Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le défi du samedi

Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 660
Derniers commentaires
Archives
15 février 2014

le pigeon voyageur (Sergio)

 

  • OH Marcel, viens voir il y a de la lumière chez les Borne
  • Qu’est-ce que tu racontes ? ils sont morts depuis au moins cinq années.
  • Je sais mais je te dis que j’ai vu……… viens voir !!
  • Ah oui tu as raison mais c’est une lanterne. Cela doit être des Roms qui s’installent. Demain avec les copains chasseurs, on les déloge. On va se faire emmerder par ces loqueteux .Viens te coucher.

 

Marcel j’ai préféré appeler la gendarmerie. Ils arrivent et je préfère cela. Avec ta bande d’excités de la gâchette, vous me faites peur. Vous n’êtes capable que de bêtises que tout le monde regrettera après.

 

Je regardai caché derrière le vieux Berlingot de chasse de mon oncle. Ils s’étaient tous armés comme pour partir à la guerre. Heureusement les gendarmes étaient arrivés avant & avaient pris les choses en main. Devant la maison, au milieu des ronces, des herbes folles et des arbres renversés était garé un vieux pick-up Toyota  jaune sale. Le portail avait été ouvert de force. Derrière les vitres sales, ou du moins ce qu’il en restait après le passage de nos frondes, vacillaient des lueurs tremblantes. Le capitaine Anglada, peu rassuré pris son courage à deux mains et bougea son quintal en direction de la maison. Ses deux collègues en retrait assuraient sa sécurité. Ils semblaient peu rassurés et il est vrai qu’avec  ces squatters on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Le capitaine de son pas léger mis le pied sur la première marche qui grinça dans le silence épais du petit matin. Aussitôt la lumière à l’intérieur s’éteignit. Plus personne n’osait respirer. De mon observatoire je voyais la sueur dégouliner dans le cou du capitaine. Il s’avança et frappa à la porte .Un bruit métallique de chien de fusil que l’on arme déchira le silence. Tout s’arrêta. Il me semble que même les oiseaux& les insectes se turent. La porte s’ouvrit. Le bruit d’armement n’était que le bruit de la serrure grippée par le temps. Le capitaine avança, salua d’un doigt porté à son képi et entama une discussion avec les occupants tapis dans l’obscurité. Il resalua, serra une main & reparti vers le petit groupe d’hommes qui attendait au bout du chemin.

  • Alors capitaine, on les vire ?
  • Non
  • Mais qu’est ce qui se passe ? on ne va pas se laisser envahir, il faut réagir. Si les pandores ne font rien, nous on y va !!
  • Vous n’allez nulle part.
  • Et pourquoi ?
  • Parce qu’on ne déloge personne, car personne est chez lui. C’est chez lui !!
  • Chez lui ?
  • Oui c’est le fils Borne. c’est jean.
  • Il est revenu. Il est chez lui et on lui fiche la paix. Circulez !!!

 

Le retour du pigeon voyageur.

J’appris au repas qu’il était parti il y vingt-deux ans le jour de ses dix-huit ans. Cela se passait très mal avec le vieux.il était parti à Orange  par le train .il s’était engagé dans la légion étrangère. D’abord le troisième REC à Orange puis le deuxième REP à CALVI Il n’avait jamais donné de nouvelles. Ma mère qui ne parlait jamais à table dit « si il donnait des nouvelles mais uniquement à sa mère en poste-restante »je le sais par Henriette, la postière. C’est une ami d’enfance & elle lui portait les lettres, discrètement après ses tournées. Nous apprîmes qu’il avait été engagé au Liban puis au Tchad et enfin en Afghanistan.il avait été blesse grièvement, démobilisé et n’avait plus donné e signe de vie depuis.sa mère était morte de chagrin et son père l’avait suivi de près. Lui aussi était mort de chagrin mais à l’intérieur, consumé, cramé mais muré derrière son entêtement et son mutisme.

La vie reprit. Il ne parlait à personne, ne jetant même pas un regard. Personne ne lui parlait .Tout le monde l’évitait soigneusement. Tout un chacun avait quelque chose à se reprocher .Tout le monde était allé se servir dans la maison et l’atelier des vieux, une fois qu’ils furent décédés. Certains n’attendirent  pas très longtemps. « On n’allait pas s’laisser perdre toutes ces choses, ma bonne dame ! »

Il avait défriché, coupé des arbres,  redressé les clôtures en bois et les avait repeint d’un joli vert anglais qui fit beaucoup parler .il avait remis les bardeaux de la toiture en place et replacé tous les carreaux de fenêtre qui avait été cassé par les gamins du quartier.

Sans crier gare il disparaissait des jours, des semaines & un matin en partant à l’école on voyait le pickup décrépi garé dans la cour. Notre imagination allait bon train, suivait des chemins de traverse et nous lui attribuions des histoires épiques, des aventures secrètes et des voyages insolites dans des lieux où nous n’irions jamais pour la plupart d’entre nous.  Nous lui bâtissions une légende. Il était notre héros.

ser03

Publicité
15 février 2014

Opération Carmen (Vegas sur sarthe)

L'inspecteur Phil Colombo claqua violemment la fenêtre.
Il supportait de moins en moins cette sale habitude qu'avait sa femme de ménage de laisser la fenêtre ouverte après son service matinal, et encore moins les déjections des pigeons parisiens qui venaient déposer leur fiente sur ses dossiers!
Comme il nettoyait les dégâts d'un revers de kleenex rageur, un objet métallique roula au sol.
C'était une petite bague, une bague “matricule” comme en portent les pigeons voyageurs.
En y regardant de plus près celle-ci portait une inscription: 12768 UK 10, que l'inspecteur - rompu aux énigmes - eut tôt fait d'attribuer à un pigeon anglais de trois ans.
Non contents de lui chercher des embrouilles depuis des années, les rosbifs de Scotland Yard et leurs James Bond à la noix osaient venir l'emmerder jusque dans son bureau avec leurs emplumés?
La semaine commençait mal.
L'idée de passer sa mauvaise humeur sur le premier qui franchirait la porte disparut avec la sonnerie du téléphone.
Une voix au fort accent britannique demanda: “Vous êtes bien colombophile?”
De bague à blague, il n'y a qu'une lettre et l'association d'idées tenait à tel point du canular qu'il hésita entre raccrocher, exploser et exploser.
Comme il explosait rarement avant son petit noir de neuf heures et qu'il était un peu tôt, il se contenta d'un classique:” Inspecteur Phil Colombo à l'appareil”.
“Yes, c'est ce que je voulais dire” répondit la voix.
“Quel rapport entre moi et les éleveurs de pigeon?” lança t il sêchement.
Après un court silence, la voix répondit:”Etes-vous constateur?”
Colombo avait plus l'habitude de mener les interrogatoires que de les subir et cet inconnu commençait à l'énerver passablement avec ses questions.
“Oui je constate, comme tous les inspecteurs amenés à constater! Et alors?”
“Excuse me sir... si vous êtes constateur électronique, je vais vous communiquer le code nécessaire pour déchiffrer la bague et prouver mon identity”.
Colombo n'y comprenait rien.
“Bon Dieu! Je n'ai rien d'électronique! Je suis l'inspecteur Colombo... Philippe Colombo et je n'ai que des dossiers couverts de merde de piaf... Understand?”
Lors de ses explosions, Colombo s'autorisait quelques mots glanés lors d'un stage à Manchester.
“Et d'abord qui êtes-vous?” beugla t il comme il le faisait passé neuf heures... et c'était le cas.
“Hum... My name is Biset... George Biset... et vous avez un objet qui m'appartient”
Colombo tombait des nues.
“Bizet? Vous vous foutez de moi!!”
“No... je suis George Biset tout comme vous êtes Colombo Phil...”
Colombo se prit à rêver d'un café fort, très fort... pas d'un jus de chaussettes d'Outre Manche.
“C'est quoi cet objet et qu'est ce qu'il foutrait chez moi?”
Gênée, la voix insistait :”Vous travaillez bien rue du Pigeonnier?”
“Oui mais cet objet, c'est quoi bon sang?”
La voix devenait presque inaudible: “C'est ma identity card... Je l'ai perdue pendant un raid de nuit... I can't say more for now”.
Colombo nageait en plein mystère... cette histoire de biset bagué, de raid nocturne rue du Pigeonnier commençait à le gaver.
La voix chuchota: “You know... mes supérieurs ne doivent pas savoir”
Colombo manquait d'air: “Cessez vos cachotteries! Qui êtes-vous au juste? Parce que Georges Bizet, c'est un type de chez nous! Si j'vous dis Carmen, ça vous parle?”
Après un silence gêné, la voix osa: “Yes, Carmen c'est le nom de code de notre big chief...”
“De mieux en mieux” maugréa Colombo “on va pas tarder à papoter opéra!”
La voix se fit plus assurée: “Yes! Demain 8 PM devant l'Opéra!”
C'en était trop pour Colombo :”Non mais ça va pas! Allez vous faire”. Il faillit ajouter qu'il n'aimait pas être pris pour un pigeon mais il raccrocha.
Par la fenêtre brusquement réouverte montaient les bruits de la rue du Pigeonnier.
La petite bague “matricule” y tomba dans l'indifférence des passants.

 

15 février 2014

Comment se repèrent les oiseaux migrateurs et les pigeons voyageurs (Fairywen)

Comme tout un chacun, vous vous êtes un jour posé cette question. Tout le monde se la pose un jour ou l’autre –même fugacement- cette question. Des tas de gens –sérieux et moins sérieux- travaillent depuis des siècles sur cette question et énoncent de nombreuses et plus ou moins doctes théories.

Il y a aussi les gens qui savent et qui sourient en les écoutant, du petit sourire entendu de ceux qui savent mais ne diront rien. On ne sait pas combien il y a de gens qui savent, mais il y en a.

Et j’ai de la chance, j’en fais partie. Tout ça grâce aux lutins de mon jardin … Un jour que je regardais passer les oies sauvages, j’ai vu les lutins des champignons faire de grands signes vers le ciel en agitant leurs petits bonnets. Je leur ai demandé ce qui se passait, et c’est là qu’ils m’ont raconté comment se repéraient les oiseaux migrateurs et les pigeons voyageurs.

En fait, ils ne se repèrent pas du tout… Ils n’en sont pas capables. Ce ne sont pas eux qui décident de la direction à prendre, mais leurs cavaliers, les lutins voyageurs. Chaque automne, lorsque les oiseaux sentent que l’heure de la migration est venue, une activité fébrile s’empare des lutins voyageurs. Ils vérifient une dernière fois les harnais et les selles entretenus avec amour et minutie durant toute la belle saison. C’est qu’il ne s’agirait pas qu’une boucle se casse ou qu’une sangle cède alors qu’ils sont à des dizaines de kilomètres au-dessus du sol !! Puis ils préparent et emballent les provisions  nécessaires au voyage. Certains oiseaux ne se posent pas pendant plusieurs centaines de kilomètres, et puis il y a la traversée des mers et autres océans… Il leur faut aussi prévoir de quoi se prémunir contre le froid qui règne en altitude, surtout quand il y a des enfants (car personne ne reste en arrière  quand la migration a lieu !).

Enfin le grand jour arrive. L’excitation du départ gagne tout le monde. Les enfants courent et crient, sont dans les jambes de tous, mais personne ne leur en veut, car au fond, l’impatience du décollage est générale. Pas toujours facile non plus de harnacher les oiseaux, eux aussi pressés d’arriver dans des contrées plus hospitalières, mais au final, tout finit par se régler, et l’embarquement se fait peu à peu. Puis c’est l’ivresse du décollage, la montée vers les cieux, et le grand voyage commence. Les ailes des oiseaux battent régulièrement, et les petits équipages embarqués leur indiquent la direction, surveillent les tempêtes, évitent les nuages de neige et de pluie, pendant que leur monture confiante les emmène toujours plus loin, toujours plus haut.

A chaque étape, les petits lutins prennent grand soin de leurs oiseaux. Ils les aident à nettoyer leurs plumes, leur trouvent de l’eau, de la nourriture (c’est qu’il en faut, des forces, pour voyager dans le ciel !), soignent leurs petits bobos… Et lorsque tout le monde est enfin à bon port, là encore les lutins restent près de leurs oiseaux. S’ils doivent nidifier, ils sont là aussi pour dorloter les petits, et ils seront là lorsque ceux-ci entameront leur toute première migration.

Maintenant, vous aussi vous aurez le petit sourire entendu de ceux qui savent mais qui ne diront rien, sauf à ceux qui sauront apprécier ce cadeau que m’ont fait les lutins de mon jardin, un après-midi d’automne, lorsque je regardais passer les oies sauvages…

 

Partiellement inspiré par "le chasseur" de Michel Delpech

 

15 février 2014

Participation de JAK

jak  Un pigeon par amour pigeonné

 

Je suis un pigeon  casanier, moi Biset perché  haut, sur le  clocher de  ce village moyenâgeux au fin fond des Cévennes dans un petit trou perdu.

 

Là, dessous, dans la cour de l’école, les gamins jouent à Pigeon Vole. Ainsi, mes sombres pensées s’envolent.

 

Je  coule  céans une  existence fadasse  depuis que je suis  devenu casanier.

 

Je n’ai même plus de colombier  pour me ressourcer avec mes compères,  comme je le faisais  au retour de mes péripéties.  Non, ici je vis en catimini tout près  des cloches qui perturbent ma sieste, carillonnant toutes les heures, du lever au coucher du soleil.

 

Pourtant j’en ai vécu de grandes  aventures, mais une belle Colombe m’a pigeonné et depuis je vis presque reclus, enchaîné par l’amour.

 

J’avais hérité du don  de mon aïeul qui  travaillait pour Charles Havas, et  n’avait pas son pareil pour remplacer le facteur. Chargé d’une mission, il trouvait illico sa destination  grâce  à une technique génétiquement ancestrale, imparable : le sens d’orientation. Et comme lui, je partais au loin.

 

Je me remémore, accroché à mon clocher….

 Il y a 5 ou 6 ans, jeunet, j’allais et venais sous  tous les vents.

J’en ai parcouru alors  des mers et des continents, survolé des montagnes

En Russie, j’ai connu  le Sotchi d’avant. J’y ai « jeu-té » un œil, indifférent alors, aux palmiers sur fond de montagnes

Dans l’IOWA, je me suis fait de Joyeux copains, on s’écrit par la voie des Mels.

En  Chine, j’ai volé  à tire d’ailes, car en ce pays les pigeons voyageurs sont souvent  kidnappés  en vue de leur faire pratiquer  des courses d’endurance, avec paris à la clé. Alors, perdue la liberté !

 

Je me souviens, en Indes, dans un monastère, des moines [qui protègent notre race depuis qu’un des nôtres chercha refuge dans l’ombre de Bouddha.],  nous servirent  en abondance des grains pour notre route. Mais au premier coup de gong il fallut repartir et les laisser à leur méditation.

En Egypte, notre patrie d’origine, un compagnon de route m’avait dit de ne point m’y attarder, il avait danger : Là, certains mamelouks gavaient les pigeons, et couic plus personne sur le chemin du retour ! Mais n’exagérait-il pas, un peu chauvin, car il était de la branche des pigeons Nègre à Crinière !

J’ai failli mille fois m’égarer de ma voie. Eole furieux soufflait dans tous les sens et changeait souvent  la Route des Vents. Aucun carrefour, ni sens giratoire pour indiquer la direction dans la tourmente.

Aujourd’hui mes pigeonneaux sont équipés d’un GPS et cela les aide bien, mais je crains qu’ils ne deviennent de vrais Ramiers, et que leurs neurones « spéciaux orientation » soient définitivement  inactifs, tout  comme la calculette a annihilé la pratique du calcul mental chez certains écoliers...

Je ne  manquerais pas  de vous dire  aussi, que  j’ai un cousin à Paris nous entretenons  des relations épistolaires ;  mais il est un peu fier d’habiter la capitale

Sa spécialité est de fienter sur les toits de Notre- Dame, ou sur les belles avenues .C’est un Mondain, de vieille souche française.

Lorsqu’il prend ses vacances, 15 jours par an, il descend dans mon trou isolé, au bout du monde, pour se refaire une santé, -c’est ce  qu’il dit-.

Bien sur, ici, pas de pollution urbaine, rien que du bon air, et alors, nuit et jour il roucoule. Ça le change du bruit des klaxons.

Ce qui lui déplait cependant par chez nous, c’est que dans un champ, à proximité,  on y tire des Pigeons d’Argile, alors là,  il prend son air de Mondain offusqué. Mais moi je ris dans ma collerette, car à Paris c’est bien pire, tous ces pigeons qu’on bague et à qui on demande des comptes, leur indépendance  où est elle?

Mais, vous interrogez-vous, encore jeune, ou presque, et à la retraite ? Plus de vols aux longs cours ?

Et bien oui je me la coule douce.

 Comme je vous l’ai déjà exposé,  j’ai rencontré ma belle Colombe un jour d’escale, (je devais  être encore dans mes nuages), elle m’a promis la paix et l’amour, et je l’ai cru !

 Au premier coup d’œil elle m’a plu, avec sa belle gorge de pigeon, coiffée avec grâce en « aile de pigeon »  (une descendante des pigeonnes de Louis XV) .

A notre union, cependant, elle a mis une clause : elle exigeait que je ne m’envole  plus loin de ses yeux, et je n’ai pu résister quand elle m’a roucoulé :

c’est ainsi Mon Petit  Pigeon !

Je lui suis toujours fidèle. Et le sens de la  fidélité dans notre famille,  on l’a depuis des siècles, même qu’un certain  La Fontaine l’a immortalisé dans un livre :

Deux Pigeons S’aimaient D’amour Tendre.

Et c’est ainsi que depuis,  de voyageur, je suis devenu sédentaire.

Ce qui me console, c’est que vu mon âge, je ne finirai sûrement pas dans une assiette  avec des petits pois !

 

 

PS : Ah, j’oubliais, aujourd’hui 14 février ma Colombine m’envoie, (de son voyage en Russie, où elle a été préposée d’office à la flamme des JO),

Un message crypté : 

jak2

J’en batifole d’aise !

 

Jakolombophile  pour Défi #285 14 02 2014

15 février 2014

Voilà pourquoi la tour de Pise penche encore (Joe Krapov)

 Oh comme il y a longtemps que je ne vous ai pas gratifié(e)s d'un petit tibouque !
N'oubliez pas de zoomer pour le lire !

Il est téléchargeable ici en pdf et là (mais pendant un mois seulement) au format .doc

Publicité
15 février 2014

Participation d'Adrienne

Le prof de maths a 55 ans, des verres épais comme des fonds de bouteille et une réputation d’ours.

- Chaque fois qu’on a un test de maths, dit Stijn, le premier de la classe, je stresse comme un fou.
- Mais pourquoi donc ?

Ce n’est pas toujours rationnel, à quoi tient la réputation d’un prof, d’où elle lui vient et s’il la mérite vraiment. Dans le cas du collègue de maths, ses grands coups de gueule le font passer pour un rustre sans cœur – ce qu’il est loin d’être – mais le plus bizarre de tout, c’est qu’il a une réputation d’alcoolique, alors qu’il ne boit que des canettes de coca light.

Puis, tôt ou tard un sourire légèrement moqueur apparaît sur toutes les lèvres quand quelqu’un dit : « En zijn duivenkot ! »

Parce qu’il est colombophile. Donc ringard.

Jusqu’à ce quelqu’un lance :

- L’oncle de ma copine, il est aussi colombophile, et il vend les œufs de ses meilleurs pigeons à 1500 euros pièce !

Au  silence qui suit, on sent tout le respect dû à l’argent, parmi ces jeunes qui font des études d’économie.

- Bon, dit Madame, à moitié rassurée sur la vision qu’ils ont de son collègue. Il se fait tard. Si on allait manger ?

Le pigeonneau, se dit-elle en fermant à clé la porte de sa classe, c’est tout de même excellent. Avec des petits pois et du gratin dauphinois.

15 février 2014

Cartes postales de Homie (par joye)

5000

Vous voudrez bien nous excuser de nous immiscer dans votre conversation, juste le temps de vous signaler qu'aux erreurs de comptage près, ce qui suit se trouve être la cinq millième participation à notre blog.

joye remporte donc le prix y attaché :

notre parfaite considération !

Bien, nous lui laissons la parole...

 

 

15 février 2014

Le Monument (EVP)

Elisabeth De Tourville s’examinait sans indulgence dans la psyché de sa chambre.

Elle avait tellement vieilli depuis la guerre mais en cette année 64 elle avait, enfin, obtenu gain de cause. Il y aurait ici, à Bayeux, un monument au pigeon inconnu, elle avait même réussi à faire venir Malraux. Elle ne put s’empêcher une imitation moqueuse ; Entre ici Roméo…Du nom de son meilleur biset pendant cette période.

Une image d’elle se superposait dans la glace :  Un foulard de soie au drapé alambiqué montant haut sur la tête, la frange soigneusement roulottée formant deux coques, le pull jacquard un peu trop court sur une jupe pas bien longue non plus (Dame ! Il fallait économiser laine et tissu),  sur les jambes un badigeon de chicorée pour figurer les bas et les socquettes en fil sur les semelles de bois.

N’empêche, elle avait fière allure et ce qu’elle faisait etait si risqué mais si palpitant !

Elle avait eu l’idée de remettre en service le vieux pigeonnier au fond du potager, avec son cousin par alliance Alistair Cornwallis, venu clandestinement en 42, cela les amusait de faire faire aux oiseaux le parcours Bayeux-Hasting, celui de Guillaume le conquérant.

Les allemands avaient réquisitionné la propriété et leur avaient généreusement permis d’occuper les dépendances et de garder l’usage du potager avec le pigeonnier. Ils trouvaient assez charmants ces  volatiles, tant qu’ils ne fientaient pas sur leurs uniformes, que nous prétendions élevés pour améliorer l’ordinaire. Ils n’ont jamais eu de soupçons.

Elisabeth se secoue et tire sur la veste stricte de son tailleur  qui l’est tout autant. C’est vrai, c’était dur, surtout les bombardements, mais bon sang j’avais trente ans et regarde-moi ça maintenant !!

Enfin, elle y tient à son monument, elle ira de bonne grâce faire des politesses. Combien de vies sauvées grâce à  Roméo et les autres…

8 février 2014

Défi #285

 

Les aventures d'un pigeon voyageur

 

pigeon voyageur

Bon vol les amis !

Atterrissage  prévu à samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

 

8 février 2014

Ont choisi la bonne (?) voie

8 février 2014

Au tournant ... (MAP)

Il lui avait donné rendez-vous dans son tout petit village

en lui disant simplement :

"Je t'attendrai au tournant" !

On ne pouvait mieux dire :

!

!

!

Giratoire à Saint Dié

 

 

8 février 2014

Participation de Flo

flo

8 février 2014

Déboussolé (Walrus)

w01

Allez! On va encore avoir des problèmes avec le JEP...

Mais non pas les Jewish European Professionnals ni les Journées Européennes du Patrimoine et encore moins le Journal de l'Ecole Polytechnique lequel a mis la clef sous le paillasson en 1939, mais bien le Jury d'Ethique Publicitaire.

Comment ? vous n'avez pas ça en France ? Vous avez bien raison, de toute façon, ils ne servent à rien qu'à embêter le peuple parce qu'on favoriserait Carrefour au détriment des autres grandes chaînes de distribution et toutes ces sortes de plaisanteries.

Ils me la baillent belle au JEP, vous avez déjà essayé de simuler l'aiguille d'une boussole avec le logo de Mammouth, d'Auchan ou de Leclerc vous ?

Car, pour revenir au sujet de la semaine, c'est bien une boussole gigantesque qui occupe le centre de ce fameux carrefour. Carrefour que personnellement j'aurais plutôt appelé un rond-point, mais je ne suis qu'un béotien et ne suis pas issu de la belle ville de Nancy dont l'université est le berceau du Trésor de la Langue Française Informatisé, ce monument de la lexicologie qui reste néanmoins assez vague sur la distinction à faire entre les deux appellations mais dont j'ai retiré l'intense satisfaction d'apprendre qu'un carrefour est de plus grandes dimensions qu'un croisement.

Quoi ? Vous trouvez que je fais dans la digression abusive autant que tarabiscotée ? Merci ! Merci !! Merci !!!

Merci d'apporter de l'eau au moulin de mon affirmation qu'on ne lit pas impunément Marcel sans y gagner quelques manies déplaisantes dont celle que vous venez de constater n'est pas la moindre, accompagnée comme il se doit de celle qui consiste à nier Boileau, lequel, dans son art poétique, soulignait, se montrant pour l'occasion plus scientifique que poète, que ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et à présenter au lecteur consterné des phrases qu'il faut patiemment détricoter telle la fine équipe d'enquêteurs Ouatelse et Ouatson chers à l'un des participants de ce blog si l'on veut en deviner le sens pour peu qu'il s'y en trouve un.

Retour sur image !

On nous demande de choisir la bonne direction. Comme il y en a cinq, c'est pas gagné, d'autant qu'on ne prend même pas la peine de nous dire par laquelle de ses branches on est parvenu au cœur de cette étoile routière, ce qui aurait déjà permis d'éliminer une direction pour peu que le héros de cette histoire (dont on ne dit d'ailleurs rien non plus) ait de la suite dans les idées et ne soit pas du genre à faire demi-tour (à moins bien sûr qu'il ne soit venu jusque là exactement pour ça : faire demi-tour grâce à un rond-point sans prendre le risque de manœuvrer au milieu de la circulation). En bon enquêteur, je ne puis me permettre de négliger cette hypothèse et me voilà Gros-Jean comme devant ! Devant toujours cinq possibilités.

C'est beaucoup trop pour moi, ça risque de me faire perdre le nord, par bonheur, il y a la boussole, c'est toujours ça (mais à quoi peut bien vous servir le nord si vous ne savez où aller ?). Je vais donc renifler de ci de là, faire semblant de chercher, on finira bien par arriver à la prescription, ou à tout le moins au prochain défi, et là, ça ne passionnera plus personne cette croisée des chemins...

8 février 2014

La sagesse des fous (Célestine)

 

Célestine

 

La mélopée était belle et simple, et la voix qui la chantait douce comme une soie.

Les rêves y tremblaient légèrement, comme on maintient le feu d'une bougie à l'abri du vent, un soir d'été, derrière une main translucide.

La chanson sentait le chanvre et le benjoin, l'ambre et le patchouli. Les fleurs dans les cheveux, les cordes de guitare.

Elle parlait de gens qui s'aimaient, et qui marchaient longtemps, enlacés, je les imaginais habillés de cotons indiens et de longues jupes transparentes, les pieds nus dans le sable poudreux d'une route infinie.

Elle parlait d'espérance et de doute, et des mille routes qui réunissent les hommes dans les plus folles utopies.Un carrefour de mille routes ? Il fallait être vagabond, poète sans patrie ni patron, pour imaginer un carrefour pareil !

Elle parlait d'étoile et de flamme, de chemin et de sourire. Et de la sagesse des fous.

Je ne cherche plus ce carrefour du cœur du monde. Je sais qu'il est en moi comme en chacun de vous.

 

Les Mille Routes by Georges Moustaki on Grooveshark','hspace':null,'vspace':null,'align':null,'bgcolor':null}">

8 février 2014

Carrefour giratoire (Sergio)

Il était 17 h45 ce soir d’hiver

PIOTR fonçait perché dans la cabine toute neuve de son SCANIA V8 730 CH. Il n’en revenait  pas de conduire un tel camion. Lui, le petit enfant de la campagne bulgare il revoyait son père Pavel, le pêcheur qui revenait juché debout sur son char attelé à un bœuf  une fois sa journée terminée à Artchar, son village de naissance .Il le voyait arrivé, son père était un géant indestructible. Maintenant il était mort, terrassé par le « crabe »héritage des cigarettes « Belomorkanal » spaciba URSS. Maintenant, c’était lui qui était le chef de famille  mais lui arpentait les routes d’Europe, loin de chez lui sur son char moderne. Ce soir, insouciant dans sa nouvelle cabine confortable, climatisée et insonorisée il roulait vite, trop vite vers ce giratoire. Roulant vers l’ouest le soleil couchant l’éblouissait mais il était ailleurs perdu dans sa solitude et sa nostalgie.

Il était 17h45 ce soir d’hiver.

Marcel, pied au plancher dans sa vieille camionnette de chantier rentrait chez lui après un après-midi bien arrosé. Il faisait froid ce jour-là et il n’avait pu avec son équipe couler la dalle de compression du plancher du premier niveau .Le chantier était encore ouvert à tous les vents. Avec cette bise polaire déferlant du nord et des températures négatives le coulage  était impossible techniquement. Ils auraient coulé mais le contrôleur technique avait mis son véto. Le froid et la météo n’avaient pas de prise sur eux. C’était leur fierté d’homme, la seule peut être mais ils s’y accrochaient. Attitude incompréhensible pour l’architecte parisien qui les saluait à peine, du bout des lèvres et qui serait furieux lors du prochain rendez-vous de chantier .Il avait donc invité toute son équipe au routier du coin pour arroser la petite fille de Jésus son chef d’équipe .Arrosée, le terme  le plus indiqué serait plutôt inondée. Mais bon, Marcel rentrait chez la « baronne »et bien que le soleil lui fasse de l’œil, il avait bien vu  le camion flambant neuf qui fonçait sur la route venant de droite. Mais, foi de Marcel ce n’est pas ce cochon d’étranger de l’est avec son camion rouge qui allait l’impressionner. Ah non pas lui, pas Marcel !!!!!

 Il était 17h45 ce soir d’hiver

Marie rentrait chez elle, après sa journée de travail au supermarché du sud. Elle était caissière, non ! hôtesse de caisse maintenant, dixit le nouveau DRH. Son salaire n’avait pas évolué depuis.  Son compagnon, amateur de western italien déclamait l’air sérieux, singeant Clint Eastwood «Tu sais Marie, dans la vie il y a deux catégories de personnes. Ceux qui ont un costume gris de premier de la classe et ceux qui rament. Eh bien toi Marie tu rames !!!! »Ils éclataient de rire et le soir, heureux ils se repassaient le film. Elle avait récupéré chez la nounou en plus de son trésor, son petit Jules tout blondinet, les deux jumelles de sa sœur. Ces deux pestes se chamaillaient et tentaient de se tirer les couettes bien que, séparées par le siège auto de P’ti Jules. La route était glissante. Elle savait que dans ces plaines balayées par la bise les sols se couvraient de verglas. Avec ses pneus lisses, qu’elle n’avait  pu changer le mois passé elle se dépêchait de rentrer. Elle se retourna, exaspérée par les cris stridents des deux chipies.

Il était 17h45 ce soir d’hiver

Daoud roulait tranquillement, plein sud direction Marseille puis la Tunisie .L’hiver il rentrait chez lui cumulant tous ses congés, récup, RTT. Il détestait le froid humide qui te transperce. Vivement le soleil de Tozeur, la porte du désert et la lumière éclatante, éblouissante, assourdissante du Chott-el-Djérid. Daoud roulait prudemment. Il n’était pas pressé et le chargement sur la galerie invitait à la prudence. Tout le monde lui disait « tu pars au bled Daoud ? » «  EH comment t’as deviné ? » « j’sais pas, la galerie…… » Et là ,ils éclataient de rire. Il emmenait des cadeaux pour la famille plus des produits introuvables qu’il revendrait  et puis toutes les commandes spécifiques ;un pot d’échappement de Renault 12.un tambour de machine à laver de tel modèle, même deux pneus neige 175-55-R17 pour son cousin Djalil .La commande l‘avait surpris mais il avait promis. Peut-être que  Djalil anticipait la prochaine glaciation ?? Inch Allah !!

Il était 17h45 ce soir d’hiver

Un troupeau de chevreuils après s’été gavés de mais dans un champ bizarrement oublié empruntait la cinquième route menant au nouveau rond-point. Les animaux, non informés par les services de la DRIRE n’avaient pas  encore intégré la nouvelle géographie urbaine qui grignotait leur territoire. Ils s’engageaient donc pensant trouver le petit bosquet de boulots qui leur avait souvent servi de refuge. Ils se retrouvèrent désorientés et apeurés avec quatre monstres hurlants qui se précipitaient vers eux, les  aveuglant de leurs énormes yeux jaunes..

Il était 17h45 ce soir d’hiver

Fort heureusement Daoud qui bien que peu pressé, arriva exactement douze secondes avant Marie qui conduisait bizarrement en regardant vers l’arrière. Fort heureusement le chargement africain de Daoud mal arrimé perdit les deux pneus de Djalil qui allèrent percuter le flanc gauche de la voiture de Marie. Dans un réflexe idiot, mais salvateur elle donna un coup de volant vers la gauche .Elle finit sa course, hébétée, sa voiture  enlisée dans un champ de betteraves fraichement retourné. Heureusement Marcel dans un rêve éthylique  cru voir, lui sur sa droite un troupeau de rennes et même le Père Noel sur son traineau. Il freina doucement, silencieusement pour admirer avec ses yeux d’enfant ce spectacle quasi miraculeux. Heureusement le camion scandinave de PIOTR équipé d’ESP, bardé de technologie de contrôle anti ……etc. détecta à temps le verglas, ralentit en douceur le mastodonte avant le nouveau giratoire. Il vit donc Daoud perdre son chargement et Marie foncer dans le champ. Il vit, aussi Marcel les yeux exorbités, le regard tendu vers le troupeau de chevreuils qui s’enfuyait à toutes jambes,  passer son chemin,  perdu  dans ses rêves d’alcooliques. Daoud et Piotr aidèrent Marie à sortit de son bourbier. Elle les invita à diner .Elle leur devait bien cela.

Tout fini bien mais !

ser03

8 février 2014

La croisée des chemins (Mamido)

Mam01

Je ne sais pas vous mais moi, j’ai toujours aimé le cinéma de  Claude Lelouch.

Les gens s’y croisent. Sans le savoir. Mais nous spectateurs, si. Car, grâce à son talent de cinéaste, Lelouch nous fait comprendre que ces deux-là, même si cette fois, ils se sont ratés dans ce hall de gare, dans cet aéroport, dans cette foule… Ces deux-là sont fait pour se rencontrer.

Et nous, on attend. On sait que pour ces deux-là, le destin est en marche, et on attend.

C’est du cinéma, me direz-vous. Dans la vraie vie, ça ne fonctionne pas de cette manière.

Pas sûr…

J’ai croisé pour la première fois l’homme de ma vie lors de la communion de ma cousine. J’avais douze ans et lui dix-huit. Nous ne gardons aucun souvenir l’un de l’autre ce jour-là. Pourtant chacun a de cette journée sa propre vision. Je suis avec ma cousine, reine de la fête dans sa belle aube blanche. Nous écoutons les disques des idoles de l’époque sur le Teppaz de son frère. En fin d’après-midi, des collègues, normaliens comme lui viennent le chercher pour sortir.

Mon mari se souvient l’avoir attendu, avec d’autres, dans la cour. Ils ne voulaient pas déranger. Mais comme on leur a payé le champagne, ils sont entrés. Mon oncle a pris une photo, avant qu’ils ne s’en aillent. On y figure, tous les deux.

Quatre ans après, bal organisé par le sou des écoles. C’est mon cousin, nouvellement nommé dans une des écoles de la ville qui nous a eu des places. Regardez attentivement le cliché du journal de l’époque, pieusement conservé par ma tante. La grande bringue dégingandée qui s’agite sur la piste, au premier plan, c’est moi. Le beau blond accoudé au bar, en costume de velours, dans le fond, c’est lui.

Deux ans plus tard, il est l’instit de mon frère en CM1. Je passe le bac. Impossible que l’on ne se soit pas croisé plusieurs fois, cette année-là. A la sortie des classes quand je venais récupérer mon frère, à la fête des écoles, à ce fameux bal… Aucun souvenir.

L’année suivante, j’ai dix-neuf ans. Institutrice remplaçante, je suis nommée dans l’école où il enseigne. C’est là que nous nous rencontrons pour la première fois. A ce que nous croyons.

Et tout commence… Ou tout continue, comme il vous plaira.

Qui vous dit que vous aussi n’avez pas croisé, plusieurs fois, sans le savoir, les personnes importantes de votre vie ?  Avant de les rencontrer, pour de vrai.

C’est pour ça que j’ai toujours aimé les films de Lelouch.

8 février 2014

QUEL CHEMIN prendre ? (KatyL)

k1

Aucun de ceux indiqués

 

Je reste au milieu des croisements et des routes, et dans «  LA LUMIERE »

Ne pas choisir pour être ouverte à tous

k2

 Je veux vivre avec elle, en elle et aller vers elle ensuite….

 

katyL

8 février 2014

La Croix Poëlon (Epamine)

ep01

"Tu m'écoutes ?

- Fiche-moi la paix, je travaille !

- Bon, est-ce qu'aujourd'hui, tu vas enfin te décider ?

- Me décider à quoi ?

- A admettre que mon idée est lumineuse !

- Quelle idée ?

- L'idée de changer d'horizon, de partir à l'aventure, de prendre la route !

- Pour aller où ?

- Ben justement, c'est la question que je te pose régulièrement : où aller ?

- Nulle part !

- Rrrhôôô ! Tu m'énerves ! "

Et une fois encore, il se lance dans une interminable description de l'agitation permanente du carrefour de la Croix Poëlon, du va-et-vient incessant des véhicules et des piétons. Il se plaint de l'insupportable et longue immobilité de leur vie et évoque avec envie ceux qui ont la chance de pouvoir choisir leur destin en prenant tel ou tel chemin grâce à leur clignotant.

"Nous aussi, on clignote, mais on reste toujours au même endroit ! J'ai les jambes qui me démangent, moi, j'te f'rais dire ! J'ai envie d'ouvrir la fenêtre et d'aller voir ailleurs si la route est plus belle."

La réponse est des plus cassantes : "Tu ne pourrais même pas aller voir les voisins d'en face sans te faire écrabouiller et ce, même en passant sur le passage pour piétons. Déjà que tu n'es pas très épais…

- Oh, je t'en prie! Tu t'es regardé ? Tiens, justement, parlons-en de ceux d'en face. Aucune imagination, aucun esprit d'initiative : ils font, à la seconde près, exactement la même chose que nous…

- Parce qu'on fait un truc utile…

- Et qu'est-ce qu'on fait ? Cent fois, mille fois par jour, on fait la même chose : quand je fais coucou aux passants, tu te planques et dès que tu te montres à la fenêtre, tout rouge d'émotion, moi, je dois disparaître! Idem la nuit ! On dirait les affreux gugusses de ces vieux coucous suisses qui n'arrivent jamais à sortir en même temps de leur cabane en bois… Encore heureux que nous, on n'a pas, comme eux, les grosses pommes de pin qui pendent ! Franchement, on s'enquiquine ici ! En plus, on ne nous voit jamais ensemble et je suis sûr que tout le monde pense qu'on ne peut pas se supporter!

 - Ce qui n'est pas complètement faux... Je te rappelle qu'on sauve des vies. Et si tu dis un mot de plus, c'est rouge de colère que je vais être et toi, tu vas être vert de trouille!

- D'accord, d'accord!... Je me tais!"

Deux secondes plus tard:

"Et si on pensait à nous avant de sauver la vie de gens qu'on ne connaît même pas, hein ? Bon, allez, je te rappelle vite fait mon idée : à gauche, on va faire un p'tit tour à Tours; à droite, on va à Chartres; en face, on va à Langennerie et derrière, c'est Vernou. Hihihi!

- Tu m'énerves avec ton "Derrière, c'est vers nous!" Change de disque! Essaye: "Et derrière, c'est Vouvray!" Mais en fait, ne dis rien parce qu'on ne va nulle part. On reste ici pour remplir notre mission ! Et je te signale qu'on connaît les gens : y'a la p'tite mémé au chien qui pisse, le jeune homme qui court, les deux adolescentes qui traversent en téléphonant, le couple d'amoureux qui s'bécotent et la classe du lundi… T'en veux encore ! Maintenant, tais-toi, je bosse ! "

Un silence pesant s'installa quelques instants, puis:

"Jusqu'à ta dernière étincelle de vie, ils vont te voir sans jamais te regarder ! Ils marchent vite, roulent vite, passent vite, vivent vite et ils se moquent pas mal de nous ! Et nous, par tous les temps, même si y'a pas un chat, on doit faire notre job!  

Ah ! Comme j'aurais aimé habiter dans ce coin, avant l'arrivée des voitures, des poteaux électriques, du goudron et des passages pour piétons… Quand ce carrefour s'appelait encore la Croix Poilon et pas la Croix Poëlon, l'Augustin traversait la croisée des chemins avec son tombereau tiré par sa bourrique et s'arrêtait en plein milieu pour discuter le bout de gras avec la Zélie. Le vieil Anselme posait sa brouette au milieu de la route pour reposer son dos usé et s'essuyait le front avec son mouchoir à carreaux. Les gamins jouaient sans danger aux billes le long du trottoir, sur la chaussée. Et là, juste au-dessus de nos têtes brillait une lanterne à gaz accrochée au mur…

- Mais qu'est-ce que tu racontes? Et d'abord, c'est qui Augustin, Zélie et Anselme ? Et c'est quoi cette histoire de lanterne à gaz?

- Un mercredi, quelques gamins du lundi sont venus juste ici, à nos pieds, avec de vieilles cartes postales. Je les ai observés et je les ai écoutés. Quand je les ai vus s'en aller, j'ai vraiment eu envie de les suivre…

- Bon ! C'est bien joli tout ça mais tu me raconteras ta belle histoire de carte postale plus tard ! Allez, hop ! Moi, je suis complètement éteint. C'est à ton tour de briller, mon bonhomme !

- C'est fait, ça y est, je suis vert !"

ep02

8 février 2014

Un carrefour spatio-temporel à Rennes (Ille-et-Vilaine) (Joe Krapov)

140202 015

140202 016

140202 017

Au carrefour de la rue de la Psalette, de la rue du Chapitre et de la rue Georges Dottin, à Rennes, on peut voir sur le pignon du restaurant "La Villa d'Este" trois statuettes en bois qui représentent des musiciens du Moyen-âge. Le premier chante en s'accompagnant d'un instrument qui est peut-être une guiterne, peut-être une citole ou une mandore, en tout cas un genre de luth. Le second brandit un microphone très anachronique vu que l'amplificateur du sieur Marshall n'avait pas encore été inventé à l'époque. Le troisième, dans une pose quelque peu lascive, semble ne pas trop se soucier d'être au diapason des deux autres. S’il ne pince pas les cordes de son instrument, peut-être tire-t-il… au flanc ?

Dans une vie antérieure, j'avais expliqué à Isaure Chassériau qu'il s'agissait de trois élèves de « l'école de musique de l'église où l'on formait les enfants de chœur » : c'est là la définition du mot « psallette ». Ils s’échappaient souvent en douce du dortoir pour venir assister, le soir, au déshabillage de la servante de l'auberge : le Vénitien qui inventa les stores du même nom n'était pas encore né non plus et la pudeur de la jeune fille était un peu en rideau du fait de sa fréquentation forcée, à l'estaminet du carrefour, d'une clientèle interlope et pas forcément raffinée : on trouvait souvent dans ce débit de boisson de nombreux adeptes de la théorie du mauvais genre. De ce fait, la pose lascive du troisième musicien peut aussi être interprétée comme un apprentissage un peu précoce du développement de la surdité. Comme on disait à cette époque où les guerres duraient cent ans et où il y avait beaucoup d’orphelins, "on a l’éducation maternelle qu’on peut !".

Une méchante sorcière conformiste, moraliste, traditionnaliste, puritaine, frigide et barjotte qui passait par-là un soir surprit les trois jouvenceaux et leur jeta un sort : elle les transforma en statues de bois. Ce qui, me dit plus tard Hervé Lelardoux à qui je racontai l'histoire tout droit sortie de mon cerveau malade, constitue un sacré paradoxe : être transformés en statue de bois parce qu'ils ne l'étaient pas restés, de bois, devant les charmes de la belle, ça valait son pesant de poutres dans l’œil !

Bref cette pourtant très hétérosexuelle légende urbaine ne laisse pas de questionner votre humble serviteur… et lui seul : aucun guide touristique de Rennes ne mentionne ni la légende ni les statuettes et je suis prêt à parier que des tas de Rennais ne lèvent jamais le nez à cet endroit de la ville. C'est dommage. Ce carrefour est sympathique, piétonnier et il incite à réfléchir au temps qui passe. Avant d’être rebaptisée "le Méditerranée", le restaurant où officiait l’accorte serveuse s’est d’ailleurs longtemps appelé « Auberge du bon vieux temps ».

Peut-être un brave homme avisé, un professeur d'histoire, un érudit, un émule de M. Dottin pourra-t-il m'expliquer un jour, outre cette mise sous silence de l’épisode, pourquoi les trois enfants de choeur sont juchés sur la tête de trois personnalités facilement reconnaissables par tous ceux qui ont fait la fête le soir du 10 mai 1981 et qui chantent désormais, sur leur scooter ou pas, comme toutes les filles qui s'appellent Valérie, "Que reste-t-il de nos amours ?" : François Mitterrand, Roland Dumas et Pierre Mauroy ! 

Mitterrand 2

roland dumas 2 

mauroy 2

8 février 2014

Participation de Venise

J’aurais fait rire un chien  de chasse s’il m’avait surprise en train de chercher mon chemin.

Mais au fond  de moi j’étais ravie d’une telle ignorance.

Je savais préserver la surprise l’interrogation et la leçon que m’enseignerait

Mon  hésitation à faire le bon choix.

C’est entre deux coussins de nuage que j’ai opté pour le clin d’œil du soleil.

J’ai alors trottiné sans hâte aucune jusqu’à  apercevoir les ARBRES.

Ormes, frênes, hêtres, platanes, Tout ce qui me manquait était là

La lenteur, les murmures du vent, le silence.

Et au loin les grands épicéas au coude à coude  pareil à des fantassins de FRÉDERIC de PRUSSE.

Tout m’invitait ici à une paresse mentale et je me disais que ce départ était comme une nouvelle naissance et ce monde était encore trop neuf pour que j’en fasse le récit

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité