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Le défi du samedi

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27 janvier 2018

Et c'est reparti ! (Walrus)

 

Comme chaque semaine, je me demande ce que je vais bien pouvoir pondre sur le sujet que j'ai moi-même choisi. Mais trève de nombrilisme : je ne suis pas le seul à devoir me torturer les méninges : que vont faire les autres participants ?

Essayons d'imaginer les divers incipits :

bongopinot
L'Andalousie est une chanson douce

Caro_Carito
Pas de Xérès au Pérou !

JAK
JAK costai près de Jerez de la Frontera en remontant le Guadalete

Joe Krapov
Je t'écris de l'unique bodéga de Charleville

joye
Faut pas confondre Sherry et Cherry

Kate
Vous vous rappelez ma bouteille à la mer ? Elle avait contenu du Xérès, pas mauvais d'ailleurs...

Laura
J'ai déterré la barrique d'Amontillado d'Edgar Allan Poe !

Maryline18
Sur les rives paisibles du Guadalquivir,

Minuitdixhuit
T'en foutrai du Xérès, moi ! Et le Porto, alors ?

Nana Fafo
Le Xérès... amener ça au sommet du Bréquin, c'est pas coton !

Pascal
À Cadix, ça n'avait pas été facile de ramener discrètement à bord ce tonnelet de Jerez.

Thérèse
Sous la lampe de Gallé, le verre de Xérès jetait des éclats d'ambre

Tilleul
En retournant le fouillis de la cave, les enfants ont retrouvé une bouteille poussiéreuse

Vegas sur sarthe
Germaine ? Un doigt de Sherry, chérie ?

Venise
Il ne faut pas dire Xérès, je ne boirai pas de ton eau !

Walrus
Comme chaque semaine,

 

 

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27 janvier 2018

Les trois femmes de ta vie (Pascal)

  

Ho, tu n’en as pas eu trente-six. Je ne parle pas des bouche-trous, des conquêtes d’un soir pêchées dans le vivier d’une piste de danse, des BCBG directement sorties des sites de rencontre. Te souviens-tu de cette belle grenobloise, couleur d’ébène, avec ses grands rires forcés à briser aussi tes vitres ?... Et, je ne sais comment tu avais fait, cette véritable Claudette que tu avais ramenée de Lyon ?... Elle avait de beaux restes ; pendant votre idylle, je te chantais « Alexandrie » juste pour te faire râler !...
Et la « camionneuse » aux cheveux courts et aux bras si musclés ! Elle ne voulait plus décoller de ta maison !...  Elles étaient toutes des braves filles, en fin de compte ; dupes ou pas dupes, avec toi, elles pensaient  avoir retrouvé un semblant de prince charmant ; rêveuses, elles cherchaient encore une roue de secours à leur carrosse en perdition…    

Ta femme ? Celle avec qui tu as eu tes enfants ? Même pas ; ça, c’était facile. A vingt ans, tu aurais pu les faire avec n’importe laquelle. Elles te couraient toutes après ; avec ta belle gueule de jeune premier, ton imagination débordante et tes airs de chevalier servant, elles voulaient toutes pondre leur œuf dans ta litière. Tu l’as trompée, elle aussi, mais c’était un sport, un emploi du temps occulte pour tuer la routine, une façon de ne pas mourir en avance…    

Tu n’en as pas eu trente-six ; celles qui ont vraiment compté pour toi se tiennent sur les doigts d’une demi-main. L’andalouse pulpeuse, celle qui a vécu dix ans avec toi après ton divorce ? Non, elle ne compte pas. C’est celle qui t’a appris à trop boire. Restos, boîtes de nuits, amis, voyages, délires, sorties, re-restos, pour tenir sa cadence de fêtarde, tu as abusé de tous les expédients. T’as cru rajeunir en mettant à ton bras cette poulette plus rafraîchissante. Tu t’es mis à picoler sérieusement. Un jour, les flics t’ont arrêté ; tu avais quatre grammes quatre-vingts d’alcool dans le sang ; tu étais tout fier de raconter ton  exploit d’ivrognerie ! Le Xérès, comme tous les breuvages qui passaient à ta portée, tu le buvais en apéritif, en digestif, en sirop, en solitaire, en cachette. Sans modération, tu es parti en cure de désintoxication ; d’un coup d’éventail, la belle espagnole a fait ses valises sans t’attendre et s’est envolée vers d’autres matadors…   

Non, tu n’en as pas eu trente-six. En première, sur ta si courte liste, il y a eu ta maman. Elle a toujours réparé tes dégâts, les petits et les grands. Quand tu étais gamin, à ton chevet, elle était là pour chasser tes cauchemars, essuyer tes pleurs et panser tes genoux écorchés ; plus grand, elle soignait tes retours ensanglantés de boîtes de nuit, elle arrondissait tes fins de mois difficiles, elle t’évitait les colères destructrices de ton père et, quand tu repartais dans ton studio, combien de fois a t-elle rempli le coffre de ta bagnole avec de la bouffe. Et plus tard encore, quand tu prenais des cuites sidérales, passablement inquiète, elle te surveillait derrière la grande baie vitrée… 

Il y a eu ta chef de Service ; arrivée à point nommé dans ton existence, elle a vite compris tout ton potentiel et tout l’ego qui bouillait sous ta carapace de grand seigneur. Elle t’a remis sur les rails, elle a exhorté tes qualités, a redoré ton blason, t’a confié des lourds dossiers, des missions de confiance et, toi, toujours aussi généreux, tu t’en sortais comme un chef. Tu la vouvoyais mais tu l’appelais par son prénom devant tout le monde. Avec elle, tu avais repris confiance ; tu étais devenu un bourreau de travail, cherchant toujours une caresse de remerciement dans le sens du poil pour justifier tes prestations. Toujours en costard, tu étais de toutes les réunions, de tous les stages, de toutes les conférences, déclamant tes speechs devant les grands pontes de ta boîte. Elle savait te flatter, exacerber tes compétences, louer tes services et, toi, tu faisais le beau comme un toutou qui réclame le susucre d’une hypothétique augmentation. Tu avais son appui professionnel ; bien campé sur tes deux jambes, tu brillais comme un Don Quichotte en armure devant ses moulins à vent… Et tu fumais, tu fumais comme une cheminée d’usine en plein labeur de semaine ; clope sur clope, paquet par paquet, jamais tu ne faisais grève, jamais tu ne prenais un jour de repos, jamais tu ne t’arrêtais. Tu débordais d’heures supplémentaires, tu avais plein de jours de congés et tu ne savais plus quoi en faire… 

Et puis, il y a eu Jacqueline, la fameuse Jacqueline. Elle est entrée dans ta vie comme un soleil d’horizon qui n’arrête plus d’enflammer ses paysages ; même si tu t’en es toujours défendu, tu étais littéralement ébloui par ce démon de la cinquantaine qui avait pris la forme de cette extraordinaire chimère aux yeux verts et aux cheveux rouges…  
Celle-là, tu l’aimais, Dieu que tu l’aimais ; c’est comme si tu avais misé sur elle la somme de tous tes espoirs futuristes. Tout ce que tu n’avais pas dit aux autres, tu l’avais réservé rien que pour elle. Tu lui avais ouvert toutes les portes de ta maison, tu l’avais sacralisée auprès de tous tes amis, tu accueillais ses enfants, tu acquittais ses dettes, tu réparais sa bagnole, tu portais ses courses, tu léchais ses bottes, et que sais-je encore…
Malheureusement, parce que c’est toujours comme ça, ce n’était pas réciproque. Quand tu lui parlais d’Amour, elle te parlait de vacances lointaines, de bons restaurants, de grands magasins ; quand tu lui parlais de ses yeux, elle te parlait de bijoux assortis, de belles chaussures, d’anniversaires, de cadeaux de Noël. Elle avait pris des goûts de luxe depuis que tu l’avais prise dans tes bras. En éternelle armure de chevalier, ton écu, c’était ta carte bleue et ton épée, c’était le stylo pour signer les chèques…  
Elle voulait toujours te faire décrocher la lune et, toi, tu n’étais jamais à court d’échelles ! Tu tirais des plans de comète ! Tu avais des vœux que tu envoyais aux étoiles filantes ! Haute couture, bijoux, parures, artifices, rien n’était jamais assez beau pour enjoliver ses caprices ! Pour elle, tu as emprunté à des potes, tu as fait des crédits aux banques, tu t’es endetté jusqu’à ne plus aller ramasser ton courrier. C’est vrai qu’elle était belle et la beauté, ça se paie. C’était seulement une garce intéressée et tu jetais à ses pieds tout ton or et toute ta fièvre…  
Forcément, entre les trois, pour tenir, t’as fait le joint avec les excès tous azimuts et si tu as souvent levé le coude, ce n’était pas en signe d’allégeance, c’était seulement pour tenir l’infernal rythme de cette vie tellement tumultueuse…   

Ta maman est décédée, ta chef de service a changé de région et la garce rousse, avec qui tu croyais que le ciel serait toujours bleu, s’est barrée avec un amant plus fortuné. Mais comme tu ne voulais pas rester seul, tu as attrapé un cancer, cette saloperie qui s’accroche mieux aux désespérés qu’aux autres.
Tu as à peine soixante-deux ans ; tu es alité, tu regardes obstinément le plafond comme s’il allait enfin s’entrouvrir sur ton paradis parce que ce maudit purgatoire dure depuis trop longtemps. Dans ton silence médicamenteux, te connaissant depuis l’enfance, je sais que tu penses en boucle à elles trois ; debout sur le podium de tes meilleurs souvenirs, elles sont ton tiercé gagnant. Tu dois leur parler, les malaxer de ta tendresse toujours aussi gauche, les embrasser, les ressortir avec leurs plus belles images, tirer au sort pour savoir laquelle des trois occupera ta prochaine nuit blanche. Souvent, il vient ta fille pour te réconforter et prendre soin de son papa ; elle pleure au bord du lit quand tu t’assoupis mais, elle… elle ne compte pas…

 

27 janvier 2018

Xérès que c'est ? (Kate)

 

Comment ne me suis-je pas plus préparée à l'arrivée de ce mot étrange que je connais mais n'emploie jamais ?

Pourquoi ai-je passé tant de temps à creuser encore le sujet "thuriféraire" ?

Comment n'ai-je pas pensé que la lettre X allait poser problème ?

Pourquoi ne pas avoir anticipé, cherché, pioché, planché, sachant que le mot "xylophage" avait déjà été traité (et bien traité !), dans le défi #457 ?

Comment faire pour me sortir de ce manque d'inspiration total ?

Pourquoi me suis-je secrètement persuadée que la lettre "x" elle-même allait être le thème du défi de la semaine non sans avoir envisagé qu'après T, U, W suivrait peut-être Y directement puisque suivant une logique (interne) la lettre V avait été négligée auparavant ?

Du xérès ? Mais je n'en ai jamais bu et même jamais vu !

scrabble xeres

verre xeres

Le mot servait (rarement !) au scrabble pour ma mère et était pour mon père prétexte à de longues digressions en forme de monologue sur la prononciation : à la française, à l'espagnole... ou à l'anglaise, le fameux "sherry" dont on entend toujours parler dans les films ("Vous prendrez bien un verre de sherry ?") mais qu'on ne consomme jamais ...

Certes, il en est de toutes les couleurs (des vertes et des pas mûres, sûrement !), de tous les degrés, du plus sec au plus liquoreux, du plus cher au moins cher, etc. C'est une religion merveilleuse et étrange à laquelle je vais être sous peu initiée par des fervents pratiquants, je vous en remercie par avance !

Post Scriptum : "tempus fugit", le temps s'en va, on ne peut le retenir mais ces verrières  (du XIVème siècle) de la cathédrale, choeur nord, baie Marie Madeleine, enfin trouvées et "nous en province aussi l'on a..." des anges thuriféraires ! Mais on ne le sait pas car ils sont tout là haut là haut !

 

 

tout

droit

gauche

27 janvier 2018

Historia del vinagre (Vegas sur sarthe)

 

Il y a bien longtemps au sud de la Jalousie dans les méandres du Guadalquivir qui vire un coup à droite un coup à gauche, un vieux et noble vigneron nommé Palomino Xérès de la Frontera y Villaverde del Rio y Juan del Barapute – Jerez pour les intimes – rencontra lors de la fête des vendanges une "buena chica" aux yeux de velours, la belle Maria de Cadix de la belle province de Chica-Chica-Chic-Aye-Aye-Aye.
Il fallait la voir dans la cuve en tenue folklorique fouler la récolte de ses jolis pieds nus avec son beau sourire et son air engageant.
Jerez la trouva belle puisqu'elle l'était et qu'il n'avait pas les deux yeux dans le même sabot; aussi lui fit-il rapido-presto visiter ses chais de vin blanc car il n'existe pas d'estampes japonaises en Jalousie.
Il l'emmena donc à sa bodega où elle put constater ses beaux dégâts de visu mais "qu'importe le flacon" lui dit-elle – conquise tas d'or – on va se marida car je ne veux pas d'un amant et connaissant la musique elle ajouta Chica-Chica-Chic-Aye-Aye-Aye !
Jerez y mit deux conditions : "Tu cesseras ces Chica-Chica-Chic-Aye-Aye-Aye qui encombrent le récit et tu m'appelleras Mon sherry en toute circonstance" et c'est ce qu'elle fit car les circonstances ne manquaient pas en Jalousie.

Ayant convolé – surtout par avion – en justes noces aux quatre coins de la planète il fallut se résoudre à regagner la bodega.
Mais après six mois de fût, Jerez (dit Mon sherry) fut surpris quand la bise andalouse fut venue de constater que son vin avait tourné au vinaigre; il en fut amer, d'humeur noire limite balsamique et Maria en fut de même car elle faisait tout comme son sherry.
En Jalousie les langues vont bon train et Jerez accusa aussitôt son proche voisin – un certain Pedro y Dario Moreno ya Mustapha y BrigitteBardo – d'avoir gâté sa récolte en leur absence.
Il faut dire que Pedro lorgnait depuis longtemps sur Maria et avait vu ce mariage d'un mauvais oeil car à force de lorgner il en avait perdu un comme bien des hommes de Jalousie.

Par une nuit plus noire que les autres limite balsamique, Jerez organisa une expédition punitive sur les terres de son ennemi Pedro qui ne dormait que d'un oeil mais le mauvais.
Il lui perça ses cent fûts et s'en fut dans la nuit noire limite balsamique.

De retour à sa bodega il trouva la belle Maria en extase devant un gaspacho copieusement arrosé de leur vinaigre; "Vois cette couleur ambrée presque noire Mon sherry, goûte-moi cet arôme puissant et boisé Mon sherry, c'est une tuerie Mon sherry !" dit-elle en se pâmant.
Jerez – dit et redit Mon sherry – goûta, eut-il le temps de dire "What else ?" et se pâma lui aussi car il le valait bien.
Une fois dépâmés ils décidèrent d'appeler ce truc le vinaigre by Palomino Xérès de la Frontera y Villaverde del Rio y Juan del Barapute ou plus simplement le vinaigre de Xérès afin que l'appellation rentre sur les étiquettes des bouteilles... et ça rentra.
L'argent aussi rentra, ils firent fortune en pesetas et eurent beaucoup de niños et aussi de niñas pour respecter la parité et c'est tout.

 

27 janvier 2018

Germaine (maryline18)


Dans ce parc à l'Est de la ville, elle y vient souvent. Elle y lit l'été, sous un tilleul, dans de jolies robes de mousseline aux teintes pastelles. Elle y rêve l'automne, se protégeant du vent qui secoue les arbres, de ses chapeaux qu'elle collectionne. Elle en possède treize, de différentes formes et couleurs, dont un d'homme, en feutre noir, bordé d'un galon de velour sur l'arrière... Au grand étonnement du vendeur, elle en fit l'acquisition un jour sans fin, alors qu'elle flânait dans les rues commerçantes, un peu triste...
Gemaine est couturière, elle confectionne des complets pour des messieurs "très bien", comme elle dit souvent à ses amies toutes bien mariées. Réservée, par nature, elle n'attire pas les regards et s'en est accommodé depuis toujours, bien occupée à couper, assembler, surfiler, ourler, vestes et pantalons, avec minutie, dans sa petite chambre de "Bonne", au quatrième étage de cette immeuble cossu des beaux quartiers de Paris.
Les mots doux dans le cou, les tendres éffleurements à la fin des bals, les confidences sucrées échangées à la nuit tombée, à tout cela, Germaine rêve en secret, de plus en plus souvent. Elle adorerait qu'un amoureux empressé défasse maladroitement son chignon tressé, et lui dépose de doux baisers sur sa peau parfumée à la violette.
Ce dimanche matin, le parc est désert. La rosée de ce premier jour de Mai, sublime le parfum des roses et elle ne peut réfréner l'envie d'en cueillir une, au risque de se piquer. Elle ferme un instant les yeux pour mieux humer son odeur suave et reconnaissable parmi toutes les autres. Elle a emmené le chapeau d'homme. Elle le sort de son cabas et y dépose la rose, rose à l'intérieure ainsi que le billet rempli d'espoir qu'elle a écrit d'une main tremblante. Elle le relit une dernière fois : -" Vous qui trouverez ce chapeau, sachez que je l'ai choisi pour vous, tout simplement. Si comme moi, vous rêvez de connaître enfin votre moitié et de la chérir pour toujours, alors je vous attendrai dans ce bar à l'angle de la rue Des Bleuets et de celle des Hortensias. Coiffée de ce chapeau et un brin de muguet à la main, je vous reconnaîtrai. Assise à la troisième table sur la gauche, en entrant. Je vous attendrez en lisant le journal, à 12 heures, toute de bleu vêtue. A bientôt, G..."
Elle dépose le chapeau sur le banc où, à plusieurs reprises, elle y a apperçu un homme lire, mais sa timidité, l' avait empêché, alors de croiser son regard.
L'église sonne les douzes coups quand Germaine, paralysée, dans sa robe rose, et assise à la dernière table au fond à droite, voit s'avancer l'homme au chapeau, un brin de muguet à la main. Elle blémit et puis rougit prête à tomber dans les pommes. Le regard, encadré d'épais sourcils, balaie rapidement les tables et vient se poser sur sa chevelure. La malheureuse fait mine de chercher quelque chose dans son sac-à-main.
_"Bonjour Mademoiselle Germaine, nous avons rendez-vous, il me semble ! Le ROSE vous va à ravir !"
_"Heu...c'est une erreur, je ne voulais pas..."
_"Voila donc le pourquoi de cet achat si intrigant ! Si vous désirez que je garde ce chapeau, je vous en rembourserai la somme exact, je me souviens encore du jour où je vous l'ai vendu !"
_"Oh Monsieur Jean, qu'allez vous penser de moi ? je suis confuse !
Le vendeur de chapeau prend place en face de Germaine et lui prend doucement la main.
-"Germaine, si vous m'autorisez à vous appeler ainsi...sachez que je me languis de vous depuis que je vous ai apperçu au magasin et j'aurais reconnu ce chapeau parmi une centaine, tant j'étais désemparé le jour où j'en ai déduit que vous n'étiez plus seule...Je vous ai suivi de nombreuses fois dans nôtre parc préféré où je lisais parfois en vous attendant..."
Sa voix se veut apaisante, rassurante, caressante...Sa déclaration comble toutes les espérances de Germaine, aux anges...
_"OH Jean... moi aussi je vous aime... mais je n'osais pas croire que mon attirance puisse être réciproque... ...
Le silence c'était fait dans le café depuis l'entrée de Jean. Les habitués du quartier ne le croisaient que très rarement dans ce lieu...Son élégance naturelle imposait le respect et leur curiosité planait sur la table du couple fraîchement formé. Les clients, suspendus aux murmurent des amoureux, changeaient le nuage de fumée et l'odeur de bière omniprésente, en un brouillard s'ouvrant sur une clairière couverte de brins de muguet d'où s'élevaient des chants d'oiseaux multicolores...
_"Wouah ! wouah ! wouah !"
Boby, le caniche recueillit par le patron, dans le quartier de la gare le mois dernier, vient aux nouvelles. Il remue la queue et leur adresse un regard tout de tendresse et de questionnements mélés, qui fait rire tout le monde.
Louis, le chartutier de la rue adjacente, l'oeil rieur, se lève alors et bousculant la table de son ventre proéminent, annonce : " Patron, un verre de xérès pour les amoureux, c'est moi qui régale !"
Des applaudissements spontannés éclatent, les murmures reprennent, un rayon de soleil illumine le visage de Germaine, qui boit par petites gorgés le vin liquoreux, se donnant ainsi une raison avouable d'avoir les joues en feu et les mains tremblantes...Prémices des effets de l'amour que son audace lui offre ce premier Mai 1935.

 

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27 janvier 2018

Le xérès qui a failli nous coûter cher... (Tilleul)


L'histoire que je vous raconte se passe en 1978. L’Europe sans frontière n'existe pas encore. Cette année-là nous sommes allés quinze jours en vacances en Espagne dans un petit village où les rues sans tarmac sont tout simplement empierrées. Il n'y a pratiquement pas de voitures. Les enfants découvrent le patelin aux volets clos, sans crainte de se faire renverser par l'un ou l'autre conducteur distrait. Chaque matin, le berger traverse la « Grand-Place » accompagné de son troupeau bêlant et sonnant – certaines brebis portent, en effet, une cloche autour du cou. Même si nous habitons la campagne, c'est un réel dépaysement. Nous logeons au château. Nos chambres aux murs blancs dont les lits sont uniquement garnis d'un drap – couettes et édredons sont inutiles en été- hébergent parfois un petit lézard qui a fui la chaleur de midi.
Les propriétaires cultivent des tomates, des pêches et des nectarines et nous en offrent par caissettes entières, juteuses à souhait. (Aujourd'hui, on les appelle « les mal-aimés » parce qu'ils sont trop gros ou trop petits ou trop mûrs pour la vente)
Outre ces fruits délicieux, dans les caves du château, il y a également des fûts de xérès et de muscat à la belle couleur ambrée que nous goûtons et re-goûtons avant chaque repas. Une publicité pour une bière belge dit « au plus que tu la goûtes, au plus qu'elle te goûte » ; c'est ce qui s'est passé avec le xérès. Nous décidons d'en acheter un petit tonneau et le casons entre les sièges de la voiture. Dissimulé sous un oreiller, il sert de couchette à nos enfants. (Les ceintures de sécurité n'existent pas encore).
Peu avant de passer la douane française, nous avons conseillé à nos fils de faire semblant de dormir, ainsi, pensons-nous, si le douanier éclaire l'intérieur de l'auto avec sa lampe de poche et qu'il voit les enfants endormis, il ne voudra pas les éveiller...

Le douanier : « Bonsoir Monsieur, bonsoir Madame, vous n'avez rien à déclarer » ?
Notre fils (4 ans) en se redressant : « C'est maintenant qu'il faut faire semblant de dormir » ?

27 janvier 2018

Participation de Nana fafo

Episode 03 : Pô ou pas de pot

p__ou_pas_de_pot

Pingouinnot et Loco descendirent du train à Adria en Italie, Stazionedei Treni.
La première impression de Pingouinnot : une gare toute rouge,
dans un endroit aux allures de bout du monde. Comment était-ce possible ?

Stephan, un xérus mi-rat, mi-écureuil, attendait ses nouveaux clients, un rictus aux lèvres,
on pouvait lire sur sa pancarte “Mont Bréquin”.
Il avait l’habitude de voir ces super-héros en mal de devenir, rejoindre la Bodegas.
Il connaissait déjà Loco, il l’avait récolté à Jerez de la Frontera en Andalousie,au pied de l’Espagne
(et oui dans leur Jargon aux super-héros ils parlent de récolte, une sorte de code entre eux).
Loco était un ancien, le correspondant shippers de la Bodegas Hidalgo,
il faut être locace pour vendre ce concept de super-héros !
On ne laisse jamais un nouveau, seul, arriver à destination.
Stephan avait pour mission de cueillir les nouveaux, les faire mûrir un peu,
voir même les oppresser selon les cas et fortifier cette idée de futurs héros,
pour qu’ensuite ils prennent de la bouteille et voyagent à travers le monde.
C’était la procédure autour d’un verre, au soleil et au bord de l’eau. 

Ah cette eau ! celle qui est à l’origine, pour chaque super-héros.
Ce sera donc le Pô, pour Pingouinnot, pas de pot, c’était sa destinée,
il a même fallu détourner un train pour l’y amener.
Ce fût tout un imbroglio afin qu’il ne se rende compte de rien. 

Loco tapa sur l’épaule de Stephan : “où va-t-on mon vieil ami ?”
Stephan “j’ai réservé à l’angle de Riviera Roma et Corso Vittorio, tu sais près du Pont”
Loco “ah oui, je vois, c’est là où on trouve mes petits sherry”
Pingouinnot “vous vous connaissez ? mais que faisons-nous ici ?”
Loco “patience, tu vas comprendre”
Il traversèrent à pieds, quelques rues pavés et typiques et s’installèrent à la terrasse de ce café du Pont. 

Loco commanda un vin doux, un Pedro Ximenez dont il aime le petit goût de miel.
Stephan lui préfèra un Palo Cartados et quelques fruits secs.
Quand à Pingouinnot il choisit de l’eau et une omelette légèrement arrosée de vinaigre,
ces 2 connaisseurs de Xérès l’intriguait, il préférait être sobre. 

Loco et Stephan expliquèrent à Pingouinnot que son destin était d’être un super-héros,
qu’on allait lui confier des missions et que cette révélation ne pouvait pas lui être faite ailleurs
que devant le Pô (et un pot) pour que ça fonctionne.
Heureusement qu’ils ne lui ont pas demandé de se jeter à l’eau pour son baptème ! 

Pingouinnot réfléchit tout haut : “mais pourquoi le Mont Bréquin ? Et le vilebrequin ?”
"il faudra que je me déguise comme superman ?"
Stephan répondit : “une voiture nous attend, dans 534 kilomètres vous connaîtrez la suite. “ 

Tous ces mystères commençaient à lui piquer sa fine langue de courtois,
comme un mauvais vin qui aurait, en plus, mal vieilli. 

Arrivés enfin à Saint Michel de Maurienne,
il y avait beaucoup de monde attroupé autour de quelque chose qu’on ne distinguait pas.

 

27 janvier 2018

Xérès (Minuitdixhuit)

 

— Tchérès, qu’ils disent, je te dis !
— Pas du tout : Rrrrrérès... J’ai interrogé ma bonne, Rrrrosa Dolorrrres, alors je sais de quoi je parle !
— Et moi, c’est le maçon qui refait ma salle de bain qui me l’a dit : Tchhhhhhhérès… Comme « El ingenioso hidalgo don QuiXote de la Mancha », Don Quichhhhote, pas Don qui rote !
Il est fier de sa culture, il savoure le point qu’il vient de marquer. Mais la femme est retors.
— Oui, mais au noir, tu fais travailler ton portos au noir !
— Ah, oui… Toi ton espingouine, bien sûr, tu la déclares…
— Non, mais la question n’est pas là, je n’ai pas supplié la chiquita de venir laver mes culottes…
— Ni moi, demandé à mon émigré la grâce de réparer mes chiottes. Bien content encore qu’on les paye, non ?
Il reprend une lampée du breuvage ambré. Elle hausse les sourcils imperceptiblement, car son verre est vide et son lifting récent. Au bord de la piscine, ils exposent au soleil leurs excédents pondéraux badigeonnés d’huile indice 20, engouffrés par des chaises longues prêtes à craquer d’indigestion bourelesque. Elle s’empare de la bouteille, remplit sa coupe à ras bord puis examine avec attention l’étiquette dorée :
— Xérès… Tchérès… Rérès… Bon Dieu, la vie n’est pas simple avec toutes ces choses qui viennent sournoisement d’ailleurs et pas d’ici… De toute façon c’est pas ces étrangers qui vont nous apprendre à parler la langue : Gzéresse. Un point c’est tout.
— T’as raison, on est chez nous, alors y z’ont qu’à boire du Xiesling comme tout le monde !
— Ou du Xampagne !
En hoquetant de fou-rire, elle réajuste ses énormes mamelles dans son bustier à baleine puis ouvre sa revue à la page horoscope. Avec précaution, elle chausse ses doubles foyers sur son nez tout juste refait.
En souriant, il se gratte les boules dans son boxer en nylon d’où déborde le projet d’une nouvelle liposuccion puis reprend son journal à la grille des mots croisés. Avec lenteur, il remonte ses lunettes loupes sur son nez bouffi de couperose.
— Maladie de la ménopause, dont les symptômes sont les yeux et la bouche secs. En 15 lettres.
Elle avale une gorgée rapide qui l’engoue d’une brûlure sans larmes.
— Xérodermostéose.
Il ingurgite un trait de vin qui lui noue fébrilement la gorge.
— Collectionneur de potences et d’instruments de torture en bois. 16 lettres.
— Xylopentaxophile.
— Réaction ou sentiment de rejet des étrangers ou de ce qui provient de l’étranger. En 10 lettres.
— Gzénophobie ?
— Ça rentre pas…

 

27 janvier 2018

Participation de Venise

LES Rois, la Noblesse, et les évêques anglais ne juraient que par le vin de XERES.

Le caractère Français du dit breuvage renforcé par un parfum de figue avait à lui seul bouleversé la dynastie des Plantagenets .

Un soir ivre mort le Roi avait déclaré la guerre au royaume  de France.

Seul Richard Cœur de Lion en faisait un usage raisonné en versant chaque soir quelques gouttes de l’élixir suprême au creux du saint GRAAL .

 

On sait par de savants médiévistes que les grands prélats normands , véritables contrebandiers dont  l’âme prêtée  à Dieu  faisaient commerce du Vin de XERES . On a retrouvé dans l’ABBAYE

De Saint augustin de Canterburry de vielles gourdes aussi vieilles que la tapisserie de Bayeux.

A la bataille d’HASTING on a fait l’instrument de la victoire ce vin afin d’imposer la fiscalité du royaume.

Un étudiant se léve enfin au fond de la salle .

C’est un tissu de mensonge votre thèse Madame une fake news.

Le sherry arrive tout droit d’Andalousie et n’a aucune racine anglosaxonne .

Le professeur se lève en titubant , n’entendez vous point le cri déchirant du xérès au fond des cuves ?

La salle rit aux éclats et applaudit le professeur ivre .

Comment voulez vous qu’on prenne au sérieux votre thèse dit l’étudiant irrité par ce tissu de mensonge .

Vous mélangez tout dit il en redoublant d’effort ,la force du vent et l’âge du capitaine .

Vous avez pas le pouvoir de délocaliser l’histoire du xérès.

Qu’est ce que vous en avez à foutre de la vérité ou pas dit le professeur droit dans ses bottes ?

Certes j’ai pris un peu de liberté avec l’histoire , mais des emmerdeurs dans votre genre ne me font pas peur dit le professeur le menton tressautant au bord d’un  sanglot.

Puis soudain  le professeur a coulé comme une masse de béton au fond de la mer 

20 janvier 2018

Défi #491

 

Manzanilla
Fino
Amontillado
Oloroso

Ce ne sont pas les 

Xérès

qui manquent.

Parlez-nous en sans modération !

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20 janvier 2018

Ont joué sur le velours...

20 janvier 2018

Train-Parc (Thérèse)


Tu avais trouvé un travail dans une entreprise de bâtiment qui œuvrait pour la SNCF. Mais il fallait pour cela sacrifier ta vie (notre vie) de famille, te déplaçant à travers toute la France, puisqu'il s'agissait de restaurer les voies de chemin de fer ou d'en établir de nouvelles pour le passage du TGV.

Tu ne revenais chez nous qu'une fois par semaine et la solitude te pesait. Il t'est même arrivé de passer trois semaines entières sans pouvoir revenir, quand tu étais à Miramas, au fin fond de la France.

Tu logeais dans un wagon aménagé, avec l'un de tes collègues. Mais une fois le travail terminé, celui-ci partait se distraire au dehors jusqu'à des heures avancées, tandis que tu restais seul à broyer du noir. Quand tu me téléphonais pour prendre des nouvelles des enfants et de la famille, inévitablement tu finissais toujours par pleurer ton immense solitude qui te bouffait le moral.

Le ballast, tu connaissais par cœur, la pose des rails, tu savais faire, travail de jour ou travail de nuit, tu t'en moquais, mais tu ne supportais pas cet éloignement forcé. De plus, tu dormais mal à cause des trains qui continuaient de passer, la nuit comme le jour.

Nous avions pris l'habitude de nous retrouver pour les vacances scolaires. Alors tu revenais nous chercher, les enfants et moi, et on partait ensemble jusqu'à ton repaire, ce train-parc établi en logements de fortune.
Chaque wagon était dédié à deux ouvriers. Composé de deux chambres, d'une cuisine équipée, d'une cabine de douche et d'un w.c à la turque, l'aménagement était spartiate.
Dès que tu revenais du travail, nous partions ensemble à la découverte de la ville proche. C'est ainsi que nous avons rencontré Vercingétorix à Alise Sainte Reine et le cyclope de Dôle, visité l'Hôtel-Dieu de Beaune et gravi les marches de la Citadelle de Besançon, marché sur les bords de la Marne et de la Valserine.
De Loon-Plage à Salon de Provence, j'ai accumulé quelques mauvaises photos de rivières et de fortifications que je revisite parfois, nostalgique.

Aujourd'hui encore, j'ai le cœur qui se serre quand, aux abords des gares, je regarde les voies ferrées qui se perdent dans le lointain.

 

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20 janvier 2018

Mon voyage par bongopinot

 


Wagons de voyageurs
C’est parti pour l’aventure
Car rien n’est jamais sûr
Ce train arrivera-t-il à l’heure

Je jette un coup d’œil au premier wagon
Il n’y a que quelques voyageurs
Mais tous avec leurs écouteurs
La musique me parvenait en miette de son

Je parcours le deuxième
Que des gens au visage scotché à leurs écrans
Ne jamais perdre de temps
Leur avenir est dans le travail et ils l’aiment

Dans le suivant je sus que j’y serais bien
Les personnes conversaient
Et dans ce wagon les gens souriaient
De belles heures à lire et échanger avec ses voisins

Dans ce wagon de voyageurs
J’ai vécu une charmante aventure
Et même si dans les trains rien n’est jamais sûr
Et bien là tout s'est bien passé je suis même arrivée à l’heure

 

20 janvier 2018

Participation de Venise

 

Dans le sillage bleu du train de mon enfance

Je sais ce que je dois à ces voyages crépusculaires

J’ai tout bu dans ce wagon feutré , des aubes rougeoyantes , à la mer gonflée d’écume , aux troupeaux accroupis sur de mornes prairies.

Jeté dans la tempête tel un forçat tirant ses wagons d’or.

Face à d’immobiles montagnes.

Un jour nouveau déchirait l’horizon.

Ho !! la bonne aventure qui fond lascivement dans le frimas du littoral

Doux matins, océans d’haches de guerre et ce vent penché au wagon qui fraichit ma joue.

Bel esclave fou qui remue ses chaines pendant que les collines regardent passer le train.

Voilà qui monte à moi le désir enfoui de conduire ce bolide.

D’épouvantables vents sacrent ma destinée ;

Depuis je marche d’une marche furieuse qui vient réanimer les chiens fous bourré d’envie de tenter le voyage.

Le grand soleil de mai arrose mon visage, voici le grand canyon j’y arrête mes pas

J’entends encore l’écho du ronflement du train qui me ramène dans la gare de Blanzac 

Le voyage et le train , des hivers crépitants dans les coquilles sombres des wagons

Quand dehors il neigeait le roulis crevait mon sommeil pour allumer les nuits.

Et si on semait des rails comme poussent des marguerites,

Assez roulis de mon enfance ,

Assez , chuchotement des cris des voyageurs restés à quai .

Il serait temps que dans ce siècle que tous nous fassions ce voyage,

Assez crie la petite fille , montons dans ces wagons , que l’homme séme le voyage en attendant qu’ils s’aiment .

Lisons derrière la vitre du wagon le silence de l’immensité  du monde , ramassons le chien jeté dans le fossé .

Libérons les hommes qu’on va brûler

Que dans ce wagon de mon enfance ne s’abritent que les  grandes espérances .

 

20 janvier 2018

Boby (maryline18)

 

 

Wouah ! wouah! wouah! Fais boby, sur le quai déserté,

Adopté, gentiment, six mois avant l'été,

Gueulant à tout va, sa peur, à qui peut l'entendre ;

Oubliant les beaux jours, essayant de comprendre,

Nuit après nuit, plein d'espoir pour le prochain train...

 

( Je sais, le début de l'histoire est triste mais maintenant que Boby est né, je lui écrirai une suite à mon petit (futur) protégé, c'est promis !)

20 janvier 2018

Oufti ! (Walrus)

 

À une seconde près, je le ratais ce train !

J'ai juste eu le temps de sauter dans le dernier wagon avec l'aide du convoyeur qui m'a tendu la main après que j'ai eu jeté mon cartable sur le plancher alors que le train commençait déjà à prendre de la vitesse à grand renfort de nuages de vapeur.

Et le dernier wagon, en l'occurrence, c'était le fourgon.

C'était la première fois que je pénétrais dans ce type de voiture avec ses rayonnages et ses paquets entassés au sol (pour la suivante, il me faudrait attendre la visite du musée du train à la gare de Schaerbeek, l'an passé !).

Mon séjour n'y serait pas long : le temps de remercier l'employé pour son aide et à l'arrêt suivant de cet omnibus, j'irais rejoindre un wagon pour voyageurs.

Quand j'y pense aujourd'hui, à l'époque du sacro-saint principe de précaution, je doute que je puisse renouveler encore ce genre d'exploit. Mais de toute façon, ça n'a guère d'importance : il y a belle lurette que je ne cours plus après les moyens de transport.

 

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20 janvier 2018

Elles s'appelaient toutes Adrienne (joye)

wagon-train-food-blog

Ah ! Ces coriaces qui osaient traverser

Un nouveau continent dans un wagon perfide,

Quittant chaque confort pour tout recommencer.

Abandonnant leur vie pour devenir sylphides

Des plaines inconnues et dures à transpercer,

Toute sacrifice qu’elles devaient affronter

Changeait leur quotidien en enfer éhonté,

Taciturne et cruel, des âmes à exercer.

Elles qui donnaient leur tout, qui aimaient sans compter,

Subies à l’injustice d’un sort peu réciproque,

Femmes et pionnières, simples, et sans braverie,

Vivant qui fait souffrir, sans cesser, sans dompter :

Ces jolies roses farouches qui ont vaincu le roc,

Belles fleurs sauvages dans les vastes prairies.

20 janvier 2018

Vitesse, vapeur, pluie (Laura)

 


Comme la locomotive du Great Western Railway a du paraître rapide
A ceux qui étaient dans ses wagons, aux spectateurs comme le peintre !
Comme William Turner a représenté dans ce tableau le train et sa vitesse
Comme un monstre mythologique sortant du néant, innovation presque abstraite.

Comme l’application de la machine à vapeur à la locomotive
Par notre voisin ardéchois Marc Seguin a bouleversé nos modes
De transport alors que le voyage est un moyen de connaissance.
Du monde ; facilité, le Grand Tour n’est pas encore un monstre touristique.

Comme la pluie se mêle à la vapeur d’eau pour flouter « la bête humaine »
Que nous conduisait pas encore Jean Gabin ; bienheureux les peintres de la liquide
Offrande du ciel ; bienheureux Turner, qui, comme Boudin a su voir l’étrange
Beauté des ciels brouillés[1] et nous entraîner dans « Pluie, vapeur, vitesse[2]. »

 

20 janvier 2018

Les jours meilleurs (Caro_Carito)

 


Il est arrivé dans la nuit. Cependant, dans la folie qui avait suivi Félicie, dernière-née des tempêtes qui balayaient le Pays des Gaillerons depuis le 12 février, personne ne s’était rendu compte de sa disparition. Le village avait eu son compte de toits pulvérisés, de vieillards envolés, d’inondations, de vaches en goguette, de pillage et de pénurie. Alors la disparition d’un wagon d’une compagnie de chemin de fer économiquement à l’agonie, qui pouvait s’en soucier ?

Lorsque Bastien est venu nous avertir de sa présence incongrue une semaine après la catastrophe, nous avons fermé la porte de la maison à double-tour. Après avoir intimé au chien d’attaquer tout intrus et l’avoir laissé, nous avons parcouru la distance qui nous séparait du bois des Luets.

Le wagon nous attendait à l’ombre d’un érable, presque fringant ; sa porte entrouverte nous invitait à pénétrer dans un intérieur impeccable. Une première classe. Nous avons fait le tour en potentiels propriétaires. Deux couchettes dans le compartiment des contrôleurs. A peine quelques feuilles et quelques branches accrochés aux vitres et pas une éraflure. A croire qu’il avait poussé, d’un coup, là au fond du pré, comme les jonquilles surgissent au printemps.

La première fois que nous avons embarqué, nous nous étions décidés pour le pays des mille étangs. Le printemps était encore timide. Nous avions pris les parkas et le panier rempli de saucissons et de jambon-beurre-cornichons. Le café était resté au chaud dans le thermos et, à midi, nous avions étendu sur l’herbe une vieille couverture. Jeux de ballons et courses avaient ponctué la journée. Pendant le retour, sur les murs verts du wagon, les enfants avaient accroché des dessins de pièces d’eau colorées. J’avais tracé un itinéraire zigzagant sur la page arrachée d’un vieil atlas : terre de Picadou, étang d’Hardouine et de Bignotoi. Joachim avait raconté des histoires d’écrevisses américaines et de meurtres non résolus, il avait parlé d’une vieille guerre avec des américains et des allemands, des histoires de pêche et de chasse. Nous étions rentrés, fourbus, comme si nous avions effectivement franchi des dizaines de kilomètres ; le wagon n’avait pourtant pas bougé d’un iota.

C’est pendant l’été où nous voyagions le plus, l’Espagne et le Luxembourg, la Bosnie-Herzégovine, de plus en plus en loin, de plus en plus longtemps. En 2036, notre première traversée des Etats-Unis. A nous les vastes plaines, l’odeur de T-Bone grillé que même les courants d’air ne parvenaient pas à chasser. Du coca, des beans et du bacon au petit déjeuner. A Pâques, nous allions invariablement voir la mer, comme un pèlerinage. Joachim préférait les Landes, les enfants tour à tour, Marseille, Antibes, ou Perpignan. Je voulais la longue bande claire et humide du Sillon voire une des plages sauvages cachées entre Cancale et Saint-Malo. A la fin du jour, nous repliions nos rêves et rentrions.

La nuit s’approche derrière le vieux bosquet. Il me faut retourner au wagon ; un enfant a oublié un jeu ou un nounours. Il faisait si chaud aujourd’hui que nous avons pris des bassines et des bidons remplis d’eau. Nous avons traversé l’Atlantique jusqu’en Araucanie, visitant Temuco, la ville de Pablo Neruda, regardant les trains de son enfance, touchant le sable de Puerto Saavedra. Ensuite nous avons joué à faire naître des vagues et des embruns dans des cuvettes en vieux plastique. Les mers sont aujourd’hui si sales que l’on ne s’en approche pas.

Après avoir rapidement trouvé la peluche retardataire, je me suis assise sur une banquette. Près de la vitre, une feuille recouverte d’un poème s’agite doucement. Ce matin, après l’avoir accrochée, j’avais cru apercevoir une mouette brisant le ciel et, plus loin, l’océan, identique à ceux que j’avais croisés quand il était encore possible de pousser les frontières et de voyager.

Immobile dans la pénombre fragile, je me rappelle la mer, je repense à l’odeur saline que nous ne reconnaitrions sans doute plus. Ici, nous pouvons croire en des jours meilleurs. Dans ce wagon qui semble être né, dans un champ, d’une tempête et d’un poème de Pablo Neruda.

 

Oh ! long Train de nuit,

souvent

du sud en direction du nord,

au milieu des ponchos mouillés,

des céréales,

des bottes que la boue raidit,

en troisième classe,

tu as déroulé la géographie.

C’est peut-être alors que j’ai commencé

la page terrestre,

que j’ai appris les kilomètres

de la fumée,

l’étendue du silence.

 

Pablo Neruda : Mémorial de l'île Noire (1964. extraits)

 

20 janvier 2018

Un Train de rêve (JAK)

 

Je suis mécano chez  Mastodon et mes   sympathiques collègues m’ont  offert,    un voyage en train  prestigieux, à l’occasion de mon  départ à  la retraite. Je n’ai à m’occuper de rien, tout est prêt pour que j’appareille.

Ce n’est pas peu   ce parcours prestigieux à bord du  TRANSTRAINTRAIN  dont je  leur ai tant parlé.

M’y voici enfin sur ce quai de gare !  Le monstre m’impressionne.  m’émerveille, m’époustoufle,

Fier comme Artaban , je suis  sur mon 31 – ici les jeans ne sont pas admis- .

Je ne vois que des couples énamourés, et moi, célibataire endurci, suis seul,  Mon compagnon l’ inestimable AZORA * a été refusé du fait de son manque de tenue en société

Je joue les habitués décontractés, et je monte   prestement  dans  le  train  où une place m’est réservée. Un chef de wagon m’accueille et m’octroie mon emplacement.

Installation, vérification des couchettes, j’en ai deux à ma disposition.

Un tour au restaurant, je pense que tout sera ad hoc.

Les paysages défilent, des vues imprenables, que je prends quand même,  en les pixélisant  avec mon petit téléphone portable.

Ma destination lointaine me porte à la rêverie. J’imagine la grande capitale où je ferais une escapade.

Un watchmann passe me demander si je n’ai besoin de rien. Le tacatac-tacatac-tacatac  du roulement  me berce agréablement.

Arrivé en gare de  Moskva,  Poutine en personne m’accueille, voulant me rendre honneur. - a-t-il connu par ses réseaux nombreux  mes activités d’ex syndicaliste,?-

Sourire figé aux lèvres, il me prend dans ses bras et m’embrasse sur la bouche, J'en suis tout retourné.  Me demande des nouvelles de notre président,  bizarre car hier aux infos je l’ai vu  avec lui.

M’annonce que pour la coupe du monde il va faire construire un super train,

et qu’il  cogite pour  bricoler  un nouveau truc afin de déloger un certain Tromp qui commence à l’emmerder.( tiens -tiens j’avais ouï-dire qu’il avait facilité sa venue  par des attaques informatiques) Encore une fake-new

 

Je ne comprends rien à tous cela. Je suis muet, les yeux écarquillés.

La foule est dense autour de nous, formant comme une houle ondulante.

Soudain un grand fracas, Poutine est  bousculé par le brusque mouvement de la multitude  qui vient de se rendre compte que ce n’était pas moi qui était attendu,…

Alors tous se dirigent vers Depardieu  en personne qui était dans le wagon suivant !

Oui je suis son sosie, mais quand même !

Dans la bousculade  je me suis cogné et le sang coule de mon nez.

Une belle moscovite, habillée en infirmière vient éponger avec un coton doucereux mon appendice nasal.

 

Et alors...

 

 Je sens qu'AZORA lèche avec ferveur le sang qui coule de mon nez. Il s’est rendu compte dans son attention perpétuelle  pour moi que je faisais une nouvelle crise d’épistaxis, et il m’a réveillé, me sortant de ce rêve burlesque.

Il était temps que je me réveille pour ne pas manquer mon train. , Aujourd’hui c’est mon dernier jour de travail chez Mastodon, . Je vais offrir  mon pot de départ.

 

 

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