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Le défi du samedi

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13 mars 2021

Fifrelin (TOKYO)

 

La seule chose capable de me sortir du lit ce matin c’est ce fifrelin.

Un vrai joueur de flute que je suivrai jusqu’au bout du monde. Il a toujours une solution ammoniaquée pour réveiller les dieux de l’argent et transformer le mien en papier insolvable.

 Les riches chose inconcevable et exaspérante dont je fais partie ont un don absolument unique pour attirer ce genre de fifrelin.

 J’avais espéré depuis cette rencontre une bonne réduction sur l’impôt pour frais divers engagés dans relation amoureuse douteuse, mais rien n’y a fait. Ma situation financière était comateuse, il y était largement pour quelque chose.

Il fallait songer à construire des douves autour de mon domicile pour que ce magicien aux fibres empathiques ne vienne plus troubler mes neurones vieillissants.

Inventer un tour de passe passe pour le faire disparaitre fut un jeu d’enfant. J’en ai les larmes aux yeux c’est comme si j’avais appris dans la nuit à imprimer des faux billets.

 Le hic c’est que la bête, le cave ou le fifrelin ne l’entend pas de cette oeille.il a franchit les douves le bougre !! je l’ai aspergé d’essence de térébenthine. Qu’est ce que je n’étais pas prête à faire pour le séparer de mes économies.  

v1

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13 mars 2021

Lichette ribambelle et fifrelin (Ilonat)


« less is more »… en attendant Godot

(Deux personnages insolites, un peu minables, sur un chemin de campagne)

- c’est encore loin ?
- chouia…
- mais encore ?
- plus ou moins…
- c’est vague
- « less is more ! »
- comprend pas
- c’est une litote
- ça nous avance guère
- avancer ou pas…
- c’est kif kif bourricot
- là, tu vas loin !
- c’est une image…
- non monsieur, c’est une métaphore
- tu crois qu’il sera là ?
- qui ça ?
- ben, Godot !
- on verra
- et s’il n’est pas là !
- on fera avec
- il reste du café dans le thermos ?
-  une lichette
-  c’est tout ?
- tu préfères une mouillette ?
- toi alors…On s’arrête un peu ?
- comme tu veux
Courte pause dans leur cheminement
- y a pas grand monde dans le coin
- pas bezèf
- avant, y en avait des flopées
- des ribambelles
- et maintenant y a plus person
- macache bonbon, ça rime
- t’as encore de la thune ?
- pas un radis
- un ti picaillon ?
- pas un fifrelin
- pourtant, t’as touché un paquet !
- quand ça ?
- l’autre jour, au tacotac
- trois francs six sous
- il devrait t’en rester
- que dalle !
- qu’est ce qu’on va manger ?
- des clopinettes
- ça nourrit pas son homme
-  t’as encore faim ?
- un tantinet
- bravo ! alors là, bravo !
- pourquoi ?
- pour la recherche lexicale
- ça m’fait une belle jambe
- profitons-en !
- pour quoi faire ?
- on se remet en route
Ils se remettent en route…
- c’est encore loin ?  - chouia…
- mais encore…  - plus ou moins  
- « less is more », tu l’as déjà dit   
- t’as tout compris…

 

13 mars 2021

Zounia Ben Lemna se raconte - tiniak

- Episode inédit, extrait d’un feuilleton en cours sur ‘poLétiquement vôtre-

 
Exergue : Parce que c’est tous les jours 8 mars, #machoman...
***

 

Renfilant sa vieille gabardine (“toute pourrie, nan mais, wak Bob ?” comme le lui dit souvent sa partenaire), le lieutenant Merle se tourna vers l’agente Ben Lemna qui faisait de même, avec son perfecto rapé à bien des endroits, et lui proposa :
“- Dis-moi, major, ça te dirait-y pas de s’enfiler une bière ou deux avant de rentrer à nos vies misérables de poulets déplumés ? Après tout ça, c’est pas péché, hein ?”
Zounia lui retourna son sourire en coin qui signifiait “Vouiche, mais on s’éternise pas Bob, ok ?”
Du coup, elle répondit :

“ - Alors on y va, mais en scoot, sinon, c’est mort !”
Robert Merle entendit l’avertissement. Il avait pourtant bien envie de bringuer un brin, ce soir. “Mais bon…”

 

Un quart d’heure plus tard, les deux agents de police, rendus à leur vie civile, étaient attablés à la table que le patron du lieu avait pris soin de leur libérer dès qu’ils avaient pénétré dans son établissement, un bar à l’irlandaise, lui-même étant de (lointaine) origine de “la divine Erie des poètes”, comme il aimait à le faire entendre. Un peu trop souvent, de l’avis même de ses habitués.

Leur deuxième bière à la main (et la troisième en attente, commandée discrètement par Robert au nom de ce vieux principe cher aux piliers de bar : “jamais deux…”), après avoir pris quelques nouvelles l’un de l’autre, concernant leurs vies privées, ils se laissaient bercer par une ballade gaëllique. Parce que l’absence de discussion est souvent la marque d’une amitié véritable. “Et même d’un véritable amour…” songeait, à ce moment, l’homme enfin un peu plus détendu.
Soudain, un type, à l’évidence pas familier de l’endroit, s’adressa directement à Zounia en demandant :
“- Pardon si je dérange, mais ça vous dirait que je vous offre la prochaine, mademoiselle. Si monsieur n’y voit pas d’objection, bien sûr ? ajouta le bougre en envoyant à Merle un clin d'œil des plus malvenus.”

Robert n’eut pas le temps de réagir que déjà Zounia répliquait, avec un sourire calculé :

“- Toi, c’est sûr, t’as tous tes vaccins à jour sauf celui contre la goujaterie. Mauvaise pioche, garçon. Va tenter ta chance ailleurs, j’y serai pas.”
Le type en resta coi quelques secondes durant lesquelles Zounia eut encore cette pensée : “Il se trouvera bien quelque écervelée sur ton passage pour satisfaire tes projets pour la soirée, connard !”. Pensée qu’elle n'extériorisa pas verbalement, mais qui explosait dans son regard dont le brun foncé s’était profondément assombri, peut-être jusque à un noir abyssal.

Le type renvoyé à ses pénates, Robert Merle saisit l’occasion (“pas la première, mais bon… allons-y !”) pour poser une question qu’il n’arrivait pas à s’autoriser à poser à sa partenaire chérie :
“- C’est marrant, commença-t-il comme pour dédramatiser la nature de la question intrusive qui allait suivre, un beau brin de fille, euh… de femme comme toi, intelligente, pas bégueule, fine et cultivée, depuis six ans qu’on se connait, hein ? je ne t’ai jamais vue avec… disons… quelque attache pour quelqu’un. Tu vois ce que je veux dire. T’es pas obligée de répondre, note… Juste note que ça m’étonne, quoi. Pardon, mais… la preuve ! t’es suffisamment bien gaulée… J’ai pas dit, belle hein ? J’ai dit…”

“- Ouais ok ok, Bob… Attends, le coupa Zounia, fermement, mais en douceur.”

Elle l’avait appelé “Bob”, c’était déjà ça, songea Merle. “Elle ne m’en veut pas d’avoir posé c’te foutue question, se consola-t-il d’avoir osé en venir, pour la première fois entre eux, à ce point sur le terrain de l’intimité.”

Voyant combien Zounia se ramassait, il sut qu’elle se préparait à bondir. Il l’avait déjà vue faire. Mais jamais pour aucun des dialogues, publiques ou privés, qu’ils avaient tenus l’un envers l’autre. “Six ans, putain ! ‘Faut pas qu’ ça casse, hein ? ON est d’accord, ma belle ?” se dit en frémissant, à des endroits inconnus de son corps et de ses sentiments, le lieutenant qui ne voulait absolument pas en être un. Pas là. Pas ce soir.

“Juste pas maintenant ! ...Juste Bob…” implora-t-il secrètement.

Alors, Zounia Ben Lemna, négligeant de remarquer qu’une troisième tournée de bière prenait place à leur table, le menton calé dans ses poings serrés à blanc, dit à Robert Merle :
“- Ok, d’acc’… Je vais te le dire à toi, Bob… A TOI… Personne n’en sait rien ici, et personne ne doit jamais savoir, ok ? Parce que la frontière entre le blabla et la trahison, c’est du fifrelin. C’est ok, Bob ? ...JAMAIS !”
Zounia lui avait semblé avoir hurlé en pleine face, mais à voix basse. Robert Merle (homme d’âge mûr, tout de même lieutenant de police, supérieur de la jeune femme, là, devant lui, qui était devenue sa partenaire à compter du jour où elle avait posé “son petit cul de banlieusarde... ou dieu sait d’où !.. sur la banquette passager de ‘son’ véhicule de fonction…”) Robert... Non, “Bob” ! se dit alors qu’il aurait mieux fait de fermer son foutu bec… de poulet ?


“- On se refait pas, en vrai, lâcha Robert, pour lui seul, mais de fait, à haute et distincte voix.
“- Ouais, c’est ça, Bob. C’est tout pile juste ça, abonda Zounia dans un soupir, un sombre magma coulant sous un repli de sa lèvre inférieure et un volcan en éruption à l’orée de ses grands yeux tous ronds. De ses deux yeux si bruns, et cependant si doux, malgré tout.”

***

- Et voici ce que l'épisode suivant développera de la confession de Zounia à Robert -


Robert Merle se racla le gosier avant d’entamer sa troisième binouze. Manifestement, Zounia prenait son temps. A coup sûr, la gravité des propos qu’elle allait lui tenir, comme venait tout juste de l’annoncer sa partenaire de patrouille, nécessitait qu’elle en choisissât avec soin les paroles. Il attendit donc, patiemment, qu’elle se mît à parler.

Le bar se remplissait toujours davantage, de gens de passage, mais surtout des habitués, familiers du lieu et de son placide patron. Robert, ne quittant pas Zounia du regard, en reconnut quelques-uns du coin de l'œil, mais ne les salua ni ne leur rendit leurs saluts.

Zounia Ben Lemna se saisit alors de la bouteille près de son verre à bière et dit en se servant à boire :

“- Jamais deux sans trois, hein ? Ok, Bob… Bon voilà : entre l’âge de treize et quinze ans, j’ai été abusée sexuellement par mon oncle paternel, d’abord, puis par chacun de ses trois fils.”

Le lieutenant Merle se sentit soudain prêt à reprendre du service dans l’instant. Le Robert Merle en civil, de prime abord abasourdi par cette déclaration inattendue, décida cependant de ne pas réagir. De laisser à Zounia le loisir de développer ou non. Ce qu’elle ne manqua pas de faire, puisqu’elle s’était lancée.

Zounia Ben Lemna s’ouvrit donc à son collègue et ami, après lui avoir fait de nouveau l’injonction de ne parler de ce qui allait suivre à personne, “absolument personne !”

Merle réitéra sa promesse d’un hochement pesant de la tête, le regard encore effaré de ce qu’il venait d’entendre.

Et Zounia raconta…

***

On finit en chanson, hein ?
https://www.youtube.com/watch?v=8d-blfWHSng&list=RDvBHild0PiTE&index=3

13 mars 2021

Précision (Walrus)

 
Quand j'exerçais mes talents au Stalag 12, j'ai assisté à cet échange entre le roi Arthur et mon ami Constant :

- Alors fieu, vous avancez dans le problème ?

- Je pense qu'il faudrait ajouter un tantinet d'oxyde de zinc au mélange...

- Un tantinet ?! Pourriez être plus précis ? C'est quoi un tantinet ?

- Trois fifrelins !

 

13 mars 2021

Un Fridolin nommé Fifrelin ! (Joe Krapov).

DDS 654 Vide-poche

C’est comme les vide-poches fluorescents que les imprimeurs déposaient à la Bibliothèque Nationale en 1929. Qui pourrait imaginer que ça a bel et bien existé, que les gens avaient ça chez eux ? On a tellement d’images en noir et blanc de cet entre-deux guerres, sans doute parce que la couleur coûtait un pognon de dingue, qu’on croit que les gens eux-mêmes vivaient en noir et blanc !

Et justement, il y a eu aussi une période, à la fin de 1920, où l’expression «Ça ne vaut pas un Fifrelin» ne signifiait en rien que le Fifrelin fût une quantité négligeable. Bien au contraire. Mais on parle de Fifrefin, non de fifrelin. La majuscule ici est capitale.

Ce fut même un phénomène artistique majeur que le Fifrelinisme. On sortait de la grande guerre, c’étaient les années folles, l’arrivée du jazz, on dansait le charleston et le shimmy, il y avait eu Dada, il y aurait Picasso, Braque et peut-être le Surréalisme… ou peut-être pas.

Parce que soudain Adolphe Fifrelin était apparu, en provenance directe de l’Allemagne battue et qu’il avait lancé la vogue du Fifrelinisme.

***

- Tout ça, c’est de l’art dégénéré, disait Adolphe en parlant du cubisme et de l’art déco. Ca ne vaut pas un pfennig !

Et pour montrer son dégoût de la chose, il ne prononçait même pas la majuscule de Pfennig et il écrivait le mot sans la mettre alors qu’en allemand tous les noms communs en comportent une à leur initiale.

C’était un homme d’emportements que ce Fifrelin et c’était là monnaie courante à l’époque où le ressentiment était partagé par une grand partie du peuple allemand dépité d’avoir dû rendre l’Alsace et la Lorraine. Mais ses jugements à l’emporte-pièces ne dépassaient pas jusque-là le cadre agréable et bavarois en diable de la bonne cité de München (Munich für die Franzosen !) où il exerçait la profession de militaire, très petit gradé puisque seulement soldat de 1ère classe mais dans les tavernes qu’il fréquentait on l’appelait "Le Caporal".

Tout aurait pu aller à peu près bien pour lui s’il ne s’était pas mis en tête de devenir un peintre reconnu. Il avait depuis toujours un talent certain de dessinateur et il l’exerçait dans le temps libre que l’armée lui laissait. Il composait de jolies toiles figuratives mais… Comment dire ? De même que chez Mozart il y a parfois «too many notes», trop de notes, il y avait chez Adolphe Fifrelin trop de réalité dans ses représentations.

Dans sa dernière toile, une nature morte intitulée «La banane et le rouleau de papier adhésif» «Die Banane und das Klebeband» on était saisi autant par l’hyperréalisme de la représentation que par l’originalité de la composition, un gros plan d’une toile vierge dans l’atelier de l’artiste sur laquelle la banane était fixée avec de l’adhésif brillant.

Casting Tintin 06

Ses portraits de pirates des mers du Sud sentaient la poudre, la sueur, le sang, le rhum, le fouet et la sodomie et fichaient la trouille aux mômes. Mais quelle ressemblance avec le modèle une fois que le tableau était achevé. On n’avait jamais vu ça ! Seulement…

Seulement les marchands de tableaux juifs se marraient quand il venait leur proposer sa production.

- Au cas où vous ne sauriez pas, Monsieur le militaire, il y a un truc qui s’appelle la photographie. Ça donne des résultats similaires à ce que vous faites mais ça n’est pas ça que les gens veulent, voyez-vous. Ça ne se vendra jamais, vos marins d’eau douce ! Croyez-moi, cré tonnerre de Brest-Litovsk ! Trop ressemblants !

Adolphe ne disait rien, remballait ses toiles mais intérieurement il les envoyait se faire foutre en songeant : «Je me vengerai, un jour !».

***

Et il semble bien que le jour est venu. Hier soir un couple d’aristocrates français est venu frapper à sa porte. Très jeunes tous les deux, lui belle prestance de petit ambitieux de province, elle très gouailleuse et jolie comme un cœur. Ils avaient avec eux un interprète polonais, sans doute un youpin, qu’ils ont présenté comme Maurice Mendjizki. Ils ont regardé toutes ses toiles, en ont acheté deux, un paysage et un portrait – "Die alte Mühle an der Saar" (Le vieux moulin de la Sarre) et "Der Ritter Franz von Schellfisch" (le chevalier François d’Aiglefin). Et surtout ils lui ont promis la fortune et la gloire s’il acceptait de venir s’installer à Paris, tous frais payés, pendant un mois, atelier personnel à Montparnasse. Principale obligation en retour : faire le portrait de Mme de McMacron, Kiki, qui adore poser nue pour les peintres. Et aussi : changer de nom.

- Wo ist der Haken ? a demandé Adolf à l’interprète.

- Je ne sais pas où elle est, l’entourloupe, a répondu celui-ci. Ils demandent juste que tu signes tes toiles du pseudonyme de Fifrelin et que ton prénom devienne Adolphe. Je serais toi j’accepterais. Le type a ses entrées partout au ministère de l’Intérieur, plein de pognon et des certitudes sur tout. Et Kiki, c’est la reine de Montparnasse. Pas encore mais presque !

***

Casting Tintin 14Hitler n’a pas hésité longtemps. Une semaine après, il avait obtenu sa permission de s’absenter un mois de la caserne, ses bagages étaient prêts ; il avait pris le train avec l’acompte fabuleux qu’ils lui avaient laissé.

- Qu’est-ce que je leur dis à vos copains du DAP s'ils viennent prendre vos ordres ? lui avait demandé sa concierge.

- Dites-leur que je suis parti envahir la France !


N.B. Les deux dernières illustrations sont dues au talent de M. Ludo D. Rodriguez

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13 mars 2021

Le jour du seigneur chez mes dabuches (Vanina)

 

C’était comme un rituel, chaque dimanche passé chez mes grands-parents. Après le déjeuner, Mémée débarrassait la cuisine, nettoyait la maison ou tricotait. Pendant ce temps, avec Grand-dabe -qui m’appelait « mon fisset »-, nous allions dans le salon, de chaque côté de la table de jeux, pliante et nous commencions ou continuions une partie d’échec. Grand-dabe avait son parler bien à lui, argotique, il avait connu la guerre, comme il le faisait remarquer à son dab -mon père-, pour affirmer qu’il était trop tard pour lui faire changer de langage.

La toute première fois, je l’entends encore me présenter les pièces: me donner leurs blazes!
C’est ainsi qu’il me présenta le boss, celui autour duquel tout se jouait et qui pourtant ne peut se déplacer que d’une case à la fois, mais dans tous les sens. La Berezina ne permettait presque plus au boss de bouger. Et lorsque tu pouvais aller te faire rhabiller chez plumeau, le jeu était fini.

Puis il me présenta la crinoline, au grand pouvoir de déplacement. Elle avance suivant les colonnes, les traverses ou les diagonales du nombre de cases qu’elle veut. Au départ, elles se font face, la crinoline blanche sur une case blanche, la noire sur une noire, en "d".

De chaque côté des tourtereaux, il y a les fêlés qui se déplacent selon la diagonale. Puis viennent les ramasse-crottin qui sautent d’une case à l’autre, inutile de décrire ici leur déplacement. Pour finir cette traverse, il y a  les guitounes, leur déplacement suit les colonnes ou les traverses.

Sur la deuxième traverse, en "2" pour les blancs ou "7" pour les noirs, me montrait-il sur la Parfaite se trouvent pour chacun huit fifrelins qui vont droit devant une seule case à la fois.

Une fois la présentation faite, il a retiré toutes les pièces et m’a demandé de les remettre en place, pendant que je gambergeais pour ne pas faire d’impairs, Papy bonimentait, expliquait le coup.
Cette première séance fut mémorable tant le vocabulaire était riche juste pour positionner les deux fois seize pièces sur les 64 cellules, et maîtriser leurs déplacements. 

Chaque semaine je progressais.

Mais la vraie surprise, je l’ai vécu à l’école en m’inscrivant au club d’échec, quand je découvris que les termes que je prenais pour acquis n’étaient pas ceux d’usage...

 

13 mars 2021

Fifrelin (petitmoulin)


Il était une fois, un jeune musicien qui jouait du fifre en habit de lin. Nul ne connaissait son nom. On l'appelait Fifrelin.
De petites salles en festivals, Fifrelin jouait du fifre dans son habit de lin.
Son nom ne brillait pas sur les façades des grands boulevards mais Fifrelin n'était jamais plus heureux que sur la scène. L'émotion silencieuse des spectateurs lui caressait l'âme.
Toute modestie remisée, il recevait les "Bravo Fifrelin ! Bravo Fifrelin ! " avec enthousiasme.
Hélas ! Un vent mauvais souffla sur le monde.
Tous aux abris, c'est la guerre.
Le soleil disparut sous un grand masque de nuages.
Le ciel devint sombre comme l'ennui.
Les étoiles furent confinées dans le puits profond des nuits sans lune.
Fifrelin fut enfermé dans la geôle du non essentiel.

Le jeune musicien ne joue plus de fifre en habit de lin.

13 mars 2021

Pour ce que ça vaut (joye)

pour ce que ça vaut

13 mars 2021

L comme lichette (Adrienne)

 

Le père, on l'a déjà dit ici, c'est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d'une table.

 

Dans la cuisine, l'Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
"La gastronomie est une science exacte", disait-il.

Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l'heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.

L'Adrienne souriait et se disait qu'elle avait trouvé là l'exact opposé de son père.

Mais elle se trompait.

Elle s'en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l'amie Violeta, et ça s'est confirmé avec la baklawa.

Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c'est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n'y en a jamais assez :-)
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.

Et c'est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.

13 mars 2021

Pf ! (Kate)

 

Pas un fifrelin

Ah ! Ah !

Et un "tu l'auras"

Sera mieux qu'"un tien"

Bredouille

En somme

Pauvre grenouille

Ma pomme

Pas la moindre girolle

Aucun grain de poivre

Nul vaccin en vue

Nulle actrice connue

Sinon quelques paroles

Qui me navrent

 

Pas un fifrelin

Zéro joueur de fifre

Absence de sous-fifre

La solitude, tiens !

Alors "À l'aide

Wiki et compagnie !"

Mais "with Madonna in bed"

Ne m'aide pas ici

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Succombons

À nos vieux démons

Chevauchons

Et cravachons

Schtroumpfons

Par vaux et par monts

 

Première assertion :

" Si les Schtroumpfs vivent dans des champignons"

Deuxième assertion :

"Alors les fifrelins leur servent de maisons"

À tort ou à raison

Pourtant leur nom

Nom d'un Schroumpf !

Presque une chaussette

Non, pas à six schroumpfs

Pas noire ni verte

0-2 2

Allons donc !

Avouons ma passion

Mon trip mon démon

C'est la seconde mutation

Consonantique

Pf ! De la linguistique

Des langues cousines germaniques

Pas un pfennig

Pas de bol

On navigue

On s'envole

Et flûte !

Et zut !

Le fifrelin

Ne vaut pas rien !

13 mars 2021

Participation d'Emma

13 mars 2021

Fortune (JAK)

 

Obeline depuis l’aurore  est d’attaque, mais ce n’est pas pour contempler le lever du soleil.

Non, elle est aux fourneaux, son emploi du temps rigoureux et chargé, l’y oblige. Elle doit  toujours trouver de nouvelles tambouilles, sinon ça rouspète dur autour d’elle

 Soixante  bouches à nourrir, elle doit   cogiter afin d’apporter du changement  à leur  subsistance. Mais son cœur de nullipare avec dévouement veille sur tous ces estomacs à remplir 

il faut dire qu’elle est cuisinière dans un internat  pour enfants déshérités, une   ribambelle de gamins que la vie n’a pas gâtés

Elle bosse dur, sans rechigner.

Ce n’est pas Léon, l’homme à tout faire, un fifrelin de la pire espèce qui ne pense qu’à courir le guilledou, qui peut lui donner un coup de mains. 

En douce pour se stimuler, elle lampe de temps à autre une lichette de rogomme

Cela lui réchauffe le coeur, et les membres.

Membres endoloris, engourdis par  l’arthrose.

Il lui semble alors être moins patraque

Son médecin lui a bien dit de ne pas forcer sur la dive bouteille, mais elle n’en a rien à faire, et évite de le rencontrer.

 Pourtant  , le mois dernier, elle a  bien dû  le voir  à  cause d’un sal virus, qui lui avait mis le tournis.

 

Bon, cela s’est passé au mieux  et  la voici de retour après 15 jours d’observation, qui a   repris sa besogne pour nourrir sa marmaille.

Ses galapiats qui ont  toujours bon appétit !

Mais ce matin, pour des raisons indéterminées, que même le psy du service ne pourrait analyser, elle en a  soudainement ras la casquette.

Elle a envie de crier Stop.

Dans sa petite cahute, de longue date, avec Jules le facteur, lui aussi arthrosique  ils ont pris l’habitude de faire la causette chaque jour,  juste avant le coup feu,

Il lui  évoque souvent sa prochaine retraite : il  réfléchit  à se retirer aux Caraïbes où il a un lointain cousin.

Il n’a rien d’un foutriquet  ce Jules, avec sa belle moustache gominée.

Obeline  s’octroie ces moments sans se désheurer.

 

Pendant qu’il pose le courrier, elle lui sert, un petit vulnéraire  alcoolisé, versé avec déférence  dans l’unique verre de cristal qu’elle a hérité d’une vieille tante, Itou, elle  s’en rempli  un douteux  gobelet  Durex. Et ils trinquent à leur santé respective,

Une sorte d’inclination a surgit en elle pour ce primesautier préretraité, et il lui semble que c’est réciproque

Et depuis qu’Obeline s’est remise de la corona elle voit tout différemment.

Aujourd’hui, pour Obeline, c’est décidé, toute honte bue, ce tantôt, elle va lui faire une proposition, à laquelle elle songe depuis peu:

 Elle projette lui offrir  toutes les économies de son escarcelle, et de partir avec lui !

Ce fin gourmet aurait une cuisinière indéfectible, c’est là son argument infaillible  

 Dans son rêve elle s’imagine dépaysée dans une thébaïde embaumée, se voit  décorant une hutte avec des hibiscus, et sur une  table en bois, avec seulement…. deux assiettes.

 

On  sonne à la porte, elle s’y  rend en courant ….

-Ah !

Une charmante blondinette est là, courrier à la main

 

-Jour M’dame, je suis la nouvelle préposée.

 

Je remplace Jules qui est parti la semaine dernière avec sa bourgeoise  aux Caraïbes.

 

Adieu vaches cochons couvées, il ne reste plus alors à la naïve

Obeline que de pleurnichailler dans son arrière-cuisine

 

13 mars 2021

Inégalable Fricassée (Lecrilibriste)

 

Fifres joyeux et tambourins

Entreront dans la farandole

Pour faire danser les demoiselles

Et tourner les jupes de lin

sur les jupons de dentelle

Ils se retrouveront le soir

Pour partager la fricassée

De trompettes et de fifrelins

Que la Mère aura préparés

C’est le Père qui les a trouvés

c’est lui qui connaît tous les coins

mais son secret est bien gardé

Le seul qui sera initié

C’est son fillot bien aimé 

qui le suit sans perdre sa trace

et qui s’accroche à ses basques

parce qu’il aime flâner en forêt

profiter de tous ses attraits

respirer le grand air

sentir le vent de liberté

et repérer les odeurs

des trompettes de la mort

sans oublier de trouver

des boutons de culotte

dans les ronds de sorcières

des girolles  et des fifrelins

pour étoffer la fricassée

inégalable de la Mère

Et croyez-moi, ce n’est pas rien

Quand on connait les fifrelins !

 

13 mars 2021

Attention, c'est du Laclos (Vegas sur sarthe)


La définition exacte c'est « Qui ne vaut pas tripette » en huit lettres.
Instinctivement j'ai pensé à Germaine.
Elle rentre pile poil dans les cases … pour une fois qu'elle rentre dans quelque chose sans forcer à part dans la porte du garage.
Sauf que ça commence par un F et que ça ne peut être que moi qui l'ai mis là, ce F.
Si je change le F pour un G, ça bouzille le peu de mots que j'ai déjà eu du mal à placer et j'ai horreur de ne pas terminer les mots croisés ; ça me fout en rogne pour la journée et c'est Germaine qui déguste!
Faut dire que j'avais mis la barre très haut en m'attaquant aux mots croisés de Laclos sous l'oeil moqueur de Germaine.
« A quoi ça servirait que Laclos se soit décarcassé ? » disait-elle en parodiant une vieille pub des années 70.

Alors j'ai écarté Germaine au propre comme au figuré pour repartir sur des bases saines et j'ai trouvé Fusibles. S'il y a quelque chose qui ne sert à rien c'est bien le fusible.
« Ça fait que sauter » dit Germaine sans rien parodier, pas même une pub de Youporn.
Combien de fois ai-je dû farfouiller dans le coffret à fusibles de la bagnole après que Germaine ait essayé de brancher son fer à friser sur l'allume-cigare !

« Qui ne vaut pas tripette » … ça ne peut pas être Fusibles au pluriel sinon Laclos aurait écrit « Qui ne valent pas tripette ».
« Y'en a là dedans » dit parfois Germaine en me collant une pichenette derrière les oreilles ; c'est sa manière à elle de m'encenser.
Elle dit que je joue petit bras, que je babiole, que je broutille, ce sont ses mots pour dire que je vaux mieux et que je le vaux bien en parodiant une vieille pub cosmétique des années 70.
Elle en a une autre qui dit « On se lève pour Jeannette » mais je ne l'ai jamais comprise car notre femme de ménage ne s'appelle pas Jeannette et y'a pas de Jeannette dans notre entourage, y'a personne dans notre entourage.

Il y aurait bien le mot Bagatelle vu que sur ce terrain avec Germaine ça vaut pas grand chose mais ça commence par B comme Brimborion et en plus ça déborde des cases.
J'aimerais tant que ça déborde avec Germaine – pas seulement la casserole de soupe – j'aimerais qu'implose le couvercle, que s'échappe la vapeur pour nous emporter dans des volutes aphrodisiaques et … où en étais-je ?
J'ai trouvé Futilité en pensant toujours à Germaine, à ses Feux de l'amour, à son Euro Million, à son Pékin Express, à son Modes&Travaux, à son marché du dimanche matin, à ses raviolis du lundi, enfin à tous ces petits riens mis bout à bout qui ne font pas grand chose.

J'hésite encore car il y a le mot Fixation qui conviendrait bien et Fixation ça rentre dans les cases comme une cheville de 12 dans un carreau de plâtre, comme cette cheville trop longue qui traverse le mur quand Germaine se déchaîne avec le marteau en criant «Tu vas rentrer, salope ? »
Je hais tous ces mots crus qu'elle réserve à une pauvre cheville de 12 ...
Ça finit toujours par rentrer ; après tout c'est que du plâtre, du papier à cigarette dit Germaine quand les voisins se chauffent un peu trop et qu'on doit supporter leurs ébats.
J'aimerais tant que ça déborde avec Germaine.

Allez ! J'opte pour Fixation d'autant plus que ça finit par N comme le mot Fin et ça m'arrange.


13 mars 2021

Pas beaucoup plus qu'un fifrelin? (Laura)

 

Mes livres ne me rapportent pas beaucoup plus qu'un fifrelin
Peut-être moins que ce que peut gagner un margoulin
A peine de quoi, je suis sûre, acheter un agnelin
Certains disent que je devrais effacer tout ça avec un sopalin

Mais pour le fantôme et moi, ça vaut plus qu'un fifrelin
Au moins plusieurs draps, voire des camelins.
Les sommets que vois en écrivant en deviennent capitolins
Je devrais alors gagner des francs suisses ou des carlins.

Pourquoi ne pas écrire sur du vélin
Avec des lettres en caractère carolin
Pour gagner plus qu'un fifrelin
Et avoir mon nom gravé sur du marbre cipolin?

Je voudrais écrire sur le ciel en rouge carolin
Mes paysages pour en faire un tremplin.
Mais les gens préfèrent acheter des craquelins
Que mes mots qui n'ont pour eux rien de cristallin

Suis-je, depuis le début de ma vie sur le déclin
Si je ne parviens pas à faire entendre ma voix, drelin
Drelin: écoutez-moi et vous serez peut-être enclin
A me faire gagner quelques francs ou esterlins?

Si je réussissais à dompter ma peur comme un félin,
Je parviendrais  sûrement à modeler des vers figulins.
Je marche comme un équilibriste accroché à un filin
Qui vise la lune à atteindre à la Saint Glinglin

J'ai visité beaucoup de manufactures sans voir de gobelins
Mes objectifs sont tout ce qu'il y a de hyalin:
Vendre pour un jour visiter le Kremlin

Voyage qui coûte plus qu'un fifrelin

 

6 mars 2021

Défi #654


Celui-ci, j'ai failli le rater, d'un
 

Fifrelin

6541

 

6 mars 2021

Ont passé la brosse à reluire...

6 mars 2021

Première rentrée à l'école (Yvanne)

bureau


Il arrive parfois qu'une pensée ou un souvenir vous assaille tout à coup et l'on est ébloui par sa fulgurance. Et qu'un mot, un mot tout simple, usuel, ouvre soudain dans votre esprit, dans votre mémoire une porte sur  un moment de vie et l'âge aidant, très souvent sur l'enfance. Encaustique.  S' y associent, pour moi immédiatement une odeur puis tout juste après, un décor.  Ce mot choisi par notre ami Walrus m'a transportée bien des années en arrière, dans les années 50/60.

Un matin de septembre aux couleurs déjà bien présentes de l'automne. Je vais avoir 6 ans dans quelques jours. Je suis réveillée depuis des heures. Ai-je seulement dormi tellement l'impatience me tenaille. Je vais à l'école aujourd'hui. Un événement oui vraiment. J'attends ce moment depuis si longtemps. Un jour nouveau pour une vie nouvelle. D'ailleurs, tout est nouveau, neuf  je veux dire : la jolie blouse à carreaux, la veste de lainage tricotée par ma grand-mère pour l'occasion. Et mon sésame : le cartable marron, une richesse, un bien précieux, solide et qui sent bon le cuir. Ce dernier revêt pour moi une importance particulière : il est à moi et à moi seule avec, à l'intérieur le joli plumier en bois verni et son porte-plume. Je n'aurai pas à partager cette petite fortune avec mes frères et sœur plus jeunes comme je dois le faire habituellement pour tout le reste.

Je suis prête et j'attends avec une certaine fébrilité que la cloche sonne. Je tiens  mon sac d'une main ferme et de l'autre, le livre de lecture – que je n'ai pas voulu placer dans le cartable - acheté par mon père et avec lequel il m'a appris à lire. Il trouvait sans doute comme moi injuste de faire une rentrée à 6 ans parce que j'étais née en fin d'année. Ce livre m'a attiré quelques ennuis avec la maîtresse car elle avait une autre méthode pour apprendre. Et moi, bien entendu je ne voulais pas m'en séparer. Un premier livre, on ne l'abandonne pas. Le premier que j'ai aimé c'est dire. Pour l'écriture également, cela ne s'est pas passé tout seul et tranquillement. Papa m'avait aussi appris à tracer l'alphabet à sa manière qui n'était pas tout à fait celle de l'institutrice. Notamment pour les « i ». Mais c'est une autre histoire.

Enfin, voici le moment de faire les deux cents mètres qui me séparent de l'école. Papa m'accompagne et me laisse au portail à ma demande. Je suis grande n'est-ce pas et je n'ai plus besoin qu'on me tienne la main. Bien sûr, la cour je la connais déjà. J'y suis entrée plusieurs fois en fin de journée pour apporter à la maîtresse la tarte ou le pâté de viande et pommes de terre que l'on cuit dans notre four familial le jour du pain. Mais je ne connais pas la classe – unique - dont la porte est toujours fermée à cette heure et les épais rideaux tirés. A mon grand regret.

Ce matin, je brûle de découvrir enfin ce mystère : une salle de classe. Cela m'impressionne bien plus que d'affronter la maîtresse et les camarades qui me sont tous familiers.
Après quelques bousculades parmi « les grands » la porte s'ouvre enfin et Madame N. nous demande de nous ranger pour pénétrer dans le sanctuaire (pour moi).  L'odeur d'encaustique, très  prégnante me prend quelque peu à la gorge. Mais je ne la crains pas. Je trouve même que ça embaume comme quand maman nettoie la maison au printemps. Le bureau sur l'estrade et les tables bien rangées ont été récurés et cirés. Tout est en bois et tout brille. Même la bibliothèque tout au fond. Cette dernière recèle des trésors que je n'aurai de cesse d'explorer tout au long de mes années de primaire. Et le grand tableau noir triptyque, les cartes géographiques qui ornent les murs, la mappemonde sur une console... des découvertes que je balaie d'un regard attentif.

Voilà ce que furent mes premiers pas dans la salle de classe de l'école de mon village. Ils sont inoubliables et le parfum de la cire, puissant et évocateur  entre pleinement dans ce souvenir. Il en est la quintessence et déclenche en moi chaque fois que je le respire une véritable émotion. En fermant les yeux je revois, l'espace d'un instant fugace, la petite fille curieuse et volontaire qui aborde un monde nouveau pour elle et qu'elle va aimer beaucoup.

6 mars 2021

Mon vieux buffet (Lecrilibriste)

 
Avant de m'endormir, je décide maintenant ce que je dois faire le lendemain et, dans la tête, je me fais une liste. Cela m'aide à ne pas me disperser et, curieusement, ça fonctionne.
 Donc, hier au soir, j'ai décidé que je cirerais mon vieux buffet. C’est un « large buffet » en noyer du Dauphiné, qui a bien ses 200 années d'âge et qui, avec le temps, comme le chanterait Arthur, « a pris cet air si bon des vieilles gens ».
C'est bientôt le printemps, l’heure des grands nettoyages et il a besoin de respirer sous la crasse accumulée toute l'année. Mais avant de le cirer mon vieux buffet,  il faut d'abord la racler cette crasse, car il est dans la cuisine.  Il respire et s'incruste de toutes les vapeurs et les odeurs de cuisson, des soupes, des rôtis et mirotons

Mon vieux buffet me regardait, attendant que je me décide. J'entendais  bien ce qu'il me susurrait :
 - Alors, tu t'y mets, oui ou non ?
  Moi, je regardais le vieux buffet et j'essayais de lui dire que je n'aurais pas dû le mettre dans la liste avant de m'endormir.  Je lui expliquais que le matin, j'avais eu le gratin dauphinois à préparer. Après …  le café avec la voisine …  puis … y' avait eu un film sympa à la télé, etc.  
A l’heure du thé ... J’entre dans la cuisine et j'entends les reproches du vieux buffet qui me crie :
 - Mais regarde à quoi je ressemble, à un vieux buffet, tout malmené. J'aimerais bien un peu briller, être un vieux buffet fier d'être un vieux buffet !  
 - Excuse- moi, mon vieux buffet,  mais ce matin j'ai reçu le texte de Josette à taper  ! Et puis, j'ai plus de papier de verre pour te poncer et … !
       -  T'as qu'à prendre un Opinel m'a répondu du tac au tac le vieux buffet.  
–    Mais J'ai plus de cire pour te cirer !
–    Si ! a encore crié le vieux buffet …   Y a encore un peu d’encaustique sur l'étagère, à côté de la machine à laver  !
Là !  J'étais vraiment coincée. Il était 16h30, j'ai enlevé tout ce qui trônait sur le vieux buffet, les orchidées qui se trouvent bien ici, les vieux bocaux de bonbons en verre d'une épicerie d'antan que j'ai récupérés et qui lui tiennent compagnie depuis des années. J'ai tout lavé, tout fait briller. Le vieux buffet me regardait tout émotionné.
 Puis j'ai pris mon Opinel et j'ai commencé à racler le vieux buffet, qui disait :
 -  Ah que c'est bon, quand tu me grattes le ventre ! Encore ! Encore!
 J'ai mis France Musique pour que le vieux buffet soit au comble du plaisir...
 Je l'ai gratté, raclé, frotté, ciré, encaustiqué et fait briller, briller, briller, briller ... mon vieux buffet …  En musique. Et lui, ravi, écoutait aussi la musique.
  J'ai remis les orchidées à trôner, les bocaux à bonbons d'antan étincelants de clarté sur le vieux buffet. Je sentais qu'il était content mon vieux buffet et il me regardait, resplendissant et complètement ravigoté, fringant comme un jeune buffet.
 Quand je suis allée me coucher, je n'ai pas pu résister à lui jeter un dernier coup d'œil...  
  Eh bien, croyez-moi si vous voulez, il souriait, mon vieux buffet, de toutes les fossettes de ses chevilles en bois rutilantes et bien cirées.
 Et je l'ai trouvé beau comme un jeune premier, mon vieux buffet.
 

6 mars 2021

Non participation d'Adrienne ;-)

 

Encaustique! s'est dit l'Adrienne en voyant le mot proposé par Maître Walrus sur le Défi du samedi.

Encaustique!

Non, non, non, non! elle ne participerait pas!

Le mot n'évoquait que des souvenirs d'enfance et parfois elle en a vraiment marre de ses envahissants souvenirs.

Dans ce cas-ci, les souvenirs du "grand nettoyage de printemps", qui pour la mère de mini-Adrienne n'était pas un vain mot.

Chaque pièce tour à tour était entièrement chamboulée, les meubles vidés, retirés des murs, et bien sûr passés à l'encaustique.

Pendant trois semaines au moins la famille vivait entre des tapis roulés, des fenêtres sans rideaux, de la vaisselle entassée sur les tables...
Le père ne savait plus où se mettre pour lire son journal, le soir.

Et cette odeur!

Cette odeur de l'encaustique qui monopolisait les narines!

Seule la mère avait le droit de l'utiliser: le rôle de mini-Adrienne venait dans la phase précédente - brosser et frotter pour dépoussiérer - et dans la phase suivante - brosser et frotter pour faire reluire.

Non, définitivement non, elle ne participera pas!

***

Et bien sûr c'est le père qui a eu raison: les meubles étaient toujours là, luisants et sans une égratignure, alors que lui n'y était plus.

 

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Le défi du samedi
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