08 juin 2019

Feu et flamme (Adrienne)

 

- Cette année, dit le père, nous n'irons pas à l'Hôtel de la Plage. Nous allons faire du camping en Ardèche!

Les enfants poussent des cris enthousiastes et la mère prend son air résigné de martyre envoyée au sacrifice. Il est important que chacun sache ce que ça lui coûte, de faire une croix sur sa villégiature à la Côte d'Azur.

Vers la mi-juillet, la tente est plantée sous un jeune arbre auquel le soleil ardent et le manque d'eau ont fait perdre presque toutes ses feuilles. La pelouse du prospectus est une plaine caillouteuse et déshydratée mais l'accueil de Gilbert et de son épouse est cordial, le chant des cigales omniprésent et la lumière incandescente.

Assis en tailleur sur l'herbe sèche, cachés au milieu des taillis, les enfants ont une idée géniale: voilà tous les ingrédients réunis pour réussir une expérience qui leur tient à cœur depuis longtemps et pour laquelle ils ont tout spécialement apporté une loupe.

 

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01 juin 2019

Première nouvelle (Adrienne)

 

- Cette année, dit la mère de l'Adrienne, on ne pourra pas fêter ton anniversaire.

Première nouvelle! Le fêtent-elles ensemble, habituellement? Mais l'Adrienne préfère ne pas polémiquer:

- Ah? Pourquoi? qu'est-ce qu'il y a?

- Et bien, depuis deux ou trois semaines, j'ai parfois du mal à déglutir, alors je suis allée chez Christian - la mère de l'Adrienne appelle son médecin, son dentiste... par leur petit nom - et mercredi après-midi j'ai un rendez-vous à la radiologie. Je dois y être à 14.30 h.

- Si tu veux, je t'y accompagne, propose l'Adrienne.

- Oui, ce serait bien... J'ai sûrement un cancer de la gorge... Ça ne peut être que ça!

- Mais non! c'est quasiment impossible! tu n'as jamais fumé ni vécu avec des fumeurs!

- Oui, mais ces dernières années, je vis en ville, et avec tous ces gaz d'échappement...

L'Adrienne s'est tue. Ah quoi bon argumenter avec quelqu'un pour qui chaque petite tache brune sur la main est un mélanome, chaque battement de cœur un peu accéléré le signe imminent d'un infarctus. Elle est la meilleure cliente des spécialistes de la ville.

- C'est la fin, conclut la mère d'un ton dramatique. Il fallait bien que je meure de quelque chose...

***

Le mercredi suivant, elles sont toutes les deux à la radiologie. Même l'Adrienne est stressée :-)

La gorge de la mère est examinée à fond par deux spécialistes. Quand elle réapparaît, elle ne dit rien.

- Tu sais déjà quelque chose, demande l'Adrienne, ou il faut attendre qu'ils envoient les résultats à Christian?

- Je le sais déjà, dit la mère.

Silence. L'anxiété de l'Adrienne monte de trois crans.

- Et ils t'ont dit quoi?

- Que c'est un cadeau de l'âge.

Et elle sort de la clinique en regardant bien droit devant elle.

 

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04 mai 2019

D comme déjanté (Adrienne)

 

L’Adrienne roulait allègrement un vendredi soir en direction de la maison quand elle a senti comme un cahot inhabituel. Un pneu crevé, a-t-elle fini par deviner.

C’était la première fois que ça lui arrivait mais il faut dire aussi qu’elle ne conduisait que depuis quelques mois.

Le temps de trouver un endroit où se garer – elle était quelque part au milieu des champs, à deux kilomètres de son vert paradis, sur une route de campagne où il était impossible même de se croiser – l’Adrienne roulait sur la jante.

 

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27 avril 2019

Castagne familiale (Adrienne)

Mini-Adrienne a une Tantine qu'elle aime beaucoup ainsi qu'un tout nouveau Tonton qui ne parle pas le français mais qui est gentil quand même.

C'est avec le sérieux qu'on lui connaît qu'elle a porté les deux anneaux d'or, noués sur un coussinet blanc, de la maison jusqu'à l'église et pendant toute la cérémonie, jusqu'au moment où il a fallu les confier au prêtre pour la bénédiction. Elle n'a d'ailleurs lâché le coussinet qu'après avoir reçu l'accord formel de sa Tantine.

Mini-Adrienne a été heureuse et soulagée de voir enfin briller les précieux anneaux au doigt des mariés, qui avaient l'air très heureux aussi.

Puis il y a eu la fête et bien d'autres émotions dont il ne sera pas question aujourd'hui.

Quinze jours plus tard, Tantine est revenue de son voyage de noces. Elle avait un cadeau pour mini-Adrienne.

- Ça vient d'Espagne, lui dit-elle, mais la petite n'avait que cinq ans et aucune notion de géographie.

Dans la boîte, il y avait deux machins noirs d'une forme bizarre, noués par une cordelette. Tous les adultes présents ont voulu faire une démonstration sur la façon de bien les tenir en main pour les faire claquer. Aucun n'y est vraiment parvenu.

Mini-Adrienne était impatiente de pouvoir essayer, elle aussi, mais elle a dû attendre que parents, grands-parents, oncles et tantes les aient eus entre les mains.

Elle a même eu peur qu'on ne les lui abîme, tant la tension et l'émulation allaient grandissantes.

- Les grandes personnes sont décidément très bizarres, s'est dit mini-Adrienne, chose que lui a confirmée sa lecture du petit Prince, six ans plus tard.

 

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13 avril 2019

L'astrolabe (Adrienne)

 

Le mot chiffonne l'Adrienne depuis la première fois qu'elle l'a rencontré. Elle avait dix-sept ans et c'était dans une lecture imposée, La Reine morte, de Montherlant.

Son prof de français préféré - enfin quelqu'un qui était à la hauteur, après cinq années à s'ennuyer ferme et à ânonner du FLE avec une ignoble méthode audio-visuelle - son prof préféré, donc, à l'époque ne disposait pas des moyens actuels permettant de montrer tout de suite avec les copains g**gl* et wikisaitout n'importe quel objet, fleur, animal, pays ou personnage qui serait inconnu de ses élèves. A l'époque l'Adrienne a dû se contenter d'une définition genre "instrument pour la navigation" qui ne l'a pas du tout aidée ni à se représenter la chose ni à en comprendre le fonctionnement.

Aux pages 29-30 de son édition Folio de l'époque, l'Adrienne relit ce souvenir que raconte le roi, Ferrante, à son fils Pedro:

Pedro, je vais vous rappeler un petit épisode de votre enfance. Vous aviez onze ou douze ans. Je vous avais fait cadeau, pour la nouvelle année, d'un merveilleux petit astrolabe. Il n'y avait que quelques heures que ce jouet était entre vos mains, quand vous apparaissez, le visage défait, comme prêt aux larmes. "Qu'y a-t-il?" D'abord, vous ne voulez rien dire; je vous presse; enfin vous avouez: vous avez cassé l'astrolabe. Je vous dis tout ce que mérite une telle sottise, car l'objet était un vrai chef-d'oeuvre. Durant un long moment, vous me laissez faire tempête. Et soudain votre visage s'éclaire, vous me regardez avec des yeux pleins de malice, et vous me dites: "Ce n'est pas vrai. L'astrolabe est en parfait état." Je ne comprends pas: "Mais alors pourquoi?" Et vous, avec un innocent sourire: "Sire, j'aime bien quand vous êtes en colère..."

Et c'est une lecture qui continue de la mettre mal à l'aise...

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30 mars 2019

Y comme yacht (Adrienne)

 

Au moment où elle a perdu sa belle maison dans son vert paradis, l'Adrienne s'est dit, pour se consoler, qu'elle était libre d'aller s'installer ailleurs. Entièrement libre.

Cette pensée l'a étourdie pendant quelques jours. Que n'a-t-elle rêvé? Tout n'est-il pas permis quand on rêve? Du plus fou au plus modeste, comme un petit appartement à la mer, par exemple.

Deux ou trois réalités l'en ont dissuadée. D'abord - évidemment - le nerf de la guerre. Ensuite, la distance du lieu de travail, même si un jour ce travail prend fin.

Mais c'est en lisant des articles sur le réchauffement climatique qu'elle a définitivement enterré l'idée: il vaudrait mieux, si certaines prédictions se réalisent et si on pense tenir le coup encore une vingtaine d'années, s'installer à la montagne.

Ou alors carrément vivre sur un bateau.

Un de ces yachts qui se dandinent mollement dans le bassin d'Ostende, bien rangés côte à côte, des gros et des petits, des basiques et des somptueux.

Qui n'ont pas l'air de prendre la mer bien souvent, quand on voit comment leurs propriétaires s'y sont installés, en mode camping flottant.

Or, l'Adrienne adore le camping :-)

 

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02 mars 2019

Participation d'Adrienne

 

"Op één been kan je niet staan! " (1) disait le père de l'ami Luc VDK.
Or, il avait une jambe de bois.
Adolescent à l'arrivée des Allemands en mai 1940, il avait eu une jambe arrachée par une des rares bombes tombées sur notre petite ville.
Comme on voit, c'était un homme qui avait de l'humour.
Sa femme aussi, d'ailleurs, sans le vouloir.
Quand on sonnait à sa porte trop tard à son goût, elle disait, en parlant de son mari:
" Désolée, il est déjà démonté " (2)
 
(1) comme l'explique Walrus, en Belgique "pour vous convaincre de prendre un deuxième verre, on vous dira : On ne va pas sur une jambe !"
(2) "Hij ligt gedemonteerd"

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09 février 2019

R comme roturier (participation d'Adrienne)


La première fois que mini-Adrienne a entendu le mot roturier, c'était de la bouche de sa mère et exprimé avec un tel dédain qu'il rimait parfaitement avec ordurier alors elle n'a pas osé demander ce que ça voulait dire.

Peur d'entendre des choses qui auraient blessé l'oreille.

Heureusement, le petit frère n'avait peur de rien:

- C'est quoi, un roturier? il a demandé.

- C'est quelqu'un qui n'est pas noble, a dit la mère.

- Et nous, on est nobles? a demandé le petit frère.

La question était déplaisante, c'était clair: Bien sûr que non, a grogné la mère.

Et on a parlé d'autre chose. De ne pas mettre les coudes sur la table. D'une tartine à finir. Et de ne pas parler la bouche pleine.

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04 août 2018

C comme cochon (participation d'Adrienne)

Un petit cochon pendu au plafond,
Tirez-lui la queue, il pondra des oeufs!
Combien en voulez-vous?

Dans la ronde des fillettes, quand le doigt s'arrête sur Catherine, elle sait toujours exactement quel chiffre dire pour que soit désignée la copine de son choix. Ou elle-même, si elle en a envie.

- Huit! dit-elle fermement.

Et chacune sait sans compter qu'Angélique pourra prendre place au milieu du cercle.

- Cent quatre-vingt-neuf! crie Colette pour montrer qu'elle en a assez de ce jeu débile et qu'il est temps de passer à autre chose.

- Ça ne compte pas, dit Martine, qui décide de ne retenir que le neuf et continue tranquillement le décompte de "qui y est".

Mais jamais, jamais aucune d'entre elles n'a trouvé bizarre ou cruel qu'on veuille pendre un petit cochon au plafond.

Ou lui tirer la queue pour qu'il ponde des oeufs.

Personne. Sauf mini-Adrienne.

 

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28 juillet 2018

O comme Ours (Adrienne)

 

Si on est un homme à dix-huit ans,

Si la femme est un homme comme les autres,

Alors oui, nous avons la réponse à la question :

Vous l'avez vu, vous,
l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours ?

- Qu’est-ce que ça fait ici, tous ces ours ? demande Monsieur Neveu quand il rencontre le trentième à peu près au bout de deux jours.

- L’ours est le symbole de la ville, répond l’Adrienne.

Au terme de la semaine berlinoise, ce choix symbolique n’étonne plus Monsieur Neveu.

 

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