04 août 2018

C comme cochon (participation d'Adrienne)

Un petit cochon pendu au plafond,
Tirez-lui la queue, il pondra des oeufs!
Combien en voulez-vous?

Dans la ronde des fillettes, quand le doigt s'arrête sur Catherine, elle sait toujours exactement quel chiffre dire pour que soit désignée la copine de son choix. Ou elle-même, si elle en a envie.

- Huit! dit-elle fermement.

Et chacune sait sans compter qu'Angélique pourra prendre place au milieu du cercle.

- Cent quatre-vingt-neuf! crie Colette pour montrer qu'elle en a assez de ce jeu débile et qu'il est temps de passer à autre chose.

- Ça ne compte pas, dit Martine, qui décide de ne retenir que le neuf et continue tranquillement le décompte de "qui y est".

Mais jamais, jamais aucune d'entre elles n'a trouvé bizarre ou cruel qu'on veuille pendre un petit cochon au plafond.

Ou lui tirer la queue pour qu'il ponde des oeufs.

Personne. Sauf mini-Adrienne.

 

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28 juillet 2018

O comme Ours (Adrienne)

 

Si on est un homme à dix-huit ans,

Si la femme est un homme comme les autres,

Alors oui, nous avons la réponse à la question :

Vous l'avez vu, vous,
l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours ?

- Qu’est-ce que ça fait ici, tous ces ours ? demande Monsieur Neveu quand il rencontre le trentième à peu près au bout de deux jours.

- L’ours est le symbole de la ville, répond l’Adrienne.

Au terme de la semaine berlinoise, ce choix symbolique n’étonne plus Monsieur Neveu.

 

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30 juin 2018

T comme tabou (Adrienne)


En fin de repas, autour de la tablée, au moment où la conversation languit, Pierre sort la pochette de photos prises le jour de l’an et les tend à sa belle-mère, qui les examine en faisant ses commentaires habituels, on dirait que j’ai les yeux fermés, et pourquoi est-ce que j’ai toujours la bouche ouverte sur les photos ? Oui, on se le demande, dit le père, et tout le monde rigole.

Les photos passent de mains en mains et chacun, en fin de compte, scrute surtout son propre visage. Muanza aussi, d’ailleurs, qui soupire pour chacune d’elles :

- I am so black !

Il est vrai que sa peau sombre ne contraste pas assez avec les boiseries, alors que tous les visages pâles accrochent la lumière du flash et se détachent bien sur le fond brun. Les photos refont un tour de piste, chacun observe et commente, oui c’est vrai, il est très noir, il aurait dû se mettre là, du côté de la porte, ou alors avec une chemise blanche, peut-être ? Et de fil en aiguille arrivent les mots noir, black, negro, neger, nigger, qui veulent au fond tous dire la même chose, mais qu’en pense Muanza ?

Alors Muanza, qui ne connaît pourtant pas Desproges, répond calmement :

- Nigger, ça ne me gêne pas forcément, ça dépend qui le dit.

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23 juin 2018

Schtroumpf alors! (Adrienne)

 

Dès qu'une nouvelle classe entonne la litanie

- Madame! c'est trop difficile, ce texte!

- Il y a plein de mots qu'on ne connaît pas!

Madame est bien contente: c'est le moment de parler schtroumpf.

On pourrait, évidemment, leur parler de stratégies de lecture, de contexte, on pourrait savamment argumenter et jargonner… mais rien ne vaut la méthode schtroumpf, à la fois efficace, drôle et ludique.

En tout cas, Madame s'amuse beaucoup à tenir des discours du genre:

- Prenez votre schtroumpf à la page huit, nous allons faire le schtroumpf numéro 3.

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09 juin 2018

G comme gabegie (participation d'Adrienne)

 

Le père chante dans une chorale de copains, ce qui signifie, selon la mère, qu'il ne suit la messe que de très loin, là-haut dans le jubé, où - elle en est sûre - il préfère papoter avec l'organiste plutôt qu'écouter le sermon du curé. 

- Mais qu'est-ce que tu en sais, répond-il en haussant les épaules.

- Je le sais parce que je vous entends! On vous entend bavarder jusqu'en bas!

- Ça, dit le père, c'est José.

C'est vrai que l'ami José a une voix de stentor, alors que le père maîtrise l'art du chuchotement.

Deux ou trois dimanches dans l'année, le père est obligé de suivre la messe sans les copains: c'est quand la famille est en vacances au camping en France. Ces matins-là, le père, la mère, le fils et la fille sont toujours parmi les premiers arrivés et si assidument présents dans les premiers rangs, année après année, que le curé de la paroisse a demandé à la mère de bien vouloir faire la première lecture.

- Mais je suis Belge! a répondu la mère, comme s'il y avait un rapport.

- Et alors? a dit le curé, vous êtes Belge mais vous savez lire, je suppose?

Alors la mère a accepté, l'honneur de la patrie était en jeu. 

Puis quand venait le moment de la quête, le père faisait rire la fille en lui chuchotant chaque fois cette petite phrase, au moment où il lui remettait la piécette à déposer dans le panier:

- Et ne pas tout dépenser en même temps, hein!

 

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12 mai 2018

M comme mirliton (participation d'Adrienne)


Mirliton? se dit l’Adrienne en découvrant le mot de la semaine, qu’est-ce que c’est que ça?

La photo ne l’aide pas trop et le mot la fait penser à Mironton mironton mirontaine…

et surtout à des vers de mirliton.

Parce que là, elle est dans son domaine.

Les vers, puisque pour elle lombric rime avec sympathique.

Et de mirliton, comme ceux à six pieds qu’elle a pondus pour le défi précédent puis oublié d’envoyer et qui se résumaient à ce message-ci:

Entreprise homérique:
Sauvons tous les lombrics!

Parce que ceux qui connaissent l'Adrienne savent que

Les sauver du trafic
La rend tout euphorique.

Alors ne lui dites pas que c'est chimérique :-)

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31 mars 2018

Dernière fois (participation d'Adrienne)

 

Ils étaient jeunes et sans le sou, ce qui est absolument dans l'ordre des choses. Mais ils avaient besoin d'une bagnole. 

Par bonheur, le beau-frère d'un beau-frère était carrossier et vendait des voitures d'occasion. 

C'est beau la vie, parfois. 

Il leur a tout de suite dégoté ce qu'il leur fallait: une super occase, pas chère du tout, une Fiat vert d'eau qu'ils ont payée rubis sur l'ongle. 

Les voilà sur la route, tout heureux, tout fiers. Pensez donc, leur première bagnole! 

Elle est pas belle, la vie? 

Sur les conseils du grand-père, ils l'ont d'abord bien bichonnée, passée au simonis longue durée: le vert d'eau, les vitres et les chromes, tout brillait au soleil de juin. 

Une heure et demie plus tard, ni les roues ni les freins ne répondaient plus: ils venaient de passer au travers du châssis.

 

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24 mars 2018

T comme tirer sur la corde (Adrienne)

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Si tu tires trop sur la corde, elle se rompt. Tout est affaire de mesure, d’équilibre, ni trop ni trop peu. 

C'est sans doute pour ça que le cappuccino a été inventé - tout son secret réside dans le bon dosage - et les bancs pour se reposer. 

A ce moment-là sur le quai désert apparaît un homme. Il est jeune, très grand, très maigre. Et très noir. 

- Vous n'auriez pas un euro pour manger? 

L'Adrienne a envie de le chasser comme une mouche importune. Un euro pour manger? Ça se mange, les euros? 

On croit être maître de ses pensées, or on ne l'est pas. Dans la tête de l'Adrienne passent en une fraction de secondes des images d'Afrique - où elle n'a jamais mis les pieds - de mère et de grand-mère là-bas qui espèrent que le gamin a traversé la mer sain et sauf et qu'il est arrivé au pays où coule le miel. 

- C'est vrai ce que vous dites, un euro pour manger? dit-elle à ce jeune homme, question plus idiote et plus maladroitement formulée encore, et sans aucune excuse de langue ou d'origine. 

Alors pour ce funambule coincé dans cette gare entre un avant et un après tout aussi incertains l'un que l'autre, elle vide son porte-monnaie. 

Ne lui faites pas compliment de sa générosité: il ne contenait presque rien. 

***

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17 mars 2018

O comme Oremus (Adrienne)

 

Ils étaient trois amis qui à seize et dix-sept ans, possédaient déjà une vaste expérience d’enfant de chœur. Ils savaient exactement jusqu’où ils pouvaient aller « trop loin » et ne s’en privaient pas : c’était même une limite qu’ils s’amusaient à transgresser de temps en temps un brin de plus. Sans rien forcer, bien sûr, pour ne pas s’aliéner la sympathie de monsieur le curé. 

La semaine pascale offrait les occasions les plus intéressantes de se divertir, en particulier la messe du samedi soir, celle où on renouvelle ses vœux de baptême. 

Parmi les préparatifs à la sacristie – le bénitier et son goupillon, la grande croix d’argent et l’encensoir – il y avait aussi ce moment où ils procédaient à un discret tirage au sort pour décider lequel des trois aurait l’immense joie – et la grande responsabilité – de tenir le seau d’eau bénite. 

Le goupillon, une énorme brosse à longs poils noirs, même trempée légèrement dans le seau, déversait une belle ondée sur les fidèles qui restaient stoïques, tête baissée. Il suffisait de peu de choses, enfoncer un peu plus le goupillon, rehausser légèrement le seau au moment du trempage, et c’était la grosse averse. 

Le plus dur alors pour nos enfants de chœur, c’était de garder leur sérieux pendant toute la promenade dans la travée centrale, quand monsieur le curé aspergeait abondamment à gauche et à droite, et que les gens lui présentaient spontanément leur dos en rentrant la tête dans les épaules. 

Après leur passage, il y avait de belles flaques par terre et les porteurs de lunettes sortaient un grand mouchoir pour essuyer leurs verres. 

Seul celui qui marchait devant avec la lourde croix d’argent ratait ce beau spectacle et se promettait que l’an prochain, ce serait son tour de rigoler. 

 

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10 mars 2018

D comme dynastie (Adrienne)

 

- Dommage que ce ne soit pas un fils! dit la mère de l'Adrienne en apprenant qu'une de ses cousines est devenue grand-mère d'une deuxième petite-fille. 

- Ben... pourquoi ça? demande l'Adrienne, pour qui ce sujet est particulièrement sensible. 

- Et bien! pour la continuation du nom de famille! 

- Ah bon? Tu trouves que ça manque de V*C*? 

V*C* est le nom de famille le plus répandu dans la ville et toute la région autour. Tellement répandu qu'ils se retrouvent parfois à deux dans la même classe, sans avoir un seul lien entre eux. 

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