N'ont pas craint de s'endormir sur l'ouvrage
![]()

joye ; Stella No. ; Venise ; Epamine ; Walrus ;
Vegas sur sarthe : EVP ; Pivoine ; KatyL ;
Lorraine ; Sergio ; Pascal ; Sandrine ; JAK ;
Flo ; Sebarjo ; titisoorts ; Joe Krapov ; MAP ;
On ne dit pas l'âne de Buridan mais le chien d'Aristote (Sandrine)
Le conte le plus à dormir debout que je connaisse est sans doute l'histoire de l'âne de Buridan...
Il paraitrait que ce fameux âne (mais quel âne ne l'est pas, fameux, j'entends) tiraillé entre un seau d'avoine et un seau d'eau était en réalité un chien ! Vous imaginez deux secondes, un chien, tiraillé entre flotte et picotin, vous ? C'est si incroyable que ça n'en est pas du tout crédible !
Et encore ce n'est qu'un début... Ce chien, incapable de choisir entre deux possibles n’appartenait pas même à Buridan mais à Aristote ! Eh oui, c'est lui le premier (parmi ces êtres à se poser des questions inutiles, euh pardon on dit philosophiques, j'oublie toujours) à s'être demandé quel serait le choix de l'animal face à deux mets délicieux équidistants de lui... mettons entre une femelle en rut et un os à moelle... Si les philosophes se pillent entre eux sans se soucier de la véracité des propos d'origine, je peux bien à mon tour ne pas trop me soucier de savoir entre quoi et qu'est-ce le chien primordial avait hésité et l'inventer en tenant compte néanmoins de mes propres observations. S'il eut été question d'une poule, j'aurais choisi un ver de terre et un asticot, pour une vache un bouton d'or et une pâquerette... Bref et ainsi donc, l'âne de Buridan était un chien et n'était pas tant à Buridan que ça puisque c'est Spinoza qui raconte l'histoire qu'on connait !
Histoire à laquelle je n'ai JA-MAIS cru, car un âne face à deux options ne tergiverse pas (et se laisse encore moins mourir de faim), non, il en invente une troisième et c'est une mule qui vous l'affirme !!
Alors vous, je ne sais pas, mais moi, entre une mule et un philosophe, ce n'est pas ce dernier que je préfère croire !
De toute façon ce qu'il aurait été VRAIMENT utile de chercher à savoir, c'est bien : entre le chien et l'âne lequel est sorti de l’œuf en premier ? Parce que j'ai peine à imaginer que ce soit une poule comme on essaye de nous le faire croire... Et pourquoi pas une autruche, tant qu'on y est ? D'un œuf, enfin, voyons !
Un haïku à dormir debout (Sebarjo)
Une voix si douce
Lit : il était une fois
Bercé, je m'endors.
raconte (titisoorts)
Tout jeune déjà, il se réveillait au milieu d'un champs, en plein milieu d'une pièce, alors qu'il se croyait au fond de son lit, en train de rêver. Des rêves, si intenses, qu'il avait la sensation de les vivre réellement. Alors, ses parents inquiets, sont allés voir des docteurs, des scientifiques, des sorciers, des charlatans. Tout y était passé, que leur fils était dérangé, envoûté. Subissant cette médecine, au gré des années, il se sentait fatigué, bien plus par ses traitements qui d'ailleurs ne donnaient rien que par ses nuits éreintantes. C'est bien plus tard, qu'il arrêta tout. Triste de la disparition de ses parents, il avait besoin de se poser, de se libérer, de briser ses chaînes. Après avoir congédié tous ses médecins qui ne lui avaient apporté que souffrance et désespoir. Il ne garda que ses plus fidèles serviteurs. C'est mon histoire ensuite qui n'est pas banale ! J'ai des terres à perte de vue, j'habite un grand château. J'ai des domestiques pour le ménage, la cuisine, et surtout Georges. Un des plus fidèle, qui à la particularité de ne travailler que la nuit. J'ai été obligé, une nuit, je me suis réveillé tout près d'une falaise, le bruit de la mer en furie m'avait heureusement ouvert les yeux. Donc, Georges, me suit, comme un bon samaritain, me surveille, et ne me réveille que lorsque je suis en danger. Mais le mieux, c'est qu'il me raconte mes escapades. Une des plus folles qu'il m'ait raconté est celle où, dès le saut du lit, je partis dans l'atelier prendre une pelle. Après quelques kilomètres dans la forêt, dos à un grand arbre, je me mis à compter les pas, puis j'y plantai la pelle. Ensuite, dos à un rocher, je me remis à compter mes pas. Au croisement des deux lignes imaginaires , je me mis à creuser. Un trou, puis plus loin un autre, jusqu'à heurter ma pelle sur un objet. Un coffre enchaîné, encadenassé. Mes escapades nocturnes, ont commencé à faire du bruit au village d'en bas. Les surnoms que l'on m'a infligé: le monstre du château, le vampire du manoir, une légende commençait à se construire autour de moi. Au fil de l'histoire et du temps, certains de mes ancêtres étaient respectés dans la région et d'autres craints. Je repense notamment à un qui fit la richesse de la famille.
Georges, m'expliqua qu'une fois avoir découvert le coffre, je suis reparti au château. Dans l'entrée, il y avait au pieds de l'escalier, un immense portrait de cette ancêtre, avec à son cou une chaîne, la même que sur le coffre. Je pris un couteau, pour inciser la toile à la base de la chaîne et derrière celle ci, il y avait une clé. Retour vers le coffre, et tout le long du voyage, je répétais continuellement "Aron ha'Edout, Aron ha'Edout ", je compris bien plus tard le sens de ses mots. Le coffre était en or, le propitiatoire surmonté de deux chérubins en or massif, leurs ailes se rejoignaient. J'ai introduis la clé, le cadenas s'ouvrit. A l'intérieur, il y avait les tables de la loi, j'avais dans les mains l'oeuvre de dieu, les dix commandements.
Quelle découverte.
Je ne suis pas un Dieu. Ce n'est pas un exploit, ceci n'est que le résultat de mes nuits agitées. Au bout du conte, je ne suis qu'un comte. Un comte à dormir debout.
A qui faut-il s'adresser pour devenir Belge d'honneur ? (Joe Krapov)
La pire chose qui puisse arriver à un libraire est survenue. C’est une histoire qu’on pourrait mettre dans nos tablettes si les tablettes n’étaient pas elles-mêmes entrées dans l’histoire et n’avaient pas absorbé tout le contenu de l’échoppe tenue par ce couple de libraires suisses si bien apparié.
Sans que nul ne pipe mot, le monde du numérique s’est abattu sur eux à la vitesse de la vérole sur le Bas-Empire romain. Fin du papier, fini de ramer, les clients se sont fait la paire et, sans rime ni raison, se sont mis à aimer cette vamp avariée au sein refait à neuf : Miss Amazon, déesse impérieuse et impérialiste, parée des attributs de la modernité, des pantoufles de vair de Cendrillon au bal, fournisseuse officielle de bonheur dans le pré connecté du village mondial.
Habiter la Suisse ne préserve pas du malheur d’être chocolat. On a donc prié Rémi et Marie, nos libraires, de mettre la clé sous la porte, de plier boutique. Ils ont dû quitter leur repaire d’amoureux des livres, ont été virés comme des malpropres par le pape du mercantilisme qui, en prime, a transformé leur local dédié à la culture livresque en boutique de vente de smartphones. Mon Dieu ! Comme ce monde est âpre, qui vous prive d’un seul coup de ce qui vous rendait si humain, ivre de contacts, de partages, de repères communs avec tous ces clients devenus des amis.
Heureusement le maire de Bâle s’est ému de leur sort. Ila bien vu à la tête de la mariée et à la tronche d’intello binoclard du marchand de livres que toute reconversion était râpée d’avance pour eux, qu’il ne fallait pas penser les faire riper sur quoi que ce soit d’autre dans un monde où Nabila est une star et les Stentors disques de platine.
Dans sa ligne de mire, il y avait justement le « Zoo du dessous du réel » qu’il avait récemment inauguré.
- Vous y serez nourris, logés, blanchis, vous n’aurez rien à faire qu’être là tout le jour. Vous pourrez jouer au rami ou lire vos satanés bouquins ».
Il y a pire dans le genre : périr en mer, commettre un impair et se retrouver les quatre fers en l’air dans la prairie avec un troupeau de bisons qui vous passe dessus (ces bestiaux ne sont pas très futés). Alors Rémi et Marie ont accepté cette situation de pensionnaires du zoo de Bâle. Ils y ont pris leurs habitudes.

(Cette illustration est signée Plonk et Replonk)
Quelquefois, pour se changer de la lecture et de la conversation à travers les barreaux avec les visiteurs en troupeau, Rémi va s’asseoir sur son pneu-rocking-chair avec une grille de mots croisés. C’est le cas aujourd’hui et bien qu’il ne pleuve pas, qu’il n’ait pas eu à mettre son imper, il sèche sur le 3 vertical.
- En six lettres, Marie ? « Bandard fou d’avant Moebius » ?
Marie vient se pencher derrière lui et elle lui répond :
- PRIAPE !
- Ah mais oui, bien sûr ! Comment ai-je pu ne pas y penser ? Est-ce que tu peux m’aider aussi pour le VI horizontal ? « Comte à dormir debout » ? J’ai pensé à « somnambule » mais ça ne rentre pas : il n’y a que sept lettres.
- Je ne vois pas pour l’instant. Mais tu ne la trouves pas bizarre, la solution de la grille de la semaine dernière ?
- Qu’est-ce qu’elle a ?
- Tous les mots ont l’air d’être composés avec les lettres d’un seul mot plus long.
Rémi observe la liste :
VAMP PIRE EMPIRE VRAI VIRER VAIR VARIER PRIE PRIME MARIE APRE RAPE RIME RAME MARIEE REPAIRE REPERE PRE PIPE PAPE PARE MIRE IMPER PAIRE MAIRE PRIAPE PRAIRIE APPARIE PIPER RIPER RAMI ARRIVER MEME IMPAIR PAPIER AIMER PERIR AVARIEE AIME IVRE PRIVE AMI MER
- C’est quoi, ce truc ?
- Ce sont des dérivations de VAMPIRE et du coup j’ai trouvé ton VI horizontal. « Comte à dormir debout », c’est DRACULA !
- T’es trop forte, Marie !
Et, bien que Suisse, en remerciement, il lui chante une chanson belge du groupe Sttellla.
SISSI (par joye)
J’adorais mon oncle Walter. C’était un homme rond et confortable, avec d’énormes favoris et de belles moustaches grises qui cachaient ses dents de bonheur quand il parlait. Oncle Walter sentait vaguement le tabac et le soleil, il riait beaucoup, il me permettait de m’asseoir à ses genoux et fouiller dans les poches de sa veste tweed pour des chewing-gums ou parfois des bonbons. Je savais que j’en retrouverais toujours dans la poche sur son cœur.
Sa femme, tante Lorette, était morte. Il disait parfois qu’elle était morte parce qu’elle ne voulait plus vivre. Comme je ne doutais jamais de sa parole, je croyais que tante Lorette ne voulait vraiment plus vivre. J’étais toujours un peu triste pour elle pendant un instant ou deux, avant de me jeter sur les genoux de mon oncle afin de pouvoir fouiller dans ses poches.
Tonton et moi étions donc de grands amis, et dans la plus grande complicité, jusqu’au jour de mes six ans. Tonton arriva à la maison, rasé, peigné et ne sentant plus le tabac. Je pus remarquer ses dents de bonheur. La veste tweed avait été remplacée par une veste de laine noire. Je me disais que cela allait me gratter à chaque fois que je me mettais à la recherche des bonbons égarés dans ses poches, mais cela ne m’inquiétait pas plus que ça.
Quand Tonton avait fini de causer avec maman et papa, il s’assit devant la cheminée. Je reconnus mon moment, et je m’approchais de lui en courant.
- Stop ! dit mon oncle, mettant sa paume ouverte devant moi.
Je heurtai contre sa main avec ma poitrine.
- Hein ? Tonton, je ne peux pas m’asseoir sur tes genoux ?
- Non.
- Mais, comment vais-je pouvoir chercher mes bonbons ?
- Je n’ai pas de bonbons.
Je le regardais bien, comme maman me regardait quand j’avais de la fièvre. Mais il n’avait pas l’air malade.
- Tu dis ça pour rigoler ! dis-je, mais ma voix tremblait un peu.
Je contemplais un monde sans ses bonbons. D’un coup, je pensai à ma tante Lorette qui n’avait plus voulu vivre.
- Non, non, je suis sérieux. Tu ne peux plus fouiller dans mes poches.
- Et pourquoi pas ? demandai-je.
- Parce que j’ai acheté une vipère et à partir de désormais, je la garderai dans cette poche sur mon cœur. Tu ne pourras plus jamais y mettre les mains, parce que Sissi te mordra, et sa morsure est mortelle.
Je lui fis des yeux très ronds.
- Une vipère, mais tu plaisantes, tu n’as pas de vip…
Sans attendre que je termine ma phrase, Oncle Walter produit de la poche sur son cœur une petite vipère verte. Si je n’avais pas été si déçue, si je n’avais pas compris qu’elle prenait ma place dans le cœur de mon oncle, j’aurais volontiers admis qu’elle était belle, et que c’était chouette de voir une vipère de si près.
- Nièce, je te présente Sissi von Proutbottle. Sissi, voici ma nièce.
Sissi sortit rapidement sa petite langue fourchue pour me saluer. Il y avait comme une lueur maligne dans son œil jaunâtre. Elle me souriait, mais son sourire me fit froid dans le dos. Mon oncle la remit dans sa poche et nous passâmes encore une demi-heure ensemble, moi, mon oncle, et Sissi, mais c’était très étrange, je me sentais tout drôle, exilée de ses genoux et de son cœur.
Deux ou trois semaines plus tard, mon oncle passa à la maison. C’était moi qui ouvris la porte parce que maman pétrissait le pain et papa était au boulot.
- Tonton ! criai-je.
J’étais tellement ravie de le voir que je lui sautai au cou avant qu’il puisse m’arrêter.
- Tsss ! Idiote ! Il t'avait prévenue, me siffla Sissi.
Et puis je sentis la piqûre fatale de ses crochets sur le lobe de mon oreille droite.
La valise (Stella No.)
Il était une fois une jeune femme très banale qui rêvait d’un peu d’aventure. Elle se nommait Stella et ne faisait rien qui ne sorte de l’ordinaire. L’adage « métro – boulot – dodo » lui convenait tout à fait, bien qu’en réalité, elle prenait le bus, était étudiante et dormait très tard car passait ses soirées à réviser.
Quoi qu’il en soit, Stella était une grande rêveuse. Elle croyait au prince charmant, aux sorciers et aux vampires. Elle lisait Harry Potter en retenant les formules magiques et connaissait toutes les répliques de Twilight. Chaque nuit, elle s’imaginait princesse, guerrière ou espionne. Chaque nuit, elle sauvait des gens et se battait contre les méchants. Le matin venu, Stella s’éveillait avec la désagréable sensation que les rêves étaient bien plus satisfaisants que la réalité.
C’est ainsi que chaque soir en attendant le bus, elle s’amusait à imaginer l’aventure qu’elle vivrait avant de s’endormir. Stella était persuadée qu’en construisant une histoire, elle avait des chances d’en imprégner ses rêves.
Ce jour-là, elle patientait près de l’arrêt de bus en créant un monde fabuleux peuplé de métamorphes et d’elfes quand un jeune homme en costume l’interrompit :
- Veuillez m’excuser, mademoiselle.
- Oui ?
- Pourriez-vous garder un œil sur ma valise s’il vous plait ? Je dois faire un saut au distributeur automatique et j’irai plus vite si je ne suis pas encombré. Ça vous ennuie ?
- Heu… oui, non, pas du tout. Je jetterai un œil.
- Merci, j’en ai pour cinq minutes.
Stella avait été un peu interloqué par cette demande et n’avait pas vraiment réfléchi avant d’accepter. Sur le coup de la surprise, elle avait accepté de veiller sur la valise d’un inconnu. Tandis qu’il s’éloignait d’une démarche étrangement sautillante, elle prenait conscience de ce que cela représentait comme risque. Son esprit fantasque commençait à échafauder différentes théories : et si il était un terroriste et qu’une bombe se cachait dans la valise ?
« Voyons, Stella, se morigéna-t-elle, comme si des terroristes allaient faire exploser une bombe dans une petite ville lambda ! ».
Et si en fait, il y avait de la drogue dans cette valise ?
« Un trafiquant ne laisserait pas sa marchandise comme ça à une inconnue ! »
Et si, il y avait un trésor dans cette valise ?
« Et alors quoi ? Tu deviendrais gardienne d’un trésor, c’est ça ? Pauvre fille, si c’était le cas, tu serais accusée de recèle et tu serais dans de beaux draps ! ».
Agacée contre elle-même, Stella secoua légèrement la tête et scruta la direction vers laquelle l’homme était parti. Personne. Haussant légèrement les épaules, elle regarda l’heure : le bus n’allait plus tarder à présent. Si l’homme ne revenait pas, elle monterait dans le bus. Tant pis pour sa valise !
Mais lorsque le bus passa, Stella ne put se résoudre à laisser la valise ainsi. L’homme lui avait confié et lui avait promis de revenir vite. Il le fallait. Ou alors… c’est que quelque chose d’inhabituel était en train de se passer dans la vie si ordinaire de Stella.
Trois bus eurent le temps de s’arrêter près d’elle avant qu’elle n’empoigne la valise et la ramène chez elle. Stella savait qu’elle prenait des risques mais elle était persuadée qu’elle ne devait pas s’en séparer.
Elle tira le lourd bagage jusqu’à son immeuble et gravit péniblement les quatre étages. Une fois entrée dans son appartement, Stella accomplit un rituel quotidien : les clés dans la coupe à fruits, le manteau sur la patère, les ballerines jetées sur le sol, le sac à main sur le canapé et enfin, pour la première fois de sa vie, elle se trouva face à un objet étranger sans savoir qu’en faire.
Stella tourna autour de la valise, scrutant ses moindres recoins. Il n’y avait pas de cadenas. Un simple fermoir classique. Et si elle n’était pas fermée ? Peut-être trouverait-elle les coordonnées de l’homme en costume ? Peut-être comprendrait-elle pourquoi elle ne parvenait pas à se détacher de l’objet ?
S’agenouillant sur le sol, Stella posa doucement la main sur le bagage. Une petite secousse la traversa de part en part, tandis qu’une douce chaleur irradiait ses doigts. Un observateur extérieur se serait surement interrogé face à l’état quasi hypnotique dans lequel semblait se trouver la jeune femme.
Stella finit par se sortir de cet état cathartique et ouvrit la valise. Cette dernière n’était pas verrouillée et malgré sa lourdeur, elle ne contenait qu’un petit globe en verre. Stella saisit délicatement le précieux objet et le porta à la hauteur de ses yeux. Elle l’approcha très près afin de pouvoir distinguer ce qu’elle contenait.
En plissant légèrement les yeux, elle put apercevoir la réplique d’un village moyenâgeux, avec son château, ses villageois et un dragon. Stella était presque sûre de le voir bouger tellement la miniature était réaliste. Elle pouvait deviner la fumée des cheminées et entendre les murmures du peuple se pressant sur la place du marché. Elle pouvait sentir l’odeur de viande rôtie mêlée au crottin des chevaux. Elle pouvait souffrir du froid de la neige qui recouvrait le village. Une lueur la fit porter son regard sur la plus haute de tour du château. Sur un balcon de pierre, un homme en robe noire tenait entre ses mains un grand parchemin. En plissant plus encore les yeux, Stella put déchiffrer une inscription étonnante : « Bienvenue dans ton nouveau monde, Enchanteresse ». C’est alors que la lueur grossit tant et si bien que Stella se sentit absorber dans sa puissance et sa chaleur.
Le lendemain matin, la jeune femme s’éveilla sur le sol de son appartement. Ouvrant péniblement les yeux, elle se souvint du rêve étrange qu’elle avait fait cette nuit-là. Elle s’était transportée par magie dans un royaume médiéval où un vieux sorcier avait tenté de lui faire croire qu’elle était l’enchanteresse dont une oracle avait prédit l’arrivée pour sauver le royaume de l’empereur noir, un mage sombre et puissant qui semait la destruction sur son passage. Stella avait tenté de convaincre le sorcier de son erreur, sans résultat. Elle s’était alors décider à fuir courant dans la neige sans jamais trouver son chemin.
Elle se sentait épuisée : c’était bien la première fois que son rêve lui avait semblé si réel. Stella voulut prendre appui sur ses mains pour se relever lorsqu’elle se rendit compte de deux choses. La première, c’est qu’elle tenait toujours la boule en verre dans la main. Et la seconde, c’est que ses chaussettes et son pantalon étaient recouverts de neige. Alors, elle porta de nouveau la boule à son visage et son regard s’accrocha aussitôt à l’homme sur le balcon de la tour. Cette fois, sur son parchemin était inscrit : « Nous t’attendons, Enchanteresse ».
Quèsaco? (Vegas sur sarthe)
Enarcholalie (EVP)
C’était il y a très très longtemps dans un pays loin loin d’ici.
Un méchant roi avait décidé d’interdire les contes, les poèmes, les chansons, les histoires imaginaires.
Seule était autorisée l’Enarcholalie et ses langues dérivées : Le chêne, le platane, le tilleul et jusqu’à l’acacia pourtant réputé si dur.
Du coup, c’était partout et en tous lieux la même histoire ; piapiapia…Démocratie, piapiapia…Libéralisme, piapiapia…Economie, piapiapia…Sacrifices, piapiapia…Lendemains radieux, piapiapia…Promis la Lune !!
Mais les pauvres habitants du royaume, lassés d’entendre toujours la même antienne s’endormaient debout, dès qu’ils écoutaient un discours officiel.
Du coup, la production avait terriblement chutée et surtout, surtout on ne faisait plus rien de neuf, on n’inventait plus, on ne créait plus.
Le jour où l’on vint dire au roi qu’il n’y avait plus une seule richesse à s’approprier et qu’il n’y avait plus rien non plus à s’acheter avec sa fortune il fit un A.V.C. (Arrêt Verbal Carabiné) de plus, cela contamina toute sa cour aussitôt. Ce fut un grand silence
Dans ce silence, les gens s’éveillèrent en souriant.
Bientôt on entendit la voix cristalline d’un enfant qui chantait :
« Espoir, espoir, il n’est pas trop tard.
Donnez-nous du rêve et de belles histoires,
Enchanter le monde n’est pas le compter
C’est s’émerveiller et puis raconter. »
Espoir, espoir, il n’est pas trop tard,
abracadabra, voilà mon histoire !
Petit conte pour ne pas dormir debout (Électre)
Pourquoi dit-on que mes histoires sont à dormir debout, alors que je les rêve éveillée ? Si je dors debout, je préfère aller me coucher, pas d'histoires, au lit ! Si je rêve éveillée je ne sais plus bien si je rêve, ou si je suis éveillée... quelle histoire ! Parfois je rêve au lit, et parfois même que je lis en rêve, et quand je m'en aperçois, dans un demi-sommeil je me raconte des histoires...
Est-ce ma faute s'ils ne voient pas
la marmotte géante qui glisse dans les nuages
les boules de gui comme les lampions d'un sabbat
et les enseignes s'animer au-dessus de la boulangerie ?
Il était un conte.
C'était un vieux comte, avec un M tout ce qu'il y a de plus aristocratique, une barbe en pointe et une fraise apprivoisée. Il aimait parler à sa fraise des heures durant en lissant sa barbe, ce qui ennuyait, à la longue, sa femme, qui lui disait souvent "ramène pas ta fraise !". Il lui donnait généreusement à manger (à sa fraise) car elle récupérait tout ce que la barbe avait laissé échapper. Celle-là aussi était bien nourrie, une barbe rousse du plus bel effet. Parfois elle entrait en guerre contre la fraise, surtout lorsqu'il y avait de la crème en jeu : la barbe et la fraise adoraient la crème. Le fils du comte aussi, mais il préférait la barbe à papa à la fraise, car elle lui était plus sympathique (et même si son précepteur lui répétait jusqu'à la nausée "la barbe DE papa !"). Il n'y avait pas souvent droit (à la barbe en question) : c'était surtout lorsque le comte le faisait sauter sur ses genoux (et là il pouvait en attraper un peu).
Le reste du temps le comte aimait beaucoup l'emmener se promener dans sa papamobile. C'était une sorte de voiture à pédales entièrement vitrée, qui permettait de se promener sous la pluie sans perdre de vue le paysage. Il y avait même un essuie-glace sur le toit pour y voir un peu mieux en cas d'eau. Il fallait juste faire attention aux flaques, sinon ça devenait vite du pédalo : mais dans ces cas-là le comte devenait grand capitaine, et l'emmenait faire des voyages le long du cours. Mais même s'ils étaient sur le cours, son fils trouvait ces voyages plutôt longs, car malheureusement, quand il pleut jusqu'au coude, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent -- même pas un bout de fromage ! -- et le fils du comte était gourmand.
Le comte, outre sa fraise, sa barbe et sa papamobile, avait aussi deux maux ; le principal était ses gros maux de tête, qui lui faisaient dire des mots grossiers, que depuis on a appelés simplement "gros". Son fils les écoutait avec attention et apprenait les plus rigolos, comme "anacoluthe" et "analphabète", qu'il s'amusait ensuite à répéter à sa nourrice qui n'avait pas la moindre idée de ce que pût être une anacoluthe et qui, même si elle essayait de lui raconter des histoires, était effectivement analphabète.
Son second mâle était un jeune chien, qui n'en faisait qu'à sa tête, surtout depuis que le vieux chien s'était résolu à le laisser agir à sa guise, sous la surveillance du grand duc qui nichait dans l'arbre au-dessus d'eux. Il tentait de rappeler le chien à l'ordre par des "hou hou" qu'il croyait effrayants, mais le jeune chien qui était un peu dur d'oreille croyait qu'il devait faire attention à ne pas aller se fourrer dans le houx, ou qu'on lui demandait où il était, et comme l'oiseau ne comprenait pas ce qu'il disait, cela ne faisait pas beaucoup avancer leur histoire.
Et le troisième (car il y en avait trois) était sa lavandière, qui était chargée de faire respecter l'étiquette. Le comte avait horreur de l'étiquette, qui le grattait affreusement, et lui faisait dire des mots comme "barbiturique" ou "archiduchesse". En plus il n'avait pas la patience de trier, et se serait toujours retrouvé, si sa lavandière n'y eût pris garde, avec des chemises roses et des pantalons rouge pâle. "L'étiquette, Monsieur le comte, l'étiquette ! Est-ce vous qui faites les comptes dans cette maison ? Savez-vous combien de chemises vous avez déjà rosi ?" lui reprochait la lavandière, qui sentait la lavande un peu défraîchie. Le comte, lui, rougissait, s'excusait et retournait à ses anémones.
Car il avait un jardin de fleurs, qu'il aimait entretenir (il y cultivait aussi les fraises, car il fallait les changer de temps en temps quand elles étaient délavées). Il appelait les fleurs par leur petit nom, même les fleurs sauvages, qui ne le restaient pas longtemps tant il leur parlait avec douceur. Sa fraise d'élection, dans ces moments-là, était un peu jalouse, car elle n'aimait pas partager celui autour du cou duquel elle s'était une fois enroulée, d'un seul coup d'un seul. C'est à la suite d'une longue bataille entre les fraises et les hommes que, par la suite, ce furent les fraises que l'on mit en roulés. Mais en ce temps-là hommes et fraises vivaient en harmonie, sauf lorsque la fraise piquait une crise de jalousie, ce qu'elle faisait spécialement lorsqu'elle était derrière la fenêtre de l'appartement du comte. Dans ces cas-là elle devenait aussi fermée qu'un volet, ébouriffait ses fronces, et le comte avait bien de la peine à respirer, ce qui l'éloignait de la fenêtre à la plus grande satisfaction de la fraise. Par mimétisme sans doute, le comte prit l'habitude lui aussi, lorsqu'il était en colère, de froncer les sourcils, et depuis, beaucoup de gens ont suivi son exemple.
Le comte, au moment où nous le rencontrons, était malheureusement sur sa faim, car il était devenu très gourmand avec l'âge. Nous espérons cependant que ce ne sera pas le cas du lecteur, et quant à nous nous ne mangerons pas notre chapeau, mais entonnerons pour la fin cette comptine que nous empruntons pour l'occasion à notre conteur préféré :
Autrefois je rêvais, veillé
par une lavandière qui se méfiait
du rouge et des fraises,
et qu'il ne fallait pas faire rosir.
Il faut dire pour être exacts que la lavandière ne se méfiait pas tant que ça du rouge, à part celui qu'on trouvait sur les pantalons de soldat du comte. Si elle avait été au cinéma, elle aurait su que ce rouge ne s'appelait pas rouge mais Garance, mais ça, c'est une autre histoire.
CONTE A DORMIR DEBOUT (Lorraine)
Je ne sais pas où je suis, personne ne m’a appelée et pourtant, j’y vais. Un sentiment m’oppresse, j’ai peur mais personne n’en saura rien, Je suis de celles qui crânent, quitte à s’effondrer ensuite. Un homme tient une pomme dans ce vieux jardin dont je viens de pousser la grille rouillée. C’est qui ? Adam ? Il me regarde, perplexe, nous nous regardons tous les deux, nous ne sourions pas, nous ne voyons pas Eve qui a déjà mangé son quartier et s’en moque. A tout hasard, je dis : « Bonjour » puis je vois ce serpent vert qui ondoie à mes pieds et je hurle.
- Pourquoi ? dit Eve, il est joli, ce serpent. Vert. Du vert comme j’en mets à mes yeux quand je vais séduire les messieurs de l’autre côté du parc. Là d’où vous venez, d’ailleurs.
Je ne viens de nulle part, je me suis éveillée ce matin dans la prairie comme si j’y avais toujours vécu, et j’ai fait quelques pas juste assez pour arriver ici. Je ne savais pas qu’il y avait des hommes qui aiment les yeux verts. Eve me tend son poudrier et je vois que mes yeux à moi sont aussi verts, mais d’un vert naturel, sans maquillage.
- Venez, dit-elle, je vais vous farder. Nous irons ensemble. Voulez-vous un morceau de pomme ?
Je me tourne vers Adam et je m’aperçois qu’il est nu. Il est en train de croquer l’autre moitié de pomme tandis qu’Eve enfile des petits souliers à talons pointus tout à fait à la mode. Elle porte une robe rose à volants et ressemble à une fée. Le serpent batifole à mes pieds , tourne, roule, s’enroule autour d’un baton, se dresse, mais non, mais non, il ne va pas monter jusqu’à moi, jusqu’à ma bouche, jusqu’à mes yeux, redescendre, devenir un bracelet, ramper le long de mon bras, m’entourer la jambe, siffler de colère, m’insuffler son venin… Au secours ! …Non ! Non !...
Ouf, ce n’était qu’un conte à dormir debout et s’il faut tout vous dire, je l’ai écrit en écriture automatique, ne sachant ni ce que j’écrivais, ni où j’allais, sans m’inquiéter du sens, afin qu’il soit vraiment, mais là vraiment, un conte à dormir debout…
Arthur Mac Bride (Pascal)
C’est un conte, une histoire, un bout d’aventure racontée autour du feu.
Personne ne sait rien en fait. Et comme personne ne sait vraiment, c’est devenu une légende, bien sûr. Chacun en rajoute un peu, pour mettre ses propres couleurs, pour enjoliver ou noircir, selon son humeur, ce feuilleton interminable. La réalité et la fiction se confondent pour faire ce que vous lisez…
Alors, accordez un simple sourire, un rictus à l’endroit, dans le sens qu’il vous plaira le mieux, une pensée amicale, un brin de mansuétude, pour ce Pauvre Arthur Mac Bride, si loin, si profondément enfoui…
Tout a commencé dans son jardin, tout au fond du jardin…
Les fleurs du pauvre Arthur dépérissaient lamentablement en manque cruel d’eau du ciel. Elles courbaient la tête en pleine soif et le soleil s’acharnait avec ses rayons ardents pour en faire des buissons ou de la paille à grenier…
Et notre jardinier malheureux se lamentait, se lamentait…
Il tentait même de pleurer sur les plus belles, pour leur faire un brin de fraîcheur. Il les caressait tendrement mais elles mouraient au bout de ses doigts avec leurs pétales encore enfermés.
Le ruisseau tari laissait les crapauds et les têtards sur le ventre et la sècheresse était le souffle du diable dans ce jardin stérile et austère.
Il priait le Ciel pour faire une petite pluie, une ondée bienfaitrice, un arrosage de fin de printemps, mais à en croire les nuages pressés, les orages se *dépressaient plus loin, dans la vallée vallonnée voisine.
Le pauvre Arthur regardait les éclairs déchirant le ciel et le tonnerre s’amusait aux dépends de ses oreilles attentives. Il ressentait pourtant sur les joues, les effluves de la pluie passée dans les violents courants d’air du soir comme des camouflets hypocrites et malsains.
Le Ciel le mettait à contribution pour mesurer le niveau de sa dévotion.
Et les fleurs se pliaient sur leurs tiges en révérences flétries sans un suave parfum précieux. Même les insectes désertaient sa propriété sans pollen. Tout était silence sauf quand le pauvre Arthur invectivait le Ciel, à court de prières inutiles.
Alors il maudissait ce en quoi, il croyait et se mettait à croire en ce qu’il maudissait.
Je crois que le pauvre homme était devenu fou.
Mais il faudrait le meilleur docteur du comté, pour ce diagnostic si important et cela ne court pas les rues…
Un soir, sans pluie fraîche, une pelle est tombée d’un camion de forçats qui rentraient au bagne après une journée de labeur, le long de nos routes désertes, juste devant, chez notre Arthur.
Il prit l’objet dans ses mains comme un cadeau Divin ou un sortilège Malin. Il avait pactisé avec les deux, pour être sûr de ses prières et de ses incantations… Et soudain, il a compris ce message cabalistique. Si l’eau du Ciel lui était interdite, il irait chercher celle de la terre et de ses ténèbres.
Le pauvre Arthur a fait ses plans et ses trépans.
Il s’est organisé une potence et un mécanisme pour travailler sans l’aide de personne.
Il a inspecté son derrick à pierres remontantes…
Il a craché dans ses mains, une salive bien collante pour ne plus jamais lacher son outil de forage. Il a poussé soigneusement les quelques fleurs en boutons fermés de l’autre côté du jardin et il a entamé son trou.
Si vous aviez pu voir le courage dont il faisait preuve, une vraie pelle mécanique en action ! Il était mû par un sortilège infernal et une passion divine. Il a soulevé quelques pierres solides pour faire un bon périmètre de creusement.
Quel cœur à l’ouvrage et quelle force décuplée !
Et nous voici partis dans les profondeurs de la terre.
On dit que c’est la dernière fois qu’il vit le jour quand il a pu sauter dans son trou commencé.
Les avis diffèrent d’une frontière à une autre, d’un accent à un autre, mais vous ferez votre propre analyse, au fil du percement.
Arthur s’est enfoncé doucement dans sa pénétration terreuse et fiévreuse.
Quand on pouvait voir encore sa tête et son chapeau de paille trempée de sueur avec son auréole salée, il a exhumé un tas d’os d’humain ou de chien, de quatre planches vermoulues. On a revisité le cadastre pour chercher quelques traces de cimetière dans cette contrée sans eau mais rien n’était écrit. Et rien ne pouvait l’arrêter…
On ne sait plus s’il remontait pour manger ou pour dormir un peu, pour boire jusqu’à se saouler ou caresser sa femme délaissée. Là, n’est pas l’histoire…
Puis son chapeau a disparu.
La pelle manipulée avec la force des ténèbres et le courage céleste nettoyait la terre et la renvoyait aveugle à la surface.
Il a croisé quelques racines profondes emmêlées pour faire une toile, un filet protecteur devant ce trou en construction de vide. Mais Arthur, acharné, s’activait, arrachait et découpait ces intruses pour son avancement impérieux.
Le jour, la nuit, on entendait des coups de pelle avec l’écho sonore en vibrations s’amplifiant et la terre et les pierres s’amoncelaient autour du trou.
Ses machines préparées, encore à la lumière, organisaient des monticules de plus en plus hauts.
On l’entendait chanter des psaumes ou des cantiques, des chansons de comptoirs et des jurons de foire…
Les habitants du comté, alertés et curieux de cette folie perforante ont commencé à venir voir cette attraction profonde. D’en haut, ils jetaient quelques quolibets et quelques vérités.
« Hé Arthur, tu fais ton trou ? »
« Hé Arthur, tu ferais mieux de chercher ta femme… »
« Hé Arthur, tu as fait une montagne à notre nouveau décor de paysage… »
« Hé Arthur, ta terre si enfouie, elle a une drôle d’odeur… »
Les avis diffèrent mais on dit qu’Arthur est remonté un peu plus tard, dans la nuit.
Il ne supportait plus la lumière du jour. Il avait bandé ses yeux avec un bout de sa chemise déchirée et jouait à Colin Maillart, tout seul, au fond de son jardin.
Il a récupéré un autre manche de pelle et une pioche pointue. On aurait dit un pirate, sans trésor, avec sa pelle de bois et sa terminaison nerveuse tellement tranchante.
Il a regardé sa maison vide en plissant un œil sous ce bandeau improvisé.
Personne ne sait vraiment ce qu’il pensait à ce moment, sur les femmes en général et sur la sienne, en particulier… Puis il est retombé dans son puits, tout au fond, en sécurité du monde égoïste, volage et pervers…
Il avait une ardeur sans commune mesure. Oui, de l’acharnement…
Quand la pioche a rencontré un grand roc solidement incrusté dans ces ténèbres, on dit qu’il frappait si fort que les étincelles sortaient en trombes d’étoiles et se mélangeaient au ciel, comme s’il les avait libérées.
Quand un homme s’entête comme ça jusqu’à devenir lui-même instrument de percement, rien ne peut le ralentir dans ses Oeuvres, dans sa Quête aquatique.
Et la terre et les pierres s’entassaient comme un terril géant et sa maison s’est retrouvée ensevelie par tant de gravats et de décombres souterrains. On a dû faire une déviation à la route pour que les forçats puissent encore travailler sur les talus environnants.
Faut dire que les journalistes sont arrivés avec leurs flashs et leurs questions, leurs stylos aiguisés et leurs supputations de première page.
Le maire de la ville est venu en personne voir ces travaux et en ajustant ses lunettes d’élu local, il a fait un discours trop long sur le courage borné, sans limites, de cet administré ancien cartésien devenu mystique ; on l’a applaudi, je crois. Et le pauvre Arthur Mac Bride eut sa stèle de son vivant, au pied de son trou béant.
Un jour ou une nuit, il s’en foutait, il rencontra sa chance.
Quelque chose brillait tout au fond en veine serpentant à l’horizontal.
De l’or, des tonnes d’or en barres, en lingots à portée de sa pelle et de sa pioche.
Dérangé par ce métal jaune, si loin de ses préoccupations aqueuses, il jeta au dehors l’espace de son passage pour continuer sa course vers les profondeurs.
Et en haut, on criait, on hurlait, on se battait, on se tuait même pour récupérer ces pépites si lourdes. Le maire encore, fit venir les forces de l’ordre et on laissa les forçats au bagne pour ne pas leur donner des idées aurifères de liberté…
Le maire élu, se remplit les poches avec quelques complices et il coule toujours des jours heureux au bord de la mer.
Et la montagne, surgie des profondeurs, a pris des couleurs.
On dit qu’à son sommet, la neige s’est installée, éternelle mais ce sont des mensonges pour touristes qui viennent depuis, par cars entiers de tous les coins du pays. On a fait des magasins de souvenirs et on vend un peu de terre profonde du comté pour les souvenirs.
On dit encore que sa femme est revenue quand les pépites entassées tombaient en pluie d’or sur la montagne. Elle a même laissé quelques larmes de crocodile en dessus du trou béant pour faire croire à Arthur sa faute repentante, pour lui faire croire à son ondée.
Le riche Arthur découpe les entrailles de la terre avec une force toujours nouvelle.
Il ne connaît pas l’épuisement.
Son mécanisme, huilé à la perfection, remonte la terre abattue sans relâche et il bâtit maintenant une chaîne de montagnes ou il a rejoint les montagnes avoisinantes, on ne sait plus. Les avis diffèrent encore sur ce sujet de réflexion.
Les géologues, les cartographes et les géographes se perdent en conjectures dans leurs conférences de scientifiques hermétiques.
La nuit, dans le silence de tous les endormis ronflants du riche comté, on peut entendre sa chanson cadencée par les coups de pioche acérés en métronome symphonique et les grincements de la machinerie remontante lui fait son refrain.
Un jour, quelques nuages se sont accrochés contre la montagne toute neuve.
Ils se sont alourdis de pleurs en suspension et un orage les a fait éclater.
Si le pauvre Arthur le savait…
La pluie s’est engouffrée dans le trou mais elle a dû s’évaporer en cours de cataractes, tant la température est devenue élevée tout au fond, mais ce sont encore des supputations de voyantes aveugles...
Vous savez sans doute, parce que tous les journaux du monde en parlaient, Arthur a crevé une poche énorme de pétrole, noire comme cette terre profonde et on a rempli des millions de barils, tant la récolte était bonne.
On a organisé des terminaux pétroliers pour acheminer cette ressource inépuisable et la revendre au monde entier.
Certains avis sont contraires encore mais on a vu voler le chapeau d’Arthur avec le premier jet puissant d’encre noire.
On dit que son corps projeté dans les airs s’est ensuite enfoncé dans sa montagne et qu’il repose avec les fleurs naissantes sur le plus beau versant, quand les premiers orages de printemps viennent arroser maintenant le comté.
On a même recruté de nouveaux forçats tant l’herbe pousse bien grasse, dans les talus…
Mais je crois moi, que le pauvre Arthur Mac Bride creuse encore…
Ne le dites à personne. C’est mon secret. C’est ma pierre, de plus ou de moins, à cette histoire de puisatier.
A la raffinerie si moderne, ils ne le disent pas mais ils ont installé un grand tamis.
Dans une cadence régulière, ils trouvent des pelletées de terre et de pierre parce qu’il y est encore, au fond de ses abysses, à creuser avec sa vigueur reconnue.
On a même étalonné des appareils de mesure très sophistiqués à sa cadence, tant elle est précise.
S’il continue encore, il va trouver la mer, l’eau salée, le pauvre Arthur Mac Bride.
Mais je le sais, il saura la contourner pour creuser avec sa force diablement divine.
Les avis diffèrent encore à ce jour mais la nouvelle m’est arrivée, chuchotée en catimini aux oreilles, que très récemment, on dit que notre brave Arthur mac Bride cultive son trou avec toujours autant de vigueur et qu’en Chine, si loin, ils entendent des bruits sourds réguliers, venus des profondeurs de la terre…
Participation de Venise
Le train s’arrêtait et Lewis Carroll m’invitait à monter avec lui dans le wagon.
Alice se penchait à la fenêtre et me faisait signe comme si mon visage lui était familier..
Le lapin toujours en retard arrivait par la voie ferrée tout essoufflé en me criant de monter immédiatement.
J’expliquais alors à tous que mon travail me retenait sur le quai de la gare parce que j’étais un magistrat important et que les hommes avaient besoin de lois pour vivre ensemble.
Lewis haussait les épaules et me murmurait à l’oreille tu ferais mieux de grimper à un châtaigner avant l’arrivée de l’’ogre.
Les jours passaient jusqu’à ce qu’un matin à l’occasion d’un voyage professionnel je pris le train.
Tout allait bien jusqu’à ce que le contrôleur vienne me réclamer mon ticket.J’avais perdu celui-ci et pris de panique je commençais à négocier avec lui le billet de train en lui proposant des fourmis pour son déjeuner .
Des fourmis qui sautent sur nos têtes et nos bras lui dis-je en riant .Le voyage était long et la voie ferrée allait rarement dans la direction indiquée.
Par la fenêtre je vis un mammouth entre lyon et st Étienne ça m’a flanqué la frousse
Je pensais à ma journée de travail qui m’attendait et les valises serrées contre moi je regardais la voie qui défilait.
Qui m’attendrait à l’autre bout de la gare ? Le substitut du procureur comme à son habitude ou le juge d’instruction qui m’avait fait venir jusqu’à lui pour une sombre affaire de crime. ?
Je descendais du train quand sur la voie ferrée des enfants cagoulés nous jetaient des cailloux C’est le petit poucet cria Lewis Carroll à l’autre bout de la voie ferrée .
Il en veut à la terre entière Ses parents l’ont abandonné pour une fois qu’il peut se payer un juge il ne va pas se gêner !!

Je pris deux galets en pleine poire C’est fou le nombre de petit poucets qui trainent dans nos villes, vous ne pouvez pas vous imaginer !
Pour le retour instinctivement mon nez flaira le danger .Je pris donc l’avion jusqu’à ce qu’un méchant volcan ouvre sa gueule en plein vol.Volcan sur ma droite dit le pilote.
A ce moment là des dizaines de choses défilèrent dans mon esprit
Je n’étais pas du genre à me jeter à l’eau et à devoir étrangler des requins Je pris conscience de mon erreur j’aurai du prendre le bateau
Allez voir le pilote et lui dire que l’avion c’est démodé c’est une aberration sociale et en soi carrément dangereuse pour le pilote Quand l’avion se posa miraculeusement au sol la vie me parut raisonnable et acceptable, dans tous ses aspects.Les crimes, les assassinats, les séismes, les cambriolages, les crises de foie et mon mal de dos s’inscrivirent dans une progression d’une logique cosmique Un cheval m’attendait sur la piste d’envol pour rentrer chez moi .Je regardais le cheval et je restais étrangement calme et confiant
Cela a commencé à se gâter quand le cheval s’est cabré en plein milieu de la voie ferrée
Toutes mes craintes innées et parfaitement légitimes s’abattirent sur moi en une bouffée d’effroi.
En quelques minutes sans que je pige quelque chose à la situation j’étais dans une chambre d’hôpital qui donnait sur le chemin de fer .Ces conteurs dit le médecin tous des mauviettes !!
Un conte à dormir debout ! (Sergio)
Il était une fois, une fille de la cité, la plus jolie qu’on eut pu voir. Sa mère au RSA surnageait sous prozac et sa mère-grand, mère courage faisait vivre la petite famille en trafiquant de ci de là. Un jour son oncle Pablo lui demanda d’apporter des galettes de Chit à sa mère-grand qui deallait près du port .Elle renonçât à voler un scooter car avec sa coiffure rasta et son éternel jogging rouge à capuche les keufs de la BAC l’auraient vite repérée. Elle coupa donc à pied, mais aux aguets car elle savait que son itinéraire traversait des endroits sombres ou le danger guette .Elle traversa d’abord les immenses parkings vides de la cité des Vents et se trouva nez à nez avec les trois petits cochons. Son sang se glaça. Ces trois dépravés à la peau quasi translucide à force de vivre dans des caves depuis leur plus tendre enfance ; quoique cette expression dans leur cas fut inappropriée vu qu’ils avaient été martyrisés par leurs parents avant que ces derniers ne finissent en centrale & que les services sociaux désarmés ne les abandonnent à leur triste sort, étaient redoutés de toutes les mères de famille du quartier .Leurs regards libidineux appuyés & leurs plaisanteries salaces ne laissaient pas de doute sur leurs intentions . Heureusement PCR, (pseudo de Petit Chaperon Rouge dans la cité) avait toujours sous sa manche gauche un cutter neuf scotché par un élastoplast qu’elle pouvait saisir en un instant avec sa main droite. Elle n’eut pas à s’en servir et fut sauvée par l’arrivée de la cavalerie. Une fois n’est pas coutume. En effet ses deux vieux copains d’école primaire ; grand loup et l’ogre arrivait à sa rencontre. Il suffit d’un regard menaçant de l’ogre qui venait de rejeter sa capuche pour que les prédateurs s’évanouissent. Grand-loup, avec ses deux mètres, sa barbe & ses cheveux noirs de jais, ses yeux rouges injectés de sang et ses canines qui, faute de correction orthodontiste en sa jeunesse dépassait de sa mâchoire, ainsi que l’ogre, deux metres lui aussi, centre trente kilos de muscles, glabre & chauve, le crane tailladé de coups de lames rasoirs, souvenir d’un bref séjour en prison, n’invitaient pas à la confrontation physique. Elle demanda à ses deux amis de l’accompagner. Ce qu’ils firent, n’ayant rien d’autre à faire que de zoner à la recherche d’une occupation. Et puis traverser la cite avec PCR à leurs côtés renforçait leur cote de crédibilité et de virilité. C’était, de loin la plus belle meuf du coin .PCR partageait un secret avec ses deux compagnons et elle était sûre de ne rien craindre pour deux raisons simples. Elle, PCR, leur confidente & petite sœur autoproclamée s’avait qu’ils étaient gay, végétariens et accros à une discipline alimentaire macrobiotique. Ces deux-là, au fond de leur secret se papouillaient en dégustant du soja & des galettes de riz bio, bien sûr. Elle s’engageât donc le pas guilleret par-delà la cité du moulin dans les méandres de la cité du bois joli. En ce lieu deux gangs rivaux, grand admirateur de leurs homologues portoricains se livraient bataille, à coup d’AK 47. Pour le moment, décompte des victimes réalisé, le gang des sept nains damait sévèrement le pion au gang du petit poucet. Tatoués et percés, leur rencontre au coin d’un centre commercial abandonné & tagué 7NIN & P’TIPOU n’aurait enchanté personne, même pas Hansel & Gretel, les deux jumeaux pro-nazis de la BAC, qui pourtant étaient enfouraillés comme un porte-avion américain. Mais, aujourd’hui elle allait le cœur léger, fredonnant des contines, papillonnant. Cela faisait glousser ses deux compagnons qui, eux aussi s’avaient que personne ne leur chercherait des noises, au risque d’avaler son extrait de naissance à coup de batte de base-ball. Indigestion assurée ! Ils arrivèrent enfin au haut de la rue Leprince, qui n’avait rien de charmant. Apres avoir offert à ses deux chevaliers servants un Kebab & un Coca elle passa le SMS convenu à mère-grand. La réponse arriva aussitôt, trop vite même « OK cè bon ». Elle s’enfuit discrètement, se fondant dans la foule et dissimulée derrière des containers de tri, elle vit Hansel & Gretel en planque, assis dans leur voiture soi-disant banalisée en train de s’empiffrer de pain d’épice et ,divine surprise, assise derrière, Blanche-neige la chef du gang des sept nains. Cette sorcière noire, immigrée clandestine venant du Gabon avait failli lui faire croquer sa pomme rouge empoisonnée .Elle lui paierait cette traitrise. Elle en fit le serment. Elle vit mère-grand, menottée mais hilare que deux costauds embarquaient. Quelle princesse fine mouche cette mère-grand ! Elle avait hérité ses tics de prudence de ses jeunes années de résistance .La réponse correcte et convenue au SMS était :
« Tire la chevillette et la bobinette cherra »

Participation de JAK
Conte à dormir debout où il est question de Jeux interdits….
Garantie sans mensonges (foi de conteur)
C’était en l’an 3000 un premier janvier, quelque part dans une galaxie….
Un jeune androïde nommé Geek Nolife, accro aux jeux vidéo, jeux de rôle, Dark-Age, World… et autres, jouait jour et nuit en réseau, et ne vivait plus que pour ce monde virtuel….
Il était cependant amoureux fou d’une sage jeune fille, au doux nom d’Isaure Pénélope, qui attendait résolument la cession d’une partie, pour recevoir, avant la suivante, un petit baiser légèrement posé dans une sorte d’impatience.
Cependant, le remord le corrodait. Il s’en voulait amèrement, mais jusqu’à ce jour ses efforts restaient vains. Impossible de résister à cette dépendance
En ce premier jour de l’an 3000 il formulât un vœu sincère: redevenir celui qu’il avait toujours été avant son addiction, et dont tout le monde appréciait la lucidité.
D’ailleurs, se désintoxiquer c’était la condition sine qua non que lui soufflait patiemment Isaure, pour enfin l’épouser…
Il allât trouver le énième descendant de Bill Gates qui vivait d’expédients, ayant dilapidé toute la fortune de ses ancêtres dans des jeux de hasard.
Geek Nolife lui promît une nouvelle richesse s’il trouvait un moyen de le défaire de cette dépendance dont il souffrait, et qui accaparait toutes ses heures de loisirs, repos hebdomadaire, vacances… Il était conscient qu’il en devenait psychiquement dangereusement atteint.
De surcroit cette passion le ruinait, car il était toujours à la recherche d’un nouveau jeu. Et il y en avait pléthore sur le marché et dans sa vidéothèque….
Intéressé, BillGate XXIX entreprit de créer un nouveau logiciel, et, en digne descendant de son aïeul, il réussît parfaitement à élaborer un nouveau programme. Il avait trouvé de quoi sevrer notre jeune accro grâce au Digital-Désintox.
Mais c’était sans compter sur les multinationales qui vivaient grassement sur le dos de plusieurs centaines de milliers de joueurs suspendus à leur manette de jeux, perdant la notion de vie en société.
Ces consortiums, véritables oligopoles, mirent des bâtons dans les roues de BillGates XXIX, et poussèrent même jusqu’à le rendre fou. Ils anéantirent le prototype de ce nouveau logiciel anti-addicts en y introduisant un virus qui rendait son ouverture impossible. (C’est à cette époque d’ailleurs que la célèbre Gates’ dynastie s’arrêtât !)
Il fallait trouver un nouveau procédé.
Geek Nolife, momentanément suivi par un psy qui le stimulait, était bien décidé à résister jusqu’au bout. Il trouvât une logique imparable.
Un de ses ancêtres, dans des temps fort reculés, était L. Pasteur, célèbre pour avoir vaincue une maladie terrible qui ravageait et décimait la population. Geek Nolife allât trouver son cousin, Pasteurovitch, qui suivait la même voie de chercheur que leur ancêtre commun, et lui demandât de concevoir un contrepoison à cette terrible addiction, et qui serait administré obligatoirement par voie perlinguale.
Après moult réflexions celui ci acquiesçât. Il élaborât un traitement puissant, qui permettait en peu de temps de se désintoxiquer entièrement et d’une façon définitive. Le remède fut testé sur des souris à qui ont greffât des puces électroniques reliées à des ordinateurs, les résultats furent probants.
Pasteurovitch fût aidé dans la diffusion de ce remède miracle, par un laboratoire spatial qui avait un pouvoir encore plus étendu que celui des multinationales, et surtout, cet institut y vît un nouveau moyen d’accroitre sa puissance déjà bien universellement installée.
Le vaccin fût mis sur le marché rapidement, et non seulement Geek Nolife fût irrémédiablement guéri, mais des millions d’accros, convaincus, devinrent des adeptes de ce remède-miracle, qu’il fallait, cependant, prendre à vie pour ne pas retomber dans l’addiction…. Les labos avaient fait coup double !
Et c’est ainsi que d’une addiction ces malheureux consommateurs, tombèrent dans une autre.
Les multinationales déchues de leur suprématie dans l’univers des vidéo-jeux, se consolèrent en ouvrant des succursales sur la Galaxie d'Andromède, où elles firent de nouveaux accros, et amplifièrent astronomiquement leurs bénéfices.
Et pendant ce temps …
Sur la lune, dans la Mare Humboldtianum*, ricanaient qui donc ?
-Une kyrielle de gallinacés (exilés ici dans des temps reculés), faisant la roue devant leurs femelles :
-des dindons. !
Enfin ils savaient qu’il n’y avait pas qu’eux qui étaient les « dindons de la farce » !
Jakaccro pour défi du samediDéfi #283 Et si vous nous écriviez un conte à dormir debout ?
*Mer lunaire Du nom d’Alexander Von Humboldt1769/1859 Naturaliste, géographe et explorateur
Debout vous avez dit ? (Walrus)
Comme il est convenu, nous commencerons par "Il était une fois". Encore qu'à la réflexion, ce soit vraiment trop convenu. Commençons donc plutôt par "Il sera une fois" ça nous changera (une fois) (à croire que tous les conteurs sont belges) !
On se souviendra que la petite marchande d'allumettes, laquelle, contrairement à Lisbeth Salander, était dépourvue de bidon d'essence, avait fait feu de tout bois en entassant du carton ondulé devant la porte d'une célèbre maison d'édition.
N'importe quel criminel averti, une fois (encore !!!) son forfait accompli, eût détalé vite fait pour ne pas éveiller les soupçons des membres des corps de police et de pompiers réunis pour l'occasion en un corps-à-corps échevelé face à l'incendie, les uns écartant les badauds, les autres tout feu tout femme flamme livrés à leur activité d'extinction.
Telle ne fut pas l'attitude de la petite marchande d'allumettes réduite au chômage par la derstruction de son ultime bâtonnet incendiaire.
Elle n'allait quand même pas s'éloigner de cette merveilleuse source de chaleur, colossale amplification de l'étincelle née dans son esprit !
Aussi était-elle grimpée dans un des arbres agrémentant le large boulevard où la maison d'édition avait établi ses pénates.
Dieux (ben oui, les Pénates, vous suivez ou quoi ?), "Divinités domestiques, au nombre de deux, qui, chez les Étrusques et les Romains, veillaient à la prospérité de la famille et dont l'autel était le foyer de la maison" (là je cite le TLFI) dont l'autel sur le foyer de l'immeuble constituait un fameux risque d'incendie. Ils auraient couru moins de danger en y établissant simplement leur siège social.
On ne dira jamais assez l'importance des choix posés (comme un siège) lors de la fondation (j'allais dire le fondement, suis-je bête) d'une entreprise.
Revenons plutôt à notre histoire. Les hommes du feu (je ne parle pas du personnel de l'éditeur très récemment décédé vu qu'il avait péri dans l'incendie étant venu nuitamment trafiquer la comptabilité pour s'en mettre plein les poches,
Mais des vaillants pompiers dont on sait pertinemment qu'un léger pourcentage est composé de pyromanes) les hommes du feu, donc, allaient avoir du boulot en raison même de la nature de la marchandise stockée partout dans l'établissement,
Il suffit d'avoir lu les aventures de Pépé Carvalho par le regretté Manuel Vázquez Montalbán ou "Les Combustibles" de notre Amélie Nothomb nationale, tellement célèbre qu'on la regrette déjà avant qu'elle ne soit morte, pour s'en convaincre.
Raisonnablement, notre héroïne pouvait donc espérer passer la nuit bien au chaud, du moins pour la face exposée au brasier,
Dos bien calé contre une branche montant en pente raide vers le ciel étoilé.
Etoilé, oui, car le vent poussait les sombres fumées de l'incendie vers l'arrière du bâtiment.
Bonne nuit les petits ! S'écria-t-elle, in petto car elle ne voulait pas attirer l'attention sur sa maigre personne,
Option bien improbable au vu du ronflement puissant de la fournaise et de la profondeur de l'implication des pompiers dans leur lutte courageuse,
Une de leurs préoccupations majeures étant d'éviter que le feu se propage à tout ce quartier chic, ce qui ne manquerait pas de leur valoir la reconnaissance des propriétaires et autres assureurs.
Tout est bien qui finit bien, pensa-t-elle en fermant les yeux (qu'elle avait fort jolis), on se croirait dans un conte. Dommage qu'à cause de cette branche, je doive dormir debout...

Que feriez-vous si vous gagniez au Lotto ? (Pivoine)
Je n'en croyais pas mes yeux. J'étais chez les quelques amis qui, avec moi, avaient rempli plusieurs bulletins de Lotto. On s'était dit qu'on allait faire ça au moins une fois dans notre vie, s'offrir pour autant d'euros de rêves.
Au début, nous nous étions bien sûr adonnés au jeu rituel: "et toi, qu'est-ce que tu ferais si tu gagnais les 59 millions d'euros?"
Les réponses fusaient, genre, partir en vacances, acheter une autre maison, aider la famille, les amis, partir en Jordanie, au bord de la mer Morte, pour une cure de thalassothérapie. Acheter une voiture (mais alors, pour ce qui me concerne, je devrais également engager un chauffeur, ou plutôt, une chauffeuse, ne soyons pas sexiste!) Devenir mécène. Protéger les arts, bref, et après ? Oui, après! Que ferait-on de tout cet argent ?
Les boules roulaient, roulaient, roulaient, leurs couleurs étaient jaunes, vertes, rouges, mauves, turquoise, arc-en-ciel, et les chiffres se mettaient en place, glissaient dans le couloir, tombaient dans le réservoir ! 8! 4! 9! 2! 21! 28! 36! 590! 2305! 1! Un à un, les nombres que nous avions sélectionnés apparaissaient sur notre écran. Nous étions médusés... Médusés de chez médusés. Tétanisés! Bloqués sur nos chaises... Embarrassés de nos propres personnes. La bière achevait de s'aplatir dans nos verres, le vin du cubi avait soudain une insupportable odeur de vinaigre, avec une couleur violette plus que suspecte, les chips 365 étaient mollasses, rien ne nous semblerait trop beau désormais, trop bon, trop, trop, trop...
Le temps passa.
Qu'allions-nous faire avec tout cet argent ?
Et puis, petit à petit, une idée se fit jour. Nous n'étions que des profs. Prof de français, prof d'histoire, prof d'anglais, de néerlandais, de wallon, de breton, de finnois, de romanche, d'italien, de grec et d'allemand. Voire d'ivrit et d'hébreu. Des profs de civisme, d'éducation à la citoyenneté, de gym (ne soyons pas raciste!) et de cuisine... De morale, de religion protestante, de religion islamique. De math, sciences et dessin. Et même de bibiothéconomie.
Une école ! On allait ouvrir une école ! Elle serait privée, évidemment. Puisque nous n'étions pas l'Etat - ni même la Communauté française, pas même la Communauté Wallonie-Bruxelles-cantons rédimés, Région flamande, wallonne et bruxelloise, communes à facilités et villages en carton-pâte coupés par la ligne du Temps.
Une école ! Comme Maria Montessori. Comme Amélie Hamaïde, Comme Ovide Decroly, comme Célestin Freinet. Une école pour être heureux. Une école où ceux qui auraient les moyens aideraient ceux qui ne les ont pas, une école où l'on apprendrait dans la joie, dans l'acceptation de l'autre, de tous les autres, une école où les problèmes de discipline se résoudraient comme par enchantement, une école où les livres de comptes tomberaient tous justes à la clôture de l'année comptable. Une école où la cantine proposerait toujours des frites avec des barquettes de concombre au saumon le vendredi, une école avec des en-cas low-food et de la cuisine du monde entier, une école avec des voyages scolaires en Grèce, à Rome, en Inde, en Roumanie, en Egypte, en Iowa et à Vienne, une école avec des "cheerleaders" douées d'un Q.I et E. impressionnants, une école, mais comment l'appellerait-on, cette école du bonheur ?
Oui, comment l'appellerait-on ?
Ceci pourrait faire l'objet d'un prochain défi, non ?
Trouver le nom et raconter la vie de l'école de vos rêves ?







