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Le défi du samedi

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18 avril 2009

Go et Oulipo au Luxembourg…(zigmund)

imagesMonsieur Perec, je tiens à vous remercier encore d’avoir accepté notre invitation. C’est une superbe journée, vous rencontrer le temps d’un repas en terrasse dans ce petit restaurant non loin du jardin du Luxembourg est un véritable bonheur.

 Nous sommes venus à deux, car je souhaitais vous faire rencontrer mon frère Berthold. Il y a 20 ans, lorsque son premier roman a été publié, le compliment dont il a été le plus fier, a été qu’on le compare à vous. C’est lui qui m’a fait découvrir votre existence, vous êtes son « idole ».

 Seul face à vous, je n’aurais jamais osé cette rencontre, alors j’ai eu l’idée, puisque les défiants du samedi m’y autorisaient, de vous offrir en quelque sorte comme cadeau à mon frère.

 Et les voilà, fébriles et enthousiastes,  partis dans une grande discussion sur l’Oulipo, prêts à inventer de nouvelles contraintes, et partis à la recherche de  textes à triturer pour en faire des lipogrammes. J’explique ma tentative, lettre morte pour l’instant,  de lipogrammer sans e « mignonne allons voir si la rose » de Ronsard. (sans o çà pourrait être rigolo aussi…) Nous parlons aussi des jeux littéraires des « papous dans la tête » sur France Culture. Nul doute que sur internet (explications rapides sur la chose) existent des blogs consacrés à l’Oulipo, mais le temps manque à chacun…Parfois fusent quelques définitions de mots croisés : « on est douillet quand elle est petite » (6 lettres)* ;  « il est d’un autre siècle » (en dix lettres)**

Au café,  la discussion est toujours animée, et c’est un vrai  plaisir que de les écouter, les voilà comme deux vieux potes.

Après le café, Berthold (qui sait que j’en meurs d’envie) propose à Georges de disputer avec moi, quelques parties de Go au soleil dans le jardin tout proche. Au cours de ma vie de joueur de Go, j’ai usé jusqu’à la corde, une bonne partie des calembours tirés du traité Le livre de Perec sur le Go*** …

2008_05_Paris_SFO__51_

Le reste de l’après midi s’est continué en discussions littéraires (Berthold versus Georges) et stratégiques (Georges versus moi) autour de ce goban magique ; de l’issue des parties âprement disputées je ne vous dirai rien...Georges Perec a eu le temps de progresser à ce jeu qu’il aimait mais maitrisait mal. Au paradis, je crois qu’on joue au go entre deux lipogrammes, tout en écoutant du jazz ou de la musique classique…un peu comme lors de cette  journée magique hors du temps. 

 

 *-------(cherchez un peu…)

  **----------(voir note précédente)

 ***Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go (Christian Bourgois, 1969) (avec Pierre Lusson et Jacques Roubaud   

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18 avril 2009

Les mots ne s’usent (Tiphaine)

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un écrivain dans sa famille.

Moi, j’ai cette chance.

Et cette malchance aussi.

J’ai grandi dans un monde de mots et de livres.

C’est beau les mots, c’est beau les livres…

Je peux louer ou inviter un écrivain le temps d’un dîner ?

C’est bien vrai ? !

Alors j’invite papa.

J’invite papa.

Je ne le loue pas.

Papa ne se loue pas. Il ne sait pas se louer.

Je le loue moi, pourtant…

J’aime ses mots. Sans ses mots je ne serais pas.

Ses mots m’ont faite.

Ceux qu’il a écrits, et ceux qu’il n’a pas dits aussi.

J’invite papa.

Il est assis en face de moi. Il est intimidé je crois. Il regarde son assiette d’un air qu’il doit vouloir détaché. D’habitude, il lui suffit d’opiner à tout ce que je dis, il me sait bavarde…

Au téléphone, mon jeu c’est d’essayer de dépasser la minute de conversation avec lui. Rarissime. En général, j’ai droit à trente secondes au mieux. « Je te passe ta mère. Bisous. »

En voiture, je parle, je parle, et il répond parfois. Tant que nous abordons des sujets culturels, la conversation roule toute seule, comme la petite auto. Nous ne nous sommes jamais fait flascher. Aucun danger. C’est ce qui n’est pas dit qui illumine, qui irradie…

Sur la photo que nous enverrait la gendarmerie, on verrait un père et sa fille derrière un pare-brise. Bouches fermées. On pourrait croire que nous ne disons rien.

C’est faux.

J’invite papa.

Il regarde son assiette. Il sourit parfois parce que j’essaie de le faire rire, j’aime bien quand il rit. Y’a son sourire qui s’échappe soudain de sa barbe…

Quand je pense à lui je vois un immense bureau en bazar, des feuilles griffonnées partout, une équerre en plastique sur laquelle il a inscrit « papa », un stylo relié à un fil parce qu’il en a assez qu’on le prive de ses outils…

Je me suis emparée du stylo qu’il ne voulait pas me donner.

J’écris pour qu’il sache que je l’aime puisque les mots qui sortent de ma bouche sont trop violents pour lui.

J’invite papa.Il ne partira pas avant que je le lui dise en face :

Je t’aime papa.

Il est gêné. Il se retire derrière sa barbe. Il finit par parler, quand même :

- Il ne faut pas trop dire ces mots là, sinon, ils s’usent…

Non, papa, certains mots ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas…

Je t’aime papa.

18 avril 2009

Invitation poétique (Poupoune)


Comme en sa prime heure, j'entends

le doux chant de l'ondine

vibrer tout contre ma poitrine

quand se mêlent à l'unisson

nos deux passions

 

C’est à la lecture de ces vers que j’ai su. Il me les avait adressés directement, alors fini de jouer l’oie blanche. On ne se connaissait pas. J’en avais le rose aux joues et le feu au ventre, mais ses poèmes m’étaient bel et bien destinés.

 

J’ai saisi l’invisible et sa taille fluide

m’a tout fait oublier de l’horreur et du vide

et de l'heure avancée.

J’ai saisi l’invisible et je l’ai tant aimé.

 

Tout ça me paraissait trop… beau, trop tôt.  

 

et je bois ce trésor, ton parfum, ce nectar

où logent les envies que nous aurons plus tard

à satisfaire encore

 

… que nous aurons plus tard à satisfaire encore. Envisageait-il de passer de la romance virtuelle à une vraie histoire dans la vraie vie ?

 

si je veux t'épouser, je le ferai d'un geste

si je veux t'embrasser, il suffira d'un mot

 

Trop beau, trop tôt.

 

et puis

dans l'affleurement de ce baiser, déjà vibre ma lippe emprisonnée par deux tendres et juteux délices déjà mes doigts qui t'apprivoisent le cou déjà mon souffle dans ton souffle tient, déjà nous

 

Ouuuuh la la.

 

Quand, à portée de vue, tu ne chanteras plus

nous nous connaîtrons nus, dans le jour

ma reine.

 

Je n’y tenais plus.

Allez, franchement, qui aurait résisté à l’envie de rencontrer cet amoureux-là ? Alors je l’ai invité. Et que de promesses pour cette rencontre…

 

déposer sur tes lèvres

de mon amour la sève

et ma vie et mon rêve

en profession de joie

 

Je le lisais, encore et encore, étonnée, émue à ne plus savoir comment le dire, impatiente de donner corps à cette drôle d’idylle.

 

une étoile si lente à fendre le cosmos

est allée se nicher sous ta paupière close

à côté de ton rêve où le mien s’assoupit

 

dans tes bras je repose et s’achève la nuit.

 

Je n’étais pas sûre d’être à la hauteur de toute la beauté qu’il m’offrait mais l’invitation lancée, plus question de reculer…

 

étrangement
ma vie, ma vie

tout ce désastre me ravit

manque m'en plus que je mesure

de notre amour la démesure

 

Il est venu.

 

On s’est découvert avec l’évidence de ceux qui se sont toujours connus.

Nos corps, nos regards, nos souffles semblaient n’avoir jamais existé que pour s’accorder l’un à l’autre.

On a connu des délices que je ne peux écrire sans en altérer la beauté.

 

Il est reparti.

Il reviendra.

 

je t'offrirai mon bras

pour entrer dans la danse

nouvelle, nouvelle et éternelle

qui toute résistance effacera

 

J’ai bien fait de l’inviter.

18 avril 2009

... (Laura)

Tout a commencé avec une lettre que j’ai envoyé à mon écrivain préféré, Gérard de Nerval (mort en 1855). Je vous en livre une partie :

 

« Cette lettre va certainement vous paraître très audacieuse mais c’est l’admiration et l’indignation qui me motivent ; admiration pour toute votre œuvre que je lis avec plaisir et étudie depuis plusieurs années ; indignation parce que c’est cette année le bicentenaire de votre naissance et presque personne ne parle de vous. Pourtant, Dieu sait que vous le méritez au moins autant que certains à qui on consacre des commémorations grandioses !... 

Il m’est venu une idée pour fêter dignement cet événement : partir sur vos traces comme je l’ai déjà fait seule … mais cette fois-ci… avec vous. Et bien que je n’aie pas votre talent, je ferais un livre de ce pèlerinage.  

Nous pourrions nous donner rendez-vous au 168 rue Saint-Martin à Paris. »

 

A ma grande surprise, il a accepté de me rencontrer… à l’endroit que j’avais choisi et m’a offert  un apéritif dans l’appartement de son enfance.    

 

Nous sommes allés au Louvre voir le « Souvenir de Mortefontaine » de Monsieur Corot et comparer nos propres souvenirs sur place dans le Valois. Nous avons emmené avec nous Camille Rougier pour qu’il nous dessine dans le paysage de votre jeunesse. Nous avons lu  ensemble « Faust », Hoffman et puis encore Goethe.  

 

Il m’a tout expliqué avec patience.

 

Le soir, nous avons retrouvé au Café des Aveugles ses amis Gautier, Dumas, Petrus Borel et Arsène Houssaye pour dîner. Nous avons parlé d’Hugo et de la bataille d’Hernani.

 

Nous avons fini la soirée à deux Rue du Doyenné puis au château des Brouillards à Montmartre.

 

Je lui ai dit que je dirais le lendemain  à Jenny Colon tout le bien que je pense de lui ; elle l’aimerait ainsi comme lui l’aimait.

 

Il m’a confié ses angoisses ; je crois qu’il n’aura finalement  jamais besoin d’aller chez le docteur Blanche. Il a accepté de m’emmener vers l’Allemagne, l’Orient et de m’initier aux secrets alchimiques. Nous irons ensuite en Belgique, en Hollande, à Londres... 

 

Je veux essayer de lui donner l’équilibre d’une amitié sincère et peut-être m’aidera t-il un peu à me faire connaître, lui qui a tant de relations… Je serais la première et la meilleure lectrice des « Filles de feu » d’ « Aurélia ou le rêve et la vie. » 

 

Il a évoqué ses « Chimères » mais grâce à moi, il choisira  la vie. Je n’aurais pas à aller fleurir sa  tombe, ni à me recueillir où il s’est pendu. Il ne sera plus « le  ténébreux, - le veuf, - l’inconsolé » mais un homme aimé par une femme et convoité par d’autres.

 

Nous bâtirons ensemble des « Petits châteaux de Bohème

18 avril 2009

J’avais pourtant mille questions à lui poser (Val)

Je m’en souviens comme si c’était hier. Ils sont venus me chercher en pleine nuit. Ils étaient deux, habillés en conducteurs de fiacre. Ils m’ont laissé une demie heure pour m’habiller, m’ont ensuite pris chacun une main et m’ont conduite jusqu’au véhicule, tracté par deux beaux chevaux. L’un des deux a pris place a coté de moi, tandis que l’autre est monté à l’avant pour conduire l’attelage. Durant tout le trajet, nous n’avons pas parlé. Je n’avais pas peur, je savais ou ils me conduisaient.

Le fiacre s’est arrêté dans la cour pavée d’une habitation cossue. J’ai su que je devais descendre seule et frapper à la porte. Je me souviens avoir regretté d’avoir enfilé un jean à la va-vite avant de partir. J’aurais dû prévoir…

J’ai à peine eu le temps de frapper qu’un valet est venu m’ouvrir. Dés qu’il m’a vue, il a tourné les talons sans un mot, et j’ai su que je devais le suivre.

Nous avons emprunté un grand escalier, puis un long couloir. J’aurais aimé regarder autour de moi, mais la chandelle que tenait le valet était la seule source de lumière. J’imaginais les tableaux aux murs, les tapis qui couvraient le parquet, la délicatesse de la rampe de l’escalier, mais je ne distinguais que l’arrière du crâne dégarni de ce valet que je devais suivre.

Il m’a indiqué une porte. J’ai frappé, il a disparu. Personne ne m’a répondu, mais j’ai compris que je pouvais entrer. J’ai ouvert la porte tout doucement, et je l’ai vue.

Elle était là, assise en face de moi, dans un fauteuil. Elle m’a souri d’un air tendre et bienveillant. Je me suis approchée sans dire un mot et ai pris place dans le fauteuil qu’elle m’indiquait de la main, juste en face d’elle. J’aurais aimé scruter cette chambre pour en imprimer chaque détail, mais la lumière était trop faible, une simple bougie posée sur une petite table de chevet, juste assez pour sortir de l’ombre nos deux visages et le plateau métallique sur lequel elle était posée, près d’une carafe en verre.

Elle m’a tendu un verre. D’apparence, on aurait dit du cognac. Elle a allumé sa pipe et moi une cigarette. Elle n’a pas paru étonnée de mon petit briquet Bic, ni même de mon jean ou encore de mes tennis.

Elle me regardait tout en fumant et buvant. Sans rien dire. J’en faisais de même. Mes yeux s’arrêtaient sur chaque détail d’elle. J’ai scruté son chignon noir, ses grand yeux doux, ses seins enserrés par le tissus, ses mains blanches, sa robe longue. L’approche silencieuse a duré presque une heure, je le jurerais.

Lorsqu’elle eut terminé son verre, elle s’est levée et s’est approchée de moi. Elle a pris ma main, je me suis levée. Je me tenais debout face à elle, prête à lui poser la première question de la liste que j’avais préparée. Lorsqu’elle a vu que j’allais ouvrir la bouche pour lui parler, elle a brutalement plaqué ses lèvres contre les miennes. Je n’ai pas cherché à fuir l’étreinte.

Elle m’a conduite jusqu’à son lit. Nous y sommes restées jusqu’au petit jour. Et puis j’ai su d’instinct que je devais partir. Tant pis pour mes questions.

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18 avril 2009

Jules prend deux boules (Shivaya Warduspor)

Je voulais présenter à mon jules une super vieille pour qu’y voie qu’j’suis pas si défraîchie, pis chais pas c’que j’ai foutu mais on s’retrouve avec un poète à dîner...

  Jules, tu parles d’un blase ! Il présente bien, c’est sûr mais... chais pas... ça colle pas avec son allure de grande gigue.

 

- Et sinon, ça fait longtemps que vous écrivez vos trucs ?

- Je serais tenté de vous dire « depuis toujours », mais disons que les premiers poèmes que j’ai rassemblés dans un recueil, Brumes du passé, j’avais seize, dix-sept ans. Mais j’ai été véritablement publié au début des années 20 avec mes Poèmes de l’humour triste.

 

Rhooo la la ! Pis l’a pas l’air marrant marrant en plus... je sens que la soirée va être longue... mais bon, il est là, on va pas le mettre dehors quand même...

 

- Humour triste ? Ah c’est marrant ça !

 

Aïe ! Déjà qu'elle nous plombe la soirée avec un artisse, v’là-t-y pas qu’elle va nous le fâcher. Bon, soyons à notre hôte...

 

- Humour triste ? Vous pourriez peut-être, euh...

- Mais certainement… que pensez-vous de ceci : Tu mourus de pansympathie, une maligne maladie.

- 

- 

- Oui alors, votre réaction me comble d’aise. A dire le vrai, je n’aime pas tant ces fioritures qui font de la poésie une chose qui se veut impénétrable. Comme dit Verlaine, je la préfère « sans rien qui pose ou qui pèse ». Peut-être alors préféreriez-vous quelque chose dans ce goût-là : Tous les thés, a priori, seront pleins de sots douceâtres ; mon amant a trop d’esprit, je voudrais les bras d’un pâtre.

- Ah il a dit ça Verlaine ?

 

Ouh mince, à c’propos, chais pas si y m’reste d’la verveine !

 

- Oui, bon. Dîtes voir un peu, mon cher Jules... les poètes, on dit que c’est des gens qui sont toujours dans la lune. C’est pour dire que c’est un peu des genres de visionnaires, quoi. Hein ?

 

Ecoute-le l’autre qui s’la joue ami d’la poésie ! J’le crois pas ! S’il était seulement moitié aussi lèche-cul avec ma mère...

 

- Mon chéri ? Quand as-tu lu un poème pour la dernière fois ?

 

Ah la vaaaache !

 

- Mais ma chère, à entendre votre gouaille, j’ose penser que vous êtes un poème à vous toute seule aux oreilles de votre époux... auquel je donne raison. Il est bien question de vision en poésie....

 

Et toc!

 

- ... un jour, j’ai même écrit : Un jour la terre ne sera qu’un aveugle espace qui tourne confondant la nuit et le jour.

 

Y s’fout d’ma gueule, là ? Chuis sûre qu’y s’fout d’ma gueule... Bon, j’dis rien parce que j’ai rien compris, mais chuis sûre...

 

- Et sinon, des poèmes d’amour, vous en avez faits aussi ?

 

- Partout où ton pas est allé

Et partout où ta main se pose,

Il reste de toi quelque chose

D’indéfinissable et d’ailé

 

Aussi j’aime ce que tu touches

Comme si c’était un peu toi ;

Partout où tu passas, je vois

Le clair sourire de ta bouche.

 

- Aaah, bah oui ! Ah bah, je veux... hein ? Hein, mon ange ? C’est beau ça, dis ! Et sur Dieu, vous auriez quelque chose ? Non, je dis ça parce que c’est pour ma belle-mère, ’comprenez ?

- Oh ça va, hein ! Tu vas pas t’en prendre à elle même quand elle est pas là ! Et pis c’est pas un crime quand même de vouloir marier sa fille à l’église !

 

Vas-y Jules cloues-y le bec !

 

- Loin de moi l’idée de prendre aucun parti. Sachez seulement que je crois possible le pouvoir de l’invisible... comme une absence qui aurait la faculté d’agir et de dire.

Ainsi le poète aime à suivre toute illusion qui l’enivre.

 

Oh la la y s’souvient d’tous ses trucs par cœur ?

 

- Oh la la! Vous vous souvenez d’tous vos trucs par cœur ?

 

Ah oui, ben c’est fin encore, ça tiens. C’est quand même lui qui les a écrits ces trucs.

 

- Ah oui, ben c’est fin encore, ça tiens. C’est quand même lui qui les a écrits ces trucs, voyons !

- Oui ben moi j’ai beau écrire la liste des commissions j’ai besoin de l’emmener quand même au supermarché, hein, gros malin !

- Oui... la mémoire nous joue à tous des tours. Or, il se trouve qu’à moi, ils me plaisent bien ces détours. Ils m’habillent le souvenir.

Mémoire, sœur obscure et que je vois de face

Autant que le permet une image qui passe...

- Ouh ! Zut, ça m’fait penser j’ai oublié d’sortir la glace du congel’ ! Vous en prendrez, hein ?

- Merci oui, madame, mais pas pistache.

- Mangue-banane, pour moi, chou... ça vous va mangue-banane, Monsieur Supervielle ?

 

C’est ça, et puis j’te la sers en pagne, aussi ?

 

- Mangue-banane, c’est parfait.

Je ne puis adorer une ardeur sans y mêler l’amour de mangues et goyaves.

J’ai longtemps vécu en Amérique Latine. J’y ai beaucoup goûté les saveurs assassines.

Je sais une tristesse à l’odeur d’ananas qui vaut mieux qu’un bonheur ignorant les voyages.

 

- Oui, bon d’toute façon j’ai que vanille.

 

18 avril 2009

« R……comme » (Rsylvie)

 Roulleaux, Réan, Rostopchine

S.R…….
Sylvie Roulleaux - Sophie Réan
Sofia, Sophie - Sylvie, Sophie…. souvent l’on m’a appelée de la sorte.
Alors, de là à partager le couvert avec la Comtesse, il n’y avait pas l’ombre d’un pont-levis. Que, du haut de mon château des Nouettes, près de L'Aigle dans l’Orne, je franchissais allégrement. 

Le relevé cadastral de littérature enfantine, consulté l’autre jour, avait tout naturellement confirmer mes doutes. C’était bien moi cette petite fille , source d’inspiration de l’écrivain. C’est pourquoi, au détour d'un chemin,nous avions convenu d’un repas ensemble, afin de mettre un point final au roman de celle que l’on appelait, le Balzac des enfants. 

Au moment même où je vous parle, nous nous apprêtons, après avoir mangé une friture trop salée et un poisson rouge disséqué en filets finement découpés, à entamer un excellent dessert régional qu’un fermier a déposé ce matin même, devant la porte de l’arrière cuisine.

 Je portais sur la table un pain tout chaud et un grand vase plein d’une excellente crème épaisse. L’écrivain, affamée, se jeta dessus  et mangea tant et tant qu’elle failli s’étouffer d’une bouchée de travers. Heureusement pour elle, il lui fut possible de se désaltérer avec l’insipide breuvage versé dans la théière reçue en cadeau, le jour de ses 4 ans.

Des fruits confits ! Goûtons-les pour voir s’ils sont bons », Dis-je en ouvrant la boite offerte par Madame Rostopchine.

-« Prenez-en deux, Madame la Comtesse. Voici des poires, des prunes, des noix, des abricots, du cédrat, de l’angélique ». Elle hésita un peu, examina lesquels étaient les plus gros, Et enfin se décida pour une poire et un abricot.

-« Vous me direz (si si je le sais, vous vous questionnez » !
Mais non » !
Mais si » !!!
-« Je vous dis que vous vous  q  u  e  s tio nnez ! )
Non mais, qui c'est qu’écrit l’histoire !
Hein ! qui sait » ?

Donc, vous me dites : mais pourquoi elle ? »
et bien, parc’que le cas de la comtesse de Ségur montre qu’une vocation très tardive d’écrivain peut être particulièrement réussie : (elle a en effet écrit son premier livre à cinquante-huit ans).
Ainsi, j’ai encore toutes mes chances et tout espoir m’est permis
Alors, j’écrois encore »…..
signé       Rsylvie.


18 avril 2009

Invitation (MAP)

J’ai voulu inviter chez moi  Alberto Uccello, poète de son état,  en triste état d’ailleurs, car comme tous les poètes dignes de ce nom il est ce qu’on appelle vulgairement un « crève la faim ».

La poésie ne nourrit pas son poète hélas !

Il est tellement difficile de vivre de sa plume !

Alberto Uccello m’interpréta quelques odes très musicales, me raconta ses difficultés … son désespoir m’apitoya ! Après un bon repas nous nous rendîmes au jardin et là il me fit la démonstration de la façon dont il parvenait à gagner sa pitance … le plus poétiquement possible …

Voyez vous-mêmes !
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Au_jardin

MAP

18 avril 2009

Ça mange quoi, un écrivain (Vegas sur sarthe)

Moi qui gagne à être connu et cinq euros trente au Loto tous les deux mois , je regarde ce courrier comme si c'était un OVNI: "Vous êtes le gagnant de notre grand jeu L'Invité du Samedi ; passez une soirée inoubliable avec l'un des personnages suivants en l'invitant à votre table".
Y sont marrants, eux... y'a des dizaines de noms là d'dans et que des écrivains ! Ça mange quoi un écrivain?
Vu qu'on est déjà jeudi, je m'propulse vers la cuisine en parcourant d'un oeil la liste... enfin, le foutoir passe qu'y z'ont pas pris la peine de les ranger par sexe ou par époque, par genre ou par ordre alphabétique.
J' serais moins dans la mouise si y les avait triés par goûts culinaires: les gros mangeurs, les picoreurs, les végétariens, les diabétiques.
Même si cette "soirée inoubliable" doit nourrir nos esprits plus que nos estomacs, je dois faire honneur à mon hôte, et je tremble à l'idée de passer à côté d'une super rencontre à cause d'un mauvais filet d'boeuf ou d'un reste de calamars... tiens, je viens d'me priver d'un coup de Chateaubriand et de Jules Verne !
Y sont marrants, eux... Connaissent pas la crise économique; j'ai ouvert le frigo et si Rabelais était devant, il prendrait ça pour une verrine.
L'inventaire est vite fait: les haricots sont trop verts et bons pour des goujats... du réchauffé pour La Fontaine.
J'ai bien un reste de dindon pour Feydeau, mais un peu faisandé; si j'osais je le baptiserais bartavelle histoire d'attirer Pagnol à ma table!
Une forte odeur m'inquiète... Ah c'est juste mon calembour qui date un peu, mais je les aime bien faits: qui en voudrait à part Sartre qui n'est plus à une nausée près.
J'inviterais bien Boris Vian, mais où j'vais trouver des cantilènes en gelées ou des Cent Sonnets en si peu de temps?
Je sens ma soirée inoubliable qui capote... "mon frigo est désert c'est la faute à Voltaire, plus rien dans mon frigo c'est la faute à Rousseau". C'est pas malin, ça et ça résout pas mon problème.
Y aurait bien quelques écrivains belges, Edmond Picard qui doit y tâter en surgelés ou Robert Poulet une fois.
Si j'savais faire un festin avec trois fois rien... Bon sang! Mais c'est bien sûr!  Y en a un qui a écrit des bouquins la dessus, c'est comment déjà? Oui, Coffe, Jean Pierre Coffe! Ah oui, seulement y l'ont pas mis dans la liste.
Ben tant pis... j'vais faire simple, j'vais inviter mon ancêtre, mon cousin espagnol Lope de Vega.
C'est pas que Felix soit drôle, c'est pas sa faute, les dramaturges sont tous comme ça, mais j'suis sûr qu'il aimera la paëlla réchauffée...

18 avril 2009

Mes dîners conviviaux (Joye)

J'ai dîné avec de belles plumes, toujours superbes, ma foi
J'ai pris tapas, ah oui ! quelle classe ! chez caro, que de joie !

Mes quelques plats pour Janeczka étaient tous des succès
Elle m'a chanté un rap de fée, avec sa harpe, après.

Dîner de gouache pour Papistache était plein de merveilles
Sous une guitoune, gelée-Mamoune au citron-et-groseilles.

J'ai tant ri avec Valérie, belle comme dans une peinture
Et puis cette fille, elle s'est enfuie, hélas, dans sa voiture !

Walrus m'a invitée, en plus, à un beau restaurant
Près d'une échoppe de miscroscopes, ce qu'il adore tant.

J'ai soupé avec ma tilleul dans son jardin joli
Elle m'a aidée à prononcer son pseudo, hihihi !

Un méchoui d'Captaine Lili à bord d'un grand navire
Et puis dans l'Oise avec Berthoise, c'était un beau délire !

Tiphaine a raconté des scènes de sa prochaine pièce
Et rsylvie a tout repris dans ses poèmes-déesse !

Jolie Tiniak, en chapeau claque, était resplendissante
Et puis Laura, son bel aura de poète, exaltante.

Un soir, Poupoune avec une spoon m'a servi de la glace
Et Vanina, lors d'un repas, a souri comme un as !

À l'agora la Pandora a bu pas mal d'ouzo
Comme digestif, apéritif et entremets !  Banco !!!

Avec le Zeph', Alice et Teb, j'ai pu faire ripaille
Et Cartoonita, tout de suite, ah ! Oui ! Une boustifaille !

Et alors, Shivaya-warduspor (la rime reste un défi)
Mais notr' repas fut un gala, j'en reste ébaudie !

Pour Plume Dame, y avait pas de drame, une jolie collation
À satisfaire un légionnaire tout plein d'admiration.

Petit festin chez le gratin dans une très belle mangrove
Petit pique-nique, tout beau, tout chic, pour Isaure et Krapov.

Non, pas d 'oubli, avec Virgibri, au barbecue texan,
Et Martine 27, de la dînette,  ah oui, sur l'île de Man !

Vegas-sur-Sarthe, une à-la-carte, oui, à la Tour d'Argent
Avec Akel, pour mettre du sel, le nec plus élégant !

Cinderela, ah, oui, celle-là, en rentrant tard du bal,
Au sur-le-pouce pour la petite douce, je donnais mon aval !

Et puis pour MAP, ma plus belle nappe sur une table pour deux
Ou même pour trois, à Mardi Gras si Zigmund vient, heureux !

Tant d'entrecôtes pour vous, mes potes, les auteurs que je trouve bien
Car y a pas mieux de tous les lieux qu'un défiant samedien !!!

Bisou.

17 avril 2009

En attendant la consigne...

Vous connaissez tous maintenant la devinette du vendredi!!!!

12 avril 2009

Que je peaufine la liste de mes invités...

Sans_titre_1 1- Joye ; 2-Vegas sur Sarthe ; 3- MAP ;

4-zigmund ; 5-Rsylvie ; 6-Shivaya Warduspor ;

7- Val ; 8- Laura ; 9- Poupoune ;

10- Tiphaine ; 11- Joe Krapov ; 12-tiniak ;

13- Papistache ; 14-Virgibri ; 15-Captaine Lili...

12 avril 2009

Consigne #56

Sous le signe de la littérature...

Vous pouvez 'louer' ou inviter un écrivain le temps d'un diner.
Qui invitez-vous?
Pourquoi?
De quoi parlez-vous?

Avec possibilité d'inviter un écrivain décédé, bien sur. Et de développer l'intrigue...

A vous de jouer!

book

12 avril 2009

Saga

Pour éviter que nos (les vôtres) belles bannières ne se perdent, elles se sont regroupées ICI.
Et, dans le futur, nous cliquerons sur la catégorie
: *Bannières historiques

Profitez de la visite pour revoir les bannières que Joye n'avait pu résister à dévoiler sans attendre.

11 avril 2009

Le verre (Vanina)

Soif2

11 avril 2009

Sois fait (Shivaya-warduspor)

Sois futile
te servira toujours un vers

Sois funambule
de shamp' sous la douche

Sois farfadet
l'aube pour être à l'heure à l'apéro

Sois fairplay
faire du stop sous cette chaleur, c'est la mort

Sois finaude
à l'amour, apaise les gorges chaudes

Sois fourmi rouge
et rien ne bouge, soit tea for two et l'addition, merci

Sois facétieux
trinque avec les étoiles

Sois frivole
un oeuf c'est l'anarque, soit wanadoo paie un coup

Sois ferrailleur
ici on tète à tout heure

Sois flibustier
li guipières ci dimodé

Sois fatale
mens ça dessèche

Sois féconde
fée blonde ou brune, mais fais quelque chose, fait soif

11 avril 2009

Elle a soif (cartoonita)

Elle ne pense qu’à ça
Ça ne la quitte pas
Non, elle ne survivra pas
Si le petit ruisseau ne coule pas
Il faut qu’elle s’abreuve
Mais il n’est plus là

Elle se regarde de haut en bas
Et amère, fait le constat :
Silhouette ratatinée, de ne plus être enlacée
Mains recroquevillées, de ne plus être menottées
Lèvres sèches, de ne plus être embrassées.
Sourire fané, de plus être frôlé
Peau racornie, de ne plus être caressée
Poitrine retombée, de ne plus être titillée
Mamelons rabougris, de ne plus être suçotés
Cuisses flétries, de ne plus être écartées
Lèvres sèches, de ne plus être arrosées
Mont de vénus aplati, de ne plus être conquis
Besoin organique de son eau de vit

Déchirant besoin de Lui
Elle se meurt, sans Vit
Cette sensation de vide
Ces entrailles arides
En manque, pas remplies
Glissade d’un corps putride
Saturé d’envies non assouvies
Descente dans la non-vie
Plus de vis-à-vis
Sans vit

11 avril 2009

L'inavouable potomanie d'Emma (Val)

Emma n’avait que faire des voitures. Elle se moquait ouvertement de ceux qui bichonnaient leurs engins de tôle. Pour elle, c’était le comble de la beaufferie. Elle raillait également ces pauvres mecs qui se sentaient forts et bien montés en volant de leur grosse et puissante voiture en érection. Elle pensait volontiers que les grosses bagnoles bien tape à l’œil étaient le pénis de substitution des impuissants et de tous les frustrés.

.

Emma avait bien sûr une voiture, mais une toute petite, qui était simplement pratique. Pas jolie, pas rapide, pas équipée. Juste pratique. Ça tombait bien, c’était la seule chose qu’elle demandait à une voiture. Sa vieille Saxo avait le même statut que son robot de cuisine : une machine qui facilitait son quotidien. Une machine stupide, mais nécessaire. Ni plus, ni moins.

.

Elle n’avait rien demandé, cet après midi là. Elle voulait simplement rendre service… Une voiture pour transporter des objets sales, elle en avait une : la sienne. Peu lui importait qu’on charge son coffre de terre ou de ciment. Une bagnole, c’est comme un robot, ça se lave ! D’ailleurs, elle avait du mal à comprendre que ses amis se refusent à charger des choses salissantes dans leur bagnole. Une voiture, ça sert à ça, après tout !

En échange, sans qu’elle ne demande rien, on lui avait remis le sésame. Elle avait décliné, mais les amis avaient insisté pour qu’elle la prenne, au cas ou elle en aurait besoin…

.

Elle vit sa vieille Saxo partir, et regarda de plus près le robot dernier cri garé dans sa cour. Elle dut admettre que la « chose » était tout de même très belle, pour une bagnole. Une petite sportive allemande gris métallisé, aux lignes élégantes, mais un peu trop clinquante. Ses amis aimaient s’entourer d’objets de luxe qui faisaient leur petit effet. Elle faillit tourner le dos à l’engin avec dédain et rentrer chez elle lorsque soudain, elle fut prise d’une violente soif : il fallait qu’elle s’assoie au volant. Et vite !

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Elle ouvrit la portière brusquement, s’installa à la place du conducteur, et sa soif était toujours présente. L’envie était trop forte. Il fallait qu’elle aille plus loin pour l’épancher. La clef lui brûlait les doigts comme une bouteille déposée sur une table nargue l’assoiffé. Presque malgré elle, elle l’enfonça et la tourna.

.

Quelques secondes plus tard, elle réalisa qu’elle était sur la route au volant de la belle allemande , comme on est surpris parfois en portant son verre à ses lèvres et en constatant qu’il est déjà vide. Il était trop tard pour faire demi tour. Quitte à apaiser cette soif soudaine, autant l’anéantir complètement.

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Elle fit un tour en ville, et il fut plutôt décevant. Sa gorge restait sèche, presque douloureuse. L’eau tiède des ronds-points et feux rouges ne la désaltérait pas. Elle rêvait d’un verre d’eau glacée, rempli de glaçons, de ces gorgées qui donnent d’agréables frissons, mais aussi cette petite culpabilité de faire quelque chose de mauvais pour soi. Boire de l’eau glacée n’est pas très bon pour l’organisme, c’est bien connu. Mais c’est si tentant, quand on a soif…

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Elle suivit les panneaux bleus et se retrouva sur l’autoroute. Sa soif diminuait. Maintenant, elle buvait par gourmandise. Les cent cinquante chevaux hennissaient sous le capot. Eux aussi, ils étaient assoiffés. C’était un cri de complainte qu’ils poussaient à chaque accélération. « Plus d’eau, donne-nous plus d’eau. Plus fraiche, encore plus fraiche, l’eau ! ». Les pneumatiques aussi semblaient boire le bitume. La voiture entière avalait la route d’une gorgée. Et Emma frôlait la potomanie. Elle but beaucoup. Beaucoup trop. Beaucoup trop vite. Elle but comme boit un adolescent qui découvre les boissons alcoolisées. Elle but de l’adrénaline jusqu’à l’ivresse.

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La crise dura une bonne heure, et puis elle n’eut plus soif. Il fallait rentrer, à présent. La voiture avait beaucoup trop bu, et comme Emma tenait à sa réputation, elle avait pris soin de passer à la station service avant de rentrer. Elle rangea la belle sportive à l’endroit précis ou elle l’avait démarrée, eut la précaution de remettre le compteur à zéro et ferma la portière avec ce sentiment étrange qu’ont les fêtards les lendemains de cuite.

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Quand ses amis revinrent, elle leur expliqua, l’air détaché, qu’elle avait eu une course urgente à faire, et s’excusa d’avoir touché au compteur… elle s’était trompée de bouton !

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Le scénario, depuis ce jour, se répète régulièrement. Addiction honteuse, inavouable.

. La Saxo d’Emma, bizarrement, tombe très souvent en panne. Elle a de la chance, Emma, ces amis à la grosse sportive allemande lui prêtent volontiers la leur quand la sienne est immobilisée.

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Emma ne se désaltère plus du premier frisson, celui de l’eau plate, même très glacée. Sa soif est devenue plus exigeante. Elle invente et teste désormais mille cocktails différents pour l’apaiser. Son préféré reste le subtil mélange de l’eau de pluie et de l’épingle à cheveux. Elle prise également les chemins creux par temps clair, mais les preuves de son vice sont plus longues à dissimuler après la crise.

.

Ses proches, ignorant son addiction honteuse, lui conseillent de changer de voiture, la sienne n’étant plus très fiable . C’est vrai quoi, une voiture qui tombe en panne tous les mois, c’est du jamais vu ! C’est pas qu’ils en ont mare de lui prêter la leur, mais la situation n’est pratique pour personne…

.

Emma leur répond innocemment qu’elle changerait bien de voiture, mais elle n’y attache que si peu d’importance…

Une bagnole neuve et clinquante, c’est le comble de la suffisance ! Et encore plus si elle est puissante

.

Non, vraiment, Emma préfère garder sa petite voiture pratique. Les bagnoles, c’est pas son truc. Elle, elle est si sobre comparée à ces insensés inconscients qui se croient invincibles, une fois au volant de leurs pénis en tôle…

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11 avril 2009

Eté 1976 (Berthoise)

Cet été-là, il faisait chaud. Dans la campagne, la terre criait sa souffrance sous le soleil plombé. La plaine d'ordinaire riche, nourricière, généreuse ne donnait qu'un maigre blé jauni et souffreteux.  Les maïs parfois si hauts étaient restés au ras du sol comme nanifiés.

Dans les pâtures, les bêtes broutaient une herbe sèche et rare, on avait même abattu quelques pommiers pour qu'elles puissent trouver un peu de verdure dans le feuillage. Les arbres gisaient au milieu des prés, triste paysage.

La rivière dans son lit avait baissé, découvrant des berges d'abord boueuses puis craquelées en grosses mottes de terre compacte et dure. Les mares avaient disparu, laissant derrière elles un fond nauséabond où pourrissait avant de sécher un mélange végétal et animal aux relents méphitiques. Les chemins tourbillonnaient de poussière à la moindre brise...

Devant les maisons, le sol des cours se craquelait. Aucune fleur n'égayait les plates-bandes. Le village, tous volets fermés, semblait muré dans un silence vibrant, car personne n'affrontait la chape qui étreignait la vie. Chacun essayait de se préserver, les mouvements étaient ralentis et réduits à l'indispensable. Le moindre effort provoquait la transpiration et l'impression douloureuse d'être agonisant. Quand le soir venait, tard, quand le soleil enfin acceptait de mettre un terme à son œuvre de chauffe, l'obscurité ne changeait rien ; on continuait à souffler. Dans la nuit, les insectes entonnaient un chant qui agaçait. Les draps poissaient au contact des corps en sueur.  Le sommeil fuyait jusqu'aux enfants qu'on entendait pleurer par les fenêtres ouvertes.

On espérait la pluie.

11 avril 2009

Soif (Alice)

Soif de tes mains Soif

Soif de ta peau Soif

Soif de ton corps Soif

Soif de tes mots Soif

Soit de tout toi Soif

Soif

Ma bouche orpheline

Soif…

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