03 avril 2021

Herman (participation d'Adrienne)

 
Il y avait plusieurs Mariette dans la vie de grand-mère Adrienne, aussi leur prénom s'accompagnait-il toujours de précisions du genre "Mariette-van-nevens-de-deur" ou "Mariette-van-tante-Palmyre".

La première, celle de la porte d'à côté, était fan de courses cyclistes.
 
Pas simple fan: elle idolâtrait Herman Van Springel.
 
Au point que mini-Adrienne se disait que si elle était l'époux de Mariette, elle s'inquiéterait. 

Pourquoi Herman Van Springel, vous demandez-vous.
Et vous n'êtes pas les seuls.
Malgré ses questions à sa grand-mère et ses propres observations, la petite n'a jamais pu percer ce mystère: il n'était ni né dans le même coin de Flandre, ni beau, ni le plus grand champion du pays.
 

Mais les voies de l'amour sont impénétrables et Mariette, même au cœur du peloton le plus nombreux et le plus serré, filant à toute vitesse devant son nez, le repérait et hurlait "Herman! Herman!".
 
Puis toute haletante d'émotion, elle se tournait vers grand-mère Adrienne, restée droite et impassible comme la statue du Commandeur: "Vous l'avez vu? Je l'ai vu!"
Et elle irradiait de fierté et de confiance en son idole.   


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27 mars 2021

W comme wallon (Adrienne)

 

Ce devait être au début des années septante quand le téléphone a été installé: les nouveaux voisins ne s'appelaient plus Albert et Julia et ils n'avaient pas le téléphone. 

On avait quitté le numéro 17 et la rue de grand-mère pour une maison où mini-Adrienne ne s'est jamais sentie chez elle.
Mais on avait le téléphone ;-) 
Ainsi qu'une porte de derrière et une porte de devant. 
Sauf que ni l'une ni l'autre n'était située à l'avant ou à l'arrière - vu qu'elles étaient toutes les deux sur les côtés - et que tout le monde utilisait la porte de derrière, même les visiteurs, alors que seule celle de devant avait une sonnette. 
Bref, un jour le voisin frappe à la porte de derrière et demande s'il peut utiliser le téléphone. 
Bien sûr qu'il peut. 
Le brave homme parle si fort dans le combiné que dans la pièce d'à côté, on peut suivre la conversation. 
Sauf que mini-Adrienne n'y comprend rien du tout. 
- Allô? ici c'est Devlé-Chauvert! répétait-il. 
- Pourquoi il dit Devlé-Chauvert? demande-t-elle à sa mère. 
- C'est parce qu'il téléphone en Wallonie. 
C'est ainsi que mini-Adrienne a appris trois choses: que le voisin, qui ne connaissait pas un mot de français, s'exprimait assez couramment en wallon, qu'il adaptait son nom de famille - Devleesschouwer - à son public, et que s'il était maigre comme un clou et crachait ses poumons, c'est parce qu'il avait travaillé dans le Borinage comme mineur de fond.    
        

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20 mars 2021

V comme vocabulaire (Adrienne)

 
Petit frère, contrairement à mini-Adrienne, n'a pas été élevé par la grand-mère en patois flamand, mais par sa maman et en bon français. 

C'est merveille comme le cerveau des petits enfants absorbe des mots et déduit des règles, en toute logique. 
Ainsi, peu après que sa mère avait déclaré, un soir: 
- Décidément, les navets, ça ne me convient pas, mon estomac ne cesse de faire des gargouillis! 
Le mot avait dû lui plaire et à la première occasion, pour un légume qu'il n'aimait pas, il a affirmé: 
- Je gargouille! 
Petit frère affectionnait particulièrement le "je" + un verbe intransitif.
La phrase qui a le plus fait rire la famille - et qu'on lui ressort parfois encore - c'est quand à la dégustation de la tarte à la semoule et aux raisins secs que grand-mère faisait toujours pour la kermesse, il s'est écrié: 
- Je succule!
 

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13 mars 2021

L comme lichette (Adrienne)

 

Le père, on l'a déjà dit ici, c'est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d'une table.

 

Dans la cuisine, l'Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
"La gastronomie est une science exacte", disait-il.

Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l'heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.

L'Adrienne souriait et se disait qu'elle avait trouvé là l'exact opposé de son père.

Mais elle se trompait.

Elle s'en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l'amie Violeta, et ça s'est confirmé avec la baklawa.

Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c'est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n'y en a jamais assez :-)
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.

Et c'est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.

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06 mars 2021

Non participation d'Adrienne ;-)

 

Encaustique! s'est dit l'Adrienne en voyant le mot proposé par Maître Walrus sur le Défi du samedi.

Encaustique!

Non, non, non, non! elle ne participerait pas!

Le mot n'évoquait que des souvenirs d'enfance et parfois elle en a vraiment marre de ses envahissants souvenirs.

Dans ce cas-ci, les souvenirs du "grand nettoyage de printemps", qui pour la mère de mini-Adrienne n'était pas un vain mot.

Chaque pièce tour à tour était entièrement chamboulée, les meubles vidés, retirés des murs, et bien sûr passés à l'encaustique.

Pendant trois semaines au moins la famille vivait entre des tapis roulés, des fenêtres sans rideaux, de la vaisselle entassée sur les tables...
Le père ne savait plus où se mettre pour lire son journal, le soir.

Et cette odeur!

Cette odeur de l'encaustique qui monopolisait les narines!

Seule la mère avait le droit de l'utiliser: le rôle de mini-Adrienne venait dans la phase précédente - brosser et frotter pour dépoussiérer - et dans la phase suivante - brosser et frotter pour faire reluire.

Non, définitivement non, elle ne participera pas!

***

Et bien sûr c'est le père qui a eu raison: les meubles étaient toujours là, luisants et sans une égratignure, alors que lui n'y était plus.

 

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06 février 2021

Excuse my french (participation d'Adrienne)

 
Quand un valet de pied tendit le plateau d’argent devant sir Archibald, celui-ci explosa :

- Jellyfish ! Abalone ! Sea gherkin ! Nitwit ! Scoundrel ! Bragger ! Pinhead ! Pickled herring ! Swab ! Nincompoop ! Freebooter ! Dizzard ! Black beetle !

On tentait en effet de lui servir un whisky allongé d’eau et de glaçons.

Son explosion de colère passée, il se tourna vers l’ambassadeur de Syldavie et lui dit de son air le plus mondain, en pinçant les lèvres: « Excuse my french ».

Car il avait promis à son ami de bien se tenir.

 

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30 janvier 2021

Z comme zut! (participation d'Adrienne)

 

Zut! se dit l'Adrienne en entendant le flot de muzak envahir la maison.
Il est temps d'intervenir.

On ne peut empêcher ses voisins d'avoir certains goûts musicaux mais on peut essayer de leur faire baisser le son.

Elle prend donc sa plume la plus diplomatique pour écrire sur un ton guilleret "vous aurez sans doute déjà remarqué vous aussi à quel point le mur entre nous est fin".
Mais non, la voisine ne l'avait pas encore remarqué, et pour cause, l'Adrienne mène une vie de souris - et même moins bruyante encore.

"Moi j'entends tout ce que vous dites, répond l'Adrienne, je comprends juste un peu moins bien quand c'est Monsieur qui parle, à cause de son dialecte gantois."
Ce dernier détail devant servir à convaincre tout à fait la voisine que oui, zut et flûte, l'Adrienne entend tout!

"Même, ajoute-t-elle, que je me sentais fort mal à cause de ça, comme un voyeur."

Parce que oui, c'est régulièrement reality TV chez les nouveaux voisins.

Bref, la voisine remercie de l'avoir prévenue et conclut par un "On en tiendra compte à l'avenir!"

Quant à savoir quand c'est, "l'avenir", la question reste ouverte: ils continuent à crier dans leur téléphone et à parler si haut et si fort, alors qu'ils ne sont que deux dans la maison, que l'Adrienne - zut et flûte - continue de tout entendre.

Mais au moins elle n'a plus l'impression de faire du voyeurisme :-)

 

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07 novembre 2020

7 petites notes (Adrienne)

 

La chorale s'appelle Saint-Ambroise ce qui fait qu'elle a deux fêtes coup sur coup, une pour la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, le 22 novembre, et une le 7 décembre, pour Saint-Ambroise.

Qui n'est pas, comme le dit wikisaitout, le patron des apiculteurs: dans la ville de mini-Adrienne, il est le patron de tous ceux qui vivent de l'industrie textile.

C'est-à-dire à peu près de tout le monde jusque dans les années 1970.

Répétition le vendredi soir et messe le dimanche matin, le père de mini-Adrienne est un des membres les plus assidus.

Très fier, aussi, que sa chorale perpétue les traditions et connaisse pour chaque dimanche de l'année les chants grégoriens appropriés.

C'est tout un vocabulaire que la petite écoute sans comprendre. Les deux mots les plus mystérieux sont le propre et l'introït. Elle a le goût des mots mystérieux :-)

Assise sur l'inconfortable chaise de paille, elle lève les yeux vers le jubé, et écoute son père sans le voir.

Elle reconnaît la voix d'Yvan, le ténor, et juste derrière, le baryton paternel. Elle est heureuse.

On ne dira jamais assez les vertus de la musique et les merveilles qu'on peut faire avec sept petites notes.
 

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29 août 2020

Adrienne en vacances

 
Mini-Adrienne ne comprend pas l'intérêt que trouvent ses parents à visiter des ruines et des villages délabrés, chaque fois qu'ils sont en vacances en France.
- Encore un château cassé! soupire-t-elle en voyant la destination suivante vers laquelle se rend son père d'un pas allègre, le Michelin vert sous le bras.
Sa mère est toujours un peu à la traîne, à force de s'extasier sur les vieilles portes, les décorations en fer forgé, les pierres sculptées.
- Tu as vu cette porte? Magnifique! Du chêne massif! Et ce heurtoir? Splendide!
Oui, oui, dit le père, qui a appris à ne pas la contrarier.
Et mini-Adrienne continue de s'interroger sur ce qu'il y a de si beau à une porte à laquelle manquent des morceaux, surtout vers le bas, ou pourquoi ce heurtoir est si formidable, alors que visiblement son usage a bien abimé le panneau de bois.
Mais c'est une éducation comme celle-là qui fait qu'aujourd'hui, elle aime les vieilles pierres et ne manque jamais de remarquer une porte en chêne massif ou un heurtoir, surtout s'ils sont délabrés ;-)

 

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01 août 2020

H comme hibiscus (Adrienne)

 
La première fois que la petite voit des passiflores sur un treillage, sa mère lui explique:
- Tu vois? On appelle ça la fleur de la passion parce qu'il y a la couronne d'épines, les trois clous, les cinq plaies... Tu vois?
La petite voit et est fort impressionnée par cette merveille de la nature.
Alors depuis ce jour-là, elle observe bien les fleurs, toutes les fleurs, et très souvent elle y trouve les trois clous, les cinq plaies et la couronne d'épines... 
Regardez bien cet hibiscus :-)
 

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