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Le défi du samedi

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3 juin 2009

Vacances mai 1968 (vegas sur sarthe)

J'ai voulu voir Vierzon et on a vu Menton,
tout comm' dans la chanson mais ça rime en citron,
le musée Jean Cocteau et le limoncello
ça te mont' à la tête, pourtant ça rime en eau.

T'as pas aimé Cocteau, pas plus les pédalos,
j'aurais bien voulu jouer, t'aimes pas les casinos.
Au clos du Peyronnet j'aurais pu te noyer
si tu ne vivais pas toujours avec ta bouée!

J'ai voulu voir Lisieux et on a vu Honfleur,
qu'est c'que t'as dans les yeux, t'es bien comm' ta soeur...
qui est bien comm' ta mère. Honfleur, ça te plait bien?
ça m'étonne à moitié c'est là qu'est né Boudin.

Dans le bassin à flot j'aurais pu te noyer
si tu ne sortais pas toujours avec ta bouée...
alors on a quitté Honfleur et ses musées,
ses vieux greniers à sel où t'aurais pu rester.

T'as voulu voir Paris mais c'était en travaux
je te l'avais bien dit, en mai c'est Waterloo;
tous ces tas de pavés et ces flics en armure
jaillis de la fumée, ça t'avait une allure!!

C'est bien pour les photos mais c'est pas très pratique,
mes tongs avaient pris l'eau, et toi une sciatique.
On a été déçus, le Mont ne valait rien,
Pigalle était désert... la grêve du tapin?

Alors quand tu m'as dit "Je n'irai pas plus loin"
et puis tous tes Bla Bla et tes "Je te préviens"
je t'ai plantée ici, c'était rue des Martyrs,
ta bouée en plastique te seyait à ravir. 

A toi l'accordéon, les flons flons, le musette,
Madeleine et sa bouée, tu dois faire un tabac,
tandis que libéré, bientôt sur la Croisette
je vais enfin m'offrir des vacances de roi.

chauffe Marcel

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3 juin 2009

Extraits du Carnet de Voyage – Grèce – Juillet 2000 (Brigou)

Comme dans la croisière s’amuse …     bat

On s’est retrouvé vingt aujourd’hui sur le pont pour le  réveil musculaire comme dit Martin. Il en a de bonnes le moniteur : « Allez, levez les jambes, plus haut, rentrez le ventre, inspirez, expirer ». Une véritable torture matinale !
Il faisait déjà très chaud et Martin était en sueur… quant à moi fraiche comme une rose !!!


Côté restauration …      table
Le premier jour, on a voulu tout goûter, tout essayer… de l’onctueuse tarama aux douces amères feuilles de vigne sans oublier les lentilles à l’huile d’olive, le tzatziki, les feuilletés au fromage, les poivrons et les aubergines grillées… puis les brochettes de mouton, les boulettes de viande, la moussaka … les médaillons de langouste, les crevettes, les crabes… 
C’était la folie devant le buffet… A croire que les gens ont jeûné pendant des mois : de véritables ogres ! En rentrant chez eux, ils diront « on a bien mangé » au lieu de dire  « c’était beau » …


Dans une heure, commence dans le grand salon la « Nuit des déesses ».. tout un programme ! Martin s’est déguisé en Dionysos, dieu du vin. Il porte au front une large couronne de feuilles de vigne, sa robe aux multiples plis tombe, bien heureusement, jusqu’à ses pieds et ne s’arrête pas comme certaines au-dessus des genoux, offrant le spectacle de grosses jambes velues ou trop maigres mollets… d’autres ont même gardé leurs chaussettes…
Martin s’est carrément prosterné à mes pieds quand il m’a découvert en nymphe, « tu es la plus belle !  » .

Terre !! …              mais
Pendant une heure, le bateau s’est vidé. Au bout du quai, les autocars nous attendaient. Visite guidée de l’île. 
Comme d’habitude, une poignée d’irréductibles sont restés à bord, ceux là ne sont venus que pour le bateau, la mer, le jeu …
Pour échapper au troupeau des touristes, on a décidé d’emprunter d’autres chemins… envie de découvrir l’île sous un autre angle. Le paysage était magnifique, paradisiaque même .. des oliviers à perte de vue, des vignes omniprésentes et surtout cette odeur dans l’air chargée d’agrumes : citrons, oranges..
On s’est arrêté dans un petit village puis ballade dans les petites rues pavées. Bien sûr à la première échoppe je n’ai pas résisté à m’offrir un joli napperon. Une petite dame, au visage buriné par le soleil et le temps, vêtue de noir, m’a regardé avec un grand sourire. J’ai craqué !

2 juin 2009

Iowa-salOOn du premier mardi qui suit la Pentecôte

salonmardi

Où en sommes-nous ?

Joye, Tiphaine, tiniak, Joe Krapov, shivaya-warduspor, Poupoune, PHIL

2 juin 2009

Waooh ! This is Jersey ! (Joe Krapov)

Jeudi 21 mai 2009. Départ ce matin à 10 h 30 en direction de Saint-Malo. Après avoir tournicoté près de l’embarcadère des ferries, on va garer la voiture à l’endroit habituel, dans l’avenue face à la gare. L’embarquement à bord est prévu à 16 h 30 pour un départ à 17 h 30. Si j’avais voulu jouer au con j’aurais emporté avec moi le « Guide du routard Catalogne » que Mme Chèvrefeuille m’a prêté. Nous avions prévu en effet de nous rendre à Barcelone avec la Maison de quartier mais ce voyage a été annulé. C’est Jersey qui s’y colle pour remplacer !

 

 

J’ai été aussi interdit de sac à dos rouge. Cela fait vingt-cinq ans qu’il voyage sur mon dos, le vieux coco, mais il a été délaissé au profit d’une valise à roulettes et longues poignées que l’on tire derrière soi comme les mamies font avec leur caddie sur le marché des Lices. Marina m’a acheté ça ! Elle me modernise à tour de bras ! Au secours ! Je vais recevoir un téléphone portable à Noël !

 

 

On laisse les valises dans le coffre et on va faire un tour à Saint-Malo intra muros. Je refais pour la énième fois des photos d’enseignes au fil de notre avancée dans des rues ensoleillées. Au moment de pique-niquer, Marina s’aperçoit qu’elle a laissé ses sandwiches dans le coffre de la voiture. Du coup on va déjeuner à la crêperie Gallo où nous avons nos habitudes. L’après-midi, après un tour sur les remparts, nous rendons visite à la tombe de Chateaubriand sur le grand Bé. C’est la première fois que je m’approche d’aussi près de cet empêcheur de respirer en rond.

dds63_chateaubriand

 

 

 

 

Autrement dit, « Ferme ta gueule, passant, le poète romantique écoute ses ongles pousser » !

 

 

Nous redescendons jusqu’au sillon et nous nous adonnons sur la plage à une sieste de décompression. A trois heures et quart nous repartons tranquillement vers la voiture, débarquons les valoches et les traînons jusqu’à l’embarcadère. C’est quand même bien, Internet ! Madame Bourgeoizovna a commandé et payé ainsi notre voyage et du coup, en échange de sa feuille de papier, elle reçoit au guichet de Condor Ferries d’un genre d’hôtesse de la mer deux billets qui nous donnent le droit de monter dans un gros bateau et de partir aux îles !

 

 

Evidemment, pour moi qui ne voyage qu’en train, voiture et vaporetto d’habitude, tout cela est nouveau et je m’inquiète un peu du sort de ma belle valise qu’on m’a confisquée alors que je n’étais pas encore habitué au bruit d’enfer que font ses roulettes. On l’a jetée sur un tapis roulant. « Houla ! Aïe ! Ouille ! » crie-t-elle.

 

 

On attend une petite heure dans la salle d’attente puis on fait la queue à la porte 2. Il faut montrer son faciès (je l’ai) et sa carte d’identité (je l’ai aussi) au douanier qui n’est pas un imbécile puisqu’il connaît les sketches de Fernand Raynaud. Puis on passe dans une autre salle d’attente. Enfin on monte dans un bus qui nous libère à l’arrière du Ferry : on dirait un grand parking souterrain dans lequel s’engouffrent des tonnes de bagnoles (ça va flotter, ça ?) et une file indienne de piétons aussi peu ravis que moi qu’on leur ait pris leur valise ! Dans le garage, nous montons un escalier puis on s’installe dans une espèce de grand restaurant genre Flunch autour de tables de six personnes devant des télés allumées. Sur l’écran une fille montre comment déficeler le gilet de sauvetage qui est sous les sièges et faire joujou avec le toboggan d’évacuation en cas de collision avec le Titanic mais tout le monde a l’air de s’en foutre. Peut-être que le Titanic a déjà coulé ? On ne me dit jamais rien à moi !

 

 

En fait moi j’ai surtout peur de vomir après tout ce que j’ai mangé à la crêperie et tout ce que m’a raconté ma collègue Nelly qui vomit régulièrement sur ce trajet mais bon, je ne devrais pas l’écouter, c’est une fille qui a le mal de mer dès qu’elle monte dans une barque aux étangs d’Apigné. De fait, la traversée est hyper-tranquille, même si le commandant a dit que la mer était agitée, et on est moins balloté ici que dans un TGV. En plus on n’essaie pas de nous vendre des sandwiches SNCF ! Le seul désagrément c’est cette odeur de haricot de mouton à 6 heures de l’après-midi et le spectacle désolant des consommateurs indécrottables qui se ruent sur le magasin Duty-Free ! Les gens ne sont pas encore arrivés à Jersey qu’ils achètent déjà des souvenirs !

 

 

Au débarquement, douane à nouveau, contrôle de la carte d’identité et du faciès qui n’a pas changé et puis récupération des bagages sur un tapis roulant comme dans les aéroports. Trop drôle ! Mort de rire ! Sauf que tout le monde à la même Samsonite sans sonnette passe-partout et finalement c’est Marina qui reconnaît la mienne parmi la foule. L’achat d’un autocollant « My heart belongs to Daddy but this case belongs to Joe Krapov » va vite s’avérer indispensable !

 

 

Mon plan de Saint-Hélier, tiré sur l’imprimante à la dernière minute, s’avère plus pratique pour trouver l’hôtel que la carte à 11 euros que j’ai achetée à la librairie Ariane à Rennes. Le Norfolk Lodge Hotel se trouve sur le Rouge Bouillon, drôle de blaze pour une rue mais ici, ce sont les îles anglo-normandes : les noms de lieux sont en français mais on ne parle que l’anglais. Il est 19 h 15 en France mais du fait du décalage horaire, il est 18 h 15 ici. Le voyage n’a duré qu’un quart d’heure, un peu long, certes, mais un quart d’heure quand même !

 

Il y a une belle lumière de couchant. Je repère déjà quelques façades colorées et nous sommes réjouis du fait que les voitures, ici, roulent à gauche. C’est la première fois que je vois ça en vrai ! C’est dangereux aussi quand on veut traverser mais au bout des quatre jours on aura fini par s’y faire. Maintenant qu’on a le réflexe, c’est pour traverser en France que ça devient dangereux !

 

 

A l’hôtel, la petite réceptionniste qui porte un prénom italien ou roumain nous donne la clé n° 54 ! On comprend tout ce qu’elle nous dit mais comme la porte de l’escalier pour le premier étage est sans poignée, je demande à une autre personne de nous aider et… elle comprend ce que je lui demande ! Waooh ! Ca sert finalement pour quelqu’un qui a juste fait allemand-latin-russe au collège d’écouter les Beatles et de lire les licences des cochonneries électroniques que mon patron achète pour Madame Versité !

 

 

La chambre 54 est impeccable avec un lit qu’on dirait à trois places, les douches sont bienvenues. Après un petit peu de rangement, nous ressortons en repérage et surtout, en guise de repas de ce premier soir, nous pique-niquons devant la mer et le « Frégate café » sur un banc de l’Esplanade au bout de Kensington place. On avait faim ! Un vent frais se lève. On va faire un tour vers le centre, avec une jolie lumière sur Seaton place, Sand Street, King street et puis on tourne à gauche dans Halkett place et on revient par Burrard Street, Union Street, Parade street et Saville street. Déjà plein de photos de maisons colorées et d’autres repérées : une maison violette, une porte arc-en-ciel devant laquelle, au moment ou j’allais déclencher, une bagnole s’est garée !

 

Je crois que Jersey va nous plaire !

 

P.S. Pour celles et ceux que cette destination intéresse, j’ai volé à Marina quatre pages de son carnet de voyage : c’est son récit de la journée du lendemain. Le style est plus sobre mais l’iconographie est plus classe !

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2 juin 2009

Le goéland (PHIL)

On ne s’est pas rendu compte tout de suite que le disque était rayé. C’est parce qu’on était occupé à tirer sur le joint et à faire mine de planer. Et puis aussi, c’est parce que Jeanjean écrivait et que moi j’étais occupé à lire les élucubrations incompréhensibles de William Burroughs. Cette littérature-ci était à la mode, mais ça ne me plaisait pas trop. Je préférais m’en tenir à Kerouac. Ça me plaisait bien d’être sur la route, je m’y sentais bien.

Pour en revenir à la galette de vinyle rayée, c’était un disque de Ravi Shankar, une musique assez lancinante pour donner le change quand la tête de lecture de l’électrophone se prend les pieds dans le tapis. Jeanjean a quand même fini par se rendre compte que son disque était bousillé alors il a relevé le bras du tourne disque assez brutalement, ce qui fait qu’on a entendu une espèce de raclement fatal, et ceci explique cela, n’est-ce pas. Quand on n’est pas soigneux, voilà ce qui arrive. Personnellement, je n’étais pas trop désolé pour Ravi Shankar, mais Jeanjean était dans une période baba, envisageant vaguement d’aller faire un tour du côté du Népal, et moi je lui souhaitais bon vent, si on peut dire, n’ayant que peu de goût pour l’exotisme bariolé. Je luis avais quand même fait remarquer que Shankar n’était pas népalais.

Après avoir remisé le roi du sitar dans sa pochette, il a ajouté quelques mots à sa prose avant de me dire, écoute ça, et il s’est mis à me lire sa production, qui n’était pas mal ficelée, même si ça n’était qu’un début et qu’on restait sur sa faim. Il y avait là l’histoire assez banale et naturelle d’un garçon qui s’immisce dans une fille, et Jeanjean y avait ajouté une trouvaille assez saugrenue quant au vacarme produit par les poils des protagonistes qui s’entrechoquent. J’étais bizarrement émerveillé par ce trait d’esprit, quoi qu’un peu jaloux aussi, parce que c’était moi l’écrivain, là-dedans, bon sang de bonsoir.

Jeanjean a fait mine de vouloir mettre un autre disque, c’était Bob Marley, alors je me suis écrié qu’on n’allait pas faire le tour du monde, merde, même si comme dit le poète, « qu’est-ce qu’on peut voyager, dans une petite carrée », tsoin, tsoin, tsoin.***

J’ai dit, et si on faisait un voyage, plutôt ?

Jeanjean m’a pris au mot, il a entassé des trucs dans une sacoche de l’armée, on est passé chez moi pour prendre la tente et les duvets, et mes trucs à moi dans une autre sacoche de l’armée (décorée d’une croix languedocienne au feutre indélébile, j’étais dans ma période occitane). On a dit au revoir à nos mères respectives. J’ai pris place au volant de ma vieille 4L à trois vitesses, et nous avons mis le cap sur l’ouest. Tu parles d’un voyage, disait Jeanjean, la mer est à même pas deux cent bornes, et après, y a rien (il faisait abstraction de l’Amérique et même de l’Angleterre).

 

On a planté la guitoune à côté d’une chapelle, face à la mer. Et puis on est allé faire un tour sur la falaise. J’ai toujours été fasciné par les falaises d’Etretat, elles sont vachement impressionnantes. Evidemment, pour être fasciné, il faut les avoir vues de ses yeux vu au moins une fois.

Jeanjean a fouillé dans sa sacoche et en a sorti une boîte d’allumettes, et dans la boîte je voyais des petits grains noirâtres qui ressemblaient à des cachous. C’est de l’acide, a dit Jeanjean. Et sans se poser trop de questions, on a gobé les cachous.

Du haut des falaises, nous nous abîmions dans un paysage irréel, je voyais jaillir des rayons d'un vert cru à l'horizon, les rayons du soleil à travers de gros nuages annonciateurs de pluie, mais qui s'en souciait, lentement du rouge puis du pourpre ensanglantaient l'espace, on se serait cru dans un tableau expressionniste, sauf qu'à ce moment là, je n’avais encore jamais entendu parler d'expressionnisme ni même d'impressionnisme, j’étais encore en friche de ce côté, je voyais le paysage vibrer comme s’il avait été peint sur de la tôle, kitsch en diable, et il y avait plein de goélands qui planaient autour de nous et qui venaient nous narguer tout près.

Alors Jeanjean s’approchait du bord, il me flanquait les flubes, mon ami, il disait regarde, je suis une mouette je suis un goéland je vais voler planer sur l'eau rejoindre l'horizon

cet horizon que je voyais métallique clinquant pas vrai merdique

kitsch

fais pas le con mon ami, t'es pas un GOELAND

reste avec nous

me laisse pas tout seul

(me débarrasser de ces miasmes acides ces rideaux artificiels et multicolores dans lesquels je m’étais empêtré, je sentais bien confusément que ce voyage était un bad trip)

longtemps après, ou pas longtemps après, je ne savais plus, difficile à savoir, je m’étais absenté, j’avais un trou noir en moi, après toutes ces couleurs, tous ces flashes,

j’entendais un cri bizarre, un long hurlement ou ululement, un cri qui me terrifiait en tous cas

j’étais planté là au bord de cette falaise, Jeanjean n’était plus là, j’étais seul sur la falaise, assis dans l’herbe rase, et un goéland était tout près, qui me regardait de son petit œil cruel,

j’étais seul,

j’étais seul,

j’étais seul,

j’étais terrifié,

et putain, j’ai toujours détesté les goélands.

 

 

*** celui qui rappellera le chanteur de ces mots là aura droit à ma gratitude. Toute recherche sur gougueule ou autre est évidemment proscrite.

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2 juin 2009

Aller / retour (Poupoune)

Mali, octobre 2000

Après la magie fantomatique des rues de Tombouctou, l'ambiance de Djenné est moins déroutante, mais tout aussi envoûtante. Par contre j'ai toujours autant la drie.

 

Inde, novembre 2002

Je ne sais pas si on peut mourir de manger trop épicé... Ils doivent avoir l'estomac en titane, c'est pas possible autrement. Sans déconner.


Jordanie, avril 2003

Qu'ils essaient seulement de me faire dormir à la belle étoile, tiens. Avec tout ce qui doit traîner comme bestioles la nuit... Hors de question. Et j'ai pas envie de bouffer du sable toute la nuit.

 

Mongolie, septembre 2003

C'est chouette, ces grands espaces. Bizarrement, on se recentre beaucoup sur soi-même. Pour autant, c'est pas une mince affaire de faire pipi dans la steppe, quand on est une fille. Les autres peuvent bien dire « vas-y, c'est bon, on regarde pas » je connais pas une nana qui ira s'accroupir à l'abri de rien au milieu de nulle-part.

 

Cap Vert, mars 2004

Oh la la... Où on est là? Ils sont tous consanguins, ou quoi? Pas possible autrement. Et puis avec toute ce noir... les scories, la lave... je vais flipper toute la nuit, moi. Vais pas être en forme pour la crapahute de demain.

 

Turquie, Mai 2005

C'est sympa le muezzin... juste faudrait pas qu'il chante, quoi. Ou alors pas avant 10-11 heures.

 

Paris, mai 2009

Plus loin demain

 

Des pistes ensablées aux mystères envoûtants
des ruelles de Djenné j’ai aimé goulument
le rire des enfants les sourires des femmes
la gaieté de leurs chants le rythme des tam-tams

 

Aux mille couleurs soleil des saris j’ai gâté
mes yeux à vos merveilles somptueuses beautés
mes papilles ont brûlé d’explosives saveurs
et mon âme s’est gorgée de divines douceurs

 

J’ai soufflé ma chanson au vent chaud du désert
perdu mon horizon dans la steppe aux grands airs
des volcans du Cap Vert aux mosquées d’Istanbul
j’ai foulé bien des terres à en perdre la boule

 

Mais il n’est nul voyage qui m’ait menée plus loin
que le bien doux présage de tes yeux au matin
lorsque j’y vois demain dans ta vie dans tes bras
je connais le chemin où inscrire mon pas

 

Paris, juin 2009

Ah le con. Il est pas venu. 12H45, TGV 1612, voiture 16, il y était pas. Ah le con.

2 juin 2009

Tribulations carnées d'un bienheureux (shivaya-warduspor)

12/08, B***

Trop longues ces avenues! Heureusement, l'assortiment de charcutailles et pain noir, rehaussé de la patate chaude, m'avait donné des forces suffisantes. Mais bof, le thé rouge le matin, j'aime pas.

 

27/11, B***

Il fait 35°C dehors, je suis monté à au moins 50 dedans en croquant un piment dans un samosa. Heureusement, le lassi était bon.

 

02/02, B***

C'est pas avec leurs légumes maigrichons que je vais supporter la caillante. Le concombre au yaourt, ça vous gèle le plus beau des palais. Envoyez les chars!!

 

21/05, B***

Le fromage au matin, j'ai rien contre. Surtout accompagné d'une bonne brune. Heureusement, c'est encore leur jambon qui me fait fondre. Pour un peu j'irais cueillir des trèfles dans la tourbe.

 

21/07, B***

Y a pas à chier, j'aime pas leurs tongues. Heureusement, je serais du genre à me damner pour leur tajine aux figues.

 

15/09, UB***

Le prochain qui essaie de me faire bouffer du mouton, je l'assomme avec le sac de fromages en pierre ponce qu'ils m'ont refilé. Avec tout ce qu'ils ont comme chevaux, ils feraient bien d'en manger un peu, ça les changerait. Heureusement on peut toujours se torcher avec leur vodka qui rend aveugle.

 

02/12, QueB***

Aïe, quelle caillante! Heureusement, le menu « best off » avec poutine à la place des frites, ça te remet un bûcheron droit dans ses bottes en moins de deux. Une tarte au sirop d'érable pour finir, tu remontes le Saint-Laurent à la brasse.

 

06/06, B***

Alors eux, leurs noirs, ils sont vraiment noirs : dedans, dehors et au figuré. Heureusement, le kangourou est rose et tendre à l'intérieur.

 

08/10, TimB***

Une boule de pain cuisinée vapeur par 333 saints (tout ça pour 12 condiments), c'est vrai que ça change des poules maigrichonnes. Heureusement que je suis de bonne composition, sinon c'est du guide que j'aurais bouffé la cuisse.

 

19/01, B***-Terre

Finalement, je suis moins moite que ce boudin. Heureusement que le punch d'hier va me permettre de dissoudre tout ça : morue, riz, sauce columbo, re-riz, haricots rouges, dombas, cochon et re-morue... ça tue!

 

27/03, B***

Non! Les tropiques, ça me ramollit à tous les coups. Heureusement, le homard directement pêché par le serveur à moitié à poil dans son petit futal blanc, ça revigore avant de s'essayer à la capoeira.

 

10/04, B***

Tous ces petits bouts de petits trucs tout découpés c'est bien joli et c'est pas mauvais, mais j'échange leur palais royal et toutes ses dépendances avec une côte de boeuf d'une seule pièce! Heureusement, les masseuses sont bonnes.

1 juin 2009

Iowa-sal♥♥n du lundi de Pentecôte

salon_lundi

1 juin 2009

Archives de (Tiphaine)

Avertissement : Pour agrandir cliquer sur l'image.

crete
portorico
grece1grece2
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1 juin 2009

JAMAIS QUITTES (tiniak)

Basse-Terre, le 13 août 1985.

Mon avion part dans trois heures de Point-à-Pitre.
Je regagne la métropole sans l'assurance de pouvoir revenir sous ces tropiques avant longtemps.
Je vais retrouver le temps qui court et les gens qui courent après lui. Je vais retrouver cette part de ma vie qui me définit davantage par ce que je fais que pour qui je suis... les "Bonjour, tu fais quoi dans la vie ?", ces passe-ports d'avant le passe-port, qui rassure les tribus, leurs propos "convenus", leurs sourires "entendus" et leurs idées reçues.
Je vais retrouver les arbres encerclés, les gazons crottés, les rives bétonnées, les nuages fatigués d'avoir couru le monde, venus se regrouper pour pleurer sur les toits la peine qu'ils ont d'avoir soudain si froid.

Alors, avant de partir, pour finir, je laisserai sur la table de chevet de cet hôtel propret, quelques signes, quelques lignes, pour ce qu'il me faut quitter.

__________________________________________________
jamais quittes

Crête où la terre se fait la dent
mollement contre le ciel gourmand
de flasques firmaments
mon pays dans le vent
un pied en mer, l'autre dans l'océan
je viens oublier le temps

si ta bouche parle bruyamment
et crache du soufre incandescent
c'est pour qu'un sable blanc
et rose et noir courant
tes rives alanguies dessous le vent
flatte et caresse tes flancs

Parfois dans la nuit s'élève un chant
groka, guitare et le pied dansant
l'âme et le rhum aidant
un rire éblouissant
moque le coq et le counyamaman
d'un égal et vif allant

Noirs sont les hommes dans l'ouragan
Verte la palme au lent mouvement
Rouges sont tous les sangs
sous la peau se mêlant
qui sous le madras ou le lin flottant
marche d'un pas nonchalant

Mon pays tu me prends
et, par toi je l'apprends
on ne se quitte jamais vraiment.

31 mai 2009

Iowa-salon dominical

salon_du_dimanche2

31 mai 2009

Montego Bay (Joye)

D'abord, mettez fort la musique :  http://listen. Montego_Bay

et puis mettez votre maillot,

préparez-vous un joli rum drink

et puis...dégustez !

 

I. DEVANT MOI, LA MER

 

Devant moi, la mer
l'horizon gris foncé

Et puis vert, vert, vert
des trous de verdure là
en pleine mer
parmi les bleus

Et les vagues qui s'enroulent
qui se précipitent vers moi
dans leur hâte de me connaître

Et juste avant d'arriver
elles sursautent
en crachant leur surprise
des bulles toutes blanches

Qui moussent et qui disent,
qui bourdonnent et qui crient

Bienvenue,
la jolie

Comme nous sommes contents
de te connaître

II. HILTON HIGH

 

Là, au bon bout de ce Paradis verdoyant
Au bout du chemin, là, où le shandy t'accueille

Là, au bon bout du monde
Yé monne, iré

Le colibri à deux queues faufile de rouge en or-
Ange parmi les taches de bleu et d'amour

Tu goûtes le cacao blanchement de sa coquille
Yé monne, iré

Les petits bouts pas blonds te chantent dans leur école
Talé mi bananeux

L'accueil te réchauffe mieux que le rum punch
Yé monne, ya monne, yesse monne

Au bout du chemin où no woman no cry
Là au bon bout de ce Paradis

Yé monne, iré
Talé mon bonheur

 

III. CLICHÉS DE MA PLAGE

 

Frotte-frotte, frotte-frotte
Le mec à côté
Est maintenant
Bien huilé

--

Ta verte transparence
Me coupe le souffle,
Puis être vague
N'est pas toujours un crime.

--

A faire :

Commander de la dorade

Pour ce lys

--

L'homme Très Important
Parle au GSM
Une jolie fille le suit
A cinq pas derrière

--

Oui, et donc
Ce corps lisse
Ça te sert à quoi ?

--

Papa à la grosse bédaine
Avec la fillette aux genoux
Hou hou

--

Bonjour les doigts de pieds
Vernis dans votre meilleur rouge
Vous me faites signe
Sur l'arrière-plan vert-bleu

carnet_de_voyage_1

30 mai 2009

Consigne #63

Cette semaine, nous partirons en vacances avant l'heure.
Nous vous invitons à nous offrir une page de votre
carnet de voyage.

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Partagez avec nous le récit de votre tour du monde en stop, les images de votre traversée sur désert, ou vos déboires au camping des flots bleus à Royan.
Parlez-nous donc de votre périple dans la foret amazonienne, de votre tour de la Creuse en solex, de la grande muraille de Chine ou encore de la cathédrale de Chartres ou de votre croisière à bord d'un vaisseau spatial.

Vous l'avez compris, vous êtes tout à fait libres d'inventer (ou pas!) tant que vous nous donnez à lire une ou plusieurs pages de votre carnet de voyage.

30 mai 2009

Petite musique dans la tête... (Stipe)

J'ai toujours une petite musique dans la tête.

Ma vie est comme une comédie musicale. Quand je parle, avec la musique ça fait comme si je chantais. Je dis "quand je parle" mais je devrais dire "quand je me parle". Je me parle qu'à moi, que dans ma tête.

Ma tête c'est là que je vis.

Maman a passé ma jeunesse à me bringuebaler chez des docteurs puis chez des spécialistes. Au début ils pensaient que j'étais muet. Mais je ne le suis pas, puisque je me parle.

Et j''ai toujours une petite musique dans la tête.

On m'a fait des tas de tests. Pour les gens j'étais débile. Puis un jour le professeur Moiron a dit que j'étais différent. Maman a bien aimé ça. Depuis elle a toujours dit "il est différent" ou "il est rêveur", "il est dans son monde". Du moment où j'ai été diagnostiqué différent, ma débilité était pas grave.

J'ai eu une scolarité normale. La seule chose qui me différenciait, mais c'est normal puisque je suis différent, c'est que parfois je loupais l'école pour aller voir le professeur Moiron.

Maman aimait bien le professeur Moiron, elle disait qu'il est sérieux. Moi je le savais con comme une barrique percée. Et j'hésitais pas à lui dire, à maman. Dans ma tête.

Il parlait gravement à maman, me tournant le dos comme unique paravent à ses inepties. Puis il se retournait vers moi avec un grand sourire et me parlait très fort, comme si j'étais débile, pour me dire que j'étais pas débile.

Mais c'est lui le débile, je suis sûr qu'il a même pas de musique dans la tête.

Moi, j'ai toujours une petite musique dans la tête.

Un jour que j'étais plus grand, ils m'ont mis en traitement. Ceux qui étaient différents c'était les infirmières vu qu'on ne se retrouve qu'entre gens différents pareil. Maman disait que j'étais mieux en traitement. Elle disait ça parce que je souriais.

Faut dire qu'on me gavait de pilules : des anti-déprimants, des euphorisants, des calmants, des dopants, des lobotomisants, des stimulants. Tous ces substituts de santé qui servaient sûrement à donner du crédit au débit du compte en banque de maman, mais qui pour de vrai s'avéraient aussi pertinents qu'un anneau gastrique chez l'anorexique.

Sauf que moi, l'anneau gastrique on me l'a posé dans la tête Du coup je vivais dans un endroit encore plus restreint, oui mais je souriais. Alors maman souriait aussi et le professeur Moiron était plus sérieux que jamais.

Mais, j'ai toujours une petite musique dans la tête.

Un jour, un professeur de la ville s'est occupé de moi. Il me parlait comme si j'étais seulement différent. Il m'a dit que j'étais comme les autres mais que je vivais dans un autre endroit. Que ma cabane était perchée hyper haut et qu'elle était pas très grande mais que le principal c'était que je sois heureux d'être dans ma cabane, même si des fois j'avais le vertige, même si des fois les murs étaient trop proches. Ce professeur là, il devait être sérieux.

Alors il a dit qu'on allait un peu arrêter les médicaments, pour voir.

Mais moi je souriais toujours.

En plus, j'ai toujours une petite musique dans la tête.

En plus, maintenant c'est toujours la même. Elle tourne en boucle.

Et en plus je l'aime pas, elle est moche. C'est un violon qui geint, un violon qui pleure parce qu'il se fait découper par l'archer.

Le violon, je trouve que c'est un instrument triste et maltraité. Un violoniste, on dirait qu'il découpe une mortadelle avec un grand couteau. Alors la mortadelle crie.

Et ma musique, elle joue de la mortadelle toujours.

C'est à cause de l'anneau dans ma tête et de mon sourire. Le violon découpe ses tranches, ma tête pleure dans sa tête mais mon visage sourit.

Le professeur sérieux a dit que j'allais mieux, même si je souriais toujours.

J'ai toujours une petite musique dans la tête.

Je suis sorti du traitement depuis quelques jours. Je souris alors la dame m'a souri.

Elle m'a dit que j'avais l'air heureux, j'ai répondu non sale poufiasse dans ma tête. Elle m'a dit oui ça se voit que je suis heureux.

Le violon crie, la mortadelle est ritournelle, le couteau découpe fort. La dame crie, la mortadelle est éternelle, le couteau découpe très fort. Maman crie, les gens crient, la mortadelle est désaccordée, l'anneau gastrique a fermé tous les volets.

J'ai toujours une petite musique dans la tête.

Les médecins ont dit débile alors le juge a dit débile.

On a posé des électrodes sur ma tête, maman m'a regardé en pleurant, pourtant je souriais.

Un grand larsen a crié chez moi, toutes les fenêtres ont volé en éclat, la porte a explosé et ma vie est sortie par le sang de mon nez.

La petite musique dans la tête s'est arrêtée.

30 mai 2009

La mélodie du bonheur (Pandora)

Des regards qui s’échangent
Des sourires qui se croisent
Les timides s’apprivoisent
Avant de faire connaissance

La rencontre est magique
C’est comme une évidence
Ils se prennent par la main
A deux on est plus fort

Il aime son rire
De fée, clochette
Lumineux et sonore
Qui tinte pour lui

Elle aime son rire
D’enfant, joyeux
Léger et contagieux
Qui chante pour elle

Mais à la nuit tombée
C’est en silence qu’ils s’aiment
Pour guetter les doux battements
De leur amour. De leur enfant

29 mai 2009

On prend un p'tit café ?

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29 mai 2009

Musique d’autrefois, musique d’aujourd’hui (Joe Krapov)

A
Tourner
Lentement
La manivelle
Il me revient presque
Un  peu   de  nostalgie
De nos années parisiennes.
Là   où   Colette   avait  vécu
Quelque part au-dessus du jardin,
Quand Buren n’avait pas planté colonnes

J’y
Avais
Acheté
Ce mécanisme
De boîte à musique,
Ces  cartes  et  la pince
Pour y poinçonner des notes.
Le  Palais-Royal    flamboyait,
Comme au temps de Molière et des rois,
De   trésors   de  luxe  au  fil  des   arcades.

Il
Chantait,
Higelin,
Avec « La » Fontaine
D’étranges    chansons
Que nous aimions entendre
Sortir de  nos  noirs vinyles :
« Cet  enfant  que  je t’avais fait »
Ou bien « Je suis mort, qui qui dit mieux ? ».
J’ai tout conservé mais plus rien ne marche !

C’est
La crise
Aujourd’hui
Mais je n’en ai cure !
Pour    rajeunissement,
Pour planter fanions au vent,
J’ai « ressorti mes vieilleries »,
Je tourne gaiement la manivelle
Et je nous revois, tous deux, à Paris !

jKk

29 mai 2009

Notes de poussière (Vegas sur sarthe)

C'est quoi ce tempo d'enfer? rien à voir avec l'intro, et puis on n'est pas tous en place! Ah c'est mon coeur qui fait ça...
J'ose un coup d'oeil par un des trous de l'épais rideau de scène en tentant de maitriser le tamtam qui martèle mes tempes; Ouf! ma guitare basse est là, ridicule et coincée entre les énormes baffles blancs et derrière le matos un monde de ténèbres respire d'une clameur étrange. Je transpire comme au sauna et une odeur de poussière ancestrale et omniprésente me donne la nausée.
Une odeur de coulisses, de décors, de tentures, de loges exigües, de planchers trop cirés... combien l'ont respirée avant nous dans ce mythique Olympia?
Pourtant la répète s'est bien passée il y a deux heures, malgré Mickey qui peinait à poser sa voix, les retours mal placés qui jouent du Larsen et cette impression insupportable qu'on ne va jamais m'entendre.
Sur le vieil orgue Hammond qu'on croirait né avec la scène, l'organiste prend son pied comme un fou et me noie dans des basses terrifiantes.
"Filez moi plus de retour, merde!".
Les techniciens invisibles derrière leurs consoles doivent bien rigoler; leur job c'est de régler la balance des têtes d'affiche, pas celle de 'Mickey and friends'.
Qu'est ce qu'on fout là? On était si bien dans notre ferme retapée de l'Aube, à s'éclater...musique de  jour, musique de nuit, crinières au vent, patchouly et filles pas farouches. Et puis la nouvelle est tombée comme l'enfer d'Hendrix sur Woodstock "Vous faites la première partie de Slade dans quatre jours à Paris".

Le temps de charger le fourgon jusqu'à la gueule et on file sur Paname, le coeur au bord des lèvres pour rencontrer Mickey, celui qu'on va accompagner. Pour lui, Mickey Bronx c'est un single chez Polydor qui passe sur les platines du Gibus et pour nous, trois morceaux à apprendre vite fait! Tiens, la brune là, on dirait Nana Mouskouri... "T'occupes ! Oui, c'est elle".
Un vieux studio de répète dans Paris, une forte odeur d'avant-guerre qui me prend au nez et me file des frissons. Le gardien-concierge-ex-preneur-de-son est aussi d'avant-guerre et bavard comme un gardien-concierge-ex-preneur-de-son... "O.K. papy, on jure de pas toucher au matos de Johnny! Qu'est ce qu'on ferait d'un saxo dans le groupe?  Oui, Noir c'est Noir...on a entendu parler, laisse nous bosser!". Si on l'écoute, on va bientôt évoquer Mistinguett. C'est fou ce qu'on peut faire comme bruit en plein milieu de la capitale sans que ça ait l'air de déranger; le faubourg Poissonnière en a vu d'autres!

"Ca va être à vous les gars!"
"Merde! Déjà!" Enfin c'est pas trop tôt et je voudrais aussi ne pas y aller, rester l'oeil collé au rideau, en spectateur et me nourrir encore de cette poussière de stars. Dire qu'ici j'ai vu les Beatles depuis le haut des gradins... Arrêter de penser pour calmer ce tamtam dans mon crâne ! La tunique mauve frangée à la Roger Daltrey me fait l'effet d'une seconde peau et j'aurais pas dû mettre des escarpins aussi hauts... trop tard, et puis je n'avais rien d'autre à mettre.
Un coup d'oeil à Bobock qui me parait détendu même s'il sait que sa capricieuse Flying V va se désaccorder dans une minute; moi je sais qu'il va assurer comme une bête juste à côté de moi et ça me porte.
Les autres m'entourent, on est combien déjà? avec l'organiste recruté il y a trois jours et les deux batteurs... pourquoi deux batteurs? Qui a eu cette idée de génie? On ne m'entendra pas, c'est certain.   
Le rideau dérape lentement sur ses rails dans un bruit de machinerie couvert par la clameur montante. Qu'est ce qu'ils crient? "Slade! Slade!". Heureusement je ne vois pas plus loin que le premier rang tellement ce soleil nous aveugle.
Désolé c'est pas Slade, c'est nous "Mickey... Bronx!" et ça n'a pas l'air de leur faire plaisir.
On m'a poussé ou bien je suis arrivé là tout seul? En tout cas mon cher manche est bien là, mes doigts retrouvent les cordes rondes et lisses prêtes à vibrer comme moi. Le tamtam a cessé dans ma tête ou bien je n'entends plus rien, mais si, je reconnais l'intro et les effluves tourbillonnantes de l'orgue Hammond. Respire, mec, à pleins poumons! T'es bien vivant!
Quoi qu'il en soit ces instants resteront gravés à jamais, je le sais, tout comme l'antique plancher poussiéreux, et si j'ai oublié chaque note de cette soirée magique, l'odeur de l'olympe est toujours là pour me le rappeler.      


29 mai 2009

Bis repetita (Caro carito)

C’est toujours la même chose

Depuis 15 ans.

Depuis ce premier jour.

 

J’avais immédiatement senti l’assaut des odeurs. Je suis comme ça. L’odorat sensible, les sens à cran. L’éclairage était dense et d’un jaune pisseux. J’ai hésité. Après tout, seules quelques semaines de mon temps seraient voracement dévorées. A l’évidence, l’emploi du temps plombait les traits de l’équipe. Leurs voix monocordes paraissaient venir d’outre-tombe.

Au bout d’un mois, il me suffisait de jeter un regard au miroir de ma chambre d’étudiant pour voir cette même ombre brouiller mes traits : yeux en creux, joues hâves. Je me rasais maladroitement. La chaleur intense de ce mois d’août n’avait pas quitté la nuit. Une sueur sourde collait à chaque centimètre carré de la ville. J’enfourchais mon vélo, sachant que en quelques coups de pédales, en dépit de la douche que je venais de prendre, mon T-shirt serait transformé en un suaire humide.

Dans le hall, je n’eus pas besoin de regarder l’horloge pour savoir, que l’agitation ambiante était inhabituelle. Mais plus que tout, cette atmosphère métallique me prenait à la gorge. Un médecin me reconnut. Il me héla. J’entrais dans la ronde. S’ensuivirent des gestes mécaniques, cette routine à laquelle je m’appliquais journellement était devenue un fanal. Je surnageais à l’angoisse ambiante.

Soudain une main me tira. Des ordres brefs. Ascenseur, couloirs. Nous précédions les brancardiers. Au fur et à mesure, les remontées poisseuses des blessés s’estompaient, balayés par le désinfectant qui imprégnait les murs et les sols. L’une des infirmières vérifia ma tenue.

Je l’ai déjà dit, je suis un homme sensible. Pas extra-lucide. Sensible. En pénétrant dans la salle d’op, je l’ai entendu. Distinctement. Avec cette netteté un peu affolante des apparitions qui s’invitaient dans ma vie. Je savais cet homme entre la vie et la mort. Je captais l’écho des sons mats de son corps, ce tambourinement implacable. Il m’emplissait de sa rage, de cette furieuse envie de ne pas interrompre la course. Déjà j’emboitais le pas à l’équipe. Juste derrière le mentor, l’homme en blouse blanche et aux mains qui plongent la lame à même la chair vive. Ce fut le premier jour, dépucelage au goût âcre qui me laissa sans forces au bout des quatre heures d’opération. J’en sortis épuisé mais certain d’y revenir encore. Je ne pouvais laisser échapper l’appel de ce souffle.

 

Depuis ce premier jour.

Depuis 15 ans.

C’est toujours la même chose.

Une des infirmières vérifie ma tenue et en pénétrant dans la salle d’op, je l’entends...

 

Un homme, une femme, un enfant sont étendus là et je sens battre leur vie. Les yeux ouverts, je plonge à cœur nu.

29 mai 2009

PEPE ATHANASE RACONTE (Martine27)


 

Pépé Athanase (NDLR : pour ceux qui ne seraient pas au courant il s’agit de l’époux de Mémé Célestine et de l’arrière-grand-père de Mimi) s’installe près du feu dans son grand fauteuil. Ce soir, c’est veillée conte pour ses arrières-petits-enfants. Ils sont tous assis sur le tapis près de lui. Mémé Célestine observe tout ce petit monde du coin de l’œil en souriant et se plonge dans son sudoku.

 

« Aujourd’hui les petits » commence Pépé Athanase de sa belle voix profonde « je vais vous raconter une histoire triste ».

 

Il se penche et attrape sur une petite table près de lui une curieuse cassette ouvragée.

 

Il l’ouvre et une musique poignante s’en échappe.

 

Les enfants l’écoutent religieusement, ils savent bien qu’il ne sert à rien de presser Pépé Athanase qui racontera son histoire quand il le voudra.

 

La boîte passe de main en main pour finir entre celles de Mimi, qui la détaille de plus près pendant que Tom son chat bleu renifle la chose avec intérêt.

 

Il s’agit d’une sorte de boîte à bijoux, mais au lieu de la traditionnelle petite danseuse, Mimi découvre deux petits personnages, un jeune homme et une jeune femme habillés à la mode d’autrefois, chacun évolue d’un côté de la piste de danse et ne se frôlent qu’au milieu du bout des doigts. Une grande tristesse se lit sur leurs minuscules visages, Mimi en a le cœur serré.

 

« Il était une fois » reprend Pépé Athanase « une sorcière, belle comme une fée, intelligente et riche, mais c’était, hélas, une sorcière noire qui ne savait faire que le mal ».

 

« Il existe d’autres sorcières » interrompt Mimi.

 

« Oui, ma chérie, il existe de gentilles sorcières, mais laisse moi continuer. Donc cette sorcière était méchante et avait le cœur noir. Un jour, elle croisa au village qui dépendait de son château, un jeune homme qui venait d’arriver pour s’installer comme tailleur. Elle lui trouva belle allure et lui commanda aussitôt des robes. Il avait des doigts d’or et il lui amena des robes merveilleuses de légèreté et de couleur. La sorcière en les revêtant senti son cœur battre un peu plus fort. Elle décida donc de faire plus ample connaissance avec lui et l’invita à souper avec elle. »

 

« Il n’a pas accepté dis ? » coupe à nouveau Mimi.

 

« Mais si, il a accepté ma poupée, arrivé depuis peu il ne savait pas encore qu’il avait affaire à une sorcière. Il se rendit donc au château un soir de pleine lune, un peu emprunté dans son beau costume du dimanche, il tendit à la sorcière un modeste bouquet de fleurs en remerciement de son invitation. Le dîner fut somptueux, la sorcière était parée d’une des plus belles robes de notre jeune tailleur, les mets étaient divins, mais hélas, ils furent servis par une petite soubrette souffreteuse, mal fagotée et d’un physique assez banal. »

 

« Pourquoi hélas » intervient à nouveau Mimi.

 

« Veux-tu bien me laisser poursuivre ma toute belle et tu le sauras. Pourquoi hélas, mais parce que bien qu’elle fut peut attrayante, notre jeune tailleur tomba tout de suite éperdument amoureux de la délicate enfant, au grand dam de la sorcière qui s’en aperçut aussitôt. Elle décida quand même de séduire le jeune homme. Au fil des jours elle le tenta avec ses richesses, avec sa beauté, avec l’étendue de ses pouvoirs. Mais lui n’avait d’yeux que pour la jeune servante. Et un jour, croyant que la sorcière était son amie, il lui confia qui souhaitait épouser sa suivante. La sorcière en fut folle furieuse, mais elle fit bonne figure et lui annonça dans un beau sourire qu’elle leur offrirait un beau cadeau pour leurs épousailles, un cadeau qui leur permettrait de vivre longtemps côte à côte. »

 

« Aïe, aïe, aïe » s’écrient ensemble tous les enfants suspendus aux lèvres de Pépé Athanase.

 

« Oui, comme vous dîtes, aïe. Le jour du mariage, la sorcière fit venir les fiancés dans son château pour leur offrir son cadeau. Il s’agissait de la boîte que vous avez eue entre les mains. Elle la leur donna en les priant de la tenir chacun d’un côté afin qu’elle puisse les bénir. Naïfs, les deux amoureux obéir. Ils tinrent chacun un côté de la boîte, leurs doigts ne faisant que s’effleurer. Et la sorcière déclama « A jamais vous resterez côté à côte », les jeunes sourirent, heureux, quant elle repris avec un rire odieux « oui côte à côte mais sans jamais pouvoir vous enlacer » un éclair fulgura de ses doigts, la boîte tomba à terre, les fiancés s’étaient transformés en petites poupées qui se mirent à danser chacune de leur côté de la boîte, ne pouvant que s’effleurer les bouts des doigts lorsqu’ils arrivaient au milieu. La sorcière satisfaite de sa vengeance se débarrassa de la boîte qui fut récupérée par un de mes aïeux, celui-ci transmis la boîte et l’histoire à ses descendants comme je le fais aujourd’hui »

 

« Mais et la sorcière ? » s’enquière Mimi « elle n’a pas pu s’en sortir et comment les délivrer les pauvres ? »

 

« Ca ma toute belle » répond Pépé Athanase « c’est une autre histoire »

 

« Bof » fait un des enfants « c’est du flan tout ça, ce n’est rien qu’une vieille boîte à musique »

 

Et tandis que ses cousins et cousines se lèvent pour aller profiter du chocolat chaud que Mémé Célestine leur a préparé, Mimi et Tom regardent la boîte à musique d’un air désolé. Tout à coup Mimi perçoit entre ses mains ce qui ressemble aux battements de deux cœurs qui résonnent à l’unisson. Interloquée, elle lève les yeux et croise le regard bienveillant de son arrière-grand-père. Celui-ci lui sourit « Tu entends n’est-ce pas ? Peut-être trouveras-tu le moyen de les délivrer, prends cette boîte elle est à toi »

 

Mimi serre la boîte contre son cœur, remercie Pépé Athanase et avec Tom, ils commencent à réfléchir au moyen de libérer les prisonniers. Mais ça chers lecteurs, c’est aussi une autre histoire.

 

 

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