« Merde,
j'avais pas sauvegardé depuis au moins une heure ! Oh non ! »
Les
néons se sont éteints, le moniteur a brusquement cessé d'afficher
quoi que ce soit, et c'est mon collègue Lucien que je viens
d'entendre beugler du bureau d'à côté. Les onduleurs ont commencé
leur perfusion d'électrons dans les veines des serveurs sur lesquels
ils veillent : leur bip-bip ressemble à une sérénade mélancolique.
« Oh,
ne vous inquiétez pas, ça ne durera pas plus de 10 ou 15 minutes,
comme d'habitude » entends-je la secrétaire tenter de rassurer
ce pauvre Lucien.
Moi,
je m'en fiche, j'ai un portable. Je viens de l'éjecter de son socle.
J'ai encore 3 heures d'autonomie. Je peux continuer à bosser
tranquille.
Mardi,
11h45
Plus
que 1h et 8 minutes d'autonomie, me dit M. Windoz avec une précision
imbécile. Le courant n'est pas revenu. Mes collègues ont promené
leur désoeuvrement dans les couloirs. La pause, au début si
bienvenue, commence à s'éterniser. Quasiment plus personne ne peut
travailler. Les téléphones ne fonctionnent plus non plus,
j'apprends donc que la fée électricité s'est aussi infiltrée
là-dedans. Le café est froid. Par la fenêtre, je vois bien 6 ou 7
groupes de gens dehors, en train de fumer ou discuter. Apparemment la
panne touche au moins tout le quartier. Les onduleurs se sont vidés
de leur sang il y a déjà un moment et un silence étonnant règne
maintenant en salle serveurs. Je crois que je vais aller déjeuner.
Mais je vais éteindre mon PC avant.
Mardi,
23h30
Je
profite des derniers soubresauts de ma batterie pour écrire ces
quelques phrases. Plus de courant depuis ce matin. Quand je suis
sorti ce midi, il n'y avait pas de métro. Les feux tricolores me
fixaient de leurs trois yeux morts. Le restaurant où j'ai mes
habitudes servait des sandwichs. Les gens en parlaient, se posaient
des questions. Je suis rentré chez moi. Pas de télé, pas
d'Internet. J'ai ressorti mon vieux radio-cassettes à piles. Aucune
émission sur aucune fréquence. Ils ne sont pas censés avoir des
générateurs de secours ? Aucune des personnes que j'ai appelées
avec mon téléphone portable n'avait de courant. Je n'ai pas eu le
coeur à bouquiner. Je suis resté à regarder le congélateur
dégeler lentement et emporter mes victuailles dans la débâcle.
La
nuit est tombée, j'ai déstocké des bougies et pu dégotter le
briquet que j'avais quand même gardé après avoir arrêté de
fumer.
Et
me voilà, en train de tapoter sur ce clavier, à la lueur livide de
l'écran, qui s'éteindra inexorablement dans quelques minutes (vous
devriez enregistrer tout travail en cours, oui, merci M. Windoz).
Je
me fais l'effet d'un homme préhistorique blotti près de son feu
mourant dans sa caverne noire et froide.
Ca
c'est les six bières, je le savais que ça loupera jamais. C'est pas les trois
whiskys, le whisky ça donne la migraine, mais pas l'envie de pisser. Ou alors
les deux litres de rouge ? Non, ça ça donne envie de gerber. Nan c'est les
bières, sûr. Bon ben quoi qu'il en soit faut que je me relève si je veux pas
m'inonder. En pleine nuit. Quelle heure il est, au fait ? Ben il est passé où
le radio-réveil ? J'en tiens une, moi… Il est de l'autre côté, suis-je bête !!
Enfin j'espère… Ben !! Ben d'où qu'il est parti, c'est quoi ce bordel ? Bon
j'allume, tant pis si elle râle.
Comment
ça, "clic" mais pas de lumière ? COMMENT CA ?? Pas de radio-réveil,
pas de lumière, je suis pas électricien mais ça sentirait pas la panne de
courant ça ? Hum ?
Mais
en quel honneur une panne de courant ? Y'a pas eu d'orages, j'ai rien entendu. On
a réglé la facture EDF, j'en suis sûr. Chèque de 138.69€, merci bien, un peu qu'on
l'a réglée !! Ils ont pas le droit de nous couper le courant, ces fumiers là !
FUMIERS !!
Bon
faut que j'arrête de m'agiter, madame commence à grogner… Si ça se trouve c'est
de sa faute, elle a encore allumé le four thermostat 15 en même temps qu'elle a
mis une machine de serviettes à 90°, réglé tous les radiateurs sur 7 et laissé
la télé allumée sur toutes les chaines en même temps. Forcément que ça fait
plus de 15 mA et que ça disjoncte, forcément ! Si c'est pas pour me faire chier
alors c'est pour quoi qu'elle a fait ça, hum ?
Mouais…
Ou
alors… L'alarme. Le voyant de l'alarme ! Eteint, lui aussi ! Le voyant de
l'alarme éteint alors qu'en cas de panne de secteur il est censé clignoter,
alimenté par sa batterie interne ou je sais-pas-trop-quoi, pour signaler que
l'alarme n'est plus active. Quelle autonomie ?, j'en sais rien. Mais en
attendant, il ne clignote même pas. Elle est désactivée depuis combien de temps
?
Bon
faut que j'agisse, là.
Les
voleurs sont encore sûrement dans la maison. Ils ont dû garer un 38 tonnes
devant la porte et ils nous déménagent les meubles depuis plusieurs heures. Ils
doivent être au moins cent-cinquante, armés jusqu'aux dents du fond.
Si je
me lève pour aller les assommer par surprise, je vais me cogner partout et ils
vont m'entendre et me fracturer des os et je vais me pisser dessus et ils vont
violer ma femme et peut-être moi et foutre le feu pour pas qu'on retrouve leurs
traces. Mouais…
Bon,
on va plutôt favoriser le plan B.
Qui
est ?
Euh…
Ah
oui !
"
CHERIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIE !!!!! Au secours chérie c'est horrible
y'a des voleurs ils ont coupé le courant et ils sont en train de nous piquer
toutes les chaînes de la télé et tous les thermostats du four et toutes les
ampoules et ils vont te violer avec un 38 tonnes chérie c'est horrible vite
enfuis toi et en plus j'ai envie de pisser.
-Calme
toi, mon amour…
-Mais
chériiiiiiie !!!
-Mon
amour, tu as bu hier soir ?
-Oui,
un petit peu… Mais que de l'alcool, hein, pas de thé !! Je t'assure que si j'ai
envie de pisser c'est parce que…
-Mon
amour, tu es fin saoul ?
-Oh
chérie, fin saoul, fin saoul… Comme t'y vas ! Disons raide bourré, tout au mieux…
-Mon
amour, tu peux te rendormir tranquillement. Il n'y a pas de voleurs. Il n'y a
pas de panne de courant.
Mon amour, rappelle-toi : tu es aveugle depuis plus de 15 ans.
1 instant de silence soudain. 2 garçons qui –innocemment– s’exclament : « Mais,
qu’est-ce que c’est ? ». 3 secondes pour que la donzelle comprenne que le courant a
–inopinément– sauté. 4 mains qui entament une excursion sur le corps de la belle. 5 gloussements excités de l’amie serrée au plus près. 6 degrés en plus au thermomètre dans la pièce. 7 doigts qui s’attèlent sur le zip d’une fine robe d’été. 8 vêtements divers qui s’amoncellent sur le parquet
O_o\(^o^)/ //CENSURÉ\\°_°^_^
Au sol, 9 produits manufacturés à base de latex La promesse, 10 fois, d’une nouvelle soirée dans le noir
Quel jour
sommes-nous ? Vendredi ? Vous êtes sûrs ? Il est grand temps que
j’envoie mon défi alors ?
Pour le taper,
il n’y a pas de problème (tant que la batterie de mon portable est chargée…)
mais pour l’envoyer, si cette panne de courant dure, je me demande comment je
vais faire… Le soir, je m’éclaire avec des bougies, et pour me laver, je fais
chauffer de l’eau sur la gazinière… J’ai l’impression de vivre au début du
siècle dernier. Sans internet ni télé, j’ai perdu les contacts avec le monde
extérieur…
L’habitude de
tourner le robinet pour avoir de l’eau chaude, de pousser sur le bouton de
l’aspirateur pour nettoyer, de se servir de robot, moulinette, mixer…Avez-vous
remarqué qu’il existe une machine électrique pour toutes les tâches
ménagères ? (Le voisin, se
rase dans sa voiture avec la prise de l’allume-cigare). Il est interdit d’ouvrir
le congélateur… Le matin, mon réveil radio ne marche pas… Heureusement que le
soleil se lève tôt…
Cette panne
dure depuis deux jours…
C’était la
nuit, un terrible orage a éclaté et les bourrasques de vent ont arraché les
câbles trop vieux. En un instant, toute la rue s’est retrouvée dans le noir… Le
dieu Eole s’en donnait à cœur joie, il faisait valser les tôles de l’étable
voisine, il déracinait les arbustes (le boule de neige et le merisier de mon
jardin se sont retrouvés dans une position oblique…) Je n’étais pas rassurée,
craignant à chaque instant que le toit de la maison
s’envole…
Maintenant, le
calme est revenu… les ouvriers d’Electrabel s’affairent de tout côté pour réparer
les dégâts… Mais, qu’est-ce que j’entends ? Le frigo recommence à
ronronner, les spots de la cuisine sont allumés… Youpi ! C’est
réparé ! Je poste tout de
suite !
Ce samedi-là, j’avais pris le bus n° 11 à 13 h
38 et je fredonnais « One after 909 » de l’album « Let it be »
des regrettés Beatles. Le bus qui me mène au centre de la bonne ville de 35000
Rennes dessert, sur toute sa longueur, 38 stations aux noms plus ou moins
poétiques : Petit pré, Trois marches, Vallée, Liberté, Place de Bretagne.
Je suis descendu à Champs libres pour me rendre à la bibliothèque du même nom.
J’ai fait quinze pas sur le boulevard Magenta, j’ai tourné à gauche et 50 mètres
plus loin je suis entré dans le bâtiment en forme de pyramide renversée imaginé
par M. Tatin de Portzamparc.
A Rennes, nous n’avons pas de pétrole mais
nous avons du RFID. La restitution des six documents que j’avais empruntés est
donc effectuée par une seule personne, en l’occurrence moi-même, sur une des
deux plates-formes qui utilisent l’identification par radiofréquence. C’est
nouveau, ça vient de sortir. Bientôt nous-mêmes serons équipés d’une puce identique
et cela permettra au Système central de savoir toujours où nous sommes, alors
que la question serait plutôt de savoir où il se croit, lui, le Système
central.
Après avoir déposé délicatement mes livres,
disques et dévédés dans une des six poubelles ad hoc, je me suis dirigé vers
l’ascenseur. En effet les dévédés sont installés au cinquième étage et si j’ai
le droit d’en emprunter deux, je n’ai pas toujours l’énergie suffisante pour
« ne pas oublier de grimper là-haut » : ce n’est pas Rio et cinq
étages ce n’est pas rien. J’ai donc attendu sagement en fredonnant « When
i’m sixty four » que la flèche lumineuse cesse de clignoter, qu’un 0
s’affiche à sa place et que « Shazam ! » la cabine s’immobilise
et les portes s’ouvrent.
Trois personnes sont sorties et je suis entré,
seul. J’étais en train d’appuyer sur le bouton n° 5 quand une jeune femme
blonde s’est infiltrée entre les portes coulissantes pour me rejoindre dans
l’habitacle.
Comment vous dire la sensation de stupeur qui
s’empara de moi à ce moment ? Qu’eussiez-vous ressenti vous-même, à ma
place ? Le visage poupin, angélique de la jolie dame blonde, je venais de
le voir un instant plus tôt encore sur la pochette du DVD « Troublez-moi
ce soir » que je venais de restituer. Je zyeutai de plus belle : c’était
bien Marilyn Monroe qui était là ! Le plus surprenant était qu’elle me
regardait tout aussi effarée, comme si j’étais moi-même devenu d’un seul coup
Yves Montand ou John Fitzgerald Kennedy !
Je restai silencieux, sifflotant tout juste
« Eight days a week » pour me donner une contenance. Je n’osai même
pas lui demander si elle voulait que j’appuie sur le bouton 3 ou 4. D’ailleurs,
nous étions déjà presque rendus au 3e quand soudain, histoire
d’ajouter un grain de piment à ce récit qui n’en manque pourtant pas, la cabine
stoppa brutalement et le noir se fit.
Nous attendîmes un moment en silence, comme
sur les bords d’un lac d’Irlande, que la cabine aux parois de laque qui
déconnait redémarrât. Mais « Kill que nenni ! », comme on dit
dans les pubs de Dublin ! Cela devenait gênant. C’était peut-être la fin
du monde. Nous serions alors le dernier couple sur la Terre et soudain, au
moment où nous ne nous y attendrions plus, quelqu’un frapperait à la porte,
comme dans une nouvelle de Charlie Brown, ou un auteur avec un nom comme ça.
Je dois dire que jamais je ne connus de ma vie
silence plus gênant. Je me rappelai un sketch de Pierre Desproges à propos
d’ascenseur, lui aussi. Au bout de deux ou trois minutes qui me parurent plus
longues que sept ans de réflexion, j’allais appuyer sur tous les boutons pour
déclencher un signal d’alarme, appeler, nous manifester quand la célébrissime blonde
platine balbutia la première :
- Excusez-moi… Je sais que je vais vous
demander quelque chose d’inattendu mais c’est cela ou trépigner et crier. Je
suis sujette à des crises d’a…1 et dans des circonstances e…2 j’ai besoin qu’on me … Comment vous dire
cela… Accepteriez-vous de me b…3
Quoi ? Moi ? B…4 Marilyn Monroe dans un ascenseur en
panne ? Jamais je n’eusse imaginé cela même en rêve ! Elle vint se
blottir dans mes bras et je lui caressai le dos. Elle sentait bon, elle avait
des rondeurs intéressantes et je regrettai bientôt qu’elle portât autant de
tissu par-dessus son Chanel n° 5. D’un seul coup elle é…5. Je sortis le plus élégamment possible ma b…6 de mon p… 7et lui tendis l’objet afin qu’elle se m…8 avec. Elle le fit lentement, délicatement.
- Excusez-moi. Je suis très e…9
- Reprenons, voulez-vous ? J’ai
l’impression que ça vous fait du bien.
- Oui. Vos mains sont très douces, très
réconfortantes. Ca me calme bien. Vous pourriez me chanter quelque chose en
même temps ?
Qu’est-ce qu’on peut bien chanter en b…10 Marilyn Monroe ? Quand même pas « Mélanie »
de Georges Brassens ! Quoique… Brassens ? La situation me rappelait
sa chanson « L’orage ». Je lui fredonnai donc, tout en pratiquant mes
massages, la chanson du grand Georges à propos du petit Benjamin Franklin qui
était un gars du tonnerre. Après cette première accalmie elle se remit à
s’agiter et cette fois, au finale, c’est moi qui é…11
- Je crois que j’ai attrapé vos m…12 ! lui-dis-je un peu piteux.
A ce moment-là la lumière revint et
l’ascenseur reprit sa montée. Nous nous rajustâmes, un peu gênés, et
atteignîmes le cinquième étage. Les portes s’ouvrirent, je la laissai passer la
première. Sur le palier, elle se tourna vers moi et me dit :
- Je vous remercie beaucoup, monsieur Depp.
Vous avez été très bien, Johnny !
- Mais vous aussi, Miss Marilyn, répondis-je.
Seulement… Je ne m’appelle pas Depp !
- Comment ? Vous n’êtes pas Johnny
Depp ?
- Je suis désolé. Je m’appelle Joe Krapov. Ma
carte de bibliothèque qui porte le n° 10501050 peut en faire foi !
A peine avais-je prononcé cette ineptie qu’il
se passa quelque chose d’étonnant. Elle se métamorphosa proprement sous mes
yeux et me regarda avec des yeux comme dessillés. Elle était devenue une
lectrice des Champs libres, encore séduisante certes comme toutes les Rennaises
, mais ce n’était plus Marilyn Monroe, donc c’était différent.
- Je ne suis pas Marilyn Monroe non plus. Je
crois que je faisais une expérience pour un atelier d’écriture. Il fallait que
je raconte ma rencontre avec une célébrité.
- C’est drôle ! Moi je devais raconter
une panne de courant pour le Défi du samedi !
Je m’enhardis d’un seul coup.
- Nous pourrions peut-être nous revoir, ne
serait-ce que pour écrire ensemble ou échanger sur les consignes… Entre
écrivants…
- Je ne crois pas que ça va être possible. D’abord,
on ne se mélange pas à Rennes, même si on agit dans le même secteur. Et puis…
ça va bientôt sonner.
- Qu’est-ce qui va sonner ? Les Champs
libres ? Mais il n’est que 14 h 15 !
- Non. Le réveil. Le réveil de Tiniak !
***
Au moment où le réveil a sonné, j’ai regretté
d’avoir accepté ce voyage. A vrai dire, je n’ai pas accepté ce voyage au pays
des rêves du Doctor Robert Tiniak dit aussi « The Fool on the hill ».
C’est lui qui a rêvé de moi, m’a réinventé et j’ai comme ça un ou plusieurs
avatars sur Internet qui font n’importe quoi dans trois ateliers d’écriture
différents et dans la tête d’internautes plus ou moins inconnus. La semaine
dernière j’étais un lampadaire se lamentant contre des clébards à la patte
légère. Hier j’étais petit mitron vantant les possibilités érotiques du petit
boudoir de Mademoiselle puis tout de suite après, Sancho Pança Enthoven,
philosophe musicien. J’ai voyagé de Jersey aux îles grecques, je suis Néron
parfois, vampire, détective privé et, dans les ascenseurs, je termine ma course
dans le pays des rêves d’un autre avatar qui habite dans un sous-marin jaune
sous les combles et m’imagine en Alexandre le bienheureux marié à Romy
Schneider. Pourquoi dirais-je non à cette vie en Fantaisie qui me ravit ?
Quand Tiniak se fait une sieste Kaléïdoplumiennes il m’envoie fricoter avec des
créatures de cinéma au milieu de chansons des Beatles alors que les Champs
libres, d’habitude, c’est plutôt « Repères contemporains » et
« Ethnologie des bagadou expliquée aux bobos par une célébrité
parisienne ayant reçu la bénédiction d’Ouest-France». Je vis une chouette
vie, non ?
Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi il
a censuré au réveil les mots dont la liste suit :
1 angoisse
2 exceptionnelles
3 berce
4 bercer
5 éternua
6 boîte de mouchoirs
7 porte-documents
8 mouchât
9 enrhumée
10 berçant
11 éternuai
12 manières
Je serais lui, j’irais sans tarder demander
une consultation à Zigmund Freud. Même à la bougie, ce devrait être
éclairant !
Votre participation à la consigne 66 tournera autour de la panne de courant. Ah ! Une contrainte !Votre récit comportera au moins dix nombres
On en était à la 5ème partie de (que d’ailleurs, je gagnais allégrement par 9 à 3), face à mon rival de toujours, Ramon notre voisin, quand soudain tout à pété ! A peine le réflexe d’interrompre le smatch que j’étais entrain de réaliser que j’ai entendu comme un cri et
-« putain d’Zédief » !
C’était
Doloresse, l’épousée de mon partenaire de jeu. Une charmante dame
originaire du Portugal, qui autrefois entretenait les sanitaires du
terrain de camping de notre village, en ayant plus particulièrement la
charge de la partie réservée par les salariés travaillant chez EDF.
D’où, à cet instant précis, cette familiarité envers eux,
Agée
d’au moins 7 fois 10, voire pratiquement 4 par 20, elle déboule chez
nous, en moins de temps qu’il ne faut pour appuyer sur l’interrupteur.
Seulement cette fois-ci, rien.
Que NENI,
NADA…..
La panne de courant.
Nerveusement je m’acharne
1 fois, 2 fois je recommence
mais vraiment rien !
-« Dire que de mon temps un frottement
et la lumière jaillissait
Ha l’est beau votre monde moderne avec tous ces
un jour, yé finira tous étouffer dans la toile
-« voyons ma fleur, tou ne devrais pas parler ainsi du progrès.
m ‘rappelle la première qui fut installée. Au village tous se réjouissaient de la modernité et dou confort qui allait nous adoucir la vie.
Rappelles-toi la première fois que
nous étions tellement fierts,
quand trônait sur la table, comme si c’était la 8ème
merveille du monde. Et puis,
ils nous ont bien assuré qu’il n’y avait aucun danger,
d’ailleurs, il n’y a qu’a léver les yeux.
Souviens-toi, d’nos balades improvisées au grés du vent,
quand nous jouions à réver de la tour EIFFEL
-« Yé ben vrai tout ça, mon Ramon » ! mé rappelle les monstres d’autres fois, qué sont devenus yé beaux zoiseaux dé maintenant . y’avoue qué tou as réson.
Non,
pas ça ! Non, dites-moi que c'est pas ce que je crois ! Pas le coup de
la panne, non non ! Et justement pour clore ce week-end en solitaire...
Où sont les allumettes ? A-t-on seulement des allumettes quelque part ?
Nooon. Si ?
On
peut pas ne pas en avoir, c'est pas possible. Oh noooooon. Où elle a
bien pu les mettre ? Allez... respire. Schh... schh... schh.... ça va
aller. Calme. Compte jusqu'à dix... Un... Schhhhhhh... Deux...
Schhhhhhh...
Et
si c'était pas une panne... Si c'était... si c'était... genre... une
grève ! Une panne ça se répare, on intervient, on vole au secours du
citoyen ; mais une grève ! On sait quand ça commence, mais pas quand ça
finit. Comme celle du dix-huit, là... Oh non, les mecs, pas au coeur de
l'hiver, merde ! Les nuits sont loooongues, chier ! Des allumettes !!!
Ou
alors c'est une attaque terroriste ? C'est possib' ça que des
terroriss' y nous terrorisent comme ça ? Sûr... c'est sûrement
possible... oh la la. C'est quoi le numéro pour ça ? Le 15, le 112, ça
d'accord, mais non... le 911, c'est pas chez nous. Oh nooooooon.
Pourquoi c'est si noir, la nuit?! Où sont ces foutues allumettes ???
Attends,
on est au vingt-et-unième siècle et pas moyen de trouver un allumette
chez soi, c'est pas une vie !... roooh euh, et merde aussi, il est nul
ce truc à plaques électriques ! Un bon vieux four à gaz, avec des
brûleurs qui brûlent longtemps. Aïe ! putain, c'était quoi ça ?
Y
a quelqu'un ? Sans déconner les mecs, arrêtez ! Allez, quoi ! Prenez
tout c'que vous voulez, y a un billet de cinquante dans le tiroir...
Juste pas les allumettes si vous en trouvez ! Aïe ! Putain mais c'est
quoi ce chat ? Aaaah !... Tigrou ? Tigrou c'est toi ?
Con ce chat, aussi !
Bon,
pas d'alloufs, d'accord. Panne secteur en plus, pas de lampadaires ? Ah
si. Ah. Mais au quinzième les lampadaires.... bon... euh... quoi ?...
hein, quoi ?... Qu'est-ce que je vais faire moi ?... Petit déjà,
j'aimais pas être dans le noir... J'ai jamais joué dans les placards
fermés, moi. Non. Non, non non... Oui ben, non, j'aime toujours pas...
J'ai grandi, j'ai vieilli... mais non. Toujours pas. Là, lààà... je
vais où moi ? Euh... dans la chambre ?
Aïe
! Merde ! C'est quoi cette porte ? Chuis où là ? Oh putain... Hein ?
C'est quoi ce bruit ? Qui qui rentre chez moi ? Qu'est-ce qui s'passe ?
Putain,
putain, putain !... Ah non, mais comment je fais, moi, s'ils sont
armés, les gus ?... Non, mais COMMENT JE FAIS ?!... Putain, ça
vient!... ça vient par ici, non ?
- Chéri ? Chéri ? T'es où ?... Ben qu'est-ce que tu fais dans le noir ?
La lourde porte
réputée inviolable avait cédé comme prévu. Il leur restait quinze
bonnes minutes pour achever de boucler leurs trois sacs bourrés de
coupures de dix, de vingt et de cent, puis déguerpir avant que le
brouilleur de codes électroniques ne soit repéré pas la prochaine mise
à jour du système.
Elle avait mis
les petits plats dans les grands, c'était peu de le dire. Elle recevait
quelques collègues et leur chef de département. Parmi ces huit invités,
il y aurait le beau Sean. Tout était fin prêt, des petits encas au
soufflet dans le four qui croûtait gentiment – thermostat six. Elle se
résolut à passer sa dernière acquisition vestimentaire : une folie,
bien sûr.
Ils
s'embrassaient comme s'ils devaient mourir demain et leur baiser, parmi
les tout premiers, leur promettait d'atteindre bientôt le septième
ciel. D'ailleurs, ils s'élevaient en effet vers le cinquième étage,
dans l'ascenseur cossu qui leur offrait enfin un peu d'intimité.
Il avait parié
gros. Obligé. Ces gains lui rapporteraient de quoi se refaire et il
était grand temps. Pour ainsi dire, il avait joué à quitte ou double.
On approchait les toutes dernières minutes du match. Le score lui était
favorable, mais de peu. Il tendit la main vers sa quatrième canette.
Elle refermait
doucement la porte d'entrée en réprimant un gloussement de
satisfaction. Mais le sourire qu'elle avait esquissé retomba devant le
capharnaüm qui l'accueillait dans le couloir. Evidemment, ses mecs,
mari et enfants s'en étaient donnés à cœur joie et lui laissaient le
plaisir de remettre tout ça en ordre. Tenant du bout des doigts le
bracelet que Pierre lui avait offert, elle se demandait si le mettre
parmi ses autres bijoux constituait une cachette valable.
Lors
d'une panne de courant ma mère, enceinte de sept mois, a chu dans les
escaliers et a dévalé cul par-dessus tête soixante-douze marches et
deux paliers. Après que trois chirurgiens et six infirmières se sont
acharnés sur elles pendant treize heures, j'ai été sauvé mais elle non.
J'ai
été placé en couveuse et sous respirateur, lequel a cessé de
fonctionner pendant trente-sept minutes en raison d'une nouvelle panne
de courant au terme de laquelle les médecins ont déclaré qu'ils ne
seraient pas étonnés que j'en garde quelques séquelles.
Mon
père, qui m'en a toujours un peu voulu pour le décès de ma mère, m'a
néanmoins élevé quasiment de la même façon que mes cinq frères et
soeurs, même si j'ai vite remarqué que j'étais de corvée de vaisselle
cent-quatre-vingt-trois jours sur trois-cent-soixante-cinq alors que,
si on compte bien, ç'aurait dû être beaucoup moins vu qu'on était six.
Un
jour que, pour la huitième fois consécutive, c'était mon tour de
débarrasser la table, j'ai été surpris par une coupure de courant alors
que je m'acheminais, chargé d'une haute pile de quatorze assiettes,
vers la cuisine. Le pied d'un de mes frères, à moins que ce ne fût
celui de mon père, s'est malencontreusement glissé devant les miens,
provoquant ma chute ainsi que celle de mes assiettes sales. Jouant de
malchance, il a fallu que je les fasse tomber sur les douze verres
posés sur la table et rien ne fut sauvé dans l'accident. Pas même mon
oeil gauche.
J'avais
espéré que cette nouvelle tare me vaudrait au moins un nouveau
sobriquet, mais non. Toute la famille continua de m'appeler « tête
d'ampoule » alors que, outre les circonstances amusantes dans
lesquelles j'avais perdu une partie de mes facultés mentales, ce surnom
me rappelait aussi douloureusement le décès de ma mère.
En
revanche, l'incident me valut une nouvelle punition et je fus expédié
en pension, à quatre-cent-cinquante kilomètres de la maison. Là, je
suis vite devenu la tête de turc des cent-vingt-neuf autres
pensionnaires, mais au moins ont-ils eu le bon sens de me surnommer
« oeil de lynx ».
J'étais
plutôt bien intégré, jusqu'au fameux jour de la boum. J'étais
secrètement amoureux de la belle Margot, dont je m'amusais à compter
les taches de rousseur en classe et, rien que sur le visage, elle en
avait quatre-vingt-onze. A la boum, les copains m'ont dit qu'elle était
d'accord pour que je l'embrasse alors, prenant mon courage à deux
mains, je me suis dirigé vers elle, quand une panne de courant nous a
plongés dans le noir. J'ai voulu profiter de l'obscurité pour mener à
bien mon entreprise malgré ma gêne et mon embarras, mais, quand la
lumière est revenue, je fus surpris tâtant les miches replètes de
Madame Mongerin et je préfère ne pas évoquer l'endroit où ma langue
s'agitait en quête d'un baiser de la jolie Margot.
On
me surnomma alors « déviant sexuel juvénile » et je fus expédié dans un
établissement spécialisé où, au terme de neuf séances avec un docteur,
il fut décidé que je resterais enfermé pendant trente-six mois. Au
cours du trente-quatrième survint une panne de courant pendant laquelle
je voulus aider en brûlant quelques allumettes. Un mauvais courant
d'air entraîna l'accident bête et l'ensemble du bâtiment brûla, ainsi
qu'une poignée de pensionnaires et médecins, au nombre de vingt-trois.
Il fut alors décidé que mon séjour serait prolongé jusqu'à ma majorité.
Il
devait également m'être administré un nouveau traitement à base de
chocs électriques dans mon cerveau, mais de nombreuses coupures de
courant ont mis à mal cette tentative et pour finir je n'en ai
bénéficié que seize fois au lieu des quarante-huit prévues initialement
et je fus relâché, plus par dépit, je crois, que par bon sens.
A
peine dehors je décidai de me prendre en main pour réussir ma vie et
j'allai voir le travailleur social qui devait m'aider. Il m'offrit une
boisson au distributeur et, alors qu'il attendait la sienne, une panne
de courant stoppa net la machine. Désireux de bien faire j'essayai de
lui obtenir néanmoins sa boisson et, alors que j'avais une main dans la
machine et l'autre en appui sur son bras, le courant fut rétabli et je
fus traversé d'une décharge qui ne me fit ni chaud ni froid mais le
tua, lui, sur le coup.
J'ai
été arrêté et jeté en prison. Mon procès dura vingt-deux jours au terme
desquels je fus reconnu coupable à l'unanimité des douze jurés et
condamné à mort. Le jour de mon exécution, alors que j'étais ficelé à
la chaise électrique, une panne de courant me sauva la vie et j'obtins
une grâce exceptionnelle.
Ce jour-là, j'ai décidé de mettre à profit la chance qui m'était donnée et d'apprendre le métier d'électricien.
Avant la panne de
courant – qui arrive toujours à la nuit tombée, comme par hasard- j’étais en
train de mettre au point un nouveau mélange de couleurs (au moins le 7ème) dans la lumière
puissante d’un spot « high tech » (que je venais d’acquérir pour la modeste somme de 55 €). Je l’avais choisi pour être
exactement dans les conditions où mon tableau serait éclairé à la prochaine
exposition de peinture du 23 au 28 octobre prochain. J’étais inscrit
pour présenter une quinzaine de toiles sur le thème « BLEU ».
Quand toutes les
lumières du quartier s’éteignirent d’un coup cela me donna –paradoxalement- une
idée lumineuse. Une ou deux secondes suffirent pour me décider
à tenter une expérience.
Comme je savais
exactement où se trouvaient ma palette, mespinceaux et ma toile je décidai de travailler à l’aveuglette.
Il est heureux que
personne n’ait pu me voir car je lançai à grands coups ma peinture dans tous les sens et
dédaignant mes pinceaux j’utilisai simplement mes dix doigts en mouvements amples et ondulants. Au moment où ma pendule sonna 22 H 30 la lumière fut tout à coup rétablie !
Je pus alors fignoler
à l’aise mon « œuvre » en ajoutant quelques autres couleurs pour
faire ressortir l’ensemble obtenu. Je vous laisse juge :
— PAPISTACHE ! TON TEXTE ? — Quoi, mon texte ? — TA RÉPONSE AU DÉFI DE VALÉRIE ! — Oui ? — TU LE LIVRES QUAND, TON TEXTE ? — Mais arrête de crier. Je n’y arrive pas... je n’y arrive plus... pas le temps... fatigué... mort... tari... sec...
STOP ! HALTE AU FEU !
Le Papistache se débine... il est cuit l’ancêtre, élimé, rétamé, annihilé, décrépit, pulvérisé, anesthésié...
Panne de courant NOIR Panne de courant NOIR Panne de courant NOIR
Courant ? Chien ? Cours en chien ? L’anchien ? La camarde lui court aux basques. Il a vécu, Myrtho, le jeune Tarentin. Myrtho ? Mytho. Mi-tôt, mi-tard. Au mitard, au rancard, feu l’espoir enkysté. En qui, en qui, en qui-qui, enquiquiné l’apôtre.
PANNE DE COURANT !
Pas nœud : deux courent. Han !
Pas nœud. Alors si pas nœud, corde lisse. Six mètres. Haut la poutre. Grimpe, grimpe, pas corde à nœuds : corps de lis.
POTENCE CORDE LISSE TIGE NUE DES LIS AH, L’INGÉNU CENTENAIRE
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Douze rangs de douze Attaquent au jardinet
Criocères, douze rangs de douze Cent-quarante-quatre fois deux mandibules
Mâchouillent, chient, mâchent, chiquent, mastiquent : chiasse verte en tige.
COURS COURT LE BONHOMME TROP COURT TROP TARD
Las, trop, si las, se traine... Tergiverse, hésite, s’affaisse mol
BON CHIEN CHASSE DE RACE
Il a tardé, l’apôtre Il a tardé, l’ancêtre Il a tardé, l’enkysté
Lui ont boulotté ses lis, les criocères Lui ont chié dessus ses lis, les criocères Lui ont tiré les larmes, à l’élimé
Sa main tremble Son nez suinte Son œil s’opacifie Il n’a rien vu Rien vu
Ils ont ri, les criocères Lui ont bouffé ses lis, au décrépit La noce en habit bronze a défilé devant son lit : les criocères lui ont sucé les yeux, au vieux
Ne les verra pas ses lis en plein jour au soleil ne les verra pas les a laissés seuls face aux ogres bronze,
se sont régalés
le jardinier qui se voulait poète a abandonné ses fleurs aux entrailles de chiasse remplies des coléoptères en habit rouge
PANNE DE COURANT
Mis au défi par Valérie Mis au défi Vaincu Battu
N’a rien vu venir N’a rien su tenir N’a rien pu A perdu...
Pas même fichu de placer plus que six, ou son double au carré Le compte n’y est pas
Elle tend sa nuque au bourreau la marionnette
Et la hache tombe et roule la tête au jardinier déchu
Dans mon boulot, tous mes appareils fonctionnent à l'électricité. -commençons
par l'optotype, mais oui, c'est le mot barbare qui désigne le tableau
lumineux avec des lettres, des chiffres, des dessins ou des E tournés
dans tous les sens pour les analphabètes. le plus gros chiffre qui correspond à un vingtième de vision c'est le 3. carrément énorme, si vous ne le voyez pas, vous avez bien fait de venir me voir...(enfin quand je dis voir...) pour évacuer la contrainte je vous réciterais bien une partie de mon tableau par coeur(chiffres à lire séparément bien sûr) 3 0 4 7
4 9 2 6
7 2 0 9
(mine de rien, çà en ferait sept de casés ! mais ce serait abuser...) -
on passe à l'examen des yeux, à la lampe à fente (électrique bien sûr
mais sur support mécanique)là aussi, difficile de faire çà à la
bougie, cependant, si la panne survient en plein jour, on ouvre tous
les rideaux pour utiliser le soleil qu'on détourne sur l'oeil, via un
jeu de miroirs pifométrique, c'est galère mais le tour est joué. Avec
ce stratagème et un colorant on peut même mesurer la tension de l'oeil
qui normalement est inférieure à 21. -on termine par l'examen du fond d'oeil visible par un petit appareil à piles, lequel tombe pile poil en cas de panne. -Depuis 25
ans que je sévis dans le secteur, j'ai étudié les moyens de travailler
en conditions "extrèmes" sans électricité en cas de grève ou de panne.
Avec les quatorze mois d'attente pour obtenir un rendez vous avec moi, pas question que je déclare forfait sous prétexte d'absence des 220 volt alimentaires(mon cher Watson). La patience des patients a des limites. -Et l'ordi me rétorquerez vous ? aucun problème : le vieux clou qui tourne encore sous" fenêtres 98"(çà y est je crois que j'ai les 10 nombres) (de
Guillaume Portail) n'est là que pour mon agrément perso,car je reste
attaché à mes stylo plume dont je remplis le réservoir à la seringue 20cc en me tachant les doigts. (qui a dit vieux crouton rétrograde ?) dame sécu-vitale apprécie peu, mais tant pis. -résumé : qu'ils y viennent avec leurs coupures de courant ! je peux gèrer ... mais ... Une
seule fois, un soir d'hiver, je me trouvai pris au dépourvu, la bise
venue, une grève d'édéeffe était annoncée ; croyant à ma bonne étoile,
je n'avais reporté aucune consultation, et je terminais ma journée avec
le dernier patient, un gamin venu de loin quand couic!!! noir total et intégral (et blanc dans la conversation) ben oui, dehors faisait drolement nuit. (et mon cabinet est assez isolé). au
téléphone (ne jamais se séparer des moches téléphones avec fil)j'ai
appellé une voisine à la rescousse et elle m'a apporté des bougies et 2 lampes de poche. Ce gosse a eu un examen complet à
la bougie et lampe de poche(pour éclairer les chiffres sur tableau
papier) Consultation prototype ( gratuite car pas osé facturer) avec
prescription de lunettes... C'est peu après,
que Betty, une jeune paonne égarée, a demandé et obtenu asile dans
notre jardin, nous permettant de ressasser le piètre calembour "on a
une pa(o)nne dans le secteur..."
PS samedi défiants, soyez indulgents, ma seule défense pour me faire pardonner ce texte est que tout est vrai (sauf windows 98)
Comme tout le monde l'a lu, Janeczka nous a dit "au revoir" la semaine passée. Elle est appelée ailleurs et nous lui souhaitons tout plein de belles choses...
Parce que l'administration des défis est plus facile à quatre qu'à trois, nous avons décidé d'appeler MAP à nos côtés, et, pour notre plus grand plaisir, celle-ci a accepté. Bienvenue, MAP, au sein du groupe des admins des défis du samedi !!!
PS: Elle m'a soufflé qu'elle avait un peu le trac... je pense que des encouragements lui feraient du bien ;).
J’en
compte seulement cinq, ce soir. Les
autres ont dû se planquer, encore. Je sais bien qu’ils m’observent. Ce qui me
perturbe, c’est que je m’étais préparé à en voir au moins huit. Je les avais invités pour baisser
leur garde.
J’ai
tout bien pensé, ça, c’est sûr : les boissons, les gâteaux apéros, les
petits fours. Mais comme j’ignore ce qu’ils mangent vraiment, j’ai ajouté des
saucisses, des légumes, des brochettes de bœuf et du fromage. Je n’ai pas encore
tout sorti, mais je suis dans les starting-blocks depuis trop longtemps pour
être surpris.
Quoique.
Deux
d’entre
eux-les chefs de la meute, je suppose- semblent renifler : leurs nez
s’agitent. Ce n’était pas arrivé jusque-là.
Je
me ressaisis : mon plan est bien ourdi, pas de panique. Ils s’avancent un
peu. Leur odeur faisandée m’a toujours donné envie de vomir. Je dois me retenir.
Pas maintenant. Ne pas tout gâcher pour un simple
haut-le-cœur.
Je
dois attendre que les trois autres
débarquent. Ils ne vont pas résister cette fois, je le sens. Ils aiment l’odeur
de ma sueur quand il fait chaud. Je l’ai compris il y a environ dix ans : j’étais au bord d’une
plage, en train de flemmarder au soleil avec ma femme, quand je les ai vus pour
la première fois. On ne me la fait pas : j’ai donc choisi une journée
estivale pour les exterminer. Même la météo pouvait contrarier mes plans. Mais
là, il fait vraiment chaud, presque lourd. Le temps va tourner à l’orage, à n’en
pas douter. Pas grave : ça couvrira le bruit…
Je
reste toujours face à eux. Ne jamais leur tourner le dos est une règle d’or.
J’ai commis l’erreur une fois, pas
deux. La femelle avait alors voulu
me mordre au sang. Le mâle s’était ensuite jeté sur elle, non pas pour me
sauver, mais pour défendre son bon de gras : il ne supporte pas que l’on
touche à son garde-manger ni à ses jouets. Je m’en étais sorti cette fois
encore, grâce à l’apparition de la nuit : ils ne vivent que le jour. Je me
demande si ces deux-là s’étaient
accouplés après leur dispute…
Je
vois leurs babines frétiller. J’ai lentement sorti le plateau qui contient la
viande, sans geste brusque. J’aurais pu parier sur leurs préférences culinaires.
Je jette environ dix morceaux de
viande un peu au hasard devant eux. Ils se ruent dessus. Et ils se sont encore
rapprochés. Une fois qu’ils auront passé la ligne fatidique que je me suis
tracée mentalement, j’appuierai sur le détonateur. Mais ils sont encore un peu
trop loin…
J’espère
avoir assez de viande.
L’atmosphère
est étouffante. Une goutte de sueur perle à mon front. Le ciel commence
vaguement à s’assombrir et j’entends au loin le tonnerre de façon assourdie.
Leurs
yeux rouges ne me quittent pas du regard, même lorsqu’ils dévorent la chair. Je
vérifie une énième fois que le détonateur est bien dans ma poche de veste. Je
jette encore de la nourriture, plus près de moi, cette
fois.
Le
mâle dominant arrête les autres d’un mouvement de tête. Il me défie. J’essaye de
sourire et de montrer mes paumes retournées, vides. Il renifle. Grogne un peu.
Vas-y, grogne, je suis habitué, depuis le temps.
Il
donne le feu vert aux autres. Ils avancent lentement quand même. Je n’en peux
plus, l’air est si moite ! Le tonnerre se rapproche. Allez, avancez, bon
sang ! Qu’on en finisse ! Que vous me foutiez enfin la
paix…
Ça
y est, ils y sont. Là, j’ai une chance de les avoir. Je savoure l’instant.
J’entends le clapotis de quelques premières gouttes dehors. Je souris vaguement.
Je n’ai pas souri depuis des années, je crois. Ma main est au-dessus de ma
poche. Je suis prêt. Je suis si prêt de la libération…
Mais
non ! NON ! C’est le noir ! Les plombs ont sauté !
Non ! J’allais enfin vous tuer ! NON !
_
P’tain, j’en ai marre de c’lui-là ! Il n’a qu’une piqûre par jour, mais quel
bastringue à chaque fois !
_
Ouais, je sais : les autres tarés de l’étage sont plus faciles à gérer. Tu
les bourres de quelques cachets, et hop, i’s’tiennent à
carreau.
_
Va encore falloir que je lui mettre deux baffes pour
l’calmer.
_
Vas-y mollo quand même : on sait pas c’qu’i’ raconte aux
psy’…
_
Allez, c’est bon, il a eu sa piquouze : éteins la lumière. On est
tranquille jusqu’à demain.
Aujourd’hui j’ai rendez-vous au 10e étage d’un immeuble. J’évite toujours de prendre les ascenseurs. Ainsi j’ai voulu ouvrir la porte pour emprunter les escaliers soit 90 à 100 marches à grimper… mais cette dernière était verrouillée. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que je me suis résignée à me diriger vers la bête d’acier. Je ne suis pas la seule à monter. Une femme bon chic bon genre, les cheveux décolorés, le visage liftée ou botoxée accompagnée d’un toutou patientent également. 10 h 15 : je pénètre dans la cabine, coincée entre madame et son clebs couché devant la porte, le museau entre ses pattes. Le chien pue et sa maitresse également. Elle a dû abuser du flacon de parfum ce matin… 10 h 20 : elle m’informe qu’elle monte comme moi au dernier étage. J’appuie donc sur le bouton nerveusement mais…… rien ! Bizarrement le néon orange de secours s’éclaire. Dans cet univers fermé, étroit, malgré une multitude de miroirs comme pour nous donner l’impression que c’est plus grand, je ne veux pas me laisser envahir par l’émotion. Celle qui peut devenir violente, intolérable et destructrice. J’aperçois mon visage qui change de couleur et mon teint qui devient blafard. 10 h 40 : l’ascenseur ne semble plus réagir à aucun ordre. De longues minutes passent. La blonde platine imperturbable joue avec son sautoir en perles. Le chien ronfle bruyamment. Nous entendons enfin la voix de la concierge qui nous annonce que le courant vient d’être coupé, que la société de dépannage va venir ouvrir les portes et qu’il faut rester calme. 10 h 55 : c’est en écoutant ces derniers mots que je ressens les prémices d’une angoisse. Je reconnais déjà les douleurs dans le corps. Il m’est difficile de respirer, j’ai la sensation que ma gorge enfle, mes mains tremblent et des points noirs apparaissent devant mes yeux. Il faut que je revienne au réel, que je m’accroche au présent. Je me concentre sur le chien en me disant qu’il ne faut pas que je tombe dans les pommes d’autant que je n’aimerai pas me retrouver nez à nez avec sa langue pendante et son œil vitreux. 11 h 50 : Le zéro libérateur apparaît enfin en diodes rouges sur fond noir. Les portes s’ouvrent. Et tout à coup, en une fraction de seconde, je suis là, bien ancrée dans le présent, au rez de chaussée et dans le brouhaha. Je déguste ce moment d’être enfin libre, juste vivante !