Depuis le temps qu’il attendait, Olivier commençait à trouver le temps long ! Pourquoi l’avait-on amené dans cette pièce inconnue de lui et comment se faisait-il qu’il se retrouvait complètement dévêtu sans avoir aucun souvenir de s’être déshabillé –et pourquoi l’aurait-il fait !- Par réflexe il avait tout juste réussi à dissimuler sa virilité derrière un chapeau breton qu’il avait trouvé sur un portemanteau. Mais surtout, surtout il ne réalisait pas pourquoi on lui avait collé sur la poitrine un panneau de tissu qu’il n’arrivait pas à enlever, ne trouvant aucune prise possible, et qui représentait le haut d’un écorché ! Mais quelle horreur ! Qu’est ce qu’on lui voulait ! Qu’avait-il bien pu faire pour se retrouver dans cette pénible situation ? Non, décidément, rien !!! Il ne se souvenait de RIEN ! Quelle angoisse ! Il était totalement déstabilisé, perdu, l’esprit vide ! Dans la pièce éclairée par des plafonniers aux abat-jour bizarres en forme de chapeaux melons et de chapeaux hauts de forme le seul décor était un tableau qu’Olivier venait de découvrir, occupé qu’il avait été jusqu’à présent à essayer de se débarrasser de cette toile qui lui recouvrait la poitrine ! Ce tableau, mais, mais ….. !!!! Ce tableau représentait –Olivier crut défaillir …- ce tableau le représentait LUI, dans l’exacte situation où il se trouvait : on le voyait positionné de travers comme si le peintre avait saisi le malaise qui le faisait vaciller ! Tout y était : le portemanteau, les lampes chapeaux, jusqu'à ce couvre-chef breton dont Olivier s’était couvert ! Mais en plus, en arrière plan, il y avait une main, une énorme main !!! ……………………………………………………………………………….. Olivier n’eut pas le temps d’observer d’avantage ce tableau énigmatique car une porte venait de s’ouvrir et trois hommes apparurent, vêtus, coiffés et masqués de blanc. Olivier tétanisé par la peur ne put prononcer un seul mot ! …………………………………………………………………………………. - Allez mon vieux à toi l’honneur ! - Mais… vous croyez que je vais y arriver … c’est la première fois que je vais … - Mais oui, t’en fais pas. Tu n’as qu’à suivre les dessins. Regarde tout est prêt ! - Bon, d’accord ! Vous avez la trousse à outils ? - Bien sûr, c’est Roger qui l’a préparée ! Y’a tout c’qui faut ! - Alors, on l’endort ? - Penses-tu ! C’est un costaud, il tiendra le coup !
……………………………………………………………………………………
C’est ainsi qu’Olivier, étudiant en première année de médecine et qui la veille avait fêté avec ses camarades l’enterrement de sa vie de garçon –ce qui implique une soirée extrêmement bien arrosée -s’est retrouvé piégé dans cette pièce au décor plus qu’étrange ! Quand il reprit ses esprits sous les rires de ses compagnons d’étude qui s’étaient démasqués, il se retrouva avec la poitrine tatouée comme sur le tableau qui pendait au mur et ceci à la suite d’un pari ridicule qu’il avait bien entendu perdu !
……………………………………………………………………………………………… On ne lui dit pas tout de suite qu’il s’agissait de simples décalcomanies !!!
Un chapeau, une main, un homme. Quel homme ? Un porte-manteau, une main, un corps. Quel corps ? Le corps d’un homme. Son anatomie cachée. Son torse ouvert. Par qui ? Des chapeaux. Melons et hauts de forme. Pour qui ? Des hommes. Olivier qui trouvait le temps long ? Pas de parapluie, le temps n’est pas pluvieux. Le temps est au vent, les chapeaux volent. Un vol de chapeaux ? Noirs comme des corbeaux. Un homme, une main. Une main qui ne salue pas. Le dos d’une main. Mais un homme de face. Avec une moustache. Rousse. Rousse… Mais où sont les femmes ? Sous les chapeaux ? Une main magicienne ? Qui tire des lapins, qui tire des colombes Qui ouvre des hommes Et cache leur sexe Avec des chapeaux. Un corps qui lévite Auprès d’un porte-manteau… Et mes mots qui déraillent en écho.
Olivier commençait à trouver le temps un peu long... Il en venait presque à regretter d'avoir accepté ce job d'Aiguilleur du Temps tant il trouvait son travail routinier. D'un
autre côté, tout ce qu'on lui demandait c'était d'être ponctuel, fiable
et répétitif.... en quatre mots, Que Ca Tourne Rond. Passé 'Stetson'
et juste avant de pointer 'melon Charlot' il ressentait toujours comme
une gêne au creux de l'estomac qui le démangeait violemment au point
qu'il n'avait qu'une hâte... atteindre le 'claque' au plus tôt. C'est
pourquoi dans sa précipitation, le changement de galure faisait plus
souvent cinquante minutes qu'une heure, vu qu'il avait été nommé au
poste de petite aiguille. Un canotier de passage lui souffla qu'il devait faire une crise de démon de midi et qu'à celà il n'existait aucun remède. Tout
ceci agaçait la Main au plus haut point car dans ces moments-là,
l'organe affecté à la grande aiguille était forcé d'accomplir son tour
plus vite qu'à l'habitude, au prix de fourmillements désagréables aux
extrémités. Olivier eut beau prétexter en lissant sa moustache une
sombre histoire de conflit entre forces centripète et centrifuge, rien
n'y fit: la main fourmillait quand Olivier fringalait, tant et si bien
qu'on dût faire venir à grand frais un maître horloger de Panama avant
que le mécanisme ne se prenne en grippe. L'expert balança un moment, bava des ronds de chapeau avant de diagnostiquer une inflammation chronique de l'axe
abdomnial et prescrivit des cataplasmes de Kouign Amman dont il farcit le chapeau rond. L'axe
bien beurré, Olivier retrouva assez vite un haut de forme et une
certaine régularité pour le plus grand soulagement de la Main; pourtant
ce régime demi-sel l'amaigrissait d'heure en heure et il devait
envisager une reconversion au plus tôt. Il avait entendu parler d'un
poste d'Aiguilleur vacant sur une horloge maghrebine et l'idée de se
frotter à une main de Fatma et quelques chechias ne lui déplaisait pas;
il se promit de descendre à 'Ascot'... enfin à deux heures!
Un
jour il est né, les pieds coincés dans la terre en tentant, à chaque
moment, de s’envoler le plus haut possible pour pouvoir éparpiller sa
vision. Il semble tellement s’ennuyer, qu’il n’a pas d’autre choix que d’être très créatif. Ses
vues délirent au fur et à mesure du temps qu’il passe à nos côtés. Il
nous observe, nous étudie et arrive quelques fois à une conclusion
rudimentaire sur notre existence si perturbante pour lui.
Son regard perçoit notre main qui le rend peureux. Cette main est parfois si méprisante pour lui, si agressive et nuisible envers lui. Épisodiquement, heureusement, il sait que nous lui sommes avantageux aussi. Il doit se libérer de ses nombreuses créations d’olives. Là, le joli petit arbre est heureux de nous les offrir, ce qui semble nous rendre joyeux de les avaler. Joli Olivier, il essaie d’analyser notre corps pour voir ce que ses petites filles deviennent dans notre estomac. Il reste perplexe… elles tournent dans tous les sens dans notre corps. Et puis ? Nous rendent-elles créatifs ? Que sont elles devenues ? Il ne les voit pas sortir de notre corps…. par où ? Comment ? Notre corps lui apparaît fini après nos intestins… L’olivier n’est pas suffisamment observateur, ou un peu trop timide à mon goût. Il ne voit qu’une espèce de chapeau qui nous coupe en deux. Que sont elles devenues ses petites Olives ? Il nous aperçoit comme les inventeurs de ces
chapeaux si bizarres. Mais il y en a tellement ! Autant que ses accouchements d’olives. Ces chapeaux ne peuvent être que la transformation de ses jeunes filles. Pauvre Olivier, le voilà bien déçu de l’œuvre que nous accomplissons avec ses olives. Elles lui semblent tellement inutiles ! Des chapeaux !!!
Olivier ne peut en conclure que notre vie est bien inutile sur cette planète. Nous lui semblons tellement égoïstes pour rien. Il aurait préféré que ses olives tombent tout seules parterre et repoussent bien plus souvent. La
planète serait tellement plus agréable et moins stupide à contempler !
Grâce à ça, sa vision aurait pu être bien plus large avec le temps.
Je reviens tout de suite, avait dit
Odile, cinq minutes, montre en main. Et elle avait laissé l'acte en
suspend.
Sans hésitation, elle avait attrapé
de sa main gauche son chapeau vert de gris en velours brossé,
rehaussé d'un galon de satin noir et d'une boucle ocre, qu'elle
avait précieusement déposé sur le troisième crochet du
porte-manteau en entrant, et de sa main droite un des couvres-chefs
préférés d'Olivier, le feutre anthracite en velours souple, doublé de
rouge . Mais, peut-être plus troublée que d'habitude, elle avait
déposé le sien sur l'anatomie d'Olivier et celui de ce dernier sur
sa propre tête, avant de se précipiter hors de la boutique,
Resté seul, le chapelier constatant
l'erreur de sa maitresse hésita à la héler, partagé par le désir
de retrouver son chapeau préféré et la peur d'être retrouvé dans
une position aussi délicate. La peur l'emporta et l'élégant jeune
homme resta silencieux, s'efforçant de demeurer totalement immobile,
ne bougeant pas un orteils, pas un doigt et priant pour que personne,
ne l'apercevant pas derrière sa caisse, n'ait l'idée de venir lui
prêter main forte.
Toutefois, il pestait intérieurement
: « C'est toujours la même chose! Elle a une urgence à
chaque fois! Personne d'autre ne peut se charger de ce genre
d'opération bon dieu? Et il ne manquerait plus que quelqu'un
mette la main sur mon magnifique stetson! Pourvu qu'il ne lui glisse
pas des mains! Pourvu qu'elle s'aperçoive de son erreur et qu'elle
revienne! »
Ah! C'était bien la dernière fois
que le prenait à fricoter avec un chirurgienne!
Olivier commençait à trouver le temps un peu long. A vrai dire, il attendait depuis trop longtemps maintenant la jeune femme qui lui avait donné rendez-vous dans ce café sans lui fixer le jour exact de sa venue. Cela faisait plusieurs jours déjà qu’il venait à l’heure dite s’asseoir près de la fenêtre dans ce bistrot dont la vue donnait sur les quais humides. Aujourd’hui, c’était la Saint-Médard et il pleuvait.
Il aurait pu mettre sa main à couper que, quarante jours plus tard, il pleuvrait encore dans ce port breton où il avait amarré son bateau. Par contre, que celle qu’il avait surnommée « la truite » serait devenue alors sa maîtresse, ça il commençait à en douter sérieusement. Cela faisait trop de temps maintenant qu’il venait boire son jus tout près du perroquet où pendaient les chapeaux des clients.
Il se sentait gros Jean comme devant. Et pourquoi d’abord devait-il se mettre la ceinture alors que, dans une rue derrière, il l’aurait juré, il y avait de la demoiselle de bas étage qui n’attendait que ça, l’amour à la « vas-y papa », des reines de l’allumette polka qui se bougeaient les fesses pour bien moins que trois cent millions.
Mais Olivier préférait attendre encore. Quand on va chercher de l’or, on ne s’arrête pas auprès de la première marchande de poisson venue pour contempler son nombril en forme de cinq, on ne va pas au bal des gens de maison faire la jolie foire, courir les quatre jupons ou écouter la complainte des filles de joie.
Il avait rencontré la belle Arabelle chez les barons de Ballencourt. L’étrange concert de Marie Scandale, la violoncelliste, avait été suivi de la Bacchus-bourrée qu’Eugénie de Beaulieu avait dansée près de la pendule. Puis ce fut la complainte mécanique des boîtes à musique d’Arabelle qui scanda les mouvements lascifs de Dolly 25 pendant qu’elle faisait du strip-tease.
Tandis que les autres messieurs dansaient, tout en restant sagement assis, la gavotte des bâtons blancs que retenait mal leur Eminence, lui avait flashé sur l’élégante musicienne qui faisait sortir de la boîte à Pandore les quatre vents de la beauté.
Et maintenant, c’était la chanson pour un jour de pluie ! Un monsieur attendait la souris d’Angleterre, la reine des Amazones qui lui posait lapin !
Olivier s’énerva. C’était la première fois qu’on le traitait ainsi. Tout en glissant un billet dans la soucoupe, il ramassa sa page d’écriture, salua ses compagnons des mauvais jours et sortit dans la nuit.
Ici, deux fins possibles :
1) Olivier William se rend dans l’établissement louche évoqué plus haut. Le boxon porte l’enseigne du « Bateau-lavoir ». A l’intérieur, son choix se porte sur une prostituée prénommée Barbara mais avant qu’il ait pu dire quoi que ce soit, quelqu’un s’interpose. C’est un grand marin noir. Olivier craque. Il lui donne des coups de parapluie, le pugilat dégénère : le marin lui tranche la gorge d’un coup de rasoir. Bonjour l’assassinat ! Le commissaire réclame une autopsie et on emmène le corps à la morgue. Là, par pudeur pour la jeune stagiaire Tiphaine Le Dantec qui s’écrie « Jésus Marie Joseph !» en voyant arriver ce qui reste de monsieur William, Patrick, l’Irlandais du service, pose son chapeau breton sur le bâton blanc d’Olivier.
2) Olivier Lepetit, retraité breton, rentre chez lui. Son bateau s’appelle La Marie-Joseph. A bord, sa femme l’attend dans son grand lit blanc. - Bonsoir mon grand ! lui lance-t-elle. Quelle chanson es-tu allé vivre aujourd’hui ? - Un monsieur attendait ! Et toi, qu’as-tu fait ma douce ? - Oh moi ! Monsieur Lepetit le chasseur, comme d’habitude !
Il va se laver les dents, enfile son pyjama, s’allonge et elle n’a pas le temps de lui chanter « Frère Jacques » qu’il est déjà endormi.
- Chef ! Chef ! Chef ! - Hm… ? - Un nouveau macchabée ! - Ah ! Enfin ! - … - Oui, non… enfin… c’est que je commençais à trouver le temps un peu long, quoi… - … - Non… c’que j’veux dire… comment… c’est que… - … -
Ouais. Bon. On patauge, de toute façon, dans cette saloperie d’enquête…
alors un mort de plus ce sera peut-être des indices nouveaux, une
piste… et bon, d’un certain point de vue, si on réfléchit bien, c’est
pas QUE une mauvaise nouvelle. Enfin pas pour tout le monde, disons.
Enfin… vous voyez, quoi… Non ? - Non. - … - … - OK. Bon, allons-y. Je
m’appelle Olivier. Commissaire Octave Olivier. Tout le monde croit
qu’Octave c’est mon nom de famille, mais en fait non. J’enquête depuis
deux mois maintenant sur celui que la presse nomme déjà « le tueur au
chapeau melon ». Putain d’journaleux… Je leur avais bien dit, de pas le
répéter, le truc du chapeau… c’était le « détail secret » qui devait
nous permettre de trier le bon grain et l’ivraie, les torchons et les
serviettes, les confitures et les cochons, les affabulateurs et le
tueur… Mais fort heureusement j’avais pas mis tous mes œufs dans le
même panier et j’avais encore des cordes à mon arc ! Et cette fois,
c’est pas avec un coup à boire et une promesse de rancard avec la fille
de la météo que j’allais leur redonner du grain à moudre, à ses
charognes ! C’est que notre meurtrier se contentait pas de poser un
chapeau melon sur le sexe de ses victimes préalablement dénudées… Ah
ça, non… un vrai détraqué ! Il leur coupait une main, qu’il remettait
ensuite soigneusement en place. Tellement soigneusement, d’ailleurs,
que la première fois on n’avait pas remarqué… C’est sur la table
d’autopsie que le légiste s’est aperçu qu’il manquait un bout à son
cadavre. Pour pas avoir d’emmerdes on a prétendu que notre tueur avait
dû l’emporter comme trophée, mais du coup les criminologues se sont
arrachés les cheveux sur leur profil quand on a fait gaffe et signalé
la bizarrerie de la main « recollée » dès la deuxième victime. Bref.
Un drôle de gars, notre tueur… Ah, oui ! Et aussi il éventrait ses
victimes. Un détail qui a son importance, si l’on considère que
contrairement à la main, qu’il remettait précautionneusement à sa
place, il laissait les poitrails de ses victimes grand ouverts et tout
en vrac dedans. Ce nouveau corps qui venait d’être découvert
serait sa cinquième victime. En arrivant sur les lieux, un de mes
inspecteurs est venu à ma rencontre : - Ah, commissaire… c’est pas joli-joli ! - C’est jamais joli-joli, la mort, Truche. J’aime
bien faire ce genre de réponses sur un ton un peu sombre, qui pose bien
le personnage : j’en ai vu d’autres, je suis blindé, mais pour autant
pas indifférent… Bon, bien sûr, ce con de Truche aurait pu choisir
mieux que « joli-joli », mais que peut-on vraiment attendre d’un gars
qui s’appelle Milo Truche, hm ? - C’est encore un coup du tueur au chapon rond. - Melon. - Hein ? - Deux… - Quoi ? - Rien. C’est pas « rond » mais « melon », le chapeau. -
Ah, pardonnez-moi commissaire, mais mon beau-frère est chapelier à
Rennes et il m’a très bien expliqué la différence entre le chapeau rond
et le chapeau melon et là… Pendant ce temps on était arrivés près du corps. Nu, éventré, main coupée et repositionnée, sexe recouvert d’un… - Merde ! C’est un chapeau rond ! - Oui, vous voyez commissaire, c’est… - Truche, pourquoi vous m’avez fait venir ? - Hein ? - Deux… - Quoi ? J’ai
pas pris la peine de répondre. J’ai tourné les talons et quitté cette
scène de crime sur laquelle je n’avais rien à faire. Cette affaire ne
dépendait pas de moi : il s’agissait de toute évidence d’un nouveau
meurtre du tueur breton, pas de mon tueur au chapeau melon.
Olivier commençait à trouver le temps long et se mit à étirer l'élastique de l'épais dossier. Rouge. Ventru et boursouflé. Aussi haut que ces heures d'ennui et d'obstination en british sans l'accent d'Oxford. Il leva la tête vers l'écran géant sur lequel se détachaient la bedaine presque séduisante, sous la chemise immaculée et italienne, du Directeur adjoint de la maison mère Lost or No costs et le sourire enjôleur de Mrs Drumond. Les minutes avaient dû se déstructurer entre Ottawa et Paris. Quand tous se levèrent, l'heure discrète de sa Baume et Mercier indiquait qu'il allait bientôt être quatre heures du mat.
Le défaut de murmures d'oiseaux le réveilla. Il habitait usuellement assez loin, au-delà du croissant de bois du Nord parisien. Il souleva les lamelles métalliques de la persienne. La Défense était vide, ni balayeur, ni travailleur matinal. La grande dalle claire s'étendait sur la ligne franche dessinée entre les Champs et le début de Nanterre, ses jardins, ses passerelles en bois et son cimetière. Il se dirigea vers la douche, privilège de haut et jeune gradé et enfila l'un de ses costumes de rechange. Un Boss discret. Un café, où il tremperait un muffin industriel, calmerait sa faim. Les deux plateaux repas qui avaient accompagné les réunions de 13h et de 20h15 étaient infects et toujours intacts, le dernier tour de vis de la division contrôle des coûts à n'en pas douter. Il franchit le sas d'entrée après avoir salué le gardien de nuit. Il ne ressentit pas la moindre sensation de froid en s'aventurant sur les rectangles ordonnés, un vent tiédi par la nuit s'étiolait contre les lignes cassés des tours et de l'arche immaculée.
Assis sur un banc, il n'avait pas encore sorti de son emballage le muffin pâteux à l'arrière-goût de chocolat. Il avait juste posé le gobelet rempli de café clairet à côté de lui. Soudain, une voix toute proche. Il se tourna vers la gauche. Un vieillard était assis à ses côtés, souriant. La première chose qu'il remarqua fut le melon impeccable qui coiffait sa chevelure argentée. « C'est mon oncle. Vous regardiez bien mon chapeau, n'est–ce pas ? Il me l'a offert jadis. Enfin mon oncle... Un homme qui habitait plus haut dans la rue et qui l'avait confectionné. Il tenait une boutique rue Lepic. J'avais quatorze ans quand j'y suis entré comme commis. Lui avait repris l'entreprise d'un Aristide Bombec, un Breton arrivé sur le tard ici et qui avait avant racheté le pas-de-porte puis les murs à... La mémoire me joue parfois des tours. » Le vieillard se courba un peu sous la chiquenaude de la brise matinale. « Bref, je vends des chapeaux depuis la nuit des temps. » Et sa voix sembla se briser. Il tendit le noir couvre-chef à son voisin. Celui le caressa ; apprivoisant doucement le feutre lustré. Il leva les yeux, à nouveau étonné : pas une âme, pas plus près du métro que du trio de statues colorées et futuristes. Il s'attarda sur le balancement grinçant d'une grue de chantier, jaune, et les dernières années de sa vie laissèrent place à des senteurs de voyages, des bruits d'arrière-boutiques emparcheminées, un parfum de canopée.
Quand il ouvrit les yeux, l'étrange vieillard avait disparu, il se leva et se dirigea vers la façade vitrée et impeccable de l'entreprise d'audit qui dévorait sa vie. Un coup sur l'épaule gauche le fit vaciller alors que la double porte s'ouvrait en glissant. Il découvrit, roulant à ses pieds, un chapeau melon d'un anthracite presque noir. Il le ramassa, avisa une tache et voulut sortir un mouchoir pour l'épousseter quand il trouva un papier plié en huit au fond de sa poche. Il le déplia et découvrit une feuille officielle recouverte de pleins et déliés vieillots, griffés à l'encre violette. Il ne se retourna pas. Il savait qu'un vieillard, tête nu, l'observait, un vieil homme appelé Casimir Carens. Ou alors Aristide Bombec ? Et que cet inconnu lui léguait à lui, Olivier Darsin, une minuscule chapellerie montmartroise, en contrebas du Moulin de la Galette.
Une semaine plus tard, au 33, rue Lepic, le jeune homme fraîchement licencié manu militari ouvrit pour la première fois la devanture du « gai galure ». Un mois après, il découvrit, dans la réserve du fond, une porte soigneusement dissimulée. Quelques marches de pierre menaient à un cabinet de curiosités déjà correctement pourvu.
Un an passa. M. Olivier Darsin fermait pour la première fois sa boutique pour une période de vingt-huit jours. Dans sa poche un billet pour le Laos, sur sa tête un chapeau melon.
Olivier commençait à trouver le temps un peu
long : figé devant ce tableau, il ne savait trop où donner de la tête,
qu’est-ce qu’il avait bien voulu dire cet artiste avec tous ces
couvre-chefs ?
En règle générale, il avait plutôt la tête
près du bonnet ; Olivier, mais là, vraiment, il avait beau creuser, il
n’arrivait pas àtrouver un sens commun
à tout ça. Il avait pas le melon, il finissait par en avoir sa claque de tous
ces galurins. Et l’autre là, avec son chapeau breton placé au bon endroit, il
manquait pas d’air !
Et puis après tout, est -ce que c’était si
important que ça de savoir ce qu’il avait voulu dire, l’artiste ?
Olivier décida d’arrêter de se mettre la rate
au court-bouillon et de passer la main. Il reviendrait demain ou… plus tard.
Olivier commençait à
trouver le temps un peu long...
Il se voyait allongé à
plat dos, le thorax grand ouvert à la façon d’un
écorché. Cependant, il gardait un regard confiant,
l’air presque enjoué. Une main gigantesque, aux ongles
propres et coupés court obstruait son champ de vision… Une
voix derrière lui répétait : « Chapeau…
chapeau… chapeau… »
Depuis le temps que son
médecin et néanmoins ami, lui serinait de faire
attention à son taux de cholestérol… Lors de sa
précédente visite, une phrase s’était gravée
dans sa mémoire : « Chapeau !... Tu viens
de gagner le gros lot : une magnifique intervention de deux ou
trois heures avec à la clé un double ou triple pontage
coronarien !
Adrien dépassa la
station de taxi et chercha à nouveau le 50 bis de la rue des
chapeliers. La soirée était très avancée
et il avait hâte d’en finir avec cette livraison. Il n’aimait
pas ce quartier, crasseux et rebutant, le « cœur
historique » comme aimaient dire les guides touristiques,
le ventre débordant aux chairs décrépies d’une
ville vieillissante pensa t’il plutôt. Il immobilisa son
scooter et fit quelques pas, le regard à hauteur de plaque de
rue. Il arrivait quelquefois que les adresses ne correspondent à
rien de réel, il lui fallait alors remplir une fiche,
retourner dans les locaux de la société qui
l’embauchait, perdre un temps infini à établir un
rapport complet et à préparer le renvoi vers le
destinataire. Il examina une nouvelle fois le colis : M René
M, 50 bis rue des chapeliers. C’était un paquet volumineux
mais léger, d’une forme assez particulière cependant,
une sorte de grosse pipe dont la courbe s’épanouissait avec
grâce. Le bruit d’une porte raclant lourdement le sol le fit
soudain sursauter, quelqu’un titubait sur la contremarche d’une
coursive qui s’enfonçait vers ce qui semblait être
l’arrière cour du numéro 50. Une arrière-cour,
bien sûr, pensa Adrien. L’homme devait avoir dans les 35 ans,
le regard vitreux, le verbe fort, ivre sans aucun doute. «
Olivier commençait à trouver le temps un peu long »
répétait-il sans cesse. Pauvre gars. Adrien ramassa le
chapeau du gaillard, un borsalino qui avait vécu, et le lui
rendit avant de s’enfoncer dans l’étroit couloir.
Echoué dans une
chaise en rotin un vieil homme prenait un bain de lune. La petite
cour avait du charme. Des vêtements se balançaient sur
une corde à linge tirée entre un lampadaire et un
porte-manteau perroquet. Adrien esquissa un sourire. C’était
une garde robe singulière, queues de pie et autres jaquettes à
boutons dorés s’étalaient en alternance avec quelques
lampions de couleur qui éloignaient la nuit.
- Vous êtes la
nouvelle femme de chambre ? demanda le vieil homme
soudainement tiré de sa rêverie.
- Le livreur, répondit
Adrien.
- Il faut épousseter
les hauts de forme en les exposant à la clarté de midi,
lui ordonna t’il en lui épinglant à la boutonnière
un petit bouquet de violettes.
Un doux-dingue pensa
Adrien en rentrant dans la maisonnette pour y déposer le
colis.
Le tableau fut la
première chose qui attira son regard. Une somptueuse robe de
taffetas blanche et cette femme sans visage qui semblait attirer à
elle toute la lumière du monde. Puis le jeune-homme vit les
chapeaux, des dizaines, des centaines, de tous les styles mais
invariablement noirs.
Il s’approcha de la
table pour poser son encombrant paquet et son regard fut à
nouveau attiré par l’adresse. M René M, 50 bis rue
des chapeliers fous…des chapeliers fous…un frisson d’angoisse
l’empoigna et il se retourna pour bien vite repartir.
Repartir, repartir….voilà
que ses jambes semblaient ne plus vouloir repartir. Et que faisait
cette rangée de chapeaux melons en dessous de lui….et ses
fanfreluches blanches soudainement apparues sur ses bras. La robe
blanche, la robe blanche l’enlaçait, le ficelait,
l’emprisonnait.
Dans son tableau, Adrien
allait trouver le temps un peu long…
Olivier commençait à trouver le temps un peu long…
Il était tard ; dehors, il faisait déjà nuit, et çà faisait bien deux heures qu’il marinait dans cette salle d’attente parfaitement déserte de ce psychiatre renommé.
Pas l’ombre d’une revue féminine à se mettre sous les lunettes…Point de secrétaire accorte et court vêtue et surtout ce silence …
Dans un coin de la pièce ce porte manteaux d’un autre âge où le patient précédent avait oublié son chapeau.
Sur le mur blanc, faisant écho au porte manteaux, des chapeaux ronds, sur ce tableau lui rappelait Magritte, avec cette main , ce corps ouvert, à peine caché par un chapeau breton .
Il s’était approché du tableau pour y chercher une explication. Il crut y voir la signature minuscule du médecin . De l’arrière du tableau , se décolla un morceau de papier sur lequel était griffonné au milieu d’un cours manuscrit de psychiatrie cette seule phrase lisible soulignée « vous avez fait médecine pour toucher des corps nus ! »*
Et toujours ce silence et ces murs blancs.
Impossible de se concentrer sur son livre : la vie mode d’emploi de Perec.
La porte capitonnée du praticien ne laissait filtrer aucun bruit , mais ce silence devenait inquiétant.
Et s’il était mort ? Et si le bon docteur était en train de découper le cadavre du malade précédent pour le faire disparaitre ?
Armé de son seul courage et de son parapluie,** il se décida à frapper à la porte du praticien et à entrer malgré l’absence de réponse.
Allongé sur son divan, le médecin s’offrait une sieste probablement réparatrice, et s’il ne ronflait pas malgré sa corpulence, c’était parce que, dans son sommeil, il suçait son pouce...
Comme c'est un peu long, je vous propose la lecture en plusieurs chapitres, ainsi c'est à loisir.
«le voleur de chapo n’a ca bien se tenir »!
Voici le billet, que monsieur Viscère vient de trouver par terre, après avoir ouvert la porte de sa classe puis les 2 fenêtres qui donnent sur la coure de récréation des filles.
Les
élèves rangés en file indienne, étaient entrés silencieusement dans la
grande pièce froide, de 2 jours sans chaleur. Certains se dirigeant
rapidement vers le fond de la classe où attendait une enfilade de
portes manteaux. Les autres, déposant en passant devant le vieux poêle
toussotant, leur contribution au chauffage de la journée. Quelques uns
étaient allés ranger la précieuse cantine contenant pour la majorité
d’entre eux, un
maigre repas fait d’un sandwich du poulet de la veille entre deux
tranches de pain rassis, et une pomme flétrie. Mais surtout, une fois
assis, aucun ne levait les yeux, afin de ne pas croiser le regard du
maître, de peur de lui déplaire en attirant son attention par un
tonitruant
–« n’avez-vous pas mieux à faire » ?
Qui se terminait inévitablement par un
-« venez donc nous expliquer au tableau,
ce
qui vous rend si fier » !
Et vlan, ça n’avait pas manqué.
Tiphaine le cancre, avait une nouvelle
fois, essuyé les foudres de colère de monsieur Viscère. Cette fois-ci il
n’avait pourtant rien fait de mal, trop attentionné qu’il était de se faire oublier. C’est donc très
appliqué, qu’il écrivait de son mieux sur le tableau noir, prenant mille et une
précautions pour ne pas casser la jolie craie blanche ou la faire crisser de
douleur tant il était concentré…. Qu’il réfléchissait bien longtemps avant de
risquer à répondre. Mais cela était trop long au gré du maître. Alors, c’est
une fois de plus les bras derrière le dos, un bonnet d’âne sur la tête, qu’il
allait passer le quart d’heure de récréation en punition dans la classe, au
lieu de se joindre à la bande des rouges qui passeraient une tannée à ces
guignols de CM1
Accroupi depuis maintenant une bonne demi heure, Olivier,
un des jeunes élèves de mademoiselle Lajoie, commençait à trouver le temps un
peu long ! Pas signe de son ami Tiphaine élève en CM2 transition. Pourtant, c’était bien après la récréation
du matin qu’il lui avait donné rendez-vous derrière les pissotières !
-« Pour
sur, on ne viendrait pas les chercher là ». Pendant ce temps, ils auraient
tout loisir de mener leur enquête. Tiphaine ayant, parait-il, rédigé un tract
pour effrayer le voleur.
Depuis qu’il
avait entendu son père relater les exploits des « brigades du tigre », Olivier
n’avait qu’une chose en tête, devenir l’un des leurs. Tout prétexte était bon
pour mener l’enquête. Hors voilà, que l’autre après-midi, en suivant à la
dérobée le groupe des jeunes hirondelles du Sacré Cœur de Marie, il avait
entendu l’une d’elles raconter que l’intendant du collège se plaignait depuis
quelques semaines de voir disparaître un à un ses précieux couvre-chef ! Il
n’en fallait pas plus à Olivier pour se sentir l’âme d’un justicier. Seulement
voilà, son ami n’arrivait pas.
2ème épisode
Il ne faut pas que l’affaire s’ébruite. Les mains dans les
poches, Monsieur Viscèrefait les cents pas sous le préau. Il tourne et retourne le petit
carton. Ce ne peut être qu’un de ces vauriens de redoublants qui en est l’auteur. Bien
sur, il a sa petite idée pour confondre le coupable, mais reste interloqué par la
férocité du contenu. Quand la cloche sonne.
–« c’est quand
même terrifiant, cette photo d’un homme dépecé de la sorte».
Pense-t-il en demandant à Tiphaine de regagner sa place
--« messieurs, ouvrez votre cahier de
dictée… je vous préviens, cette note comptera double sur le bulletin
trimestriel. Faites de votre mieux… bien que pour certains, ce soit pure utopie ! »
Mademoiselle Lajoie, est un rayon
de soleil pour qui la regarde.De taille moyenne, elle porte de
jolies robes fleuries, qui donnent un air de fête à la classe qu’elle occupe.
Mais surtout, il flotte dans son sillage un parfum de vanille qui éveille les
sens déjà bien agités des jeunes élèves pré pubères ! Seulement, en fonction
depuis 2 ans, elle n’est pas familière des filouteries des garnements du
pensionnat. C’est ainsi que le cours suspendu par la sonnerie de la récréation,
reprend sans qu’elle ne fasse attention à l’absence d’Olivier.
-« … Point
final. P0sez vos crayons, je relève
les cahiers».
Les bras croisés sur son pupitre, Tiphaine n’en mène pas
large.
Il a bien compris que
le maître savait, et voulait le confondre.
Et puis, il y a son
ami Olivier qui doit l’attendre.
Comment se tirer de
ce mauvais piège ?
Quand soudain le
beffroi se met à carillonner, couvrant les cris de détresse d’une voix
lointaine qui crie -« ..Au feu, au feu…. Evacuez les salles de classe, tous dehors,,,, Au feu, au feu … » Dans la panique et la précipitation tous quittent la classe au plus
vite, sans s’apercevoir de la disparition de Monsieur Viscère. Ce n’est qu’en
fin de matinée, que tous les élèves regroupés au centre de la coure de
récréation, accompagnés de leurs enseignants, entendent la petite voix innocente
d’Oliver s’écriait. -« Mais où est Monsieur
Viscère » ?
Suite et fin du 3ème
épisode
Prostré devant l’amoncellement de grava
et de cendres fumantes,
les pompiers intervenus au plus vite, se
félicitent d’avoir maîtriser l’incendie qui aurait pu s’étendre aux étages supérieurs du prieuré.
Mademoiselle Lajoie, entourée de tous ses élèves, pleure d’inquiétude la
disparition tragique de son collègue. Quand le directeur, propose à chacun de
se rendre dans les dortoirs afin d’y faire une sieste réparatrice.
Les élèves rangés en file
indienne, montent silencieusement le grand escalier qui donne sur les combles,
quand en passant à l’étage des enseignants, ils aperçoivent par une porte entre
baillée, la silhouette de monsieur Viscère agenouillé parmi d’innombrables
chapeaux à même le plancher, devant un coffre en osier.
Dans la malle reposent la cagoule de Poupoune, le
couvre-chef de Papistache, la casquette de Walrus, le petit bonnet en laine de Map, la chapka de bibi,
le berret d’oncle Dan, le casque de Sebarjo, le turban de Tilu, la capuche en laine de Caro, la coiffure en moumoute du cap’taine lili, la
cornette de Teb, le foulard de Tilleul, le képi de Seb, le galure de Joye, le
melon de Zigmund, le feutre de Joe Krapov,
le canotier de Berthoise, et tous les p’tits tricotés main d’Adi, la dame aux camélias, Adrienne, Aignel, Akel,
l’abbé Frapp0hasard, Alexandra, Alfred, Alice, Anthom, Armelle, Aude, Aurélie,
Borsolina, Brigou, Cacoune, Camille,
sœur Dominique, Cartoonita,
Popey, Cinderela, Citronnelle, Claire,
Miss Marpel, Claudie, Enriquea, étincelle, Fabeli,
le cap’taine Hadoc, Gilsoub, J. Valjan, Janeczka, Jaqlin, Jujube, Kloelle, Lorraine, Madame de Fontenay, Martine27, Miss-Ter, Babar, Ondine, Pandora, Don Camillo, PHIL, Pivoine, Plume Dame, Péponne, rsylvie, Sandrine, Al Capone, Stipe, Tiniak, Tiphaine, Val, Vanina, Vegas sur sarthe, Venise, Véron, violette7, Virgibri...
Un coup d’œil devant,
un coup d’œil derrière,
Olivier, rejoint par son ami Tiphaine,
presse le pas dans les ruelles de la
vieille ville,
Indifférent au reste des élèves,
sagement monter s’installer sur leurs lits
bras croisés sur la poitrine,
chaussures retirées pour ne pas froisser
les couvertures.
L’eau montait de toutes parts et personne ne se souciait du tableau.
J’en profitais pour m’esquiver le tableau sous le bras. En remontant la vallée vers le sud, je vis bien que la toile avait pris l’eau ; elle avait un drôle d’air. Le personnage central avait perdu son chapeau et une petite voix me criait : « À partir d’aujourd’hui toutes tes journées seront belles.»
L’homme nu surgit hors de la toile un chapeau à la main ; il quitta son perchoir et dégringola le sentier à ma rencontre. Il me salua et fit mine d’approcher.
Son seul luxe et sa pudeur, c’était ce chapeau qui masquait son sexe.*****
Ce rêve, à bien des égards, Venise, parle de votre relation complexe au père noël, dit le psychanalyste.
Nous terminâmes notre séance. Le psychanalyste s’approcha du porte manteau. Avec humilité, il prit son chapeau et sortit à moitié nu les tripes à l’air sous les rayons de juin en chantonnant : « Ils ont des chapeaux ronds vive les bretons. »