Touzeil a écrit :

Le soir les menhirs

se racontent des histoires

à dormir debout.

 

…et pendant la journée, ils roupillent. Si, si! Moi je vous le dis!

 

La plupart des menhirs n'ont pas besoin qu'un conteur les endorme avec des fariboles. Que nenni ! Ils se contentent de compter les moutons noirs d'Ouessant qui viennent brouter les bruyères et les ajoncs de la lande et, la peau de pierre de leurs paupières devenant de plus en plus lourde, ils s'endorment comme des masses aux premières lueurs du jour.

 

Mais pour tous les autres, pour les insomniaques, pour les rebelles du roupillon et les allergiques de la sieste, arrivent chaque nuit, entre deux et quatre heures du matin, quelques korrigans facétieux répondant aux noms de Menec, Toul-chigan, Kermarion, Manio, Kerlescan et Petit Menec qui entraînent des centaines de géants de pierre dans les bras de Morphée en les berçant d'illusions.

 

Ils installent les petits menhirs en cromlech, font parfois un feu au milieu du cercle, puis glissent, par malice, dans leurs oreilles de granit, moult billevesées et mille et une coquecigrues, que les menhirets s'empressent d'aller répéter à leurs aînés avant de piquer du nez. Détail qui a son importance : quand on est menhir et qu'on pique du nez, on reste debout! Quand on est dolmen, c'est autre chose !

 

Et pour être sûrs que les petits comme les grands mégalithes dormiront bien sagement toute la journée dans leur mégalitherie verticale, à ces nombreuses histoires soporifiques, les farfadets de la lande aiment ajouter quelques fadaises sur le pape légendaire qui fait recette dans le secteur.

 

Quel pape, me direz-vous ? Un soi-disant pape qui, dans les premiers temps de l'ère chrétienne, aurait pétrifié des centaines de soldats romains sur la lande de Carnac alors qu'ils s'avançaient vers lui, bien alignés, dans le but évident de le trucider et de le précipiter à la mer. Juste avant de transformer ses poursuivants en mégalithes, Cornely, c'était son nom, se serait caché dans l'oreille d'un des deux bœufs qui portaient son bagage afin de se soustraire à la vue des centurions! Faudrait le voir pour le croire, pas vrai ?

 

En écoutant et en se racontant inlassablement tous ces contes à dormir debout, les gros cailloux se mettent à rêver de batailles, de gloire et de lauriers et finissent par s'endormir, les pieds dans les bruyères en fleurs…

 

 

Hep! Tu dors, l'ami ?

Alors, j'ai réussi le défi!

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