Vous dire combien j’y tiens serait lui faire offense tant elle fait parti de mon univers.
Au cœur de notre famille depuis que nous avons amarré Hoguet, elle est les yeux du foyer. Et,
quand nous quittons momentanément le navire, devant la baie vitrée elle prend ses quartiers d’été pour devenir vigie…
Du haut de ses 1M30, elle semble passer à travers les mailles du temps, sans qu’aucune ride ne viennent ternir l’orangé de ses joues. Pourtant, combien d’histoires elle pourrait nous compter, elle qui a vu tant et tant de gens passer par de-là les rayons du grand magasin de la rue principale.
Aux galeries elle était quelconque.
Une de plus, une de moins… qui ferait la différence ?
C’est ce qu’a du se dire mon père quand l’entreprise « charpente et menuiserie » a été commandée pour refaire tout l’agencement du magasin.
-« donnez moi un coup d’jeune à cette vieille bâtisse »..
Alors les gars du bâtiment ont tout sorti,,, et quand je dis tout.
C’est tout ! plus rien, du rez de chaussée consacré à la femme et toutes les déclinaisons qui sont faites autour de l’habillement féminin… au grand couloir donnant sur l’escalator qui conduisait au 1er étage consacré par moitié aux costumes pour messieurs désireux d’impressionner la hiérarchie, au galant tout excité à l’idée d’un premier rendez-vous…et pour l’autre partie, à ces chères têtes blondes qui n’en finissent pas de grandir et vider nos portefeuilles…aux vitrines magiques qui se parent de mannequins gracieux et joliment drapés quelque soit la saison.
Un plein camion ils en ont ramené à l’entreprise. Bien sur, tous ces orphelins ont trouvé famille d’accueille. Pour certains ce fut synonyme de douche froide quand l’épousée d’un menuisier, trouvait couchée dans le lit de son époux, une jolie femme, qu’elle reconnaissait aussitôt pour être une supercherie ! Pour tous la plaisanterie avait fait son petit effet… et le lendemain de conter aux camarades de chantier l’affaire et d’en rire encore.
Pour d’autres (comme ce fut le cas pour notre famille) hormis deux précieusement mis de coté dans ma chambre, les envahisseurs vinrent coloniser le sous-sol de notre petite maison des bois. Petite fille, je jouais avec ces frère et sœur si sages et obéissants à tous mes caprices. N’ayant pas forcément d’habits à leur taille, styliste en herbe, je peignais à même la peau de jolies tenues, qu’un simple coup d’éponge effaçait en attendant une nouvelle collection. Mais plus que tout, j’étais fascinée par la cave, qui la nuit venue, me terrifier tout autant qu’elle m’attirait par tous ces clones aux regards fixes et aux sourires figés.
Un été, que mon père avait l’âme taquine, il en disposa bon nombre à travers le bois. Au détour d’un virage, à la croisé d’un chemin,,,, tout le long du parcours du GR 22 pour se rendre au ruisseau. Et lui, certain de son effet, en bon observateur se posait sur un rocher et attendait la réaction du randonneur qui randonnait !
Une autre année qu’il se sentait d’humeur artistique, il décida que nous allions nous lancer dans la sculpture. Pour ce faire, après un défilé très haute couture, quelques uns furent sélectionnés pour donner leurs corps à la créativité familiale, et foultitude de moules en plâtre fait-main aussitôt réalisés. Ainsi cet été là, j’appris à faire de «la colle» à la truelle… à bien répartir la matière première pour ne pas faire de bulle dans le coffrage… à décoffrer délicatement pour ne pas briser l’œuvre intérieure et à peindre les statuettes une fois sèches. Celles-ci plus solides, puisqu’en ciment, sont toujours d’actualité et trônent fièrement sur leur socle originel.
.. Et puis j’ai grandi, et mon père a perdu son engouement pour les farces et pitreries de tout genre. La petite fille est devenue femme. Les frères et sœurs de substitution, mal menés par les saisons, ont fini dans le grenier de mes parents, jusqu’au précieux jour de libération où mon épousé et moi même avons aménagé dans notre maison actuelle.
Parce que je sais combien vous prendrez soin d’elle,
Le temps d’un défi, je vous la confie
