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Le défi du samedi

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20 mars 2010

Mensualités (Virgibri)

Depuis quelque temps, j’égraine les secondes, j’acrobate les minutes, je mordore les heures, j’arrose les jours pour qu’y poussent des fleurs.

Depuis quelque temps, je combats le temps. Il s’étire en longueur devant mon écran, à tel point que je ne vois aucun de ses bouts.

Depuis quelque temps, je fais pousser devant chez moi l’espoir d’heures volées au quotidien. Les bulbes tardent à monter au balcon de mes espérances.

Depuis quelque temps, mes nuits sont plus courtes que les battements de mes journées.

Depuis quelque temps, je regarde mon corps s’écouler, partir vers un autre fleuve, plus au sud, et mes yeux pétiller au champagne de mes envolées.

Depuis quelque temps, il me suffit d’entendre un rire éclater au bout d’un fil pour arrêter le temps.

Depuis quelque temps, j’ai mis le passé de côté, pas très loin, mais de côté, pour marcher sur un sentier de traverse qui avance.

Depuis quelque temps, je souris bêtement à mon fond d’écran, lisse mais profond, qui me rassure lumineusement.

Depuis quelque temps, je gangrène l’attente, je pourchasse les dates, je projette les semaines, je mensualise l’amour.

Depuis quelque temps, je dévide la bobine du rêve ; aucun nœud à y faire pour l’arrêter mais beaucoup à recoudre.

Depuis quelque temps, je suis la maîtresse de l’âge d’or, je suis la trentenaire éternelle, je suis le tourment temporel qui s’allège.

Depuis quelque temps, je suis gérante du bonheur au compte-goutte, comptable des mots doux, répertoire des abonnées présentes.

Depuis quelque temps, je me dis que j’attendais depuis si longtemps, que j’en ai oublié le goût âcre des jours sans rien ni personne à attendre.
Depuis quelque temps, je prie pour que l’on me laisse le temps d’en profiter, pour voir pousser les fleurs et les cueillir à quatre mains, parce que le Temps, le Temps file si vite, parce que le Temps, le Temps est si court, parce que le tant, le tant peut être si long…

 

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20 mars 2010

Debout (Caro-Carito)

Le lieu à changé. La lumière aussi. Dernier brigand est là, enveloppé d’une chemise constellée d’éclats de peinture. Un trio de fillettes s’affaire autour d’un débordement de tubes et de gouaches. Le petit bonhomme nettoie soigneusement ses menottes et décroche son duffel-coat râpé. Je suis sa course furtive dans les couloirs défraîchis. A travers les vitraux de poussière, la lumière entre à flots, berçant l’école endormie de ses pépiements de printemps. Je marche sans bruit, attentive à ces salles vidées de toute fureur écolière. Du haut de l’escalier, j’aperçois la cour voisine et les slips d’un grand-père alignés au cordeau, en une comptine de coloris défraîchis. Une porte entrebâillée laisse danser les copeaux de soleil.

Je balaye du regard les fantômes d’enfants jouant à la marelle. Je revisite en catimini cette enfance passée, ces souvenirs aussi vivaces qu’un poème de René Guy Cadou : la vieille école maternelle près des bords de Sambre où ma mère me conduisait en souriant. De la terre jusqu’au ciel, j’aimais bondir très haut, un caillou lisse à la main. Dernier brigand a atteint le portail de l’entrée. Un dernier survol de la cour goudronné, vierge de toute course et j’aperçois la loge du gardien. Et devine sans doute, là-bas, dans le coin ombragé, des nattes s’envolant au rythme d’une corde à sauter ou d’un élastique tendu. Sans oublier ces visages malicieux qui se poursuivent, le temps d’un épervier.

Mon petitou marche à mes côtés. Le vent qui sévissait les dernières semaines a cessé de nous emmitoufler de nuages poudreux et d’une embrassade glaciale. Je m’attarde sur les graviers crème qui roule sous mes pas, les routes meurtries par le gel. L’hiver s’enfuit, laissant place au ballet des ravaudeurs de bitume qui encombre les trottoirs et les rues. Nous slalomons, tranquilles, entre barrières et tranchées à vif.

Quelqu’un pourrait croire que j’emprisonne le temps dans une cage de mots, des phrases serrées que j’inscrirais dans les feuilles pâles de mes souvenirs. Mais non. Je le laisserai libre de voleter autour de moi, de redessiner les contours de ces instants-là. Dans une semaine, un an, qu’importe, je fermerai les yeux et tout se détachera avec netteté devant moi. Les minutes qui passent, tout comme cette poussière qui vole, me rappellent qu’un jour, moi aussi, j’entrerai dans la valse lente et silencieuse de la mémoire : celle des autres. En attendant, je ferai résonner mes mots et je barbouillerai de couleurs toutes ces heures gravées en moi. Comme un défi, une gageure…

20 mars 2010

Le chant de Pénélope (Captaine Lili)

Le soir, à la veillée, Pénélope chante…

Première minute,
Le fil s’étend.
La vie est luttes
Et firmaments

L’heure s’écoule,
Le fil se casse.
La vie est houle,
Parfois fugace

La demie sonne,
Le fil s’enroule.
La vie étonne :
L’émoi est foule

Une heure de plus,
Le fil est bleu.
La vie, ma puce,
C’est amoureux

Il est cinq heures,
Le fil est pêche
La vie enfleure
Le feu, les mèches

Et la chanson s’arrête.  Cinq heures sur douze ! Lorsque je lui demande pourquoi il n’y a pas d’autres strophes, pourquoi le chant ne dure pas une journée, elle me répond dans le cliquetis des aiguilles : « le temps, ma fille, il file ! Moi, sur le cadran, je m’arrête au fil d’amant. »

20 mars 2010

Le vendeur de Temps (Oncle Dan)

Il était une fois un petit village perché sur les falaises du Temps dont tous les habitants étaient joyeux, aimables et riches, alors que l’on n’entendait monter de la vallée que plaintes et gémissements.

Cette curiosité attirait naturellement les foules et l’on voyait serpenter jusqu’au village de longues colonnes de gens pressés et tourmentés qui se bousculaient pour rentrer et repartaient détendus et souriants.

Tout ces gens étaient passés chez le vendeur de temps, un homme sans âge qui habitait le village depuis la nuit des temps. Le bruit circulait qu’il était horloger mais avait vendu son âme au Diable avant de vendre du temps. Il semblait surfer sans la moindre éclaboussure sur l’invisible torrent des siècles et des jours qui entraîne le commun des mortels dans la tombe.

C’est que le torrent dont il s’agit passait dans sa mystérieuse boutique et il lui était donc facile d’en puiser à sa guise et de le vendre à un prix très raisonnable, puisque ces liquidités placées à quatre pour cent pouvait encore fructifier et faire le bonheur de gens qui en manquaient.

Il y avait très peu de mécontents. Les sales quart d’heure étaient rares mais, bien sûr, il pouvait arriver de rentrer avec un temps pourri ou alors, de perdre son temps au retour.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où la Martine vint au village et, tombant à genoux, s’exclama « Ô temps, suspends ton vol, respecte ma jeunesse ! » Elle fut exaucée. On se demande encore pourquoi.

Le temps s’arrêta et le Diable vint chercher le soir même l’âme qui lui était due.

Il semble que le temps ait repris son cours dès le lendemain matin.

Moralités : Le temps est un don de Dieu et ne peut être vendu. Méfie-toi des vendeurs de temps, ils ne vendent que du vent.

20 mars 2010

Le temps (rsylvie)

Prunille avait couru toute la journée.

« De-ci de-là cahin cahà,,,

marche vite, marche vite… »

Qu’elle était tombée dans les bras de Morphée, à peine touché le lit.

Le temps de fermer les paupières, elle rêvait d’un monde joli.

D’un monde tout en couleurs, d’un monde gourmand.

D’une planète où les aiguilles de l’horloge seraient jouet d’enfant.

« 2 et 2 font 4

4 fois 2 fait 8 ….

J’aime la galette, savez-vous comment ?

Quand elle est bien faite, avec du beurre dedans »..

Vous imaginez

Des secondes qui ne pourraient

Ni avancer ni reculer !!

En fait, qui ne sauraient où aller ?

« Un kilomètre à pied,
Ca use, ça use... Un kilomètre à pied,
Ca use les souliers....

Deux kilomètres »...

Seulement voilà,

Ca ne pouvait durer plus que ça.

Même dans les rêves, il y a des troublions.

Qui aiment par-dessus tout la raison.

« Frère Jacques, frère Jacques
Dormez vous, dormez vous
Sonnez les matines, sonnez les matines,
Ding ding dong, ding ding dong
 

Monsieur EncorEnRetard0travail, roi du monologue,

Qui avait pris les traits du mécanichien 

Intervint rapidement, afin de réparer le mécanisme de l’horloge.

Et remettre le temps sur le droit chemin.

Prunille avait couru toute la journée.

« De-ci de-là cahin cahà,,,

marche vite, marche vite… »

Qu’elle était tombée dans les bras de Morphée, à peine touché le lit.

Le temps de fermer les paupières, elle rêvait d’un monde joli.

D’un monde tout en couleurs, d’un monde gourmand.

D’une planète où les aiguilles de l’horloge seraient jouet d’enfant.

« 2 et 2 font 4

4 fois 2 fait 8 ….

J’aime la galette, savez-vous comment ?

Quand elle est bien faite, avec du beurre dedans »..

Vous imaginez

Des secondes qui ne pourraient

Ni avancer ni reculer !!

En fait, qui ne sauraient où aller ?

« Un kilomètre à pied,
Ca use, ça use... Un kilomètre à pied,
Ca use les souliers....

Deux kilomètres »...

Seulement voilà,

Ca ne pouvait durer plus que ça.

Même dans les rêves, il y a des troublions.

Qui aiment par-dessus tout la raison.

« Frère Jacques, frère Jacques
Dormez vous, dormez vous
Sonnez les matines, sonnez les matines,
Ding ding dong, ding ding dong
 

Monsieur EncorEnRetard0travail, roi du monologue,

Qui avait pris les traits du mécanichien 

Intervint rapidement, afin de réparer le mécanisme de l’horloge.

Et remettre le temps sur le droit chemin.

Mais comptine

Semblait vouloir une morale.

Alors Prunille, qui elle le savait resterait toujours une gamine

Décida que Dors&Navrant,

de  l’horloge du temps

et ses gros yeux elle se foutrait pas mal !

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20 mars 2010

MÉTRONOME (Joye)

C'est dur à croire, mais triste à voir

Ces gens qui n'ont pas le temps !

Pas une minute, ni seconde brute :

Oh ! quel malheureux contre-temps !

Pas le temps des cerises.

C'est toujours la crise !

Pas le temps de danser

Même pas d'y penser

Oh non ! Oh non ! Oh non ! Oh non !

C'est un vrai scandale ! Ce manque de temps

Pour tous ceux qui sont vraiment impor-temps.

Pas le temps d'un « bonjour », pas le temps tout autour !

C'est vrai que c'est très inquié-temps !

Pas le temps d'un bisou

Dans leur vie de casse-cou

Pas le temps d'une caresse

On comprend leur détresse !

Ah oui ! Ah oui ! Ah oui ! Ah oui !

Mais, qui les a volées ? Qui a cambriolé

Ces vingt-quatre heures loties

À chacun de nous, les sages et les fous,

Les extro- et intro-vertis ?

Pas le temps d'un « Coucou ! »

Pas le temps d'un « Et vous ? »

Pas le temps pour le temps !

C'est très embê-temps !

Ah ça, oui !

Toutes ces personnes qui n'ont pas un moment !

Ce n'est pas sympa ! c'est mêm' dégoû-temps !

Ces pauvres victimes ! Ça fait pousse-au-crime !

Qui leur a volé tout leur temps exis-temps ?

Mais . c'était toi ?

C'est toi qui as toujours du temps précieux.

C'est toi qui sais rendre heure-use et heure-ux.

Ce n'est pas facile ! À tes risques et périls,

C'est toi

Qui as pris le temps.

20 mars 2010

Twitt-heure (Joe Krapov)

DDS98_bandeau_Twitter

DDS98R_Aragon

Louis_Aragon
Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard !




 

DDS98R_JK

Joe_Krapov Ben justement ! Vivons ! On apprendra plus tard ! Qu’Elsa crie « Olé ! » et grimpe aux rideaux !


 

DDS98R_caro

Caro_Carito Un cadran solaire, c’est parfois quadrangulaire. Tandis qu’un cadre en goguette est toujours bien rond chez  Caro.


 

DDS98R_Otto_EkolOtto_Ekol

- Passe en première !

- Une seconde !

 

DDS98R_Noeud

Nœud_gordien35
 Il y a peu de papillons qui lisent Minute !

 


DDS98_PAL

Pal_Sarkozy
Tu vas pas nous chier une pendule parce que t’as perdu ta montre ?

 


DDS98R_Godnat

Tatie_Godnat
Il y a plus d’horloges franc-comtoises que d’hors-loge Francs-maçons

 


DDS98R_woody

Woody_Spinoza
Est-ce que la vie c’est court ? Est-ce que la vie c’est long ? Est- ce que la vie c’est lourd ? Est-ce que la vie c’est con ?

 


dds98R_einstein

Einstein_MC2
Est-ce que le temps s’écoule plus vite quand on est cool ? Est-ce qu’il trépide quand on est speed ?


 

DDS98R_marquise_pliz

Marquise Bombeplizz
Chez nous on ne nettoie le lustre que tous les cinq ans

 



DDS98R_BNF
BNF
75 On a conservé les riches heures du duc de Berry mais pas les laborieuses journées du pauvre Martin, serf.

 



DDS98R_st_pierre
Saint-Pierre_Saint-Simon
Qu’as-tu fait de ton temps sur cette terre ? » demanda Dieu à Dostoïevsky.

- L’Idiot…



DDS98R_st_pierre
Saint-Pierre_Saint-Simon
Mais avant que le Russe n’ait pu ajouter un autre titre, Dieu se tourna vers moi et demanda : - Et toi, Joe Krapov ?




DDS98R_JK

Joe_Krapov
 Pareil ! J’ai fait l’idiot !

 


DDS98R_Jean_Dulent

Jean_Dulent
Aller voir au cinéma « Le jour le plus long », « La vingt-cinquième heure », « Un été 42 » ou « L’année des méduses », ça prend du temps !

 

DDS98R_Jean_Dulent
Jean Dulent
Le plus long film que j’ai vu, c’est « Sept ans de réflexion ». C’est bien simple, quand je suis sorti de la salle, Marilyn était morte !

 



DDS98R_JK

Joe_Krapov
Saturne pas rond dans ma p’tite tête !

 



DDS98R_JK
Joe_Krapov
Le temps peut bien manger ses enfants s’il le veut. Mais qu’a-t-il fait des miens que j’avais tant aimés ?

 



DDS98R_Joan
Joan_Krapovna_la_mère @Joe Krapov
Ils ont grandi mon fils, par la grâce de Dieu ou par loi de nature et se sont envolés hors du nid familial.

 



DDS98R_JK
Joe_Krapov @Joan_Krapovna_la_mère
Maman… ne me dis pas qu’ils sont devenus vieux ? Moi j’ai juste vingt ans ! Et toi… quelle santé !

 



DDS98R_Joan

Joan_Krapovna_la_mère @Joe Krapov
Mais toi, sombre crétin toujours piqué au jeu, vois donc que tu n’es plus ce que tu as été ! Ouvriras-tu les yeux ?

DDS98R_JK

Joe
_Krapov Le temps peut bien manger ses enfants s’il le veut. Moi je rêve éveillé et je m’en trouve bien !

 


DDS98R_JK

Joe_Krapov
Bon vent à mes enfants ! Qu’ils soient aussi heureux que nous sommes parfois. Et… à dimanch’ prochain !

 


DDS98R_JK

Joe_Krapov @mademoiselle_Zell
Oui, ma fille, je sais ! C’est un peu énervant. Je n’aurai pas changé Tout aussi fou qu’avant !




DDS98R_JK

Joe_Krapov @monsieur_jibhaine
Enfoiré ! Bravissimo ! http://tinyurl.com/yautevo

20 mars 2010

Le Temps (Adrienne)

Samedi soir.

Il est dans un lit d’hôpital. Il sait que ses heures sont comptées. Mais il ne veut pas le savoir. Il se crispe, il se bat, il refuse. Il est fâché contre la terre entière. Contre ceux qui viennent de l’amener ici alors qu’il suppliait qu’on le laisse chez lui, dans son lit aux odeurs familières. Contre celle qui a laissé faire. Contre le médecin qui l’a ordonné. Contre les infirmières, qui vont, qui viennent, qui ne peuvent pas le soulager. Personne ne peut rien pour lui.

« Mais Madame, a dit l’oncologue, savez-vous bien quelle est l’espérance de vie d’un homme, dans notre pays ?
- … ?
- 78 ans ! Et lui, quel âge a-t-il ? 80 ! Ce qui veut dire que vous avez déjà eu deux ans de bonus ! Alors de quoi vous plaignez-vous ! »

***

Samedi matin.

Elle est à la piscine. Elle compte les longueurs et elle compte les minutes, sur la grande horloge accrochée au mur du fond. Ça lui occupe l’esprit et ça l’empêche de penser à autre chose. Pourtant elle y pense quand même. Que fait-il en ce moment? Il doit être arrivé à Amsterdam hier soir. Ce matin ils auront fait la grasse matinée. Peut-être sont-ils en train de prendre un bon petit déjeuner. Puis ils iront faire une balade, main dans la main. Elle essaie de ne pas voir la scène et ferme les yeux, se remet à calculer sa moyenne. Trente longueurs en vingt minutes, c’est bien, pour quelqu’un qui n’a plus nagé depuis vingt-cinq ans.

« Je n’y peux rien, lui a-t-il dit. Dès que je l’ai vue j’ai eu le coup de foudre.
- …
- Et je serai de retour lundi soir. »

***

Dimanche midi.

La petite fille s’impatiente. Encore tant de jours à attendre que ce soit la kermesse ! Elle recompte les richesses de son petit porte-monnaie. Combien de tours de manège pourra-t-elle s’offrir ? Et pourvu qu’on aille tous ensemble manger des frites ! Oh ! comme on s’amusera !

- Je voudrais tant qu’on soit déjà dimanche prochain ! dit-elle à sa grand-mère.
- Tu es donc bien pressée de vieillir ? répond grand-mère.

***

Il y a d’éminents médecins qui vous considèrent comme un yaourt périmé.
Il y a des quinquagénaires qui refont une crise de puberté.
Il y a des grands-mères qui vous apprennent la valeur du temps qui passe.

20 mars 2010

Le temps (Stipe)

Ils firent sortir l'homme en le traînant au sol, poignets menottés dans le dos. On lui planta encore une énorme seringue dans la nuque et sa tête pendit définitivement entre ses épaules.
Une femme trouva la force surhumaine d'ouvrir les yeux et d'exprimer un regard haineux, elle proféra des insultes qui restèrent bloquées dans sa bouche mais chacun de nous les entendit. Là, un homme ne chercha même pas à retenir les larmes qui jaillissaient de ses yeux. Ses joues restaient désespérément sèches, même si aucun de nous ne douta de les voir bel et bien détrempées par les larmes. Les autres demeuraient allongés par terre mais exprimaient tous des sentiments aussi extrêmes, invisibles pour le profane mais perceptibles de nous seuls.
Et moi ? J'en sais trop rien, je suppose que je jubilais de constater que j'étais toujours capable d'éprouver des sentiments. Peut-être qu'un jour je découvrirai qu'à ce moment là je sautais partout. Ou que j'avais martelé les flics de coups de poing. Ou que j'avais vomi. Je le saurai peut-être un jour… Mais y aura-t-il un jour ?

Nous nous étions retrouvés dans cette pièces immense, blanche, sans aménagement aucun, sinon sept paillasses éloignées et une pendule incongrue et bruyante. Tour à tour, en ouvrant les yeux, nous nous sommes aperçu de la présence de l'autre. Et rapidement, nous avons constaté que nous étions tous dans le même état comateux. Incapables du moindre mouvement, branchés à des tuyaux et des électrodes, prostrés dans une position allongée qu'aucune force physique ne permettait de quitter. J'ai pris conscience que j'étais comme drogué, que les autres l'étaient aussi et chacun a du en conclure de même sur son voisin. Une drogue si puissante que nous étions comme anesthésiés, elle nous paralysait, nous empêchait de parler, de pleurer, rangeait au rang d'épreuve physique le simple fait d'ouvrir les yeux. Nous étions là, cloués au sol, asséchés de l'intérieur et alimentés par l'extérieur.
Et il y avait cette drôle de pendule sur le mur du fond. Elle était pourtant énorme, mais il m'a fallu une bonne dose de concentration pour comprendre en quoi elle était si différente de toutes les autres pendules. Elle ne possédait qu'une aiguille, la grande, qui était invariablement pointée vers le haut, sur le "12" imaginaire puisqu'aucun chiffre n'était représenté. Nous entendions le tic-tac des secondes qui s'égrènent, mais l'aiguille ne se décalait jamais sur sa droite pour autant. Non, au bout de soixante secondes, c'est le cadran qui tournait sur sa gauche, d'un soixantième de tour, venant positionner une graduation en face de la grande aiguille, toujours aussi verticale. Et il m'a fallu plusieurs jours (peut-être ?) pour comprendre que cette pendule n'était pas là pour nous donner l'heure, mais seulement pour nous donner la notion du temps qui passe, bien qu'il se soit arrêté…
Régulièrement (peut-être ?), des types venaient nous administrer notre dose d'incapacitant, changeaient nos cathéters, rebranchaient nos électrodes. Nous étions branchés de partout, des sondes étaient reliées aux voies naturelles, d'autres tuyaux servaient à nous alimenter et à nous ravitailler en toutes sortes de médicaments, ou de drogues ou de sang ou de qu'est-ce que j'en sais ? Ce que je sais, c'est que nous étions sous assistance, toutes nos fonctions vitales étaient contrôlées à distance et la seule chose que l'on maîtrisait encore étaient nos pensées. Notre cerveau ne souffrait d'aucune entrave. Chimique, du moins. Car pour le reste, tout semblait avoir été pensé pour qu'il finisse par se suicider…
La pièce était constamment éclairée, d'une lumière crue. La pendule serinait invariablement le tic-tac des secondes, les heures (peut-être ?) défilaient à tâtons, sans se préoccuper de la suivante, ne conservant que sa notion de division du temps et perdant celle d'indication. Les heures, qu'en sais-je… En fait, la seule chose qui défilait, c'était cette éternelle minute qui faisait du sur place. La minute se suit et se ressemble…

Nous ne savions rien de tout ça, de toute cette merde dans laquelle nous avions été plongés. Ni pourquoi, ni comment, et surtout pas quand. Dans l'incapacité totale de communiquer, d'exprimer le moindre sentiment, plus rien ne nous différenciait désormais. Nous étions devenus des clones, glissés dans sept enveloppes corporelles différentes. On ne vit que dans le regard de l'autre, dans l'image qu'il nous renvoie, et dans la perception de ce qui nous entoure. On nous avait retiré ces réponses, tous les signaux qui font que l'on se sent physiquement exister. Et puis surtout, on nous avait confisqué la notion du temps. Voués à ne vivre qu'avec nous-mêmes, à l'intérieur de nos propres pensées qui sont exacerbées par le fait que le cerveau n'a plus à assumer son rôle de centre névralgique des fonctions vitales et de survie, nous sommes condamnés à vivre dans un désert de sensations. Et l'éternelle minute, qui avance lorsqu'elle recule, finit par nous perdre dans les méandres de nos propres réflexions. L'instant n'existe plus, impossible de savoir si l'on envisage le passé ou si l'on a la nostalgie du futur.
L'emmerdement maximum n'existe pas, aujourd'hui je peux vous assurer que seul le pire existe…

Et puis tout à l'heure (peut-être ?), nos oreilles ont ouvert nos yeux et on a vu ce type réussir à se lever. Mon cerveau a aussitôt pétillé, ravi d'avoir du nouveau à se mettre sous la dent… La pensée, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Je ne savais pas encore pourquoi je l'étais, mais je semblais être heureux. J'allais devoir réapprendre ce que ce mot même signifiait, mais là le type avançait, péniblement, ses muscles semblaient aussi surpris que son cerveau d'être encore "capables". Les trucs qu'ils nous balançaient dans le corps nous avaient maintenus en bonne santé physique, nos muscles étaient stimulés par les électrodes, ils avaient l'air de tenir à ce que l'on reste en vie, à ce que l'on ne s'atrophie surtout pas. Et il semblerait qu'ils y soient parvenus. Et erreur humaine, subterfuge ou défaillance du matériel, le fait est qu'un de leurs cobayes était désormais sur pied. Le type avançait de moins en moins difficilement, tout semblait lui revenir comme pour le vélo. Il se précipita sur le mur du fond et balança un violent coup de poing sur la pendule. Un énorme fracas se fit entendre - le cadran ou les os de sa main ? – la minute vola en éclat et tiqua sur le tic, rendant sa liberté à l'instant, faisant revivre le moment.
Un larsen de silence me déchira le cerveau, et cette soudaine profusion d'émotions ressuscitées me brula le corps. Je perçus l'agitation, je les vis intervenir avec force détermination et moult démonstration de… d'émotions. Qui se succédaient sous mes yeux mi-clos: la colère, la haine, la déception, l'interrogation… Mon cerveau crépitait sous la fulgurance des sentiments redécouverts, je ne saurais vous dire si je revivais ou si je mourais…
En revanche, il y a une chose que je sais, c'est que cet homme avait fini par accomplir ce que l'on recherchait tous à faire depuis notre enfermement : tuer le temps.

20 mars 2010

Le temps pour répondre… (trainmusical)‏

Mon très cher, j’ai juste un peu de temps pour répondre à ta question. Et je sens que ma réponse te passionne, puisque tu insistes tant depuis une dizaine de minutes. Oui je sais que le temps paraît long pour toi, moi pas, il passe trop vite.

 

Alors ci-joint ma réponse : ce matin, il faisait nuageux, quelques pluies, environ trois millimètres. Mon thermomètre marquait plus trois degrés Celsius. Pas très chaud, il fallait s’habiller, ce qui prend du temps.

A midi, les nuages se retiraient gentiment, juste quelques cumulus qui semblaient tourner en rond comme les aiguilles d’une montre. La température est montée à huit degrés Celsius.

Dans l’après-midi, le soleil brillait. Il brillait si fort, que j’ai du baisser les stores dans mon bureau, sinon j’étais ébloui, ce qui m’aurait fait perdre du temps dans mon travail. Car le sais-tu ? Mon temps qui passe est très précieux. Je continue à te narrer la journée concernant la météorologie. J’espère que tu apprécies le temps que je prends pour te répondre. En fin d’après-midi, le temps se rafraichissait, le vent se levait, vingt kilomètres à l’heure. Le soleil a disparu, car la nuit tombait. J’ai tout de même pris mon temps pour rentrer à la maison, afin de profiter de l’air.

 

Un instant, je me tire vite un café avant de te raconter le temps de la soirée.

Pardon ?

Ça ne t’intéresse pas ? Et tout ce temps que j’ai perdu pour te raconter tout ça ? J’aurai pu boire plusieurs cafés pendant ce temps. Pourtant tu as insisté dans ta question pour avoir une réponse rapidement.

 

Non ? Pas ça ?

Ah bon, tu veux savoir le temps que l’on vit maintenant, c’est à dire l’heure !

Et bien il est l’heure d’aller te coucher ! Et la prochaine fois, prends ton temps quand tu poses une question afin que ce soit plus clair. On aurait gagné du temps.

 

Du coup, ce n’est plus un café qu’il me faut, mais une grande bière. Et je vais déguster cette boisson en y prenant mon temps !

20 mars 2010

Les pendules à l'heure (Didier)

La vie de Jean avait basculé ce samedi-là. 10 heures, 23 minutes, 52 secondes. 74ème jour de l'année. Salle 97.  Il était encore un petit garçon. Yeux d'or pour la parole des grands. Yeux verts en songeant aux demains et en stockant des hiers. Il était en cours à l'école, ce samedi-là et il apprit que l'heure était en fait une convention. Une invention. Un rythme que l'homme avait calculé un jour et qui, ensuite, fut instauré. Il apprit qu'on s'arrangeait et qu'on jouait du fuseau, que parfois on enlevait une seconde pour équilibrer tout ça, qu'on pouvait aussi changer une heure si le temps venait à passer en mode hiver, ou en mode d'été. Le professeur avait eu un sourire en expliquant tout cela, Jean n'aima pas ce sourire, comme si le prof jouait un bon tour aux certitudes les plus absolues.

Jean ne riait pas. Il tremblait en quittant le bahut. Ebranlé. Retourné comme une crèpe. Il regardait sa montre d'un air furieux. Il l'avait mise dans sa poche.

Sa mère poussa des grands cris quand elle découvrit quelques jours plus tard qu'il avait jetée au panier sa seiko.

- Jean, ta montre ! Qu'est-ce qu'elle fait dans la poubelle ? Qu'est-ce qu'elle va penser, Tata, quand elle saura ? Hein ? Elle te l'a offerte pour ta communion, quand même. C'est de l'argent !

- Elle était foutue, bougonna Jean. Qui pensa autant à Tata qu'à la montre. Il l'avait tant désirée. Rêvée. La montre. Un sourire immense s'était dessiné sur son visage quand il l'avait reçue. Il posait sur elle des yeux velours. L'affichait fièrement. La donnait facilement, l'heure. Même sans qu'on la lui demande. Maintenant, elle ne valait plus rien. Il s'imprégnait de cette étrange certitude. Il avait envie d'aller démonter la pendule de l'église du village, de faire taire les cloches, d'aller tuer la voix de l'horloge parlante. Il l'appelait encore, mais pensait menteuse au lieu de noter les cinq ou six chiffres qu'elle égrenait.

- Mais non, elle est à la bonne heure, lui dit sa mère.

- Qu'est-ce que tu en sais ? bougonna en lui-même Jean. Tout devint relatif, pour lui.

A l'époque, ça lui trottait dans la tête : il voulait devenir horloger. A la place, il devint voleur. Voleur de temps, ce serait son métier. Il avait retenu la leçon. Oui, il serait voleur d'argent, tout le monde n'arrêtait pas de le lui dire. Le temps c'est de l'argent.

Au fils des années, ses poignets libres narguaient les polices du monde entier. On l'appelait l'homme rolex. Il s'en amusait. Fiché partout. Arrêté nulle part. La terreur des magasins et des chambres fortes. Rôdé comme une pendule. Précis comme une trotteuse. Mécanique infernale. C'était toujours en douceur. Réglé comme du papier à musique.

Il avait un jour expliqué à l'un de ses adeptes que son secret, c'était le temps. Tout simplement. Les années avaient passé. C'est comme si le temps n'avait pas de prise sur lui.

- Tu vois, petit, avait-il expliqué à l'air hagard qui le suivait des yeux. Le temps, il est là, il est à toi. Alors tu le prends. Et tu observes, tout. Tu notes, tout. Tu calcules, tout. Tu réfléchis, à tout. Et tu verras. A un moment, c'est le moment.

- Mais comment on sait Monsieur Jean ? Que c'est le moment ?

- On le sait, c'est tout.

Jean ne gardait pas beaucoup de centimes pour lui. Il offrait l'essentiel de ses prises à des orphelinats. De tous les continents. Il avait toujours cette curieuse exigence : que l'on supprime les montres et les pendules, que l'on se fie au soleil et à la lune, que l'on dorme quand on a sommeil, que l'on mange quand on a faim, que l'on boive quand on a soif.

Il précisait toujours qu'il viendrait vérifier si ses consignes étaient respectées. Et que si elles ne l'étaient pas, les établissements devraient lui rembourser les sommes.

Tout était écrit. Personne ne pipait mot.

Après les orphelinats, Jean étendit son action aux écoles, intervint dans la formation des enseignants, s'adressa aux parents, se paya des publicités dans les médias. Mille et une rumeurs circulaient sur cet étrange Robin des bois. L'homme rolex. On fit des films. On anima des débats. On sortit des bouquins.

Jean ne voulait plus se fier au temps des hommes. Invention ! Foutaise ! Il voulait montrer que les montres mentaient, depuis la nuit des temps, et que la vie n'était pas la vie, que la dictature du temps, c'était bien assez. Les pendules n'étaient que des arrangements tacites entre quelques uns.

Peu à peu, le monde changeait.

Un jour, Jean fut avertit de l'imminence du décès de sa mère. On lui demandait de venir. De veiller sur son dernier souffle. Il avait 74 ans, elle en avait 97.

Il promit qu'il serait à l'heure. Et il le fut. La porte grinça doucement quand il entra et elle eut un sourire chaud comme un oranger généreux lorsqu'elle le vit arriver.

- C'est toi, enfin, j'ai crains que tu ne viennes pas, murmura-t-elle. Tu en mis, du temps !

- Je suis là, maman, j'ai toujours été là, confia-t-il.

Dans sa poche, il massait la montre au verre brisé qu'il était allé rechercher en maugréant dans la poubelle, qu'il avait ensuite piétinée de rage. Se faisant promesse. Elle était tout le temps dans sa poche. Sans arrêt. Il ne la regardait jamais.

- Quel heure est-il ? demanda-t-elle, comme si elle avait un train à prendre, comme si cela avait de l'importance.

- Il est temps, ne t'inquiète pas, répondit-il, à peine étonné par la question. C'était son heure.

Sortant pour la première fois depuis 62 ans la montre de se poche, il se rendit compte qu'elle était en effet pile à l'heure, la même que celle indiquée sur l'un des écrans qui entourait sa mère. Il en fut assez stupéfait, quand même. Alors il lui donna l'heure. Elle l'accepta.

- C'est bien, dit-elle.

- Je t'aime, maman.

- Je t'aime, mon fils.

Leurs mains se serrèrent, la montre passa de l'une à l'autre. Des doigts usés en firent le tour. Elle sourit.

- Tata serait contente, estima-t-elle. Mais elle est cassée ?

- Quelle importance, Il demanda. Ce n'était pas une question.

Elle ferma les yeux.

- J'ai tout mon temps, dit Jean quand on les retrouva au petit matin main dans la main unis par une montre antique. Il demanda encore quelques minutes, qu'on le laisse avec elle, s'il vous plaît.

Cela faisait des années qu'il n'avait pas demandé de temps. Il s'en fit la remarque. On le lui accorda. C'était inutile. Il l'aurait pris. C'était son temps, après tout.

Il quitta la chambe 97 à 10 heures, 23 minutes, 53 secondes.

20 mars 2010

"El Tiempo" n'a pas de temps à perdre (Claudio)

 

 

Olivier commençait à trouver le temps long.
Depuis qu'il avait accepté ce poste de reporter d'El Tiempo, son rédacteur en chef ne l'envoyait que sur du futile. La dernière fois, c'était le pompon ! Un reportage sur des bourses mal léchées par des fonctionnaires de police ! Non, mais j'vous jure !

 

Mais ce matin, tout est différent.
On lui fait enfin confiance pour du solide, du sérieux.
- Écoute, Olive, je n'ai que toi sous la main. Tu pars tout de suite pour l'Aragon et tu feras le maximum pour expliquer ça à nos lecteurs.
Le boss lui tend une dépêche. Il lit :  "Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard".

 

La route est longue et ça chauffe dans la cabeza. Par quel bout prendre l'affaire ? Il sait déjà que le temps ne fait rien à celle-ci, qu'avec lui, tout finit par s'en aller et que toujours il se monnaie. Cela reste banal et ne suffit pas. Avec celui qui chante pour passer le temps et celui qui ne chante pas pour passer le temps, Olivier ne sait plus que penser.
C'est à l'instant même où le train rentre en gare de Madrid que le reporter a trouvé son angle. Mais la Castille ce n'est pas l'Aragon Léon et le temps de se rendre compte de son erreur, l'angle fuyait. Trop tard.

 

Olivier ne voit pas le temps passer et commence à le trouver court. Il voudrait suspendre son vol.
Mais oui, c'est ça, on n'arrête pas le temps, c'est le même pour chacun. Le temps est équitable et égalitaire.
Le temps est communiste !... Ne nous emballons pas !
Le communisme, c'est comme Dieu et le football. Des garde-fous et des illusions.
Et le temps ? Serait-ce une illusion ? C'est vrai, peut-être que le temps n'existe pas... Peut-être.
Mais vivre, ça existe. Pas sûr. Qui dit que nous vivons. Peut-être rêvons-nous que nous vivons. Si nous rêvons c'est que nous vivons. Qui dit qu'un mort ne rêve pas ? ...

 

Le patron commençait à trouver le temps long et l'Olivier tortueux.
Alors, il fit précéder la signature de la lettre de licenciement d'un joli "Le temps d'aller à Madrid, il est déjà trop tard"


       
20 mars 2010

Le Temps (Lorraine)

Le Temps arrive de loin , il ne s’en souvient pas toujours  mais sa mémoire a brusquement de belles éclaircies : Oui, il était à Reims en 497 au baptême de Clovis, roi des Francs, mais aussi au mariage de Maximilien d’Autriche et de la Princesse Charlotte de Belgique en 1857. Il a ourdi l’union de Marguerite de Valois avec Henri IV en 1572 mais si huguenots et catholiques s’empoignèrent, il le jure, il n’y est pour rien.

 

Ce sont les hommes et leurs ambitions qui sont responsables des assassinats, des guerres, des massacres, depuis le début du monde.Peu après le Paradis Terrestre,  il a bien tenté de détourner la main de Caïn qui tua son frère Abel mais si le Temps est pacifique, l’humain l’est si peu !

 

La Temps, mais oui vous le connaissez ! Il était debout près de votre berceau et depuis il marche à vos côtés. Il lui arrive de courir, ou de traîner, ou de rêver, comme vous, comme moi. Mais bon an, mal an, il nous accompagne depuis notre naissance.

 

Il est un peu farceur, le Temps. On croit le diriger, le posséder mais ce funambule nous file entre les doigts pendant que nous vivons notre premier bal, notre premier amour, notre première déception. Il est tellement aérien, léger, il se transforme en bulle de savon, il flotte, il pèse, il réfléchit, il s’ennuie, il nous ennuie, il se souvient…

 

Ah ! comme il se souvient bien, le Temps, de ce que nous aimerions oublier, de ce que nous avons perdu. Il s’attarde quelquefois, il console, il guérit. Il pèse lourd à ses heures, il se fait discret, on l’oublie, on ne pense plus à lui…Et le revoilà, tellement présent, deux ans plus tard : « Cette ride, tu ne l’avais pas ? Ton ami, où est-il ? Tu ne vas pas pleurer, je suis là, moi… ». Il est toujours là, pour rappeler ce qui fut et n’est plus, ces années qui passent en silence, l’âge soudain bien présent.

 

Est-il un ami ? Cela lui arrive. Un ennemi ? Je ne pense pas. Il « est », tout simplement, impalpable et pourtant redoutable, allant son chemin jusqu’au bout. Jusqu’au bout du nôtre…Le Temps passe. Notre temps est passé…

20 mars 2010

20 minutes (Brigou)

20 minutes devant moi…
Ouvrir ma boite email et lire mon courrier ?

NON

20 minutes devant moi…
Préparer ma liste de courses pour ce soir ?

NON

20 minutes devant moi…
Téléphoner à mon amie pour qu’elle me raconte son entretien ?

NON

20 minutes devant moi…
Commencer quelques chose ?

NON

M’asseoir, me poser enfin.
Laisser de côté les tâches rébarbatives.

20 minutes pour m’évader
20 minutes à savourer

20 minutes pour une pause douceur

Un thé à la mûre.
Un carré de chocolat amer.
Un bouquin.

20 mars 2010

Walrus ? Présent !

Ainsi donc , le temps passe ?
Comme le café ?
C'est une intéressante hypothèse.

Car si le temps passe, le présent n'existe pas, ou si peu : il n'est alors que la limite intangible entre deux zones temporelles. Il n'est qu'une machine infinitésimale, insatiable, obstinée, dévorant nos rêves d'avenir radieux pour en faire le sombre passé. Pure immédiateté, mais sans consistance : toutes nos actions présentes appartiennent déjà au passé.

Pourtant, réfléchissez un peu, avez-vous jamais, sauf à être un incorrigible rêveur ou un indécrottable nostalgique, vécu ailleurs que dans le présent ? Non, n'est-ce pas ?

Le présent est permanent, le présent est éternel, le présent est cette éternité dont on nous rabâche les oreilles, où baigne l'univers et dont nous vivons notre infime part.

Ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous qui passons.

cafe4

20 mars 2010

l’égreneur a un grain ? (Poupoune)

Quand je l’ai rencontré je l’ai pris pour un farfelu, un doux dingue inoffensif. Il était assis, emmailloté dans une dizaine d’épaisseurs de gros pulls en laine qui s’effilochaient tous plus ou moins et, de ses gros doigts aux ongles noirs qui dépassaient d’épaisses mitaines, il transvasait, grain par grain, un petit tas de sable d’un pot à un autre. J’ai posé une pièce dans un de ses pots en lui souhaitant bonne soirée et il a gueulé :
- Eh ! Oh ! Ça va pas ?
- Pardon ?
- Ben virez-moi ça d’là !
- Ah… vous ne faites pas la manche ?
- Non ! Enfin… un peu, mais faut pas m’mettre des trucs dans mes bols !
Il continuait avec son sable, comme s’il comptait les grains. J’ai repris ma pièce.
- Vous ne la voulez pas alors ?
- Si, si… donnez. Merci.
Il a fourré ma pièce au fond de sa poche, tout en continuant à passer ses grains de sable d’un bol à l’autre de son autre main. Il était tellement absorbé par sa tâche, tellement minutieux et précautionneux dans ses gestes, que je n’ai pas pu m’empêcher de le questionner :
- Je peux vous demander ce que vous faites ?
- Ben ça s’voit pas ?
- Euh… vous comptez les grains de sable ?
Il est parti d’un grand rire étonnamment clair avant de me répondre :
- N’importe quoi ! Z’avez idée du nombre qu’il y a ?
- Euh… non. Beaucoup, j’imagine. Mais alors… que faites-vous ?
- J’égrène.
- Vous égrenez ?
- J’égrène.
- …
- Le temps, M’dame ! J’égrène le temps ! J’suis l’égreneur du temps !
- Ah... Je croyais que c’était du sable.
- Evidemment qu’c’en est ! Le sablier, le marchand de sable… Qu’est-ce que vous auriez voulu qu’ça soit d’autre ?
Ah ben oui. Forcément. Implacable. Il me plaisait bien, le bonhomme. Et il continuait de transvaser ses grains avec une régularité de… d’horloge.
- Et ça fait longtemps que vous faites ça ?
- J’en sais rien. J’vous ai dit, j’compte pas.
- Ah oui. Mais… vous n’arrêtez jamais ?
- Ah ben surtout pas !
- Qu’est-ce que ça ferait ?
- Ben ça arrêterait le temps !
Ben oui…
- Mais c’est un peu monotone, non ?
- C’est l’but !
- Pardon ?
- Ben c’est comme ça qu’ça doit être ! Régulier… monotone !
- Ah ?
- Ben oui, sinon le temps passerait n’importe comment ! Alors faut trouver l’bon rythme et surtout pas l’perdre, sinon c’est l’bordel.
- Et ben… pas simple, hein ?
- Ben non.
- C’est une grosse responsabilité.
- Ben oui.
Il me plaisait de plus en plus.
- Mais comment vous vous êtes retrouvé avec ce… euh… boulot ?
- Le destin, pardi, le destin !
- Ah oui. Le destin.
- …
- …
- Ecoutez, M’dame, j’veux pas vous désobliger, mais là, faudrait qu’j’puisse vidanger.
- Vidan… ah ! oh ! oui, bien sûr… euh… vous voulez que je vous remplace un moment ?
- Me remplacer ?
- Oui, le temps que vous alliez… vidanger.
- Ah… ben… j’sais pas trop, hein. Vous croyez qu’vous saurez faire ?
- Oh, peut-être pas si bien que vous, mais si c’est juste pour un moment…
- Hm… Ben r’marquez c’est pas d’refus, hein. J’pourrai m’dégourdir un peu en même temps, comme ça…
D’un coup je me suis dit que si ça se trouve, il faisait ça, presque immobile, depuis des jours. Pauvre gars ! Il prenait tout ça avec un tel sérieux ! Il m’a fait longuement observer son mouvement, puis m’a observée longuement pour s’assurer que je le faisais « à peu près correctement » et enfin il s’est éloigné, en se retournant plusieurs fois pour vérifier que je le faisais toujours bien. J’ai continué jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin et je guettais son retour pour reprendre dès qu’il réapparaitrait.
Il prenait son temps.
Il prenait tout son temps.
Je commençais à me dire que je voulais bien être gentille, mais que je n’allais pas l’attendre des heures pour autant. Et puis… je ne sais pas. Tout ça m’avait semblé rigolo, mais là, ça ne m’amusait plus. C’était… bizarre. Je n’aurais absolument pas su dire depuis combien de temps il était parti, mais ça me paraissait… je ne sais pas. Long. Et quelque chose clochait. Comme si… je ne sais pas. Je me suis secouée et, pour faire passer le temps et la mauvaise impression, j’ai pris un grain de sable que j’ai changé de bol et… non. Impossible. J’ai recommencé… Merde. Comme si la rumeur du vent dans les arbres et des voitures au loin s’était tue et reprenait quand je prenais un grain et… Merde. Et l’autre qui ne revenait pas ! J’ai repris un grain, puis un autre, puis… Pas possible, merde ! Une feuille qui tombait a semblé ralentir sa chute quand j’ai cessé. Elle restait là, comme suspendue dans l’air dans ce silence irréel… j’ai repris un grain, puis… Dingue ! La feuille est remontée ! J’avais pas pris le grain dans le bon bol ! Ah ben merde !
J’ai recommencé dans le bon sens et la feuille a tranquillement repris sa descente. Incroyable. J’ai pensé qu’il fallait que je continue pour donner à l’autre le temps de revenir.
Je saurais pas dire depuis combien de temps il est parti.
C’est que je compte pas, moi. J’égrène.

20 mars 2010

Le temps‏ (Droufn)

C'est juste une petite pensée qui me vient là..

 

"La plus petite unité de temps est la seconde, mais que fait la première, elle recule ?"

 

 

Bonne journée, semaine, année..

20 mars 2010

L’or loge dans le temps….. (enfolie)

Mon index tourne autour de mon pouce (ou mon pouce autour de mon index ?) pour faire passer le temps. Ils le trouvent si lent par moments… ouf moments qui naissent pour se tuer vite fait. Je tourne en rond mais pas le temps. Quoique ? Sur l’horloge, l’heure ne fait que ça. Pas le temps de tourner en rond sur ce sujet. Quoique …. Je commence ou je finis ? Si tu le lis, c’est que j’ai fini

Quoique….

20 mars 2010

Le temps (Vegas sur Sarthe)

Tournant le dos au passé
Chronos retourna le sablier
Maintenant, il était temps

20 mars 2010

J’ai gagné au loto (Val)

Dans ma commune il y a un CAT, qui accueille et emploie des personnes handicapées mentales. Chaque soir, à partir de 16h30, ils ont fini leur journée et alors ils viennent dans le bourg acheter leurs cigarettes, boire un café ou deux, ou faire quelques achats.
Il y a sept ou huit ans, je n’avais pas d’enfants, alors moi aussi, le soir, après le travail, j’allais boire un café ou deux au bar tabac quand j’allais acheter mes cigarettes.

Parmi les handicapés, il y avait un petit monsieur que je trouvais attachant. C’était un tout petit monsieur, très rond, qui venait toujours pour faire son loto. Ce petit monsieur n’avait pas d’âge. S’il est déjà difficile de donner un âge approximatif aux gens que l’on croise, c’était encore bien plus compliqué pour ce petit monsieur. Il était tout petit, très jovial, il riait tout le temps et on pouvait avoir avec lui les conversations que l’on a avec un enfant de sept ans. Ce petit monsieur avait des traits communs avec l’enfance, et pourtant ses cheveux grisonnants et quelques rides laissaient supposer qu’il avait au moins quarante cinq ans. 
Le temps n’avait que très peu de répercussions sur lui : il avait beau vieillir, les gens du village lui parlaient éternellement comme à un enfant.

Un jour –il y a sept ou huit ans, déjà- ce petit monsieur a gagné au loto. Il n’a pas gagné une grosse somme…si mes souvenirs sont bons son gain dépassait un peu les 700 euros. Mais il a gagné au loto ! Ce jour-là le patron lui a offert ses consommations, et quelques jours après le gain, il y avait une pancarte de la Française des jeux,  bien en vue dans le bar : « Ici, un gagnant de 700 euros ».
Il était tout fier, le petit monsieur. A chaque fois que quelqu’un levait les yeux sur la pancarte, il lui disait en riant : « C’est moi ! J’ai gagné au loto ! ». Et les clients le questionnaient : « Ah oui ? C’est vous ? Félicitations ! ». Parfois, la conversation s’engageait, et certains lui causaient un bon petit moment. Je pense que les gens étaient comme moi : ils avaient envie de s’attacher à ce petit homme qui riait tout le temps, ils étaient curieux de lui et aimaient le faire parler. Lui, il semblait très content. Avoir gagné au loto lui donnait de l’importance.

Les mois et les années se sont écoulés, la pancarte a été remplacée, et pourtant le petit monsieur a continué de se réjouir et de dire aux gens « J’ai gagné au loto ! ». La plupart lui répondait : « Quoi ? Encore ? Mais vous êtes un chanceux, c’est pas possible ! ». Le petit monsieur n’avait pas regagné un centime depuis, mais il se réjouissait toujours de son gain passé. Depuis le gain, il vivait chaque jour comme s’il avait gagné au loto la veille. Il souriait à la vie. Une minute d’éternité qui dure une éternité…

Chaque soir, au bar, il parvenait –à un moment ou à un autre- à placer sa phrase fétiche dans la conversation : « J’ai gagné au loto ! ». Peu à peu, les gens s’en sont gentiment amusés. Personne ne lui a jamais demandé de ne plus le dire, ou suggéré de passer à autre chose à présent. Je pense que son comportement émerveillait tout le monde. Savoir se réjouir, chaque jour encore, sans jamais se lasser,  d’un évènement aussi heureux que ponctuel, arrivé il y a longtemps, qui sait le faire ? Gagner au loto était pour lui la joie qui alimente toute une vie…

Il y a peu je suis revenue au village. Je n’ai plus le temps de boire des cafés au bar, mais je fume encore. L’autre jour, je l’ai reconnu, le petit monsieur. Il était devant moi dans la file d’attente, toujours avec son éternelle grille de loto.
Le temps n’a pas la mainmise sur tout son être : physiquement, il a vieilli bien sûr, il doit avoir plus de cinquante ans,  mais il rit toujours autant et s’exprime encore comme un enfant. Le temps passe sur lui comme le vent souffle sur les gens. Il le décoiffe à peine.
Je l’ai guetté, le petit monsieur. Et puis j’ai mentalement balayé mes attentes, en me disant : « Huit ans après, quand-même pas ! ».

Eh ben si ! Le bar tabac a changé de propriétaires. Au nouveau buraliste, il a dit, en riant :
«  Je prends un flash. Je m’en fiche de perdre : moi, un jour, j’avais gagné au loto ! ».

Et j’ai souri.

Le temps est désarmé, face à lui. Un jour, il y a huit ans, il a gagné 700 euros au loto. Il est plus que probable qu’il ait tout dépensé depuis longtemps. Là n’est pas l’important. Un jour il a gagné au loto, et ce gain a inondé de joie tout le reste de sa vie.

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