L comme lichette (Adrienne)
Le père, on l'a déjà dit ici, c'est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d'une table.
Dans la cuisine, l'Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
"La gastronomie est une science exacte", disait-il.
Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l'heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.
L'Adrienne souriait et se disait qu'elle avait trouvé là l'exact opposé de son père.
Mais elle se trompait.
Elle s'en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l'amie Violeta, et ça s'est confirmé avec la baklawa.
Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c'est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n'y en a jamais assez :-)
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.
Et c'est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.