Je ne sais pas où je suis, personne ne m’a appelée et pourtant, j’y vais. Un sentiment m’oppresse, j’ai peur mais personne n’en saura rien, Je suis de celles qui crânent, quitte à s’effondrer ensuite. Un homme tient une pomme dans ce vieux jardin dont je viens de pousser la grille rouillée. C’est qui ? Adam ? Il me regarde, perplexe, nous nous regardons tous les deux, nous ne sourions pas, nous ne voyons pas Eve qui a déjà mangé son quartier et s’en moque. A tout hasard, je dis : « Bonjour » puis je vois ce serpent vert qui ondoie à mes pieds et je hurle.

-  Pourquoi ? dit Eve, il est joli, ce serpent. Vert. Du vert comme j’en mets à mes yeux quand je vais séduire les messieurs de l’autre côté du parc. Là d’où vous venez, d’ailleurs.

Je ne viens de nulle part, je me suis éveillée ce matin dans la prairie comme si j’y avais toujours vécu, et j’ai fait quelques pas juste assez pour arriver ici.  Je ne savais pas qu’il y avait des hommes qui aiment les yeux verts. Eve me tend son poudrier et je vois que mes yeux à moi sont aussi verts, mais d’un vert naturel, sans maquillage.

-  Venez, dit-elle, je vais vous farder. Nous irons ensemble. Voulez-vous un morceau de pomme ?

Je me tourne vers Adam et je m’aperçois qu’il est nu.  Il est en train de croquer l’autre moitié de pomme tandis qu’Eve enfile des  petits souliers à talons pointus tout à fait à la mode.  Elle porte une robe rose à volants et ressemble à une fée. Le serpent batifole à mes pieds , tourne, roule, s’enroule autour d’un baton, se dresse, mais non, mais non, il ne va pas monter jusqu’à moi, jusqu’à ma bouche, jusqu’à mes yeux, redescendre,  devenir un bracelet, ramper le long de mon bras, m’entourer la jambe, siffler de colère, m’insuffler son venin…  Au secours ! …Non !  Non !...

     Ouf, ce n’était qu’un conte à dormir debout et s’il faut tout vous dire, je l’ai écrit en écriture automatique, ne sachant ni ce que j’écrivais, ni où j’allais, sans m’inquiéter du sens, afin qu’il soit vraiment,  mais là vraiment, un conte à dormir debout…