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Le défi du samedi

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13 février 2016

LUNE ETERNELLE (Lorraine)


Blanche
Infiniment muette
La lune
Dessine un anneau d’or
Sur l’herbe où le pommier dort

Ronde
Et comme piétinée
La lune
Se voile de pénombre
Pour mieux examiner le monde

Croissant
Superbement lointain
La lune
Et son profil d’argent
Ecoutent hurler le loup blanc

Absente
Derrière les nuées
La lune
Sans remords espionne
Les humains que la mort bâillonne

Et qui s’envolent en fumée

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13 février 2016

En mer (Pascal)


Début années soixante-dix. En mer, on ne reçoit pas de courrier, pas de télégramme, pas de coup de téléphone ; il n’y a pas de télé, pas de radio, pas de journaux, que des seuls bruits de coursives et des infos punaisées sur un modeste tableau ; elles sont des laconiques résumés dans des petits encarts découpés.  

Les jours se ressemblent tellement sur la mer ; lundi, jeudi ou dimanche, c’est sans importance. Notre temps est régi par le seul devoir de l’astreinte à notre poste ; nos ambitions se nourrissent de ce seul présent. Ici, il n’y a pas d’impératif temporel, tous ces emplois du temps décideurs, toutes ces pseudo-obligations responsables, toutes ces nécessités d’humain bipède à l’assaut d’une aussi brillante qu’illusoire vie terrestre.
Le matin, le soleil est blanc ou lumineux de ce côté ; le soir, il est brumeux ou enflammé de cet autre côté ; c’est la seule certitude du jour et c’est la seule gravité. Pour lui donner toute sa valeur, on devrait étalonner notre Vie sur cette unique considération, cet état de couleur ; on devrait meubler ce Temps précieux avec de l’Amour et de la Compassion.
Dans la journée, quand le stade d’étanchéité le permet, entre deux sas, ce soleil traverse le bord de part en part en mettant un peu de lumière là où d’habitude, les ombres se terrent. Cet éclairage est anachronique ; il donne à toutes les déclinaisons des gris austères une dimension fallacieuse de croisière.

Il y a l’immensité de la mer, l’immensité du ciel et nous, si brindille au milieu, laissant l’infime signature de notre sillage éphémère entre tous ces bleus extraordinaires. C’est là, sur cet Infini chaotique, qu’on mesure notre insignifiance ; c’est ce qui donne de l’intérêt grandiose à chacune de nos respirations. La nuit, quand les étoiles soufflées se redistribuent dans le ciel, en mimant des signes de zodiaque, on peut tout espérer de la nôtre quand on la voit palpiter dans un coin de firmament. Pendant le temps d’un coin de lune, l’horizon se galvanise d’intempérantes vagues argentées ; parqués entre des nuages possessifs, il semble que tous les poissons réunies s’harmonisent en scintillements de déclinaisons métalliques.

En pleine autarcie, nous vivons en dehors du temps et des choses factuelles. Quart, cafétéria, poste d’entretien, bannette, régissent cet ordinaire. La solitude est grégaire et l’ennui est sans mystère dans notre garçonnière. Entre les quarts, on bouquine, on clope, on écrit, on dort, on joue de la guitare, on pense, on reclope. Pour tuer le temps, on discute, on se chamaille, on brime gentiment nos souffre-douleur, on enrôle des compagnons de tarot, on recoud un bouton, on prépare un semblant de café.
Aux bercements du navire, ses craquements nous envoûtent ; ses grincements nous emportent. Les rideaux rouges des bannettes, les tenues de sortie sur leurs cintres, les serviettes de bain, se balancent doucement, et pendant leurs oscillations hypnotiques, nous sombrons dans des comas d’endormissement aussi cotonneux que rêveurs.  

Sinon, du mal de mer, on souffre du mal du pays. Plus les jours passent, plus l’éloignement se concrétise et plus on recrute nos bleds alliés ; ceux avec qui on prend les mêmes trains de permission. Quand on se retrouve, ici ou là, on a des discussions de montagne et de grand air, de rivière et de truite, de clocher et de spécialité culinaire. Chacun a son histoire, sa fête foraine, sa danse de bal, sa petite copine, sa dernière lettre, sa dernière carte postale, ses parfums d’églantine. Quand il se récite, son accent du pays nous ferme les yeux, pendant le partage de ses secrets implicites.

Entre Valeur et Discipline, Honneur et Patrie, la vie en mer n’est plus tout à fait militaire ; si nous restons un bateau de guerre, la rigueur a ses limites contestataires. L’apparat, les galons dorés, la jugulaire, le petit doigt posé sur la couture du pantalon, tout ça, c’est rangé dans les valises et dans les malles ; on saura bien les ressortir aux futures escales. Les officiers sont invisibles, leurs subalternes sont transparents ; les casquettes sont toutes rentrées. Les « pontus » se cachent sous leurs blousons de mer et les mécanos prennent leurs quartiers dans leurs tanières.

A la chauffe, on lave nos bleus et nos blancs en les laissant tremper dans un seau en ferraille ; de temps en temps, on balance une purge d’auxiliaire pour entretenir une bonne température de blanchiment dans le récipient. Puis on les étend sur les plaques de parquet ; à la lessive et au balai-brosse, on les frotte énergiquement. On rince avec l’eau de la citerne et on appelle un collègue pour essorer ; c’est toujours des grandes luttes de force où chacun cherche à faire tourner l’autre avec le linge en tire-bouchon. C’est qu’il faut la surveiller, sa lessive ! Il y a toujours un malin pour balancer un bout de pain, des outils ou des chiffons dedans et ça finit par des batailles de seaux d’eau ! Quand la mer remue un peu, ce sont des parties de patinoire sur les plaques de parquet ; c’est à celui qui va le plus loin et qui revient le plus vite ! On bizute les derniers arrivés, on taquine les autres, c’est sans fin. Devant la façade, le coude sur une lanterne, on tire la clope comme si l’on était amarré sur le zinc d’un rade de la basse ville. Parfois, nostalgiques, on reste de longs moments à regarder cette chaîne de ramonage et sa façon insidieuse de se balancer aux lents mouvements du navire.

L’allure constante est casanière ; dans les coursives, on croise les mêmes têtes, aux mêmes heures. A la caf, on a nos tables attitrées, nos tabourets enroulés à leurs pieds, et personne ne se risquerait à les occuper en dehors de la spécialité. On parle de machine, de chaufferie, d’exploit, d’escale, de fille, de perm ; dans notre hublot, inlassablement, l’horizon défile sans un paysage consistant ; des embruns s’accrochent à la vitre, mais ils se retrouvent étang, lac, rivière, fleuve, et retournent inlassablement pleurer à la mer.

A l’aube, du côté du local de la boulangerie, il fleure bon des parfums de pain frais ; dans la coursive centrale, le nez sur d’obscures trappes, des « mazoutiers » opèrent des mouvements de combustible entre les soutes ; le bidel, toujours tiré à quatre épingles, serre quelques mains ; c’est la relève de quart dans les haut-parleurs du bord. Derrière la porte du sas entrouverte, un instant, le ciel s’éclaire en fête de ses premières guirlandes flavescentes.

Sur la plage arrière, parfois, entre les vagues de la mer, on aperçoit un supertanker ou un voilier, le souffle d’un cachalot ou les bariolages lointains d’un porte-conteneurs ; quand des mouettes nous poursuivent, on cherche une terre. Naturellement, on change de fuseau horaire, de tropique, d’océan et de mer…

13 février 2016

Vogue sur ton esquif (petitmoulin)


Vogue sur ton esquif
De mer en mer
Jusqu'à dénuder l'espace
Où tu pourras librement
Repousser les limites de l'ombre
N'abandonne pas ta question
À sa seule réponse
Explore toutes les couleurs
De chaque aurore
Et en cueille les mots
Pour peupler ta pensée
Entre parole et silence
Le murmure du vent
Souffle sur le courant
Où tu cherches le jour
Encore enfoui
Dans l'écriture plurielle
De ton cheminement

13 février 2016

J'ai vu dans la lune ... (Rêves de plume)


J'ai demandé à la lune
Où étaient les petits lapins
"Ils sont partis à l'aventure
Un beau soir au petit matin"

Je prendrais bien quelques prunes
Elles ne poussent plus ici
Et qu'en est-il de la fume ?
Rien du tout, c'est interdit
Et l'alcool qui nous embrume ?
Plus de vin, ni d'eau-de-vie

Mais pourquoi madame la lune ?
Ca pue, ça rote, ca fait du bruit
Mais pourquoi madame la lune ?
Parce que je suis chez moi, ici !

J'ai demandé à la lune
Le destin des petits lapins
"J' leur ai souhaité bonne fortune
En les soufflant sur le chemin"

 

13 février 2016

Un autre souffle (Clémence)


Depuis une année déjà, les dates des deux festivités maritimes étaient retenues.

Jeudi midi, tous les propriétaires des pointus et leurs accompagnants étaient réunis sur le quai. Grande discussion . Il fallait décider de l'heure du départ groupé. C'est un spectacle grandiose quand une armada de pointus, toutes voiles dehors entre dans un petit port méditerranéen.

Nouvelle venue dans cette association, j'allais naviguer avec deux amis sur un pointu de 9 mètres.

15 heures, le départ dans la joie sous un ciel bleu, un vent léger.
Nous devions partir en dernier . Je ne me souviens plus de la raison invoquée.

16 heures, nous étions toujours à quai. Nous attendions un retardataire.
Le ciel se couvrait, le vent se levait. Je voyais les mines soucieuses.
Pierre arriva et largua les amarres. Nous fîmes de même.
A peine installée, je fus prise de nausées, mais je crânais. Je ne voulais pas passer pour une mauviette, même si mes deux amis savaient que j'étais une vraie « terrienne ».

Le ciel était de plus en plus sombre, le vent de plus en plus fort.
Nos regards se portaient tour à tour vers le large et vers les côtes escarpées.
Le pointu de Pierre tanguait et gîtait devant nous. Vagues et houle. Un signe de la main. Tout va bien. Nous tenons bon.

Nous avions les yeux rivés sur les flots, nous ne nous aperçûmes pas immédiatement que Pierre ralentissait.
Quelques minutes plus tard, il fut derrière nous et la distance se mit à croître.

Mes amis, en alerte, l'interpellèrent. Le vent emporta les paroles. Seules les mimiques traduisaient les difficultés.
Les vagues se bousculaient, j'étais accrochée au plat bord, le cœur au bord des lèvres. Je grelottais. Je me fis toute petite car je savais que je serais inutile, voire  une gêne.

Notre bateau changea de cap. Nous virons et partons à la rencontre de Pierre. Notre embarcation tournait autour de la sienne, avec précaution. L'information nous parvenait , hachée par le bruit du vent et de notre  moteur.

Les téléphones portables entrèrent en jeu. Entre les deux bateaux et  entre les Sauveteurs en mer. Les informations  se croisaient et se contredisaient.

Nous continuions de tourner autour du pointu de Pierre. Lui, dérivait dangereusement. Il fallait à tout prix lancer une amarre.

Un de mes amis hurla : « Il va se fracasser sur les rochers ».

Ma panique était au maximum. Mon estomac ne résista plus. Je me penchai par dessus-bord.

Pierre attrapa l'amarre.
Étrangement, le vent retomba.

Je me mis à crier. Un méli-mélo de plastiques et de cordes filait droit vers l'arrière de notre bateau, menaçant l'hélice. La gaffe entra en jeu, à temps.

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13 février 2016

Mes mots (Marco Québec)

Préambule

J’ai écrit ce texte il y a quelques mois. J’y fais parler l’un de mes amis diagnostiqué Alzheimer précoce à 45 ans. J’attendais l’occasion pour le proposer.
C’est l’image enfantine de la lune dans l’image du thème qui m’a allumé.

Le titre du texte est Mes mots. Il aurait pu tout aussi bien s’intituler Au clair de la lune.

 


À peine 45 ans
Je n’étais qu’au mitan
J’ai perdu la mémoire
J’ai perdu mon histoire
 
Envolés les mots du quotidien
Les mots qui font du bien
Je réponds à vos questions
Par un oui, par un non
 
Se sont tus les mots des discussions
Ceux des conversations
Des tergiversations
Des grandes réflexions
 
Enfouis les mots des sentiments
Les mots qui disent  le temps
Les mots de mes chansons
Les mots qui sentaient bon
 
Éclipsés les mots de tous les jours
Les mots de mes amours
Oubliés les mots qui font la fête
Et les rimes des poètes
 
Si revenait  ma mémoire
S’il y avait moins de noir
Je chanterais cette chanson
Apprise petit garçon
 
Au clair de la lune
Mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot

13 février 2016

Adventure time (Vegas sur sarthe)

Dans mon rêve éveillé j'ai vu la grande bleue
le lit tel un rafiot dérivait à tribord
la couette sous le vent battait sur le plat-bord
sous mon corps agité les draps faisaient des noeuds.
Une lune-croissant attisait notre allure
sous le lit chahuté j'ai vu ces blancs moutons
qu'avait chantés Trenet... j'étais à croupetons
cherchant obstinément ma bergère d'azur.
Pas de sirène en vue, de nymphe ni d'ondine
juste mon Mistigri qu'attiraient des sardines
dont l'odeur me rendit malade comme un chien.
Ballotté, dégoûté, j'ai dormi sur l'étrave
au matin je quittai mon lit tel une épave
qu'on ne me parle plus de ces peintres autrichiens !
13 février 2016

Participation de Fairywen

 

Rêve bleu

Elle aimait lorsque venait la nuit et qu’elle pouvait enfin s’allonger dans son lit et fermer les yeux. Lorsque venait le sommeil, la souffrance s’en allait avec lui. Libre, elle pouvait parcourir le monde enchanté des songes, ce monde où tout était permis, ce monde où ses jambes n’étaient pas deux poids morts qui ne savaient que lui envoyer des aiguilles de feu dans le corps.

Cette nuit-là commença par un rêve bleu, un bleu changeant et chatoyant dans lequel errait un croissant de lune argenté. Tout doucement, elle se posa sur le sommet du croissant et se laissa glisser en riant dans la douce et tendre courbure de la lune. Elle était à peu près au milieu de son trajet lorsqu’un vent d’étincelles la souleva et la fit glisser dans l’azur, jusqu’à un bateau aux voiles blanches qui naviguait sur une terre d’eau et de nuages. Les étincelles la déposèrent délicatement sur le pont et elle s’installa gracieusement sur le banc de bois qui courait tout le long du bastingage. Peu lui importait où elle allait, du moment que la douleur ne la suivait pas.

Fugitivement, elle repensa à ce soir où sa vie avait basculé. La route mouillée. La nuit. La voiture en face qui roulait trop vite. Le hurlement des freins, le bruit de la tôle froissée, puis l’affreuse, l’atroce souffrance avant que le néant ne l’emporte. Elle s’était réveillée sur un lit d’hôpital, avec des jambes inutiles, une vie brisée, et la douleur… Toujours là, jour et nuit, heure après heure… Elle n’avait la paix que dans la nuit, dans ses rêves, lorsqu’elle s’évadait dans ce monde magique qui chaque nuit s’ouvrait dans son esprit.

D’un geste de la main, elle chassa la tristesse et sourit. Le bateau filait loin, loin, loin autour de la terre d’eau et de nuages, dans un voyage qui peut-être n’aurait pas de retour.

 

Les rêves bleus ont le pouvoir d’emporter avec eux les âmes qui souffrent trop pour continuer à vivre…

Défi 389 du samedi 6 février 2016

 

6 février 2016

Défi #389

Cette semaine nous vous proposons

de vous laisser emporter par

la vision de ce tableau

de Christian Schloe :

Adventure time by Christian Schloe

"Adventure Time"

A vous de jouer ...

Et retrouvez-nous à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

 

6 février 2016

Ont risqué sept ans de malheur en brisant la glace

6 février 2016

Encore faut-il transformer l'essai... (Walrus)

 

Ils tiraient tous des tronches de déterrés.

J'ai bien essayé de briser la glace...

Manque de bol, ça a plutôt jeté un froid !

 

wa01

 

6 février 2016

Un jeu d'enfant (MAP)

Dans la flaque d'eau gelée

à pieds joints l'enfant sauta

et voilà le résultat !

 

Casser la glace

6 février 2016

Briser la glace ! (Vanina)

 

Cette nuit-là, malgré la fièvre, je frissonnais. J'avais l'impression que mes doigts s'engourdissaient, que le sang de tout mon corps se figeait. Dans un état de somnolence, je l'aperçus : une licorne blanche et pure comme neige fraîche juste tombée du ciel. Je tendis la main vers elle. Mais lorsque je la touchais, son pelage glacial se brisa, vola en éclats, je ressentis une violente brûlure, je fermai les yeux sous l'effet de la douleur. Quand je les rouvris, la licorne était de feu et de flammes. Je m'évanouis.

Je m'éveillai au petit matin, heureusement persuadée d'avoir vécu un cauchemar. Je me souvins alors du conte vendéen de mon enfance : le cheval Mallet. Cheval à double face, beau, doux et blanc incitant le promeneur épuisé à le chevaucher, se transformant alors en un cheval noir et ténébreux menant son cavalier à une mort certaine.

Je m'empressais de dessiner la licorne de ma frileuse nuit. Son souvenir brûlant me hante encore.

va01

6 février 2016

Briser la glace (Marco Québec)

 

Je m’étais installé, il y a quelques années déjà, à Sainte-Anne-de-la-Pérade. Il s’agit d’une petite municipalité du Québec, située sur la rive nord du Saint-Laurent.

La Pérade est surtout connue pour la pêche sur la glace en hiver. Quand ce dernier a transformé en glace les eaux de la rivière Sainte-Anne, on y construit un village temporaire constitué de cabanes de pêcheurs. Une cabane peut accueillir quelques pêcheurs qui tentent d’y attraper le poulamon, espèce de petite morue, au moyen d’un fil et d’un hameçon qu’on met à l’eau à travers un trou pratiqué dans la glace.

Je menais à La Pérade une vie de solitaire. Je n’avais jamais été attiré par cette activité de pêche sur la glace, prisée par les résidents, ainsi que par de nombreux touristes, selon ce que j’avais entendu. C’est en allant cueillir mon courrier au bureau de poste que l’idée a commencé à germer dans mon esprit. Des affiches placées dans les vitrines des quelques commerces concentrés au centre du village annonçaient l’ouverture de la saison de la pêche. Celle-ci avait eu lieu la fin de semaine dernière. Même si j’étais porté à penser que j’étais trop vieux pour m’initier à cette activité, une partie de moi avait le goût d’un peu de nouveauté dans ma vie qui se déroulait comme un long fleuve un peu trop tranquille.

Le dimanche suivant, je me suis donc présenté au kiosque d’accueil où l’on m’a donné les informations d’usage et dirigé vers la cabane portant le numéro 12. Quand j’y suis entré, il y avait un homme qui était assis sur une planche qui lui servait de banc. La cabane comportait deux bancs qui se faisaient face et pouvait contenir au plus quatre pêcheurs. Je me suis assis face à cet inconnu et j’ai engagé la conversation.

-        Bonjour monsieur.
-        Bonjour. Est-ce que cela vous dérange que je fume? Je peux éteindre ma cigarette si vous préférez.
-        Non. Je fume moi aussi. Je vais en profiter pour m’en allumer une.
Je cherchais mes cigarettes dans mes poches. Comme je ne les trouvais pas, je dis :
-        Il semble bien que je les ai oubliées à la maison.
-        Tenez, prenez-en une.
-        Non merci. Je ne veux pas avoir l’air de celui qui fait semblant d’avoir oublié ses cigarettes pour en quête une.
-        Allez, prenez-en une. Ça me fait plaisir.
-        Alors d’accord. Je vous remercie. Je m’appelle Gustave Labbé.
-        Vous habitez à La Pérade?
-        Oui, depuis quelques années, lui répondis-je.
-        Et vous, êtes-vous un touriste?
-        Non, j’habite à La Pérade moi aussi.
-        Je ne me rappelle pas vous avoir déjà croisé.
-        Par contre, mon nom devrait vous dire quelque chose. Je m’appelle Delphis Moreau.
-        Delphis Moreau. Ah! Vous êtes le père du…
-        Oui, c’était mon fils.
-        … du double meurtre.
-        C’est bien cela.
-        Je suis désolé, lui dis-je.
-        Vous n’avez pas à être désolé.
-        Je ne savais pas que vous viviez toujours au village.
-        Oui, c’est ici que je suis né. C’est ici que je veux mourir.
-        Je vous trouve bien courageux.
-        Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’entêtement, me répondit-il.
-        Et la mère de, du, votre femme?
-        Jeannine ne s’est jamais remise des événements. Elle s’est laissée mourir.
-        Est-ce que vous avez refait votre vie?, lui demandai-je.
-        Refaire sa vie. Quelle expression! Quelle illusion surtout!
-        En fait je me demandais si vous viviez seul.
-        J’avais compris. Oui je vis seul. Mes enfants ont tous quitté le village et n’y ont jamais remis les pieds.
-        C’est bien triste tout cela.
-        En effet, ça l’est. Mais parlez-moi de vous. J’espère que votre histoire est moins triste que la mienne.
-        Moins triste, c’est certain. Je suis veuf. Je n’ai pas eu d’enfant. La solitude finit par peser.
-        Vous pêchez souvent le poulamon?, me demanda-t-il.
-        Non c’est la première fois.
-        Moi c’est la première fois depuis nombre d’années. Il faut briser la glace, me dit-il.
-        N’est-ce pas ce qu’on vient de faire?
-        Pardon?
-        C’est ce qu’on vient de faire, non, briser la glace. Deux inconnus qui font connaissance, qui se révèlent.
-        Oui, vous avez raison, sûrement. Mais je parlais plutôt du trou dans la glace… Si l’on veut pêcher. Le trou s’est refermé.

Nous avons eu alors un grand éclat de rire qui scella notre complicité qui dure encore aujourd’hui.

ma01

6 février 2016

Participation de Venise


Brisons la glace ,
Allons boire du jus de mangue ,
Des citrons pressés.
Suivons les marchands de crêpes et les joueurs de flûtes.

Brisons la glace

Avec nos babouches turquoises
Afin de tromper les démons
Pour entrer sur la pointe du pied
Dans un monde qui résiste  à devenir le notre .

Brisons la glace .
Assoupissons nous sous la tonnelle bleue
Où le pinson chante sans se laisser voir .
Je t’attendrai  encore toute une nuit
Car tout en moi cède pour qu’advienne ta présence .
Revenez s’il vous plait chargée de confiture de mirabelle

Brisons la glace

Et vous , vous autres tilleuls , peupliers et chênes blancs

Qui enseignez la patiences aux hommes

Et qui regardez en souriant nos éternuements
Reprenez vos nuits sans soleil .

6 février 2016

Participation de Fairywen

Amoureux

 

Pourquoi tout était-il devenu si difficile ? Avant, il n’avait aucun souci pour séduire un partenaire. Son charme naturel attirait les regards, son bagout faisait le reste. Il ne s’était jamais posé de questions, papillonnant d’un amant à l’autre sans se préoccuper des cœurs qu’il pouvait briser sur son passage.

Et puis il y avait eu la rencontre. Celle où il s’était totalement ridiculisé en s’étalant dans le train, troublé par cette rencontre imprévue sur un quai de gare. Heureusement, il n’avait rien vu de son humiliation. D’ailleurs, il n’était pas sûr qu’il se soit seulement aperçu de sa présence… Mais lui n’avait pas oublié ce regard qui l’avait transpercé jusqu’au fond de son âme. Depuis, il ne pensait qu’à lui, ne désirait que lui.

Malheureusement, l’attirance ne semblait pas réciproque. Pour la première fois de sa vie, il ne savait même pas comment briser la glace avec celui qui faisait battre son cœur. Sa réputation de Don Juan le desservait plus qu’autre chose, et pour la première fois, il aurait aimé qu’elle ne colle pas autant à la peau.

Car pour la première fois de sa vie, il était profondément, irrémédiablement amoureux…

 

Bien que ça ne soit pas vraiment le sujet de cette histoire, puisque les deux héros sont gays, j’avoue que durant tout le temps où j’écrivais, j’ai eu en tête la chanson de Calogero « J’ai le droit aussi »…

 

6 février 2016

Pour que l'on brise la glace (par joye)

6 février 2016

Briser la glace par bongopinot


le navire détruit la glace
Pour se frayer un passage
De sa toute puissance
Il avance et se dégage
 
Ce bateau ouvre le chemin
De belles voies de navigation
Des accès comme souverain
Pour d'autres embarcations
 
De belles routes ouvertes
Pour aller vers la découverte
S'imprégnier d'images offertes
Sur des étendues désertes
 
Découvrir un autre monde
Fait de froid et de glace
D'étendues profondes
Où la vie a pris sa place
 
Prends, toi aussi, ce pouvoir
D'enfin briser la glace
Avec un simple bonsoir
Romps tout de suite ce silence
 
Et lance toi parle le premier
N'attends pas que s'installe un soupir gêné
Rétablis vite un lien d'amitié
Pour toi, pour l'autre, ne sois pas intimidé
 
Donne une chanse à l'inconnu
Affaiblis donc tes peurs
En souhaitant la bienvenue
A ton égal venu d'ailleurs
 
Prépare maintenant ton avenir
Fais tes propres expériences
Pose toi arrête de te mentir
La richesse est dans la différence.
 

6 février 2016

BRIS DE GLACE (Alain André)

De nombreux poncifs sont véhiculés depuis toujours par les pseudo-psychologues soi-disant spécialistes en vente, communication, entretiens d’embauche ou autres formations en relations publiques. Au mieux, je m’en amusais, au pire j’en haussais mes frêles articulations scapulo-humérales, tant la vacuité de ces absurdités me les « brisaient menu ».

Parmi ces joyeuses démonstrations, figure le fameux :

« Comment briser la glace(1) en démarrant votre intervention ! »

Suit une ribambelle de conseils antinomiques avec cette métaphore : Se présenter calmement, souriant, déterminé mais sans excès, etc.… ( Des conseils auxquels j’adhère volontiers, Mais quel rapport avec une quelconque glace qu’il nous faudrait briser ? )  Et d’abord de quelle glace s’agit-il ?

De l’atmosphère qui serait glacial à cause de leur extrême méfiance ? Balivernes ! 90% des gens qui vous reçoivent sont bienveillants et prêts à vous écouter, les 10% restants restent sans aucun intérêt.

« Briser » suppose une action relativement violente, quoique virtuelle, des outils ( un marteau, un pic à glace ) pas vraiment l’image de sérénité que vous êtes censé instaurer !

Comme le disait Al Capone : «  Si tu veux obtenir quelque chose de quelqu’un, il faut lui demander poliment, mais si tu es poli et armé, c’est beaucoup plus efficace »

Et nos « psychopapéticiens » de nous prodiguer d’autres bons vieux lieux communs : Par exemple : «  Vous n’aurez jamais une seconde chance de faire une première bonne impression » Ben oui, c’est évident ! Une première fois,  par définition ne pourra pas se faire une seconde fois ! Mais rien n’interdit de faire une bonne seconde, voire une troisième bonne impression à quelqu’un, même si la première n’était pas bonne ! Mieux vaut tard que jamais !

Et de t’énumérer les trois « trucs » (infaillibles) pour y parvenir : Les trois premières secondes, les trois premiers mots… Avez-vous remarqué l’importance du chiffre trois dans notre vie ? Incontournable, omniprésent ! Jugez-en plutôt : Signal de départ : « un deux trois, partez ! », les trois coups pour annoncer la pièce de théâtre, les trois points de suspension, ceux des francs maçons.  Notez qu’il y a souvent 3 options, 3 ingrédients indispensables (ex : le poivre, l’oignon et l’ail.) Triplettes, trios, triades, Triumvirats, que de trois ! Mais allumer trois cigarettes à la file autour de soi, ça porte malheur ( bon, de toute façon, ça donne le cancer ! ) Et le signe de croix, cher aux chrétiens : Au nom du père, du fils et du Saint-Esprit : Trois ! Curieuse énumération car la croix possède quatre branches, curieux hommage, que vient faire le Saint-Esprit avec le père et son fils… Bien sûr, sa mère compte pour du beurre, suis-je bête ! Mais…Le père non plus, n’y est pour rien, parait-il ! Bon, c’est simple, on fait un coup pour Saint, un coup pour Esprit, et ça fait quatre !

Enfin, bref, revenons en à notre bris de glace ! Ces « experts » nous assurent pouvoir briser cette fameuse glace en trois secondes et trois mots ! Pas plus, pas moins ! C’est tout à fait ridicule.

Briser la glace ! Pour ma part, j’ai souvent eu envie de casser les miroirs chez moi : Chaque fois que je passe devant, y a un vieux type qui me regarde bizarrement… Et ça m’énerve !

Non, allez, laissons les bris de glace aux assureurs, et, tiens, allons chez Octave prendre une bonne glace à la crème, que nous pourrons faire fondre avec une langue hardie.

Ou peut-être, entrons dans un bar place de Brouckère : « Garçon…Un scotch avec des glaçons, S’il vous plait! »

 

(1) : De fait, la locution semble être utilisée, rarement, en France du moins, pour « rompre sa timidité et parler en premier à une personne, à un groupe » (cf. le Littré). Ou encore : « Dénouer une ambiance tendue en lançant une discussion ou une animation collective (cf. wikitionaire) ».

 

6 février 2016

Participation de Rêves de plume

....

"Une cuillière pour tonton
Une cuillère pour mamy"
Amélie soupire. Bébé Gaby lui donne bien du souci.
Pas toujours facile d'être maman quand on a 3 ans.
Pourtant la poupée Gaby reste souriante malgré son visage barbouillé de soupe au sable et ses cheveux tailladés.
" Je vais te laver dans la cuisine " décide Amélie. "Ah tu aurais besoin d'un bon shampoing mais Maman ne veut plus que je joue à la coiffeuse ."
Amélie soupire encore, elle était si contente de la nouvelle coupe de sa poupée ... Mais il paraît qu'elle n'avait pas le droit de toucher aux grands ciseaux. D'ailleurs tonton Georges s'est fait rouspéter pour les avoir oubliés ...Alors que ... Mais personne n'a imaginé qu'Amélie ait pu , toute seule, ouvrir la boîte verte posée sur l'établi.
.........
Dans le salon, Amélie entend Maman discuter avec Papa.
"Jean et Suzanne sont à la montagne, Hervé et Julie en Islande ... Qui va-t-on inviter pour ton anniversaire ma chérie ."
" Et pourquoi pas les voisins ? Ce serait l'occasion de briser la glace !"
Briser la glace ... Voilà qui intéresse Amélie.
Elle a déjà vu tonton Georges briser la glace de la mare avec une grosse barre de fer . Mais c'était en hiver et là, au mois de juillet
Elle se souvient aussi d'une bonne glace à la framboise oubliée au congélateur qu'il a fallu casser avec un pic .
Mais Maman a toujours un gros gâteau pour son anniversaire, avec une seule bougie.
Briser la glace, bah on verra samedi !
.......
Le temps a semblé long à Amélie . Enfin Maman ouvre ses cadeaux .
Amélie adore le bouquet de fleurs, respire avec délice le parfum, caresse le foulard de soie et offre un joli dessin.
Puis Papa arrive avec un paquet bien emballé.
"Oh , dit Maman à Papa, tu l'as trouvé".
"Quel joli miroir vénitien", s'émerveille le voisin connaisseur.
"Merci mon chéri, s'émeut Maman. Passons à table !"
......
On s'installe, Amélie traîne un peu.
Crac !
La tablée sursaute et se précipite dans le salon.
Amélie, marteau à la main, contemple, satisfaite, son oeuvre.
"Maman , tu avais oublié de briser la glace !! "

 

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Le défi du samedi
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