Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le défi du samedi
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 671
Derniers commentaires
Archives
22 novembre 2014

Kesako ! (EnlumériA)

L’adolescent secoua la fine poussière qui poissait l’étrange objet. Il venait de le trouver dans un coffre de bois moisi, oublié au fond du garage. Il observait ce… machin, ce truc… — aucun nom de lui venait à l’esprit pour le désigner — d’un air dubitatif. Cela ressemblait à un empilage de fines plaquettes agrafées les unes aux autres par des sortes de petites épingles. C’était composé d’une matière souple et craquante qui dégageait une vague odeur de ranci. Sur le dessus, des dessins bizarres s’alignaient. Cela ressemblait à une vague écriture et c’était illisible. Il ouvrit l’objet. Il y avait d’autres signes similaires à l’intérieur. L’adolescent passa rapidement son index sur la surface lisse, mais rien ne se produisit. Il appela son jeune frère.
— Jimmy ! Vien voir !
— Keskya ?
— Mate ce ke G trou V.
— Vache ! C koi ?
L’adolescent se gratta le crâne en affichant une lippe dédaigneuse. Il posa une nouvelle fois son index sur la surface de l’objet et le fit glisser.
— Tu voi. On diré dé mo ; mé sa bouge pa.
— Sa ser a koi, un truc kom sa ? Si sa bouge pa, C petetre kya pu de bateri.
L’adolescent haussa les épaules et toisa son jeune frère d’un air condescendant.
— É tu la métré ou la bateri ? Tu voi bien Kya pa de plass. Tu C. Je croi savoir ce ke C. C 1 K yé.
— 1 K yé ?
— Io ! C T 1 truc ki servé a Papi pour a prendre a ékrir. Mate ! On diré du papié.
Le jeune frère poussa un long soupir ennuyé.
— Du papié ? Alor, C 1 truc de Yeuv. Sa ser a rien. Alé, vien. C leur de Secret Story. La C zon 30. On va manké le débu.
L’adolescent regarda une dernière fois sa trouvaille, puis sans plus s’en préoccuper, il la jeta dans la poubelle. Elle tomba à plat laissant les signes indéchiffrables bien en vue.

 

Cahier de Grammaire et de Conjugaison.

Évreux, 15 novembre 2015.

Publicité
22 novembre 2014

Celui-ci est vert (Walrus)

Quand j'ai déménagé, j'ai retrouvé cet ancien cahier.

journal4

Bon, il n'est pas aussi vieux que celui de MAP. Pourtant, elle est plus jeune que moi. Le sien ne doit pas être... le sien !

Moi, c'est un des miens : le premier volume de mon journal intime.

journal3

Ah, vous ne savez pas lire ? Rassurez-vous, c'est fait pour ! (ouais, je parle belge, ça fait bien rire les Français, en France on dirait "Vous ne pouvez pas lire")

Moi, je peux (ou "je sais", voir remarque précédente). Conclusion : faudra quand même que je bazarde tout ça, c'est fou ce qu'on peut être con quand on est jeune ! Mais oui, je récupérerai les photos !

Remarquez, d'être con, c'est bien une des rares choses qui ne changent pas avec l'âge !

 

22 novembre 2014

Cahier (JAK)

Cahier 

 

C e matin dans le grenier un drôle de cahier

A ncien j’ai découvert. D’émail il était bordoyé

H ier, encore il gisait  inconscient avec ses signes

I llisibles, pattes de mouches à chaque ligne

E légant cependant il restait comme jadis.

R utilant, il tenta mon  anticonformisme

 

Osant un sacrilège mes yeux l’ont  parcouru

Et ce cahier si doux  venait de ma grand-mère

Elle lui avait confié ses pensées et ses peines.

C’est ainsi que j’appris que  mon père  ce vaurien,

-  nom ironiquement  alloué  sur ce calepin-

Avait un jour de mai séduit  leur fille unique

De cet amour, je fus le fruit édénique.

 

Aujourd’hui c’est courant, on ne se cache plus,

Et j’ai imaginé à l époque,  ma mère, mal vue

Entendre des reproches  et autres arguties.

 

Mais l’amour triomphant à quand même réussi,

 La gente damoiselle  que vous lisez ici

 Tantôt octogénaire, bon pieds, bon œil, merci

22 novembre 2014

Cahier d'écolier par bongopinot

bo01

 

Dans une malle, dans un grenier

Un vieux cahier d’écolier

Marque du temps passé

Sur mes souvenirs délavés

 

Sur la couverture rosée

Mon nom et prénom y sont posés

Comme des vagues d’hier

Sous un soleil bien amer

 

Je redécouvre mon écriture scolaire

Écrite d’une main de gauchère

Mes souvenirs d’école me reviennent

Et les odeurs de craies me parviennent

 

Et je tourne les pages

Tache d'encre, coloriage

Mélange de joie et de larmes

Rien ne s'oublie ni se gomme

 

Très vite je referme ce cahier

D'un passé de blessures bien cachées

Adieux cahier et école de Saint-Exupéry

Mes souvenirs s’envolent dans la nuit

 

22 novembre 2014

Participation de Venise

J’ai retrouvé mon carnet bleu, soigneusement rangé dans ma chambre d’enfant.

Avant son décès ma mère avait aligné sur la petite table le carnet vert, le carnet rouge et le bleu.

Je me souviens de ce carnet bleu car  ce jour là un jeune sansonnet s’était écrasé sur la fenêtre de ma chambre.

Je me suis toujours demandé si ce jour là je n’étais pas morte aussi.

Au point du jour le carnet bleu dans les mains, je suis sortie sur la véranda les pieds nus.

J’étais émue par la magie de cet instant.

J’étais sidérée à la redécouverte de cette petite écriture serrée .

Un dessin retenait mon attention.

C’était un grand épi de blé dont j’avais tracé tous les détails infimes.

Dans la marge plusieurs prénoms sous un soleil jaune.

J’avais passé quatre mois à dessiner cet épi .

Un bourdon séché tomba du carnet bleu. Je me revois à cet instant couchée à plat ventre dans les hautes herbes à chasser bourdons et papillons.

ve02

Ces créatures graciles riaient souvent de mes échecs.

Puis  ma respiration fut plus lente à la découverte de ce petit mot adressée aux parents.

ve01

La lettre jaunie est tombée à mes pieds j’avais complètement omis cette fugue.

J’ai souri et emporté  les trois carnets pour que mes enfants comprennent que moi aussi un temps je n’ai pas toujours été sage comme une image.

 

Publicité
22 novembre 2014

Participation d'Emma

Ne croyez pas que les larmes sèchent…

 

Ce sont de petits carnets que j'ai trouvés dans ses affaires :

L'un en cuir découpé et relié à la main comporte des photos dentelées dont les coins sont insérés dans des fentes, toutes tamponnées au verso.

em01

L'autre est couvert d'une écriture minuscule au crayon de bois. Sa page de garde est en langue étrangère.

em02

C'est un journal, qui commence le vendredi 10 mai 1940 par ces mots "alerte 3" et se termine le 20 avril 1945 par ceux-ci :

em03Au milieu il y a des notes journalières, des dessins naïfs, et un décompte de jours : 1785 en tout !

em04

Il ne me l'avait jamais montré de son vivant, je n'en connaissais que des bribes saisies lors de conversations avec ses amis de l'époque.

 

J'en ai fait un livre.

C'est tout ce que je pouvais faire, puisqu'il était trop tard pour qu'il me raconte.

 

Ce livre est rangé dans une valise de larmes, avec les autres, ceux des lettres de Verdun et du chemin des Dames, des citations et des avis des préfectures aux jeunes veuves.

em05

 

22 novembre 2014

Les petits carnets de TONTON Willy (KatyL)

ka01

22 novembre 2014

Dictée (par joye)

joye

22 novembre 2014

Participation de Flo

fl01#325# un cahier bleu.

Cette image me plaît. Cette couleur me calme. Elle semble dire « STOP » à mon sang qui bouillonne. C’est cela, j’entre en moi-même dans une période bleue. Au-delà des globules bleus, c’est en quelque sorte une encre que je détache des fonds marins pour voguer.

La main de la petite écolière a bien grandi. L’armure de bronze épouse les formes du cœur et laisse au corps et à l’esprit le soin de déambuler sereinement. L’agitation de l’irréparable gaspillage s’est évanouie. La femme aux mains rouges, pour qui les grains de peau sont pêches, contemple l’encre de Chine qui illustre le chapitre de son cahier bleu.

Elle s’y arrête comme Miro sait si bien le faire. Empreinte bleue, cette émanation fluide renferme aussi l’étendue de l’âme et l’immensité de l’esprit. Ils lui causent. Une voie est là. Elle l’écoute, lui répond parfois, lui écrit d’autres fois et la supplie quelques fois.

C’est certainement mon armure qui me permet de l’aborder parce que je suis au clair avec elle ou avec moi sur ce constat que non seulement je ne suis pas seule mais en plus que nous sommes deux. Or, tout récemment, ma voie extérieure a verbalisé celle intérieure en reconnaissant être une artiste comme si elle reconstitue son puzzle et lui laisse la chance de se dévoiler.

Ne l’oubliez pas, je suis un fil. A moins que ce soit le fil qui devienne moi. Or, c’est en lisant d’autres âmes [mêmes celles écrites deux cents ans avant la mienne] que je me rends compte que je suis encore moins seul/e.

22 novembre 2014

Images anciennes (MAP)

Lors d'un séjour cet été dans la maison de mes grands-parents paternels

j'ai retrouvé un vieux cahier très spécial.

Il s'agissait d'un collecteur d'images de publicité !

Je vous en livre quelques-unes pour le plaisir de partager

avec vous toutes et tous !

*

Voici d'abord la belle couverture :

 

Vieux cahier

et le verso de ce cahier :

Vieux cahier 2

ainsi que quelques unes des images qui y ont été collées :

 

Vieille images 1

 

Vieilles images 2

 

Vieilles images 3

 

Vieilles images 4

J'ai été ravie de faire cette découverte !

J'espère qu'il en sera de même pour vous !

 

 

 

 

 

15 novembre 2014

Défi #325

Le CAHIER

 

Cahier

Ancien ou nouveau ...

contenant des souvenirs, des découvertes ...

 Bonne recherche à tous !

Vos envois sont attendus à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

 

15 novembre 2014

Ont apporté leur témoignange

15 novembre 2014

Ils étaient deux (MAP)

Oui, ils étaient deux Monsieur le Commissaire !

 

Non, je ne pourrais pas les reconnaître, ils avaient un puchoir sur la tête

 Il y en avait un grand comme vous qui donnait des ordres à l'autre plus petit comme …  tiens un peu comme votre adjoint ! Il lui a dit « Bouge toi les fesses, les flics vont radiner ! » d'une voix nummulitique que je reconnaîtrais entre mille !!! L'alarme sonnait, personne n'osait bouger car le grand nous menaçait avec sa freloche !

 

On n'entendait pas une mouche mutir, je vous le dis!!

 

Ils ont embarqué toutes les levantines dans la grande vitrine et les trois travouls qui étaient restés sur le comptoir quand une cliente en choisissait un pour l'anniversaire de son mariage !

 

Et hop ils se sont courtaudés à toute vitesse du côté de la gare ! Il y avait un monde fou dans la rue et quand j'ai retrouvé mes esprits, j'ai essayé de voir où ils avaient bien pu passer, j'ai juste remarqué par terre un puchoir que l'un d'eux avait perdu dans sa course ! Ça pourrait peut-être vous mettre sur leur piste !!!

15 novembre 2014

L'Affuire 978-MANRV-35700-AJT (Sebarjo)


 

ARCIMBOLDO_Artichaut

 

 

Affuire 978-MANRV-35700-AJT
Vol à la Ture dans l'opucerie Super Nuva,
Place de l'étuile, Tyucanmen , Planète Jupitür : idiume : Niu françu

 

 

Dispofusion de Mudame Cruyeuse :

Je le jure je derouais tôte la véruté sans mutir une siole fois, crachu géré !

C'étuit sémadi durnier, m'utant levantine de bonne hure comme à monabutide, je susse partu fesaire mes cursus et arravis dauvant la duvansture de Supernuva davant son nuverture, sans niôle busoin de me prousser ni mûme de courtauder. Il dovut être dans les nouf hures moins suptonte. J'attendus donc pusciemment que l'hure turne, plonjue proufondémente dans mes pansues, l'esprut nummulitique. A nouf hures putantes, Supernuva ouvrut ses purtails. Il n'y avuit que pus de monde encure, c'est purce quoi je la visu tôte de glu. C'étuit au ruyon des lugubres et fructuses. Elle turnuyait sa tohûte dans tôtes les sciences comme une freloche, ce qui me mut la pièce à l'oroille. Issio, Je la visu surtoir de son puchoir un grand travoul nabullesque à la loume biênue aigoisée avec luquel elle piqûra un grond artuchiaux, coumme dans le puème ''L'hure du Creum'' de Moras Kerim, scribouillu en viau françôme (ayah oui minus de rin j'ai des litres et c'est pas sôlument purce quoi j'ai de la buteille!) Pur ce qui fut des mulons, des cucombres, des curnuchoux, des betaruves, des pumes de ture, des caruttes de suble, des battaviaux, de la mûche et des laitûes, et j'en pusse et des muyères, je n'ai rien vis.

C'est pas que j'usse pas de cure mais pour l'artuchiaux, je susse surtaine de mui , je la visu, je la visu de mes proputes zyeutes ! Crachu géré dé nuva !

 

15 novembre 2014

Chez Augustine par bongopinot

Dans la région du Levantine

Sur la route de Travoul

Un magasin chez augustine

Ou tous les samedis il y a foule

 

Je courtaude tous les jours à l’accueil du public

Je reçois souvent des gens mécontents debout sur mon puchoir

Et toutes ces personnes nummulitiques

Ont intérêt aujourd'hui, à ne pas me décevoir

 

Quand soudain, arrive un homme fébrile

L'homme venait de voir deux vols dans ce magasin

Il a surpris un voleur et pas des moins agiles

Et il me raconte ce qu'il a vu n'ayant rien à faire ce matin :

 

"J'ai aperçu un homme en habit de prestidigitateur

Cela ne m'a pas surpris Il y avait un cirque cette semaine

Il parlait tranquillement au kiosque à bijoux, à un vendeur

Et a dissimulé au nez de celui-ci une médaille et sa chaine

 

Puis je l'ai revu dans le rayon informatique

Il regardait avec attention ordinateur et une belle petite sacoche

Et subrepticement, tranquillement il  les a muti sous sa cape

Puis sans demander son reste il a pris ses jambes à son cou de freloche".

 

15 novembre 2014

Plus ça change, plus c'est la mème-chose (par joye)

defic'est du francais, ca

 batmanniveau

 

15 novembre 2014

Le voleur de zizique (petitmoulin)


Il écume, des jours entiers,
Les magasins des beaux quartiers
Ce matin-là, il courtaudait
Dans les travouls d'un puchoir
Allure errante, pied mummultique
Il s'approcha d'une freloche
La mutissa, la caressa
S'en empara, la reposa
Il s'éloigna, le pas léger
Jusqu'au rayon des saxophones
N'est point ici ce qu'il briguait
Aussi discret que les fourmis
Sur l'herbe rouge, s'en retourna
Vers l'instrument tant convoité
L'audace vive, le geste prompt
Il s'en saisit et le glissa
Sous les plis de sa levantine.
C'est par hasard, Monsieur l'agent
Que j'étais là, que j'ai tout vu
Ne cracherai rien, muet comme tombe
Je ne mange pas de ce pain là
Je vous préviens, Monsieur l'agent
Il n'a pas armes, que sa trompette
Qu'il promène sur des airs de jazz
Et sa plume bien affûtée
Nourrie à l'encre des poètes
Et au tempo des pacifistes.
Ne me demandez pas son nom
J'ai le souvenir déserteur.

15 novembre 2014

le vol nummulitique (Fairywen)

 

« Je vous jure, monsieur le policier, je l’ai vu comme je vous vois ! J’étais là, tranquille, en train de courtauder entre les rayons, et je l’ai vu ! »

Les deux agents échangèrent un regard dubitatif, puis le plus âgé prit sa levantine et sa freloche pour continuer d’enregistrer la déposition du témoin du vol. Enfin, “vol”, c’était lui qui le disait, parce qu’il était bien le seul à dire qu’il y avait eu vol… Et quel vol ! Un vol nummulitique, rien que ça… Ils étouffèrent un soupir avant de reprendre patiemment :

« Très bien, monsieur, continuez votre puchoir. Donc vous étiez dans le rayon des travouls lorsque le vol a eu lieu ?

-Oui, tout à fait. J’étais là, tranquille, en train de mutir, lorsque tout à coup il est passé. Là, tout près, juste à côté de moi ! Vous pensez si j’ai eu un choc… C’est qu’il était costaud, le bougre ! Et ce vol… Ah, ce vol … De toute beauté, je vous le dis ! Un vrai vol nummulitique, un qu’on ne voit qu’une seule fois dans toute une vie, et encore, si on a de la chance !

-Mais il n’a laissé aucune trace, risqua le plus jeunes des agents, d’habitude, ce genre de vol laisse des traces…

-Jeune homme, riposta le témoin en le fusillant du regard, vous saurez qu’un vol nummulitique, un vrai, ne laisse pas de traces. Aucune trace. Tout le monde n’est pas capable d’effectuer un vol nummulitique, quoique vous en pensiez. C’est un évènement rare, unique, un évènement d’une portée immense ! Des tas de gens n’en voit jamais !

-Mais dans un grand magasin…, tenta son collègue.

-Un vol nummulitique peut avoir lieu n’importe où, asséna le témoin, même dans un grand magasin. Oh, regardez, le revoilà ! »

Les policiers levèrent la tête en même temps que le témoin et leurs yeux s’arrondirent de stupéfaction.

 

Là-haut, sous le toit du grand magasin, un immense dragon bleu étendait gracieusement ses ailes scintillantes et s’élançait pour un vol nummulitique au-dessus du rayon des travouls…

15 novembre 2014

Chaman bouche un coin ! (Joe Krapov)

Personne n’a jamais courtaudé le Malin mais tout le monde tire le diable par la queue. C’est sans doute que ventre affamé n’a pas d’oreille. La faim justifie que les moyens aillent se vendre tandis que les grands se gobergent. Ce que les petits gagnent, n’en parlons pas. Pourquoi les appellerait-on gagne-petit, sinon ? Tout ça pour dire qu’à cette époque plutôt opaque et peu épique je faisais le vigile dans un supermarché. Hé, quoi, il faut bien vivre ! S’il n’était de mâchicoulis, que ferait la colichemarde ? Que les péronnelles mutissent, peu me chaut : du début à la fin de mois, je croûte. Crise !

Tout était calme ce matin-là. J’ouvrais un oeil numillitique et surveillais les caisses et les têtes de gondoles pas assez vénitiennes à mon goût quand la cliente chic est entrée. Choc !

Elle avait le type asiatique, était coiffée d’une drôle de toque. Elle n’avait ni balantine, ni sacvuittone, ne poussait nul Caddie ®. Elle semblait un cadeau, ça semblait du gâteau, un carton. Trop facile, trop gracile, trop belle pour être honnête ! Claudiquant, Cafougnettesque, Roubaisien, je la pris en filature, j’emboîtai le pas à sa mise.

Je la filai à provisions car, c’est peu de le dire, elle avait avantages à foison. Elle avait beau être toute seule il y avait déjà bien du monde au balcon. Tout en lui filant le train, je surveillais ses arrières en même temps que César Franques mais elles n’étaient alors que Gauloises et partirent enfumées. N’allez pas pour autant faire de moi une freloche car plutôt que par les siennes, à Madame Bellepaire, j’avais été séduit par son allure fière et bien intrigué je le jure par cela qu’elle jurait et semblait intrigante. Oui, professionnellement j’aime que l’on me hameçonne, que Madame me sonne pour que je la soupçonne. J’adore savoir ce qui se trame et suis pour cela capable de suivre le fil d’une histoire jusqu’à son travoul même ! Et voilà le travoul, m’exclamé-je souvent quand la cliente un peu dinde vite son sac de New Delhi pour dévoiler le corps dudit. Délicieux délit, adorable larcin pour Larsan, chambre jaune, dame en noir, détective au parfum, rapine qui n’alla pas plus loin qu’aux arpents du magasin.

Mais là, bizarrement, non. Pas de poches à sa levantine, pas d’emplettes, pas d’embrouilles, pas même de farfouille au rayon des chaussettes. Pas même l’air d’être en repérage, la perruche. Je commençai à me dire que je faisais fausse route, allais vers la déroute, pédalais dans la yourte ou même dans la choucroute. J’allais m’en retourner à mon poste de guet pas gai quand la fille aux yeux bridés, aux pommettes mongoloïdes et à la toque toquée pivota sur elle-même et me dit :

- Cessez de me suivre ou j’appelle un agent !
- Allez-y, je suis là, répondis-je en exhibant mon badge.
- Eh bien quoi ? me fit-elle. Vous avez un problème ?
- Vous… Vous m’attirez ! bredouillai-je. Vous scintillez comme une étoile, vous allez sans bile comme une comète. Oh ma chourie, chourie ! Voulez-vous Philéa l’anglaise avec moi ?

Elle haussa les épaules, me traita de vermisseau et s’en fut tandis que, Fu Manchu déconfit et confus, je regagnais mon poste de vigile près des caisses.

Cinq minutes plus tard je la revis qui faisait sagement la queue pour payer son achat. Ca ne manquait pas de sel : elle avait acheté un puchoir, la Messaline des steppes de l’Asie centrale. J’avais juste oublié que quelquefois le cow-boy Marlboro dîne. Elle ramassa sa monnaie et sortit, me jetant au passage un dernier regard méprisant : « Un coup de dédain jamais n’anoblira le bazar » a dit le poète.

Je la suivis des yeux. Elle traversa la rue, s’arrêta sur le trottoir d’en face, se retourna et regarda le magasin. Elle répandit le sel en cercle autour d’elle. Elle posa le bout de ses doigts écartés les uns des autres de chaque côté de sa tête, contre ses tempes, elle ferma les yeux et se concentra.

D’abord il ne se passa rien. Puis petit à petit un brouhaha sembla s’élever depuis le fond du magasin. Délaissant ma sorcière bien aimée, bien haineuse voire vénéneuse, je me tournai vers le foyer d’agitation. Les clients s’étaient tous immobilisés, surpris par le phénomène. Au début c’est venu depuis le rayons chips et puis ont suivi les gâteaux apéros et les friandises en sachets. Les paquets se sont gonflés d’air, émettant une série de bruits secs mais restant rebondis à la limite de l’éclatement. Puis un premier paquet s’est élevé dans les airs entraînant les autres à sa suite. Lentement ils se sont approchés des caisses, sont restés suspendus à trois mètres de hauteur et ont attendu là tandis qu’ici et là, tous les autres articles du magasin, dryades, acétabules, vol-au-vent, boîtes de conserves de concert gagnaient l’oblast des monts célestes. Bientôt les surgelés entrèrent dans la danse et gagnèrent l’Altaï. A la fin le magasin ne fut plus qu’un désert de Gobi sans plus rien à gober pas même le boulgour et clients, caissières et vigiles sidérés assistèrent à ce vol à flanquer le bourdon. A quoi ça rime si le Nesquik hisse l’écorce à Coffe (J.-P.) ?

Enfin tout le fourbi, rangé en file indienne se mit à zonzonner par-dessus les portiques antivol qui n’avaient jamais si mal porté leur nom que ce jour-là. Les premières marchandises s’engouffrèrent dans la porte à tambour qui devint un manège plus coloré encore qu’un medley de chansons de Walt Disney. Dehors, stupéfiés, les passants du Centre commercial regardaient hébétés la boutique se vider sous les yeux du videur qui bientôt le serait lui aussi, vidé, de la boîte.

Le patron sortit de son bureau et, comme si je n’étais qu’un costume, m’alpagua :

- Mamadou Lambatar ! Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?
- C’est un hold-up, patron ! Un casse de haut vol !
- Qui a fait ça ? Et pourquoi personne n’a prévenu la police encore ?

Je regardai dehors. Avec toutes les marchandises à sa suite, la Mongole fière s’était envolée !

DDS 324 Mongolfière

15 novembre 2014

Déposition du sieur Walrus

Une levantine, parfaitement, inspecteur ! Je l'ai tout de suite reconnue à son teint mat et olivâtre.

D'abord, elle traînait devant le rayon minéraux, faisant semblant de s'intéresser aux fossiles du Nummulitique, vous savez, les foraminimachins, là. Ben non, vous savez pas, vous êtes flic, pas paléontologue.

Ensuite, elle s'est arrêtée au rayon déco où elle examinait ostensiblement un puchoir numéroté au pochoir, du temps où les sauniers n'aimaient pas se faire choper leur louche. N'empêche que son attitude l'était, louche !

Enfin, prenant un air détaché, elle s'est approchée du rayon pêche et là, d'un geste preste, elle a raflé une freloche, chopé une ligne sur son travoul et s'est tirée vite fait par la porte qui donne sur la traboule. Même pas eu le temps de lui crier "Minute, papillon !" qu'elle avait disparu.

Ah, nous font bien mutir ces étrangers à nous prendre pour des pigeons !

Et vous, c'est pas votre chien pisteur, là, qui va pouvoir la rattraper dans le dédale du vieux Lyon, il se prend les pattes dans les oreilles que vous devriez le faire courtauder ! Comment c'est interdit ? Ben moi, ce que j'en dis c'est pour aider, hein...

Mais il vous reste peut-être une chance : si la ligne du travoul se déroule, elle peut servir de fil d'Ariane. Mais non, c'est pas son prénom à la levantine, je l'avais jamais vue avant, je vous dis !

Publicité
<< < 1 2 3 4 > >>
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité