Narguilé et blablabla (Vegas sur sarthe)
Alice:
Le ver à soie:
parfois je suis un ver à soie
une chenille, un papillon,
les lubies d'un écrivaillon"
"De quel écrivaillon parles-tu?"
"Un dénommé Lewis Carroll
qui m'a condamné à ce rôle
remercie-le pour ton prénom
tu aurais pu naître Gaston!"
"C'est un peu facile de vouloir rejeter la faute sur l'auteur au lieu de chercher le positif de la situation dans laquelle il nous a plongés... et puis n'est-ce pas un monde merveilleux?"
"Tu parles d'un monde merveilleux,
si je ne suis pas ordinaire
je suis un ver teinté de bleu,
une chenille poitrinaire"
"Si tu fumais moins, tu pourrais goûter à pleins poumons l'air parfumé qui nous entoure et qui me rend si joyeuse... sans compter ce qu'il en coûte en ces temps de crise pour charger un narguilé"
"Un peu de tabac, de mélasse
miel et cerise, menthe et cola
il y a bien plus dégueulasse
et puis cesse ton blablabla"
"Pour un ver pas ordinaire je te trouve plutôt dépoli, je dirais même que tu ne brilles pas par tes réflexions... ver, chenille ou papillon"
"Prends garde, tu vas faire des vers
tu risques de le payer cher
car ici c'est moi qui m'y colle
ainsi le veut Lewis Caroll"
"Je ferai des vers s'il me plait, Monsieur le philosophe asthmatique! Sauriez-vous plutôt m'indiquer où je pourrai trouver le Lièvre de Mars?"
"Non content d'être autodidacte
je suis aussi ver de contact,
je connais tout le monde ici
et des chemins les raccourcis"
"Vous m'agacez avec vos vers, tous vos pieds qui vont de travers... j'ai besoin d'un autre univers"
(Prends garde, tu vas faire des vers... euh, ça je l'ai déjà dit)
"Accroche tes mains à ma taille
pour pas que la chenille déraille
en voitur' Alice au grand coeur
la chenille part toujours à l'heure"
Alice:
ALICE AU PAYS DES MARLBORO (Joye)
- Qui êtes-vous ?
- Alice.
- Ah, lisse ? Ma question n’était pas « Comment êtes-vous, mais bien qui êtes-vous ? » !
- Quoi ?
- Non, ma question n’était pas « Vous êtes quoi » mais bien « Qui êtes-vous ? »
- Comment ?
- Décidément, si l’on continue comme cela, vous allez encore ruiner la réputation de toutes les filles blondes, et cela pendant des générations ! Allez, encore, dites-moi, qui êtes-vous ?
- Qui êtes-vous ?
- Oui !
- Non, je vous posais la question.
- Moi, c’est Absolem.
- Abso… ?
- Absolem !
- C’est vrai ?
- Non !
- Non ? Pourquoi ?
- Parce que…vous avez dû déjà l’entendre dire : Absolem ment !
- Z’ont raison : fumer tue !
- Fumais-tu ? Mais d’abord, vous voyez bien que je fume, et cela ne vous regarde pas et deuxio, on ne se tutoie pas ! On n’a certainement pas dessiné les moutons ensemble, hein, mon cochon ? Non, mais oh ! vous êtes américaine ou quoi ?
- Anglaise.
- Ah ben, voilà. Tout s’explique. Allez, dégage. Tout ça ne nous grandit pas.
Défi #189
Venise nous propose, cette semaine, d'écrire un
dialogue entre Alice et le Ver
(qui, en fait est plutôt une chenille bleue -blue caterpillar-, comme nous le confirme Joye !)
En vers ou en prose ... A votre goût !
Vos trouvailles sont à envoyer à
A très bientôt !
Se sont transmutés
Venise ; Vegas sur sarthe ; Walrus ; EVP ; Mamido ; Joye ;
Lorraine ; KatyL ; Lise ; Titisoorts ; MAP ; Joe Krapov et
Mademoiselle Zelle ; Zigmund ; Anémone ; Célestine ; Pivoine ;
Makel (Titisoorts)
Défi 188 (Venise)
Debout au milieu de la pièce, mon cheval à bascule prés de la fenêtre
Je m’employais avec toute mon énergie télépathique à transformer ce cheval de fer
Et le délivrer ainsi de son immobilité. J’ai craché trois fois par terre, un petit crachat fin presque inexistant et j’ai brusquement compris en longeant ces vielles barrières crasseuses rouges et blanches qui s’abaissaient pour empêcher les voitures de passer que ma tête de locomotive dévisageait le feu de barrière.
Alors celui-ci s’est mis à me parler. :
« Ne fais pas le malin, Elliot,je suis rouge et je vais le rester .Il ya des choses qu’on ne peut pas changer !!
C’est alors que moi cheval de fer et mon curieux grondement s’est emparé de toutes mes synapses et de mon cortex sensitif.
Il y eu d’abord cette vibration profonde presque imperceptible .une alchimie parfaite comme les ingrédients d’un délicieux sandwich.
Le ronronnement des turbines du moteur diesel, puis l’irrégularité des attelages avec leur clic click clapet à cet instant j’ai vue mon œil de locomotive qui émergeait dans la brume.

Je déchirai le brouillard et les derniers vestiges de l’aube s’avançaient comme un animal enragé dans une vallée que je ne voyais pas. J’avais des fourmis dans tout le Corps.
Puis j’ai traversé une vallée parsemée de buissons de sauge et de cabanes à moitié brulées,
Fonçant sur le chemin de fer, à la recherche de vertes prairies.
Je n’avais pas l’air de me préoccuper du sol rocheux que je sillonnais les rails de fer forgé sentaient la graisse à essieux et ses traverses en bois la vielle gomme-laque parfumée au réglisse.
En contre bas je pouvais voir la rivière qui en s’attendant recueillait les ruisseaux sur son passage. Je ne m’arrêtai point, car mon chargement, un convoi de marchandises devait arriver en gare du Pacifique union à 15h15.
C’était une ligne gigantesque et ma conduite infaillible défiait les lois de la gravité. Ma locomotive de tête avait remplacé ma belle chevelure et j’avançai fièrement à la conquête de l’ouest.
Allongé sur mon tapis louis et Clark recouvert de débris de la bibliothèque et recouvert de livres je me demandais en me réveillant si je n’étais pas mort !!!!
Défi 188 (KatyL)
J’ai voulu devenir ce petit lapin
Pour vous souhaiter à vous tous mes amis défiants
De JOYEUSES Pâques
Ou tout simplement pour ceux qui ne fêtent pas les Pâques vous envoyer un petit signe d’affection

Avec toute ma tendresse. KatyL
Rêverie autour d’une paire de lunettes de soleil. (Mamido)
J’aimerais être une paire de lunettes de soleil pour me promener sans fatigue, juchée sur un nez mutin, les jours de grand beau temps.
Visiter de magnifiques paysages, profiter des beaux jours… Forcément… On ne me sort pas les jours de pluie ! Voir la vie à travers le filtre heureux de mes verres fumés.
Elle est belle et joyeuse, la vie d’une paire de lunettes de soleil. Toujours en vacances, oisive, profitant de la mer et de la plage ou de la neige à la montagne… Sans soucis…
Sans soucis ?… Celle qui me porte cache ses yeux rougis par les larmes derrière mes gros hublots opaques. Elle n’est pas heureuse, son mari la bat et régulièrement, c’est un œil au beurre noir que je sers à dissimuler… La vie est beaucoup moins drôle, moins glamour, tout d’un coup…
Moins glamour ?... Hé, qu’est-ce qu’ils ont tous à me mitrailler sous toutes les coutures ?! La lumière des flashes m’éblouit et me fatigue, j’en ai assez d’être bousculée, harcelée par des photographes.
Ouf, enfin, elle et moi, nous sommes réfugiées dans notre belle limousine, à l’abri des curieux. Sa tête s’enfonce dans les profonds et moelleux sièges de cuir, elle ferme les yeux, elle me quitte, m’allonge sur la couche douillette et élégante en satin de mon étui doré. Claquement sec du couvercle qui se referme sur moi, fondu au noir… Je goûte le silence et l’obscurité, c’est si lassant la vie de star !
Pour un simple regard (Walrus)
Ne pas regarder... surtout ne pas regarder !
Voir d’accord, mais surtout ne pas regarder.
Sinon, vous savez ce qu’il advient.
Aussi ce matin fixais-je obstinément mes pieds : tant que je ne regarde que moi, je le reste.
Je progressais mécaniquement, évitant de trop prendre conscience de ce monde qui m’entourait... et c’est là que je l’ai pris en pleine tronche.
Sous le choc, j’ai reculé de quelques pas et je l’ai vu :
Et non seulement je l’ai vu, mais son aspect inhabituel m’a fait... le regarder !
Bah, j’aurais pu plus mal tomber.
D’ailleurs, je n’étais pas tombé, j’avais simplement vacillé sous le choc.
Mais bon, je l'avais regardé...
Dans ma peau d’acier de réverbère, je me sentais comme un preux chevalier en armure.
Inébranlable.
La force tranquille (j’ai pas déjà entendu ça quelque part ?)
Tel un phare face à l’océan, solidement enraciné dans le sol, la tête dressée vers le ciel.
Prêt, à la nuit tombante, à remplacer le soleil.
Un peu comme cette statue de Bartholdi : la liberté éclairant le monde.
Ah ! Toiser, dominer de toute ma hauteur ces créatures à la démarche incertaine et s’écartant prudemment de moi, saisis d’une crainte respectueuse : les hommes.
Quel exaltation !
J’en avais des bouffées d’orgueil.
Ma puissance me faisait tourner la tête...
C’est alors que j’ai vu s’approcher ce chien...
99 dragons : exercices de style. X, Acrostiche (Joe Krapov et Mademoiselle Zell)
Avant tout, il me faut remercier monsieur Gaston, l'inventeur de l'âge de fer. A ce qu'on m'a rapporté, c'était un homme très courageux et il aidait beaucoup sa femme en faisant les courses au mammouth ou en pêchant à la canne-bière la sardine qui bouchait le port de ce qui deviendrait Massilia.
Sinon, je remercie bien le dragon. Sans lui je ne serais pas entrée dans la légende en même temps que dans son lard. Sa connaissance approfondie du métier de cracheur de feu, son goût du chantage affectif, sa cruauté naturelle, son appétit carnassier, tout cela a fait de lui un adversaire redoutable qui s'est très bien défendu mais moi, l'épée Ascalon d'Ashkelon, quand on me cherche, on me trouve !
Chevaliers du royaume de Silène, je vous suis redevable également. Ce sont votre lâcheté, votre couardise, votre manque de courage qui nous ont permis, à Georges et moi, de rester seuls sans concurrence sur le champ de bataille de l'Héroïsme. Ce n'est pas pour dire, mais maintenant que vous êtes devenus chrétiens, il va falloir vous bouger un peu le fion si vous ne voulez pas que les touareg qui vous entourent vous reprennent ce bout de désert où on se demande bien ce que vous glandiez jusqu'à présent !
Aux brebis que je n'ai pu sauver, je demande pardon mais mon maître et moi nous n'avons pas été prévenus à temps du massacre dont vous avez été victimes. A ce qu'il paraît, cette hécatombe fut la plus belle de tous les temps. Alors pour éviter ça la prochaine fois, notez bien le numéro de téléphone de Jojo et appelez-nous.
Loin de moi la pensée d'oublier le professionnel de la profession, le gars Georges de Lydda, celui qui s'escrime depuis des années à faire entrer la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ et les valeurs de son Eglise dans les têtes bornées de ces rois serviles, de ces gueux à gueules de métèques et de ces papillons de jeunesse échappés du naufrage d'Alexandrie pour tomber amoureux d'Alexandra. Le temps de vivre dignement est arrivé, à vous de le prendre, hommes au cœur blessé, sinon ce sera le requiem pour n'importe où dans vos hamacs !
On n'oubliera pas non plus de remercier la princesse, si blanche, si pure qui a apporté une note de féminité dans un univers d'une rare violence, mais moi, je n'y peux rien, j'aime ça, le sang qui coule, surtout si c'est moi qui pique le patient.
Nous sommes donc ravies, ma ravissante poignée et moi de recevoir ce « César de l'épée la plus valeureuse de la Chrétienté ». Nous savons très bien que, malheureusement, le temps ne travaille pas en notre faveur. Nous serons détrônées un jour, pour ce qui est de la célébrité, par la grande, l'immense Excalibur, par l'artillerie du général Mac Arthur, les mousquetons, les canons, la bombe à neutron mais c'est la vie et j'aurai eu la satisfaction auparavant, grâce à cette récompense que vous m'attribuez, d'être moi-même, d'une certaine manière, adoubée !
***
L’épée sort de scène avec le fourreau qui lui a été remis par le roi de Silène qui a fait le déplacement. Elle est saluée par un tonnerre d’applaudissements du public. Entre alors le nominé suivant, l’avion Rafale de Marcel Dassault. Comme il a oublié de mettre un bémol à son prix et à sa vitesse supersonique, il traverse la salle en volant, ressort en laissant deux énormes brèches dans les parois du bâtiment qui, déstabilisé dans ses fondations, s’effondre sur les spectateurs et acteurs de cette cérémonie des Césars militaires. Ainsi commencent les premiers sévices subis par le valeureux Saint-Georges qui aboutiront à son interminable et indicible martyre et plus tard à sa canonisation.
L'Amoureuse (Célestine)
Mesdames, messieurs, venez vivre
Une aventure extraordinaire,
Venez vous métamorphoser,
Vous transmuter en quelque objet !
Un objet mythique ou précieux
Ce sont des sensations uniques,
Une expérience inoubliable
Que choisirez-vous, messieurs dames
Dans ce vaste choix fabuleux ?
Laissez-vous aller, choisissez
La plume de Tennessee Williams ?
Les lunettes de John Lennon ?
Le livre rouge de Mao ?
La culotte de Madonna ?
Mais oui, messieurs
Mais oui, mesdames
La pomme de Guillaume Tell !
Ou la rose du Petit Prince…
La pipe de Sherlock Holmes,
La casquette du Père Bugeaud,
L’épée d’Arthur ou de Gauvain,
Et la barbe de Charlemagne !
Choisissez, messieurs et mesdames
En quel objet vous transformer !
Le bonimenteur peut crier
Moi je ne souhaite qu’une chose
Devenir ce crayon à papier
Que tu mordilles tendrement
En écrivant…
Permanente autant que possible (Anémone)
Unie chaque jour à tes projets.
Ma charpente soutient ton toit.
Ton art, ton devenir, tes livres
Dans l'harmonie résident ici.
Ce qui fait ton élan de vivre
M'habite aussi.
Ta clé ouvre ma porte,
Ou est-ce le contraire?
En tout cas ta présence m'apporte
Toute la saveur de la terre.
Tu m'as choisie pour logis.
Pour notre essor à toi et moi.
Et je rends grâce d'être ton nid
Fertile et débordant de joie.
Bésicles (Zigmund)
Drôle d'idée que celle de se transformer en un objet ou de s'identifier à lui...
J'hésite un peu quand même : et si la transformation devenait définitive hein ?
Mon stylo plume qui glisse encore sur le papier avant d'origamiser la lettre popur un parent lointain non connecté, a déjà raconté son histoire. 
Mon basson bien aimé si souvent maltraité ? il s'est déjà exprimé pour dire nos déaccords.
Mon épée de tai chi ? mon sabre ? mon éventail de combat ? Ils sont bien trop guerriers, je suis loin d'être un expert et exhiber des armes en cette période serait mal vu.
Et puis je suis tombé sur la série "B Siclas"*.
Il s'agit de la collection de lunettes de ma compagne. D'abord j'y ai mis du mien dans ces lunettes, puisque c'est moi qui ai soigneusement déterminé la puissance des verres. Quand elle a admis, il y a plusieurs années, qu'il lui faudrait porter une correction optique, Gabrielle a dit : d'accord je veux bien, mais je veux une monture originale.
Chez l'opticien, elle a jetté son dévolu sur la plus belle monture du présentoir, en déclarant : "entre cette monture et moi commence une histoire d'amour !" Bien qu'un peu jaloux, j'ai du reconnaitre qu'elle n'avait pas tort : toutes les autres montures faisaient pâle figure à côté de celle qui avait trouvé grâce à ses yeux.
Depuis, tous les 3 ans, après un rapide contrôle chez moi, elle se rendait chez l'opticien du coin pour voir les nouveautés de la marque et revenait fière de sa nouvelle acquisition. Néanmoins les précédentes montures restaient "en secours" au cas où l'histoire d'amour du moment se brise.
Gabrielle a malheureusement du stopper sa collection ... On raconte que cette marque a fait faillite après que le patron de la branche française ait mis les voiles avec la caisse et il ne s'est plus trouvé de monture originale qui accroche le regard de ma compagne. Alors elle chouchoute au maximum ses protégées pour qu'elles durent longtemps en attendant peut être, un jour, un nouveau coup de foudre.
Je voudrais être les lunettes de Gabrielle, celles qui lui permettent de voir le monde, peut être pas plus beau, mais tellement plus net. J'aime quand elle les enlève un moment pour les essuyer délicatement, j'aime quand elle se pince le nez à l'endroit où les patins ont marqué son nez. Mes branches caressent doucement ses oreilles. Et si parfois elle enlève ses lunettes, pendant un court instant, elle coince une branche dans son chemisier...alors oui, mon choix de transmutation s'arrête définitivement sur cet objet qui ne la quitte pas.
* J'ai du changer le nom rigolo de ces lunettes histoire de m'éviter un procès parce que le monde de l'optique est sans pitié.
Avenue Louise, arrêt vers la Ville (Pivoine).
" ... Je sortais de chez moi, j'arpentais l'avenue, j'atteignais la halte sous les marronniers, à l’Abbaye, les fleurs d'avril se dépêchaient d'éclore, j'attendais sur le banc de pierre. Le tramway jaune primerose galopait sur les rails, nous étions dix, vingt, cinquante, pressés de rejoindre le travail, l'école, l'université, l'amoureux ou l'amoureuse, et j'étais ce tramway-là. J’étais son attente.
J'étais son oeil unique comme celui d'un Cyclope de légende, j'étais la porte mécanique et le ruban vert élastique, j'étais le crissement dans les feuilles et le parfum des marrons brûlés, j'étais le mica de la tablette où larguer mon cahier de grec et Platon, j'étais une bande de jeunes qui riait et refaisait le monde, je plaisantais et déplaçais mon humour de ligne en ligne, 32, 90, 23, 94… J'étais des heures plus graves à traverser les banlieues populeuses; j'étais un vieux tram du musée de Woluwé et j'arpentais la ville, tous les dimanches matins.
Les brocantes étalaient leurs trésors et les pains saucisses grésillaient sur des barbecues champêtres. La kriek et la gueuze embaumaient l'air, couleur cerise de Schaerbeek et bulles d'ambre -avec une perle vivante au milieu de la mousse et un goût de miel dans la gorge.
J'étais un tramway bruxellois et l'or, et la pierre, et le rail à voie normale, j'étais la voix aérienne, le dépôt d'antan près du Bois de la Cambre, le Vicinal vert et rouge, la rame dernier cri, la superbe installation de chrome, électronique et mise au goût du jour…
Et, par cette sorte de métamorphose qui n’en finissait plus de tinter dans mes oreilles, ding ! Arrêt s’il vous plaît ! Ding-ding !! En avant ! ! Ding-ding-ding : marche arrière !!! J'étais devenue la motrice articulée où l'on peut rêver, aimer, se poser et contempler les parcs, les humains, les bibliothèques et les Palais enfouis de Bruxelles.
Comme une feuille (Lise)
Comme une feuille au vent léger
Capte l'air en transparence agitée,
Frémit, ondule et semble s'animer.
Se laisse porter, transporter
Et aussitôt le souffle passé
Retrouve sa tranquilité.
Comme une feuille au vent léger
Ma pensée flotte sur mes idées
Vibre, croise l'autre et se tait.
Le premier objet que je regarde ... (Lorraine)
Comme j’habite en face du square, forcément mes métamorphoses quotidiennes ont un petit air de flânerie. Jugez-en: j’ai été le banc juste à l’entrée, la grille qu’on ferme le soir et même le nouveau costume du gardien! Je lui donnais une folle allure avec mes boutons dorés et mes galons aux poignets. Il m’ajustait, me tirait dessus pour éviter le moindre froissement, tapotait délicatement le pli de mon pantalon, époussetait mes revers. J’étais un vrai dandy.
Nous nous sommes pavanés toute la journée mais le lendemain j’ai, par inadvertance, levé les yeux vers la capeline de Mademoiselle Zaza, une gentille petite qui précède la mode au lieu de la suivre. Ca n’a pas raté, en deux temps trois mouvements j’étais sur la tête de Zaza, qui avait ajouté au bord ajouré de la paille écrue un “suivez-moi-jeune-homme” comme au temps de sa grand’mère. Ce succès! Les garçons n’arrêtaient pas de me tripoter (pas Zaza, moi), pensez donc ce flot de rubans qui volait gracieusement derrière elle à chaque pas me valait des oeillades coquines, bouffonnes, outrées, méprisantes selon qui nous croisions.
Zaza s’en moquait; ele m’a jeté en l’air pour rire, Armand m’a attrapé et j’ai fait le ballon quelques minutes sous les poings avisés d’Armand et de Julien. Zaza éait un peu fâchée. Quand elle m’a récupéré, ele m’a serré amoureusement contre sa poitrine et blotti, je m’y suis endormi. J’avais besoin de repos. Alors, aujourd’hui, en sortant de la maison, j’ai regardé tout net le parasol orange du marchand de glaces.
Et je vais dormir, étendu sur ma toile, dormir et bronzer jusqu’au soir, tandis que sous moi les enfants achèteront “une à la vanille”, “une à la pistache”, “chocolat et vanille, M’sieur”....en tendant leurs sous dans leurs petites mains un peu sales.
Object Lesson (joye)
« Il y avait un enfant qui sortait chaque jour,
Et le premier objet qu'il regardait, il devenait cet objet ... »
Sa mère, inquiète, installa un miroir devant la porte.
Le garçon, surpris de se voir en ouvrant la porte,
courût à sa mère pour lui demander pourquoi.
Sa mère lui sourit tendrement.
« Parce que tu n’es pas un objet, mon fils. Tu es un être vivant.
Il vaut mieux alors que tu apprennes à être toi-même,
et que tu saches qu’il y a des gens
qui ne t’accepteront pas tel que tu es.
Il faudra que tu saches leur faire face, le cœur haut.
Quand tu croiseras des gens comme cela,
sois triste pour eux, certes,
mais surtout, surtout, sois toujours toi-même,
car les meilleures choses dans cette vie
ne sont pas des choses. »

Transmutation (EVP)
Quoi ? Vous voulez faire de moi une femme-objet ?!
Mais vous n’y pensez pas, espèce de goujat !!!
Ah non ? Ah que je m’imagine seulement en être un.
Allons, laissez-moi donc retrouver mon oreiller câlin.
Tiens, voilà bien un objet qui tout à fait me convient,
Souple, doux, rembourré et moelleux à tout le moins.
Les soupirs y expirent, les fous-rire s’y étouffent.
Les chagrins s’y épongent, les larmes s’y essoufflent.
Je me ferai dodu pour accueillir les rêves les plus doux,
Et puis j’adoucirai ces vilains cauchemars si fous.
On me frappera le matin, mais sans me faire bien mal,
On changera ma taie, comme si c’était une robe de bal.
Je me reposerai tout le jour, de vos nuits tant agitées,
Et je garderai, bien tapis en mon cœur, tous vos secrets.
Mais laissez-moi, maintenant, en tête à tête avec moi-même,
Il est temps à présent, de tirer longuement ma flemme.
Ne me réveillez pas, je vous prie, pour cette fadaise,
J’attendrai samedi, pour lire des auteurs bien plus balaises !






