Une fois il était une mioche qu'on appelait Cappuccetto Rosso et guère plus simplement en vieux françois la Petite Cape Rouge, alors appelons-la Blanche comme qui dirait de la neige.
Sa marâtre possédait un de ces miroirs magiques et tactiles qui parlent et qu'on appelle aujourd'hui un smartfaune.
Chaque matin le smartfaune lui donnait des nouvelles fraîches du royaume, des nouvelles fraîches de la météo et des recettes de beauté pour rester fraîche jour après jour (il y a une application pour tout ça).
Un beau matin - toujours d'après la météo - la recette proposa un masque de beauté de Cesare Frangipani à base de frangipane et de beurre en pot.
Comme son frigo Indesit n'avait plus grand chose à ventiler, la marâtre envoya Blanche se faire voir chez sa great-mother-fucker pour rapporter ingrédient ou deux.
En chemin - puisqu'il y a toujours un chemin pour aller d'un endroit à l'autre du conte - elle rencontre trois petits cochons, Three, Little et Pigs pour ne pas les nommer même si on doit les nommer par souci du détail (on détaille toujours le cochon).
“Où cours-tu ainsi, petite?” grognonnent-ils comme des gorets, c'est à dire en grognonnant.
D”une voix blanche bien sûr, Blanche leur répond:”Je cours chercher ingrédient ou deux chez ma great-mother-fucker pour le ravalement de ma marâtre”.
“Fais bien gaffe au loup, petite!” rétorquent les gorets en grognonnant et en rétorquant.
Blanche rosit: “Y a pas d'loup, les gorets! C'est que dans les contes...”
Alors d'un seul groin les gorets insistent:”Si fait! Le loup nous a déjà cramé deux baraques et on va chez le roi Merlin chercher de quoi ignifuger notre dernière baraque!”
“Le roi Merlin le chanteur?” demande Blanche.
“Non, pas le chanteur... celui où les envies prennent vie” répondent les porcs un peu caramélisés.
Pas la peine d'en faire un fromage, Blanche prend congé:”Porcs, salut! Je file...”
Three et Little la retiennent à nouveau:”Surtout évite de filer! Une meuf au bois dormant s'est faite planter avec une saloperie de quenouille pas plus tard qu'hier!”
Et Pigs d'ajouter:”Elle en a pour cent ans à pioncer, peut-être même un siècle!”
Blanche s'échappe, insouciante du danger. Même si leur nez ne s'est pas allongé, si c'était vrai, la marâtre l'aurait vu dans son miroir magique (il y a une application pour ça).
Plus loin elle croise deux frères jumeaux, Petit-Jean-comme-derrière et Gros-Jean-comme-devant.
“Où allez-vous de concert?” leur demande t elle.
“Quel concert? On s'en va voir pousser la forêt de haricots magiques, ma belle” répond Petit-Jean-comme-derrière.
“Ne m'appelle pas ma belle, s'il te plait” réplique Blanche qui ne s'en laisse pas conter.
“Et toi où cours-tu?” questionne Gros-Jean-comme-devant.
Blanche n'aime pas répéter, même pour ceux qui n'ont pas suivi le conte, alors elle invente:”Si on te le demande tu diras que je vais raser Barbe Bleue”
“Quoi? Tu vas raser Barbe Bleue avec ton chaperon rouge?” s'offusquent les frères Jean comme devant et derrière.
C'est bien connu, Blanche n'aime pas Paul et Mickey, ni polémiquer et laisse les jumeaux à leur coloriage.
Enfin - car il est tard et il va falloir aller dormir - la maisonnette de great-mother-fucker est en vue mais un drôle d'engin barre la porte.
“Great-mother-fucker? Qu'y a t il devant ta lourde?” s'écrie Blanche.
Derrière la lourde lourde répond une voix chevrotante :”“Tire donc cette foutue chevillette, la mobylette cherra”.
Blanche tire la petite cheville, faisant tomber la mobylette comme c'était prévu.
Et la mobylette chut sur Blanche!
“Si j'aurais chu, j'aurais pas venu sans gibus” pleurniche Blanche.
Sa great-mother-fucker sort pour la consoler, on n'a pas fait mieux qu'une great-mother-fucker pour consoler dans les contes.
“Regarde ce que j'ai trouvé spécialement pour toi” dit-elle à Blanche en lui tendant une paire en grandes pompes.
“Quèsaco?” questionne Blanche en essorant ses larmes, car on dit essorer lorsqu'il y a très beaucoup de larmes.
“Ce sont des pantoufles de verre, ma belle que j'ai eues pas cher sur le bon coin. Elles t'iront comme un gant. De toute façon c'était ça ou des bottes de sept lieues”
Blanche s'étonne: “Elles sont pas pareilles... c'est normal?”
“C'est surement pour distinguer la droite de la gauche... la droite est en verre et l'autre est en vair, ma belle” explique la great-mother-fucker.
“Qui pouvait bien porter ça, great-mother-fucker?” s'étonne Blanche.
“Je les ai achetées à une petite sirène qui voulait échanger ses jambes à une sorcière contre une voix mélodieuse et une peau d'âne” répond fièrement la great-mother-fucker.
Blanche fait le tour de la pièce en clopinant:” C'est pas le tout, je viens chercher ingrédient ou deux pour la marâtre. Elle a besoin de frangipane et de beurre pour ravaler la façade”.
“Si c'est pour la façade, sers-toi ma belle, fais comme chez moi” répond espièglement la great-mother-fucker.
Un vrombissement soudain se fait entendre au dehors, un bruit comme il n'en existe pas dans les contes car il obligerait le conteur à imiter le démarrage d'une vieille mob.
“Qu'est ce que c'est?” s'inquiète Blanche.
“Oh ce n'est rien” répond la great-mother-fucker en riant de presque toutes ses dents “c'est le loup qui part faire un tour de mob! Ca l'amuse et ça me fait des vacances... pourvu qu'il fasse le plein avant de la rapporter et qu'il dérange pas les petits cailloux blancs que j'ai semés dans le potager!”
“Bon, je vais y aller avec mes pantoufles great-mother-fucker... je crois que nos lecteurs ont leur compte, et moi je vais pas tarder à pioncer debout”.
“C'est comme ça de nos jours, ma belle” répond la great-mother-fucker “tout se perd! C'est pas comme au temps de Perrault ou des frères Grimm”.
“C'était qui ces mecs-là, great-mother-fucker? Des potes à toi?” demande Blanche d'une voix endormie.
“Oui ma belle, les seuls hommes qui aient conté dans ma vie...” soupire great-mother-fucker de presque tous ses poumons.
“Bon j'me casse, great-mother-fucker” dit Blanche en l'embrassant.
“C'est balot, le loup aurait pu t'emmener, ma belle” répond la great-mother-fucker.
“Une autre fois, great-mother-fucker... j'ai promis aux sept nabots de passer les voir”
Blanche prend le chemin de la chaumière des nains, un peu inquiète.
L'autre jour ils n'avaient pas bonne mine, une indigestion de sésame avec une quarantaine de voleurs... mais c'est une autre histoire.