.
Bien sûr, aujourd'hui, dix-sept ans plus tard, je ne l'assieds plus sur ma cuisse droite (ni sur la gauche d'ailleurs).
Comment ?
Ma copine ?
Elle habite la même rue que ma fille, nous nous croisons quelquefois...
Des instants de vie, sur papier glacé. (maryline18)
Emprisonner tous nos instants de bonheur, tendre le filet lumineux de l'appareil pour les attirer, les attraper, quand ils déploient leurs ailes, comme autant de papillons qu'on ne laissera plus s'envoler. Les épingler ou les mettre sous verre. Prolonger à l'infini les frissons que nous procurent leur beauté, leurs couleurs. Capturer toutes leurs vibrantes joies éphémères...
Le défi est de taille pour les aventuriers des temps modernes, les nostalgiques des moments merveilleux, les adeptes des : " c'était mieux avant ", les collectionneurs des douceurs périmées et des sourires évaporés. Peu importe le flacon, pourvu qu'on en ait l'ivresse...Enfouies dans une simple boite en fer, elle même rangée au fond d'un placard, ces photos attendent le bon moment pour être savourées à nouveau, comme une bonne liqueur, lentement, seul ou à plusieurs.
Précautionneusement, dans un album dernier modèle, figées, tout comme les émotions multiples qu'elles conservent, posées sur un papier cartonné, on les recouvre avec délicatesse, telles des pépites fragiles, du plastique protecteur. Cette fois, le temps n'aura pas le dernier mot, le bonheur sera préservé. Les photos restent là, émotions mortes, joies empaillées, comme s'il fallait cette matérialisation pour ne pas oublier que ce qui donne tellement de sens à la vie, c'est l'amour qui s'en dégage.
Hélas, il suffit parfois, d'un regard sur ces joies d'hier, oui, d'une seule de ces photos assassines pour vous faire éclater le coeur et pour en faire jaillir des rivières.
Toutes les occasions sont pourtant bonnes pour "faire sortir le p'tit oiseau". De la rencontre de "l'autre", au défilé des saisons et des fêtes, des mariages aux vacances, des naissances aux anniversaires, ces belles photos, si précieuses nous rassurent, donnent plus de sens à l'énergie déployée en toutes circonstances. Elles attestent que nous sommes bien en phase avec une époque où l'image tient une place primordiale.
Et puis un jour, arrive le point de non retour. Ce jour-là, le bonheur sur papier glacé ne vous réchauffe plus le cœur mais dangereusement, vous écorche et vous fait détourner le regard. Alors, vous baissez la garde et les sourires, les yeux pétillants, les joues rosies, tout, vous prenez TOUT en pleine face comme un violent coup. Sonné, c'est le "KO".
Un silence implacablement lucide de fin du monde vous traverse alors. Pour pouvoir réagir Il faudra attendre la tempête salvatrice, celle qui déchire les espoirs et toutes les promesses bruyamment ( celles bêtement signées mais aussi, plus dévastatrices, celles, implicites, dont la quantité augmente au fil des jours, au fil de la confiance qui accompagne l'abandon de soi ). Que faire quand tout est cassé, abimé, saccagé, si non établir le dernier état des lieux et récupérer l'essentiel, le minimum vital, avant de reprendre la route.
Pour soigner l'intérieur, se remplir d'extérieur... en inspirer chaque molécule d'oxygène, jour après jour, panser ses blessures et se laisser griser par cet air léger du renouveau, du nouveau "moi". Accepter ses nouvelles cicatrices comme autant de preuves incontestables que l'on est vivant, toujours vivant ! Mes émotions les plus violentes, mes flashs les plus éclairés restent coincés dans ma réalité intime. Dans cette partie de moi, ils ne jaunissent pas, ne se perdent pas lors d'un déménagement, d'un tri sélectif, d'une liquidation spontannée de la vie...d'avant. Oui, parce qu'il y a tant de vies dans une parfois...
A l'inverse de ces poupées gigognes, de plus en plus petites, j'espérais que mes vies successives seraient de plus en plus grandioses ! J'ignorais que le véritable chemin qui était à faire, l'était au centre de mon être et qu'il était sans fin.
Toutefois, il suffit parfois d'une chambre noire ou juste sombre, pour que se développent les clichés de mon imagination, à l'infini. Je t'imagine dans un tricot et en pantoufle, traînassant un livre à la main... ou encore devant la télévision, l'air faussement intéressé, rêveur...L'autre jour, tu m'as accompagné au bord de la mer ; le panorama était sublimé par ta présence à mes côtés. Tout ce que je partage avec toi est plus beau, plus pétillant, plus troublant... Je voulais encore y rester longtemps, comme toujours, mais tu étais grognon, tu avais raté ton feuilleton...Je t'aime aussi quand tu es grognon.
Tu ne pourrais pas avoir ta place dans un album car tu as un visage interchangeable, une existence malléable, un passé flou et un avenir trop lumineux pour apparaître net à ma réalité objective. Tu es le phare qui éclaire mon intuition, mon rayon d'espoir, la preuve chimérique qu'il existe quelque part, cet "autre" qui me ressemble tellement, qui me comprend sans effort, presque sans parole. Je te réinvente chaque jour avec ma propre sensibilité.
J'ai perdu le goût des photos si ce n'est celles des paysages, ces dernières m'offriront toujours leur beauté et leur réconfort.
Romane d'apprentissage : Épisode quatre (joye)
Ah oui, mes jours de chapelière à Edinburgh étaient bien joyeuses, jusqu’à ce que ma rencontre avec le photographe célèbre Lens-Michiel Schoutpixx de Kleding qui m’invita à Bruxelles pour son expo au BOZAR.
Malheureusement, pendant que j’attendais le feu pour traverser le Konigstraat, quelqu’un qui criait « C’est pour Rubino ! » me poussa devant le tram 92, direction Schaarbeek !
Comment pouvais-je savoir, chers lecteurs, que le nouveau petit-ami de mon ex-beau-fils italien dans l’épisode deux était descendu du célèbre assassin manqué du roi Léopold II ? Ben non, voyons ! Je ne pouvais pas le savoir, pas plus que je peux maintenant vous raconter comment je pus me retrouver, votre fidèle Romane, saine et sauve suivant ce tram-drame-trauma (oui, hein, c’est du bon belge !) au toit du musée des instruments, à siroter une Zoevel restaurative.
Tout ce que je sais, c’est que l’addition avait été payée par une bonne Samaritaine belge, à ne pas confondre avec le grand magasin défunt et maintenant japonais à Paris. Quand je lui demandais son nom, la serveuse me passa une feuille de tilleul sur laquelle était écrit « Bisous ! »
Waouh, hein ?
Surtout puisque je me rendis compte que mon assassin manqué à moi que j’avais avait volé mon sac et, pire, mon jump, le saligaud !
Je descendis alors dans la rue afin de chercher je ne sais pas quoi, au juste, quand je vis l’atelier d’un photographe – non, pas celui de Schoutpixx de Kleding, hélas, mais bien un autre, le célèbre Lange Nie-Gheziegn. J’entrai dans son studio où je vis une jolie photo d’une
famille en train de fêter quelque chose.
- Mais qui c’est ? criai-je, impatiente de savoir qui c’était.
- Vous ne les reconnaissez pas ? me répondit Nie-Gheziegn. C’est « Arthur », son épouse « Pépita », et leurs petites-filles Élisabeth, Éléonore, et Maria Laura.
Et puis le photographe me fit un grand clin d’œil, tout comme le prétendu « Arthur » sur la photo.
- Non ! Mais ! Vous voulez dire que c’est … ?
- Bah oui, hein, et savez-vous pourquoi la petite-fille à gauche est tellement heureuse ?
- Parce que c’est elle la prochaine reine des Belges ?
- Exact ! Vous ne croyez pas que je photographie n’importe qui, hmm ?
Vive la famille ! (Joe Krapov)
Je m’appelle Albert Camus, comme l’autre, mais je n’ai jamais écrit de roman ou de pièce sur Caligula et je ne suis pas philosophe pour un sou. Je suis inventeur de jeux de société.
C’est moi qui ai pris cette photo et je me souviens très bien de cette soirée chez mon oncle Jean-Claude et ma tante Adrienne. Ils habitaient alors avenue Louise à Bruxelles et j’étais de passage par-là pour aller vendre nos derniers jeux sortis au «Brussels game festival» comme on dit en flamand (ou en wallon, je n’ai jamais été doué pour les langues).
Je ne sais plus de laquelle de leur petite fille on fêtait l’anniversaire, justement le soir où ils m’avaient invité. Coumarine ? Pivoine ? Ou Emilie qui est devenue célèbre plus tard en étant la première actrice capable d’interpréter au théâtre le rôle de Madame Chapeau sans que le public ne voie qu’il ne s’agissait pas d’un homme travesti.
Peu importe. La soirée a été très gaie parce qu’après l’indigestion de gâteau au chocolat on a joué au jeu des sept familles modernes dont j‘avais amené un prototype. Qu’est-ce qu’on a pu rire avec ces tirades improbables :
- Papy, dans la famille Minquien, je voudrais le promeneur.
- Pioche !
- Dans la famille Toutélectrique, Coumarine, je te demande « ton kéké en segway ».
- Tiens !
- Dans la même famille je voudrais « ta mère en trottinette »
- Tiens !
- Dans la même famille je voudrais « ton papy en hybride »
- Pioche ! A mon tour. Albert, dans la famille Gravuredemode je voudrais « la pineupe décolletée mais pas touche !»
- Tiens !
- Je voudrais maintenant « Grand-mère Brigitte cougar en string » !
- Tiens ! La peste soit de cette gamine elle va me piquer toutes mes cartes !
- Je voudrais aussi « La mère s’habille en Prada » !
- Alors non, ça ce n’est pas possible ! Aujourd’hui maman est morte ! Pioche ! A mon tour !
A la fin de la partie on est allé coucher les gamines et j’ai terminé la soirée avec tante Adrienne et oncle Jean-Claude à boire de leur excellent vin de Porto et à disserter sur les qualités littéraires inégalables selon eux de Marcel Proust, d’Amélie Nothomb et de Fred Vargas.
***
A la relecture de cette note manuscrite jointe à cette photo dans l’enveloppe quelque chose me semble clocher. C’est pourtant bien mon écriture mais… je suis sûr et certain que je n’ai jamais eu de famille en Belgique.
Qui plus est je ne m’appelle ni Albert ni Camus. Mon prénom est Georges, mon nom est Lesaint et avant de venir dans cet endroit j’étais sous-lieutenant au 99e régiment de dragons à Mourmelon-le-Grand.
- Qu’est-ce que je dois faire, maintenant, Madame ?
- Ouvrez une autre enveloppe, monsieur Krapov ! me répond l’animatrice de l’EHPAD. Et laissez-vous aller pour écrire ce que vous inspire cette photo-ci.
Devant l'image des deux filles avec un gant de vaisselle jaune sur la tête j’ai commencé :
- Je m’appelle Célestine Bongopinot et j’habite Edimburgh. C'est moi qui ai pris cette photo et je me souviens très bien...
Je m’appelle Albert Camus, comme l’autre, mais je n’ai jamais écrit de roman ou de pièce sur Caligula et je ne suis pas philosophe pour un sou. Je suis inventeur de jeux de société.
C’est moi qui ai pris cette photo et je me souviens très bien de cette soirée chez mon oncle Jean-Claude et ma tante Adrienne. Ils habitaient alors avenue Louise à Bruxelles et j’étais de passage par-là pour aller vendre nos derniers jeux sortis au «Brussels game festival» comme on dit en flamand (ou en wallon, je n’ai jamais été doué pour les langues).
Je ne sais plus de laquelle de leur petite fille on fêtait l’anniversaire, justement le soir où ils m’avaient invité. Coumarine ? Pivoine ? Ou Emilie qui est devenue célèbre plus tard en étant la première actrice capable d’interpréter au théâtre le rôle de Madame Chapeau sans que le public ne voie qu’il ne s’agissait pas d’un homme travesti.
Peu importe. La soirée a été très gaie parce qu’après l’indigestion de gâteau au chocolat on a joué au jeu des sept familles modernes dont j‘avais amené un prototype. Qu’est-ce qu’on a pu rire avec ces tirades improbables :
- Papy, dans la famille Minquien, je voudrais le promeneur.
- Pioche !
- Dans la famille Toutélectrique, Coumarine, je te demande « ton kéké en segway ».
- Tiens !
- Dans la même famille je voudrais « ta mère en trottinette »
- Tiens !
- Dans la même famille je voudrais « ton papy en hybride »
- Pioche ! A mon tour. Albert, dans la famille Gravuredemode je voudrais « la pineupe décolletée mais pas touche !»
- Tiens !
- Je voudrais maintenant « Grand-mère Brigitte cougar en string » !
- Tiens ! La peste soit de cette gamine elle va me piquer toutes mes cartes !
- Je voudrais aussi « La mère s’habille en Prada » !
- Alors non, ça ce n’est pas possible ! Aujourd’hui maman est morte ! Pioche ! A mon tour !
A la fin de la partie on est allé coucher les gamines et j’ai terminé la soirée avec tante Adrienne et oncle Jean-Claude à boire de leur excellent vin de Porto et à disserter sur les qualités littéraires inégalables selon eux de Marcel Proust, d’Amélie Nothomb et de Fred Vargas.
***
A la relecture de cette note manuscrite jointe à cette photo dans l’enveloppe quelque chose me semble clocher. C’est pourtant bien mon écriture mais… je suis sûr et certain que je n’ai jamais eu de famille en Belgique.
Qui plus est je ne m’appelle ni Albert ni Camus. Mon prénom est Georges, mon nom est Lesaint et avant de venir dans cet endroit j’étais sous-lieutenant au 99e régiment de dragons à Mourmelon-le-Grand.
- Qu’est-ce que je dois faire, maintenant, Madame ?
- Ouvrez une autre enveloppe, monsieur Krapov ! me répond l’animatrice de l’EHPAD. Et laissez-vous aller pour écrire ce que vous inspire cette photo-ci.
Devant l'image des deux filles avec un gant de vaisselle jaune sur la tête j’ai commencé :
- Je m’appelle Célestine Bongopinot et j’habite Edimburgh. C'est moi qui ai pris cette photo et je me souviens très bien...
Quatre ans (Lecrilibriste)
Ô souvenirs, souvenirs
quand tu surgis soudain
comme un boomerang tu reviens
dans une page d'album photo
te rapp'ler un truc rigolo
pris sur le vif fort à propos
T'avais quatre ans, tu t'en souviens ?
Comme il était beau le gâteau
sa couronne en pâte d'amande
son beau glaçage en chocolat
planté de quatre bougies
et de neuf fusées lumineuses
qui devaient faire la sarabande
quand j'aurais fait un voeu
et soufflé les quatre d'un coup
pour qu'il se réalise mon voeu
et que je l'aie mon petit chien
J'avais quatre ans, je m'en souviens
Mais qu'avaient-ils donc tous à rire
à rire, mais à rire aux éclats
papy, mamy, et les deux folles
qui, de joie en levaient les bras ...
De rage j'en serrais les poings
baissais la tête dans mon coin
Ces foutues bougies s' rallumaient
et ne voulaient pas s'éteindre
je soufflais, je recommençais
pensant à mon petit chien
qui disparaissait peu à peu
Et ça les faisait bien rire, eux
J'avais quatre ans, je m'en souviens !
Et je l'ai eu, mon petit chien ...
Le jour de ta naissance (Pascal)
C’était le matin, ou l’après-midi, ou même le soir, je ne sais plus très bien, mais c’est sans réelle importance, à cette heure de ruban et de papier cadeau. L’exactitude cartésienne appartient aux femmes ; au cours de leur vie, elles cochent, accumulent, conservent les dates importantes sur leur calendrier intime. Y sont répertoriés, les anniversaires, les fêtes, la fameuse Saint-Valentin, la première rencontre, le premier baiser, et d’autres encore qui nous semblent à nous, les hommes, bien futiles. Ces jours-là, gare aux oublis de fleurs, de cadeaux, de tendresse et de restos…
Les contractions étaient évidentes ; tu étais en chemin de délivrance, ma petite Manon. Les grimaces de ta maman, ses apnées de souffrance, ses difficultés à marcher jusqu’à la voiture, auguraient l’imminence de ta naissance. À force de gentilles caresses, de mots doux, de préparations enjouées à ta venue, tu toquais maintenant à la porte ; tu avais hâte d’entrer dans le Monde, de retrouver ta sœur et tes parents.
Je crois que c’était le soir ; le chien avait pris l’habit du loup, le long de l’autoroute.
À mes incessants appels de phare pour ouvrir la route, une seule voiture s’ingéniait de m’empêcher de la dépasser. Je voulais la percuter, la tuer, la désintégrer, pour l’écarter de mon chemin, mais je devais te préserver ; plusieurs fois, j’ai failli la doubler mais elle ne se laissait pas faire ! La voiture fumait ! C’est d’ailleurs avec cette même voiture que tu as fait tes premiers tours de roue, après ton permis de conduire tout neuf. Enfin, aux abords de Hyères, elle nous a laissé passer ; c’était une femme qui conduisait…
Sur la table d’accouchement, ta mère souffrait un doux martyr en me plantant ses ongles dans les mains mais, en même temps, elle semblait me remercier de cette si généreuse torture. Sublime paradoxe, je t’avais fabriquée dans un moment de plaisir et ta mère accouchait de toi dans un moment de grande douleur. Plus elle avait mal, plus elle t’aimait ; pendant ses apnées, ses halètements et ses poussées, tu venais au monde et nous t’avons accueillie… Au Festin de la Vie, tes poumons se sont dépliés et ta première respiration les a remplis d’air brûlant…
On t’a posée sur le ventre de ta mère. Ses caresses consolantes, sa respiration berçante, ses mots de maman t’ont apaisée ; pourtant, sans nous voir, tu reconnaissais peut-être les silhouettes des alentours. C’était un grand moment, ma fille. On t’offrait le Monde et, en échange, tu nous apportais ton innocence. Il y a peu d’instants dans la Vie où l’on se retrouve en phase avec le grand Univers, ces moments de frissons qui font se redresser et tenir debout, ces grands moments de serments éternels. Manon, petit trait d’union d’Amour, tu agrandissais la famille…
C’est fou comme tu entrais brutalement dans ma vie. Pendant tes braillements de ces terribles douleurs d’inspiration, tout à coup, j’espérais avoir toujours du boulot, que je pourrais toujours subvenir à tous tes besoins, que mon toit serait toujours imperméable aux tempêtes, ma porte fermée aux malheurs, que mes bras pourraient toujours te serrer fort, que je serais toujours là pour toi, et plein de choses qui accablent l’esprit pendant ces moments extraordinaires. A l’emporte-pièce, j’apprenais à t’aimer ; tu investissais toutes mes sensations ; je n’avais d’yeux plus que pour toi ; je te surveillais déjà. Tu étais là, princesse immaculée, la peau toute jaunâtre, glissante d’une crème naturelle de protection. Je m’inquiétais de ta tête en forme de ballon de rugby ; je me disais que tu serais la plus belle, avec une tête en forme de ballon de rugby ; je me faisais une raison puisque je t’aimais sans façon. J’acceptais tout, je prenais tout en charge, j’étais déjà un inconditionnel de toi.
On t’a pesée, mesurée, testée, nettoyée de tout cet onguent qui brillait sur ta peau, et habillée de ta première brassière. Jalousement, je regardais ce personnel oeuvrer à leurs habituelles vérifications de puériculture. On t’a collée dans mes bras ; si fragile, si soudaine, si magnifique, je ne savais plus te relâcher. De tous mes yeux, je te dévorais ; de tous mes baisers, je t’admirais.
Doucement, ton crâne prenait une forme ordinaire et tu devenais la plus belle petite fille du monde ; dans un avenir de cheveux blancs, je voyais déjà tous les jeunes prétendants, ces fameux princes charmants, venir tourner autour de notre maison pour te voler à moi et je me dis qu’il fallait que je rajoute un verrou à notre porte.
Ta grande sœur, n’y tenant plus, était entrée dans la salle d’accouchement. Vingt fois, cent fois, mille fois, intenable, elle avait fait ses tentatives de rapprochement ! J’avais beau l’éloigner dans la salle d’attente, au bout du couloir ; inlassablement, mue par une curiosité de future grande sœur, elle revenait aux nouvelles ! Moi, j’étais le gardien de derrière la porte ! Elle grattait contre et m’implorait sa présence ! Si tu savais comme elle était inquiète ; elle entendait sa maman souffrir et, en même temps, elle savait que tu allais arriver ! Quand le travail a cessé et que tu es arrivée dans le Monde, on l’a laissée entrer. Elle te dévorait des yeux ! Imagine, une petite sœur, non plus dans des mots décorés, mais en vrai, en pleurs et en relief !
Elle voulait te donner tous ses jouets ! Elle avait plein d’idées pour t’occuper ! Elle t’appelait « Petite Manon » sans arrêt pour, qu’enfin, tu la remarques ou bien pour s’habituer à ces nouveaux mots dans sa bouche ! Obstinée, avec sa menotte, elle caressait le duvet de ta joue pour s’assurer sans doute que tu étais réelle ; elle avait peur de t’abîmer… Tout à coup, tu as serré son petit doigt comme si tu la reconnaissais ! Ta grande sœur ne savait plus que dire ! Paralysée d’indicible Bonheur, elle n’osait plus bouger qu’avec des bisous qu’elle déposait sur ton front comme autant d’offrandes de bienvenue…
Oui, c’était la nuit ; quand nous sommes repartis, tard avec ta sœur, je me souviens des étoiles scintillantes qui nous accompagnaient au-dessus de la voiture ; la tienne toute neuve brillait dans le ciel ; d’ailleurs, ce soir-là, elles te ressemblaient toutes. Le nom de l’obstétricien, celui de la clinique, les détails, ton poids, ta taille, le timing, les visites, les fleurs, tu verras tout ça avec ta maman, sur son calendrier implacable. Je me souviens ; c’était il y a vingt ans, c’était hier, c’était tout à l’heure, c’est aujourd’hui…
Je t’embrasse, ma fille. Joyeux Anniversaire.
Papa.
PS : j’ai écrit ce texte le 15042016, le jour des vingt ans de ma fille, Manon.
Belle-famille, belle famille (Adrienne)
Il arrive parfois qu’une belle-maman te donne plus d’amour que ta vraie mère. Qu’elle te serre sur son cœur. Fort, fort. Qu’elle te dise des choses gentilles. Qu’elle te pose de vraies questions. Et qu’elle écoute tes réponses.
Il arrive parfois qu’un beau-papa te montre plus d’affection que ton vrai père. Qu’il te soutienne quand il pense que tu as raison. Qu’il prenne ta défense quand quelqu’un cherche à t’humilier. Qu’il fasse quelque chose uniquement pour te faire plaisir.
Que ceux qui arrivent à ce degré-là d’amour en soient remerciés.
Londres et les Beatles (Venise)

. John Lennon
Ringo Starr
Paul McCartney,
George Harrison
Vous êtes le feu, la part sauvage que nous n’éteindrons pas , les braises de vos chansons rougeoient encore dans mes nuits londoniennes.
Dans le repli de ma mémoire, il y a encore Lucy in the sky toute proche et dans un autre creux alvéolé « yellow submarine »
Vous n’êtes pas dans notre passé mais devant nous tous afin que nous brisions nos chaines. Non pas parce qu’il n’y a pas assez d’intensité dans ce monde mais par ce que vous étiez ce qui nous manque .
Sur le chemin qui mène à vous entre les quartiers de Liverpool et la tamise j’ai trouvé une plume bleutée d’un geai
Que Georges Harrison portait à son chemisier.
C’est très petit une plume de geai c’est presque aussi inutile que vos chansons diront certains
Mais pas à mes yeux et surtout pas à L’ouïe.
Du coup je vous suis partout où vous avez habité le monde poétiquement.
Le monde se rétrécit tant autour de moi au point d’avoir le sentiment de vivre au fond d’une clochette de muguet.
Jamais personne n’a autant offert que votre groupe.
Alors que faire de Mieux dans un passage à Londres que de vous saluer vous qui avez fait le passage avec nous.

Va savoir ! (JAK)
Elle avait un penchant pour le whisky
Il adorait gazouiller sous la pluie
Les passants indifférents passaient
Pendant qu’une intervieweuse s’pâmait
Cependant au loin on devinait
Un drame épouvantable s’tramer
Un Route-Master à impériale,
Au tempo-rapidos accélérait,
Et soudainement déraillait !
Les fausses notes avaient dérouté Djak le wattman,
Qui avait l’oreille absolue.
Et
L’homme au gants jaunes ne pût jamais à temps le stopper.
La « Général Compagnie » après tout ce train-train,
N’eut qu’à chèrement aligner, les £ de sa Majesté
Mais ce qu’il a de plus inexplicable
Ici,
C’est qu’aux Chorégies d'Orange
Les sons en tous sens volaient et
L’épouse de l’homme aux gants jaunes,
Sur son violoncelle jouait
Dans la 8 -ème symphonie de Mahler
Et l’astrophysique, l’abstraction des mathématiques et même la physique quantique, ne pourront jamais nous dévoiler pourquoi, des tas d’atomes
Entre eux s’remuent, communiquent et s’agitent,
Sans qu’il y ait un sens précis à la vie.
Édimbourg par bongopinot
Elle voulait aller dans un pays anglophone
Elle choisit l’Écosse, pour ses paysages insolites
Elle part donc pour une aventure enrichissante
A Édimbourg à l’université pour doper ses neurones
Elle découvre très vite les soirées étudiantes
Les défilés gant en caoutchouc sur la tête
Dans les rues et elle danse et elle chante
Les pavés accueillent ses rires c’est la fête
Mais c’est déjà la fin de son cursus universitaire
Va t’elle quitter cette ville où elle a trouvé son air
Restera t’elle travailler dans son lieu de prédilection
Depuis elle s’est enfin décidée et a trouvé un emploi
Ses parents sa famille ont reçu la nouvelle avec effroi
Mais Édimbourg n’étant pas si loin de Paris ça a mis fin à leurs agitations
Romane d'apprentissage : Épisode trois (joye)
Eh oui, deux fois veuve dans la même histoire, c’est pas la veine ! Je quittai donc ma Bordighera adorée à la recherche de nouvelles aventures, mais pas avant de vendre le resto et me transformer en modiste. Les bouteilles qui pendaient du plafond me servirent d’inspiration et mes nouvelles créations faites de paille firent de moi une célébrité – jusqu’à ce que l’ancien amant de mon beau-fils me traite de copiste. Comment pouvais-je savoir que ce stupide panier tissé de paille qu’il portait sur la tête était son idée à lui, je vous le demande ?
Bon, fatiguée par une telle épreuve – ce n’est pas tous les jours qu’on soit traitée d’assassine et de fraude en même temps, hein ? – je décidai de changer de climat.
Alors, c’est à Edinburgh, une ville très cool, que j’établis ma boutique tout près de la cathédrale St Gilles, dans une close (non, la rue, pas la maison ! OH !) qui s’appelait « Coquelanne ». Oui, non, je ne vous mens pas !
C’est là où je créai mon plus grand succès, que j’appelais la Kret’, un chapeau rigolo fabriqué des gants en caoutchouc que j’avais gardés de mes jours à laver les plats à l'établissement de mon pauvre Otto défunt.
Je ne sais pas pourquoi ces petits chapeaux étaient si populaires, mais j’étais bien contente que tant de touristes deviennent « Krétins ». Superbement utiles pour héler un taxi ou un bus ou attraper le bouquet quand la mariée le jette.
Et puis, si l'on n'a plus de sous lors d'un voyage, extra pour trouver un petit boulot comme plongueuse, quoi. On ne sait jamais où cela mènera...moi, Romane, votre héroïne estivale, en suis la preuve !
Allez, je sais, personne ne meurt dans cet épisode…à part un lecteur ou deux qui en meurent de rire ? Non. Bon. Peut-être à la semaine prochaine.
Jusqu’alors, une petite compil’ par une touriste ricaine qui passa ici à Edinburgh l’année dernière, et non, elle ne fut pas Krétine…fallait qu’elle garde ses sous pour le transport, l'entrée au château, les cartes postales, et du haggis…
Soir de Carnaval (Lecrilibriste)
Un gentil troubadour, plein d’ardeur
Musique aux lèvres et colporteur
S’en va vers le vacarme des flonflons de la fête
Retrouver le défilé des majorettes
Les sonneurs de trompettes
et le rantanplan des tambours
Regardant son reflet dément dans une flaque
Il réfléchit sérieux aux à-coups de la vie,
et à ses estocades
Aujourd’hui c’est la fête
La fête des trompettes
La fête des grosses têtes
La fête des casse-têtes aussi …
Il bouscule du pied l’affiche décollée
dans l’espace égaré d’une rue blafarde
sous la lumière acide d’un néon verdâtre
qui clignote sur les murs gris
d’un immeuble sous la pluie
il lit : Vertige et trompettes »
au Théâtre des Castagnettes
Il remonte son col en poursuivant sa quête
Avant feu d’artifice et feux de la St Jean
Le clair obscur envahira le soir
Les formes habitées des arbres et des nuages
sur les sentiers secrets des maisons d’outre-temps
enverront leurs fantômes dans des vagues de brume
Et après un clin d’œil nostalgique à la lune
le troubadour taira les mots en gardant sur le cœur
le vertige des lumières de la fête
et le goût amer de la bière
Vive le gris et la pluie! (Laura)
J'ai failli vous renvoyer un texte déjà envoyé[1]
Ce ne serait pas la première fois, me direz-
Vous! Alors je vais quand même un peu me la creuser
Pour vous parler du gris et de la pluie injuriés
Par presque tout le monde mais que dans certaines contrées
Comme celle de la photo de la semaine ou celle où je suis née,
On est bien obligé d'accepter et de s'adapter
Comme on devra le faire si les températures venaient à augmenter
Encore et plus souvent; quand j'étais gamine, je me régalais
A sauter dans les flasques, sous l'eau du ciel, me mouiller.
Comme j'étais loin de ceux que je vois sortir sans regarder
Le pébroc même quand le ciel ne fait que renifler!




