13 avril 2019

L'astrolabe (Adrienne)

 

Le mot chiffonne l'Adrienne depuis la première fois qu'elle l'a rencontré. Elle avait dix-sept ans et c'était dans une lecture imposée, La Reine morte, de Montherlant.

Son prof de français préféré - enfin quelqu'un qui était à la hauteur, après cinq années à s'ennuyer ferme et à ânonner du FLE avec une ignoble méthode audio-visuelle - son prof préféré, donc, à l'époque ne disposait pas des moyens actuels permettant de montrer tout de suite avec les copains g**gl* et wikisaitout n'importe quel objet, fleur, animal, pays ou personnage qui serait inconnu de ses élèves. A l'époque l'Adrienne a dû se contenter d'une définition genre "instrument pour la navigation" qui ne l'a pas du tout aidée ni à se représenter la chose ni à en comprendre le fonctionnement.

Aux pages 29-30 de son édition Folio de l'époque, l'Adrienne relit ce souvenir que raconte le roi, Ferrante, à son fils Pedro:

Pedro, je vais vous rappeler un petit épisode de votre enfance. Vous aviez onze ou douze ans. Je vous avais fait cadeau, pour la nouvelle année, d'un merveilleux petit astrolabe. Il n'y avait que quelques heures que ce jouet était entre vos mains, quand vous apparaissez, le visage défait, comme prêt aux larmes. "Qu'y a-t-il?" D'abord, vous ne voulez rien dire; je vous presse; enfin vous avouez: vous avez cassé l'astrolabe. Je vous dis tout ce que mérite une telle sottise, car l'objet était un vrai chef-d'oeuvre. Durant un long moment, vous me laissez faire tempête. Et soudain votre visage s'éclaire, vous me regardez avec des yeux pleins de malice, et vous me dites: "Ce n'est pas vrai. L'astrolabe est en parfait état." Je ne comprends pas: "Mais alors pourquoi?" Et vous, avec un innocent sourire: "Sire, j'aime bien quand vous êtes en colère..."

Et c'est une lecture qui continue de la mettre mal à l'aise...

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30 mars 2019

Y comme yacht (Adrienne)

 

Au moment où elle a perdu sa belle maison dans son vert paradis, l'Adrienne s'est dit, pour se consoler, qu'elle était libre d'aller s'installer ailleurs. Entièrement libre.

Cette pensée l'a étourdie pendant quelques jours. Que n'a-t-elle rêvé? Tout n'est-il pas permis quand on rêve? Du plus fou au plus modeste, comme un petit appartement à la mer, par exemple.

Deux ou trois réalités l'en ont dissuadée. D'abord - évidemment - le nerf de la guerre. Ensuite, la distance du lieu de travail, même si un jour ce travail prend fin.

Mais c'est en lisant des articles sur le réchauffement climatique qu'elle a définitivement enterré l'idée: il vaudrait mieux, si certaines prédictions se réalisent et si on pense tenir le coup encore une vingtaine d'années, s'installer à la montagne.

Ou alors carrément vivre sur un bateau.

Un de ces yachts qui se dandinent mollement dans le bassin d'Ostende, bien rangés côte à côte, des gros et des petits, des basiques et des somptueux.

Qui n'ont pas l'air de prendre la mer bien souvent, quand on voit comment leurs propriétaires s'y sont installés, en mode camping flottant.

Or, l'Adrienne adore le camping :-)

 

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02 mars 2019

Participation d'Adrienne

 

"Op één been kan je niet staan! " (1) disait le père de l'ami Luc VDK.
Or, il avait une jambe de bois.
Adolescent à l'arrivée des Allemands en mai 1940, il avait eu une jambe arrachée par une des rares bombes tombées sur notre petite ville.
Comme on voit, c'était un homme qui avait de l'humour.
Sa femme aussi, d'ailleurs, sans le vouloir.
Quand on sonnait à sa porte trop tard à son goût, elle disait, en parlant de son mari:
" Désolée, il est déjà démonté " (2)
 
(1) comme l'explique Walrus, en Belgique "pour vous convaincre de prendre un deuxième verre, on vous dira : On ne va pas sur une jambe !"
(2) "Hij ligt gedemonteerd"

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09 février 2019

R comme roturier (participation d'Adrienne)


La première fois que mini-Adrienne a entendu le mot roturier, c'était de la bouche de sa mère et exprimé avec un tel dédain qu'il rimait parfaitement avec ordurier alors elle n'a pas osé demander ce que ça voulait dire.

Peur d'entendre des choses qui auraient blessé l'oreille.

Heureusement, le petit frère n'avait peur de rien:

- C'est quoi, un roturier? il a demandé.

- C'est quelqu'un qui n'est pas noble, a dit la mère.

- Et nous, on est nobles? a demandé le petit frère.

La question était déplaisante, c'était clair: Bien sûr que non, a grogné la mère.

Et on a parlé d'autre chose. De ne pas mettre les coudes sur la table. D'une tartine à finir. Et de ne pas parler la bouche pleine.

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04 août 2018

C comme cochon (participation d'Adrienne)

Un petit cochon pendu au plafond,
Tirez-lui la queue, il pondra des oeufs!
Combien en voulez-vous?

Dans la ronde des fillettes, quand le doigt s'arrête sur Catherine, elle sait toujours exactement quel chiffre dire pour que soit désignée la copine de son choix. Ou elle-même, si elle en a envie.

- Huit! dit-elle fermement.

Et chacune sait sans compter qu'Angélique pourra prendre place au milieu du cercle.

- Cent quatre-vingt-neuf! crie Colette pour montrer qu'elle en a assez de ce jeu débile et qu'il est temps de passer à autre chose.

- Ça ne compte pas, dit Martine, qui décide de ne retenir que le neuf et continue tranquillement le décompte de "qui y est".

Mais jamais, jamais aucune d'entre elles n'a trouvé bizarre ou cruel qu'on veuille pendre un petit cochon au plafond.

Ou lui tirer la queue pour qu'il ponde des oeufs.

Personne. Sauf mini-Adrienne.

 

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28 juillet 2018

O comme Ours (Adrienne)

 

Si on est un homme à dix-huit ans,

Si la femme est un homme comme les autres,

Alors oui, nous avons la réponse à la question :

Vous l'avez vu, vous,
l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours ?

- Qu’est-ce que ça fait ici, tous ces ours ? demande Monsieur Neveu quand il rencontre le trentième à peu près au bout de deux jours.

- L’ours est le symbole de la ville, répond l’Adrienne.

Au terme de la semaine berlinoise, ce choix symbolique n’étonne plus Monsieur Neveu.

 

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30 juin 2018

T comme tabou (Adrienne)


En fin de repas, autour de la tablée, au moment où la conversation languit, Pierre sort la pochette de photos prises le jour de l’an et les tend à sa belle-mère, qui les examine en faisant ses commentaires habituels, on dirait que j’ai les yeux fermés, et pourquoi est-ce que j’ai toujours la bouche ouverte sur les photos ? Oui, on se le demande, dit le père, et tout le monde rigole.

Les photos passent de mains en mains et chacun, en fin de compte, scrute surtout son propre visage. Muanza aussi, d’ailleurs, qui soupire pour chacune d’elles :

- I am so black !

Il est vrai que sa peau sombre ne contraste pas assez avec les boiseries, alors que tous les visages pâles accrochent la lumière du flash et se détachent bien sur le fond brun. Les photos refont un tour de piste, chacun observe et commente, oui c’est vrai, il est très noir, il aurait dû se mettre là, du côté de la porte, ou alors avec une chemise blanche, peut-être ? Et de fil en aiguille arrivent les mots noir, black, negro, neger, nigger, qui veulent au fond tous dire la même chose, mais qu’en pense Muanza ?

Alors Muanza, qui ne connaît pourtant pas Desproges, répond calmement :

- Nigger, ça ne me gêne pas forcément, ça dépend qui le dit.

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23 juin 2018

Schtroumpf alors! (Adrienne)

 

Dès qu'une nouvelle classe entonne la litanie

- Madame! c'est trop difficile, ce texte!

- Il y a plein de mots qu'on ne connaît pas!

Madame est bien contente: c'est le moment de parler schtroumpf.

On pourrait, évidemment, leur parler de stratégies de lecture, de contexte, on pourrait savamment argumenter et jargonner… mais rien ne vaut la méthode schtroumpf, à la fois efficace, drôle et ludique.

En tout cas, Madame s'amuse beaucoup à tenir des discours du genre:

- Prenez votre schtroumpf à la page huit, nous allons faire le schtroumpf numéro 3.

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09 juin 2018

G comme gabegie (participation d'Adrienne)

 

Le père chante dans une chorale de copains, ce qui signifie, selon la mère, qu'il ne suit la messe que de très loin, là-haut dans le jubé, où - elle en est sûre - il préfère papoter avec l'organiste plutôt qu'écouter le sermon du curé. 

- Mais qu'est-ce que tu en sais, répond-il en haussant les épaules.

- Je le sais parce que je vous entends! On vous entend bavarder jusqu'en bas!

- Ça, dit le père, c'est José.

C'est vrai que l'ami José a une voix de stentor, alors que le père maîtrise l'art du chuchotement.

Deux ou trois dimanches dans l'année, le père est obligé de suivre la messe sans les copains: c'est quand la famille est en vacances au camping en France. Ces matins-là, le père, la mère, le fils et la fille sont toujours parmi les premiers arrivés et si assidument présents dans les premiers rangs, année après année, que le curé de la paroisse a demandé à la mère de bien vouloir faire la première lecture.

- Mais je suis Belge! a répondu la mère, comme s'il y avait un rapport.

- Et alors? a dit le curé, vous êtes Belge mais vous savez lire, je suppose?

Alors la mère a accepté, l'honneur de la patrie était en jeu. 

Puis quand venait le moment de la quête, le père faisait rire la fille en lui chuchotant chaque fois cette petite phrase, au moment où il lui remettait la piécette à déposer dans le panier:

- Et ne pas tout dépenser en même temps, hein!

 

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12 mai 2018

M comme mirliton (participation d'Adrienne)


Mirliton? se dit l’Adrienne en découvrant le mot de la semaine, qu’est-ce que c’est que ça?

La photo ne l’aide pas trop et le mot la fait penser à Mironton mironton mirontaine…

et surtout à des vers de mirliton.

Parce que là, elle est dans son domaine.

Les vers, puisque pour elle lombric rime avec sympathique.

Et de mirliton, comme ceux à six pieds qu’elle a pondus pour le défi précédent puis oublié d’envoyer et qui se résumaient à ce message-ci:

Entreprise homérique:
Sauvons tous les lombrics!

Parce que ceux qui connaissent l'Adrienne savent que

Les sauver du trafic
La rend tout euphorique.

Alors ne lui dites pas que c'est chimérique :-)

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