Défi #697
Allez, on se bouge !
Nomade

Le chauffeur de taxi qui m’emmène arbore une étrange coiffure jamaïcaine qui a dû lui prendre une quantité phénoménale de mastic .
Quand je pense que les gens passent une quantité de temps pris sur leur temps de vie à se coiffer à se crêper et se boucler les cheveux. En plus il pue la marijuana fraîchement brulée. Seigneur dieu pourquoi moi > ? qu’ai-je donc fait au monde pour attirer ces gens-là.
Un instant j’ai envisagé de descendre du taxi, mais je comprends vite que c’est l’effet du gin qui est responsable de mon agacement.
En fait cette coupe au mastic lui va bien et sa voix profonde aux accents d’ailleurs m’excite sexuellement.
Alors bien sur /
-chauffeur !!
-oui sœurette 
- oh non ça ne fait rien.
Il commence à m’astiquer le jamaïcain avec son accent des caraïbes. Voilà qu’il allume la radio on écoute un tango Je n’ai jamais aimé le tango.
Je me réjouis qu’il soit encore tôt je prends un chewing-gum dans mon sac que je mastique férocement.
On pourrait supposer qu’une femme aussi sensible que moi et dont les facultés precognitives sont si convaincantes accorde aucun intérêt à un chauffeur de taxi mais c’est ma façon de m’ancrer dans le monde .je réprime une rigoureuse envie de lui sauter dessus car ses yeux lancent des étincelles comme un arc à souder. C’est quand même humiliant que les parques aient décidé de me coller un amant pareil pour m’astiquer divinement mon entre -jambe.
Chic ! Un mot qui tombe à pic : mastic. Si je pouvais m'en coller sur les yeux et les oreilles pendant les fêtes de fin d'année...

Comme la boule, si je pouvais me casser...au fond des bois...

Je dis non à la fureur (obligatoire) des fêtes de fin d'année.
J'ai beau la chanter souvent, la plaisanterie que Georges Brassens a offerte à Patachou, il faut bien l'avouer : je ne suis pas manuel pour un sou. Et, de la même façon que le bricoleur de la chanson avec son clou de la veille, j'ai choisi de recycler ici ce jour un petit poème écrit en 1999 lors d'un atelier d'écriture en vrai dont je n'étais pas l'animateur.
Vous allez voir, ce n'est pas du mastic mais ça colle bien quand même au thème !
LE CABINET DENTAIRE
Le cabinet dentaire
Est installé... en l'air !
Le fauteuil à bascule, sans façon,
Vous fait franchir le mur du son.
Le dentiste s'appelle Dieu,
C'est un type un peu vieux
Avec un chalumeau
Pour griller vos chicots
Et du mastic pourri
Pour soigner vos caries.
Par-dessus sa tête chenue
Une grande lampe ronde vous éclaire :
Elles n'ont plus de secrets, vos molaires !
Votre âme et vos nerfs sont à nu !
Quand il a terminé d'infliger ses sévices,
Il vous prend cinq cent balles et vous dit :
"Va, mon fils !"
Il vous renvoie sur terre,
Au pied des tours de verre,
Dans l'étrange calvaire
De cette ville d'enfer.
Finalement, je préfère
Au cabinet dentaire
La beauté des églises
Et des ponts de Venise.
Mastic et résine
Chacun fait sa petite cuisine
De l'arbre lentisque
Suintent des larmes des bruines
Dès qu'on cueille le cédrat
On recueille cet exsudat
Car l'arbre lentisque
Offre l'oléorésine
Oui, j'ai réitéré
Ça s'est imposé
Comme "L'Origami" sur le timbre de "Je construis des marionnettes"
Comme "Mes illuminations" sur celui de "Mes universités"
Et comme "Z'avez pas vu mon kilt" sur celui de "Mirza"...
Oui j'ai plagié
Détourné
Du Souchon
Pour exalter
Cette chanson
Qui vit plus qu'un été
J'ai refait le coup
De l'inspiration
En panne
Qui prend le pouls d'une chanson
D'un air s'en dépanne
Oui, Joye, c'est un reggae !
Oui, Joe, j'ai réalisé
Seulement hier
Pas très fière
Ce qu'est ce timbre
Dont tu m'avais parlé
Et m'en suis emparée
Alors de mastic et résine
Chacun fait sa petite cuisine...
Ben vlà aut'chose !
Quand on connait (approximativement) le nombre de mots débutant par m dans le premier bête dictionnaire venu, on se demande ce qu'on a pu faire pour mériter mastic !
Et toc !
Moi qui suis né et ai vécu une partie de mon enfance en Wallonie, mastic, ça m'a fait penser à mastoke* (en patois local, une ancienne pièce de monnaie valant dix centimes), si bien que mes parents auraient pu m'envoyer chez le droguiste du coin acheter pour une mastoke de mastic. Y en n'aurait pas eu des masses, je vous l'accorde, mais pour reboucher un petit trou...
Bob Dechamps, lui, l'utilisait pour démarrer une viole (une sorte de piano mécanique).
*mastoke femrin (manoye)
Mon mari savait manier le mastic comme il savait manier la truelle, la perceuse. Il avait dans sa précédente vie rénové une maison et dans la nôtre, il bricolait et arrangeait l'électricité car il avait travaillé avec son père sur des chantiers. Il était ingénieur(textile) et dans les usines qu'il a dirigées, il mettait la main à la pâte souvent.
Pour moi, il s'est improvisé secrétaire lorsque il a fallu taper mon mémoire de maîtrise puisque je me mettais juste à l'ordinateur dans les années 2000 alors que lui avait eu les premiers ordinateurs, les premiers portables etc. J'écrivais donc au brouillon et j'écris très mal. Lui tapait et je corrigeais les fautes qu'il faisait à cause de moi. C'était long et ça me donna l'idée de m'y mettre. Ce fut long et fastidieux et je perdis beaucoup de texte tapé parce que je n'avais pas sauvegardé. Je crois que je ne fis pas de mastic mais je commettais beaucoup d'autres erreurs typographiques et de langue. Nous avons eu beau relire l'un et l'autre de nombreuses fois, le jour de la soutenance de mon mémoire, je trouvais encore des coquilles.
Un peu plus tard, je corrigeais une thèse de philosophie pour le patron de mon mari. Il m'offrit un style plume en récompense. Je crus que je corrigerais d'autres textes mais ça ne s'est pas présenté. A bon entendeur, salut!
1 http://www.plume-et-papier.com/mastic_(imprimerie).php#:~:text=gouv)-,Un%20mastic
À Noël l'empereur Claudius, Claude de son prénom et non pas Noël – imbécile notoire, bègue, boiteux, épileptique et tyran indigne – avait décidé de s'offrir un aqueduc pour sa bonne ville de Nemausus (Nîmes pour les incultes), « un truc mastoc en béton romain » disait-il en se poilant car boire de l'eau était le cadet de ses soucis.
A sa mise en service, le truc devait débiter 400 litres d'eau par seconde mais il fuyait tellement qu'au bout du truc appelé Castellum divisorium (le bout du truc pour les incultes) on n'y voyait goutte; alors on fit venir de Castoramus et du lointain royaume de Merlin les plus grands spécialistes de l'étanchéité afin de remédier au problème.
D'après Rutilius Taurus Palladius – dit simplement Palladius – il fallait colmater les fuites avec un enduit qu'il appelait maltha, fait de chaux éteinte dans du vin de l'AOC Costières de Nîmes, et incorporée avec de la poix fondue et des figues fraîches qu'on financerait facilement avec un impôt figues. Mais Claude refusa le projet, prétextant que c'était balancer le vin pour rien.
Selon Pline – dit le Pipe Pline – ce maltha qu'il nommait malthe pour se distinguer devait être constitué de chaux fraîche éteinte avec du vin des Côtes du Rhône et broyée aussitôt avec de la graisse de porc et des figues qu'on financerait tout aussi facilement avec un impôt porc. Mais Claude refusa le projet, prétextant que c'était balancer son porc.
C'est finalement le roi Merlin (dit l'Enchanteur) qui l'emporta – celui par qui les envies prennent vie – avec son Mastic de fleur de chaux et d'huile du moulin de Fontvieille (moulin de Daudet pour les incultes, Daudet qui écrivit des lettres à son moulin pour les mêmes incultes), additionné de mâchefer et de sang de bœuf, dopé à la gomme ammoniaque et au soufre fondu mais c'est surtout sa belle couleur rouge qui plut au sanguinaire Claude.
Le projet fut voté ainsi que le très impopulaire Impôt bœuf (même si l'on sait le sort réservé aux mécontents).
Le mastic était né et Claude bientôt mort ...
Bien venu sur mon blog : Trucs et astuces !
Pour passer des vacances à moindre prix, munissez-vous d'une spatule de peintre, d'un marteau de vitrier, de pointes sans tête, d'une tenaille et de mastic. Ensuite, éloignez-vous de vôtre quartier à grands coups de pédalier, un peu comme si un sanglier vous courrait après, vous voyez ?
Pour ne pas attirer l'attention des habitants ( côté chic ), toutes les supercheries seront les bien venues : Prenez le temps d'admirer le porche d'une église, léchez la vitrine d'une librairie ou mieux, celle d'une bijouterie ! Laissez-vous ensuite happé par l'odeur alléchante d'une boulangerie et repérez vos hôtes, qui s'ignorent encore.
Oui, je vois que vous apprenez vite !
Elle, elle a l'air pressée mais, elle est trop gaie pour se rendre au travail. Lui, il est rasé de prêt et il est tout excité dans son tout nouveau bermuda. Il vient donner le double de ses clés à son voisin, le boulanger. Des baguettes sous le bras, des viennoiseries dans un papier de soie, ils vous conduisent, enjoués, jusqu'à vôtre prochain palace de villégiature.
Vous-y êtes ! Admirez donc ! Les thuyas viennent d'être taillés et la pelouse est parfaitement tondue. L'allée qui monte vers le pavillon est gravillonné et désherbée, on ne peut mieux ! La large porte lasurée s'ouvre et vous laisse deviner le hall aussi grand que votre chambre à coucher. Ils emmènent le chien et replace aussitôt l'écriteau devant la barrière du jardin : " Attention au chien !" Madame ouvre le coffre pour y déposer la glacière du déjeuner et vous dévoile les deux énormes valises et autres bagages qui laissent présumer de la durée de leur absence. Un coup de klaxon pour le boulanger et les voilà partis !
À vous de jouer !
Approchez-vôtre vélo de la grille et servez-vous-en pour l'enjamber. Traversez le jardin. Retirez le carreau de la fenêtre de la dépendance, attenante à la véranda, donnant elle-même sur l'arrière cuisine conduisant à la cuisine, proprement dite. ( Faite sauter le joint à la spatule, retirer les pointes à l'aide de la pince et enlevez la vitre sans la casser). Une fois dans la maison, il ne vous reste qu'à ouvrir la porte d'entrèe( prendre la clée accrochée à sa gauche), pour aller reposer le carreau, sans oublier de le mastiquer soigneusement.
Petite précaution : Pour garantir vôtre tranquillité, appeler un serrurier et prétextant la perte d'un des trousseaux de clés, faites changer toutes les serrures. Il ne vous restera qu'à inviter tous vos amis et à profiter allégrement de vos vacances !
Rendez-vous la semaine prochaine, pour une autre astuce pour faire toujours plus d'économies et ainsi parer à la hausse du gaz, du carburant, du fioul, de l'électricité, des loyers...des pommes de terre, des fruits, du pain...
Notre amie Lecrilibriste me prie de vous transmettre ses vœux pour 2022 :
2022
Souffle de nouveauté
Trois deux t’attendent
A l’horizon de l’année
Tout frais arrivés
Et hauts en couleurs
Pour te souhaiter le meilleur
De la passion et du rêve
Et des jours bien remplis
Du partage et de l’empathie
De la création et de l’audace
Du plaisir et de l’enthousiasme
De l’émotion, de l’efficience
Et un élixir de jouvence
De la lumière et de la joie
De la sagesse et quelques noubas
Et une excellente santé
Loin des masques et loin des pass
Le tout semé de poésie
Pour illuminer votre vie.
Laura ; Vegas sur sarthe ; JAK ; tiniak ; Walrus ;
Kate ; Yvanne ; maryline18 ; joye ; Joe Krapov ;
Clio101 ;
Ne vous mariez jamais en février !
Et si mon conseil vient trop tard, n'allez surtout pas fêter ça quarante ans plus tard au château d'Étoges.
Et si là aussi c'est trop tard, restez surtout bien dans votre chambre, même s'il y fait un brin frisquet.
Moi, j'ai obéi au souhait (j'allais dire "au désir", mais je ne voudrais pas créer de confusion regrettable) de mon épouse, je l'ai emmenée sur la Montagne de Reims voir les faux* de Verzy. Pour un coup tordu, c'était un coup tordu !
C'est en essayant d'y aller au plus près que j'ai glissé sur le sol verglacé, ça m'a produit comme un court-circuit (touristique) dans le creux des reins. Ma mère, pourtant, me l'avait maintes fois répété : "La curiosité est un vilain défaut !". Mais qui écoute sa mère, je vous le demande...
C'est à partir de là que les choses sont devenues un rien plus pénibles, que ce soit la conduite sur les routes enneigées dans les vignobles la Côte des Blancs, l'excursion au château de... Château-Thierry ! ...
... ou les 300km du voyage de retour.
Mais le pire était à venir :
Le lendemain de notre retour, après avoir essayé de calmer le mal de dos en me suspendant aux traverses des dormants de porte, j'ai ressenti un vive douleur crurale (ouah, encore un mot à deux francs cinquante !) que j'ai failli en oublier le mal de dos !
Je me suis donc résolu à appeler ma médecine favorite (forcément, c'est la seule). Mise au fait de la situation, la femme de l'art m'a donné un ordre étrange (mais non, pas de me déshabiller, nous étions au téléphone !) : "Essayez de monter sur une chaise, Monsieur Walrus !". Vous me connaissez : ce que femme veut...
Et c'est ainsi que je me suis rétamé. "Allez directement aux urgences !" a-t-elle conclu de la situation.
Je me suis donc là aussi exécuté et après les diverses tractations d'usage en cet endroit, je me suis retrouvé dans une chambre face à un interne, noir. C'est pas qu'il avait bu hein ! Je vous fais bêtement le film en Technicolor.
"Mettez-vous debout sur la jambe droite !" m'enjoint-il. Fort de mon expérience antérieure, je lui réponds "Je vais tomber !". "Ne vous en faites pas, je suis là !" me rétorque-t-il. Et c'est ainsi que j'ai pris ma deuxième pelle de la journée.
Les choses se sont alors accélérées : radio immédiate avec une installation mobile, examen des clichés etc... etc...
Le lendemain, on m'a rectifié le disque L3-L4 dont une hernie comprimait le nerf crural. Depuis, j'ai toujours la jambe droite plus faible que l'autre, ce que certains trouvent logique ma situant un peu à gauche.
Je vous le répète : ne vous mariez jamais et surtout pas en février !
* Fau, c'est un autre nom du hêtre provenant par un parcours sinueux du latin fagus, le hêtre**.
** Mais alors, vous enquerrez-vous fort logiquement, d'où vient donc "Hêtre" ? Facile : c'est ici ! (avouez que c'est presque aussi bien qu'un billet de Kate, non ?)

Depuis mon lit, les neurones intoxiqués par les antalgiques prétendument administrés pour soulager mon lumbago,
je ne vois qu’un recours pour réaliser mon billet de cette semaine
vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année

L'agent Dr-08-Ab90 – appelons-la Dora – se redressa en grimaçant. Le transfert avait été plus brutal que d’habitude. Au lieu de se réceptionner en douceur elle avait atterri sur le dos et gagné un lumbago. Bandant toute sa volonté elle se leva et entama une série d'assouplissements en serrant les dents. Quand elle la termina une demi-heure plus tard elle se sentait déjà mieux : chaque pas ne lui arrachait plus une grimace. Mentalement elle se programma trois autres sessions pour la journée pour se rétablir complètement. Dora ne pouvait se permettre d’apparaître faible et percluse de douleurs ce soir. Il y avait fête à Versailles et toute la noblesse s’y rendrait. Elle devait profiter du bal pour les interroger sur les emprunts mystérieux de bijoux qui avaient eu lieu ces derniers jours.
Son esprit se tendait déjà vers la stratégie qu’elle allait mettre en œuvre quand un bourdonnement ténu à son oreille l’avertit d’une communication de ses supérieurs. Elle ferma les yeux et entama la procédure de réception.
- Agent Dr-08-Ab90 à l’écoute, général.
- Gardienne-chef Dr-08-Ab90, le transfert de votre appui a mal fonctionné. En raison d’une erreur de programme le rayon n’a pas transféré le gardien du temps mais a traversé l’univers pour atteindre le dolmen de Penhap dans le golfe du Morbihan. Votre appui sera, je le crains, la première personne à franchir les portes du dolmen.
- Je vous demande pardon ?
Son supérieur poursuivit comme s’il n’avait pas été interrompu.
- Vous devrez donc le former à ce monde et ses exigences pour que la mission se déroule au mieux.
- C’est impossible. A supposer que la personne qui parviendra ici ne soit ni trop jeune ni trop âgée, la faire agir conformément à l’étiquette et selon les mœurs du temps ne peut se faire en un jour. Toute la stratégie de cette mission est mise en place. Former un appui prendra bien trop de temps et nous en manquons cruellement. S’il doit en être ainsi je la réaliserai seule.
- Il suffit agent Dr-08-Ab90 ! Votre ordre de mission est clair. Vous devez obligatoirement accomplir cette tâche avec un appui. C’est à cette seule condition que vous présenter devant le Conseil et défendre votre candidature. Vous accueillerez celui ou celle qui parviendra ici comme il se doit, vous vous occuperez de sa formation et vous l’intégrerez à l’organisation. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Oui mon général.
La voix de Dora tremblait, entre terreur face à son supérieur et rage contenue.
Pensant que la communication était terminée elle se prépara à prononcer les mots d’usage. Elle voulait une séance d’entraînement intensive pour évacuer sa colère et sa frustration.
Ne coupez pas encore, agent Dr-08-Ab90. Les agents de contrôle m'avertissent que quelqu’un est sur le point de s’approcher du dolmen. Quand le drone de surveillance aura enregistré son visage nous pourrons l’identifier.
Le général se tut quelques instants, le temps de recevoir les informations . Au bout d’un moment qui paru interminable à Dora, le grésillement de la communication retentit à nouveau.
- Nous avons les éléments. Mathilde Sérys, 31 ans, directrice d’une agence de services à la personne. Caractère : peu portée sur les relations humaines, empathie faible, attachée au respect strict de ses procédures. Vie saine, pas de maladie particulière, mais souffre en ce moment d’une perte de sens dans son travail et sa vie personnelle.
- Vous voulez dire que mon compagnon sera une gamine autoritaire, asociale et rigide, donc potentiellement incompétente, qui se pose des questions existentielles sur le sens de sa vie et compte sans doute sur une aventure pour le retrouver ?
- Mis à part ce dernier point vous aurez un compagnon qui vous ressemble. Et qui sait ? Vous pourrez sans doute apprendre l’une de l’autre.
Sans laisser à Dora le temps d’ajouter un mot son supérieur coupa la communication, la laissant anéantie. Une fois n’est pas coutume elle n’avait le choix ni de sa stratégie ni de son compagnon. Avec l’arrivée impromptue d’une parfaite inconnue, tous ses plans devraient être révisés en urgence et elle détestait ça. Toute la mission risquait d’échouer et avec ça ses chances d’intégrer le Conseil.
Pour retrouver un état d’esprit positif elle se lança dans une séance d’entraînement, bien décidée à s’assurer que sa nouvelle recrue ne fasse pas obstacle au bon déroulement de la mission.
Roooh ! M'enfin qui sonne encore ? Et à c'te heure. Bientôt je vais avoir un tas de calendriers... Y en marre à la fin ! Est-ce que je vais faire du porte à porte moi ?
Génie, très occupée à se mitonner un réveillon aux petits oignons en cette veille de fête, va ouvrir, agacée, en s'essuyant les mains sur son tablier. Les poings sur les hanches, elle fulmine à la vue de la visiteuse indésirable.
Quoi ? C'est encore toi Chantal ! Qu'est ce que tu veux ?
Bonsoir Génie. Je veux pas te déranger...
Mais si tu me déranges justement.Tu crois que je n'ai que ça à faire à écouter tes jérémiades ?
Mes jérémiades ? Tu exagères. Je suis venue te rendre une petite visite d'amitié. C'est comme ça que tu me reçois ? Pas cool. Sois sympa Génie. C'est Noël ce soir. Je te chanterai tous les cantiques...
Noël...Noël...Et alors ? Et puis, tu sais, ta musique...Je m'en fous. Je te vois venir avec tes grosses grolles.
Chantal, mine de rien, avance vers la maison et hume les fumets qui s'en échappent.
Ça sent bon chez toi.
Ben voilà. Nous y sommes. Tu vas pas recommencer. Ma soupe, je l'ai gagnée. Fais-en autant.
Allez, sois gentille pour une fois. La nuit de Noël est une nuit de partage.
Taratata. Des mots. Tu crois m'embobiner avec tes salades de catho ? Chacun pour soi. Je veux rien savoir. Bonsoir.
Génie rentre chez elle et pousse la porte. Mais Chantal insiste.
Génie, je sais que tu as bon cœur au fond. Je n'ai plus rien à manger. Laisse-moi entrer.
Elle rêve, elle ! Ah voilà qu'elle veut me prendre par les sentiments ! Manquait plus que ça tiens ! Hypocrite. Ouste. Dégage. Ou je prends le balai.
Soudain Chantal s'effondre devant Génie.
- Comédienne ! Tu me la feras pas.
Mais Chantal ne bouge pas. Génie a quand même un doute. Elle s'approche.
Chantal se relève péniblement. Elle a vraiment l'air mal en point. Génie commence à penser que sa voisine a besoin d'aide. Elle ne peut pas la laisser là comme ça tout de même. En rechignant, elle l'apostrophe sans ménagement :
- Dis-donc, tu n'as pas chopé la covid au moins ? Tu as tes trois doses ? Je ne voudrais pas attraper la saloperie moi. Je fais très attention. Mais toi, j'ai du mal à croire que tu te soucies de quoi que ce soit. Bon, mais c'est la dernière fois que je t'écoute.
A ces mots, Chantal sent que la partie est presque gagnée. Elle se rassérène et affirme avec empressement :
Oui. T'inquiète. Tu veux que je te montre mon QR code ?
Foutaises. Tu serais bien capable de tricher. Allez viens. Je suis de bonne humeur ce soir. Je vais te faire une tisane et tu rentreras chez toi.
Une tisane ? J'aime pas la tisane. Donne-moi plutôt un morceau de ton rôti qui sent si bon. Ou alors une petite chocolatine tiens. Ça me suffira. Je ne suis pas exigeante.
Tu manques pas de culot. J'ai travaillé à l'usine tout l'été pour me le payer ce rôti. Et toi, pendant ce temps, tu chantais. Comme d'habitude. Je t'avais dit d'aller danser...
Mais ma Génie, je t'ai obéi pour une fois. C'est ce que j'ai fait. Je suis allée au Cardinal tous les soirs. Même que j'ai attrapé un sacré lumbago.
Je demande pardon à La Fontaine pour avoir pris la liberté de m'amuser avec sa fable. Vous avez sûrement reconnu Chantal, la cigale et Génie, la fourmi. Le Cardinal est une boîte de nuit briviste où tous les ans les auteurs présents à la Foire du Livre vont, sans plus de façon, s'encanailler.
Quand l'ostéopathe m'a rabâché trois fois que j'avais dû faire un tour de Rhin alors que j'étais resté enfermé toute la semaine à bricoler à la maison, je n'ai pas pu m'empêcher de lui répondre de changer de disque.
Quand il m'a répondu que le remplacement d'un disque était une opération délicate et onéreuse – bien plus chère que chez Midas – j'ai récupéré ma carte vitale et je suis parti en courant ou plutôt je suis parti en rampant.
Quand je pense qu'il n'a même pas été fichu de préciser si c'était le Haut-Rhin ou le Bas-Rhin.
Vu l'endroit où j'ai mal je dirais – et je ne suis pas médecin – qu'il s'agissait du Bas-Rhin.
Quand je pense qu'après 5 ans d'études il est arrivé à un tel diagnostique, il aurait mieux fait d'apprendre la géographie.
Charlatan !