Pivoine
Quintettes aigus
Sang sous les doigts humains
Quintettes roides
Tempête blanche
Entends ces brillances et
Ces trains tibétains
Quintettes aigus
Sang sous les doigts humains
Quintettes roides
Tempête blanche
Entends ces brillances et
Ces trains tibétains
On
commence par écouter les trois extraits de musique.
L’un
m’inspire immédiatement, je la tiens
mon histoire…eh non ! c’est raté, j’ai oublié de lire le titre et
l’extrait choisi sera repéré dès les premiers mots.
Un
autre me laisse de glace, et je le regrette, car j’imagine que Janezka qui a
sélectionné ces extraits, aime ces musiques et souhaitait nous les faire
découvrir.
Le
dernier évoque des images contradictoires, et me permet un lien avec le premier
abandonné…pas clair tout çà , et en plus va falloir transcrire…prise de tête
…merci samedi défi !
Bon
vous l’aurez voulu ! Je vous emmène faire un petit tour.
Cà
commence, très loin, au milieu de nulle part, le bout du monde (le mien en tout
cas) est par là. Notre mini bus traverse ce paysage de roches rouges, où les
drapeaux à prières sont les seuls signes de présence humaine. Tout concourt au
calme et à la méditation. (on fera
abstraction du bruit du mini bus ! )
Maintenant
pourquoi mes pensées dévient elles vers Ségolène ? A cause de la traversée
du désert ?
Non
ne croyez pas que je vienne ici politiser le défi (quoique…), qu’allez vous
imaginer ?
Ségolène
est un poisson, plus exactement un
labéo bicolore noire à queue rouge. Ce genre de poisson a la particularité
d’agacer sans méchanceté les autres poissons, mais chez moi, elle évolue dans
un grand aquarium de 400 litres dépeuplé, donc, elle s’ennuie un peu et je ne suis pas sûr qu’elle soit du genre
contemplatif. Nous laisserons de côté les raisons de la solitude de Ségolène, seule survivante de catastrophes
diverses, qui endeuillèrent l’aquarium.
De
la solitude du Qinghai au dépeuplement de mon aquarium j’ai franchi le pas, en
écoutant la musique.
Déconseillée
aux personnes sensibles, la promenade se poursuit dans les salles de soins
intensifs : ici la même solitude,
le même vide, ce faux silence des monitorings, qui réunit soignants et malades.
Tout bruit cardiaque qui se fait remarquer entraine une réaction…Dans les
hôpitaux,( c’est bien connu) ces salles toutes vitrées à surveillance renforcée
s’apellent des aquaruims. Ecoutez cette musique, angoisse de la maladie, et
espoir de survie…
Sortons
d’ici sur la pointe des pieds, un petit remontant ne nous fera pas de mal, il
parait que le café du défi vaut le détour .
.
musique en couleurs
1/ Pour commencer.....
2/ Pauvre d'eux à nous !!!
elle l'a fait ! attention c'est cruel et sans pitié
MusiqueMSWMM_0001
Vidéo envoyée par rsylvie
quand faut y aller... f0 y'alé !.
Pour le 3ème défi,,,, pas de chichi entre nous,
forte de toute
la meilleure volonté du monde ,
après avoir mis l’incontournable piége en place
vous prenez l’attirail
de base indispensable pour réaliser une jolie couleur 
Munie de nécessaire à peinture, vous commencez
délicatement à poser
quelques nuances pastelles
deci-delà
…
et vous ettendez qq secondes
que ça séche !
(comme chez le coiffeur ....
faut bien ça, le temps que la couleur prenne !)
une fois la deuxième couche posée
, vous obtenez une jolie coloration
n’est-ce pas ?
vous voici alors fin prête pour la Dernière énigme….
. qu’elle est ma chanson
??????
pst, entre nous,
rien ne vous interdit d’utiliser le fond de peinture
pour une composition très personnelle !
Ces yeux.
Sombres, brulants, ensorcelants.
Ces yeux qui devoilent son caractere impertinent et passionne.
Ses yeux.
Et puis, cette bouche.
Fiere, feline, feminine.
Elle est la, devant lui, telle une sirene terrestre.
Une apparition, une illusion, une malediction.
* * *
Il etait tombe amoureux de la fille du Roi des Gitans.
C'est l'histoire d'une attente.
Je t'attends, mon amour.
C'est l'histoire d'une attente qui se termine bien. Une histoire du quotidien. C'est l'histoire d'une angoisse.
Je t'attends, mon amour.
Dans la nuit. L'automne, il fait vite nuit. Tu sais bien que l'automne me pèse. Que la nuit m'est pénible. En automne. C'est la nuit. Je suis dans la cuisine. Je marche dans la cuisine. Je fais les cents pas. J'attends. J'attends ton retour, mon amour. J'ai préparé le dîner. J'ai dressé le couvert. Les enfants ont mangé. Je les ai baignés. Je les ai bercés, embrassés, couchés.
« Papa viendra quand il rentrera. »
J'attends. J'attends dans la cuisine ton retour. Je guette par la fenêtre. J'ai coupé la radio, l'égrènement des heures m'était insupportable. Savoir qu'il est vingt heures et que tu n'es pas là me ronge de l'intérieur. Je vais dans le couloir, je rejoins le bureau, je me plante devant la fenêtre du bureau et je regarde la nuit. Rien. Le passage des phares éclaire succinctement la route. Les arbres à la lumière des réverbères prennent des allures inquiétantes. Leurs branches dénudées agrippent l'obscurité. Je t'attends. J'ai pensé que tu avais du travail, beaucoup de travail. J'ai pensé c'est la pluie, quand il pleut, on va moins vite. Je t'attends. J'ai pensé qu'à cause de la pluie, il y a des accidents. Je t'attends. J'ai pensé...non, je ne l'ai pas pensé. J'attends.
Il est tard maintenant. Je regarde le réveil qui me dit qu'il est tard. Depuis longtemps déjà, j'attends ton retour, mon amour. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas possible, ces idées qui me traversent l'esprit. Des idées tristes et sombres comme la nuit. On ne s'est pas disputés. Tu ne vas pas me quitter. Rien ne laisse présager une rupture soudaine. J'attends.
Je ne veux pas penser à cette idée terrible de grand choc, d'hôpital. Je n'y ai pas pensé.
Il n'y a plus de voitures qui passent maintenant sur la route. Seul le vent anime la nuit. Je guette par la fenêtre en marchant. J'arpente le couloir. Je passe de la cuisine au bureau, je regarde la nuit et repars d'où je viens. Je pense à notre vie. Nos habitudes, nos plaisirs, aux tics qui nous agacent, à cette façon que tu as parfois de ne pas répondre. Je t'attends. J'ai essayé de prendre un livre, de l'ouvrir, de suivre des yeux les mots. Rien. Tout mon corps est tendu vers la nuit où tu es, où tu vas, où tu viendras vers moi. J'attends ton retour mon amour.
Plus tôt, j'ai ouvert le portail. Pour t'accueillir. Pour gagner du temps. Je guette par la fenêtre.
J'entends. J'entends le bruit de ta voiture. Je sais que c'est toi. Je vois les feux qui s'avancent . J'entends le crissement des graviers dans l'allée. Ton pas lourd dans l'escalier. Je suis debout dans la cuisine. Je regarde la porte. Je te vois.
À travers la vitre, tu souffles, tu t'ébroues puis me souris. Tu ouvres la porte et me serres dans tes bras. Je pleure. Tu me serres contre toi. Dans ton vêtement mouillé par la pluie de la nuit, je verse toutes les larmes de mon attente. J'entends ton cœur qui bat. Je me serre contre toi. Après un long moment de silence où tu me caresses les cheveux, tu t'écartes en souriant.
« Bonjour mon amour. »
Été 1999. Je suis assise, en maillot, sur une serviette étendue sur une plage bretonne. Il fait chaud. J’ai des coups de soleil. Au loin je vois les enfants jouer dans l’eau avec leurs planches. J’en vois un, puis son double, puis une chevelure blonde. J’en vois trois, le compte est bon. Toutes les trois minutes, je vérifie qu’ils sont bien là, qu’ils ne se noient pas, qu’ils ne s’éloignent pas. Cela n’arrive jamais. Ces enfants sont sages au possible.
J’ai bien essayé de lire, mais ma lecture est trop souvent interrompue par ma trouille d’en perdre un. C’est si grand, une plage, et il y a tant de monde…J’ai vu des écouteurs dépasser du sac à dos de Claire. Machinalement, je les ai insérés dans mes oreilles. Qu’écoute-t-on, à onze ans ? Je suis surprise de ce que j’entends. Je me dis que les cassettes appartiennent certainement à sa mère.
Tout à l’heure –ce matin- nous sommes arrivés en bus pour passer la journée à la plage. Je n’ai pas le permis de conduire, mais on s’arrange toujours pour sortir l’après-midi. Hier, nous sommes allés à Dinan en vélo. Aujourd’hui, nous sommes venus à la plage en autocar. Que ferons-nous demain ? Les enfants aimeraient louer un cours pour jouer au tennis. S’il fait beau demain je leur dirai oui.
C’est un super job d’été que j’ai trouvé là. Et dire que je pensais devoir passer l’été enfermée dans une usine… Fin juin, le téléphone a sonné chez ma grand-mère. C’était son fils au bout du fil. On pourrait dire mon oncle, sauf que cet oncle m’était quasi inconnu. Pour d’obscures raisons, il n’appelait ni ne venait jamais. C’était un oncle dont je ne connaissais que l’existence. Pourtant, lorsque j’étais petite, ma maman m’en parlait souvent, de son grand frère…
« C’est pour toi ! » m’a dit ma grand-mère en me tendant le combiné.
« Valérie, ta grand-mère m’a dit que tu aimerais travailler cet été. Si tu n’as pas de projet précis, j’ai une proposition à te faire. Viens passer l’été chez nous, les enfants ont besoin d’une jeune fille pour veiller sur eux à temps plein. Ils nous ont fait cette demande, ils ne veulent plus aller au centre de loisirs. On te paiera la somme qu’on aurait dû verser au centre pour eux trois. Et puis, ça pourrait te dépayser, c’est sympa par chez nous, et nous ne sommes pas des gens méchants, tu sais. »
J’ai dit oui. Mon oncle est venu nous chercher en voiture, ma valise et moi, le lendemain de l’oral du bac de français. J’ai dit oui, et depuis je suis là. Je passe mes journées avec les enfants. Leurs parents travaillent beaucoup. Leur maman est pharmacienne, et le frère de ma mère je ne sais pas trop ce qu’il fait. Il me semble qu’il a un magasin le télévisions, hi fi, informatique… j’suis pas bien sûre. Je ne suis pas très curieuse, ou du moins je n’ai pas osé demander.
Le matin, je leur prépare leur petit déjeuner, et puis je fais un peu de ménage et de rangement –la maison est immense- tandis qu’ils s’habillent et jouent. L’après-midi je dois les occuper. On fait du sport, on va à la pêche et à la plage, les jours de pluie je les emmène au cinéma. Ces enfants-là ont toujours besoin d’être occupés. Je ne savais même pas que ça existait –et encore moins dans ma famille- des parents qui avaient un tel budget pour les loisirs de leurs enfants.
Le soir venu, une fois les enfants couchés, le frère de ma mère m’emmène avec lui au sous sol. Il fait de la radio amateur. Il a tout un attirail…Déjà les prémices de ma future passion pour les contacts virtuels se font sentir : je suis fascinée par son passe-temps.
Le dimanche, les parents sont là, et on sort encore. On part en bateau sur la Rance, on visite des monuments ou des musées.
Quelquefois, on parle vaguement de notre famille. Juste un peu. Je ne sais pas bien pourquoi le frère de ma mère ne voit pas ses parents ni sa sœur. Il parle de rupture obligée pour se protéger. Il évoque une enfance sans amour. Il me raconte leur enfance à deux, à lui et à ma mère. Deux contre un. Alliance fraternelle contre la troisième. C’est un homme qui parle peu, je ne demande pas plus que ce qu’il veut bien me dire de lui-même.
Je suis bien, ici. Les enfants sont sympas. Ils savent tout un tas de choses pour leur âge. Ils m’apprennent beaucoup. Les jumeaux jouent à m’induire en erreur parfois –je ne sais pas les reconnaître- mais leur sœur m’aide.
Je suis bien ici. J’aime voir le frère de ma mère prendre son épouse dans ses bras le soir. Ce sont de gens si sereins…
Je suis bien, ici. J’étais arrivée depuis une petite semaine lorsque, un soir, la femme de mon oncle est venue me border au lit. Vrai !
Depuis, elle vient chaque soir frapper doucement à la porte de ma chambre après que je sois couchée. Elle entre, s’assoit sur le bord de mon lit, me caresse les cheveux et me chuchote :
« Tu es bien, ici ? Je lui avais dit que tu serais bien, chez nous…Tu ne t’ennuies pas ? Les enfants sont sympa avec toi ? Vous ferez quoi, s’il fait beau, demain ? ».
Elle m’embrasse, réajuste ma couette et puis sort en me souhaitant une bonne nuit.
J’ai dix-sept ans, et je me laisse faire.
C’est un bon job !
Le chØvalier va m¤urir
Il va m¤urir / le chØvalier
Le {chØvalier} qui s’est trainé
†Au bord du la¢ : beåu le la¢
La dæme n’y est pas
Au bord du la¢ : beåuº
Il va m¤urir † le chØvalier †
La dæme n’y est pas ¡
Il perd son sang † le chØvalier
Il perd... sa \vie/ : [se vide]
Son sang coule ::::::: sa plaie² suinte... ... ...
Il va m¤urir ‡le chØvalier‡
Le chØvalier couché ¦ au bord
Du la¢ : beau chØvalier³ qui mŒurt
Couché >>> en le champ ƒ chØvalier
ChØvalier qui meurt ƒƒ au bord du la¢
Il est mort † le chØvalier : beau chØvalier
ChØvalier ƒƒƒ qui joutait dessus — le pré˜
Il : est : mort : sa : vie : coule
Ses \blessures/ bouillonnent
†Le chØvalier : il est mort†
Ne voyagera plus + + + + + jamais
Mort* mort* mort ††† le chØvalier
Le sang² perle : à son front³
Il est mort†:† le chØvalier
Son armure© tinte et son corps : m†o†r†t
Luit au sŒleil \/\/\/ luit l’armure© du chØvalier
Son sang³ goutte² à goutte² : & s’échappe
Coule hors son [torse], son f†o†i†e : morts
Son @me Ÿ voyage : ¿ froide ¿
La dæme n’y est pas²
Au bord# du la¢ : l i s s e
Blanc le chØvalier mo†††rt
Son épée épée épée ¥ brisée : à terre
Se couvre*** de cro^û^tes³ dures
La dæme n’y est pas ¦¦¦¦ à temps ¦¦¦¦
Le vent sèche± les plaies : froides
Son chØvalier est mort† : cro^û^tes
Son cœur est m†ort : sa dæme n’y est pas
Elle n’a pas su° sa dæme
Qu’il s’est trainé au bord du la¢
pour l’y #attendre# sa viiiie s'écoule
Sa dæme reposait au ¨fond¨ du¨ la¢
Un filet de ˜s†a†n†g˜ trouble l’eau
[La dæme qui ne vient pas]
Dæme du la¢ º dans l’eau trouble
Du sang du chØvalier : MORT†
Il est mort† mon chØvalier : froid
Mort† depuis dix siècles : là
Je plœure mon chØvalier : mo†rt, froid
Ses ©routes sèches tombent
Au ¬fond¬ du la¢ : mon chØvalier
Les \cloches/ tintent ªu fond du la¢
Comme l’eªu de son sang se teinte
Mort † mort † mort † son foie noir
Noirs± son cœur±, ses os ± : ses plaies±
Il est mort † (comme) je dormais²
Cent² années² — 100—que² son² sang² coulait²
M°n chØvalier : mon chØvalier
Aux × mille × plaies × jamais ÷ pansées
Jamais <soignées> mor† mon chØvalier
L’herbe n¯o¯i¯r¯e colle à son corps : mor†
Il est mor† mon chØvªlier : il est moR†
...M ....oº .....R .....T ......º
Ceci n'est
pas un texte. J’avais
quinze ans environ. J’avais choisi une colonie de vacances de trois semaines
avec des activités artistiques : photographie, calligraphie, danse. Danse… Rien
qu’à l’idée, j’avais peur. Mal dans mon corps, timide à l’excès, pas encore
assez vieille pour comprendre ce que j’aimais dans le corps de l’Autre,
complexée. Une adolescente, quoi. Et puis je détestais danser. Pourtant
l’approche de la prof fut aussi déroutante pour moi que géniale. Il s’agissait
de danse contemporaine, un peu dans le style de Carolyn Carlson, que je ne
connaissais évidemment pas. La première année de cette colo, je me suis tout
pris en pleine tête. Tous mes sens étaient en alerte, bouleversés de tant
d’émotions. Je le vivais même mal, cet excès. J’ai décidé
l’été suivant de réitérer. J’avais seize ans. J’étais prête, enfin. J’ai pu
utiliser mon corps à des fins artistiques, sans être morte de honte. J’ai même
fait alors mes premiers autoportraits, genre photographique que je n’ai jamais
lâché depuis… Et puis il y avait la danse. J’acceptais enfin les conseils, les
directions que mes pas allaient suivre : je recevais, et donc je
donnais. Je
comprenais que mon corps pouvait être beau, en lui-même. Qu’il avait son propre
langage, et que je pouvais créer sa grammaire, ma grammaire. Depuis, j’ai beaucoup
occulté tout cela… Pour les
cours de danse, C. avait un gros poste à cassettes (oui, c’est d’un autre âge,
je sais) qu’elle transportait partout. J’y ai entendu mille choses. Mais cet
été-là, j’ai pris deux baffes musicales : La Callas, et René Aubry. C., pour le
spectacle de fin de séjour, faisait un solo sur « Casta diva »,
évidemment interprété par Maria Callas. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi
beau. J’en ai pleuré, lors de la première répétition. Je m’y revois encore… Et puis il
y a eu René Aubry. Musique instrumentale qui m’a accompagné les années
suivantes, dans mon quotidien. On avait du mal à trouver ses albums dans le
commerce, et ceux-ci valaient chers, à l’époque. Je les ai toujours. L’écoute
unique des morceaux de la consigne m’a ramenée à lui et à ces souvenirs
d’adolescence. Mais si je suis honnête avec moi-même, je n’ai pas pu les
réécouter parce qu’à la fin du film que j’ai déroulé de mon passé, j’ai accroché
un wagon supplémentaire : vers la fin du deuxième séjour, j’ai poussé ma
mère à me dire au téléphone ce qui n’allait pas. Je sentais à sa voix, à chaque
fois que nous parlions, elle à la maison, moi dans une cabine, qu’une faille se
faufilait. Et je n’avais pas mon père en ligne, lui, le silencieux gourmand de
téléphone. On lui
avait découvert des ganglions et il devait se faire opérer. On mettrait en
culture pour voir s’il n’y avait rien de malin ; mais lui, le sportif, non
fumeur, buveur d’eau, ne craignait rien, n’est-ce pas ? Nous étions
en août 1992. Il est mort
en octobre 1993.
René Aubry. Après La Pluie 2
envoyé par RENEAUBRY. - Clip, interview et concert.
Allongée dans
l’herbe frémissant sous une brise légère, Je vois le
ciel bleu parsemé de moutons blancs… Les beaux
jours sont éphémères, Profitons de
l’instant ! Un ru
minuscule, tel un ruban d’argent Frôle mes
pieds nus en les rafraichissant Son eau
limpide avance doucement Parmi les
joncs et les roseaux tremblants Chênes et
hêtres se taisent un instant, Pour écouter
ce clapotis charmant. Un peu plus
loin, perché sur le vieux pin, Un pic martèle
l’écorce du sapin
Je sais que c'est pour moi qu'elle met la petite musique. Pour que j'aie pas peur dans le noir.
C'est papa qui lui avait rapportée de voyage. Une jolie boite rose avec une danseuse rose qui tourne et la musique qui fait tin nin nin nin nin quand on ouvre la boite. C'était un truc de fille mais c'était joli. Moi il me rapportait pas de cadeau. Il disait que je comprends même pas que c'est pour me faire plaisir et que ça sert à rien de gaspiller et que de toute façon j'abîme tout. Mais j'aurais aimé ça, moi, une boite comme ça. Même rose. Alors elle me l'a prêtée parce qu'elle est toujours gentille avec moi même que papa et maman ils disent que c'est un ange.
Elle le sait bien que j'ai pas fait exprès de la casser, la petite danseuse qui tourne... Et je sais bien qu'elle a pas fait exprès de crier comme ça. Elle était juste triste pour sa jolie danseuse, mais moi j'ai eu peur que papa et maman entendent et me fâchent alors j'ai voulu qu'elle arrête et elle a eu peur quand j'ai mis ma main sur sa bouche et elle est tombée. Elle s'est pas fait trop mal je crois mais elle a crié encore plus fort alors papa et maman ils sont venus et ils ont dit que cette fois trop c'est trop ça suffit c'est plus possible.
Maintenant tous les jours elle met la petite musique juste pour moi devant le conduit de l'aération. J'entends tout bizarre comme si c'était loin et que ça résonne mais j'aime bien quand même et je fais tourner la danseuse dans mes doigts. Parce que quand ils m'ont enfermé sous l'escalier, papa et maman, ils ont pas pensé à me la prendre.
Une onde.
Une onde de choc.
Une pulsation.
Un nerf. Un muscle. Je ne sais quoi. Qui vibre.
Et qui ne vibrait pas. Depuis si longtemps qu’elle a oublié que ça bougeait, avant. Quand elle était petite. Quand elle avait l’âge des boites à musique et des rêves qui tournent.
Un sillon. Une ombre creusée. Une ligne marquée.
Et son cœur qui saute.
Et son cœur qui explose.
D’émotion indicible.
Même pas une joie.
Une onde. Une onde de choc.
Qu’elle n’attendait pas.
Qu’elle croyait perdue. Enfouie dans ses espoirs tués.
Le reflet d’elle qui se dessine. Autre.
L’impossible qui gagne.
Les frémissements qu’elle sentait. Qu’elle savait. Qu’elle a laissés au creux de leurs certitudes.
Son visage enfermé dans la boîte à musique.
Et la danseuse qui se remet à danser. La vie qui calligraphie.
Sur sa joue droite, la commissure des lèvres comme une fossette.
Sur son front, trois plis esquissés, pour une suite à la partie gauche.
Une ombre fugitive. Et pleine.
Des larmes en battements.
Parce qu’elle se souvient. De sa moitié de visage, figée. Du courant électrique dans ce nerf facial. Qui faisait mal et la condamnait. La musique chuchotait trop bas. On ne voyait que le silence.
Une onde.
Un espoir fou. Comme un galet dans un lac.
La peur aussi.
Le presque trop.
La boîte à musique qui l’affole. Les rêves qui tournent.
Peut-être qu’elle enfermera les douleurs. Une partie.
Peut-être que…
Un nerf, un muscle. Qui se dé-paralysent. Jusqu’où ?
Une onde en question.
Une pulsation.
J’ai appuyé sur le lien, un lien parmi d’autres, et l’ordinateur a gémi une espèce de lamentation qui m’a furieusement rappelé l’atelier du menuisier. Bien que sachant pertinemment que c’était là l’effet de quelque instrument à cordes, j’ai néanmoins eu la vision d’une scie circulaire attaquant vaillamment un morceau de chêne. Mon odorat frémissait déjà et j’imaginais les copeaux jonchant le sol de notre malheureux bureau.
J’ai levé les yeux vers Elle. J’ai croisé son regard qui, d’une fugitive perplexité est vite passé à une affliction navrée suffisamment expressive pour qu’elle s’exonère de tout recours à l’oralité. Je suis passé outre et j’ai récidivé. Je veux dire, j’ai cliqué sur un autre lien permettant soi-disant d’écouter le morceau de musique en entier. Rien ne s’est passé et c’est sans doute tant mieux, je ne sais pas. Je ne suis peut-être pas doué avec les liens, allez savoir. Bref il me semble que j’en avais assez entendu. De point de vue de mes oreilles, si je puis dire, la chose était parfaitement insignifiante, mais l’imagination fait feu de tout bois, alors avec une scie musicale en action, les images n’ont pas tardé à affluer.
En fait la scie du menuisier n’a fait que m’effleurer et j’ai aussitôt après pensé spontanément à une promenade que nous avions faite il y a de ça une bonne vingtaine d’années. Je me souviens que les filles étaient encore petites. Nous avions passé la frontière pour aller visiter une mine d’asphalte quelque part dans le val de Travers, au-delà de Fleurier. Je ne me souviens plus du nom du lieu et j’ai la flemme de chercher sur la carte. Par contre je me rappelle de Môtiers, un village pimpant où nous nous étions arrêtés dans l’après-midi. Et si je m’en rappelle, c’est parce que nous y avions découvert tout à fait fortuitement une exposition d’art contemporain en plein air qui prenait la forme d’une promenade découverte dans le village et la campagne environnante, avec un questionnaire pour les enfants, bref une sorte de rallye pédestre, gratuit de surcroît, et qu’est-ce qu’on allait rigoler.
A cette époque je n’étais absolument pas ouvert à l’art contemporain. Je ne fréquentais pas encore les musées de façon très assidue et je m’en tenais prudemment aux expositions sur l’impressionnisme. En toute honnêteté, je ne me souviens pas exactement de ce que nous avons vu. Quelles œuvres de quels artistes ? Mystère. Je pense aujourd’hui que le niveau devait être particulièrement relevé. Peut-être y avait-il une installation de Tinguely ? Ce ne serait pas impossible. Des nanas de Niki de Saint Phalle, alors ? Mmmm, ce serait possible aussi, mais ça ne m’a pas marqué. Par contre je revois très bien, accrochés ça et là, des aphorismes de Ben, blanc sur noir, et je me souviens que ça nous faisait marrer qu’on appelle ça de l’art. Comme nous faisaient marrer les tables non débarrassées après le petit déjeuner et figées pour toujours par Daniel Spoerri. Comme nous faisait marrer le bulldozer jaune gisant au milieu d’une carrière, légèrement transformé, mais de façon suffisamment évidente pour que le visiteur puisse l’identifier aisément en tant qu’œuvre d’art. Nous regardions tout ceci d’un œil incrédule, pas tout à fait convaincus qu’il ne s’agissait pas là d’une vaste supercherie. Dans une clairière, vers la fin du parcours, nous avons découvert des troncs toujours enracinés et grossièrement sculptés à la tronçonneuse, je n’invente rien, c’était écrit sur le papier, et j’ai pensé que nous avions touché le fond.
Du mugissement d’une scie circulaire à celui d’une tronçonneuse, il n’y a qu’un pas (une stridence, plus exactement). C’est pourquoi, ayant déclenché un gémissement lamentable dans les haut-parleurs de mon ordinateur après avoir cliqué sur un lien, et ayant de ce fait accessoirement déclenché l’agacement de mon épouse, je suis passé en songe de l’atelier du menuisier à une clairière ornée d’arbres maladroitement transformés en totems.
Dimanche, 19h30, une journée ensoleillée se termine.
Je suis allongée sur le transat, je lis. Dans le lecteur CD, un disque que j’ai retrouvé par hasard. Offert par Jane, c’est sûr, mais à quelle occasion ? La pendaison de crémaillère peut-être...
J’adore cette heure de la journée. Le soleil s’est enfin délesté de ses feux trop violents pour ne conserver que sa douce et pale tiédeur.
Je pose mon livre, renverse la tête contre le dossier et ferme les yeux.
Mes trois hommes jouent de l’autre côté de la maison. Au foot, sans doute, je les entends taper dans le ballon. J’entends aussi les cascades de rire perlé et clair des enfants. Ils adorent jouer avec leur père, les occasions sont rares. Et moi, j’adore les sentir joyeux, tous les trois.
Quelques oiseaux sifflotent encore et semblent apprécier, eux aussi, le charme de cette fin d’après-midi. Le bourdonnement de quelques insectes se mêle aux notes du CD qui se faufilent depuis le salon jusqu’à mes oreilles. Un léger vent bienveillant passe sur ma peau.
Je me laisse aller en douceur à des pensées vagabondes.
Le bonheur, c’est si simple parfois...
Je m’étonne de cette capacité que nous avons (un instinct de survie sans doute ?) à oublier si souvent le monde qui nous entoure. Le marasme financier, la crise écologique... Les enfants qu’il faudra aider à devenir des hommes dans un monde rempli de chausse-trapes...
La musique devient plus dense et plus douce la lumière sur mon visage.
Je m’absente...
Et pendant quelques instants les grains de sable cessent de glisser dans le sablier.
Puis soudain, une brûlure fraîche dans le creux de mon cou me ramène dans le temps.
Je souris. J’ouvre un œil.
« Faudrait peut-être faire à manger ! Les enfants ont faim. »
Je m’entends répondre : « Vas-y, je t’en prie. Fais comme chez toi ! »
Mon homme s’éloigne en traînant les pieds. Ostensiblement, il me semble.
Mon sourire ne me quitte pas.
La musique s’arrête.
Je tends l’oreille et bientôt m’arrivent les premières notes de « Bloody Sunday ». Je souris encore. Réponse du berger à la bergère ?
Je me refuse à quitter cet état d’apaisement. Je tente de retenir encore quelques instants la douce mélopée de cette fin de journée...
BOUHHH !
Je sursaute en lâchant un cri ! Mes deux serins (envoyés en mission par leur papa ?) viennent de grimper sur la chaise longue et entreprennent une partie de chatouilles en piaillant : « On a faim ! » Je leur laisse le plaisir de glisser leurs mains dans mon cou et sous mes aisselles en riant de bon cœur. Puis je me tortille et m’extirpe pour aller me réfugier en courant derrière le vieux poirier. La course poursuite commence. Je contourne le premier, fais tourner le deuxième dans les airs. Olé !
Le ciel s’est teinté de mauve.
La mélodie de Jane s’est tue pour aujourd’hui...
Je m’engouffre dans la maison en criant « Moi, aussiiiiiiiiiiiii j’ai faim ! Qu’est-ce qu’on mannnnnnge ? ? ? »
Retour express dans le tourbillon de ma vie !
soleil absent
brume vierge
mon âme attend
sur la berge
l'ombre s'entend
dire un mot
l'océan courbe
le dos
l'oreille espère
un signal
jailli d'un vert
abyssal
à sa lisière
émouvante
frissonne l'air
atlante
qu'un marin joue
dans les ris
à l'infini
je soupire
mon désir
et ne veux
pas finir
que tu n'aies
su venir
m'entendre te le dire