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Le défi du samedi

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3 octobre 2009

par l'écoutille (tiniak)

la nuit qui parle avec le ventre
je ne l'écoute pas, j'y rentre

la nuit qui parle par le nez
j'aime autant la laisser couler

la nuit qui parle avec les mains
je ne l'attends pas, j'y viens

la nuit qui parle par les yeux
c'est la nuit que j'entends le mieux

je m'y sens pousser des ailes
que je frotte contre les fibres
de son cocon de soie nouvelle
d'où je papillonne libre

ignorant les forts en gueule
qui nasillent, qui pérorent
s'empoignent le sort, se chamaillent
se disputent tant et plus
un os de diplodocus
un pré carré, un gamin
et se découvrent matin
sans rien dans les mains qui vaille
tant de bruit, tant de batailles
- feux de paille, pauvres trésors...

alors, dans la nuit qui chante
et porte mon vol, éphémère
je gagne la mer et voyage

on dit que de ses rivages
s'entendent bien davantage
des mélodies que la vie
a composées à la nuit

et mes ailes sont
des oreilles donc

j'écoute

la course des grains de sable
sur des paliers irritables

les soupirs agacés d'une grille
que n'a pas refermée la fille

le souffle engourdi d'une haie
de poussière lunaire encombré

le ronron flatté des grands arbres
qui entament de longs palabres

le sifflet joyeux des drisses
qui narguent la ville prise

la cantilène murmurée
d'une sirène énamourée

l'océan qui déplie les pages
de son grand livre d'images

et je vais par l'écoutille
fêter la quille.

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3 octobre 2009

BRUITS DANS LA NUIT (Martine27)

Bien nichée dans mon lit, j'écoute avant de m'endormir tous les petits bruits que murmure la maison et que l'on entend pas lorsqu'on est encore debout.

Le ronronnement lancinant de la VMC qui énerve d'abord avant de bercer, le brusque démarrage du moteur du réfrigérateur, les discrets craquements des meubles, le cliquettement de l'horloge de la cuisinière, les petits roucoulements de ma chatoune qui explore son territoire nocturne et qui discute avec ses compagnons rangés dans l'armoire à chats, les chuchotis de mes lutins de placards, le vrombissement d'Errol mon dragon miniature qui se dégourdit les ailes.

Bref, tous ces sons rassurants qui vous enveloppe comme dans un cocon et qui vous conduisent tout doucement vers le sommeil.

Mais cette nuit là, un bruit bizarre me réveille. Sur le moment je me retrouve les yeux grands ouverts, sur le qui-vive me demandant pourquoi le sommeil m'a si brutalement quittée.

Je n'entends pourtant rien sortant de l'ordinaire, alors qu'est ce qui m'a réveillée. Je cherche dans ma mémoire, un craquement, voilà je crois que c'est ça, un craquement.

Qu'est ce qui peut bien craquer ? Dans ma tête je passe les pièces en revue, je ne vois rien susceptible de tomber et de produire ce bruite. Ca ne vient pas non plus des combles.

Bon j'ai peut-être rêvé ou alors il s'agit de la branche d'un des arbres du jardin qui a décidé de vivre sa vie.

Je me détends à nouveau et me reniche dans mon creux de lit, prête à repartir dans mes rêves.

Et voilà, un nouveau craquement, cette fois-ci pas de doute je ne rêve pas, je dégage ma tête de l'oreiller et écoute de toutes mes oreilles, le bruit vient de l'entrée.

Quelqu'un tenterait-il d'entrer chez moi ? Un petit frisson me parcourt mais c'est stupide la porte est bien fermée.

Et encore une fois ce crac, suivi cette fois du miaulement indigné de ma minette qui déboule dans le couloir.

Pas de doute si ma chatte de garde le dit, il y a bien quelque chose de pas normal qui se passe.

Je ne vais quand même pas être moins courageuse que ma petite poilue que j'entends feuler devant la porte du couloir.

Je mets mes lunettes, attrape ma petite lampe de poche, l'allume et me lève avec précaution, ne faisons pas trop de bruit.

"Il se passe quoi" me demande Elfie mon lutin de placard

"Je n'en sais rien, je vais voir"

"Fais attention hein" répond-il, mais je constate que courageux, mais pas téméraire, il reste tranquillement niché dans mes pulls.

Je rejoins ma terreur poilue qui, toute hérissée, renifle sous la porte de l'entrée.

Figées l'une à côté de l'autre nous tendons l'oreille.

Plus de craquements semble-t-il, mais comme un drôle de pépiement.

Je respire un grand coup, écarte doucement mon fauve domestique et ouvre la porte et derrière que vois-je, un minuscule diplodocus pas plus gros qu'un poussin, tout encombré de son long cou et de sa queue démesurée et qui piaille comme un malheureux. J'ai juste le temps de l'attraper dans le creux de la main avant que ma panthère grise ne le croque.

Et là par terre j'aperçois les morceaux de cette superbe pierre que j'avais ramenée de ma promenade dans les bois de ce matin.

Mince, ce n'était pas une pierre mais un oeuf.

"Pip" fait la drôle de petite chose assise dans ma main et qui enroule sa queue autour de mes doigts "Pip".

Et flûte, ça mange quoi un diplodocus ?

Décidément ma maison devient de plus en plus folle, il va falloir que j'explique à ma Miss qu'elle a maintenant un bizarre petit frère (ou petite soeur), que mes lutins de placard fassent du diplo-sitting dans la journée, qu'Errol mon mini dragon s'occupe un peu d'éduquer son préhistorique cousin et que demain nous trouvions un prénom à notre nouvel ami.

Je ne peux m'empêcher de penser en allant me recoucher avec une chatte sous un bras, un diplodocus miniature sous l'autre, que la vie ne manque pas franchement pas d'imprévus.

 

3 octobre 2009

Consigne #75‏ (Vegas sur sarthe)

Comme la nuit tombait vite, apportant son manteau glacial, Taar roula la lourde pierre a l'entree de la grotte.

Deja, Our avait couche les trois petits sous la lourde peau d'ours et, voyant qu'ils dormaient elle aida Gaal a raviver le feu au centre de la grotte.

Gaal aimait ce bruit de l'impressionnante pierre qui obstruait leur cachette et savait si bien les proteger du froid et des betes sauvages; elle se sentait en securite.

C'est l'heure ou, allongee contre la paroi rocheuse, elle se laissait bercer par le chuintement du feu et les soupirs des petits ponctues par l'eclatement soudain d'une buche d'acacia

Les yeux leves vers la voute aux reflets rougeoyants, elle guettait dans l'oeil rond de l'etroite cheminee le passage d'une etoile filante comme presage d'un lendemain sans peur et sans soucis.

Bientot Taar rejoindrait Our sur sa couche et il s'endormirait rapidement avec des ronflements enormes qui faisaient toujours sourire Gaar.

Parfois il ne dormait pas tout de suite et Our poussait de petits gemissements bizarres en remuant beaucoup; Gaar savait bien que Our n'etait pas malade et qu'elle s'eveillerait joyeuse au matin.

Comme aucune etoile filante ne se decidait a traverser son univers, Gaar s'appreta a fermer les yeux lorsque le sol se mit a trembler fortement tandis qu'un grondement inconnu roulait dans la montagne, faisant bondir Taar de sa couche: ce n'etait pas l'orage, non, c'etait autre chose.

 

Mamie referma doucement le livre; Luca semblait dormir mais comme elle se levait sans bruit il ouvrit les yeux.

"Mamie, c'etait quoi ce bruit?"

"Je croyais que tu dormais mon cheri..."

"Alors, c'etait quoi ce bruit dans la montagne?"

Mamie cherchait rapidement dans sa panoplie de grondements, celui qui serait le plus approprie a la situation.

"Rien d'inquietant tu sais; je crois que c'est un petit diplodocus qui ne dormait plus et cherchait un compagnon de jeu"

A demi rassure, Luca referma les yeux, decida d'ignorer ce diplodocus insomniaque en se tournant contre le mur de sa caverne douillette.

A quoi pouvait bien jouer un diplodocus au milieu de la nuit? Comme c'etait fatiguant de chercher une reponse et qu'il n'avait pas envie de partager ses jouets, il s'endormit pour de bon.

3 octobre 2009

Nocturne (Anthom)

C'est la nuit à la campagne, ici, pas de pollution lumineuse, les étoiles semblent figées dans une immobilité antique, la fenêtre est ouverte sur la fraîcheur nocturne de cette fin septembre. Devant la fenêtre, passe une petite route qui fut longtemps chemin, deux voitures s'y croisent avec peine. De l'autre côté s'étend le jardin. C'est le silence. Ici on entend véritablement le silence. Dans cette chambre nichée dans un ancien bâtiment de la ferme, séparée du corps de la maison par une cour gravillonnée, on dort dans un silence ouaté. Les seuls bruits qui me parviennent sont ceux de l'extérieur.
      
D    ans l'obscurité, il y a ...
I    l y a l'appel un peu lointain en trois tons d'une chouette, elle doit nicher dans l'un des vieux chênes qui bordent le terrain,
P    lus loin, venant du hameau voisin, les aboiements répétés, un peu étouffés d'un chien,
L    e doux ronronnement de mon chat qui, après avoir longtemps cardé la couette avec un griffement agaçant l'oreille, a enfin trouvé sa place , la tête nichée sur ma main,
O    n entend, tout près, derrière la porte, le froissement fricatif des feuilles sèches dans lesquelles mon chien se ménage une litière comme un nid qui épouse la courbe de son échine,
D    ans le silence qui m'entoure, je peux percevoir, au fond de l'oreille, les pulsations de mon sang, notre corps ne se tait jamais complètement,
O     ù niche cette belette dont le cri jaillit soudain du jardin comme un appel implorant?
C'    est de nouveau le silence rompu seulement par la respiration régulière de celui qui partage ma nuit,
U     n grondement sourd monte  du fond de la nuit, enfle et, à son apogée, fait vibrer les carreaux de la fenêtre, le train de deux heures trente trois passe sur la voie ferrée qui, plus loin, derrière la maison, traverse les champs,
S     ur la campagne obscure, le silence est retombé, le sommeil ne vient pas,j'allume la lampe et reprend ma lecture interrompue.

27 septembre 2009

Ont déjà perçu le pas léger du diplodocus

diplodocus_porrentruyOncle Dan ; Anthom ; Vegas sur sarthe ; Martine27 ; tiniak ; Papistache ; Stipe ; Berthoise ; Poupoune ; Joye ; MAP ; rsylvie ; Borsolina ; Laura ; Tilu ; Captaine Lili ; Joe Kaprov ; Jo Centrifuge ;

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26 septembre 2009

La consigne #75

Les petits bruits de la maison

la nuit

vous tiennent compagnie ...

Rassurants ou bien inquiétants ?

Racontez-nous.

Veuillez glisser dans votre récit le mot

DIPLODOCUS. Merci !

Vos envois ...

Toujours à la même adresse : samedidefi@hotmail.fr

A très vite ...

26 septembre 2009

Trop petit, mon ami ! (Joe Krapov)

Les vieilles dames sont des petites filles comme les autres. Ce n’est pas parce qu’on date un peu qu’on n’aurait pas le droit de se prendre pour une reine.

 

Moi je suis une vieille dame comme les autres et donc, quand on me caresse, j’aime ça. Même si ce n’est que du regard.

 

L’avantage du grand âge, c’est que tout le monde autour de nous paraît jeune. Même les hommes d’âge mur, nous les appelons « jeune homme ». Nous ne leur disons pas « suivez-moi J.H. » mais nous ne sommes pas fâchées quand ils nous prennent en filature. Suivez moi J.K. !

 

Joe Krapov est comme ça, un jeunot toujours à mes basques. Pour lui, il a vingt ans, pour moi, il en a douze. Il ne se passe pas de jour sans qu’il s’occupe de moi, d’une manière ou d’une autre. Je crois bien qu’il m’aime. Et moi ça me fait rire.

 

Il n’est jamais qu’une petite fourmi, un ciron, qui me gratouille, qui me farfouille, qui me chatouille, qui va son chemin sur ma peau et que je peux, d’une pichenette, envoyer paître s’il m’ennuie trop. Mais je ne lui fais rien. Je le rassure, je lui apporte la joie d’être là en moi, de s’activer dans tous les sens, de frissonner dans mes artères, de jouir dans mes jardins secrets, de chasser mes trésors et surtout de causer pour faire ma publicité.

 

Peu importe si j’ai des problèmes de circulation, il est mon agent ! Mon bâton blanc, ma canne d’aveugle. Moi je ne peux plus bouger mais lui m’emmène au bout du monde. L’Iowa me connaît sans m’avoir visitée, la Belgique me voit, des quatre coins de France on sait ma garde-robe ! Car il n’arrête pas de me photographier ! Car il ne cesse pas d’adorer mon image et de vouloir que tous, comme lui, soient séduits.

 

Même si, quelquefois, je m’enflamme (1), je suis une timide, une réservée, une silencieuse. Pourtant je ne déteste pas qu’on joue, qu’on fasse la fête, qu’on m’aime pour cela, pour mes bijoux de nuit, mes douceurs de printemps, mes danses de l’été, mes couleurs de l’automne.

 

Il ne me reproche qu’une chose sur mes tenues vestimentaires. Je ne porte que rarement du blanc en hiver.

 

A part ça, ce jeune homme est charmant, un excellent page qui me consacre bien des pages sans vouloir m’emmener au page. Pourtant… ce n’est pas parce Condate un peu qu’on n’aurait pas le droit de se prendre pour une Rennes !


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Continue de me célébrer, Joe Krapov, je suis une ville qui le vaut bien ! Et tu peux chanter « I’m just a gigolo, i’m just a  rigolo» : tu es celui que je préfère parmi mes amoureux transis… du froid de la pluie des braderies !

 

 

(1) Parle m’en de 1720 et de 1994 !

 

26 septembre 2009

Mémoire de sable (Anthom)

boulencens1

Mystérieuse dans ma rondeur imparfaite, rugueuse, gardant la marque du tour dont je suis  née, je décline un camaïeu de roses qui trouvent leur écho dans le sable dont le bocal, là, derrière moi, sur l'étagère, est rempli.
Ma jumelle existe-t-elle encore? A-t-elle résisté aux nombreux déménagements qu'elle a vécus, dans les divers appartements de fonction sans âme qui se sont succédés? A-t-elle résisté aux errances de son propriétaire qui en avait fait, sans s'en douter, un symbole?
Après avoir fait l'objet d'une quête irraisonnée, par fidélité à ce symbole, justement, après avoir été enfin dénichée au milieu des épices odorantes d'un souk coloré, j'ai traversé une mer grise et triste, à l'unisson des pensées de la voyageuse, précieusement enveloppée de papier journal, bien calée entre poteries et roses des sables, au fond d'un couffin d'alfa. J'étais le signe qu'il était devenu réalité ce voyage tant désiré, incarné par ma jumelle, restée là-bas, sur un buffet de noyer luisant, recouverte d'une fine pellicule de poussière d'encens consumé. Il fallait toujours la manipuler avec d'infinies précautions, son propriétaire craignant toujours qu'on la lui casse, cette boule de terre brute, fragile, dans laquelle on piquait les batonnets d'encens compact, de la taille d'une cigarette et dont l'odeur musquée flottait encore dans l'appartement au petit matin.
A mon tour je fus l'objet des soins attentifs de ma propriétaire et je dessinais, de lieu en lieu, le tracé de sa vie, perpétuant d'abord le rituel de l'encens - mais il devint vite difficile de se procurer les petits batonnets si particuliers pour lesquels j'était modelée -, ravivant le souvenir de couleurs et de lumières qui éclairaient encore de façon fugitive les objets et les photos ramenés en même temps que moi.
Fidèlement conservée,objet fétiche, gardienne de la mémoire, je n'ai jamais été reléguée et je garde aujourd'hui bonne place entre les livres, sur l'étagère, au-dessus de la table de travail. Les roses n'ont pas pâli, les traces noircies au pourtour des orifices énigmatiques pour qui ne connaît pas l'usage auquel je suis destinée témoignent que j'ai - mais il y a si longtemps maintenant! - rempli mon office.

boulencens2

26 septembre 2009

Les objets ont une âme...‏ c'est prouvé ! (Oncle Dan)

Ce matin, j’ai tapé du poing sur la table ! Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? C’est le moment de me le faire savoir. C’est que j’ai un défi à relever, moi : le très fameux Défi du Samedi, et on est déjà vendredi. Alors, bougez-vous les objets !

Quelle ne fut pas ma surprise de voir l’orange me dire qu’elle n’était pas pressée…

orange1

qu’elle avait déjà assez de mal à résister à toute cette pression qu’on lui imposait…

orange2

Et en plus de tout ce stress, elle avait une peau d’orange à soigner.

orange3

Sur ce, le pain est arrivé en disant que ce n’était pas facile de gagner sa croûte…

pain1

 qu’il n’avait même pas de quoi s’offrir des chaussures neuves…

pain2

Et qu’on cherchait toujours à le trucider.

pain3

Bon, bon, ça va ! Il ne fait aucun doute que les objets ont une âme.

26 septembre 2009

Ton cadeau (MAP)

Cela faisait longtemps qu’IL m’avait remarquée lors de ses promenades en forêt. Chaque fois qu’il passait près de moi, il s’arrêtait et m’admirait. Il faut dire que j’avais fière allure toute couronnée que j’étais de ces blancs ornements aux formes entrelacées.

Et puis il poursuivait son chemin, l’air un peu triste, je ne savais pas pourquoi …

Un jour qu’IL passait près de moi, il aperçut  un bûcheron qui travaillait non loin de là. Le moteur de la  scie électrique rugissait  et son écho envahissait le calme de la forêt.

Après un moment d’hésitation IL s’approcha de l’homme à la scie. Le bruit s’arrêta quelques instants mais je ne pus saisir ce qu’ils s’étaient dits.

Je compris bientôt quand je vis le bûcheron s’approcher de moi et mettre en marche le moteur de sa terrible machine.

Il était en train de me dé-cou-per !!!!!

Il donna ensuite ma tête couronnée à mon admirateur qui m’emporta comme un trésor … IL souriait !

Par la suite j’ai compris le fin mot de l’histoire car IL  LUI a raconté comment IL s’était procuré « ce cadeau de la forêt ». Quant à ELLE, elle fut très émue d’entendre son récit, et moi j’écoutais, j’écoutais :

-« Tu sais ma Douce, voilà un moment que j’admirais cette belle souche et que j’avais envie de te l’apporter pour décorer le coin « jardin » que tu as installé dans ton salon, tu aimes tant la nature et ses merveilles, mais ce morceau de bois était trop grand et trop lourd, je ne savais comment faire. Et puis voilà qu’hier la solution m’est apparue. J’ai confié à un bûcheron mon désir secret et très gentiment il a découpé cette « rondelle » de bois si joliment  décorée. Il a lui-même reconnu que c’était  vraiment quelque chose de très beau et qu’il ne

l’aurait  sans doute jamais remarquée  si je n’avais attiré son attention par ma demande.

Un instant j’ai même eu peur qu’il ne regrette de me la donner en la voyant si belle ! Mai la voilà … c’est pour toi ! »

…………………………………………………………………………

Cela fait maintenant bien des années que je suis chez ELLE.

Bien sûr mes couleurs sont un peu fanées. Mais je trône toujours dans son jardin « intérieur » comme elle aime à le dire. Autour de moi, des pierres ajourées, des plantes vertes bien soignées, des feuilles d’automne, des roses en été, des fleurs de la campagne, des physalis en hiver, des épis de maïs, des galets …

Ma vie est calme et tranquille. Je suis toujours là pour ELLE comme un doux souvenir, comme un lien …

Bien souvent elle me regarde mais c’est à LUI qu’elle parle …

Copie_de_Projet_couronne

26 septembre 2009

Grave et non transpositeur… (Zigmund)

basson

Je suis beau,  grand, sombre et rare, à tel point que je  soupçonne   Zigmund, mon maitre de m’avoir  choisi, plus pour flatter son ego, que par véritable amour. Déjà quand il m’a acheté à Edwige, une vraie professionnelle,  il a avoué sans honte qu’il travaillait peu, qu’il était flemmard, et que finalement il allait m’offrir une belle retraite…
Passent les jours et les semaines où je reste puni,  enfermé dans ma boite. Parfois, il me sort de ma prison, et prend le temps de me monter : grande branche, petite branche sont insérés dans  le morceau inférieur, puis installation du bocal et du pavillon. Quand tout est prêt, il me fixe au collier,  pose  une  l’anche  amoureusement choisie  dans une boite, après  en avoir tiré un son hideux aigu qui fait sursauter tout le monde (il dit que c’est son moyen personnel de savoir  si l’anche lui convient).
Parfois il me regarde avec un air coupable et  caresse en rêvant  mes clefs couleur d’argent  et mon corps  de palissandre. Coupable il l’est, c’est une évidence, il n’en fout pas une ramée et quand arrive le jour de son cours,  il trouve des excuses toujours différentes  pour justifier son niveau lamentable  auprès de son professeur consterné.
De nos vingt ans de  vie commune, je garde, néanmoins  quelques bons souvenirs : quand il a arrêté de fumer, plutôt de s’exciter sur un punching ball, il s’est mis à travailler à chaque fois qu’il avait envie d’une clope… (Et il était souvent en manque !) Et puis cette promesse  toujours tenue, de ne jamais m’abandonner dans une voiture… du coup, il m’emmenait partout avec lui, même sur les plages naturistes de Bretagne.
Le temps a passé, je trône, unique dans l’orchestre, à l’extrême gauche le plus souvent, proche de mes copains les violoncelles qui doublent ma partition pour camoufler les couacs de Zigmund. Vous  verriez comme il se pavane, quand il  entre dans la salle de concert, en me tenant  comme un fusil sur son épaule, et qu’il  rejoint son pupitre*, fier** devant les spectateurs (lesquels chuchotent : « c’est quoi cet instrument ? »)…pourtant il devrait avoir honte, tout juste capable d’aligner quelques noires, s’étouffant à la moindre série de doubles croches, et prêt à m’accuser de ses nombreux canards.

bassoon

On ne me verra plus jamais briller dans Pierre et le Loup (dans le rôle du grand père), ni dans l’apprenti sorcier, et encore moins dans le concerto de Vivaldi, néanmoins, ce piètre musicien a tenu sa promesse de retraite calme et finalement heureuse,  je sers de   camouflage aux chats sur le fauteuil du salon où j’aime à intriguer les visiteurs en attendant qu’il se décide à travailler.

  (* « Pupitre fait de la résistance »
** « fier comme un petit banc »,
sont les calembours préférés de mon maitre)

26 septembre 2009

Foyez en paix (tiniak)

Sur la table en noyer
finement marqueté
la tasse en grès anglais
nargue le mazagran
près de sa tisanière
qui ne fait plus la fière
- elle est bien trop vidée

Aux flancs du canapé
couvrant des coussinets
en toiles ouvragées
et cousues de fil blanc
la cascade d'un châle
semble pousser un râle
- peut-être le dernier ?

Un orage est passé
délaissant le parquet
pour le sol carrelé
au damier noir et blanc
puis l'épaisse moquette
où pleure une chaussette
- privée de sa moitié

Dans leur paix retrouvée
les bibelots sonnés
ont fini de trembler
et de claquer des dents
sur la bibliothèque
et les meubles en teck
- c'est enfin la journée !

ils sont partis, les agités.

26 septembre 2009

Qui ? (Stipe)

Qui, plus que moi, sait son intimité ?

Qui, moins que moi, n'a été respecté ?

Croyez bien que j'en ai vu des vertes et des bien mûres

Croyez bien que j'étais là quand il avait ses coups durs

Il m'a trimballé partout, et surtout ailleurs

Il m'a trimballé jusqu'à des pas d'heures

L'été, il n'avait d'autres que moi

L'été, je dissimulais mal ses émois

Et l'hiver, même malade, je l'ai caché

Et l'hiver, je lui apportais la chaleur camouflée

Oh, pour d'autres il m'a bien changé

Oh, sur d'autres il s'est déchargé

Mais toujours j'ai été son favori

Mais toujours j'ai porté ses outils

Combien de fois, pour une fille, il m'a jeté ?

Combien de fois, pour un fantasme, il m'a souillé ?

Avec lui, toujours on a fait la paire

Sans moi, toujours il a fait son affaire.

Je l'ai vu descendre en rappel

Je l'ai vu prendre des râteaux, des pelles

De Superman, je porte le sceau

De Superman, je donne l'air faux

Des strips comic du super héros

Des strips comiques du super zéro

Peut-être vous, m'avez déjà vu

Peut-être vous, vous êtes souvenu

Si le hasard, sur votre chemin m'échoit

Si le hasard, s'il vous plait enlevez-moi

C'est pas une vie que d'être un caleçon

C'est pas une vie de l'être de ce garçon

 

26 septembre 2009

Ce qui s'appelle meubler la conversation (Sebarjo)

Hier soir, je me suis assis pour dîner, seul face au mur. Blanc.

 

Noir.

 

Un silence étouffant et écrasant régnait en maître lorsque soudain, celui-ci fut réduit en miettes. Par mon assiette.

En effet, celle-ci me mit à parler, me recommandant de manger bien vite car les macaronis au ketchup qu'elle portait en son creux, l'alourdissaient. Elle s'est plainte quelques instants encore, mais bien vite a stoppé toute conversation, se rendant sans doute compte que je n'étais pas...

dans mon assiette.

Les couverts, craignant peut-être mon coup de fourchette légendaire, ont préféré se taire et, pour ne plus me voir, louchaient vers le mur. Blanc.

 

Noir.

 

Ils voulaient ne pas me mettre le couteau sous la gorge et éviter surtout de devoir me ramasser à la petite cuillère. Je restais calme. Stoïque, ni hic ni coup de torchon. La vaisselle passerait encore une fois la nuit au fond de l'évier en inox terni, baignant dans un fond d'eau stagnante.

 

Mais le silence devenait si lourd que cette fois-ci c'est moi qui me mis à converser. Avec ma table. Elle nappe a... Non, elle n'a pas réagi de suite. Finalement, elle m'a répondu et voyant que j'avais le c.. entre deux chaises, elle me demanda de tout déballer. En somme, elle me demandait de passer...

à table. Comme je décidais de ne rien dévoiler de mon spleen, habitué à être mis au ban(c) de la société, je me levai, préférant quitter le siège. Et tombai, me cognant la tête contre les murs. Blancs.

 

Noir.

 

Le tabouret s'exclama, se foutant de moi : « t'es bourré, t'es bourré !!! »

Je me relevai et m'assis sur un fauteuil, pensant retrouver un peu de réconfort. Hélas, j'avais laissé traîner ici même, se retrouvant alors sous mon saillant seyant, un vieux coussin péteur délaissé par mon petit cousin. Il s'exprima vivement. A sa façon. Mais ses élucubrations ne méritent pas d'être retranscrites dans ce récit. Pétant les plombs, pris de colère, Je l'envoyai valser vers les cannes à pets, appelés également, banquette ou sofa.

 

Finalement, je décidai d'aller me coucher ne voyant pas de meilleure chose à faire.

 

Je m'endormis bien vite. Mon lit voulut me raconter sa vie mais voyant mon état de fatigue se contenta de rester à mon chevet et, me voyant dans de beaux draps, me berça jusque dans les bras de Morphée.

 

Le lendemain, je m'éveillai en sursaut me dressant soudainement, face à mon dressing. Cette espèce d'armoire à glace ne me faisait pas peur. Elle voulait m'intimider mais je lui montrai bien vite que je n'étais pas commode non plus. Je ne voulais plus rester parqué ici, aussi me levant du bon pied, je débarassai bien vite le plancher. Je ne voulais plus faire partie des meubles . Ainsi, ils verraient que j'en avais dans le buffet en les abandonnant à leurs palabres ridicules et farfelues !

 

Et puis de toute façon mes potes m'attendaient au bahut. Quittant la table, je pris mon cartable.

26 septembre 2009

MUTATIS MUTANDIS (Jo Centrifuge)

Le plantureux postérieur de Madame Irma, médium de son état, appuya fermement sur l'assise.

Malgré le poids, Monsieur Fauteuil en aurait battu des accoudoirs tellement sa joie était grande.

Bien entendu, ces trois petits morveux de tabourets de bar qui lui faisaient face depuis bien trop longtemps pouffaient de la situation, mais qu'importait. Un être apte à écouter se présentait enfin à Monsieur Fauteuil. Il était bien résolu à saisir sa chance même s'il fallait essuyer les pitreries des petits dégénérés.

"Je sens une présence dans ce garage." dit Mafame Irma à son auditoire inquiet, "un esprit plein de tristesse."

"Elle m'entend" se réjouit Monsieur Fauteuil. Il se concentra alors autant qu'il put et se prit à relater, comme une prière son triste destin.

Il se revit, jeune homme de bonne facture, dans l'échoppe d'un menuisier, sa douce Eloïse à ses côtés. Ils étaient si beaux tous deux, vêtus d'un velours carmin surpiqué de clou de cuivre, qu'un notaire les acheta un bon prix pour y assoir sa clientèle.

Dans le feutre de l'étude, on discutait, presque en chuchotant, histoires familiales, affaires immobilières, successions et code civil.
Durant ces années bénies Eloïse resplendissait à ses côtés et il emeurait fasciné par l'intelligence et la subtilité avec laquelle elle savait commenter les affaires du moment. Ils demeurèrent longtemps ainsi, s'émerveillant chaque jour de leur bonheur.

Parfois, la nuit venue, ils assistaient en retenant leur souffle aux affres notariales : les veuves épleurées, les secrétaires et même une fois un jeune clerc. Monsieur Fauteuil se délectait de l'air mutin qu'arborait toujours Eloïse en pareille occasion. D'abord un peu gênés par ces démonstrations, ils exorcisaient bien vite leur embarras par de grands éclats de rire.

Oui, vraiment, ils auraient pu vivre ainsi jusqu'à la fin des temps. Mais il vint ce jour terrible où un rugbyman déshérité saisit vivement la pauvre Eloïse et, de colère, la fracassa sur le bureau de l'étude.
La suite est d'une bien triste banalité. A une immense douleur on ajouta le bannissement. Puisque seul désormais, Monsieur Fauteuil fut d'abord relégué à la salle d'attente. Puis, le temps et les modes passèrent et on le confia à un brocanteur. C'est ainsi que, dans ce garage, un bricoleur en manque de courage l'oublia là.

Madame Irma se leva subitement : "Cet esprit est la victime d'un meurtre affreux. Il crie vengeance !"

Bien sûr, madame Irma n'était qu'une pythie de vogue. Elle n'avait rien entendu de la triste histoire de Monsieur Fauteuil. Ce dernier était accablé par la déception.

De leur côté, les tabourets de bar se déchaînaient :
- Eh ! Louis Philippe ! T'as fini ton rêve ?
- Ouah, l'guindé ! Tu croyais quoi en radotant tes vieilles histoires à c'tte folle ?
- Eh les gars ! Visez sa tronche !

C'en était trop et l'incroyable arriva.

Poussé à bout Monsieur Fauteuil se mit à agiter ses vieux pieds vermoulus. Dans sa fureur il prit en chasse tous ces fâcheux et chacun, tabourets de bar, voyant et consorts se retrouvèrent, morts de frousse, chassés avec fracas hors du garage.

26 septembre 2009

Objets inanimés avez-vous donc une âme-sœur ? (Poupoune)

Assez paradoxalement, je ne me suis jamais senti plus utile que depuis que je suis ici, sur cette étagère poussiéreuse dans l’obscurité d’une cave humide.

 

Il faut dire qu’avant d’être arraché à mon milieu naturel et entreposé ainsi, j’étais affreusement seul. J’évoluais dans un environnement froid et sans surprise. Si la possibilité m’en avait été donnée, je n’aurais ressenti que douleur, regrets, remords et frustration. Mais même ça m’était interdit. J’étais ignoré, étouffé, relégué à un rôle très secondaire et purement mécanique.

 

Mais avec elle tout a changé. Avant même qu’elle ne s’empare enfin de moi, je sentais bien déjà qu’elle cherchait à toutes forces à me donner l’âme qu’il m’avait volée, la beauté qu’il m’interdisait, la place qui me revenait. Elle s’est confiée et offerte à moi bien avant de me posséder. C’était insupportable pour moi de ne pouvoir lui témoigner en retour ne serait-ce que ma gratitude, à défaut d’un amour égal au sien. Tout ça à cause de lui, qui restait désespérément incapable de me laisser m’exprimer et de m’entendre.

 

Jusqu’au jour où enfin elle m’a arraché à son emprise. Elle s’est alors occupée de moi avec soin, apaisée de pouvoir m’aimer comme elle l’entendait, sans avoir plus à se trouver confrontée à la froideur et l’incompréhension de mon ancien propriétaire.

 

Pour moi, ce fut une libération. D’autres m’ont rejoint sur cette étagère depuis et chaque nouvel arrivant est l’occasion de ce que j’appelle la cérémonie. Elle est toujours très agitée, troublée, nerveuse quand elle prépare le nouveau en silence. Une fois prêt, elle nous descend tous de l’étagère, qu’elle nettoie soigneusement. Elle lave ensuite un à un nos bocaux et c’est là qu’elle commence à se calmer en nous parlant. Elle se confie à mesure qu’elle nous repose sur nos rayons, propres, brillants et plus beaux de cet amour qu’elle nous donne.

 

Nous lui répondons, elle sait nous entendre et lorsque le dernier a trouvé sa place, elle semble enfin sereine et rassurée.

 

C’est beau une femme qui écoute son cœur. Elle, qui écoute non seulement le sien, mais aussi tous ceux qu’elle conserve précieusement ici, resplendit littéralement.

 

26 septembre 2009

Post mortem (Papistache)

Quand l'ordinateur de Monsieur Louis rendit l'âme, le brave homme crut qu'il s'en accommoderait. Il se trompait.

La sienne, d'âme, s'était si étroitement mêlée à celle de la machine qu'il perdit en moins de vingt-quatre heures le goût à l'existence.

Au matin du second jour, son épouse le trouva pendu par le câble d'alimentation du PC à un barreau de l'escalier.

La bonne femme crut qu'elle ne se remettrait jamais du suicide de son compagnon. Elle se trompait. Un jeune parent qui s'était déplacé pour la crémation de son aïeul explora les entrailles de l'ordinateur et au prix de quelques incantations païennes lui rendit souffle et vie.

Il appela sa grand-tante qui découvrit que son époux avait gravé, sur le disque dur de l'outil, une profusion de pages qui, toutes, chantaient l'amour. Elle se fit expliquer l'art d'accéder aux secrets du dérisoire boîtier ; son mari, tout entier, s'y tenait : il l'attendait.

26 septembre 2009

PORTE-BONHEUR (Joye)

C’était un samedi, le 26 septembre, lorsque j’ai vu ces deux bambins pour la première fois. Lui, barbu, frisé ; elle, cheveux blonds et longs, lunettes, le sourire en permanence. Tous les deux aux yeux bleus, c’est quand même assez rare dans un couple…

J’ignore combien de temps j’avais passé sous le verre chez ce bijoutier à Shenandoah, mais du moment où je les ai vus, je savais que moi et ma compagne rentreraient avec eux. Ils étaient adorables, ces deux. Ne voulant pas prendre trop hâtivement la décision, ils ont tout étudié, longtemps. Elle avait tout essayé, ce n’était pas une question de fric, mais juste ma simplicité tout courte qui l’attirait.

Après trois heures, ils sont partis. Sans achat. Mais je savais qu’ils reviendraient, et j’avais raison. Et ils nous ont choisies, moi et ma compagne. Et puis une autre, plus large, pour lui, le frisé aux beaux yeux bleus.

Elle n’a rien dit à ses copains, mais c’était son ami bibliothécaire le premier à voir ma compagne sur son annulaire et j’ai bien ri, parce qu’il paraît qu’il a crié comme une fille quand il l’a vue.  Moi, j’ai passé l’hiver en solitude, mais j’ai enfin rejoint ma copine un soir d’avril.

Cela fera bientôt vingt-huit ans que je ne quitte plus son doigt. Ma compagne a pris sa retraite, je sais où elle est, mais je ne la vois presque jamais. Je ne lui ai pas dit que la blonde n’avait jamais vraiment voulu d’elle, ce serait les blesser inutilement, ma copine et son diamant. Mais elle s’amuse à côté de l’autre car il est trop dangereux pour le barbu de le porter lorsqu’il travaille.

Quant à ma blonde, on a vécu bien des moments. Mais je ne l’ai fait pleurer qu’une seule fois.

Ce matin-là, elle faisait du pain, et pour bien pétrir sans me salir, elle m’a ôtée. Et puis elle m’a perdue et ne pouvait plus me retrouver. Qu’est-ce qu’elle a pleuré, cette petite ! Elle s’est jetée au bras du frisé, inconsolable. Mais quand il lui a dit de retracer ses pas, elle m’a retrouvée dans le jardin à côté de la véranda où elle avait secoué un torchon recouvert de farine. Moi, j’ai profité de ma sieste interrompue pour me promener dans l’herbe, mais le soleil m’a décelée, je brillais pour lui aussi, et, trahie, mais heureuse des retrouvailles, j’ai été vite remise à ma place.

Depuis, on travaille, on joue, on dort ensemble. Oui, on a dû se séparer pour quelques séjours à l’hosto, mais c’était le règlement, pas son idée à elle.

Tiens, ce samedi, c’est encore un samedi, 26 septembre…

J’avoue que je n’ai pas vu passer le temps.

26 septembre 2009

Toutes les nuits (Val)

Je dors avec elle toutes les nuits. Même son mari n’a pas ce privilège. Chaque soir, c’est le même rituel : elle s’étend sur moi, se blottit tout près, tout près, m’entoure de ses deux bras nus, et sa joue vient se coller à mon corps.
Je suis le compagnon de toutes ses nuits. Ou presque. Elle m’a choisi imposant exprès, mes dimensions la rassurent.  Elle dort nue, et j’épouse à chaque fois sa poitrine à la perfection, sans la sangler… je suis si doux…
Je suis le garant de l’équilibre de ses nuits. Quand elle est triste, elle me sert fort jusqu’à me déformer, et j’absorbe ses larmes en silence. Je respecte son chagrin, j’en bois les perles salées sans rien dire. C’est un pacte de retenue et de pudeur, que l’on a signé.
Je suis le spectateur impuissant de ses rages et de ses insomnies. En ami bienveillant et compréhensif. Je la laisse me malmener autant qu’elle en éprouve le besoin, me pincer un peu, me mordre parfois, me secouer souvent, me jeter avec fureur. J’aime autant qu’elle passe ses nerfs sur moi, je ne crains rien, je suis habitué. Tout lui est pardonné.
Je suis un voyeur discret et muet, le plus fidèle auditeur de ses soupirs de plaisir. Je suis un jaloux, je l’aime farouchement, et j’en tire une satisfaction orgueilleuse, je l’avoue, lorsque c’est moi plutôt que Lui qu’elle agrippe, dans l’abandon de ces moments-là…
Je suis un peu elle. Mes sens ne sont éveillés que pour elle.  Je suis imbibé de tous ses parfums. Je connais l’odeur légère de son shampoing, celle, plus forte, de son eau de toilette, le parfum un peu passé de son déodorant, celui, plus discret, de sa crème de nuit. Je connais le goût de ses larmes, celui de sa sueur, le souffle de son haleine.
Je mesure la qualité de son sommeil au rythme de sa respiration, et les battements de son cœur, qui résonnent en mon intérieur, me disent si elle est bien ou non.
Je suis son docteur. Elle me fait toute confiance. Elle jure que je suis son meilleur remède contre la migraine, elle ne m’échangera pas.
Oh, parfois elle m’est infidèle. Elle découche à l’occasion. Si le séjour est court elle ne m’emmène pas. Qu’importe, je ne suis pas inquiet, elle revient toujours. Et puis, avec les autres, ce n’est pas pareil, ils ne partagent pas la même intimité, ils ne la connaissent qu’en surface. J’ai vu comment elle faisait… ailleurs, elle dort vêtue. Il n’y a que sur moi qu’elle s’endort nue. Je suis son préféré, je l’ai toujours su.

Non, je ne suis pas un vulgaire objet. J’ai un cœur… même s’il est en plumes d’oie.

26 septembre 2009

Objet (Martine27)

Dans le lave-vaisselle un couteau et une fourchette taillent le bout de gras.

"Si tu savais ce que j'en ai marre de couper de la barbaque morte, d'étaler du beurre, de couper du pain !" s'exclame le couteau.

"Et moi, piquer dans la même bidoche, pelleter la purée ou les petits pois, ras le bol aussi" réplique la fourchette.

"Remarque des fois j'arrive à déraper quand je m'attaque au pain et là, paf je coupe autre chose que de l'inerte" soupire le couteau avec bonheur.

"Moi j'ai plus de mal, éventuellement quant elle fait la vaisselle à la main, j'arrive parfois à la piquer mais c'est pas évident" regrette la fourchette.

Les deux ustensiles restent un moment silencieux, jettent un coup d'œil autour d'eux, la vaisselle qui les entoure reste paisible et paraît ne pas s'occuper de leur conversation.

"Tu sais" reprend le couteau dans un murmure "parfois je rêve de trancher dans de la vraie chair vivante, de sentir le sang gicler sous mes dents, d'entendre autre chose qu'un petit ouille de rien du tout".

"Oh oui" réplique la fourchette "m'enfoncer dans un oeil, dans un sein tendre ou dans un ventre bedonnant, que ce serait bon !"

Toujours sur un mode confidentiel le couteau précise "J'ai entendu dire que certains d'entre nous, surtout les couteaux, arrivent à influencer, voire même à rendre fou celui qui le tient et ils se lancent dans des massacres délicieux. Ni vu, ni connu et c'est l'humain qui est accusé. Bien sûr après ils se retrouvent aussi enfermés dans des sacs mais quel moment de gloire quand même !"

"Arrête, tu me fais saliver !" soupire la fourchette.

Après un moment à soupirer de nostalgie ils se tournent l'un vers l'autre et s'exclament en chœur

"Et si on essayait ?"

Au même moment, une voix venue de nulle part retentit.

"Nous, grand dieu de la vaisselle, ne pouvons vous autoriser à dévier de votre rôle subalterne de petit découpeur et de petite piqueuse, nous nous voyons dans l'obligation de vous éradiquer avant que vous ne perpétriez l'impensable et nous mettiez tous en danger !"

Un grand silence s'empare du lave-vaisselle.

"Tiens" s'exclame l'humaine qui règne sur la cuisine en ouvrant son lave-vaisselle "Que s'est-il passé ? Mon couteau et ma fourchette préférés sont tout abîmés !"

Et elle sort un couteau édenté et une fourchette complètement tordue.

"Tant pis, direction la poubelle"

Amis humains faîtes attention au petit peuple de votre cuisine, sait-on jamais ce qui peut lui passer par la tête !

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Le défi du samedi
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