préhistoire du Net (Zigmund)
Reflet (Brigou)
Parfois, sortant d’un rêve, j’ouvre les yeux. Je me lève sans déranger le sommeil de celui qui partage mon lit. A tâtons je me dirige vers la salle de bains. Je pousse la porte, allume la lampe au-dessus du lavabo. Délicatement je prends un verre en opaline blanche et le place sous le robinet d’eau froide.
J’aime ce verre il appartenait à ma mère. Je ne sais plus à quelle occasion mon père lui avait offert. On y voit dessus, écrit en rond, le mot AMOUR.
Quand j’ai fini de boire, je m’attarde, m’approche du miroir et j’observe mon reflet. Avec mes mains je me couvre les joues et la bouche et je ne vois plus que mes yeux. C’est alors le regard tendre et bleu de maman que j’aperçois !
And my night is a day (Sebarjo)
DES NUITS
SANS VOIR TES JOURS
La nuit je vis, la nuit je meurs,
La nuit je ris, la nuit je pleure.
La nuit, quand je ne dors pas,
Je fume, je veille et puis je bois.
La nuit me nuit et me fait plonger
dans des ennuis annihilés.
Je m'évanouis sur les trottoirs
Qui longent tous tes boulevards.
Je m'accroche sans espoir
A ta porte et son heurtoir.
Je tombe comme une masse,
Ta rue est une vilaine impasse.
Puis tu t'enfuis dans le matin
Aux heures de la vérité,
Moi je niche comme un mâtin
Au pied de tes escaliers.
La nuit me prend, je fais semblant,
Et tout le jour je reste lent,
Le temps de me retrouver,
Le soleil est déjà couché.
La nuit revient et je chavire,
Ô Mon amour, une fois seulement,
Attends que je te respire,
Ressens comme je te sens.
La nuit s'étire et je soupire,
Sous les ponts, plus un sourire,
La nuit soupire et je m'étire
Sans savoir où je vais atterrir.
Notre fleuve est un seul lit
Je me suis perdu dans ses draps
Ô mon amour, sors-moi de sa lie
Tire-moi de là et embrasse-moi !
et voici la version chanson :
DORMIR SUR LES DEUX YEUX (Joye)
La nuit, lorsque je ne dors pas, je fais des films...
Ensevelie (Papistache)
Étaient-ce les huîtres ou le foie gras ? Cette nuit-là, je sortis de mon sommeil. Celui de mon épouse était profond —elle n‘avait bu que de l’eau et peut-être léché au bout de son index une goutte de citron—, toutefois, en quête de la tiédeur apaisante de mon flanc, elle se tourna sur le côté et chuta au creux de mon sommeil délaissé. Il se referma sur elle.
Je ne dors plus ; mon sommeil a pris mon épouse. Je n’en avais qu’un, je n’en eus jamais qu’Une. L’Une est dans l’un ; et moi, pour avoir quitté l’un et sans l’avoir abandonnée, Elle, je me retourne les ongles à tenter, en vain, et de jour et de nuit, à l’arracher à mon sommeil. Sommeil qui s’empara d’Elle, un soir où trois huîtres et deux canapés m’avaient tiré hors de lui.
Défi 177 (Lise)
Il fut un temps
Il fut un temps où les jours étaient courts
Et naturellement les nuits longues.
La tête dans les nuages de mes idées
Je tentais d’avancer à pas pressés,
Alors dès le jour couché
Je recommençais ma journée.
Jonglant entre tout que n’avais pas fait
Et tout ce que j’aurais dû faire,
Pour avoir le temps de respirer
Enfin un instant me poser.
Le sommeil attendait, léger,
Que j’arrête de le chercher,
Pour tranquillement s’installer
Dès que j’avais le dos tourné.
La plus grande joie pour moi
Est d’écrire ce texte à l’imparfait.
La nuit quand je ne dors pas, (Walrus)
je me retourne sur mon autre côté et... je me rendors !
Insomnie (EVP)
Quand Morphée, fils de Nyx et d’Hypnos
Part gigoter ses douces ailes de papillon
Et faire une teuf d’enfer, à Ibiza ou Mykonos,
En tout cas bien trop loin de mon édredon.
Je commence par le traiter de tous les noms :
Freluquet, paltoquet, tête de limace,
Petit foutriquet et même histrion,
Cela n’est, bien sûr, pas très efficace.
Cela soulage au moins et apaise ma rage.
Après, je prends quelques lambeaux de rêve,
Des copeaux de mots, des bouts de nuage,
Dans ma boîte à merveilles qui cogite sans trêve.
Je tisse une jolie toile sur ma nuit blanche,
Je pose le décor et distribue chaque rôle,
Dans mon théâtre intérieur, pas besoin de planches,
Pour y jouer la scène, inédite, d’une Antigone drôle.
Hamlet, Elvire, Mère courage et Ubu lui-même,
Rien ne résiste à mon talent vainqueur,
Et quand, épuisée, j’aborde enfin Chimène,
Le public, à mes pieds, dépose mille fleurs.
Alors, au sommet de la gloire, dans un dernier effort….
Bzzzz...Bzzzz…Bzzzz…Bzzzz...
JE DORS !!
L'évidence mêêêêêême (Joe Krapov)
Le sommeil (Venise)
Le sommeil est un homme un peu jaloux
Qui certaines nuits nous tourne le dos.
Alors j’approche mon visage de la vitre et je contemple la trace
De mes pas sur cette terre.
Dans la neige mes pas chantent l’étincelante envie de vivre
Alors je ris doucement et je parle à la Lune.
Mes premiers mots vont vers elle pour qu’elle les prenne entre ses mains
Et les remette à bien plus qu’elle.
Sous les lambris du ciel étoilé au moment même où mon sommeil s’est retiré.
Je ne cherche d’ailleurs plus à me faire entendre de lui sinon dans une présence douce et amusée.
Comme du temps où mon père me laissait seule face au grand livre de la vie .
Alors aussi lourd qu’une plume le sommeil s’abat sur moi d’un seul coup.
Il recouvre toute ma pensée comme une paix brutale.
Poursuivons mon sommeil !!
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Blanche_Neige_a_la_Scene_Watteau/
Insomnia (Vegas sur sarthe)
Quand de l'autre côté de longues insomnies
de belles rimes en ''ni'' je cherche l'harmonie
des agnelles en chaleur sèment la zizanie
en sautant dans mon nid en nombre indéfini.
Je me vois en Bélier, séducteur de génie
les faisant chevroter en stéréophonie
pour finir en méchoui dans un cri d'agonie
mais je suis un Scorpion, comble de l'ironie.
De cornes je n'ai point mais un dard racorni,
pas de quoi rassasier cette nymphomanie,
cette nuée d'ovins transformés en ovnis.
Tapissant mon plafond en décalcomanies,
je crois les voir brûler tel papier d'Arménie
ou bien ce sont mes yeux lourds de monotonie
Défi #177
Quoi ? Une poussière dans l'œil de...
Venise ; Lise ; Tilleul ; Walrus ; Lorraine ; Vegas sur sarthe ; EVP ;
Droufn ; Sebarjo ; Zigmund ; KatyL ; MAP ; titisoorts ; Joye ;
Anémone ; Sable du temps ; Adrienne ; Joe Krapov ; SklabeZ ;
Caro_Carito ; tiniak ;
J’ai quelque chose dans l’œil qui me gêne !! (KatyL)
Ne serait-ce pas le manque de lumière des jours qui défilent en hiver ??
Ne serait-ce pas les promesses d’avenir incertain sur des sables mouvants ?
Ne serait-ce pas une pluie légère que vous prenez pour des larmes, mais qui n’en sont pas !
NON
Mon regard a pourtant la même vigueur que j’avais à 20 ans, mes nuits sont remplies de rêves et de désirs de vie, mes jours sont parsemés de recettes d’amour.
OUI
Mes doigts courent sur la dentelle de mon corsage, je cherche le grain de peau de pêche à la base de mon cou, j’y suis … c’est chaud!
Ma main cherche mon autre main, je la prends, je la caresse, comme c’est bien !
Mon pied furtivement réchauffe l’autre pied qui en avait besoin.
Et puis je passe les doigts dans mes cheveux, ah ! Cette chevelure de blonde, longs cheveux aux reflets des blés d’or, ils sentent le chèvrefeuille, ils sont doux comme la soie.
Mais toi où es-tu ??
Je suis perdue sans toi.
Je n’ai que de la tendresse qui afflue et fait vibrer tout mon être, j’en ai la chair comme celle d’un citron pressé par maints souvenirs, la bouche palpitante, mes yeux verts de chats cherchent une image lointaine ……..et cette rosée à fleur de cils.. Oui c’est cela qui me gêne, comme une poussière.
Je suis seule sur cette route désormais.
Poussières à la moutonnière (tiniak)
Titanesques oublis fourmillant sous la terre
ou moutons gris tapis sous mon lit de misère
Poussières, poussières, poussières !
Comme votre sommaire, humble et sans prétention
rappelle à son destin la nôtre condition
de pas sages
quand vous marchons dessus sans prêter davantage
attention ! aux voltiges
que nos empressements (de mourir ?) vous infligent
Je deviens qui je suis à mieux considérer
dudit Bel Aujourd'hui la sade vanité
pour l'avoir
cependant clamé haut et fort à mon histoire
ainsi voulu, écrit, vomi, couru, venté
en omettant, chez moi, de passer le balai
la toile, le chiffon
préférant massacrer des nuées de moutons
qui dansaient
imitant les étoiles dans un soudain rais
de lumière
plongeant par la fenêtre encore bouche bée
sa ruée cavalière au galop printanier
Calcaire !
Calvaire des baignoires
écorche mes statuts
Éclabousse au miroir
mes carrières perdues
mes caprices
aux encéphalogrammes plats de tourne-vice
Que me revienne vite au sens, à l'oraison
pour ma belle amanite une tendre passion
granitique et sincère
que nous lapiderons à coups de pousse-hier
Poussières, poussières, poussières...
Puis, dans ce Lent Demain où nous ne serons plus
qu'éparpillés en grains, je logerai mon dû
dans un cul de bass'-fosse
le nez coulant d'un gosse
l'œil pleureux d'un sentimental
sur le carreau fendu d'une lunette sale
ou sous l'ongle crasseux
du dernier abandon d'un monde industrieux
Mais ferais-tu de même
toi qui de mon vivant me poudrais de "je t'aime" ?
Qu'importe !
taquine la poussière en passant sous ma porte
Il faut donc - ah, bourdon ! canaille, que je sorte
arborant à la boutonnière, en broche
un mouton de poussière
Qui trouverait ça moche
Moi, j’en suis plutôt fier
Poussière (Caro_Carito)
Il y a toujours un peu de poussière. Partout. Vous ne la voyez pas, mais elle est là, présente. Sur une étagère, sur le mince liseré de bois de l’armoire. Sur la boîte où s’entassent des cartes postales que les enfants découperont un jour pour l’école ou un jeu. Sur les broderies et le tissu moiré qui recouvrent les touches du piano.
Il y a toujours un peu de poussière. Là et encore là. Dans ce regard que vous posez sur un banc du jardin des plantes, sur un visage impassible qui vous rappelle d’autres traits. Dans la chanson que la radio hurle à tue-tête sur une piste de danse, dans ce surnom que quelqu’un vous donne et que vous aviez oublié. dans cette histoire que vous racontez près de la machine à café un lundi ou dans un mail ou à table au moment où l’on apporte la salade et le plateau de formages.
Il y a toujours un peu de poussière chez moi. Sur le buffet en chêne, sur les livres entassés dans la bibliothèque. Sur la vitre. Il y a celle du dehors, de la cour blanche, celle du tourbillon d’enfants qui grimpe et descend les escaliers. Des amis qui passent. Je l’aperçois parfois cachée là où je viens de passer le chiffon bleu. Oui, chez moi il y a toujours un peu de poussière qui se dépose sur mes mots.
Bikini, sable chaud et petites pépées (SklabeZ)
En débarquant en fin de journée dans cet archipel formé de poussières d’îles au beau milieu de l’océan, Simon est surpris par la tiédeur et l’humidité ambiantes et par l’atmosphère chargée d’effluves de coprah et de tiaré.
Un peu fatigué par le long voyage il rejoint les baraquements en se félicitant d’avoir accepté sa mutation dans cet endroit paradisiaque en plein Pacifique. Il se réjouit déjà à l’idée de profiter de ce paradis rempli de couleurs et de parfums inoubliables. À lui la musique des ukulélés, la tiédeur des lagons et les soirées tropicales où la peau des danseuses langoureuses exhale la chaleur du soleil.
À l’idée de fréquenter ces bombes anatomiques, il se jure même de vite oublier sa Margie, ou plutôt sa Marguerite chérie car Margie, francophile et un peu casse-pieds, déteste son nom de baptême. Elle exige qu’on l’appelle Marguerite.
Comme toutes les Margie, Marguerite est une femme-enfant amusante et sensible qu'on a envie de protéger. D'humeur inégale, elle passe facilement de l'enthousiasme à l'abattement. Quelque peu capricieuse, elle n’est pas toujours facile à vivre. Elle fonctionne aux compliments mais, assez susceptible, elle s'enferme parfois dans la bouderie. Tout un programme ! Malgré ses autres qualités, générosité et grand cœur, Simon pense l’oublier d’autant plus vite que pour une fois elle ne l’a pas accompagné. Marguerite est restée au pays.
Comme ses copains, Simon est marin de l’US Navy, la marine américaine, et il vient rejoindre son bateau récemment arrivé ici, dans les Îles Marshall en provenance de son port d’attache californien. La vie lui semblera bien plus douce que dans les arsenaux effervescents et tumultueux de la 3ème Flotte à San Diego. La discipline y sera certainement aussi moins rigoureuse. La belle vie quoi !
Ils sont venus ici pour participer à un projet un peu spécial et ultrasecret. Ils pensaient qu’ils en avaient pour quelques semaines et des poussières, pour une banale opération de déminage sur quelques atolls alentours. Certains sont encore truffés de mines et de munitions non explosées datant de la guerre du Pacifique avec les Japonais.
En fait leur mission est toute autre. La deuxième guerre mondiale vient tout juste de se terminer et ils participent, sans le savoir encore, au projet Manhattan visant à valider, sur l’atoll de Bikini, la puissance destructive des bombes A sur des navires disposés dans les environs.
La marine les a choisis pour préparer le regroupement et l’installation de ces vieux bateaux, déclassés ou prises de guerre. Ils serviront de cibles aux bombes.
Le rêve de Simon s’écroule. Adieu le sable chaud et les petites pépées ! Il se retrouve avec ses compagnons d’infortune sur une Bikini sans plus aucun attrait et vidée de tous ses habitants.
Le premier tir a lieu. La bombe lâchée d’un avion rate sa cible de plusieurs kilomètres. Certains bateaux-cibles sont touchés, d’autres pas. Ils doivent, sans protection aucune, intervenir pour en réparer certains avant le tir suivant.
Simon est déjà contaminé, zébuloné comme ils disent dans leur jargon, mais il ne le sait pas. Le tir suivant ne se passe pas comme prévu. Des vents capricieux déposent des poussières mortelles sur leur camp de base ...
C’en est trop !
Simon vient de mordre la poussière.
Adieu le sable chaud et les petites pépées !
Après de longs et vains traitements, il est rendu à son épouse, à sa Marguerite chérie, celle qui a un si grand cœur. Elle va s’en occuper avec amour pendant de longs mois, mais Simon souffre de plus en plus et sa situation se dégrade.
Il n’entendra plus Margie, il ne la verra plus non, plus.
Elle ne lui cassera plus les pieds, Margie, sa Margie qui pleure auprès de lui.
Adieu le sable chaud et les petites pépées !
Simon est redevenu poussière.
Ce sera mieux hier (Joe Krapov)
1934 Il y a 77 ans et des poussières naissait Georges Moustaki, l’immortel auteur de "Dans mon Hamac", du "Temps de vivre" et de "La philosophie".
1950 Il y a 61 ans et des poussières naissait Martine Aubry, à qui nous devons la réduction du temps de travail hebdomadaire à trente-cinq heures. Cette disposition emmerde tellement les « peine-à-jouir de la vie qui préfèrent se lever tôt et travailler plus pour gagner plus et avoir une Rolex à cinquante ans» que je ne sais pas si je ne vais pas, rien que pour ça, voter pour elle aux prochaines élections présidentielles. Ah bon, elle n’est pas candidate ? Zut alors !
1880 Il y a 131 ans et des poussières, un dénommé Paul Lafargue, gendre de M. Karl Marx et voisin de palier de M. le fossoyeur Oukrev, faisait paraître un opuscule intitulé « Le droit à la paresse ». Très étonnamment, c’est-là depuis toujours mon livre de chevet.
1623 Il y a 388 ans et des poussières naissait Blaise Pascal qui, à la suite d’un pari stupide, proposa d’inventer la brouette et réussit effectivement à donner le jour à ce véhicule bien pensé. Comme quoi les Auvergnats, qu’ils soient un ou deux ou trois, ce n’est pas si mal que ça ! Mais nous qui écoutons Brassens plutôt que Michel Sardou, nous le savons depuis longtemps déjà (57 ans et des brouettes !).
637 Il y a 1374 ans et des poussières, le roi Dagobert mettait sa culotte à l’envers. A ce jour il reste le plus connu et le plus aimable de ceux qu’on appela les rois fainéants.
486 Il y a 1525 ans et des soupières, ça n’a rien à voir avec le reste, un type eut à se souvenir du vase de Soissons et de Francisque Quinze code Clo-Clovis.
- 30000 Il y a 32000 ans et des poussières, on ne va pas chipoter, un nommé Cro-Magnon faisait la sieste à l’ombre dans une grotte des Eyzies-de-Tayac-Sireuil, Dordogne, code postal 24620 et des poussières. C’est que, voyez-vous, on ne s’embêtait pas à l’âge de pierre : on taillait des silex, ça faisait de la poussière, on dessinait sur les murs des cavernes, ça faisait de la poussière, on faisait des courses au mammouth et le soir on se rassemblait pour écouter les dinosaures et secouer sa poussière. Mais vous, vous n’êtes jamais allés à un concert des Rolling Stones ?
On s’emmerdait encore moins un peu plus tard à l’âge de bronze : on coulait même des jours heureux, paraît-il.
Allez, assez glosé maintenant, musique, hombre !
Petite leçon de belge (Adrienne)
Un torchon, ça sert à torchonner
= une serpillière
Un essuie, ça sert à essuyer
= un torchon ou une serviette
Une loque, ça sert à … enlever les poussières
= un chiffon
(en passant le curseur, clic gauche enfoncé, sur les parties blanches, les explications devraient apparaître)


