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Le défi du samedi

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13 novembre 2010

Il y en a du monde à ce mariage ! (Adrienne)

Le mariage de la carpe et du lapin : union de deux êtres qui ne devraient ou ne pourraient pas s’unir. Une alliance saugrenue, une union mal assortie.

Je ne connaissais pas du tout l’expression. Jamais lue, jamais entendue. Comme quoi, on peut être prof de FLE depuis trente ans et être confrontée encore quotidiennement à ses lacunes.

Mais je me console en me disant que cesser d’apprendre, c’est cesser de vivre J

L’expression n’est pas dans mon petit Robert. Peut-être parce qu’il est presque aussi vieux que moi et que l’expression est toute récente ? Je suis donc allée voir dans mon dictionnaire traducteur, qui vient de paraître. Il ne la connaît que dans son sens littéral : huwelijk van twee slecht bij elkaar passende mensen, mariage de deux personnes mal assorties.

Pourtant, qu’ai-je vu en g**gl*nt ? Car bien sûr, avant de feuilleter mon dico, j’avais tapoté ma magique machine…
Environ 111000 résultats qui utilisent à peu près tous l’expression dans un sens figuré : en sport, en psychanalyse, en politique, de Clermont-Ferrand jusqu’au Zimbabwe  en passant par les Nations-Unies, dans le monde de l’entreprise, du tourisme, de la musique (« ce concert, c’était le mariage de la carpe et du lapin »), chez les avocats, les étudiants, les socialistes et les scouts (ceux de France et ceux d’Europe seraient, paraît-il , comme la carpe et le lapin), chez José Bové, Darcos, Sarkozy ou chez les alpinistes, au niveau européen et au niveau des municipalités, au cadastre et dans la recherche médicale (s’il faut le voir pour le croire, c’est ici :
http://www.tribunes.com/tribune/edito/6-4f1.htm ), dans le domaine de l’économie (http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=445 ) ou de l’informatique…

Mais je vais m’arrêter là, j’ai atteint l’overdose, et vous probablement aussi : ces deux dernières années, l’expression a été drôlement galvaudée, me semble-t-il. Mise à toutes les sauces, si j’ose dire… et je suis bien curieuse de savoir à quelle sauce l’agile et la muette auront mijoté chez les amis du défi J

Quant à moi, je crois que je vais m’en tenir à mon dictionnaire et manger végétarien, ce midi. Voilà qui mettra peut-être d’accord les carpes et les lapins.

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13 novembre 2010

Carpe et dilemme (Poupoune)

Il est chaud comme la braise. Il a envie tout le temps.

Elle est muette. Elle ne dit jamais non.

Ils se marient demain.

Est-ce bien raisonnable ?

 

13 novembre 2010

Métacarpe où j'ai mon doigt ! / par Claudius Lelapin (Joe Krapov)

Un matin où j’étais d’humeur mutine07041_220
Agrippine a jeté sur moi son grappin.
Ce fut un mariage de carpe et de lapin
Car c’était – c’est toujours – une femme-poissons
Et je n’ai jamais su dire non aux sirènes.

Seulement voyez-vous,
Je ne sais pas pourquoi,
Lorsque je la lutine
Elle reste muette.


C’est à y perdre son latin :
Elle n’aime que ma cuisine
Et c’est rarement qu’elle opine
A mes désirs de diablotin.


080713_682Alors, étant un chaud lapin
Je vais farcir ailleurs
Pour calmer mes ardeurs
L’ablette, sa cousine,
Plus fine,
La morue
Plus dessalée,
La sole plus dissolue
Cette coquine de requine qui me requinque
Et les divines petites sardines avec lesquelles je danse en boîte.



Je vais draguer070422_51
La cabillaude qui est chaude,
La castagnole qui est drôle,
L’espadonne qui se donne,
La brochette que j’embroche,
La chabotte qui me botte,
La courbine qui lambine,
La rascasse que j’embrasse.

Je fais des galipettes avec la galinette,
On s’arrange avec la femme du hareng :
Je vais lui tenir des harangues quand lui sort.

J’aime la limande bien qu’elle soit plate,
Et la lompe bien qu’elle me pompe.

100214_011J’adore toutes ces greluches
Comme la merluche,
La mandoule,
La pageotte,
L’amour blanc,
La tanche,
La turbotte.


Parfois je me cantonne à la vaudoise.
Ou bien, en sortant du bordel
De la mère maquerelle,
Quelquefois je m’époumone :
« En voiture, saumone ! »


Quand je rentre à la maison,100516A_040
A moitié en pâmoison,
Je redis à celle que j’aime :
- Carpe diem ! Carpe diem !
Donnons-nous du bon temps
Tant qu’il est encore temps,
Avant que Dieu ne mette de l’ordre
Dans ce désordre,
Avant qu’il n’invente la moutarde
Le chasseur, les aromates
Le pêcheur, le hameçon,
Le fusil, le tire-bouchon,
La bombe à fragmentation
La politique, les tyrans
Et l’interdicti-on de la polygamie ! ».



Alors elle prend un air contrit
Et me regarde toute saisie
Avec ses yeux de merlan frit.

J’ai bien souvent comme un vieux soupçon :
Pendant que je baise à foison
J’ai l’impression qu’à la maison
Agrippine élève Néron
Et que ces deux muets-là complotent
De me faire devenir gibelotte !

N.B. S’il est bon d’invoquer ce brave La Fontaine
Et ses quadru-mânes
Pour conter aux enfants l’histoire des Romaines,
- Fussent-elles assassines ou même érotomanes ! -
Confions la tâche à ceux dont c’est le seul domaine !

Ancien gardien du zoo des universitaires,
Celui qui écrivit cette krapoverie
Où la zoophilie le dispute aux conneries,
Celui-là eût mieux fait sans doute de se taire !

13 novembre 2010

TROP JUSTES NOCES (tiniak)

Un lapin - caractère inconstant dépourvu de morale,
fatigué de courir sa pareille ou la hase
et dépité d'entendre encor les mêmes phrases
« Oh ! tout doux », « Ah ? Déjà ? », « Pas ce soir, animal ! »
prit l'absurde parti d'aller contre nature
tester son appétit sur d'autres garnitures

Il eut d'abord les yeux plus grands que le civet
entreprit l'éléphante... mais... sans tabouret...
jeta son dévolu sur force mammifères
Passant près d'un étang couvert d'une ombre fraîche
il aperçut dans l'onde une carpe pimbêche

Le lapin s'avisa qu'à ce point d'exotisme
nul doute, il aurait là matière à se surprendre
Il observa la carpe et finit par comprendre
que de surcroît la bête est sujette au mutisme

« Le paradis existe donc sur cette terre !
fit-il en flagorneur rompu à l'exercice,
épousez-moi céans ; mettez pas au supplice
ce cœur qui bat pour vous et n'a rien d'autre à faire »

Qui ne dit mot consent, affirme le proverbe
Ainsi, carpe et lapin, fringués comme il se doit
déboulèrent bientôt à l'office des bois
elle, dans son bocal et lui, le cul dans l'herbe

Vint l'instant décisif à l'insigne sentence
« Voulez-vous pour époux... Toute votre existence ? »
Comme à l'accoutumée, la carpe ne dit mot
Le lapin trépignait... Ce suspens, c'était trop !
Il explosa : « Alors ? Tu réponds, nom de Dieu ! »
Et la carpe pimbêche de cligner des yeux

« Vous avez-vu ? c'est bon ? C'est bon, elle a dit oui »
plaidait sans conviction le lapin à l'office
L'assemblée, désolée, acquiesça au déni
que l'officier navré opposa au marri
Seul à se consoler, le sieur Lapin se dit :
« Boh ! 'tout' façon, j'aurais pas trouvé l'orifice »

13 novembre 2010

Défi 123 (Célestine)

celestine

Eh oui! l'incroyable est arrivé!
Nous sommes heureux de vous annoncer
que nous allons convoler en justes noces, oui, nous!
Malgré la réprobation générale,
l'Amour est le plus fort.
Faisons fi des conventions!
La cérémonie aura lieu dans l'église de
Létan-Hassec, en présence de quelques
amis intimes de toujours:
l'Etoile et le Ver de Terre
le  Pot de terre et le Pot de fer
le Prince et la Bergère
le Lion et le Rat
L'eau et le Feu

Réservez votre soirée!
Tenue correcte exigée
signé: la Carpe et le Lapin

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13 novembre 2010

This just in... (Joye)

6 novembre 2010

Défi #123

Pour le 123ème défi nous vous proposons de

Marier la carpe avec le lapin

CarpeLapin

-sur une idée de Papistache-

Envoyez nous vos faire-part de mariage

à  samedidefi@hotmail.fr

6 novembre 2010

Pour le défi #122

6 novembre 2010

Adrienne observe les nuages

Les nuages sont ces choses merveilleusement brillantes et cotonneuses qui m’empêchent de voir le sol depuis le hublot de l’avion.

Les nuages sont ces menaces qui me font m’inquiéter pour mon repas champêtre de douze personnes à la terrasse.

Les nuages sont ces écrans qui cachent les étoiles mais qui prennent de si belles couleurs le soir quand le soleil se couche.

Les nuages sont ces précieux auxiliaires que j’espère et que j’attends quand j’ai semé des légumes au potager et que je n’ai pas envie de coltiner des arrosoirs.

Les nuages sont parfois de gros moutons et parfois de fines écharpes, tantôt laine tantôt voile de tulle.

Les nuages sont parfois si bas que je ne vois plus où est la route.

Les nuages sont ces filtres bienfaisants qui empêchent le soleil de brûler ma peau ou mes yeux.

Les nuages sont parfois très loin, très haut dans le ciel, alors il fait bon s’étendre dans l’herbe et les regarder passer  en admirant les jolies formes changeantes qu’ils peuvent prendre:

- Tu as vu celui-là ? On dirait un champignon !

- Tu as raison ! C’EST un champignon !

 

adri

Image trouvée chez http://sboisse.free.fr/planete/pol_radioactive.php


6 novembre 2010

Dans les nuages je vois (KatyL)

katy

Toutes les promesses de la vie future, je vois de jardins suspendus au ciel, de l’eau limpide …
Je vois toute la lumière qui les traverse, et tout l’amour que la terre n’a jamais porté qui vient de si loin de si loin….
Je vois des couleurs d’une infinie douceur , des déclinaisons de tendres bleus, de gris irisés, de bleus plus intenses…mais des couleurs parfois éblouissantes, rouges, orangées, carmin , des roses presque couleur bonbon, des violets et des parmes, des mélanges insensés qu’un peintre a tant de mal à copier..
Je vois parfois des vols d’oiseaux si hauts si hauts, et ceux qui se détachent du ciel pour voler jusque nous, tant d’espèces sur fond de ciel bleu…
Dans les nuages je vois tous ceux que j’aime et qui sont partis dans cet autre monde, je distingue leurs visages, et  la nuit je vois sous forme d’étoiles leurs yeux briller..
Dans les nuages je vois mes voyages non faits et tant d’avions qui parcourent le ciel au dessus de ma tête pour me narguer, ils dessinent des courbes ou des lignes comme  pour me montrer le chemin…ils sont remplis de voyageurs, et les nuages parfois les enveloppent  de bienveillance…les chouchoutent, les cocoonent , Les ouatinent…
Les nuages sont porteurs de toutes les eaux de la terre, de toutes nos évaporations…
Ils portent les âmes en coton blanc jusque « La Lumière » aux confins de l’Univers.
Les nuages sont ma détente dans la journée au bureau, je me perds dedans et quelques minutes de bienfait pour moi, je me ressource  à leur vue.
Les nuages annoncent aussi le temps, ils nous parlent, ils peuvent être prometteurs ou bien contenir des présages de mauvaises pluies violentes.. mais ils contiennent la vie, car sans eau plus rien ne pousse, ils contiennent les futurs germinations, ils sont salvateurs pour tant de pays qui guettent les nuages…


Les nuages sont emplis de tendresse, je dors dessus le soir comme dans un oreiller tout banc en coton, et dans la journée je m’assois dessus , j’installe mon chevalet et je les peins …..vous avez du me voir ??
Car je me penche un peu et certaines fois malicieusement je lâche quelques couleurs pour colorer la vie grise des gens qui pleurent, je dessine des fleurs dans leurs jardins, j’envoie de l’eau pour les arroser….
Oh pardon, je dormais et je me croyais dans les nuages, il faut dire depuis que je suis née on me le dit, c’est pour ça.
Que vos vies soient remplies de nuages blancs, doux et remplis d’eau de la source de tout….

6 novembre 2010

Le temps (Brigou)

Par un jour comme les autres, Claire regarde les plis des nuages dans le ciel. Ils semblent accrochés à d’invisibles branches, se prélassent et défilent au gré du vent.
Elle réalise que sa vie a passé si vite, trop vite ! Elle s’est occupée des autres, s’est oubliée… un peu… beaucoup.
Alors que le temps s’étire, se creuse, s’évapore. C’est sa vie qui part à la dérive. Elle qui a rêvé de voyages, qui s’est dessinée des paysages. A-t-elle encore le temps ? Claire se dit qu’elle n’y arrivera plus ou qu’il est déjà trop tard...

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6 novembre 2010

C'est l'été (MAP)

C_est_l__t_

Et les gouttes de pluie
s’échappent une à une
profitant de l’aubaine :
…………………….
« J’en avais bien assez
d’être ainsi enfermée ! »
dit l’une à sa voisine
en sautant de concert.
« Eh bien je te comprends
moi même j’avais hâte
de sortir prendre l’air.
Nous voyageons beaucoup
et c’est bien agréable,
cependant nos voyages
sont inorganisés,
ils dépendent surtout
du bon vouloir du vent !
Nous n’avons donc qu’à suivre
et jamais rien à dire !
Nous ne savons jamais
où nous allons tomber. »
« Oui, cela me dégoûte ! »
répondit l’autre goutte.
« Moi j’voudrais bien goûter ! »
ajoute la petite
prénommée Giboulée.
……………………….
Ainsi tombent les gouttes
dans les champs, sur les routes
ravivant les senteurs
désaltérant les fleurs
glissant dans les gouttières
se mêlant à la mer …
……………………….
C’est l’été et il pleut
le soleil fait la sieste
jusqu’à ce que son lit
devenu trop léger
ait fondu tout entier !


* * *
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6 novembre 2010

Incarnations (Pivoine)

    Merveilleux nuages
    Floconneux zéphyrins
    Tout rosés
    Dans mon imaginaire
    Etes-vous d'aquarelle ou sensationnel pastel ?

    Et pour ce vieil ami qui s'appelle "Nuages"
    Pour ses mots, ses ciels orangés étrangers
    Américains roumains
    Ses nuages d'ici et ses paysages d'ailleurs
    Aurai-je quelques mots une pensée
    Une écharpe de brume

    Ô mes pluvieux nuages belgicains
    Lourds et noirs comme un zinc un Assommoir
    Quand la fange des forêts s'enfonce sous mes pas
    Et que le pavé gras de la ville luit dans le soir

    Comptez aussi
    Les vaporeux mètres de tulle des coiffes de mariée
    Les voilettes d'ivoire des élégantes sur les podiums
    Ces ports de reine ces saluts orgueilleux
    Ce maquillage de femme
    Tout en velours

    Et plus prosaïquement
    Un nuage de lait pour mon café-crème
    S'il vous plaît
    Faites-moi le cadeau
    D'un solide arabica dans ma tasse aux oiseaux

    Que ma Tournée de vie
    Telle un cheval fougueux
    Lancé au grand galop
    S'enflamme de couleurs

    Et de parfums brûlés

    ***
    piv

    Illustration : Le parc de La Hulpe, pastel, 2006.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

6 novembre 2010

Défi 122 (Venise)

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6 novembre 2010

Les nuages (32Octobre)

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6 novembre 2010

Défi de Mouna

La petite fille sage et studieuse venait d’être appelée par le maire de la ville pour la remise des prix. « Edwige Romano » entendit-elle dans le haut parleur. Prix d’honneur.

La petite fille sérieuse, sous le regard fier de ses parents, monta sur l’estrade et alla se faire remettre son prix des mains de Mr le Maire : un beau livre d’enfants comme toutes les années.

Edwige était impatiente ; elle n’oubliait pas que le dernier livre qu’elle avait « lu », c’était celui qu’elle avait volé chez le libraire. Elle se souvient : c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour regarder de nouvelles images, déchiffrer de nouveaux mots, et ainsi partir en voyage… Quand ses parents s’étaient finalement aperçus du larcin, il avait fallu rendre le livre. Quelle honte mais quel déchirement aussi que cette séparation d’un livre devenu son ami.

« Perlette goutte d’eau » tel était le titre de son livre prix d’honneur

C’est l’histoire d’une petite goutte d’eau qui vit avec toutes ses sœurs sur un nuage. Elle s’ennuie, elle est curieuse et impatiente; elle veut partir tout de suite pour aller visiter la terre ; elle ne veut pas attendre la pluie ; ses sœurs tentent toutes de l’en dissuader.

En vain. Perlette s’approche du bord du nuage et saute, en poussant un cri de plaisir.

Si la petite Edwige Romano se découvre et reste fascinée par toutes les aventures terrestres et humaines qui se présentent à Perlette, elle engrange inconsciemment tout un imaginaire sur la vie des nuages qui va l’accompagner longtemps.

Après Perlette, jamais plus de sa vie d’enfant, Edwige ne saura regarder les nuages comme des nuages. Et surtout pas comme des cumulus, nimbus et autres cirrus…

Chaque nuage est un grand coussin moelleux qui abrite une colonie de petites gouttes translucides, toutes délurées, bavardes, sans cesse en rires et en chamailles.

Dès qu’elle peut, Edwige regarde le ciel et guette les nuages

Nuage indolent promenant mille perlettes orangées au soleil couchant,

Nuage électrique aux perlettes noires et grondantes à l’approche d’un orage,

Nuages blancs, nuages gris, nuages roses …  des millions de perlettes et des milliers d’histoires pour une seule toute petite fille.

Et puis un jour Edwige Romano connut son premier émoi. Elle s’aperçut soudain qu’elle ne pouvait plus jouer avec son petit voisin Philippe, qu’elle ne pouvait plus lui parler, le bousculer, se moquer de lui avec ses copines. Elle le guettait au bout du chemin, et détournait son regard quand elle le voyait ; au fond d’elle, elle avait de drôles de sensations, des pincements, des frissons, des petites caresses.

Sans s’en apercevoir, elle oublia le petit monde animé, bruyant, coloré et joyeux de ses nuages d’enfant.

Son nouveau plaisir solitaire était maintenant de s’allonger dans la prairie, et de laisser les dessins des nuages s’imprégner de ses désirs : un visage, des mains, un cœur, un frôlement, une rencontre. Si le nuage lune va se fondre dans le nuage fleur, alors c’est sûr, il m’aime, il m’aimera.

Elle ne devait surtout pas les perdre des yeux ; il lui fallait les soutenir, les aider, les convaincre.

Parfois elle trichait un peu et s’arrangeait avec les formes et les trajectoires ; mais qu’importe. Philippe l’aimerait. Philippe l’aima. Ensemble ils composèrent de beaux  tableaux célestes et quelques enfants aussi.

Aujourd’hui qu’elle est une vieille dame, que de nombreux êtres chers l’ont définitivement quittée, Edwige guette  l’éternel dans le ciel, elle guette le rayon divin, celui qui va scintiller de tous ses feux entre les nuages ; quand il vient, quand il brille, quand il éclate et se duplique, elle est émue, elle se sent toute petite, toute fragile.

Elle sait qu’un jour, dans la chaleur de l’été elle aussi partira, aspirée vers là-bas ; comme Perlette, toute évaporée, qui est, au terme de son aventure, remontée sur son nuage. De tout cela Edwige se souvient et elle sourit.

6 novembre 2010

Poudre d'escampette (Séb B)

Peter Pan m'a confié sa poudre d'escampette

or

j'ai soufflé sur les toits mes mines de crayon

comme on soufflerait la neige dans la tempête

- donc tout m'est revenu, ailes sans papillon.

J'ai relevé le crâne ourlé des solitudes

vers ce monde où jadis Peter Pan étirait

mes regards et j'ai vu dans cette multitude

ton regard déposé plein d'or par une fée

j'ai entrouvert le ciel téméraire orphelin

des amours humaines pour enrouler ton sein

sur ma peau oubliée des bises et du temps

et le brouillard s'est mû en ton visage ardent

les nuages alors sur les toboggans qu'hier

encore Jacob prit pour de durs escaliers

devinrent nos jouets nos zélés messagers

et l'axe de nos yeux depuis crée l'univers

Poème écrit pour Koala, mon nuage mi-brouillard boudeur, mi-nuée vivifiante.

6 novembre 2010

PAR DELA LES NUAGES (Cédille)

Tu sais, m'avait-elle dit un jour, lorsque j'étais morte je n'avais nul besoin de gloire éphémère et les bonheurs d'ici-bas ne m'étaient rien de plus que la sensation d'une eau tiède coulant sur un visage. Je ne comptais pas mieux qu'une carcasse de mésange rongée par les renards. C'était tranquille et sans douleur là-bas. Craindre, gémir, pleurer, peiner, souffrir n'étaient que peccadilles, aucun sentiment ne venait troubler ma quiétude.

Las ! Ceci ne dura pas. Un cri venant d'en bas parvint un jour jusqu'à moi. Quelqu'un avait franchi la Porte des Temps d'Avant. Alors les vents se levèrent, hurlèrent et détruisirent peu à peu ma félicité. Un soir les nuages s'entrouvrirent, vomirent leurs fleuves d'encre, crachèrent leurs volutes d'outrance, et laissèrent apparaître des lambeaux de ce bleu que je déteste tant ! Il fallu revenir, traverser les temps morcelés, et c'est à reculons que je rejoignit  l'ère des sacrifices, là où vos doigts vengeurs se pointent vers les agonisants afin de leur porter l'estocade !

Et c'est ainsi que me voici devant toi,  au cœur  des temps de  désolation,  de l'orgueil et du désespoir. Que vos lendemains sont lourds à porter et quel terrible sort attend vos enfants perdus !

C'est ce qu'elle m'avait dit un jour, alors que nous courions devant l'approche des nuages de plomb annonçant l'orage.

6 novembre 2010

Quand Dieu fumait sa pipe‏ (Joye)

- Sophie, viens ! cria Maman.

Ce jour-là, j’étais en train de gronder Lapin qui n’avait pas fait ses devoirs, mais je l’ai laissé devant l’ardoise avec les autres poupées, parce que l’on ne devait jamais être trop occupée pour répondre à Maman. Sinon, on risquait une petite tape qui servait de rappel.

- Oui, maman ? dis-je en arrivant à la cuisine.

- Il fait si chaud aujourd’hui ! Porte ce verre d’eau à ton grand-père dans le jardin et demande-lui s’il veut déjeuner avec nous.

Je pris le verre dans les deux mains et sortis de la maison, allant lentement jusqu’à l’orme où mon grand-père était assis sous l’ombre. J’avais appris à ne pas courir. Lorsque je courais, l’eau ne restait jamais dans le verre.

- Tiens, Papy, tu veux de l’eau ?

Papy ne prit pas le verre, alors, je le mis soigneusement par terre à côté de lui. Il était sans doute fatigué, ayant passé la matinée à bêcher les chardons qui poussaient dans  les longs rangs de maïs qui traversaient les champs de son fils.  Papa aurait pu y passer avec son tracteur, mais mon grand-père, dur et angulaire, n’était pas le genre d’homme à ne rien faire de sa journée. Même s’il faisait très chaud, comme ce jour-là.

Je m’assis par terre à côté de lui.  Mes petits pieds dodus, nus et sales, arrivaient au niveau de ses maigres cuisses sous son pantalon poussiéreux.  Je me demandais si un jour mes jambes seraient aussi longues que les siennes, une chose qui me semblait impossible.

Quelques brins d’herbe me piquaient les jambes nues. Une mouche vrombissait autour de nos têtes. Je regardai les petites gouttes de sueur aux tempes grises de mon grand-père. Elles semblaient attendre que la grosse veine bleue zigzaguant juste au-dessous sa peau s’y éclate.

D’un coup, je me souvins de la question de maman.

- Maman veut savoir si tu veux déjeuner avec nous ?

Il grogna entre ses petites dents jaunes et carrées qui serraient la tige de sa pipe. Le tabac sentait bon.

- D’accord, dis-je, mais je ne me pressai pas pour rentrer le dire à maman. Je savais que maman ferait assez de pommes de terre pour nous tous : Papa, mes frères, Papy, maman et moi.

Je regardai les taches du ciel bleu entre le noir des feuilles et j’attendis que Papy me parle.

Mais ce jour-là, Papy fumait sa pipe et regardait le ciel. Je pensai à lui demander l’heure. Papy savait toujours l’heure précise, miraculeusement, parce qu’il ne portait jamais de montre.

- Papy, quelle heure il est ?

Il ne répondit pas.

J’en avais l’habitude. Ce n’était pas un homme qui parlait beaucoup.

Je regardai les nuages dans le ciel. Ils étaient gros et blancs, comme des moutons qu’on avait oublié de tondre. Mais plus propres. Pas comme les vrais moutons dans la ferme. Plus comme les moutons dans les dessins animés. C’était Papy qui m’avait dit qu’il y avait des nuages comme ça quand Dieu fumait sa pipe. J’avais ri à penser que Dieu était un vieux comme mon Papy, qui fumait une pipe, comme lui, et qui savait quand tu disais un mensonge. Je me demandais si Dieu bêchait aussi les champs de Jésus. J’étais sur le point de poser la question à Papy, mais je vis qu’il avait fermé les yeux. Papy aimait faire la sieste quelquefois.

- Sophie !  C’était la voix de maman. À table !

Je courus à la maison. C’était toujours à moi de mettre le bassin d’eau sur la véranda afin que Papy et mes frères se lavent avant de manger.

La porte claqua derrière moi.

- Papy, il ne vient pas ? demanda Maman, en train de remplir les verres sur la table.

- Si, je crois, lui répondis-je avant d’aller chercher le vieux bassin et des serviettes.

Maman dut regarder par la fenêtre. Dans la salle d’eau, j’entendis le son de la cruche qui cassait, quelques pas rapides sur le plancher de la cuisine, la porte qui claquait, et puis la voix de ma maman au jardin, hurlant « Eugène ! Eugène ! ».

Ce jour-là, Papy ne répondit pas.

6 novembre 2010

No futurisme (Joe Krapov)

1008229_048bisLe nuage en pantalon
N’aura pas vu venir
Le coup de revolver
Qui mit Maïakovsky
Echec et mat.



Rien n’est plus silencieux090122_001
Ni plus indifférent
Que ces moutons informes
Qui passent en silence
Au-dessus de nos têtes
Et cachent le soleil,


100514_003Témoins muets et neutres
D’un cycle permanent
De romans policiers
Où l’homme rivalise
Avec la main de Dieu.


La fumée des canons,070805_145
La cendre des volcans,
Les cheminées d’usines,
Rien n’atteint jamais
Ces coursiers hautains.



100716_022Seul parfois quelque pic
Transperce leur secret
Mais le berger se perd
Dans leur brouillard intime,
Dans leur cercueil ouaté.


Moi qui marche dans la plaine101029_011
Je les aime rosés par-dessus la Vilaine
Et j’apprécie qu’ils y noient
Leur peu de poids,
Leur peu de foi


Car après tout
Ils sont fragiles comme nous :
Un peu de dépression
Et les nuages en pantalon…
Trois petits tours… et pluie s’en vont !


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Le défi du samedi
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