Courait-elle dans l’herbe avant qu’on ne l’attrape, Avant qu’on ne lui greffe, au bout de son museau, Un fil qui la rattache au monde des « Fenêtres » ?
La vie longtemps pour elle a marché comme sur des roulettes : Il suffisait, pour que ça roule De ne jamais perdre la boule.
Mais le progrès vous scie les pattes et c’est désormais ventre à terre Qu’elle officie, handicapée mais productive, Se mouvant pas très loin sur le ring comme toute envoyée au tapis.
Nul ne l’attrape par la queue sauf lors des déménagements. Tout le monde lui caresse le dos – c’est pour elle jeu de main chaude – Mais elle ne ronge plus que son frein.
En guise de cerveau elle a un côté gauche dédié à l’action Et une partie droite consacrée à Mémoire Mais bon il faut aimer qu’on vous tape sur la tête.
Le quatorze juillet et tous les autres jours Sa bosse, Monseigneur qu’on touche en permanence, Donne, sans pistolet, départ au défilé.
Tant de cordes à son arc mais une seule flèche ! Qu’elle atteigne la cible et le sablier tourne Tandis que les lumières du kaléidoscope Changent devant nos yeux souvent émerveillés.
Je hais par-dessus tout qu’on la trempe dans l’huile ou dans l’eau : Froid ou chaud, plein d’effroi, peu me chaut l’escargot, Trop lent pour la machine, qui sent l’ail et l’enterrement Des feuilles de papier mortes.
A tout coup désormais importée de la Chine Sans qu’on ne nous fournisse le moindre certificat vétérinaire Elle indiffère le chat qui se désintéresse de cette bête-simulacre.
On n’aimait peu jadis l’avoir dans sa maison Mais les temps ont changé. Monsieur, à l’occasion, L’eût bien mise dans son lit
Mais madame est contente de la voir disparaître. Pour l’adultère virtuel hélas nous serons chocolats Car on passe aux tablettes.
Alors, adieu, souris ! Prends tes clics et tes claques, Merci pour ta magie, chapeau pour le boulot, bravo, petit mulot Et tant pis si Progrès-prestidigitateur Te met dans son chapeau et te pose un lapin sorti du haut-de-forme.
D’un abracadabra de baguette magique Un artiste farceur te repeindra en vert Et te redonnera liberté sur pelouse, pattes, oreilles, moustache…
Allez, souris, souris ! La vie n’est pas si dure Que le disque rayé veut nous le faire accroire !
Sur les deux écrans géants se jouait une scène digne du meilleur mélo :
« Ca fait des semaines qu’on fait semblant, Stella. Il est temps de mettre un terme à cette mascarade.
Nous deux, c’est fini depuis longtemps, il faut qu’on mette les choses au clair. Que toi et moi, on sache où nous en sommes… »
L’alarme retentit alors, faisant sursauter les spectateurs.
-Aller, les gars c’est le moment ! Hop hop hop, on s’active !, hurla le chef d’équipe.
Comme un ballet très souvent répété, chacun courut vers son poste.
-Equipe 1, titiller moi la glande, faut qu’on ait suffisamment de jus !
Equipe 2, balancer le chlorure de sodium. Et cette fois, n’en mettez pas trop car la dernière fois, elle a eu les yeux irrités plusieurs heures.
Equipe 3, on a encore des protéines à refourguer ? Non ? Merde, ça ne va pas les gars !!! Bon des enzymes alors ? Ok, c’est bien les enzymes, mais je veux des protéines la prochaine fois !
Le chef d’équipe s’interrompit, le temps d’assister à la mise en place du mécanisme. Levant les yeux, il constata qu’une brume liquide avait envahi les écrans et que la scène n’en était que difficilement visible.
-Bon ok, c’est parti. On balance la sauce une minute et on avise.
« Je comprends, Chéri, je t’assure, mais je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Ce qu’on a vécu toi et moi, ça disparait pas comme ça… ».
-On reprend les gars, ouvrez les vannes !, beugla de nouveau le chef.
« Stella, moi aussi ça m’attriste mais il faut se rendre à l’évidence. On s’adore tous les deux, mais on ne s’aime pas vraiment. Je ne t’apprends rien, tu le sais. »
-C’est bon, ça se calme. Et dites aux autres d’y aller mollo sur les joues rouges.
Bon sang ! Trop de chlorure de sodium, Bob, fais gaffe !
« T’as raison… ça va être difficile mais je sais que tu as raison ».
-Ouf, cette fois, j’ai bien l’impression qu’on va être d’astreinte moins longtemps les gars !
Equipe 4, surtout faites-moi bien le ménage après. Il restait trop de saleté la dernière fois. On a un contrôle qualité bientôt, je ne veux plus aucune trace de médoc !
Observant les écrans, il reprit :
-Allez, on en remet un coup et ça devrait être bon.
Le chef d’équipe osa enfin relâcher la pression. Tout s’était déroulé sans trop de problème cette fois.
Quel métier éprouvant que celui de faiseur de larmes, quand même !
Le métier dont je veux vous parler est celui de Vérificatrice de Paysages autrement dit :
HUBLOTISTE !
Métier qui consiste à vérifier en observant le paysage par le hublot d'un avion que tout est bien à sa place : villes, montagnes, lacs, fleuves, mers et océans ... et raconter, à la demande, ce que l'on voit aux passagers situés au centre de l'avion et donc privés d'horizon (les pauvres !!!)
Voici quelques exemples de vérifications :
Evidemment là il est plus difficile d'observer !!!! A chaque métier ses aléas !!!
Il avait toujours su que les parfums naturels régissaient le monde .
Et qu’on ne comprenait rien à la vie ,si on vivait dans cette ignorance.
Car personne ne pouvait se soustraire aux odeurs, à ces molécules vivantes qui fécondaient l’univers.
Tel un savant tout droit sorti de son atelier, où d’authentiques encens fumaillaient dans de vieilles casseroles Jacques dit, le ‘NEZ ‘s’aventurait, sur les cotes méditerranéennes.
Muni de ses petits carnets il notait tout les accords des genets volatiles qu’il suivait dans leur sillage.
Les accords venaient ensuite par petites touches des romarins accrochés au calcaire.
Les orges des vagues marines léchaient le crépuscule .tandis que jacques reprenait son souffle enrichi par la fragrance des résines des pins
Sous lui ,les toits plats des cabanons des pêcheurs d’où séchaient en se balançant les sardines.
L’huile chaude et le sel des chairs cuites au soleil remontaient de la falaise blanche.
Ici la terre de couleur fauve vivait à part comme prise dans une parenthèse d’odeurs sucrées salées. Humant l’air vif et chaud JACQUES semblait acquiescer Dieu lui-même.
Soudain il s’interrompit et ouvrit son carnet saisi par une odeur inconnue.
L’odeur flottait comme une arche au-dessus de la mer. Il aurait bien aimé allumer un bâtonner d’encens pour purifier l’atmosphère .Il avait peur et cette peur on la reconnaissait sur son visage.
Jacques avait du mal à identifier le goudron des routes. L’index levé il menaça le ciel.
Il n’avait rien contre le progrès, mais cette odeur lui perçait le cœur.
On raconte encore que JACQUES dit le NEZ s’est endormi dans la garrigue et que les feuilles de son carnet sont montées par inclination naturelle jusqu’aux narines des puissants.
Le premier métier : de tous je voulais être enchanteresse, passer mon temps à enchanter les gens, les voir heureux, les voir sourire, et les entendre dire : « pourvu que notre enchanteresse passe ce jour pour que je me sente mieux »
Le deuxième métier : était fabriquer des boites (et des objets) à bisous, genre enveloppes avec envoi des bisous tout frais, boites avec tous les bisous que l’on a entreposés en attendant de les donner, oreiller avec des bisous rêvés imprimés, rubans avec des bisous dans les cheveux….
Le troisième métier:Enfileuse de colliers de rêves, car les beaux rêves s’en vont aussi vite qu’ils sont arrivés, alors en les enfilant à un fil d’or, et en les gardant accrochés nous pourrions aller les rechercher si un cauchemar se profilait et en accrochant au-dessus de notre lit un rêve gardé nous pourrions le revivre
Le quatrième métier: Peinteresse de merveilles,en fait je voulais peindre toutes les fleurs et les merveilles du monde pour les offrir aux regards de ceux qui les ignorent ou qui demeurent trop loin ou qui n’ont pas accès au jardin du savoir.
Le cinquième métier :faiseuse d’étoiles,car les nuits noires sont trop tristes et dangereuses, les nuits étoilées sont toujours un bonheur quel que soit l’endroit de la terre où on les aperçoit, j’en mettrais des millions partout, plus besoin de laisser des lumières sur terre la nuit, les étoiles éclaireraient le monde.
J’espère vous avoir enchanté ce soir, je vous envoie à tous des boites remplies de bisous collectionnés parmi les meilleurs pour vous, j’accroche sur les murs de votre vie les tableaux de merveilles de fleurs avec l’esprit d’ouvrir encore vos regards déjà ébahis à la beauté du jardin fleuri de la terre, et, j’enfile vos colliers de rêves les plus beaux depuis votre naissance pour les suspendre au-dessus de vos chères têtes, afin de peupler vos nuits étoilées.
J'ai pas d'cambouis sur mes affaires J'ai pas d'taches d'huile sur mes velours Je change souvent d'tenue vestimentaire
Je turbine pas à 8000 tours Je respire sans filtre à air Je suis à l'aise dans mes boxers
Je m'déplace jamais en Rover J'ai pas besoin de roue d'secours Je passe même pas la première
Vos autos ne sont que tas d'fer Moi j'ai l'volant qui tape à l'envers Les pots d'échapp'ments me désespèrent
Au moins veux-tu d'un pneu ? J'veux pas de pneu ni d'chambre à air Mas ça roule, tout va comm' je veux Pour démarrer, j'ai pas besoin d'starter
Les quatre roues j'en ai rien à faire Le turbo n'a rien d'spectaculaire J'vous laisse les bielles et j'prends les bières
Qu'est-ce que tu veux mon vieux Dans la vie on avance avec des pneus Pas comme on veut
J'aurais pas voulu être un pompiste J'aurais pas trouvé ça super Ni même un garagiste C'est d'une essence trop ordinaire
J'aurais pas eu l'air d'un idéaliste En vous mettant du sans plomb dans l'aile Vous seriez restés automobilistes Sans devenir huile essentielle Sans devenir huile essentielle
J'aurais pas voulu être un pompiste Dans une station Total ou Shell De nous polluer comme un jean-foutiste Au GPL ou au diesel Au GPL ou au diesel
J'aurais pas voulu être un pompiste J'aurais pas trouvé ça super Ni même un garagiste C'est d'une essence trop ordinaire
Pour le piéton ou le cycliste que je suis, c'eût été vraiment improbable d'être pompiste ! Mais comme vous l'avez certainement remarqué, j'ai quand même pompé l'air de cette chanson ! Merci à Starmania !!!
Depuis toujours il avait le goût développé. Avec un bon odorat, cela va de pair. Il voulait un métier agréable Lui permettant de les accomplir. Pâtissier, traiteur, restaurateur? En tout cela il voyait la contrainte, Et beaucoup trop de banalité. Epicier, chocolatier, confiseur? L'idée l'en écoeurait un peu. Parfumeur alors? Nez? Là il lui semblait brûler! Mais tout en lui le freinait. Ce n'était pas tout à fait ce à quoi il aspirait. On lui rétorquait que rien n'est parfait. Cependant il s'entêtait. La piste du nez l'avait mis sur la voie. Il fallait juste ajouter le palais, Et qu'il puisse professer en plein air. Mais oui, il y était, voilà: Il serait goûteur de fraises!
Arlequin glissa prestement sa montre dans sa poche et se remit à ramer de plus belle en laissant une longue traînée lumineuse derrière lui; une fois de plus il était en retard, très en retard... il avait toujours eu du mal avec cette corvée d'allumage du firmament, mais c'était son métier et il se devait d'accomplir sa tâche avant le lever du jour, malgré son encombrante embarcation et la fragilité du briquet.
Une lune froide baignait le champ de batailles d'une lumière irréelle, et Colombine s'efforça en frissonnant de tirer à elle un pan de la couette; elle eut un sourire vers celui qui ronflait contre elle. Comme un prolongement à son plaisir, des milliers de lucioles dansaient encore dans ses yeux clos et irradiaient tout son corps; sa main s'égara entre ses cuisses jusqu'à la toison moite et chaude... l'orgasme avait été si violent et si soudain qu'il lui semblait avoir manqué des épisodes à leurs ébats.
Battant le briquet entre ses doigts douloureux, Arlequin allumait un à un les petits astres à mesure qu'ils passaient à sa portée et les repoussait ensuite d'un vigoureux coup de rame pour mieux se propulser vers le suivant; cette nuit était la dernière de l'année et il ne devait omettre aucun détail s'il ne voulait pas s'attirer les foudres du Maître.
Colombine ouvrit lentement les yeux de peur d'effrayer les lucioles qui dansaient encore et fixa le rectangle de nuit claire qui entrait par la fenêtre; elle se sentait bien, caressa ses seins jusqu'à sentir durcir les tétons et faire renaître une belle envie. Elle se cambra sur le lit, il lui semblait que les étoiles s'allumaient une à une et plus brillantes les unes que les autres: était-ce cette irrésistible envie ou juste le miracle de l'univers qui s'accomplissait ? Sa réflexion cessa quand une cuisse musclée s'insinua entre ses jambes, comme la rame effilée d'une barque fendant la surface d'un lac.
Elle gémit doucement.
L'allumeur de firmament cessa soudain de ramer; il lui semblait que l'air devenait plus chaud, d'une moiteur incongrue en cette saison, et tandis que la rame oscillait sans raison dans sa main, il eut la perception d'un râle profond venu d'en bas, comme une brise de terre inattendue dans ce ciel si calme. Les astres scintillaient comme jamais, éclipsant la lueur blafarde d'une lune interloquée tandis que le râle se faisait plainte, sourde mélopée rythmant l'oscillation de la rame à tel point qu'elle lui échappa des mains.
Il mit du temps pour réaliser qu'il tombait et se souvint de ses efforts pour stabiliser la barque; il plongeait mais sans inquiétude tant il était souvent descendu sur la terre; et puis son travail de nuit était accompli et le Maître saurait pardonner cette incartade.
Au dessous, les minuscules toits des maisons grossissaient à vue d'oeil. Parmi elles, il en était une plus éclairée que les autres, et c'est là qu'il semblait fondre.
Dans un fracas indescriptible, la fenêtre explosa, projetant une myriade d'étoiles de verre dans la chambre et sur le lit aux draps déchirés; étouffé sous les grands oreillers, Arlequin se débattait comme un beau diable pour refaire surface... et cette créature qui n'en finissait pas de crier "Viens, viens!" lui perçait les tympans.
Au bout d'un moment qui lui parut une éternité, elle cessa de crier et se calma tout à fait; il l'examina à la dérobée.
Elle était plutôt jolie avec ses petits seins pointus et son ventre blanc. Elle lui sourit...
"Moi, c'est Arlequin" dit-il les yeux brillants, "je suis l'allumeur d'étoiles".
L'été pointe son nez et déjà j'imagine Qu'à septembre futur je vais devoir sortir Ma palette à couleurs pour novembre bâtir ; Le choix du matériel dès lors me turlupine,
D'être peintre d'automne il n'est pas si aisé ! Quelques coquelicots et un brin d'amarante, Les pétales discrets d'une rose odorante Caressée au violon d'un bourdon irisé,
Voici pour façonner mes carmines teintures. Il me faudra cueillir un bouquet de bleuets, Des violettes aussi, bercé des menuets De papillons en fleur aux ailes d'argentures
Pour une touche avoir de pastel indigo. Je prendrai le pollen sur l'abeille gourmande Qui s'en est recouverte en flirtant la lavande Et puis le romarin de son leste tango,
Je mettrai de côté quelques jaunes pétales D'arnica, de jonquille et autres boutons-d'or A ressortir au soir de l'été qui s'endort, Dernier présent avant que l'hiver ne s'installe.
Et quand de ces trésors j'aurai sous mon pinceau, Parmi le paysage, étalé les nuances, J'irai dormir enfin d'une douce insouciance Dès que décembre aura déposé son blanc sceau.
"Heureux, j'arrive, la raison, l'acceptation à destination ou la nation du destin, la ville du destin qui d'ailleurs existe en Floride. Pas besoin d'aller si loin, donnez un coup de pouce, voir un coup de main à votre destin. Venez nous voir, vous serez reçu par les meilleurs spécialistes". C'est comme cela que j'ai entendu parlé de vous, je me suis dit, le jeu en vaut la chandelle, le sable lui s'égrène dans le sablier du temps, je ne peux que tenter. - "Vous allez remplir ce questionnaire, c'est la première chose que vous m'aviez dite." Mais comment faites vous pour agir sur mon destin, pour que je sois sure du choix de ma vie, du bon moment, du bon chemin, de la route qui va m'apporter le bonheur? Le premier conseil, le premier rendez vous et boom je trouve un travail. Croyez moi j'ai portant tant galéré, avant, tant de fois, je me suis cassé le nez, tant de fois je n'ais pas osé. Maintenant que j'ai le travail, il ne me reste que l'amour à trouver, l'amour stable. Que dois je écouter vers quelles directions dois je aller? Vous allez me diriger vers une agence matrimonial peut être, dites moi, j'ai tant confiance en vous en votre pouvoir.
-"Hé bien mademoiselle Stoir, je peux vous appellez Sally. Sally, je vais simplement, sachant votre emploi du temps, vous demandez en cours de journée, lorsque je le sentirais, après concentration, de vous rendre sur le banc en face de votre magasin, je sens qu'il pourrait bien se passer quelque chose . Je vois, je vois: c'est midi précise pour que votre destin ne soit pas hasardeux, votre destin frappera à ce moment là. On fait comme çà, Sally Stoir , ça fera cent cinquante euro. Vous voyez cela avec Camille, ma secrétaire, allez au revoir et à bientôt."
-" Allo, Camille, oui passez moi Monsieur Dalors, allo, allo, monsieur Homer Dalors, ici le docteur Destin, c'est bon j'ai vu votre destin, vous allez vous rendre à cet endroit, oui un banc, avec des fleurs, une femme va s'approcher sortant d'un magasin non loin de ce banc, inviter cette personne à déjeuner et vous racontez votre vision de la vie, soyez vous, et tout ira bien. Votre destin est en marche ayez confiance."
En réalité, je fais déjà le métier idéal, mais bien sûr, c'est une question de point de vue ;)
Un interlocuteur intrigué : Vous faites quoi dans la vie ? Moi : Je suis feutrière. L'interlocuteur se sentant un peu bête : Euh, mais encore ? Moi : Eh bien, je feutre la laine cardée avec des aiguilles spéciales munies de barbillons, des genre de harpons si vous préférez, pour en faire des sculptures... L'interlocuteur interloqué : Euh, mais sinon vous faites quoi dans la vie ? Moi : Ah, vous voulez savoir COMMENT je gagne ma vie, c'est ça ? Hochement de tête, soupir, de l'interlocuteur soulagé d'être enfin compris. C'est vrai quoi le pauvre bougreon le plaindrait presque de s'inquiéter de mes revenus, car, ce n'est pas comme s'il pouvait me demander : "quel genre de sculptures ? Y'a des laines meilleures que d'autres ? Le feutrage existe depuis longtemps ? Comment l'idée vous est venue ?" Tout ça, tout ça, hein ? Moi : Eh bien, en vrai de vrai, je suis sorcière vaudou, mais bon, vous comprendrez qu'on ne peut pas dire tout à trac qu'on exerce ce genre de métier, à un parfait crétin inconnu et en public (imaginez qu'on nous écoute). Du coup, dire qu'on est artiste, c'est tout de même plus simple et tellement plus convaincant ! Non ? Ah bon ! :)
Moi, la feutrière, donc, poursuivant la conversation... Soit j'ai du mérite, soit je suis hérétique (depuis le temps que je participe aux défis, vous savez que c'est le second choix, n'est-ce pas ? ;D):Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
L'interlocuteur : Je suis huissier de justice.
La feutrière : Qu'avez-vous fait de votre journée ?
L'interlocuteur : Je suis allé saisir les biens d'un homme qui ne paye plus son loyer depuis des mois.
Dans ma caboche, l'homme expulsé est un père au foyer qui n'a pas retrouvé de boulot depuis que sa femme l'a quitté. Il est dans le rouge depuis des mois et se retrouvera sans doute dans la rue après la trêve hivernale avec ses quatre gosses, le chien et le poisson rouge. Il est un peu embêté pour le poisson rouge, parce que le bocal ne tient pas dans la boite à gant de sa voiture, une R25 avec option rétroviseur à gauche et clignotants.
Et la feutrière se demandant donc in petto, où est la justice ? : Mais sinon vous faites quoi pour être fier d'être en vie ?
Quand reviennent les beaux jours dans la ville que j’habite, je me remets à exercer l’improbable métier que j’ai toujours rêvé de faire : critique dramatique ambulant (CDA). Je monte dans le bus avec un pliant de camping à la main et je vais écouter « La Traviata » sur écran géant place de la Mairie à Rennes. Je vais découvrir un quatuor de musiciens inconnus, le Gribi quartet, et faire partie, en fin de leur concert, d’une chorale improvisée qui entonne avec eux des ragas indiens et des chants de griot africain. Bientôt je planterai ma tente au camping de La Flèche (Sarthe) pour retrouver « Les Affranchis ». Dimanche dernier, le CDA que je suis a fait sept kilomètres à bicyclette pour aller voir des spectacles en plein air. Vous auriez pu le reconnaître à son sac à dos d’où dépassait une pompe à vélo et à son casque de cycliste pendouillant par-derrière le sac. Merci en tout cas au journal « le Défi du samedi » de bien vouloir publier ce compte-rendu de randonnée culturelle quelque peu déjantée mais pas trop : « On fait ce qu’on pneu comme disait mon confrère Paul-Louis Mignon à son pote Henri III ».
Tout le temps de la semaine me semble un monde cafardeux, noyé de chagrin, de boulot, de quotidien subi, de peines de prison pour le cœur. Quand on a besoin d’oseille, une vie à gagner, on se trouve trimballé du lundi au samedi sans entrain. Bien meilleur est le dimanche, plein de renouveau, de bonheur charmant, de merveilles, de chansons et d’oiseaux.
Même parmi la foule du festival Robinson à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) on revit, seul au monde ou presque, l’aventure de l’île au trésor. Amarrée au bord de l’eau du canal d’Ille-et-Rance la péniche-spectacle de M. Charbonneau sert de point de ralliement. C’est qu’on va cavaler, pendant les heures qui viennent, de la cale Robinson au jardin du moulin, traverser la grande pelouse, emprunter la passerelle pour aller du côté cour au côté jardin.
Que retenir cette année de ce bon vieux festival Robinson ? Tout ou quasiment tout ! Mais puisqu’il faut choisir de vous raconter un seul de ces spectacles de théâtre de rue, avouons le faible éprouvé pour le « Prince à dénuder » de la compagnie Ocus.
Aurais-je été séduit par l’entregent de la comédienne, par les côtés charnels de son désir de prince charmant, par sa voix chaude et sa science de l’escrime ou de la descente de petits verres ? C’est possible : un rien m’émoustille pourvu qu’il soit femme ou fille, violoniste irlandaise, danseuse bretonne ou même cantatrice grecque jouant une fille perdue à cheveux gras dans un opéra italien adapté d’un roman français à flanquer la tuberculose à plus d’un effeuilleur de marguerite.
Mais le prince qui viendra, qui arrive au galop, qui déboule sur le terrain herbeux de la séduction cavalière, il faut bien avouer qu’il n’est pas mal non plus. Comme le dit la notice du spectacle-médic-amant « le prince est charmant, il sent bon, il joue de la guitare comme un dieu, il fait des poèmes sous la lune et il a les dents qui brillent ". Alors pourquoi cela ne marche-t-il pas entre ce clone moyenâgeux de Gatsby le magnifique et cette Blanche-Neige transfigurée par les messages du MLF que les corbeaux du coin ont portés jusqu’en son château de carton-pâte ?
Pourquoi nous ravit-il, ce « spectacle de rue pour une princesse, un prince, une guitare et un cheval moche » ? Parce que c’est du cinéma en vrai, et du grand et que tout y passe ! Dès l’arrivée de l’homme sur son cheval de son on pense aux « Visiteurs du soir » et la guitare électrique semble Garance-tir à qui guette des tonneaux de Satisfaction. Quand elle lui commande une suite de sérénades en les appelant par leur numéro dans la liste, c’est le juke-box d’American graffiti réinventé à sauce troubadour-trouble amour : Mel Brooks revisite le temps à coups d’anachronismes et tout le dernier siècle en chansons défile car on entend Brassens, Renaud, Vassiliu, Bob Marley, Sanseverino et même Gilbert Bécaud.
Mais lesdits bécots attendront car le western a commencé ! Il l’a traitée de tarte et sur le jardin du moulin Laurel et Hardy sont apparus, Mack Sennett macule la saynète, l’entarteur belge frappe encore – Tiens voilà du Godin, du badin, du gadin et la mousse à raser, à défaut d’épinards, jette un froid entre Olive et Popeye. Ca ne va pas toujours de soi, d'aller de conserve !
On fera très vite d’une rapière deux coups et on se retrouvera dans Scaramouche avec des bleus à la lame comme à l’âme avant que d’un épithalame elle ne finisse par avouer son feu (Ocus !) de sorcière de Salem à ce salaud d’homme.
Je passe sur la scène du mariage qui rappelle par trop les malheurs de Marilyn M. Epouser un boxeur, un intellectuel ou un employé de Meetic, c’est toujours découvrir que le prince charmant vous préfère un beau jour la galette-saucisse, la bière devant le foot et le manque de romantisme absolu avant la prière du soir sur la route de Memphis.
Alors, Castafiore castratrice, matriarcale Bretonne de Saint-Germain-sur-Ille, Claire Laurent épingle Benoît Bachus – bravo à tous les deux – parmi les têtes de nœuds papillons qui se castagnent à perdre la raison aux alentours du parc des princes et le finale est beau comme dans le « Docteur Jivaro ». Les comédiens peuvent venir saluer. Tout ça c’était pour rire et on a bien ri. Le public sait bien que dans la vraie vie les gens s’aiment, s’épousent, ils sont heureux longtemps et ils ont beaucoup d’enfants. C’en est au point qu’en lieu et place du bonheur, il faudrait nationaliser le mariage pour tous !
Fasse le ciel que ces parents modèles emmènent encore longtemps leurs moutards - qui me montent parfois au nez – à ce genre de festival. Ces spectacles font mon bonheur et en revenant à Rennes sur le vélo pourri qui me sert de cheval moche, je me suis pris moi aussi à fredonner « Un jour mon prince viendra » puis j’ai pensé que la veille, en centre-ville, 3000 personnes ont défilé pour la marche des fiertés homosexuelles.
On fait de drôles de rapprochement quand on se promène au bord de l’eau !
C’est sans doute qu’en bullant, le critique est parfois dramatique !
Après avoir mâché de moissons insondables les bienfaits ignorés, bercé d'un vent d'automne je me regarderai le fond de ma personne où me découvrirai ce métier improbable et très providentiel de peintre enjoliveur
J'aurai ce tablier saturé de nuances qui se porte ceintré de noir sur un fond bleu Irai, palette au poing, promener en des lieux où l'Ignoble dispute aux humbles espérances un siège réputé aux louables ardeurs
Mettrai mon chevalet contre le drapé jaune qu'un sable sans marée d'un océan perdu à jeté sous les pieds de nomades sans but qui ne leur fût dicté par une obscure faune et sa haine avérée des intimes langueurs
Puisque je serai nu sous mon bleu de travail ne fermerai les yeux sur nulle crudité Y tremperai la pointe aiguë de mon stilet tel Rémi Caritey menant libre bataille avec son OEil-village, en aurai du bonheur
Et, comme L'Arbre en nous réclame son partage me mettrai à genoux devant la graine en germe qu'elle soit d'autre sang ou de mon épiderme je lui peindrai des ciels dignes de son courage tant que l'Humanité n'écoute pas son coeur
Je peindrai des oiseaux sur les Hôtels de Ville brouillerai d'indigo les partis incendiaires rougirai les drapeaux des ombres délétères pour rendre aux Saligauds ce que nous vaut leur bile et leur vaine entreprise aux morbides ferveurs
Je ne finirai pas ! Passerai le flambeau à d'autres comme moi qui aiment l'omelette que l'on dire des champs, des bois, à la sauvette et désireux, et francs, et portant leur fardeau comme un éclat de rire arrogant et sans peur !
Jess entra dans la petite pièce sombre. Elle s'assit en face de l'homme en costume gris dans un fauteuil de cuir usé. Un frisson parcourut son échine. Tout dans la pièce la mettait mal à l'aise, depuis le bureau tapissé de tâches suspectes jusqu'au murs humides, en passant par la cafetière qui sifflait devant elle. L'odeur dégoûtante vint lui chatouiller les narines. Elle ne supportait pas ce liquide nauséabond qui était, de plus, illégal. Il avait été interdit en 2034, à cause de sa fabrication trop coûteuse et de la dépendance qu'il créait. Le thé et le chocolat chaud avait eu aussi fait les frais de cette réforme destinée à réduire la crise. Ensuite étaient venu les fruits exotiques, et tout ce qui ne pouvait être produit en France avec un budget réduit. Elle se tourna donc vers son interlocuteur, et lança :
« Je croyais qu'il était interdit de boire du café, mister.
- Ce qui n'est pas pour vous déplaire, n'est ce pas, miss Jessica Watson... »
La jeune fille sursauta. Comment cet homme savait-il son nom ?
« Ne prenez pas cet air surpris, miss Watson. Je suis... disons... très bien informé. »
Il sortit une fiche rose d'un tiroir.
« Alors, voyons voir ça... Jessica Watson, 23 ans, blonde, yeux marrons, 1 mètre 64, 56 kilos, taches de rousseur sur le nez, dentition parfaite, visage harmonieux... »
Tandis que l'énigmatique personnage allongeait la liste des détails physiques de Jess, celle-ci sentit un sentiment de panique l'envahir. Elle venait postuler pour un emploi illégal, et en 2057, les sanctions qu'elle risquait était soit la prison pendant 10 ans, soit une amende qu'elle ne pourrait jamais payer, parfois même les deux. Mais la jeune femme était déterminée. Elle savait qu'elle avait les qualifications pour ce poste, et qu'elle gagnerait bien plus qu'en faisant n'importe quelle activité légale.
« Miss, je vais être très clair avec vous, reprit l'autre. Physiquement, vous correspondez parfaitement à nos critères : vous êtes jeune, jolie, bien proportionnée, si vous voulez bien me passer l'expression, et vous savez utilisez votre charme. Mais ce travail exige également une grande force morale. Nos clients ont besoin de se détendre dans ce monde contrôlé 24h/24. Nous leur proposons donc un service de relaxation... Nous leur vendons du rêve, miss Watson, nous leur offrons un moyen de s'échapper ! Pour cela, nous avons besoin que nos employées fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour que le client soit satisfait, et qu'il n'hésite pas à revenir ! Notre marché est de plus en plus grand, il s'étendra bientôt sur toute l'Europe ! Pour ce job, miss Watson, il vous faudra jouer de votre talent. Vos plusieurs années d'étude ne serviront à rien si vous n'osez pas tout pour satisfaire la clientèle. Aussi, je veux vous faire passer moi-même un test... »
Jessica le regarda droit dans les yeux.
« Aucun problème, mister... » souffla-t-elle.
« Eh bien vous êtes engagée. » dit-il en se passant la langue sur les lèvres.
La jeune fille hocha la tête. Elle allait s'investir à fond ! Son employeur posa une main sur son épaule.
« J'espère que cet emploi de préparatrice de chocolat chaud vous conviendra, miss Watson... »
Elle essuya ses mains pleines de cacao. Elle adorait préparer ce genre de boisson. Elle allait vraiment se plaire, dans cette société. Même si elle risquait sa peau...