Des souvenirs à digérer (Poupoune)
* à 3’40 pour l’élégante référence culturelle, si d’aventure elle vous avait échappée
* à 3’40 pour l’élégante référence culturelle, si d’aventure elle vous avait échappée
J’ai d’abord pensé que nous avons plusieurs madeleines. Parce que nous avons plusieurs périodes dans notre vie. Surtout, nous avons des madeleines de différentes sortes. Puis, je me suis dit que ce n’était pas tant la madeleine qui est intéressante que ce qu’elle recouvre. Comme chacun sait, elle est intimement associée au processus de mémoire involontaire.
Et de ça, je peux parler. Je dirais même que de ça, j’ai envie de parler.
J’ai une bonne mémoire « affective ». Selon les époques, je peux replonger totalement dans un climat, dans une atmosphère, j’ai des flashes aussi, des tableaux qui se sont fixés instantanément dans ma mémoire. Et c’est vrai que parfois, un élément, de type « madeleine », y est associé : une musique, une odeur, le goût d’un aliment. C’est vrai que si j’écoute « Mouldy Old Dough », je revis les soirées dansantes du lycée, les ribambelles de filles et de garçons et l’année 1973.
C’est vrai qu’un jour, au musée du tram, à Bruxelles, j’ai profondément aspiré l’odeur d’un morceau d’anthracite. C’est vrai que ça m’a rappelé les trains et les gares de mes vacances, en Ardenne, que ce soit au bord de l’Ourthe ou sur la route de l’Amblève.
C’est vrai aussi que je garde, dans un placard de ma cuisine, le saladier dans lequel, à la maison, nous faisions les pâtes à quatre-quarts, gaufres ou « bodding », et que je meurs d’envie en ce moment de faire des gaufres, rien que pour retrouver l’atmosphère de la maison… Voire de me faire ce vrai « bodding » bruxellois, épaisse maçonnerie de pain humecté pressé, additionné d’œufs, de raisins ou de pommes et de rhum et cuit au four. Oh ! Ca, ça serait le bonheur !
Ceci est bien la preuve qu’il n’y a pas une, mais des madeleines. Prétendre que le morceau « Mouldy Old Dough » me rappelle « tout » le Lycée, « ville et jardins », serait exagéré, il y a eu tant d’autres morceaux de musique ! A contrario, prétendre que cette chanson me rappelle mes examens de passage en math ou en physique-chimie, serait mentir. La mémoire est sélective et je n’ai pas envie de me souvenir de tout, même si Proust, lui, se souvenait de tout. Peut-être se souvient-il de tout, dans « Du côté de chez Swann », mais peut-être ne parle-t-il pas non plus de certains aspects d’Illiers-Combray.
Et puis, je vais devoir m’arrêter là dans ma réflexion sur la madeleine proustienne et le mécanisme de mémoire involontaire. Mais c’est une thématique qui me plaît. Je dirais même qu’elle est au cœur de mon présent, puisque –succombant à une très vieille envie- je suis un atelier de récit de vie et donc, reste sensible aux multiples petits incitants à la mémoire …
- Dites-voir m’ame Chaignoux vous la connaissez vous, Madeleine de Proust ?
- Ben qui c’est donc, celle-là ?
- Ben ch’ais pas justement. C’est chez ma patronne Madame de Pombrian qu’y z’en causaient l’aut’jour quand y f’saient leur bridge avec les DeLa Breille.C’est quand j’ai amené ma charlotte au chocolat que Madame elle a dit : « Ah ! Ma Madeleine de Proust » J’comprenais rien vu que m’appelle Odette Moulard !
- Ben, c’est-y qu’elle a déjà l’Al Zimmer la mère Pombrian ?
- J’ai laissé la porte de la cuisine ouverte pour entendre. Et qu’ça papotait, qu’ça causait comme quoi qu’y z’avaient été du côté d’un Soanne, à l’ombre pour jouer avec des quilles, en pleurs chezla Duchessede Guermantes et pis qu’y avait une Albertine qui avait disparu ou qu’était prisonnière et même que c’était pire que Sodome et Gomorrhe !
- Ben, nom d’un chien ! En v’là t’y pas des affaires. Ces gens de la haute c’est vraiment d’la racaille comme les autres.
- Ah ! Et pis y’avait leur tata Léonie avecla Madeleine, mais celle-là ch’ais pas si qu’elle a disparu aussi. Et que tout ça, c’était bien du temps perdu.
- C’est ben encore des histoires de ceusses qu’on rien à foutre ! Tiens, moi, j’vais retrouver un peu d’temps pour aller faire mon fricot. Et au fait M’ame Moulard, toujours aussi bonne votre charlotte ?
- Ben comme d’hab’ m’ame Chaignoux, vu qu’y ont encore léché les assiettes !!
En été, l’entretien du jardin prend la plupart de mon temps. L’an dernier, alors que le soleil brille après quelques jours de pluie, un sarclage est nécessaire. Chaussée de bottes, tenant en main l’outil adéquat, je me penche et… tout d’un coup, une odeur particulière me transporte cinquante ans en arrière...
Je me revois assise sur le seuil en pierre bleue de la maison de mon petit voisin avec qui je partage tous mes jeux. Il fait beau, la pierre est chaude, je suis bien. Dans le verger, les linges mis à sécher sur le fil dansent au vent léger. La barrière fermée du jardin potager interdit aux poules en liberté d’y entrer mais ne nous empêche pas d’aller de temps en temps croquer une jeune carotte ou une feuille d’oseille… Papa est sans doute parti en forêt, maman est peut-être derrière sa machine à coudre, occupée à nous confectionner une jolie robe ? Mon souvenir reste vague, seule une impression d’immense bien-être, de jours heureux, a marqué ma mémoire…
Dans la terre battue du sentier piétiné, poussent quelques mauvaises herbes, des petites boules jaunes que l’on cueille tantôt pour simplement les écraser entre nos doigts, tantôt les déposer dans une assiette de dînette pour le repas d’une poupée…
Chaussée de bottes, tenant en main l’outil adéquat, je me penche et… je n’ai pas arraché cette plante qui me rappelle de si bons souvenirs…
« L’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer… à porter sans fléchir… l’édifice immense du souvenir » (M.Proust)
N'en déplaise à certains, le goût de lire et d'écrire m'est venu par la comtesse de Ségur.
Termes désuets, tournures anciennes. Elle fut mon premier contact avec une langue autre que quotidienne et parlée.
Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?
Car Marcel y met la Majuscule même s'il la qualifie de "Petite". Si encore elle avait été à la fraise, on aurait compris qu'il la ramène... mais non ! Un vulgaire petit bout de gâteau, trempé dans du thé de surcroît ! Ça se donne des airs d'aristocrate, se pique d'éclairer notre lanterne et ça se délecte d'une cuillerée d'infâme bouillasse tiède à quoi ça prête des allures de première gorgée de bière (et autres plaisirs minuscules) et voilà notre asthmatique qui plonge, en apnée comme le grand bleu, dans le monde subliminal pour tenter d'en ramener de vagues souvenirs... Mais ce mec se prend pour Delerm, ma parole !

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?
Remarquez, ça peut se comprendre. Dans mon édition d' "À la recherche du temps perdu", le passage incriminé se situe à la page numéro 44. On conçoit bien que quelques enragés aient pu parvenir jusque là. Il est par contre beaucoup plus improbable qu'ils aient persévéré jusqu'à la 2394ème pour nous donner en pâture la citation de Victor Hugo : "Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent". Même ma chienne qui avait pourtant entamé le volume avec ardeur s'est, comme moi, endormie à l'ombre des jeunes-filles en fleurs (et, plus précisément à la page 461). Pourtant, avec un brin de persévérance, nous aurions découvert qu'à la page 511 (toujours de l'édition en ma possession), il est fait mention de "La famille du directeur du ministère des Postes". Lequel directeur sert lui aussi de base à une réflexion approfondie sur la mémoire et cette vocation qu'elle semble avoir à se lier à des détails insignifiants. Avez-vous pour autant jamais été sollicité de nous parler de votre "directeur au ministère des Postes de Proust" ?
Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?
Ouais, me direz-vous, il est encore en train de botter en touche tout en vomissant, écrivassier laborieux, son aversion pour un des monuments de notre belle littérature française, monument qu'il a dû mal digérer au cours de ses études et dont il envie, en bon Belge à l'esprit étriqué, l'international retentissement. Bon, ben vous dites ce que vous voulez, hein, après tout cela n'engage que vous...
Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?
Mais vous vous trompez, vous fourvoyez, marinez dans l'erreur la plus totale : j'ai très bien compris la question et même, je vous remercie de me l'avoir posée. Encore que moi, quand j'entends "Madeleine", je ne pense pas d'abord à Proust (ma chère) non, je pense à :
J'en passe et de pires !

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?
D'accord d'accord, j'y viens, ne vous énervez pas ! Moi aussi j'ai ma Petite Madeleine de Proust : dès que j'entends son nom au Marcel, ce grand malade, je pense immédiatement à cette écluse située sur la Meuse au pied de la citadelle de Namur, renforcée par Vauban (la citadelle, pas l'écluse) et dénommée (l'écluse pas la citadelle) "des grands malades", écluse dont le barrage amène un peu de turbulences et de remous dans le cours des choses, en contraste frappant avec la fluidité morne et lassante de la brique du dit Marcel.
La sono est forte mais sans trop et l’acoustique exceptionnelle. Cet ancien établissement hospitalier du Moyen-âge transformé en salle des fêtes et de concerts fait le bonheur des associations universitaires de cette ville de province. Plusieurs fois dans l’année tout ce que la ville compte d’étudiants se donne rendez-vous ici, dans ce cadre extraordinaire pour une soirée mémorable.
Après un dernier jerk endiablé, la tension retombe d’un cran et la grande salle se calme. L’orchestre entame le tube du moment pour un dernier slow. Encore essoufflés de la danse précédente où nous venions tout juste de faire connaissance, nous nous interrogeons du regard et, tout naturellement, nous nous enlaçons.
Mes mains sur ses hanches, les siennes sur mes épaules, nous nous déplaçons en tournant lentement et voguons en cadence, au rythme de la musique. Les yeux fermés, je ressens du bout des doigts les ondes de sa peau qui frémit. Ses mains se crispent légèrement, j’ouvre les yeux, son regard plonge dans le mien. L’étreinte se resserre, nos souffles se mêlent. Le décor s’estompe et tout semble disparaître autour de nous. Nous sommes seuls, elle et moi enivrés et envoûtés par cette musique. Je la retiens dans mes bras, prisonnière consentante et je savoure ces instants…
De ce slow langoureux, un grand amour est né.
Plusieurs années plus tard, les circonstances de nos vies professionnelles on fait que nous sommes séparés… géographiquement, mais nous nous voyons régulièrement pour notre plus grand plaisir.
Et à chacune de nos rencontres, nous ne pouvons oublier celle qui fut la toute première, bercée par cette musique, ce tube planétaire du moment :
« Nights in white satin » des Moody blues
Nights in white satin,
Never reaching the end,
Letters I’ve written,
Never meaning to send...
« Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. […] Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. »*
Une madeleine. Une gorgée de thé. Arrêt du temps.
Je n’ai pas trouvé de madeleine. Pas la moindre miette. Je peux énumérer la tarte aux pommes fondantes du dimanche midi. Les pignons de pin de nos dînettes d’enfants. Les étals de bonbons au marché du samedi, le sac en papier marron rempli de nounours à la guimauve et de serpents longs et colorés. J’ai trouvé des éclairs, des meringues, des mokas, des tartes au sucre et des camotillos**. Du sucre candi et des cugnoles***, des marrons glacés qui reviendront enrubannés chaque décembre, des œufs de Pâques. Les pains au lait coupés en deux et recouverts d’une pellicule dure de chocolat noir de mes quatre heures. Des malabars et les mentos à la récré. Des étés diabolo fraise et le premier panaché…
Aucune madeleine.
Peut-être respirer avec délicatesse ce Pouilly-Fumé, fermer les yeux, effleurer l’âme du vin. Une gorgée et les Champs Elysées s’entrouvrent. Une deuxième gorgée, les portes à double-battant s’effacent. Une troisième, que ce vin jamais ne se tarisse puisque les paradis sont éternels
Mais l’ivresse, même légère, n’est pas félicité.
Pas l’ombre d’une madeleine. Ou peut-être cette main ouvragée par le temps. Une fillette aux nattes brunes. Le vieil homme se penche vers elle et glisse entre ses lèvres un chocolat interdit. Elle serre encore plus fort cette main si douce. Ne pas laisser s’échapper l’enfance… Fermer les yeux, fermer les poings. Ne pas laisser s’enfuir le souvenir.
*extrait de « Du côté de chez Swann – Combray. A la recherche du temps perdu » Marcel Proust.
** camotillos dessert péruvien à base de patates douces caramélisés au four
*** ou coquille de Noël ou cougnou… brioche que l’on déguste à Noël dans ch’nord.
Plutôt que de vous livrer ceci...
Y avot ben des années que, ed Cambrai, tout ce qui n’étot pas euch cinéma et cheul comédie d’min couquer n’existot pus pour mi, quand un jour eud l’hiver, comme euj rintros à l’mason, eum mère, véyant qu’ j’avos fro, a’m’proposa eud prinde, contre em’n habitude, un tchio peu d’café. J’y dis non tout d’abord et pis, jé n’ sais nin pourquoi, jé m’ ravisos. Elle alla quer eune tartine avec du burre et du Maroilles eudzeur. Et ch’est là que, machinalemint, tout mat d’avoir traîné m’corée tout l’journée et in m’dijant qué d’main cha s’rot tout parèl, euj porto à m’bouc eune goutte eud jus d’ù qu ch’est qu’j’avos laissé ramollir un morceau dé m’tartine eud Maroilles. Mais à l’instant même d’ù qu’ min gorgeon d’chirloute mélingé à un morciau d’cheul tartine ed ’fromache i’ toucho min palais, euj berloquos su’m cayelle et pis j’sintis qu’i s’ passot quétcose d’extraordinaire in mi. Ej me sintos fin bien, là, tout seul ed’vint min berlafache, sins que j’sache trop pourquo.
« Tous les paradis sont à perdre,
Tous les paradis sont perdus.
- Marcel Proust ? Moi je lui dis « Merdre ! »
A décrété le père Ubu »
... j’ai préféré ne pas participer au Défi du samedi n° 185. Je n'avais pas envie de froisser les adorateurs et adoratrices du petit Marcel qui pourraient se trouver parmi vous.
- C'est raté, Joe Krapov !
- Comment ça ? Qu'est-ce qu'il fout là mon texte ? Pourquoi il est publié ?
- T'es tellement un homme d'habitude qu'hier soir à 20 h 48, pendant que tu nettoyais ta madeleine, le coup est parti tout seul : t'as posté !
- Ah ben ça, c'est trop fort ! Proust, alors !
Quelle madeleine
réveillera la mémoire
de l’hypermnésique ?
Burette à huile ou chapeaux,
tout la ramène à l’enfance ?
Il n'y aura plus de madeleine m'a t on expliqué
Proust en moi s'est envolé un jour de février
Avec mes souvenirs partis en fummée
Je ne sais plus me rappeler.
Faut il pour autant que je taise
Cet élan qui me fait vibrer
En franchissant une falaise
Ou en taillant des oliviers.
Dois je mentir à ce sourire
Qui vient encore me chavirer
Soulevant en moi cette brise
Qui a du me faire chanter.
Lorsque la tête se fait grise
Et ne sait plus trop où elle est
Le corps tout entier respire
Le parfum de la vie passée.
Et l'instant devient magnifique
Se déploie dans sa noble beauté
Livrant la saveur exquise
De ce chant quelque part retrouvé .
Sur une suggestion de Venise dans un de ses commentaires :
Quelle est donc votre madeleine de Proust à vous ?
Nous attendons avec impatience vos recherches
du temps qui perdure !
A tout bientôt !
Tu sais, Véronique, c'est RARE une telle boule d'énergie avec le cœur sur la main
Tu sais, Guy, c'est rare un homme qui écrive aux femmes de si beaux poèmes et qui leur rende si bien hommage
Tu sais, Marie-Claire, c'est rare une telle délicatesse de sentiments et un sourire si délicieux
Tu sais, Brigitte, c'est rare un regard aussi vrai sur les choses et un tel modèle pour moi
Tu sais, Michel, c'est rare un savoir aussi encyclopédique et un homme qui aime tant parler
Tu sais, Véro, c'est rare une telle passion pour le beau langage et un tel engagement passionné
Tu sais, Afid, c'est rare une conscience politique aussi lumineuse et une si grande force de conviction
Tu sais, Anne-Sophie, c'est rare une telle générosité et tellement de candeur dans les yeux
Tu sais, Radouane, c'est rare d'être si doué pour le théâtre, et de savoir faire rire et pleurer tour à tour
Tu sais, Béatrice, c'est rare de se sentir tellement en phase avec quelqu'un, même lorsqu'on ne se voit pas souvent
Tu sais, Andrée, c'est rare une telle joie de vivre et une telle philosophie malgré les épreuves
Tu sais, Mireille, c'est rare une si grande fidélité depuis nos dix-sept ans
Tu sais, Catherine, c'est rare de savoir écouter avec une telle empathie comme tu le fais
Tu sais , Yannik, c'est rare un cousin qui soit aussi un ami ...
Vous savez, mes amis, c'est vraiment rare des amis tels que vous ...
Voilà pourquoi vous m'êtes si CHERS!
L’an 2045
L’oxygène est devenu rare et cher.
L’agression se produisit à 23 h 30 exactement. Je le sus parce que j’avais été poussé à consulter ma montre l’instant d’avant. Mon compteur à air me signalait une baisse d‘oxygène et sétait mis en marche. Mais avec la clarté des réverbères cela aurait pu être l’après-midi.
Au moins une dizaine de personnes auraient pu venir à mon secours, mais personne ne bougea.
Peut-être que l’effronterie de l’agresseur avait laissé perplexe les passants.
Peut- être crut-on qu’il s’agissait d’un jeu ou d’une querelle conjugale à la sortie d’un restaurant.
Il était possible – et c’était là le plus étrange –qu’on nous ait pris pour un couple.
Une main m’empoigna par le col me plaquant si violemment contre la vitrine tout en m’arrachant mon compteur à air.

Je conservais, ma montre, mon portefeuille, mon stylo-plume, et même mon portable
L’espace de quelques heures, tout ne fut qu’un cauchemar. J’aurais préféré mourir de syphilis. Quand j’ai pu me le permettre je pus respirer au tuyau municipal qui s’enclenche toutes les trois heures jusqu’à ce que les compteurs d’air de la nationale banque se portent à mon secours. C’est la seule raison pour laquelle je suis encore en vie .C’est au moment où on pense avoir surmonté le danger qu’on se rend compte qu’on reste vivant, mais toujours au mauvais endroit et au mauvais moment.
Avec cet oxygène si cher, j’attendais qu’une hache s’abatte sur mon crâne, qu’une bombe explose, qu’une femme pour son bébé enfonce ses doigts dans mon cœur. Et dans mes rêves j’avais toujours la sensation d’avoir égaré un objet précieux qui ne devait pas me quitter de la journée : MON COMPTEUR A AIR.
Quoi de plus rare que cette porte cochère de la bouchère kasher et gauchère de Vendôme (*) et rachetée aux enchères à une maraîchère vachère ?
(*) A Vendôme, ne dit-on pas "Ce qui est Loir est cher" ?
Ce n'est sans doute pas une pépite mais cet objet-là, complètement hors normes, complètement unique, est si rare qu'il n'en existe qu'un seul exemplaire. Qui plus est, si vous ne l'enregistrez pas sur votre disque dur, il s'autodétruira dans trente jours !
Quant à savoir pourquoi il m'est si cher, pourquoi il n'a pas de prix à mes yeux, eh bien, sachez-le, c'est très... privé ! Disons que c'est aussi une histoire de roi et de princesse !
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