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Le défi du samedi

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10 octobre 2009

Nikè et compagnie (Virgibri)

« Je tenais le match, je le sais. J’étais à l’aise dans mes baskets Niquele sans lesquelles je ne ferais rien, mais tout a basculé à un moment donné… Il faisait chaud, la sueur me coulait dans les yeux… J’ai cru que je voyais mal… J’ai compris que je perdais le match quand j’ai vu la navette spatiale atterrir… »

« Le problème, c’est qu’eux et nous, nous avions les mêmes baskets Adadas. Alors forcément, pour nous départager, c’était dur… L’amorti, la chambre à air intégrée, le mini frigidaire, l’ABS, les lacets phosphorescents et le GPS vers les buts, toutes ces options ne pouvaient nous départager. Mais la prochaine fois, on aura un autre sponsor, c’est sûr ! Comment ? Nos performances sportives ? Notre entrainement ? Euh… Je dois filer aux vestiaires, on m’attend pour des photos, désolé ! »

« Tout d’abord, je tiens à remercier mes sponsors sans qui rien n’aurait été possible, le maire de cette si belle ville qui nous a ouvert le stade pour une somme modique, ma grand-mère qui m’a donné le goût de l’effort, mon entraineur Joseph qui est un ami et… Pardon ? Non, je n’ai pas changé d’entraineur récemment. Euh, ah oui, c’est Jacques. Donc Jacques qui est mon ami depuis toujours, et mon chien avec qui je cours quotidiennement. C’était un beau match, vraiment. Je sortais d’une blessure au lobe d’oreille, et j’avais vraiment peur de ne pas assurer aujourd’hui. J’ai puisé au plus profond de moi-même, j’ai bien lacé mes chaussures Le Poulet sportif et j’ai foncé ! Non, vraiment, y’a pas à dire, on court vite avec ça. J’ai bien pris appui sur mes cuisses et j’ai couvert les ailes avant. Voilà, tout le secret est là. »

 

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10 octobre 2009

On refait le match (Laura)

1/ Nous avons bien joué, nous n’avons pas été mauvais ; ils n’ont pas bien joué, ils ont été mauvais mais le vent était en leur faveur ; nous avons porté plainte au ciel.

2/Nul, oui mais que d’occasions ratées, que d’actions avortées, de buts arrêtés, de passes non réussies ; bref, un match nullement terne

3/Nous avons mal joué mais ils étaient encore plus mauvais que nous.

10 octobre 2009

Aidons les footeux ! (Captaine Lili)

Déclaration pour une victoire (de l’Olympique Lyonnais) en Ligue des Champions :

-         Alors, cette victoire, ça vous fait quoi ?

-         Y’a d’la joie, bonjour bonjour les demoiselles, y a d’la joie !

On a gagné, c’est officiel, le droit d’être les rois !

Bien sûr, c’n’est qu’un instant, c’n’est que du foot

Mais le bonheur, dit Lao-Tseu, est une route

Pavée de cris joyeux, ça c’est moi qui rajoute,

Lorsque l’on met un but ; ah, mon cœur est en émoi !

Déclaration pour un match nul :

-         Comment expliquez-vous ce résultat ?

-         N’avez-vous pas senti la vibration des supporters de chaque camp lorsque la balle s’approchait de l’une ou l’autre des cages ? Leurs acclamations formaient une pression sur l’air, impulsant au ballon un infime changement de trajectoire, modifiant l’angle d’entrée. Le nombre de supporters dans le stade étant exactement le même de chaque côté, voilà pourquoi nous nous retrouvons avec ce zéro-zéro malgré les multiples tentatives. Nous lançons donc un appel à de nouveaux supporters, ayant des voix puissantes !

Déclaration pour une défaite (pour les adversaires de l’Olympique Lyonnais) :

-         Cette défaite, elle a un goût amer ?

-         Ah que n’ai-je réussi ce but tant attendu !

Pourquoi ce sort contraire ?

Bien entendu, cette défaite de glandus

A pour nous plus qu’un goût amer

Pourquoi a-t-il fallu

Qu’on encaissasse ces maudits corners ?!

10 octobre 2009

On peut rêver (Papistache)

Cher Thierry, trois à zéro contre la modeste équipe de l’ile de Klebs, c’est la fin du rêve. L’équipe de France est éliminée de la sélection pour la coupe du monde. C’est une tragédie pour un capitaine de votre trempe.

Oooooh, cher  ami, ne dramatisez pas. Ce n’est que du football, y’a pas mort d’homme. L’important, c’est que les meilleurs y soient à cette coupe du monde, Nous autres, les bleus, on n’a pas la carrure, faut se rendre à l’évidence, on n’a pas les...

Mais Thierry, quand même, tous les pays nous envient nos centres de formation, les ...

Attendez, mon bon, vous n’allez pas pleurer sur le sort d’une vingtaine de gamins en culotte courte qui cavalent derrière une baballe pendant une heure trente tous les huit jours. Ils vont vite se consoler les minots. Un volant de Ferrari entre les mains, cent-quatre-vingt sur les nationales, vitres baissées et sono à fond les gamelles, les larmes vont sécher fissa.

Mais... Thierry, l’orgueil de la nation...


Enfin, vous plaisantez, vous croyez encore à ces conneries ? Vous êtes vraiment journaliste sportif ?  Même en perdant trois à zéro contre les iles Klebs, le moins payé des joueurs palpera plus que la totalité des ministres du gouvernement pendant tout un quinquennat ; alors... le patriotisme... vous savez, les billets de mille ça fait un sacré isolant... et la coupe du monde on y s’ra... les sponsors paient l’hôtel**** à tout le staff officiel, plus les épouses, voisins, belles-mères et tout le toutim. Non, cool, l’ami, y’a pas mort d’homme.

***

Fleur Papadur, les chronomètres n’ont pas réussi à vous départager, votre adversaire et vous. 1 minute 123 millièmes, c’est unique dans les annales, vous allez partager la médaille d’or avec la nageuse autrichienne.

J’irai pas la chercher la demi-médaille. Qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse d’une demi-médaille ? Elle peut la garder la Marie-Antoinette, sa médaille, de toutes façons, moi, j’sais plus quoi en faire des médailles, j’en ai partout, je les entasse dans des cartons que j’empile dans le garage de mes vieux. J’ai tout gagné. Qui c’est celle-là et puis d’ailleurs est-ce qu’on est sûr que c’est une femme ? Vous avez vu sa dégaine. Dans les vestiaires, elle garde son maillot pour prendre sa douche et puis, son sac, je veux pas balancer... mais c’est une pharmacie ambulante cette nana.

De toutes façons, mon entraîneur va déposer une réclamation. L’autre chienne, elle s’est fait un shampoing au silicone et moi, tout le monde le sait, le silicone ça me donne de l’urticaire intestinal. C’est pas très sport, même si ce n’est pas interdit par la fédération. C’est comme si moi j’utilisais un déodorant aux graines de bouleau sous prétexte qu’elle ferait de l‘asthme. De l’asthme ? Oui, une excuse pour sniffer de la Ventoline. Si elle était si allergique que ça, elle ne se s'rait pas alignée au départ après que je lui ai envoyé,  courtoisie bien française, un bouquet de graminées champêtres dans sa chambre d’hôtel. Non, j’irai pas la chercher la demi-médaille...

***

Khader, les arbitres vous ont déclaré vainqueur aux points. Vous auriez pourtant pu gagner par K.O.  dès le troisième round ?

Non, vous savez... la boxe, c’est une chorégraphie intime. J’ai  transformé la douleur, la mienne, celle de mon adversaire en un spectacle. C’est ce que je fais à chaque fois que je monte sur un ring. J’exprime ce qui est fondateur dans mon travail. Ce qui me plaît, c’est d’être dans le facétieux et la minute d’après d’être dans le sérieux le plus profond du boxeur. J’alterne le swing charmant, l’upercut dilettante, puis j’essaye de plonger les spectateurs dans l’œuvre. Souvent, ils sont prêts à faire le saut. C’est un exercice d’assouplissement de la pensée. Vous savez, Valéry disait : « La plupart des hommes ont une idée si vague...

Euh... merci Khader Luchini, mais on doit rendre l’antenne.


5 octobre 2009

Ont déjà causé dans l'micro

microVegas sur sarthe ; rsylvie ; Joye ; MAP ; shivaya-warduspor ; Martine 27 ; Papistache ; Captaine Lili ; Joe Krapov ; Laura ; Virgibri ; Jo Centrifuge ; Walrus ; Gilsoub ;

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3 octobre 2009

Consigne #76

Marre des interviews insipides des sportifs après match (courses, combats...)!

Souriez, vous êtes pressentis pour rédiger leurs déclarations.

Soumettez au jury 3 textes :

1/ en cas de défaite du sportif
2/ en cas de match nul
3/ en cas de victoire

3 octobre 2009

LA FENETRE (Jo Centriguge)

Qui de nous ne s'est jamais arrêté pour contempler avec curiosité une de ces vénérable bâtisse toute rapiécée de fenêtres et de porte, certaines murées, d'autres nouvellement ouverte, sans qu'on se demande quelle volonté a guidé les anciens dans leur raccommodage? Plus personne ne se souvient des mystérieux paysages sur lesquels ces ouverture obturées pouvaient donner. Dans certains cas, cette ignorance est une très précieuse bénédiction.

C'est ce qu'apprit à ses dépens le petit Joseph. Lui et sa famille avaient emménagé dans l'un de ces anciennes maisons fortes que l'on trouve parfois dans les vieux quartiers de villages.

L'année de ses sept ans, on lui offrit une belle chambre à coucher que son père avait aménagé dans une pièce inusitée. Il avait réouvert une grande fenêtre condamnée depuis, semblait-il, des temps fort anciens.

Les manifestation débutèrent la nuit venue.

Dès l'extinction de sa lampe de chevet, Joseph ferma les yeux. Il lui vint aux oreilles le bruit familier et rassurant des pas du vieux Diplodocus, un chat aux mensurations étonnantes. Chaque soir avait lieu ce même rituel. Diplo tournait autour du lit durant un petit instant, ses pattes produisant de petits bruits sur le parquet. Puis il se décidait à bondir sur le lit et venait se blottir contre Joseph. Nos deux comparses s'endormaient alors tous deux du sommeil du juste.

Mais cette nuit là, Diplo mettait un peu trop de temps à monter sur le lit. Il tournait et tournait. Joseph pouvait entendre que ses pas hésitaient. Et puis il y avait ce bruit étrange, comme un ronronnement électrique, une vibration. Inquiet, Joseph ouvrit subitement les yeux, s'assit dans son lit et chercha dans la pénombre la silouhette de Diplo.

Son regard fut bien vite attiré par l'encadrement de pierre de la fenêtre d'où semblait émaner une lueure bleutée. En dessous, Diplo faisait les cent pas, le museau levé vers cette étrange lumière diffuse.

Joseph hurla si bien que tout la famille accourut autour de lui. Mais, devant le phénomène chacun restait médusé. Aucun n'osa venir chercher Diplo qui, à présent, miaulait sous la fenêtre. Mais qui pensait-il appeler ainsi?

Soudain, dans un grand bruit, une sorte d'éclair jaillit et frappa le chat qui fut comme happé à travers la vitre. Tout redevint alors calme et on ne peut plus normal.

Dès le lendemain, la fenêtre fut à nouveau comblée et jamais plus on n'observa de semblables phénomènes. Joseph, lui, demeurait très affecté par ces évènements et il pleurait tous les jours son cher Diplodocus, jusqu'au jour où l'on reçut une bien étrange carte postale...

diplodocus

3 octobre 2009

Insomnie soit qui mal y pense (Joe Krapov)

Un appartement dans Rennes aux alentours de 22 heures un soir de la semaine. Tandis que son épouse dort à ses côtés d’un sommeil qu’il veut bien croire du juste, le professeur D. qui vient de se coucher tend l’oreille, comme aux aguets du moindre petit bruit dans la maison. Ce soir, il va être servi.

A l’étage au-dessus, cela ne tarde pas. Ce dragueur de Ludovic a encore ramené une conquête dans son appartement. Elle a un rire perçant et des talons aiguilles du genre pique-choux, la donzelle. Blong ! Blong ! Froutch ! Froutch ! Glousse ! Glousse ! Frétill ! Frétill ! Gliss ! Gliss ! Ils en sont à la phase jadis si bien chantée par Juliette Gréco. Les éclats de voix ont cessé et le professeur pourrait presque s’endormir mais il sait ce qui l’attend. Et voici donc les bruits familiers qu’il écoute avec une imagination fertile et surtout la science étendue de ces choses-là qui sont le fait de sa profession.

- Zboïnk ! Zboïnk ! Zboïnk !

- Le missionnaire du Zimbabawé ! Début on ne peut plus classique !

- Zbounk ! Zbounk ! Zbounk ! Ploïnk ! Han !

- L’entrée de Charles le Chauve en sa bonne ville de Bures-sur-Yvette ! On n’y coupe pas ! C’est un enchaînement naturel. On peu préférer celle de Gilles de Rais à Jouy-en-Josas mais c’est selon les goûts, hein !

- Klipah ! Klipah ! Klipah ! Klipah ! Schlak !

- La brouette japonaise à la fleur de jasmin ? Déjà ? Ah oui, c’est vrai, ça vient là ! Un peu voilée, la roue de la brouette, on dirait !

- Skouiz ! Skouiz ! Skougi ! Skougi ! Bong ! Aïe !

- La levrette de Bergerac ! Mais qu’est-ce qu’il a fichu ? Il a pratiqué trop près du mur, cet idiot !

Ludo le dragueur est vraiment un bon élève, sans doute le meilleur de ceux à qui le professeur D. a enseigné son art. C’est très drôle qu’il soit venu habiter dans l’appartement au-dessus du leur et c’est très drôle de retrouver mise en pratique avec autant de fidélité la leçon n° 25. Le professeur se demande s’il va oser pratiquer…

- Schlipa ! Schlipa ! Schlipa ! Schlipa ! Mmmmh ! Schlipa !

- Le diplodocus dans son pâturage du Marais poitevin ! Oui, il a osé le faire ! Alors, là, bravo Ludo !

Le professeur est à deux doigts d’applaudir la prestation et il se retient à cause de son épouse mais celle-ci se tourne justement et gromelle :

- Ils n’ont pas bientôt fini leurs cochonneries, là-haut ? Il y a des gens qui ont envie de dormir, ici !

- Mais… Vous ne dormiez pas, Marie-Valérie ?

- Sigismond, mon ami, avec le boucan que font ces deux-là, ce serait difficile d’y parvenir !

Effectivement, là-haut, la literie continue d’offrir un festival.

- Chponk ! Chponk ! Zika ! Chlak ! Chpon ! Chpon Yon Yon !

Et bientôt la nouvelle compagne du jeune homme ne retient plus ses soupirs de joie, ses fausses condidences ni ses cris d’aisance tandis que le professeur, comme pris en faute par son épouse, ne commente même plus intérieurement l’arrivée du dinosaure sur les bords du Nirvana inférieur. Puis vient enfin le calme et le silence qui suit les prestations de Mozart et qui est du Mozart aussi. Car Ludovic s’appelle Mozart.

- Eh bien ce n’est pas trop tôt ! » lâche Marie-Valérie.

Chacun cherche alors le sommeil. Sigismond, le professeur, se sent bientôt épuisé comme s’il s’était adonné lui-même à cette séance de gymnastique vespérale autant qu’intense. Il songe que Ludovic a accompli une prestation presque parfaite et il s’imagine en juge soviétique brandissant pour une fois un superbe 10 quand soudainement les ongles taillés en pointe de sa moitié viennent tranquillement se poser sur une partie stratégique de son anatomie.

- Sigismond, mon ami. Savez-vous à quoi je pense ?

- …

- Je pense qu’il y a très longtemps que vous ne m’avez pas fait le coup du diplodocus dans son lit de fleurs de jasmin !

- Oh, Bibiche, vous croyez que c’est bien le moment ?

- Allez, Sigismond, faites un effort pour moi ?

- C’est que… J’ai eu une journée très chargée aujourd’hui et j’ai un peu de migraine. Demain matin au réveil, je vous le promets, Bibichette, je m’exécuterai.

Bibichette pousse un gros soupir et bientôt, dans le silence de la chambre, on n’entend plus que les respirations lourdes et caractéristiques de l’Hôtel des culs tournés.

- Vous comprenez, se justifie encore le professeur Sigismond Demange, être professeur de kama-soutra à l’université de Rennes 3, c’est un boulot assez épuisant. Tous ces travaux pratiques avec les étudiantes, ces élèves qu’il faut accompagner jusqu’à la soutenance de thèse, ces réunions du Conseil scientifique… Je suis bien plus frais le matin, vous le savez bien, Bibiche.

- Taisez-vous, maintenant ! Vous devriez prendre exemple sur votre élève là au-dessus ! Tous les soirs c’est radada chez lui ! Et d’ailleurs, la prochaine fois que vous le croiserez dans l’escalier, il serait bon que vous le sommiez d’en changer !

- De position ? Mais il ne fait que ça !

- …

- De partenaire ? Il en change tous les soirs !

- De sommier, imbécile !

dds75_marievalerie

3 octobre 2009

Diplodocus ou foie de p'tit chaperon rouge ! (rsylvie)

rsylvie

3 octobre 2009

Chuchotis de souris (Captaine Lili)


Des grattements.
A gauche ? A droite ? Sous ma tête ?
Pas très loin de moi, trop près, on émiette la nuit…
Pourquoi ? Qui ?
Les grattements s’éteignent.
Dans le silence, je reconnais les vibrations du frigo, son ronronnement. Quelques pas glissent sur le parquet au-dessus.
Les grattements reprennent.
Deux ombres vives, furtives.
Dans la lueur du lampadaire extérieur, dessinant, par le repli du rideau, un rai jauni sur le lino gris, se profilent deux silhouettes assombries.
« Dis, Plodocus… c’est quoi, l’amour ? »

3 octobre 2009

Chanson de pluie (Tilu)

L’orage gronde au loin.

Tout à l’heure quand il était au dessus de la maison, il a brisé violemment quelques cumulus et a bruyamment vomi ses trombes d’eau claires sur le jardin.

Je n’ai rien vu de tout ça, j’ai juste entendu son fracas qui m’a sortie de mes rêves nocturnes.

Emmitouflée dans la couette chaude et douce, j’ai assisté à ce concert de la nature. Ses envolées lyriques, ses solos de caisses claires, suivis de roulements de tambour et timbales gigantesques, son chuintement de la pluie qui devient martèlement féroce sur toutes les surfaces dures de la maison m’ont fait imaginer le spectacle du dehors : branches ployées et secouées, cassées peut-être, ruisseaux et petites cascades qui strient et griffent le jardin, torrent sur la route, terrasse inondée… Les yeux écarquillés dans le noir, j’ai guetté la lueur de l’éclair qui file entre les volets et qui annonce inexorablement le fracas du tonnerre. A chaque fois qu’ il s’est fait entendre une légère crispation de tous mes muscles  a traduit ce reste de crainte enfantine de l’orage que je garde au fond de moi. Je suis pourtant bien, là, dans mon lit douillet alors que le ciel s’écroule au dehors.

Maintenant le calme est revenu, la rumeur du monstre grogne encore mais il a sauté les collines et il craque et rugit en sourdine désormais. Au dehors j’entends les derniers nuages qui s’essorent et puis la pluie s’arrête. La nuit redevient profonde et douce, la maison et le jardin s’égoutte et la chanson de l’eau tintinnabule une toute autre musique :

Dip,dip dip, dip …. Le coin du toit goutte sans doute sur le plat froid des dalles de la terrasse.

Lod, lod, lod …. De grosse perles d’eau tombant du grand cyprès doivent plonger dans la citerne débordante en formant de belles bulles qui glissent à la surface.

Oc, oc, oc, … oc, oc, oc, oc….. A coup sûr, à la moindre saute de l’air, les branches du murier pleurent sur la table en fer qu’elles abritent du soleil de l’été d’habitude.

Ussssssss, ussssssssss, le vent, qui a chassé l’orage au loin, chante encore dans les feuilles du laurier rose en les frottant les unes contre les autres.

Cette petite mélodie me berce et me replonge doucement dans mon sommeil.

Demain le ciel sera clair comme du cristal, la nuit aura lavé la nature, et le jardin sentira la terre mouillée…

3 octobre 2009

Ces mille petis bruits qui forment le silence‏ (Laura)

Ton souffle qui résonne dans mes rêves

Ton sourire qui bruit de tendresse

Ton plaisir qui ébruite nos caresses

Tes « je t’aime » qui murmurent

Tes craintes et ta confiance.

Mes cauchemars qui crient mes angoisses

Mes larmes qui clapotent sur les feuilles

Des livres lus et des pages écrites.

Mes bras qui hurlent d’ivresse douce.

Nos mots dits et nos silences

Comme un lit de feuilles

Qui amortissent nos colères.

Ma peur comme un diplodocus sombre

Qui piétine le bonheur des habitudes.

 

3 octobre 2009

CHEZ MOI (Borsolina)

Chez moi, la nuit, dans mon appartement, le genre d’appartement refait à neuf où tout est blanc, tout est calme. Il n’y a aucun bruit. Il arrive de temps à autre, lorsque je suis couchée, que ma voisine fasse une machine après 22h, pendant les heures creuses. Cela est un peu gênant car son essorage reste souvent bloqué. Mais bon, ce n’est qu’un rendu pour un prêté !

 

Chez moi, il n’y a pas de vieilles charpentes qui craquent ou d’escaliers en bois qui travaillent. Enfin si, j’ai un escalier en bois, mais il ne travaille pas ! Ou alors il travaille, mais comme j’entends rien quand je dors… bref !

 

Chez moi, il n’y a pas de vieilles comtoises qui sonnent à chaque heure ou de réveils qui font tic-tac. Et… heureusement car je trouve ce bruit impossible !

 

Chez moi, à l’extérieur, il n’y a pas de branches effeuillées qui viennent taper les carreaux de la fenêtre, ou de chouettes qui hululent dans l’arbre du voisin. Non rien de tous ces bruits qui pourraient être effrayants et qui rendent lugubres certaines demeures dès l’obscurité tombée.

 

Chez moi, quand je me glisse entre les draps, que je retrouve avec délectation l’épaisseur de ma couette, seul le ronronnement de ma chatte vient me bercer et m’aide à m’endormir. Sauf quand elle a décidé en même temps de me pétrir la poitrine avec ses pattes !

 

Chez moi, ma minette est un peu spéciale. Après avoir ronronné, elle commence son rituel pré-nocturne. D’abord elle va manger quelques croquettes : et crac et croc et crac. Cela dure toujours quelques minutes, mais en général, je commence à sombrer dans les bras de Morphée avant qu’elle n’ait fini.

Ensuite, elle revient d’un pas feutré dans la chambre et là, l’insupportable se produit : elle commence à gratter le coin de la porte du placard pour la faire coulisser. Juste pour m’embêter parce qu’elle y est rentrée plein de fois et qu’il n’y a rien de plus ni de moins.

Alors, comme tous les soirs, attrapant ma peluche diplodocus par la queue, devenue professionnelle du vol plané en direction du placard, j’hurle : « Cléo ! Maintenant ça suffit, j’en ai marre de toi ! »

Je me rendors aussitôt.

 

Chez moi, finalement, il n’y a pas de bruit la nuit.

 

3 octobre 2009

Au château du comte Dragmzk (Oncle Dan)

Epuisé par un voyage de plusieurs jours sur des chemins escarpés et mal entretenus, j’étais heureux de pouvoir faire étape au château du comte Dragmzk.

 

Je l’avais rencontré par hasard, alors qu’il venait de faire une mauvaise chute de cheval qui lui avait fait perdre pratiquement toutes les voyelles de son nom. Je tenais à l’époque une officine, et dans ces cas-là, c’est toujours là qu’on sonne.

 

Le château du comte Dragmzk était particulièrement lugubre. Perdu au fin fond du temps, il fallait traverser une terrifiante et fabuleuse forêt peuplée de monstres et de diplodocus, pour le trouver enfin au milieu de marécages nauséeux desquels émergeaient, ça et là, quelques pierres tombales oubliées des dieux.

 

Après un frugal repas devant une gigantesque cheminée qui dégorgeait plus de vent et de fumée que de chaleur, un gnome bossu et unijambiste me conduisit à la lumière d’un chandelier et à travers un dédale de corridors et de galeries jusqu’à ma chambre aux dimensions de cathédrale. Elle était tapissée d’armures et de trophées de chasse qui semblaient me surveiller de leurs yeux morts.

 

De l’extérieur me parvenait le chuintement des arbres sépulcraux seulement interrompu par le hurlement caractéristique du loup affamé avant qu’il vienne vous déchiqueter les chairs et vous énucléer les orbites.

 

Je ne sais pourquoi, mais je ne parvenais pas à trouver le sommeil dans ce lit à cinq places et à baldaquin, qui, d’après la légende, avait déjà bercé les rêves de Barbe-Bleue et de quelques unes de ses femmes. J’essayais de rassembler mes esprits tout en surveillant les ombres mouvantes dessinées par les pâles clartés de la lune qui rendaient les objets vivants autour de moi.

 

Je n’ai pas honte d’avouer que je broyais déjà une quantité assez considérable de noir lorsque j’entendis un bruit de pas dans le couloir.

 

Mon cœur fit un bond spectaculaire comme seuls savent en bondir les plus grands danseurs de ballets russes. J’avais la gorge plus sèche que le désert de Gobi et je me mis à trembler et chair-de-pouler de tous mes membres.

 

Un homme marchait dans le couloir. Il semblait qu’il peinait et s’essoufflait. Il s’arrêtait par intermittences puis repartait en trainant la jambe. Le bruit de son pas s’éloignait et s’amplifiait de nouveau.

 

Un instant, il s’arrêta devant ma porte. Il s’agissait fort heureusement d’une porte massive renforcée de ferrures et munie d’énormes verrous que j’avais tirés avec soin comme me l’avait demandé Dragmzk. D’un air mystérieux, il m’avait d’ailleurs formellement interdit de quitter ma chambre après onze heures et de pénétrer dans la tour carrée.

 

Alors que j’étais moi-même en état d’apnée depuis plusieurs minutes, me parvenait distinctement le bruit d’un soufflet de forge ou d’une locomotive à vapeur qui devait être la respiration asthmatique du monstre.

 

Une bulle d’épouvante remonta les sables mouvants de mon estomac et vint crever au fond de ma gorge. Bien que tous les poils de mon corps fussent au garde à vous, je me recroquevillais comme une plume qui prend feu sous mes draps qui prenaient des allures de linceul.

 

Je regrettais de ne pas avoir emporté avec moi un poison asiatique ou tout autre objet pouvant enrichir les pompes funèbres afin de mettre rapidement un terme à mes tourments.

 

Finalement, je ne sais si je me suis endormi ou évanoui.

 

 

Le lendemain, les yeux bouffis de mauvais sommeil et pochés de fatigue, je rapportai les faits au comte Dragmzk.

 

Il partit d’un rire indélébile - sans doute un rire de Chine - qui me fit l’effet du crissement de la craie sur un tableau noir.

 

Je vais vous présenter l’homme qui marche, dit-il enfin, lorsque le tableau fut entièrement recouvert.

 

« Igor, ici immédiatement » hurla-t-il d’une voix noire stabilotée de jaune.

 

Igor surgit dans l’instant et dans un bruit de locomotive essoufflée.

 

Il y avait dans son regard quelque chose de l’hyène, du tigre, du cochon, du cobra, de la sole frite et de la limace qui faisait songer à Jack l’Eventreur mettant au point les détails de son prochain crime.

 

Il tenait au bout d’une chaine un chien de couleur jaune, qui avait à peu près la taille d’un jeune éléphant. Sans doute un croisement entre la bête du Gévaudan et le chien des Baskerville.

 

Igor est chargé de la surveillance du château. Son compagnon se nourrit des voyageurs égarés qui se réfugient dans la tour carrée.

 

Je n’ai jamais revu le comte Dragmzk depuis ce jour-là.

 

 

3 octobre 2009

Pour une fois (MAP)

Lundi

-ligence

Mardi

-minutif

Mercredi

-fficile

Jeudi

-gestion

Vendredi

-plodocus

Samedi

-latation

Di-Di-Di …  C’est DIMAN-AN-CHE !!!

C’est DI-MAN-AN CHEUUUUUUU !!!!

C’est DI, c’est DI, c’est DI-MAN-AN-CHEUUUUUUUU !!!

Après un samedi bien rempli de jeux en tout genre, les jumeaux ont veillé jusqu’à minuit pour accompagner les douze coups de l’horloge du salon avec la comptine qu’ils ont eux-mêmes inventée.

Dimanche, c’est leur anniversaire et ils se sont promis de ne pas s’endormir avant minuit. Nous les entendons de notre chambre sans intervenir pour une fois.

Nous-mêmes prenons plaisir à écouter leur rire, leur joie de vivre, leur connivence …

..................................................................................................................................................

Peu à peu tout s'apaise, le sommeil a gagné. La maison retrouve calme  et repos. Seul le léger tic-tac du réveil, lent métronome, rythme la nuit.

Lundi-ligence,

mardi-minutif,

mercredi-fficile,

jeudi-gestion,

vendredi-

.............plo....do.........cussssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss

sssssssssssssssssssssssssssssssssss

3 octobre 2009

Les petits bruits de la maison (Joye)

Les petits bruits de la maison

Skkkkkkkkkreuuuuuuk,

Oooooooorrrrrrrrrrooooooooooonnnnnnnnn

Skkkkkkkkkreuuuuuuk,

la nuit

tic-tac, tic-tac,

arou-rou-rouuuuuuuuuuuu

tic-tac

vous tiennent compagnie ...

Skkkkkkkkkreuuuuuuk, salut !

Oooooooorrrrrrrrrrooooooooooonnnnnnnnn, et vous ?

Comme skkkkkkkkkkkkkrueuuuuuuuk, comme skkkkkkkkkkkraaaaaaaaaak.

 

Rassurants ou bien inquiétants ?

OUIIIIIIIII, noooooooooooooooon

Racontez-nous.

Il était une fois une consigne difficile…

Veuillez glisser dans votre récit le mot

 DIPLODOCUS.  

Okaaaaaaaaaaaaaaay, voilà ce qui est fait !!!

Merci !

Mais je vous en prie, merci à vous.

 

3 octobre 2009

Mon amoureux (Poupoune)

La légèreté de ton pas, à celui du diplodocus pareil, m’arrache immanquablement à mes songes quand, enfin, au milieu de la nuit, tu vas te brosser les dents. Le bruit de ton urine directement dans le fond de la cuvette, que j’entends par la porte que tu laisses soigneusement ouverte - ce même bruit qui te fait dire « tu vois bien qu’c’est pas moi qu’en mets partout ! je vise direct au fond ! » - m’agace toujours au plus haut point. La porte de la chambre que tu n’as toujours pas réussi à fermer sans la faire claquer ne manque pas de me faire sursauter. Et pour finir cette façon que tu as, invariablement, de toussoter, te racler la gorge et te moucher sitôt que tu t’allonges près de moi achève de me tirer du sommeil dans lequel il m’est pourtant toujours tellement difficile de plonger.

Mais si tu pouvais seulement imaginer comme j’aime entendre ton souffle qui ralentit pour devenir ronflement… parce quand je l’entends, amour, ça veut dire que tu es là, tout près de moi, apaisé, enfin.

3 octobre 2009

Une nuit ordinaire (Berthoise)

Elle se couche tôt. Elle aime se coucher tôt. Elle monte l'escalier alors que la maison vit encore. Son fils, dans sa chambre, écoute sa musique en sourdine. Dans la salle de bain, sa fille se douche, elle entend le bruit de l'eau qui tape sur  les parois et la voix qui fredonne. En refermant la porte de sa chambre, elle a l'impression de s'éloigner de sa famille. À travers le plancher, lui parvient le ronron de la télé. Il regarde une émission sur la disparition des dinosaures et lui a dit qu'il la rejoindrait vite quand il saurait pourquoi les diplodocus n'ont pas survécu. Les dinosaures, hier c'était «  Les invasions des Huns », demain « La longue marche de Mao ».

Se dévêtir vite et se glisser dans le lit froid. Oser prendre un livre et le poser sans avoir fini une seule page. Et sombrer dans le sommeil, les oreilles cachées. L'entendre vaguement ouvrir la porte, sentir son corps contre le sien. Dormir. Dormir dans le silence. Dormir.

Et puis elle se réveille, entend le bourdonnement de l'homme qui ronflote. Elle se tourne, essaie de retrouver le fil de son rêve. C'est fini, elle le sait. Elle ne dormira plus ou alors au matin. Elle se lève, prend son livre à tâtons, quitte la chambre. Dans le couloir, elle guette. Ses enfants ont un sommeil silencieux. Le réfrigérateur vrombit dans la cuisine et les canalisations lui disent qu'il est plus de trois heures. Elle le sait, c'est elle qui a programmé le lave-linge. Elle essaye un autre lit en vain, dans une pièce qui ne soit pas transformée en forge. Elle l'entend maintenant ronfler comme un sonneur. Inutile de rejoindre la chambre conjugale, le tonnerre y fait rage. Dans le bureau, en bas, elle s'installe avec le livre abandonné plus tôt. Mais à présent, ce n'est pas le sommeil qui l'empêche de lire, ce sont les rêveries et aussi  les tracas. Une chouette ulule dans le parc voisin. C'est son amie, la chouette, elle l'aime comme une amie. Ils dorment tous dans la maison. Mais son amie la chouette ulule dans le jardin. Elle l'appelle. Elle enfile un vêtement et sort pour prendre l'air. La chouette s'est tue. Ses pas sur le gravier crissent dans le silence. Elle fait le tour de la maison, frissonne un peu, resserre sur son cou, le col de son lainage. L'air frais remonte le long de ses jambes et caresse le bas de son dos. Elle a froid et ça la rassure. Elle se sent enfin prête.

Rejoindre leur chambre, silencieuse maintenant. Dans le lit rassurant, chercher la chaleur familière. L'entendre grommeler qu'elle est froide. Se nicher dans ses bras, se coller contre lui, la tête contre son souffle discret. Dormir. Dormir jusqu'au matin.

3 octobre 2009

Puis la lumière s'est tue… (Stipe)

Mais bien avant ça, nous avions visité cette maison de village et nous avions tout de suite eu pour cette bâtisse ancienne un coup de foudre comme dans les émissions de M6. Le cachet de ces maisons qui ont connu des générations d'hôtes et dont les murs pourraient raconter bien des histoires intéressantes pour peu qu'on leur tende le micro.

Nous l'avions aménagée avec goût, du moins avec le nôtre, comme on dit à Versailles. Comme toutes les vieilles demeures, elle souffrait de nyctalopie sonore et se réveillait la nuit, nous offrant une sérénade de bruits plus flippants les uns qu'incongrus les autres. Les anciens propriétaires l'avaient quittée après que le mari avait tenté de se pendre, et nous plaisantions sur le triste sort qui nous était promis si nous ne mettions pas fin à tout ce barouf nocturne. Nous avons donc dératisé les combles, changé les volets grinçants, graissé le portail rouillé ou encore remplacé le vieux parquet. Et quelques mois plus tard nous avions retrouvé le calme d'un logis ronronnant comme un félin apaisé.

Lorsque nos troubles du sommeil sont apparus, j'ai d'abord mis ça sur le compte évident du stress au travail. Ma femme a mis les siens au crédit de ses difficultés à tomber enceinte. Et plus nous essayions en vain, plus nous étions anxieux et énervés de l'échec, et plus nous nous déchirions. Et plus nous nous éloignions, plus nous avions besoin d'avoir cet enfant pour nous rapprocher et retrouver la sérénité. Que ne nous offrait pas la nuit.

Refusant les somnifères, je me suis acoquiné avec l'alcool qui vous brûle la gorge et vous aide à trouver facilement le sommeil, mais mes cauchemars persistaient malgré le goulot.

Puis une nuit d'insomnies, je les ai entendues. Les voix.

Lointaines, très lointaines, car sourdes. Des gémissements, des complaintes, les litanies de quelque voisin névrosé. Pour en avoir parlé aux plus proches, j'ai appris que personne ne s'en plaignait et qu'au contraire le calme noctambule du quartier n'était troublé que par de rares mobylettes pétaradantes ou d'excitées grenouilles aux périodes de frai. Je n'en ai pas été convaincu pour autant car qui viendrait se plaindre de ses propres plaintes ?

Et pourtant…

Partout je les entendais, je n'entendais même plus que ça. Elles se faisaient angoissantes car difficilement perceptibles et impossibles à identifier. Ma femme souffrait aussi d'un sommeil léger mais semblait sourde à cette gêne là.

Pourtant je les entendais, moi.

Toutes ces voix à l'unisson qui semblaient appeler à l'aide et m'avaient choisi comme unique auditoire à leurs souffrances. Oui, j'avais cette impression que ces voix perdues m'adressaient leur agonie et m'attiraient à elles.

J'avais fini par les attendre, ne parvenant pas à m'endormir tant qu'elles ne s'étaient pas manifestées. Les boules Quiès s'étaient avérées inefficaces : elles brisaient mon rituel et me privaient de la manifestation latente de mon angoisse, renforçant la réalité de celle-ci. Les voix étaient là et ne plus les entendre ne les faisait pas taire pour autant.

J'avais remplacé la bouteille d'eau au pied du lit par celle de whisky et les voix s'étaient installées dans les champs de houblon que faisaient pousser mes angoisses éthyliques. Si l'alcool était un placebo efficace aux souffrances humaines, ça se saurait et sa vente se ferait sur ordonnance.

Lorsque je me concentrais suffisamment, j'avais l'impression de pouvoir saisir des mots, des expressions. Elles cherchaient à me dire quelque chose que je ne pouvais saisir du fait de leur éloignement et de leur volume étouffé, comme lorsque l'on écoute les bruits ambiants en plongeant la tête dans son bain. Alors je m'inventais des sonorités, je me pensais capable de différencier les émetteurs, je m'imaginais des talents de télépathe… De psychopathe, oui ! La vérité c'est que je devenais zinzin.

Une nuit d'agitation comme les autres, je choisis d'aller les traquer. Je me levai et entrepris de supprimer méthodiquement toutes les sources de pollution sonore qui m'empêcheraient de localiser les voix : je débranchai le frigo et l'aquarium, fis sortir le vieux chien ronflant et arrêtai la chaudière et ses cliquetis métalliques et irréguliers.

Je fermai alors les yeux et mis ma respiration en suspens dans une apnée concentrée. Les voix venaient d'en dessous, d'en bas. De la cave.

J'allumai l'ampoule souterraine et descendis les marches, accompagné seulement de ma trouille enfantine.

Les voix se firent plus pressantes, plus appelantes que jamais. Je venais à elles et elles s'empressaient vers moi. J'étais au milieu de la cave et elles m'entouraient, me transperçaient de part en part. Et pourtant, elles étaient encore ailleurs. Sous mes pieds.

N'écoutant que mon inconscience plus que mon courage, je m'agenouillai et collai mon oreille au sol tel l'homme préhistorique traquant le diplodocus ou que sais-je avec un nom en latin.

Et les voix étaient bel et bien là, sous l'humidité du parterre. Je me relevai d'un seul homme, moi.

Puis la lumière s'est tue…

Depuis, j'appelle toutes les nuits, je crie ma détresse à qui veut bien la croire, je hurle en chœur avec les voix de mes colocataires.

Mais essayez de vous faire entendre, vous, avec de la terre plein les poumons…

3 octobre 2009

Autrefois, les gens parlaient distinctement, à l'heure d'aujourd'hui, il faut, sans cesse, leur demander de répéter (Papistache)

Dieu qu’elle est gentille, MAP. Il faut le dire, c’est vrai, je l’aime bien. Pourquoi ? L’amie-MAP me semble parée de l’étoffe qui couvre ceux qui reviennent de loin. Oui, elle est gentille MAP, cependant elle voudrait m’obliger à veiller afin de saisir les bruits de ma maison. D’où tenez-vous, MAP, que ma maison serait emplie de bruits et de fureur ; ma maison est muette... ou je suis sourd. Oyez, chère MAP, que je m’endors dès que je prends la position horizontale. C‘est si vrai que je fais l’amour debout. Une chambre à l’hôtel du Lion d’Or, chaque soir, j’y goute le sommeil du juste, ou du niais... mais j’y loge. Sûr, je vous trouve gentille, MAP ; c’est vrai, je vous aime bien, mais comment voulez-vous, amie-MAP, qu’à l’intérieur d’un si petit texte, je parvienne à glisser un si gros animal que ce terrible lézard herbivore ? son nom peut-être — je crois qu’il y est— mais le saurien, non, c’est trop... et plus que de la moitié.

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