Ordalie (TOKYO)
Lien direct en cas de problème : https://youtu.be/Kg4ij-RiNos
Qui aurait pu imaginer qu’il s’agissait là d’un commissariat de police installé à côté d’une douane ? Cela ne ressemblait-il pas plutôt à un alignement de tentes de Romains tout droit sorties d’un album d’aventures d’Astérix le Gaulois ? Est-ce que vous trouvez normal que Caïus Maigretus, le responsable de la brigade locale, ne ressemble ni à Jean Gabin, ni à Bruno Cremer ni même à Rowan Atkinson ?
Aucune lampe n’est braquée dans les yeux du suspect, aucun coup asséné avec brutalité ne vient endommager le crâne du gars qu’on vient d’arrêter et qu’on cuisine à petit feu, on n’entend pas de questions-réponses cinglantes et saignantes signées Michel Audiard, ça vous étonne ? Ça vous gêne ? Avez-vous oublié qu’on est en 303 après Jésus-Christ, quelque part dans ce qui deviendra plus tard la Libye alors que le légionnaire arrêté n’en a pas, d’alibi ?
- Vous permettez, citoyen Da Lydda que je vous fasse part de mon étonnement et de mes questionnements sur votre situation ? N’êtes-vous pas, positivement, ce qu’on appelle un déserteur de l’armée romaine et, simultanément, un adepte de cette nouvelle religion chrétienne ? Est-ce au nom de votre croyance que vous vous êtes mêlé, sans ordre de votre hiérarchie et sans arguments autres que votre prestance de cavalier et vos armes de combats, à une affaire de règlement de comptes entre autochtones ? Ne pensez-vous pas que nous avons autre chose à faire, alors que l’Empire romain, frappé de décadence et de réchauffement climatique, s’en va petit à petit, inexorablement puisque dépourvu de sèche-linge, vers ce qu’on appellera son déclin et sa chute, que l’armée d’occupation n’a rien de plus urgent à accomplir que de compter les moutons du père Mathurin comme vous l’avez fait et d’endormir les enfants avec des sornettes ? N’avez-vous pas l’impression de vous être occupé de ce qui ne vous regardait pas et d’avoir agi de façon droit de l’hommiste, expéditive et inconsidérée dans ce qui relevait de la simple gestion municipale ?
Alors c’est réellement ça, le Christianisme, des considérations du genre « Aide ton prochain comme s’il était ton frère » « Interviens pour faire régner sur terre la justice et la paix », « Chasse les marchands du temple » et « Bousille la nature et les animaux comme tu veux, ils n’ont pas d’âme » ? Est-ce que ces éléments de doxa justifient le meurtre, fût-il celui d’un animal pas très joli - et quand je dis « fût-il » alors que je devrais dire « serait-il » ou « même si c’est celui d’un animal » c’est sans doute aucun de ma part un lapsus linguae car je pensais « futile » qui est le qualificatif possible de votre comportement, non ? -.
Avez-vous jamais été effleuré par le concept de BIODIVERSITÉ, Georges Da Lydda ? Croyez-vous que la noctuelle doit être éliminée à l’aide de pesticides au prétexte des dégâts qu’elle occasionne aux cultures paysannes ? Pensez vous que « le thon, c ‘est bon » et que de ce fait on peut le surpêcher, quitte à provoquer sa disparition à long terme ? Que le dodo s’en remettra après un petit somme ? Que les abeilles donneront toujours du miel parce que votre Dieu a voulu qu’il en soit ainsi ad vitam aeternam et vas y que je t’envoie mon latin de cuisine, mon santo spiritu dominus meus rundupus ite missa est exoneratus of the futuram generationem aux vieux crabes qui roulent en cycle amen ?
Ce fait d’armes légendifère, ce combat à l’épée et au cheval blanc, cette rose qui pousse dans le sang de la bête vaincue et abattue, ce village de quelques pedzouilles dont le trouillomètre était à zéro et qui, en remerciement de votre « exploit » se sont convertis à votre foi, ce prosélytisme de pacotille, cette hagiographie pour petits enfants friands d’images pieuses et de hauts faits de chevalerie, votre prequel de « Tous à la croisade !» qu’on racontera peut-être par la suite de 99 manières différentes, toute cette fête de la pusillanimité vaut-elle quelque chose vis-à-vis du crime que vous venez de commettre : faire disparaître LE DERNIER DRAGON VIVANT DE NOTRE PLANÈTE ?
Vous imaginez la perte que vous venez de faire subir à la future histoire des sciences ? Cette incurie de pâle freux niais, ce crime contre l’histoire au nom d’une religion noire, cet écocide de corneille, vous ne croyez pas que ça mérite un châtiment exemplaire, une ordalie digne du Salvador, une mise au pilorible, un supplice du tréponème pâle pour le détestable que vous êtes ? Tu pensais peut-être qu’on allait te tendre la joue gauche, te pardonner cette offense au vivant ? Pas question mon pote, tu vas juste finir martyr et pourrir un peu, c’est logique, non ?
***
Et toi aimable lecteur, bien-aimée lectrice, n’as-tu pas de la chance qu’après avoir pondu un bon paquet déjà de variations stupides autour de ce canevas je t’aie toujours épargné jusqu’à ce jour la description du supplice que l’armée romaine, l’ayant repris, appliqua à celui qui devint Saint-Georges ?
N’es-tu pas bienheureux ou bienheureuse du fait que, personnellement, je ne ferais pas de mal à une mouche et que ces histoires de fer rouge, d’eau bouillante, de gavage au pain complet et à la cancoillotte, ces bûchers, ces garrots, ces supplices de l’eau, ces vierges données en guise de quatre heures aux lions, ces jugements de Dieu, ces castagnes, ces bastons, ces vendetta et ces vent d’états me lèvent le coeur ?
Ordalie : Pratique judiciaire médiévale qui tendrait à démontrer si pas l'inexistence de Dieu, son impuissance, ou, a minima, son désintérêt total pour nous. Cela, si elle ne mettait d'abord en évidence la connerie des hommes, laquelle, il nous faut bien l'avouer, ne sévit pas qu'à lépoque médiévale, ainsi que nous le démontrons tou·te·s brillamment à un moment ou un autre de nos existences (à commencer par moi en écrivant ceci).
« Dieu reconnaîtra le sien »
Des rides au vélin de mon visage,
Des empreintes tracées, des ferrades.
L’espoir qui file et défile mes neurones,
Un bonheur perdu ne revient jamais.
Des faux courant au droit de ton visage
Sur des plaies écrasées au fer rouge.
Le futur qui gerce à nouveau ta mémoire,
Un bonheur perdu ne revient jamais.
Alors ... au soleil réverbère,
Déterrons la hache de guerre
Sous l'équerre bleutée de nos visages,
Sous l'amour de nos croissants dessoudés ...
Mon sommeil qui reprend la voie de mes rêves,
Puis qui se perd aux feuilles de ma vie.
Dans mon éveil qui ce matin frissonne,
Un bonheur perdu ne revient jamais.
Ta douleur qui sombre encore dans tes rêves,
Qui enfonce les nuages posés sur tes nuits,
Sur ton envie qui ce matin se donne,
Un bonheur perdu ne revient jamais.
…


"Dans un couple, peut-être que l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux,
c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre." Jacques Salomé
Cité par Lô sous sa si belle photographie sur Lôtre page - Daily Photography
...
Or à faire jaillir de la boue d'une épreuve judiciaire ancienne terrible;
Lyre dans l'ordalie une poésie, tenter d'écrire des stigmates divines.
Je ne suis pas Bonnefoy alors je cherche à percer ces mystères
De la foi entre souffrance, survie et traces des cinq plaies divines.
J'admire Le Caravage et Soulages qui sont éclairer l'obscurité
Entre les prostituées virginales et l'outrenoir. Or-d-re d(e-l) a lie et du brou.
Il m'importe peu que l'ordalie
Me promette aux Enfers
Je plaide coupable
Oui j'ai volé plus d'un rêve
Dans la besace
Du firmament
Pour habiller mes insomnies
Oui j'ai couvert mes yeux
De lâche brume
Quand les jours trop rugueux
Perdaient pied
Oui j'ai brûlé la page blanche
Quand les mots
Tournaient le dos
À l'impatience
Du vide
Oui j'ai brisé le sablier
Des souvenirs
Quand il nourrissait le regret
Et brutalisait le présent
Jusqu'à la dernière lampe
Il m'importe peu que l'ordalie
Me promette aux Enfers
Debout face au vertige
J'essaie de ne pas tomber
Un geste à l'endroit
Un geste à l'envers
A Oran, à Orange et à Orleans, ainsi que dans l’Oregon un horodateur marque l’heure de l’ordalie pour les orfèvres chercheurs d’or en barre. C’est l’oracle qui l’a dit et il parle d’or !
L’ordonnateur de l’ordalie, nul en orthographe, mais fan de Dali et fort en orgies - il est sur le livre des records le plus gros mangeurs de rôtis Orloff - donc, l’ordonnateur en ordalie, perché sur un parterre de boutons d’or tourné vers l’Orient et vêtu de ses oripeaux, en l’occurrence sa chasuble d’orfroi, ordonnera avec des cris d’orfraie, que le premier jour d’orage à l’éclosion des oréades, on frotte très fort à l’ortie les oreilles des orfèvres qui ont été à l’origine de la recherche de l’or en barre au milieu de l’or noir alors qu’il fallait impérativement, pour faire régner l’ordre, rechercher les pépites d’or à la batée dans l’Orne! Et il n’y a aucun médiator pour négocier ni ni aucun orpailleur pour ergoter ! Alors l’ordalie aura lieu.
C’est horrible ! C’est l horreur !
Oremus ! frères et sœurs pour que l’or dure et ne soit pas remplacé par le fer blanc par nos mentors et cadors politiques.
Si nul ne sait de quoi s'affuble la vérité,
Combien de pécheurs tomberont,
Enflammés par la morsure d'eaux mortelles ?
Vous, religions à la folie disséquée,
Aux tortures étudiées,
De quelles croyances étiez-vous donc les témoins ?
Lorsque les ordalies jugaient,
Innocentant quelques coupables,
Les hommes noyaient de sang
L'ineptie de leurs propres lois.
Victimes et bourreaux coexistaient,
Prostrés sous le même ciel,
Dans l'attente d'une réponse à
La Question.
Or, jadis et encore maintenant,
Dieu se gausse.
Ordalies pourtant abolies
Abolies les ordalies
Odieuses vilainies
Terminées les tortures
Horribles forfaitures
Finies les flagellations
Infâmes lacérations
Pour hommes et femmes
Si depuis la Révolution
Elles sont illégales
Hors la loi de la nation
Profondément immorales
Pourtant les duels
Se sont perpétrés
Entre tel ou tel
Se sentant outragé
Déshonnoré
Diffamé
Ordalies
Pourtant abolies
Jusque dans notre langage
Elles restent en héritage :
Qui, voué aux gémonies
Qui, cloué au pilori...
Si mis sur la sellette
On n'y risque plus sa tête
Au pire on videra son sac
Sera au bout du rouleau
Mais on ne sera pas mis en sac
Pour subir le supplice de l'eau
Tel François Villon
Mauvais garçon
Avec ses bas ses hauts
A connu outre la prison
Le bannissement, l'exclusion
L'ordalie de l'eau
Si l'on a lu et entendu
Sa Ballade des Pendus
Dans Le Lais (*)
Ainsi se définissait :
"Je ne suis homme sans défaut..."
Loin s'en faut
On pourra au pire être tenu
Pour gibier de potence
Certes mis à nu
Mais gardant son droit à la défense
Jurer qu'on en mettrait sa main au feu
Et garder la tête sur les épaules
Dire ce que l'on veut
Jouer plusieurs rôles...
Certains mots ne restent-ils pas en travers de la gorge
Ce n'est pas pour ça qu'on vous égorge
Et l'on peut enfin baisser les bras
Sans se retrouver la tête en bas
Alors pourquoi ne pas faire amende honorable
Trouver une solution amiable
Sans encourir le coup de grâce
Et pouvoir encore pouvoir se regarder dans la glace
Enfin se faire tirer l'oreille
Ne gâchera guère le sommeil
Et le code de Hammurabi
D'ailleurs ou d'ici
La loi du talion
(Oeil
Pour oeil
Dent
Pour dent...)
Ne nous empêchera pas de tourner rond
Si les ordalies
Sont abolies
Elles teintent toujours nos paroles
D'allusions à des atteintes folles...
(*) Le Lais, VIII (Le Petit Testament, François Villon)
(Illustration issue de :
Au Moyen Âge dans un petit bourg de la Sarthe – à la sortie du Mans en direction d'Angers – les villageois avaient décidé de soumettre une méchante sorcière au jugement de Dieu en la jetant dans la rivière La Sarthe.
A l'époque on appelait ça plaisamment La baignade.
Si la prétendue sorcière coulait elle était innocente mais noyée, si elle flottait elle était coupable !
Dans un cas comme dans l'autre, être soumis à la question n'offrait aucune réponse convenable.
Sourde comme un pot elle n'eut pas le temps de dire «vous pouvez répéter la question ? » qu'elle fut jetée à l'eau mais à l'aide de ses pouvoirs maléfiques et malgré ses entraves, elle sut refaire surface et les villageois effrayés s'écrièrent en choeur «A’r’nage» !
Ainsi fut baptisé le village, Arnage célèbre aussi par son virage – le virage d'Arnage – une épingle très serrée jamais modifiée depuis 1923 et que les pilotes des 24 Heures négocient en première vitesse pour le plus grand plaisir des fans qui y viennent en pélerinage.
Chaque année au mois de mars le carnaval de la sorcière perpétue cette légende.
Dépêchez-vous ! Cette année les festivités se dérouleront du 10 au 26 mars
Laura ; Keizono ; TOKYO ; Vegas sur sarthe ;
Lecrilibriste ; Walrus ; Kate ; Yvanne ; Emma ;
Joe Krapov ; petitmoulin ; joye ; Cavalier ;
Toujours aussi fainéante, j'ai posé la question suivante à ChatGPT (après ça, promis, j'arrête de causer aux robots!)
- peux-tu écrire un sonnet romantique sur les noctuelles ?
Et, cha alors, la machine a répondu ceci dans la seconde :
- Bien sûr, voici un sonnet romantique sur les noctuelles :
Quand le soir vient et que le ciel s'assombrit,
Les noctuelles dansent dans l'obscurité,
Leurs ailes délicates brillent de mille feux,
Et leur douceur me transporte vers les cieux.
Leur vol gracieux me fascine et m'émeut,
Leur silence enchanteur me fait rêver,
Je les regarde avec émerveillement,
Et dans mon cœur se réveille un doux sentiment.
Les noctuelles, ces créatures de la nuit,
M'évoquent la beauté d'un amour interdit,
Un amour secret qui ne peut s'exprimer.
Mais dans leur vol lent et majestueux,
Je perçois la promesse d'un amour heureux,
Et mon cœur s'emplit d'espoir et de douceur.
Ainsi, les noctuelles me font rêver,
Et je laisse mon cœur s'envoler,
Vers un avenir rempli de bonheur,
Où l'amour sera roi et la nuit sera douceur.
Je n'ai pas jugé utile d'entamer la discussion sur la structure du sonnet, ni sur sa propension à accumuler les clichés les plus éculés, mais j'ai bien aimé son petit clin d'œil à Brel.
J'ai voulu savoir s'il (il ?) était plus à l'aise avec les sciences. Et, oui en fait, et même dans la structuration d'un article en paragraphes prêts- à- l'emploi
- mais les larves de noctuelles ravagent les cultures, que sais-tu sur le sujet ?
Effectivement, les larves de noctuelles peuvent être considérées comme des ravageurs agricoles, car elles se nourrissent des plantes et des cultures, causant des dommages importants aux cultures. Voici quelques informations sur le sujet :
En résumé, les larves de noctuelles peuvent causer des dommages importants aux cultures, mais il existe différentes méthodes de lutte pour les contrôler. Il est important de prendre en compte les conséquences environnementales et sanitaires des méthodes de lutte avant de les utiliser.
Quant à l'IA image deep dream, ma requête
- " a ghost town where moths fly, in the style of paul delvaux "
logiquement, ne l'a pas plongée dans l'euphorie
Noctuelle ! Mais qu'est-ce qui m'a pris ? Moi qui n'ai jamais de toute ma (trop ?) longue existence classifié les papillons de nuit, ces bestioles qui croient intelligent de se déguiser en écorce d'arbre pour essayer de passer inaperçus sur les murs beige-pâle de mon living, qu'en plus gros ou plus petits...
Le dernier qui nous ait visités se situait dans les plutôt gros. Noctuelle ou pas : mystère ! Je ne sais même pas à quoi on reconnait une noctuelle.
Ce que je peux affirmer par contre, c'est qu'il faisait partie de la classe des hyperactifs (très à la mode les hyperactifs aujourd'hui) : il ne se posait que quelques secondes (sans doute pour souffler un coup) avant de reprendre son vol vrombissant autant qu'affolé. On aurait cru avoir affaire à une escadrille de hannetons ("balouges" en wallon, "prinkère" en bruxellois).
Comment ? Les hannetons, ça ne vous dit rien ?
M... ! J'oubliais que je parlais à des djeunes !
Ben oui, je vous parle d'un temps... (vous connaissez la suite...)
Rencontrer un hanneton aujourd'hui, ça relève du miracle, ma dernière rencontre de ce (troisième) type c'était le 9 juin 2012 si j'en crois les métadonnées de la photo et l'animal ne semblait pas au mieux de sa forme (ni de ses formes, vous avez vu le coup dans sa carrosserie ?) :
Bon, ben si vous n'avez pas connu les hannetons, je doute que, comme beaucoup de jeunes d'aujourd'hui, vous compreniez où je voulais en venir dans un des posts de mon premier blog.
Une autre époque n'est-il pas ?

Au matin d'un avril
Elle avait écouté l'oiseau
Ouvrir un jour nouveau
Comme on ouvre une promesse
Dans le rire
D'un enfant
Au midi d'un été
Elle avait regardé le ciel
Embraser l'espace
Tout l'espace
Comme le désir
Sur la peau
Des amants
Entre les blés
Et le premier verglas
Elle avait défié
La tyrannie de l'évidence
En buvant jusqu'à l'ivresse
Le sucre des dernières
Vendanges
Au minuit du jardin
Quand le regard tremble
D'effroi
Elle a reconnu
Une improbable noctuelle
Sur l'arbre nu
Comme on reconnaît
La mort
Sur le drap blanc
Des ténèbres
Elle n'apprécie pas que je l'appelle ma noctuelle.
Pourtant je trouve que ça lui colle à la peau.
Toute petite, Germaine était parait-il vorace voire boulimique, la terreur du jardin d'enfants et des jardinières qui en avaient la garde et qui la surnommaient Vers gris.
Il fallait la voir grignoter le goûter de ses congénères en se cachant au pied des plantes ornementales.
Quand je l'ai connue elle était nymphe et désirable.
Aujourd'hui c'est encore un beau papillon inoffensif au corps massif, dodue et souvent grise … en résumé c'est ma noctuelle.
Jules Renard disait que le papillon est un billet doux plié qui cherche une adresse de fleur.
Germaine m'a trouvé; je suis sa fleur bien qu'elle affirme le contraire et qu'elle prétende que je l'ai sournoisement capturée dans mes filets.
Ça n'est pas ma faute si Germaine est insensible à la poésie de Jules Renard.
Je dis qu'un type qui a eu le courage d'écrire que la femme est un roseau dépensant ne peut pas être foncièrement mauvais.
A propos de dépenses il faut dire que Germaine a des mœurs nocturnes, dans la famille des noctuelles c'est une méticuleuse comme disent d'éminents lépidoptéristes.
J'ai découvert qu'à la tombée de la nuit elle pratiquait le vol furtif.
Ça peut être ma carte bancaire ou mon meilleur whisky, toutes ces choses que je retrouve au matin au pied du lit alors qu'elle dort du sommeil du juste.
Je regarde dormir ma noctuelle enroulée sur elle-même... et dire qu'au stade larvaire on dit qu'elle grignotait de jeunes tiges.
Ça laisse rêveur, alors je rêve.
On dit qu'un papillon sur cinq est une noctuelle, et il a fallu que ça tombe dans mes filets !