31 mars 2018

Dernière fois (participation d'Adrienne)

 

Ils étaient jeunes et sans le sou, ce qui est absolument dans l'ordre des choses. Mais ils avaient besoin d'une bagnole. 

Par bonheur, le beau-frère d'un beau-frère était carrossier et vendait des voitures d'occasion. 

C'est beau la vie, parfois. 

Il leur a tout de suite dégoté ce qu'il leur fallait: une super occase, pas chère du tout, une Fiat vert d'eau qu'ils ont payée rubis sur l'ongle. 

Les voilà sur la route, tout heureux, tout fiers. Pensez donc, leur première bagnole! 

Elle est pas belle, la vie? 

Sur les conseils du grand-père, ils l'ont d'abord bien bichonnée, passée au simonis longue durée: le vert d'eau, les vitres et les chromes, tout brillait au soleil de juin. 

Une heure et demie plus tard, ni les roues ni les freins ne répondaient plus: ils venaient de passer au travers du châssis.

 

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24 mars 2018

T comme tirer sur la corde (Adrienne)

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Si tu tires trop sur la corde, elle se rompt. Tout est affaire de mesure, d’équilibre, ni trop ni trop peu. 

C'est sans doute pour ça que le cappuccino a été inventé - tout son secret réside dans le bon dosage - et les bancs pour se reposer. 

A ce moment-là sur le quai désert apparaît un homme. Il est jeune, très grand, très maigre. Et très noir. 

- Vous n'auriez pas un euro pour manger? 

L'Adrienne a envie de le chasser comme une mouche importune. Un euro pour manger? Ça se mange, les euros? 

On croit être maître de ses pensées, or on ne l'est pas. Dans la tête de l'Adrienne passent en une fraction de secondes des images d'Afrique - où elle n'a jamais mis les pieds - de mère et de grand-mère là-bas qui espèrent que le gamin a traversé la mer sain et sauf et qu'il est arrivé au pays où coule le miel. 

- C'est vrai ce que vous dites, un euro pour manger? dit-elle à ce jeune homme, question plus idiote et plus maladroitement formulée encore, et sans aucune excuse de langue ou d'origine. 

Alors pour ce funambule coincé dans cette gare entre un avant et un après tout aussi incertains l'un que l'autre, elle vide son porte-monnaie. 

Ne lui faites pas compliment de sa générosité: il ne contenait presque rien. 

***

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17 mars 2018

O comme Oremus (Adrienne)

 

Ils étaient trois amis qui à seize et dix-sept ans, possédaient déjà une vaste expérience d’enfant de chœur. Ils savaient exactement jusqu’où ils pouvaient aller « trop loin » et ne s’en privaient pas : c’était même une limite qu’ils s’amusaient à transgresser de temps en temps un brin de plus. Sans rien forcer, bien sûr, pour ne pas s’aliéner la sympathie de monsieur le curé. 

La semaine pascale offrait les occasions les plus intéressantes de se divertir, en particulier la messe du samedi soir, celle où on renouvelle ses vœux de baptême. 

Parmi les préparatifs à la sacristie – le bénitier et son goupillon, la grande croix d’argent et l’encensoir – il y avait aussi ce moment où ils procédaient à un discret tirage au sort pour décider lequel des trois aurait l’immense joie – et la grande responsabilité – de tenir le seau d’eau bénite. 

Le goupillon, une énorme brosse à longs poils noirs, même trempée légèrement dans le seau, déversait une belle ondée sur les fidèles qui restaient stoïques, tête baissée. Il suffisait de peu de choses, enfoncer un peu plus le goupillon, rehausser légèrement le seau au moment du trempage, et c’était la grosse averse. 

Le plus dur alors pour nos enfants de chœur, c’était de garder leur sérieux pendant toute la promenade dans la travée centrale, quand monsieur le curé aspergeait abondamment à gauche et à droite, et que les gens lui présentaient spontanément leur dos en rentrant la tête dans les épaules. 

Après leur passage, il y avait de belles flaques par terre et les porteurs de lunettes sortaient un grand mouchoir pour essuyer leurs verres. 

Seul celui qui marchait devant avec la lourde croix d’argent ratait ce beau spectacle et se promettait que l’an prochain, ce serait son tour de rigoler. 

 

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10 mars 2018

D comme dynastie (Adrienne)

 

- Dommage que ce ne soit pas un fils! dit la mère de l'Adrienne en apprenant qu'une de ses cousines est devenue grand-mère d'une deuxième petite-fille. 

- Ben... pourquoi ça? demande l'Adrienne, pour qui ce sujet est particulièrement sensible. 

- Et bien! pour la continuation du nom de famille! 

- Ah bon? Tu trouves que ça manque de V*C*? 

V*C* est le nom de famille le plus répandu dans la ville et toute la région autour. Tellement répandu qu'ils se retrouvent parfois à deux dans la même classe, sans avoir un seul lien entre eux. 

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03 mars 2018

participation d'Adrienne

 

Gertrude est persuadée que c'est la faute de Vera, avec ce chapeau qui lui tombe sur les yeux et sa robe à six sous, qu'elles se sont fait repérer. 

- Nous sommes d'honnêtes citoyennes! a-t-elle clamé dès qu'elle a reconnu le fameux chief Bill MacKay. 

- Nous avons rendez-vous avec nos fiancés, a déclaré Bernice en souriant modestement, très élégante dans sa robe de soie et ses chaussures aux fines brides laquées. 

Gertrude a eu tort de le prendre de haut et de se croire à l'abri sous son chapeau neuf et derrière ce gros camée qui lui vient soi-disant de sa grand-mère. 

- Nous avons bien le droit, je pense, d'aller faire un tour de manège? 

- J'adore les chevaux de bois, a minaudé Bernice en battant des paupières. 

C'était mal connaître chief William John MacKay. Quarante-deux ans, un mètre quatre-vingt-trois et presque cent kilos d'impassibilité. Un roc. 

- C'est dans nos locaux que je vous invite à fêter la kermesse, a-t-il déclaré sans rire. 

C'est alors que cette idiote de Vera, qui n'en finissait pas de triturer son sac à main, l'a laissé tomber par terre, répandant sur le sol un contenu dont elle pouvait difficilement prétendre que c'étaient ses économies. 

 

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24 février 2018

B comme bistrot (Adrienne)

 

La bibliothèque était fermée, il pleuvait. J’ai couru jusqu’au café le plus proche. Une musique grinçante sortait d’un poste mal réglé. De l’arrière-cuisine parvenaient des odeurs de beignets et d’huile de palme.

La serveuse s’est adressée à moi avec lassitude. Ça m’a émue: elle me faisait penser à mon amie K*** qui écrit un livre sur la condition des femmes africaines. Une œuvre qu’elle ne cesse d’enrichir de l’expérience de toutes les femmes qu’elle rencontre. Voilà bien cinq ans qu’elle promet de me le faire lire.

- Vous voulez quoi, Madame ?

C’était une imposante femme noire un peu nasillarde, comme on en voit dans les histoires de jazz. Elle s’est approchée en traînant ses savates.

- Vous voulez quoi, Madame ? a-t-elle répété d’une voix encore plus lasse, en s’appuyant d’une main sur la table.
Pas très nette, la table. Elle y a passé un chiffon grisâtre.
- Un café, s’il vous plaît.

Voilà le genre d’endroit où la grand-tante Léonie tournerait de l’œilavec ces traces de boissons diverses sur la table et ces couches de poussière sur les miroirs devenus opaques. Elle qui passe son steak sous le robinet et l’éponge soigneusement entre deux torchons fraîchement lavés, amidonnés et repassés avant de le faire frire à la poêle.

Les savates se sont traînées jusqu’au comptoir pour y mettre en branle de quoi me confectionner un café.

Des savates comme celles-là, ces jambes lourdes, ce gros corps enveloppé d’un tablier usé, pas très frais, toute cette lassitude d’une vie, je les ai déjà vus. Et puis, un soir de fête, c’est une autre femme qui apparaît, maquillée avec art, vêtue d’un joli boubou, brillante de l’or cliquetant de ses bijoux, le geste gracieux, les ongles faits, le sourire éclatant, le regard vif.

Quand elle m’a apporté le café, la pluie a cessé et la lumière s’est allumée à l’intérieur de la bibliothèque. Je vais être en retard à mon rendez-vous, moi qui arrive partout avec un quart d’heure d’avance. Le café est amer et brûlant. J’aurais dû demander une eau plate.

La serveuse éteint la radio. Elle tourne la clé derrière moi, accroche la pancarte : « Fermé ».

Elle va enfin pouvoir la faire, sa sieste.

 

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17 février 2018

Atrabilaire (Adrienne)

 

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Quand ses copains de comptoir lui demandent pourquoi il arpente la plage de si bon matin, jour après jour, avec son détecteur à métaux qui ne détecte jamais que quelques détritus rouillés, il répond que c'est l'humeur acariâtre de son épouse qui le chasse de chez lui. 

Eux, ça les fait bien rire. Pas lui. D'ailleurs son propre fils lui répète assez souvent qu'il ne pourrait dire, entre son père et sa mère, lequel est le plus grincheux. Il y a des gens comme ça, qui ne se sentent bien que quand ils peuvent bougonner. 

Ce ne sont d'ailleurs pas les causes d'acrimonie qui manquent, se dit-il ce matin-là au moment où son appareil se met à sérieusement disjoncter. 

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- Rogntudjû! s'écrie-t-il. Qui c'est qui est venu mettre ce bordel sur MA plage? 

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10 février 2018

H comme Himmel! mon zébu! (Adrienne) (42)

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Après la pagaille

 

Mon sniper, ce barjo au sourire si doux,
Suivi d'un seul clébard qu'il aimait entre tout
Pour sa queue en panache et pour sa couleur paille,
Parcourait à vélo, un beau soir de pagaille,
Le parking des limos sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
Un PDG victime de banqueroute
Ne sachant plus du tout comment gagner sa croûte,
Râlait, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: "A l'aide! à l'aide par pitié!"
Mon barge, ému, arrêta son vélo fidèle.
Une gourde de rhum pendouillait à sa selle,
Après un coup bien placé, c'est sans renâcler
Que de la limo neuve on lui confia les clés.
Le pauvre PDG, sans moyen de transport,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Voulut se suicider en criant: "Caramba! "
Il se rata mais une bagnole flamba.
Ce n'était certainement pas un bon début.
"Je te laisserai mon vélo", dit mon zébu. 

 

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28 janvier 2017

Participation d'Adrienne

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28 mai 2016

Participation d'Adrienne

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Pour rafistoler un coeur en détresse
Il faut plus qu'une petite compresse

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9
Pour soutenir un coeur en charpie
Il ne suffit pas d'une béquille

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8
Pour soulager le coeur qui pleure
Il faut plus qu'un antidouleur

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7  
Si tu as le coeur brisé
Je te chante du Bizet

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6
Si tu as le coeur gros
Je le rends allegro

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5
Ton coeur en compote
Je le retricote

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4
Coeur qui soupire
Vois ton empire...

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3
Coeur en miettes
Ne t'inquiète

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Coeur d'or
J'adore

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1
Le jour n'est pas plus pur que le fond de ton coeur...

(alexandrin monosyllabique pris chez Racine, Phèdre, acte IV scène 2:
Hippolyte: Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur)

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