Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le défi du samedi
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 671
Derniers commentaires
Archives
31 mars 2018

La guimbarde (Laura)

 

En 1614, David Vinckenboons(mort à Amsterdam) peint un "vendeur de guimbardes[1]:"

l01

Une fois son instrument acheté, le boiteux d'Hugues Aufray[2] pouvait en jouer.

Peut-être ce boiteux est-il un descendant du"Jeune homme avec une guimbarde":

l02

Sir ¨Peter Lely, représente un "Garçon jouant de la guimbarde[3]."

 

" Le troisième, qu'était boiteux, . Lui, jouait de la guimbarde[4]."

l03

De Dirck van Baburen[5].

 

David Wilkie  choisit "La guimbarde[6]" comme titre d'un tableau représentant un joueur.

l04

Le boiteux, lui, s'échappa, Et sa guimbarde tomba. [7]. "

John Donaghy peint lui, en 1863, un "Soldat de la guerre de Sécession jouant de la guitare:[8]"

l05

Le fantôme d'un boiteux  Cherchant en vain sa guimbarde, Sa guimbarde, sa guimbarde[9].

Ecoutons de la guimbarde[10] pour accompagner  "l'intranquille Fernando Pessoa:"

"avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien[11]."

 


Publicité
24 mars 2018

T comme tirer sur la corde (Adrienne)

a1

Si tu tires trop sur la corde, elle se rompt. Tout est affaire de mesure, d’équilibre, ni trop ni trop peu. 

C'est sans doute pour ça que le cappuccino a été inventé - tout son secret réside dans le bon dosage - et les bancs pour se reposer. 

A ce moment-là sur le quai désert apparaît un homme. Il est jeune, très grand, très maigre. Et très noir. 

- Vous n'auriez pas un euro pour manger? 

L'Adrienne a envie de le chasser comme une mouche importune. Un euro pour manger? Ça se mange, les euros? 

On croit être maître de ses pensées, or on ne l'est pas. Dans la tête de l'Adrienne passent en une fraction de secondes des images d'Afrique - où elle n'a jamais mis les pieds - de mère et de grand-mère là-bas qui espèrent que le gamin a traversé la mer sain et sauf et qu'il est arrivé au pays où coule le miel. 

- C'est vrai ce que vous dites, un euro pour manger? dit-elle à ce jeune homme, question plus idiote et plus maladroitement formulée encore, et sans aucune excuse de langue ou d'origine. 

Alors pour ce funambule coincé dans cette gare entre un avant et un après tout aussi incertains l'un que l'autre, elle vide son porte-monnaie. 

Ne lui faites pas compliment de sa générosité: il ne contenait presque rien. 

***

24 mars 2018

Funambule par bongopinot

bo1

Une équipe entière qui s’affaire
Montage du câble et des cavalettis
Toutes ces personnes ont un rôle inouï
Ils sont tous extraordinaires

Voilà tout est prêt, place au filage
Pour règler tous les derniers détails
Tout le monde est à son poste de travail
Ils forment un bien bel équipage

Le lendemain tout le monde est sur le pont
La traversée va bientôt commencer
Une guitare résonne et on distingue une forme allongée
Je retiens mon souffle mes sens en action

bo2


Une silhouette de femme sur un fil
Qui croise les nuages
Et frôle la cime des arbres sages
Et moi qui ne bouge pas un cil

Elle fait une traversée
Dans ses mains son balancier
Lui donne l’équilibre la sérénité
Et moi je la regarde un peu stressée

Ses mouvements ne s’interrompent pas
Dans un état de conscience maximale
Elle nous fait un salut cordial
Et moi je fais les cent pas

bo3

Pour stabiliser le fil à son passage
Des cordes sont tirées par des cavalettistes
Ces personnes sont indispensables à l’artiste
Et moi je me fonds dans le paysage

Elle est en harmonie avec les éléments extérieurs
Un spectacle participatif qui offre de belles images
Toute son équipe est là pour d’éventuels ajustages
Et moi quelques gouttes perlent de mes yeux

 Sa représentation finie elle redescend enfin
Et sous les applaudissements elle est happée par le public
Des échanges de bisous d’enfants et des petits clics
De doux moments qui font du bien

Et là c’est l’instant que je préfère
Elle me voit et je peux la serrer dans mes bras
C’est un pur bonheur et je ne cache pas ma joie
C’est ça aussi être mère

 

 

3 mars 2018

Participation de Venise

CHER Ami.

BOLOGNE, 8 juillet 1898

 

 

Je vous avais promis de vous écrire de Bologne.

Pourquoi perdre son temps à Bologne me disiez-vous dans votre précédente lettre comme si ce séjour était à vos yeux sans excuse.

Ne blâmez pas mes emballements pour BOLOGNE, j’ai retrouvé ici les bonnes gens de mon enfance, et je n’avais pas respiré ce bel air depuis longtemps .

 

La pluie tombe, le carrousel en bas de l’immeuble dort .

Mon existence est si tranquille ici vous ne sauriez l’imaginer. Cela me stupéfait l’immobilité des chevaux de bois au son des cloches qui sonnent les vêpres.

La sensation de lourdeur c’est à Deauville que je la ressentais, cette société de sauvage m’assomme.

Pourriez-vous enfin me comprendre un jour ?

Voilà des grappes d’enfants qui s’amusent autour du carrousel endormi . Ils l’ont pris d’assaut comme vous la première fois .

Je dors régulièrement une douzaine d’heures toutes les nuits et dans le jour je fume passablement ;

Je sais cela vous indispose

v

 

 Le peu de travail que j’accomplis en peinture ; c’est dessiner ce gros manège de bois.

Qu’il me tarde de vous monter mon travail. Je songe faire un détour à Milan en fin de semaine, ma sœur y réside. Je ne vous ai jamais parlé de cette sœur jumelle dont la jambe fut broyée par un train. Je l’aime d’une affection toute fraternelle. C’est un grand soleil dont j’ai été privé tôt.

Hier j’ai eu des nouvelles de la galerie parisienne qui attend mes œuvres

. J’ai poussé un rugissement à l’idée de voir s’exposer mon grand carrousel d’or et de lumière.

Je viens de voir dans le calendrier que dimanche 15 juillet prochain c’est votre fête.

À cette occasion un bal est donné au château du comte de BOLOGNE . Votre présence à mes côtés me réjouirait.

Si vous saviez comme je vous aime plus encore ici. La tête me tourne comme si je descendais brutalement de ce manège quand je pense à vos étreintes si généreuses.

J’ai encore au moins pour six semaines avant de finir ce tableau et après j’accours à vos pieds.

LEOPOLDINE .

 

13 janvier 2018

Les sept motos (Pascal)


Nous deux, ça n’allait vraiment plus ; nous avions épuisé tous les recours, tous les compromis, toutes les paix factices, toutes ces hypocrisies mielleuses, ces faux-semblants mensongers qu’on mettait sur la table pour faire bonne figure, le temps des anniversaires, des invités et des solennités. Pas dupes, nos filles sentaient bien le climat délétère qui s’était posé sur notre toit comme un nuage de pluie collant. Même les habitudes usantes, l’ordinaire poussiéreux, n’arrivaient plus à cacher notre acrimonie mutuelle. Plus que la polyarthrite qui me rongeait, t’adresser la parole m’était devenu un véritable supplice ; j’imagine facilement la réciprocité. Par tous les moyens, avec autant de prétextes, je désertais la baraque et les conflits y attenant…

Tous les dimanches matins, je fréquentais assidûment les bourses aux vieilles motos de la région ; quand il ne se passait rien, dans mon garage, vrai refuge d’évasion et de réflexion, je consacrais tout mon temps libre à la remise en état de ces deux roues. J’en avais accumulé jusqu’à sept, sans compter les moteurs d’avance ; autant dire que le mal était grand…
Du faisceau électrique au moindre boulon, de la peinture au dernier ressort, des chromes jusqu’au cadmiage minutieux des rayons, je ne laissais rien au hasard. Le démontage, le remontage, n’avaient plus de secrets pour moi. Les yeux fermés, je pouvais reconnaître et situer la plus petite pièce dans le difficile puzzle de la machine.
J’avais une attention toute particulière pour les pièces internes du moteur ; travail inutile s’il en est, je passais des heures à peaufiner la brillance des têtes de piston, des bielles et des pignons de la boîte de vitesse. J’avais besoin de l’automatisme de ces mouvements répétitifs qu’on fait quand on ne veut penser à rien…

Ha, si j’avais pu m’enfermer dans cet antre ; malheureusement, il y avait cette machine à laver et tu venais la remplir ou surveiller l’avancement de son programme en espionnant mes faits et gestes. Tes silences pesants étaient des reproches encore plus forts que s’ils avaient été des critiques…

Les ailettes du bloc cylindre, celles de la culasse, je les astiquais avec un produit lustrant jusqu’à ce que poussent des ampoules sur le bout de mes doigts. Quand j’avais mal d’une courbature, d’une coupure, je retrouvais le temps présent et les vicissitudes des choses ordinaires. Je t’entendais gueuler après les filles comme si tu ne t’en sortais pas ou, plutôt, comme si tu voulais que tout marche selon tes ordres. A l’heure de déjeuner, tu ne m’appelais même plus et quand je rentrais dans la maison, souvent, comme si tu avais pressé les gamines, vous en étiez à la fin du repas…
Quand l’Amour a déserté le foyer aux grandes flammes de jadis, il ne reste que des cendres. Il n’y avait pas besoin de souffler dessus, aucune braise rougissante ne se serait aventurée à nous réchauffer ; et puis, lequel de nous deux avait encore envie de souffler sur ces tristes escarbilles ?...

Dans mon vieux frigo, à côté de l’établi, j’avais une bouteille de whiskey et du coca. A midi, je m’en versais un grand verre, c’était mon apéro de solitaire et c’était réconfortant de sentir ma gorge et mon ventre brûler ; communiant, je buvais à mes déboires, à la chance qui viendrait me re-sourire, au prochain « rétro-moto » dans la région, à tout ce qui pouvait me sortir de ce marasme.
Pendant des week-ends entiers, j’avais donc la tête au dessus des bacs d’essence ; à moitié ensuqué par les puissantes émanations, je nettoyais méthodiquement mes pièces au pinceau…
Les mains serrées sur les poignées d’un guidon d’imagination, j’avais des rêves de chevauchée fantastique, des records de vitesse en apnée, des lauriers autour du cou. Dans les oreilles, j’avais les bruits ravageurs des pots d’échappement en fusion et tout autour de moi défilaient des paysages extraordinaires aux couleurs dantesques. J’étais obligé d’aérer à cause de l’envie impérieuse de vomir que me procurait l’essence.
Le vilebrequin baignait lui aussi dans des litres de trichlo ; avant qu’il ne s’évapore, les manetons, les têtes de bielle montées sur roulement, les contrepoids, les orifices de graissage, restaient des heures inondés dans le produit. Inhalé, les sensations du trichlo étaient différentes ; au milieu de visions d’horreur, de geysers de sang, de tourbillons de feu, de cris effroyables, j’avais des accidents d’apocalypse. Couché sur la route, démembré, je regardais l’œil de ma moto s’éteindre doucement comme si la vie s’en allait d’elle. J’avais de la peine, la même que celle qu’on a quand on porte son vieux chien au véto. Elle était toute tordue, ses chromes avaient fondu, ses roues avaient disparu, son moteur avait explosé, et tout était à refaire…

Ce no man’s land rempli d’odeurs dangereuses m’allait bien, c’était mieux que le climat exécrable de notre maison. L’après-midi, tu partais chez ta sœur pour refaire ton plein de rancœur, échafauder d’autres plans machiavéliques, préparer des vengeances, me rendre la vie plus impossible encore. Moi, j’enfilais mon casque, j’enfourchais une bécane au hasard et j’allais caracoler ici et là dans des solos de vitesse insensée.
Quand on ne voit plus dans l’autre que ses défauts, il est temps de prendre les mesures de rétorsion qui s’imposent : tu as réclamé le divorce et si j’ai mis du temps à réaliser cette finalité, je t’en remercie. Imagine combien j’aurais de motos à cette heure…

Maintenant, je vis seul ; tu m’as à jamais guéri de toute présence à mes côtés. Si tu savais comme le ciel est bleu au-dessus de ma tête ; je souhaite le tien aussi clair, aussi lumineux, aussi tranquille. La nuit, j’aperçois les étoiles, moi qui ne voyais que les soucis dans la noirceur oppressante. Aussi, je n’ai plus besoin de bêtement remonter des motos, de mettre la tête au-dessus des gamelles de produits nocifs pour rêver d’ailleurs psychédéliques, de picoler, de foncer sur des routes étroites pour me faire croire que je suis encore vivant…

 

035_33

Publicité
17 février 2018

Atrabilaire (Adrienne)

 

a1

Quand ses copains de comptoir lui demandent pourquoi il arpente la plage de si bon matin, jour après jour, avec son détecteur à métaux qui ne détecte jamais que quelques détritus rouillés, il répond que c'est l'humeur acariâtre de son épouse qui le chasse de chez lui. 

Eux, ça les fait bien rire. Pas lui. D'ailleurs son propre fils lui répète assez souvent qu'il ne pourrait dire, entre son père et sa mère, lequel est le plus grincheux. Il y a des gens comme ça, qui ne se sentent bien que quand ils peuvent bougonner. 

Ce ne sont d'ailleurs pas les causes d'acrimonie qui manquent, se dit-il ce matin-là au moment où son appareil se met à sérieusement disjoncter. 

 a2

- Rogntudjû! s'écrie-t-il. Qui c'est qui est venu mettre ce bordel sur MA plage? 

a3

6 janvier 2018

Partout à la fois par bongopinot

bo


L’ubiquité ce n’est pas toujours la joie
Je suis où on ne m’attend pas
J’entends tout et je vois
Le laid le beau ici et là

Je suis partout à la fois
Mais personne ne peut me voir

Je ne veux pas juger
Et bat mon petit cœur
Je ne peux rien changer
Et tournent mes heures

Je suis partout à la fois
Mais on ne me voit pas

Les guerres les injustices
La folie est partout
Les méchants les voleurs
Ce monde me semble fou

Je suis partout à la fois
Mais personne ne me voit

Les fêtes entre amis
La solitude qui rode
C’est une drôle de vie
Une idée me taraude

Je suis partout à la fois
Mais qui peut y croire

Catastrophe naturelle
Et tremble la terre
On tire sur la ficelle
Et mon cœur se serre

Je suis partout et nulle part à la fois
Je vois tout mais ne vois rien

20 janvier 2018

Train-Parc (Thérèse)


Tu avais trouvé un travail dans une entreprise de bâtiment qui œuvrait pour la SNCF. Mais il fallait pour cela sacrifier ta vie (notre vie) de famille, te déplaçant à travers toute la France, puisqu'il s'agissait de restaurer les voies de chemin de fer ou d'en établir de nouvelles pour le passage du TGV.

Tu ne revenais chez nous qu'une fois par semaine et la solitude te pesait. Il t'est même arrivé de passer trois semaines entières sans pouvoir revenir, quand tu étais à Miramas, au fin fond de la France.

Tu logeais dans un wagon aménagé, avec l'un de tes collègues. Mais une fois le travail terminé, celui-ci partait se distraire au dehors jusqu'à des heures avancées, tandis que tu restais seul à broyer du noir. Quand tu me téléphonais pour prendre des nouvelles des enfants et de la famille, inévitablement tu finissais toujours par pleurer ton immense solitude qui te bouffait le moral.

Le ballast, tu connaissais par cœur, la pose des rails, tu savais faire, travail de jour ou travail de nuit, tu t'en moquais, mais tu ne supportais pas cet éloignement forcé. De plus, tu dormais mal à cause des trains qui continuaient de passer, la nuit comme le jour.

Nous avions pris l'habitude de nous retrouver pour les vacances scolaires. Alors tu revenais nous chercher, les enfants et moi, et on partait ensemble jusqu'à ton repaire, ce train-parc établi en logements de fortune.
Chaque wagon était dédié à deux ouvriers. Composé de deux chambres, d'une cuisine équipée, d'une cabine de douche et d'un w.c à la turque, l'aménagement était spartiate.
Dès que tu revenais du travail, nous partions ensemble à la découverte de la ville proche. C'est ainsi que nous avons rencontré Vercingétorix à Alise Sainte Reine et le cyclope de Dôle, visité l'Hôtel-Dieu de Beaune et gravi les marches de la Citadelle de Besançon, marché sur les bords de la Marne et de la Valserine.
De Loon-Plage à Salon de Provence, j'ai accumulé quelques mauvaises photos de rivières et de fortifications que je revisite parfois, nostalgique.

Aujourd'hui encore, j'ai le cœur qui se serre quand, aux abords des gares, je regarde les voies ferrées qui se perdent dans le lointain.

 

t01

10 février 2018

H comme Himmel! mon zébu! (Adrienne) (42)

a1

Après la pagaille

 

Mon sniper, ce barjo au sourire si doux,
Suivi d'un seul clébard qu'il aimait entre tout
Pour sa queue en panache et pour sa couleur paille,
Parcourait à vélo, un beau soir de pagaille,
Le parking des limos sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
Un PDG victime de banqueroute
Ne sachant plus du tout comment gagner sa croûte,
Râlait, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: "A l'aide! à l'aide par pitié!"
Mon barge, ému, arrêta son vélo fidèle.
Une gourde de rhum pendouillait à sa selle,
Après un coup bien placé, c'est sans renâcler
Que de la limo neuve on lui confia les clés.
Le pauvre PDG, sans moyen de transport,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Voulut se suicider en criant: "Caramba! "
Il se rata mais une bagnole flamba.
Ce n'était certainement pas un bon début.
"Je te laisserai mon vélo", dit mon zébu. 

 

a2

 

9 décembre 2017

Participation de Venise (387)

v

Quinze ans déjà petite


Quinze ans que j’écoute tes pas , ta voix
Sans fausse note
Comme un aveugle accordant le piano de l’enfance
Quinze ans déjà
Mon cœur crépite de t’avoir vue si minuscule sur la balance

Autant de grammes de lumière et si peu d’ombres.
Les pétales de tes joues s’enflamment depuis quelques jours
Comme un livre ouvert je vois et me dis
Quinze ans à peine
Une fraicheur surnaturelle et déjà un jardinier bèche ces roses.

Toute occupée à jouer , maintenant affublée de tes quinze ans à peine tu nous fuis.
Tu te recroquevilles sur tes amours
Quinze ans petite
Va pas trop vite
Petite aigrette , fleur de pissenlit

Reste encore un peu dans ses heures calmes de notre maison

Combien de temps dureront tes quinze ans.
Les miens ont attrapé comme toi une maille de mon cœur et tu es là.

 

4 novembre 2017

Paysages avec chevaux (Laura)

 

lau1

 

Des chevaux bleus tournent sur la piste de Raoul Dufy.
Ils me font penser à ceux qui trônent à côté de ma gare à St Etienne[1].
Alors que Rosa Bonheur peint une foire aux chevaux aux couleurs plus classiques: Lipizzan
       ou Isabelle.
Quatre chevaux et leurs cavaliers se dirigent vers la plage sous le pinceau d'Edgar Degas.
Le cheval de Théodore Géricault est gris alors que je me souviens de la "Complainte du petit cheval blanc" de Paul Fort apprise à l'école: si belle, si triste.
Pendant ce temps les "Chevaux de bois" de  Paul Verlaine tournent sur toutes les places de France.
La "femme cheval" de Chagall est rouge alors que le "petit cheval" de Franz Marc est violet".
Chagall voit aussi parfois le cheval en vert mais je veux terminer avec un cheval bleu de Marc.

6 janvier 2018

T'en foutrai de l'ubiquité, moi ! (Walrus)

 

Chaque année, la famille proche se réunit à l'occasion de Noël et/ou Nouvel An.

Pendant longtemps, cette petite réunion festive s'est déroulée chez nous. Mais ces dernières années, généralement à Noël, elle s'organisait dans la maison ardennaise de notre fils, où l'on peut loger tout le monde, ce qui évite les retours nocturnes autant qu'imbibés.

Mais cette année précisément, notre fils séjournait pour Noël au Royaume-Uni. La fiesta traditionnelle a donc été repoussée au weekend prochain...

Deuxième "Mais..." (car il y a toujours un "Mais", n'est-ce pas) cette année également, Emilie et Borys doivent présenter un examen lundi dans leurs écoles respectives. On a donc décidé, après conciliabules téléphoniques multiples, d'organiser la rencontre en une seule soirée chez ma fille pour empiéter le moins possible sur leur temps de travail.

Et la rencontre a été programmée pour... ce vendredi soir !

C'est là que le don d'ubiquité m'aurait été bien utile : mon ubiquite numéro 1 serait allé jouer son rôle dans la réunion familiale, le numéro 2 se serait chargé de la surveillance de ce blog et le tour était joué !

Hélas, je ne dispose pas d'ubiquites...

Mais j'ai un portable ! (J'en ai même plusieurs, bien que je n'aie que deux mains)

L'ennui, c'est qu'en parfaite contradiction avec ma tendance naturelle à la procrastination, j'avais déjà écrit un autre billet.

Bah, ça tombe bien, il était un peu tiré par les cheveux.

Et côté cheveux... 

 

Picture 2

 

 (ben oui, j'ai une webcam, vous pas ?)

2 décembre 2017

Premier ! (Walrus) (352)

 

Bon, cette fois-ci, je ne me laisserai pas avoir, personne ne pourra me devancer (quoique connaissant Venise et Laura, j'ai pris un risque en attendant onze heures pour m'y coller), personne ne viendra publier mes idées !

Enfin, si j'en avais, des idées...

Parce que là, si elles existent, elles doivent être bien cachées !

Derrière un paravent, peut-être ?

4831

21 octobre 2017

Ma cure de jouvence par bongopinot


Pour ma cure de jouvence
Je prends la direction de Sablé
Sur les traces de mon enfance
Pour des vacances méritées

Je prends les rues sombres
Les ruelles étroites et pavées
J’aperçois enfin d’immenses arbres
C’est le retour sur le chemin de mon passé

Au loin sur un promontoire rocheux
Se trouve le château de Sablé ici depuis des siècles
Et tout de suite me reviennent, les jours heureux
Les beaux feux d’artifices et les spectacles

bo1



Dans ma tête en désordre défilent mes années
Mes rires et mes jeux d’enfant
La petite fille un peu garçon manqué
Les balades avec les grands-parents

Soudain j’arrive devant une grille en ferronnerie
Et j’entre par la toute petite porte
Et là le parc du château me sourit
Je déambule dans ses allées où il m’emporte

bo2

 
Et mes souvenirs me submergent
Mélange de mélancolie de bonheur
Je suis sur les bords de la Vaige
La main de grand-père me réchauffe le cœur

bo3

 
Et il me raconte le marquis de Colbert de Torcy
Le premier maire de couleur Raphaël Elizé
Et bien sûr le poète Pierre Reverdy
Et tout cela donne de belles couleurs à Sablé

Voilà pourquoi je vais à chaque vacance
Faire un petit tour pour me ressourcer
Dans cet endroit qui fleure bon mon enfance
C’est pour moi une bonne cure de jouvence

 

16 décembre 2017

C'est vous qui voyez (Vegas sur sarthe) (379)

 

v

 – Cette nuit, docteur... j'ai rêvé de rhododendron
 – De rhododendron?
 – Oui docteur, avec une hache et trois dés
 – Une 'h' et trois 'd', tout ça me parait orthographiquement normal
 – Et médicalement, ça vous parait comment, docteur?
 – C'est à dire que le rhododendron ne supporte pas le calcaire
 – Ah! Vous pensez que je devrais traiter mes canalisations?
 – Ça ne peut pas faire de mal mais pour l'enfouissement il faudrait prévoir un trou beaucoup plus grand avec de la terre de bruyère
 – Euh... je n'avais pas pensé à une mise en terre aussi rapide
 – Rien ne presse, monsieur... vous avez jusqu'à l'automne prochain pour creuser
 – ça me laisse peu de répit quand même. Et si je rêve d'un autre arbuste entre temps ?
 – C'est vous qui voyez, le rhododendron est particulièrement résistant aux maladies... enfin... c'est vous qui rêvez. Dans tous les cas il faudra soigner l'arrosage mais sans jamais laisser les pieds dans l'eau
 – Pour ce genre de cérémonie, dans ma famille on n'a jamais lésiné sur le champagne
 – C'est vous qui voyez, pourvu que vous enleviez tous les ans les parties fanées ou mortes
 – Je pensais qu'on fanait et qu'on mourrait d'un seul bloc, mais si vous dites qu'on peut choisir des parties...
 – On ne peut pas choisir monsieur, c'est la nature qui décide
 – Oui bien sûr
 – Au fait je ne vous ai pas demandé... il était de quelle couleur le rhododendron de votre rêve, si vous rêvez en couleur bien sûr ?
 – Rose saumon... et flammé de jaune orange
 – Alors c'est un Azor, monsieur. Vous auriez pu tomber plus mal
 – Euh... oui mais je n'ai aucun costume qui s'accorde avec du rose saumon
 – Dans votre cas le plus important pour l'harmonie des rêves c'est la couleur du pyjama
 – Euh... je dors nu, docteur
 – Je vois... il faudrait en discuter avec votre épouse
 – Oh vous savez... elle... les fleurs c'est le dernier de ses soucis
 – Le souci – sans vouloir vous alarmer – c'est froideur et cruauté
 – A qui le dites-vous docteur! Je préfère ne pas m'étendre et rester avec mes rhododendrons
 – C'est vous qui voyez
 – Bon et bien, ça va me coûter combien ?
 – Un Azor ordinaire c'est dans les 35 euros mais le rose saumon est plus...
 – Non docteur, je vous parlais du prix de la consultation
 – Je vais vous faire une fleur, aujourd'hui je ne vous demande rien
 – Euh... on va donc se revoir alors ?
 – C'est vous qui voyez
 – Vous m'avez rassuré !

 

 

4 novembre 2017

Le cheval de mes nuits par bongopinot

 

bo


C’est pendant la nuit
Au détour de mes rêves
Qu’il vient à ma rencontre
Moi, docile je le suis

C’est un cheval gris clair
Qui annule mes cauchemars
Même quand la lune est noire
À ces côté droite et fière

Je n’ai plus peur de rien
Personne ne peut m’atteindre
Je n’ai plus rien à craindre
Dans ce sommeil divin

Je sombre et m’envole
Sur son dos au petit trot
Parfois même au galop
Sur le sable on décolle

Au dessus les étoiles
Au dessous la mer calme
Dans mes yeux une larme
Au loin esquisses de voiles

Cheval, mon petit Lipizzan
Se transforme en pégase
Ces mots comme une rose
Marquent le temps présent

Et ce soir à la nuit tombante
Tu reviendras me chercher
Avant que l’heure de mon lever
Pour une virée enivrante

2 décembre 2017

Les branches du prunier (Emma) (48)

 

C'est un paravent, sombre et patiné, chargé d'ans et d'histoires ; sur ses panneaux de soie on voit, dans un paysage de forêt sur ciel rouge, une femme en kimono blanc dont les longs, très longs cheveux s'enroulent autour d'une montagne, face à un dragon à la gueule grande ouverte. 

Son créateur, l'artiste Nguyen Quang Trân, était spécialisé en chinoiseries parsemées de poèmes nippons, pour plaire à sa riche clientèle plus cosmopolite que cultivée. Il a représenté sur les panneaux du paravent la-femme-changée-en-pierre-pour-avoir-sans-le-savoir-épousé-son-frère, d'après le célèbre conte : Hon Vong Phu [1] 

Il a en fait réalisé trois paravents, pratiquement identiques, pour le très respectable  Maitre Dao Dang Duong.
Le premier était destiné à sa vénérable mère, le second à son honorable épouse, et le troisième à son nuage de miel, Lulu la Nantaise, qui déployait alors son art au Lotus bleu

Dans les jeunes herbes
Le vieux saule
Oublie ses racines.
 

Au lotus bleu, le paravent de la montagne fut le décor flamboyant de somptueuses mises en scène. 

Au parfum des fleurs
Je ne montre que mon dos -
Changement de robe.
 

Plus tard, il servit à  Lulu à "cacher son fourbi"  quand, l'heure de la retraite ayant sonné,  elle se mit à son compte  aux  volets rouges[2]

Chaque fleur qui tombe
Les fait vieillir davantage
Les branches de prunier !
 

Hélas survinrent les événements que  vous savez. 

Rien ne dit
Dans le chant de la cigale
Qu’elle est près de sa fin.
 

Lulu disparut dans la tourmente, le paravent fut volé puis  revolé à son voleur, pour réapparaître, dix ans plus tard, dans une brocante, et depuis compléter son  honorable CV à des fins lucratives, au gré des modes.

Le voleur
M’a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre.


- Venez voir, chers amis, la merveille que Charles Edouard m'a offerte pour nos noces d'or…
Selon l'antiquaire, il a appartenu à Puyi, vous savez, le dernier empereur de Chine…
 Mathilde ajoute, avec un petit rire modeste et charmant :

- mais je n'ai pas pu le vérifier… 

Un rayon de soleil qui danse semble faire ricaner le dragon. 

Quand les pruniers fleurissent
Les belles du bordel
Achètent des ceintures.

haikus de Yosa Buson, Chiyo-Ni,  Matsuo Bashõ , Ryokan, Chiyo-Ni


[1] Hon Vong Phu : La Montagne De La Femme Qui Attend Son Mari

[2] une p'tite taule de Biénoa pas très loin de Saigon...

 

 

em

 

25 novembre 2017

LÓDZ par bongopinot (192)

bo

 


Une place majestueuse
Comme je suis heureuse
Et très vite je m’émeus
En découvrant ce lieu

C’est la place de la liberté
Une statue est posée
Au dessus de l’obélisque
Et Lodz est magnifique

Le monument se détache
Et fièrement s’impose
Le tram danse autour
Et des personnes courent
 

bo1


Cette statue fièrement dressée
On ne peut que l’admirer
Sur l’obélisque de pierre
La ville de Lodz peut-être fière


Regardez l’obélisque
Dans ce ciel énigmatique
Il est majestueux et droit
En ce jour un peu froid

bo2

18 novembre 2017

Noctambule par bongopinot


À la nuit tombée
le noctambule
Sort de sa bulle
Enfin réveillé

Voilà pourquoi
Moi aujourd'hui
Je fais comme lui
En cet endroit

Arrivée en Pologne
J'y retrouve ma fille
Et mon cœur cogne
Et Lódz brille

bo


Et on trinque à la lune
Une vodka à la main
Et si il y en a qu'une
On reviendra demain

Jamais la ville ne dort
Et du matin au soir
Ces journées valent de l'or
Sur les chemins de l'espoir

Je deviens noctambule
Pendant mes vacances
Je quitte enfin ma bulle
Et mon esprit danse

21 octobre 2017

Participation de Venise

 

Mademoiselle JOUVENCE avançait dans la Lande , blanche et légère .

Elle va vers sa maternité , un enfant pluie, naîtra dans un désordre de pétales bleus.

Mademoiselle Jouvence cacherait volontiers cet enfant  dans  les joncs qui jouxtent  l’étang .
Il y a tant d’enfants de part le monde pense - t-elle

Mais tout dépend de quel coté on se place répond  la carpe d’eau .

v

 

Cet enfant dans ses couvertures brodées  à ton nom  et même si l’idée t’est  insupportable cet enfant

vivra !!

Les mots de la carpe ont franchi les océans et l’enfant est venu .
Mademoiselle n’est pas maître de la façon dont elle a aimé cet enfant mais parole de carpe elle l’a aimé .

Elle n‘a pas pu se détacher du monde tant que cet enfant a été vivant .
Puis le ciel est devenu dément , alors que Mademoiselle Jouvence .de la neige plein les cheveux
a vu son fils  dormir pour l’éternité  au son du glas qui vibrait pour l’éternité .
Avez-vous vu errer Jouvence dans la Lande?
On dit que le soir on l’entend sangloter .

La carpe musicienne , la surveille à la dérobée , elle a demandé à la pluie ,de se taire .
Le silence est entré dans la bouche de Jouvence et  la pluie a essuyé ses lèvres .

 

 

18 novembre 2017

Pensées noctambules à LISBONNE (Venise)

 

Sous les toits de  LISBONNE se jouent les passions nocturnes d’un petit monde aux gestes inutiles.
Le petit employé de commerce, la femme de ménage, la secrétaire et le chômeur ont tous rêvé leur vie avant même de la vivre
Ces intimes rêves, sont restés dans l’ombre éclairée d’une étrange clarté que le Poéte  PEGUY nommait l’espérance.

Ce petit monde crépusculaire a brassé tant de rêves, que LISBONNE en frémit encore.

 

v

Dans cette ville labyrinthe où dort un Minotaure , gisent des drames gris de nos simples vies.
Sous la clarté des lampadaires à la surface des rues se cache l’opacité de nos destinées.
C’est pourtant là dans cette ville Nocturne , havre de paix
Pour qui sait écrire que je me suis réconciliée avec mes nuits et que le monde fut enfin habitable .

Bien avant Baudelaire,et la lucidité de son spleen, bien avant Rimbaud et la mutilation de sa jambe , j’ai porté d’une manière déconcertante le désordre du monde ,sa lumière , sans vaciller et qui condamne à une distance infranchissable .Mise à la diète , j’ai renoncé à feindre , dans le jeu du clair-obscur des miroirs  pour mettre à jour les fines couches successives de mes émois .

Lisbonne est le lieu où l’on abordait le mieux l’insondable , l’indicible présence du secret d’une vie la nuit. .

 

11 novembre 2017

La vilaine sorcière par bongopinot

bo

 


De ces rues désertes et sombres
Arrivent des créatures maléfiques
Nous venons en nombre
Détruire vos journées angéliques

C’est moi la vilaine sorcière
Je sévis dans les coins sombres
Malheur aux gens de l’ombre
J’apporte froid et misère

Je suis une créature maléfique
Mon rire sonne l’effroi
Méchanceté psychédélique
Je suis haineuse et sans loi

Si vous croisez mon chemin
Vous ne verrez plus demain
D’un seul geste de la main
Vous ne serez plus rien

J’ai les oreilles en pointes et le nez crochu
À ma vue la peur vous tenaille
Je suis tout de noir vêtue
Je vous attends pour la bataille

Je ne suis que maléfice
Je rôde tous les jours
Avec véhémence et malice
Ma rage vous jouera des tours

Je vous jetterai sorts et maléfice
Je règne en maître sur cette terre
Où je vis je cours je marche et glisse
Essayez d’éviter mes embuches de sorcière

De ces rues désertes et sombres
Arrivent des créatures maléfiques
Nous venons en nombre
Détruire vos journées magnifiques

21 octobre 2017

Paysages de Jouvence (Laura)

lau1

Selon des mythes anciens accordant une fonction régénératrice à l’eau, l’intérieur d’un kylix[1] Attique[2] représente  un « Jeune homme se lavant à la fontaine[3]. »

Alexandre le Grand serait mort d’avoir cherché en vain cette  source de vie dans les régions Polaires : il s’émerveillait de voir revenir à la vie des  poissons séchés et salés trempés dans l'eau de la fontaine de vie.

Au XVI e siècle, Lucas Cranach et Jérôme Bosch sont les plus célèbres artistes à avoir représentée la Fontaine de Jouvence  qui se trouve dans le « Jardin des délices. »

lau2

14 octobre 2017

Ma phobie par bongopinot

 

bo


Déjà lorsque j’étais enfant
À la vue d’une blouse blanche
Je partais dans les bois ou les champs
Et me réfugiais sur la plus haute des branches

Et ensuite à l’adolescence
Le seul mot de médecin
Résonnait en moi comme une sentence
Redoutant plus encore les vaccins

À l’âge adulte rien n’est mieux
Je repousse tous mes rendez-vous
Vous trouvez cela curieux
Mais ce n’est pas rigolo voyez-vous

Avant un rendez-vous j’ai le cœur qui bat la chamade
Les coudes les genoux qui font des castagnettes
Et je deviens de plus en plus maussade
Je ne suis pas du tout dans mon assiette

Ah là là que c’est embêtant
D’être atteint d’iatrophobie
Ah là là que c’est troublant
D’avoir ce genre de phobie

4 novembre 2017

Zébulon (Pascal)

 

Loin des grands axes et au hasard d’une de nos sorties dominicales en moto, du côté de Saint-Tropez, Nanou et moi étions passés devant un centre équestre et nous avions décidé d’une promenade impromptue à cheval. C’est quand les choses ne sont pas prévues à l’avance qu’elles sont les plus exaltantes ; elles deviennent alors des souvenirs inaltérables. Chaque image a son charme, chaque détail son parfum, chaque ombre est le négatif précieux dans l’album des photos sensationnelles.

Incorrigible couturier, l’automne dans les arbres avait sa façon d’embellir les décors. D’une branche à l’autre, c’était des confettis d’or, des guirlandes topaze, des bouquets sertis aux intenses tonalités jade et rubis ; des bousculades de vent emportaient les feuilles dans des ouragans multicolores ; les entrées des sous-bois pastel, illuminées de grenat et d’ocre, avaient des reflets éblouissants, chamarrés, pétillants ; des effluves entêtants d’eucalyptus et d’encens saupoudraient l’ambiance en nous soûlant de campagne…  

Passionnée, devant les écuries, tu rayonnais comme si tu avais retrouvé ton élément ! Tu as toujours aimé les chevaux, l’atmosphère qui plane dans les manèges, les enclos, les hennissements, les odeurs fortes de paille et de foin ; tu sais leur parler à l’oreille, les gâter avec des friandises, les caresser longuement, flatter leur croupe, et toutes ces choses rapprochantes qui font cette connivence magique entre l’animal et l’humain.
Puisque tu connaissais parfaitement le « maniement » des chevaux, on te prêta une monture en rapport avec tes qualités de cavalière. On me refila un gentil canasson, nommé Zébulon, parfaitement amorphe et digne de mes compétences de néophyte. Passer d’une Kawasaki Z1000, avec ses quatre-vingt-trois chevaux, à un seul, monté sur ses quatre pattes, n’était pas pour moi une sinécure ; grimper dessus, fut toute une aventure… 
Bon an, mal an, pas franchement rassuré, je suivis l’équipée, le temps de cette balade bucolique. Au pas, tout allait bien ; au trot, j’avais mal aux fesses d’être tamponné sur la selle. Ce qui était un plaisir pour toi devenait un supplice pour ma colonne vertébrale.
Malgré le début de fraîcheur automnale, pas très à l’aise, je transpirais sous mon blouson de cuir…

Incommodé par ma lenteur, notre jeune guide-accompagnateur m’avait cassé une petite branche pour que je puisse de temps en temps fouetter la croupe de mon canasson. 
A cause de toi, peut-être, il faisait le beau, ce jockey de carnaval ! Ici ou là, il cabrait sa monture ! Fringante, la bête donnait des antérieurs comme si elle boxait l’invisible !
Moi aussi, sur ma bécane, je savais faire des roues arrière !...
Son cheval était flamboyant ; on aurait dit qu’ils étaient faits l’un pour l’autre ; à la moindre sollicitation, à la moindre pression sur les rênes, l’animal répondait à la requête de son picador avec une grande application. Pire, ils étaient beaux… 
Ton cheval piaffait d’impatience ; pour un peu, vous seriez partis tous les deux en caracolant dans la garrigue, en m’abandonnant lâchement avec ma Rossinante !...

Zébulon s’endormait et ça m’arrangeait ! Le fouetter ? Jamais ! Je ne voulais surtout pas le réveiller ! Je lui souhaitais même des rêves sans ruade avec d’immenses prés de marguerites, une écurie remplie de fourrage frais des alpages, des juments pas trop regardantes et des saillies d’anthologie ! Les branches me giflaient la figure, j’avais mal au dos et de la sueur d’inquiétude collait dans mes mains…

Zorro,  l’écuyer-randonneur, sûr de son effet, nous avait emmenés à travers les chemins tortueux, jusque sur les hauteurs de la colline. Du haut de nos montures, au loin, on pouvait apercevoir le Golfe de Saint-Tropez, ses falbalas bleutés et la brume dentelée que le soleil s’évertuait à peindre en isatis. Comme des cerfs-volants libres dans l’azur, des bateaux dessinaient des arabesques sur l’onde céruléenne ; leurs voiles brûlaient en lavande, en parme, en lilas indigo…

Aussi, je n’aimais pas la houle que la démarche de mon cheval créait en avançant ; cela me donnait le mal de mer, au milieu de la poussière du chemin. Parfois, un de ses sabots glissait sur une pierre et j’avais toujours l’impression que j’allais me casser la gueule au milieu du sentier ! Brusquement, il donnait des coups d’encolure pour chasser les mouches avec sa crinière ! Par jeu ou par dépit, souvent, il pinçait les fesses du cheval le précédant avec des coups de dents adroits ! J’avais la hantise d’un taon belliqueux, d’une épine acérée ou de quelque objet hétéroclite qui déclenche sa peur...
Tout à coup, à la vue d’une petite clairière et sans que je n’esquisse le moindre petit geste, ma monture se mit à galoper ! Tétanisé, droit comme un i, je me sentis glisser inexorablement de la selle ! Au secours !... Mon cheval s’est emballé ! Il va me désarçonner !  J’allais droit à la gamelle !  J’aurais dû garder mon casque de moto ! Le cheval : la plus belle conquête de l’homme ? Tu parles ! Moi, j’adore le cheval ! Surtout dans l’assiette, en steak tartare !...
Enfin, heureuse de galoper, tu chevauchais bride abattue comme si tu voulais gagner une course de tiercé ! Le cavalier-cosaque-outsider t’avait emboîté le… sabot, trop content de se débarrasser de ma charge !...

Nanou !... Nanou !... Où est le bouton marche-arrêt sur ce p… de bourrin ?!... Il est monté sur ressort, ce Zébulon ! Allez, déconne pas, cheval ! Repasse en mode léthargie ! Promis, je ne mangerai plus jamais un de tes semblables !...
Au bout de la clairière, l’animal était redevenu calme et il avait repris sa somnolence de vieille carne, seulement agitée par ses coups de queue sporadiques.
Je ne sais pas comment je n’étais pas tombé ; j’avais les mains crispées sur les rênes, chaud dans les bottes et des grands soupirs de forçat…
Souriante, tu m’attendais à l’entrée du chemin du retour ; aussi, je me redressai sur ma selle comme un cavalier émérite quand il a réussi son difficile parcours de sauts d’obstacles… 

 

A cheval2

 

 

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité