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Le défi du samedi
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26 mars 2011

Monsieur William, vous manquez de tenue ! Qu'alliez vous faire dans la petite rue ? (Joe Krapov)

Avec ce qui restait de Waterman dans son encrier et le peu de discernement qui est le sien, mon frère aîné, William Krapov, qui aime bien parler de lui à la troisième personne, comme Alain Delon, a rédigé non pas une mais neuf lettres ! Ce sont celles de son « Abécédaire du printemps qui passe » ou plutôt de son «Dictionnaire personnel» : il n'a rien à envier au blog de la plus célèbre admiratrice Italianophile de Fernand Raynaud (Adrienne) ni non plus au fameux « Dictionnaire de la rousse » de Pierre Kovboï. Cliquez sur les chiffres de 1 à 9 ci-dessous pour lire son dico en forme de polar.

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Z comme Zorro
Pour ce qui est de l'ordre alphabétique, William en fait toujours ou trop ou pas assez. Sans doute, en matière de syndrome sécuritaire, les instit’s de cette école sont ils pareils ? C’est pourquoi j’ajouterai volontiers la lettre Z comme Zorro à son dictionnaire personnel : Marina Bourgeoizovna qui sait toujours tout sur tout et a ses antennes partout – mieux que Dieu ! - m’a expliqué que dans cette école-là, les gamins ont prétendu aux enseignants qu’un homme « leur avait tiré dessus » plusieurs fois. Et personne n’a rien entendu ? Pas de douilles ? Pas d’impact de balles ? J’ose espérer qu’ils fabulent et dans ce cas je pense qu’ils  regardent trop ce feuilleton de Walt Disney ou les films de cowboys à la télévision. A moins qu’il ne s’agisse d’abus de jeux vidéo « avec des gros guns » comme dit Mlle Zell ?
Merci en tout cas à « Monsieur William » d’avoir fait en sorte que l’équipe Krapov puisse encore bien faire rire qui le voudra avec ses incroyables mésaventures !

P comme parapluie
P.S. Le « coupable » a été retrouvé. Les enfants fabulaient bien et l' « arme » n'était... qu'un vulgaire parapluie comme celui de M. William dans la chanson des Frères Jacques ! A la décharge des mômes, il faut bien préciser qu'ils n'en avaient jamais vu de leur vie : c'est normal, il ne pleut jamais en Bretagne et encore moins qu'ailleurs à Rennes. Par contre, si M. Claude Guéant met davantage de policiers dans les rues, le parcours qui mène au parc Oberthür va peut-être bien finir par ressembler à un labyrinthe ! Pauvre William ! S'il doit rester enfermé dans son bureau à barreaux, j'irai lui porter des oranges ou une pièce montée des grands jours !

D comme Dieu
Et Dieu dans tout ça ? Bonté Ludivine, je l'ai oublié ! Je ne sais pas comment il fait, lui, pour s'ennuyer le dimanche et s'emmerder les autres jours ! Moi je n'ai pas bien le temps !

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26 mars 2011

La fille à l’encrier (Soumarine)

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17 ans, non, c’est pas le bel âge.

De toutes façons, elle les emmerdait tous, les jeunes comme les vieux, surtout les jeunes, d’ailleurs.

Elle avait rien pour elle. Trop ronde, les épaules voûtées, des lunettes de myope, des cheveux toujours gras devant les yeux, des jeans trop grands, des pulls informes et foncés, l’air et l’art de faire la gueule tout le temps, peu, très peu d’amis, des parents chiants et vieux jeu, un lycée et des profs ennuyeux,  des heures de métro, pas d’idées ni d’envie pour le futur…

A l’époque, pas de walkman, encore moins d’e-pod ou de téléphone.

Alors elle avait trouvé un truc, ou plutôt deux. Une pipe récupérée de l’un de ses frangins, et un encrier.

Au bahut, pas question de sortir la pipe et le tabac hollandais qui sentait si bon, alors elle sortait l’encrier.

C’était un encrier waterman, d’une forme qui permettait de le positionner obliquement sur la table et d’avoir l’ouverture bien orientée pour y tremper la plume. Elle utilisait un porte plume assez ordinaire. La plume n’avait guère d’importance, ce qui comptait c’était l’encrier.

Les profs, ça les énervaient, ça se voyait bien, ce petit rituel de début de cours, mais ils ne disaient rien, elle n’était pas facile cette élève là, pas à prendre avec des pincettes, et elle pouvait vous mettre le souk en classe facilement, alors finalement ses tripatouilles avec l’encrier ça leur faisait un peu de tranquillité !

Les autres filles, elles s’en foutaient de l’encrier, elles, c’étaient les rouges à lèvres, les pulls à paillettes, les rancards avec les mecs du lycée de garçons du quartier. La baba cool attardée et laide, on n’allait pas s’en occuper plus que ça, hein ?

Avec l’encrier, l’accessoire nécessaire c’était le buvard. Elle passait des heures à y déposer délicatement des gouttes d’encre de toutes les tailles et à les regarder s’étaler, se faire absorber par le buvard rose. Ou alors elle se servait d’un des coins pour pomper l’encre qu’elle avait au bout de la plume.

Avec son encrier, elle ne voyait pas passer les heures de cours, elle était présente, certes, mais occupée. Occupée à dessiner, à souffler sur des taches pour les étaler et créer des créatures fantasques, ses cahiers étaient plus enluminés que les riches heures du duc de Berry dont elle trouvait la reproduction dans son Lagarde et Michard.

Le seul prof que ses bidouillages intéressaient c’était le prof de dessin.  Mais bon, une heure par semaine pour une matière optionnelle, ça vous remplissait pas une année scolaire ni une vie…

Cette année là, c’était sa dernière année au bahut.

En juin, elle a eu son bac, personne n’a compris comment elle avait fait. Un gros coup de chance, et puis sans doute que pendant qu’elle bidouillait avec son encrier elle entendait finalement une partie des cours…

On ne l’a jamais revue, elle n’a manqué à personne, d’ailleurs. Peu, très peu d’amis… Juste un encrier pour s’occuper.

Et au fond de son encrier, tout son désespoir.

26 mars 2011

Encrier (Sol-eille)

 

Mes doigts bien appliqués à tracer des ronds, des pleins et des déliés de ce poème de Prévert, la tête penchée sur l’onciale, élève consciencieuse qui perdue dans ses pensées regarde le fond de son encrier bleu nuit à la recherche des réponses à toutes ces questions existentielles qui surgissent au fur et à mesure où elle plonge à intervalles réguliers son rotring dans ce puits bleu marine, au reflet parfait sur le papier vélin écru.

Puits sans fond, insondable comme le puits de l’âme de l’humanité qui pressée par le temps, ses obligations, ses petits tracas et autres misères en a oublié qu’elle est une espèce faite pour vivre en meute, en groupe. Qu’en reste t-il dans cette tour à cinquante étages où le cœur de 1000 personnes bat ici silencieusement chaque nuit sans se connaître ?

Le vague à larmes l’emporte soudain, porte-plume suspendu à ce cœur liquéfié, mer de sel qui fond, où, sur son parchemin entre deux vers de Prévert s’étalent des tâches, camaïeu de bleu indécent au milieu de ces rimes, déliquescence de cette humanité qui a levé l’ancre et dessalé sans s’en apercevoir et se noie inévitablement.

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26 mars 2011

Défi #142 (32Octobre)

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26 mars 2011

Défi #142 (Flo)

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Au fond de l’encrier, certainement Marat et Charlotte Corday. Pour le couvercle, certainement un Stetson ou un parapluie, tout dépend de Chronos.

Les 24 défis qui commencent en un 142ème à 3600’’ la min. En 24 regards, elle vous racontera, Elle, et parce que les Défis défilent à la vitesse grand V, le Choc des Titans, l’amphi V, le parachutage des parachutés, la remise, le guet apens, les mis en cause, les Saints, les têtes, le rappel à la loi, la défense et l’autodétermination…

Qu’y a-t-il de mieux au fond que mon pseudo se mette dans les pas d’un homme et entende les bris de verre à chacun d’eux ? Le coude a peu mal certes, mais depuis le franchissement de la vitrine qui est en face de lui, elle se voit là-dehors au 4ème jour du Printemps avec son attaché case, ses lunettes de soleil et son chapeau.

La révolution des poètes commence, les chocs et contre chocs s’encaissent même s’ils ne sont pas tous digérés, mais peu importe.

Il aime le corps à corps et si la Miss Shika n’a plus toute sa tête parfois, elle sait qu’il lui reste un cœur, des mains, un sablier et un encrier, ses lignes et ses pinces à linges, le ripage en plus de la vida. Culottée du 103, elle décide de ne pas être prisonnière de ses sentiments et de se battre continuellement pour que les vices n’aliènent jamais sa liberté.

Le Vibraphone, ce dico si rigolo, la plonge dans le sang de ses veines et les cliquetis, débris de ses pas : ceux d’un homme qui porte la faculté de pouvoir voter un machin avec un attaché case à la main.

Toutes et tous parachutés, sur la place que, lui ,vue,  la place Masséna avec son Damier noir et blanc. Lui, tout blanc, il se retrouve sur la case noire. Il entend l‘Ode à la joie, il entend le piano : elle existe donc toujours alors qu’il a dans son attaché case son slip, sa tête et son livre !

Seulement voilà, tout ça est bien à elle, au fond de sa plume, celle qui montre la miss poètesse complétement accomplie dans sa narration.

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26 mars 2011

Au fond de l’encrier, il y a… (Mamido)

 

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Au fond de l’encrier, il y a …
… Une petite fille de trois ans qui fait sa première rentrée à l’école maternelle. Elle porte le beau tablier  à carreaux « vichy » bleus et blancs que sa maman a cousu pour la circonstance.
Une petite fille timide et malheureuse parmi les autres et qui pleure tous les jours pour aller en classe…
Une petite fille qui aime peindre, dessiner et écrire entre deux lignes l’histoire de Totolitoto, avec son crayon à papier.

Au fond de l’encrier, il y a …
… Une petite fille de six ans, qui dès son entrée au CP, se met à adorer l’école.
Elle vient de découvrir la lecture, les études et en est à jamais éblouie et changée.

Au fond de l’encrier, il y a …
… Une adolescente de treize ans qui décide qu’un jour elle sera institutrice, à l’école maternelle.
Que veut-elle réparer, elle qui,  petite, s’y est trouvée si malheureuse ?

Au fond de l’encrier, il y a …
… Une jeune fille qui réalise son rêve et qui pendant trente ans qui passent comme l’éclair, ira chaque jour dans les petites classes, raconter des histoires, lire des albums, apprendre aux tout-petits.
Les encres employées sont multicolores et ce n’est pas avec une plume qu’on les dépose sur le papier mais avec un pinceau, voir même un coton-tige !

Au fond de l’encrier, il y a …
… Cette dame dont les cinquante ans s’annoncent et qui décide brusquement de consacrer ses dernières années dans l’éducation nationale à l’aide aux élèves les plus défavorisés.
Avec eux, chaque jour, elle essaiera de délayer l’encre trop noire de leurs difficultés afin qu’ils trouvent  enfin du plaisir à lire et à écrire.

Au fond de l’encrier, il y a …
… Cinquante-trois rentrées des classes… pour l’élève et l’instit’…
… Cinquante-trois années scolaires bien remplies.

Et puis, l’an dernier, au terme d’une carrière qu’elle n’a pas vu passer, la dame a rendu son tablier et abandonné son cartable.

Elle aurait pu aussi laisser sa plume et fermer l’encrier…
Mais, impossible ! Car elle continue à écrire… pour le plaisir !

 

19 mars 2011

Défi #142

                 Qu'y a-t-il au fond d'un encrier ?ENCRIER

                                   Bonne recherche à vous !

                                  Adressez vos découvertes

                               à samedidefi@hotmail.fr

                               A samedi prochain !

 

19 mars 2011

Ont réussi leur camaieu

19 mars 2011

Froid (Captaine Lili)

Cet homme blanc ne m'inspire rien,
rien d'autre que le vide,
un faux silence d'hôpital.
Allez savoir pourquoi,
cet homme-là
me fait froid.

19 mars 2011

COUP DE TÉLEF (Joye)

Allô, Dieu, c’est moi, Bat-Chen à l’appareil.

Pardon ?  Tu ne te souviens pas de moi ?

Bah si, tu sais, la femme de Lot…

Hein ?  Qui c’était ?

Ben, c’est vrai que ça fait déjà un moment ! Lui, c’était le neveu d’Abraham ! Lot, le seul homme honnête à Sodome…et moi, sa femme, qui n’a jamais eu de nom dans la…

Ouais, voilà, tu y es.

Pardon ?

Pourquoi je t’appelle ?

C’est que cela me tracasse depuis des siècles, et là, je pense qu’il est temps que tu reconnaisses ton erreur !

Oui, j’ai dit « erreur ».

Non, il n’y a pas de fritures sur la ligne.

Tu ne t’en souviens pas ? Alors ! Permets-moi de te rafraîchir la mémoire...c’était quand tu étais un dieu jaloux et assez dur…bah oui, depuis Adam et Eve, quand même ! Alors, à l’époque où tu te fâchais tout le temps…ouais…et tu voulais tuer tout le monde, et Abraham t’a trouvé quatre gens bien…ouais, nous-mêmes ! Et tu as envoyé des anges chez nous. Merci pour rien, Dieu, t’as vu manger les anges ? Il n’y avait plus rien du tout à la baraque ! Bah oui, hein ? Et puis les voisins sont venus les voir, c’est sympa, non ? et mon homme, tu sais, Dieu, c’était pas le mec le plus brillant du monde, hein ?  Il a dit aux voisins que nos deux filles étaient vierges, et que les voisins pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient avec elles, mais qu’il ne fallait toucher aux anges…

Bah non, c’est toi qui y avais pensé !

Non, je t’assure !

Alors, comme je disais…et puis, tu as dit à mon homme de nous mener dans la montagne, et qu’il ne fallait surtout pas regarder en arrière…

Alors, d’abord, c’est malin, ce truc, on dirait que tu l’avais volé chez les Grecs, hein ? L’histoire d’Eurydice.

Eurydice. E-u-r-y-d-i-c-e.

Ah bon, au moins tu reconnais…Mais Dieu, tu sais le pire ? C’est que ce crétin de Lot ne m’en a rien dit !

Non, je te le jure ! Pas un traitre mot ! Et c’est comme ça que j’ai été transformée en pilier de sel.

Tu parles que c’est dingue ! Et tu ne veux pas savoir ce que ce con a fait avec ses deux filles dans la montagne, hein ?

Non, non,  j'peux pas te le dire, c’est trop dégueulasse…

Alors, oui, merci. J’accepte tes excuses.

Ah oui ?  Tu peux ? Refaire l’histoire afin que ce soit Lot le puni ?

Oh, après tout ce temps, ce serait trop cool, merci beaucoup !

Ben oui, faudra que tu passes à la maison, un de ces beaux quatre, on trinquera à ça.

Okay, Dieu, merci beaucoup pour ta compréhension! 

Oui, oui, tout plein de choses à Marie aussi, oui !

Allez, bisou. À bientôt !

19 mars 2011

Défi #141 (Célestine)

-Tatie, raconte moi une histoire avant de dormir, s'il te plaît, Tatie!

-Oui mais pas trop longue alors,hein, parce que Tatie est fatiguée, si tu savais...il faut dire que cet après midi, il m'est arrivé un truc peu commun.

-Ah bon? C'est quoi, commun?

-Ca veut dire...que ça n'arrive pas à tout le monde. J'étais sur ma chaise longue, je savourais le soleil de printemps...

-C'est quoi, savourait?

-Ca veut dire que je me sentais bien, là, j'avais chaud,mais à force d'avoir chaud, eh bien, vois-tu, j'ai eu soif. Alors je me suis dit: " il doit y avoir des cannettes bien fraîches dans le réfrigérateur"...Je m'évertuais à...

-C'est quoi, évertuais?

-Bon si tu m'interromps tout le temps, aussi! Ca veut dire que je faisais très attention de ne pas réveiller Tonton qui ronflait dans le canapé. J'ai ouvert le frigo, et là, je ne sais pas comment c'est arrivé...je suis tombée dedans.

-Dedans?

-Oui, dans le bac à légumes. Les patates et les carottes m'ont regardée d'un drôle d'air. "Ca sent le pâté!" , a dit l'une. "Qu'est-ce qu'elle fait là, cette grande asperge? " A répondu l'autre.

-Et alors? Dis, Tatie...

-Alors j'ai réussi à me hisser à l'étage du dessus. Ah, ça, je n'avais plus chaud du tout! Je commençais même à me les geler sérieusement!

-Te geler quoi?

-Pfffff! C'est une expression! Bon je ne te raconte pas l'odeur, à cet étage là! J'étais tombée sur les fromages...Le Cantal m'a dit d'un ton sentimental: "que faites vous là, très chère?"

-C'est quoi, sentimental?

-C'est pour la rime...Ensuite, il a fallu que je me tape l'étage des charcuteries, et des plats cuisinés, j'en avais le coeur tout retourné. Et il faisait six au-dessous de zéro. J'ai trébuché dans un pot de yaourt entamé: celui que tu n'as pas fini à midi, mademoiselle!

-J'avais plus faim...mais dis moi, Tatie, dans les frigos, elle reste allumée alors, la lumière quand la porte est fermée?

-Ben oui, c'est bizarre, j'aurais juré le contraire. Je suis enfin arrivée tout en haut, complètement congelée, et dans le freezer...mon dieu, c'est affreux!

-Quoi? Quoi?

-Il y avait...un homme tout blanc, d'un blanc presque bleu de glacier boréal, qui m'a regardé muettement, d'un air triangulaire...

-quelle horreur! Et?

-Ton oncle a ouvert le frigo pour se prendre une bière, et je suis sortie en courant , me remettre au soleil en claquant des dents. Voilà . Tu comprendras que  cette aventure m'ait épuisée!

-Bon, d'accord, mais alors maintenant ,Tatie, raconte moi une histoire, tu as promis!


-...ENCORE!!!???

19 mars 2011

Un parigot chez les ch'tis (Vegas sur sarthe)

Quand y m'ont annoncé que j'allais être muté à Metz j'ai d'abord cru à une promotion.
Faut dire que j'prenais racine à l'usine Beaubourg depuis soixante dix sept, un bail comme disait Valéry. Je l'aimais bien Valéry, c'est lui qui m'avait pistonné après l'inauguration de Notre Dame de la Tuyauterie. A l'époque j'avais vingt ans et y cherchaient des oeuvres majeures. Là où on m'avait posé j'avais une vue imprenable sur la fontaine Stravinsky, celle qu'on appelait la fontaine aux tomates(*) pour rigoler avec les potes...
On voyait des gens zarbi dans l'quartier, des bonimenteurs, des cracheurs de feu mais surtout des p'tites nanas qui m'tournaient autour avec leurs grands yeux étonnés. Y en a même qui m'pelottaient en douce pour voir si c'était du toc. J'y peux rien, c'est mon géniteur qu'a eu l'idée de ce profil taillé à la serpe façon Humphrey Bogart!

Et puis sans crier gare - c'est pas Orsay ici - le Conservateur en chef m'a déclaré "Délocalisé, transféré, décentralisé"!
J'ai rien compris, une sombre histoire de changement de statut, enfin bref j'aurais jamais cru qu'un conservateur ça servait aussi à transférer.
J'dirais plutôt "Ejecté"! J'ai même pas eu l'temps d'saluer mes fans, mes chahuteurs boutonneux, mes gentilles mamies du dimanche, mes intellos binoclards ni mes p'tites nanas aux grand yeux étonnés.
A c't'heure, j'dois vachement leur manquer. Parait qu'y z'ont mis un panneau avec l'adresse de l'annexe mais j'ai jamais revu mes parigots...

Donc c'est comme ça que j'suis arrivé dans l'chapeau chinois de Messe comme on dit par ici. Ca a beau être le Nord-Est, c'est quand même avant tout le Nord et les ch'tites sont moins chaudes que dans l'Marais.
Si j'avais pu choisir ma galerie j'aurais pas choisi celle du Nord à cause des courants d'air mais dans mon malheur j'peux voir la cathédrale et le spectacle du dimanche pour la grand'messe de dix heures alors que les potes y z'ont droit qu'à la gare TGV!
Ici on est bien traités avec du double vitrage et la toilette tous les mois; on a même des cours de ch'timi obligatoires.
Pourtant j'fais toujours le même rêve: un mécène m'emmène au vert dans sa belle propriété où j'pose mes arpions dans la rosée du matin et j'bronze mon crâne au soleil le restant d'la journée...
Bon j'arrête de braire passeque le ch'ti conservateur qu'on appelle Lolo va encore ardire qu'ça gâte mon teint d'albâtre.

(*) La fontaine aux automates (Oeuvre de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle)

19 mars 2011

L’HOMME (Lorraine)

 

Va-t-il sauter? Va-t-il, d’un coup de reins,  franchir à jamais l’étroite bordure sur laquelle, depuis tant d’années, il garde un hésitant équilibre? La jambe fléchie, l’oeil au loin, l’allure faussement décontractée, qu’a-t-il offert aux visiteurs sinon sa pâleur bleutée et le questionnement de ses yeux de pierre?

La vie? L’étincelle? La passion? Jamais personne ne les lui donnera. Jamais un tendre sourire cajoleur ne lui demandera “Tu m’aimes?”. Jamais une main tiède et douce ne serrera la sienne.  Jamais il ne sera un homme.

On l’a trouvé un matin  à l’ouverture du Musée. Il avait brisé sa vitrine et gisait, la tête en miettes, sur le pavement, comme un assassiné.

 

19 mars 2011

La statue (Venise)

 

Dans le ciel l’homme craie cherche la lune.

Qui devait y être !

Parce qu’il pense qu’un jour de soleil n’est qu’un demi-jour.

Il sait qu’il ne peut plus manger du pain

Il sait que quelque chose cloche : a commencé  par sa place ici dans ce musée.

Au cours de sa sieste de l’après midi il a bien tenté une évasion

Mais son pas dans le rêve  s’est fait si lourd qu’il a renoncé  à briser la vitre d’entrée.

A lors sans plus aucun stratagème, il s’intéresse aux minuscules particules blanches qui constituent le monde.

Le grand voyage commence, mais une gêne soudaine entrave son élan.

Il se croit mort La couleur de la pierre s’est répandue dans ses veines .S es poumons  semblable  à deux morceaux de glace sont comme un jour d’hiver.

Il pense aux épluchures d’une mandarine, alors qu’il se sait empêché par une barre de fonte en travers de ses épaules.

Comment pourrait-il faire savoir ce qui le grise

Alors  qu’au même moment  des étudiants assis devant lui l’observent un carnet à la main.

La foule crie maintenant c’est un dieu, non c’est un ange !

Les hommes s’entêtent et voit un messie, un géant.

Il est comme une échelle, une hauteur dont on se sert pour capturer l’indicible.

Car la statue sait que si ses pieds sont toujours soudés au sol aucune tête ne touche les étoiles.

 

19 mars 2011

"Un homme seul" (Tendreman Spice)

Un homme seul
Désemparé
Moi

19 mars 2011

Défi 141 (Droufn)

Cette photo me fait penser que la vie d'homme en papier ça doit pas être facile tous les jours. Là, sur la photo on voit bien qu'il vient de s'engueuler avec sa copine, il est tout froissé. On voit bien aussi qu'il a envie d'aller prendre l'air, se changer les idées, mais non, il ne peut pas, dehors il pleut. Alors comment s'occuper quand le moral d'un homme en papier est dans les cartons ? Il peut pas fumer, il craint le feu. Pas prendre une douche,  il devient tout mou. Rien je vous dis ! Même pas aller chier un coup, il n'a pas de trou du cul. Éventuellement il pourrait écrire un roman sur son corps, mais trop vite limité en place car il ne peut pas écrire dans son dos. Il peut même pas aller voter, les bulletins blancs ne sont pas comptabilisées. Non vraiment c'est une vie de merde que celle d'un homme en papier et peu d'espoir d'en changer à par faire œuvre d'art dans un musée.

 

19 mars 2011

Triangulation (Walrus)

Voilà, il est prêt !
Prêt à se voir appliquer la méthode des éléments finis.
Sur quel obstacle va-t-on bien l'écraser ?

19 mars 2011

L’âme de la statue blanche (Sol-eille)

 

Au cœur de ce musée, lisse, propre, aseptisé,

La statue blanche aux formes acérées s’en va.

Ailleurs.

Entre chien et loup, à l’heure des derniers visiteurs qui s’attardent.

Elle est lasse d’être exposée là à toutes les mains, à tous les regards.

Blafards.

Pantin désarticulé qui se découvre une âme,

Mais ne peut verser une larme.

Sècheresse.

Son enveloppe de plastique et de carton reste sur son socle

Même position rigide et impersonnelle figée par l’artiste.

Mais elle est partie, elle, la statue.

Forme humaine asexuée qui erre dans le musée

A la recherche d’autres âmes solitaires, en peine.

Alors si au détour d’un dédale de musée vous sentez quelque chose vous frôler

Un souffle frais qui vous fait frissonnez

Accueillez-le, c’est peut-être le corps éthéré

D’une statue blanche ou d’une autre œuvre d’art

A la recherche d’un peu de tendresse et de reconnaissance.

19 mars 2011

Défi 141 (Sebarjo)

 

LIGNE (éclats de Buren)

 

Un quart d'heure
Au coeur de l'art
A toucher l'instant
Au plus vif du carmin
D'un soleil levant
Et d'un cube indigo
Terrassé.

Un faisceau spatial
Intemporel
Une lumière fixe
Sur une tringle d'acier
Effilée de cuivre watté
Une ligne rectiligne
Que l'on poursuit
A la verticale
et à l'horizontale
En se perdant
un instant retrouvé

 

19 mars 2011

« Il y a beaucoup de choses intéressantes à apprendre sur les icebergs. » (Val)

Tu avances, avec ton paquebot, inexorablement sur lui. T’avais pas vu, ou bien… t’as vu, mais bien trop tard…
Ton paquebot est lourd, il est lancé à pleine vitesse.
Tu te demandes si tu vas pouvoir encore le contourner.
Tu espères.
Et tu as tort. Tu te crois commandant de ton bateau, mais c’est un leurre.
Tu n’y échapperas pas.
Non parce que t’es un mauvais commandant, non plus parce que t’as un mauvais bateau.
Non.
Tu n’y échapperas pas, parce que l’iceberg, tu ne le sais pas, mais, en fait, c’est lui qui avance droit sur toi.
Il est debout, sûr de lui, les yeux rivés sur ton paquebot. Il sait où il va, lui. En plein sur toi.
Tu ne lui échapperas pas.

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