Si tu as reçu en lignée Un regard Sur le jour à son aube Chaque couleur sera précieuse À tes ciels d'épuisement Si tu a reçu Une oasis pour la soif Elle sera fruit mûr À la croisée de tes déserts Si tu as reçu L'étendue des mots Affirme ta révolte Chante la poésie Si tu a reçu Le cri qui pulvérise le silence Le silence qui ferme le cri Si tu as reçu L'élan de ton libre choix Transmets sans retenue À tes suivants
Je fais partie d’une dynastie D’une noblesse sans pareille Qui de tout temps a fait merveille Sans titre sans fortune mais avec des outils
D’abord de père en fils ils travaillaient le bois Ce matériau naturel et vivant Qui a fait la joie de tous même des enfants Lorsqu’ils découvraient leurs jouets en bois
Descendante de sabotier Et aussi de nombreux ébénistes De luthiers j’admire ces artistes De chaisiers de charpentiers
Certains métiers se sont perdus Pour d’autres les machines peu à peu aident l’homme Mais l’amour du travail lui reste Et leurs œuvres portent leur histoire leur vécu
Métier de passionné Je me souviens de mon grand-père, de mon père Passant des heures sur une pièce ou une sculpture Dans notre famille ce don s’est perpétué
Et même les filles s’y mettent Elles scient elles rabotent elles poncent Et jamais elles ne renoncent Grâce à l’échange aux partages
Je fais partie d’une dynastie D’une noblesse sans pareille Qui de tout temps à fait merveille Sans titre sans fortune avec du bois et de la minutie
"T'es de laquelle, toi ?" "Je suis de celle des Shang" "Les Shang de Zhengzhou ?" "Non, y'a trop de 'z' et de 'h' dans Zhengzhou ... on est les Shang de Yin près d'Anyang dans la province de Henan" "Ah... moi j'aime pas la province" "Et toi, t'es de laquelle ?" "J'suis de celle des Zhou... mais de l'Ouest" "Parce qu'il y a aussi des Zhou à l'Est ?" "Non mais on a toujours dit les Zhou de l'Ouest" "Et pourquoi ça ?" "J'en sais rien, on m'a dit que c'était les mystères de l'Ouest" "Et vous êtes dans quoi, les Shang de Yin ?" "On est dans la roue et dans les chars de combat et aussi les récipients en bronze pour le pinard... faut s'diversifier ! De nos jours, la roue a vite fait de tourner. Et vous les Zhou vous êtes dans quoi ?" "On est dans la reconstruction de palais" "Ah... orthodontistes ?" "Non" "Les métiers de bouche, alors ?" "Non, la reconstruction de palais comme des cités dortoirs, des administrations, tout le toutim" "Bof... tout ça c'est du chinois pour moi" "Mais nous les Zhou on a aussi inventé la fonte et comme on avait fait un four on s'est reconvertis dans les tables de multiplication" "Ah ouais! C'est vous qu'avez inventé ce tube bizarre : deux fois deux truc, na na na na nère, six fois huit quarante douze..." "Euh... l'air ça va mais pas les paroles, et puis ça ne se chante pas, ça s'écrit! D'ailleurs vous devez vous en servir pour vos roues" "Euh... pour nos roues on fait ça au pif; vu que la Terre est carrée il a bien fallu qu'on improvise" "Au pif ? Chez les Zhou on écrit, au moins ça reste" "C'est quoi un écrit ?" "Vous connaissez pas l'écriture chez les Shang ?" "Euh... non. On peut savoir ?" "Hein ? Mais tout ce qui s'passe dans la dynastie reste dans la dynastie !" "Bon, j'disais ça histoire de faire avancer..." "Faire avancer quoi ?" "Le schmilblick" "C'est quoi ça ?" "On pourrait envisager d'échanger mon schmilblick contre ton écriture mais je dois en référer à ma dir..."
(Haut-parleur) "Monsieur Chung Shang de Yin près d'Anyang dans la province de Henan ! Bureau N°3 !"
"Bon, ben salut... et bonne chance pour le poste" "Merci. Tu sais, faire du porte à porte pour placer des boîtes de mahjong, c'est pas trop ma spécialité" (Soupir)
"Même sans que ça nous mène, Chimène Du désespoir à la haine Même Chimène si tu m'aimes Il faut que tu te souviennes … Aux amours bien nées, Chimène Le bonheur n'attend pas Le nombre des années, Chimène Comprends-tu ça ?" R. Joly G. Manset
δυναστεία, ha ces dirigeants sans Gêne d'une Même famille ! Il était une fois deux puissantes dynasties d'essaims de génies ailés, les Gènes et les Mèmes, qui vivaient heureux au doux royaume géminé d’Hominidia. Le royaume dual se développait grâce aux Gènes besogneux, pendant que les Mèmes imaginatifs prospéraient harmonieusement grâce aux gigantesques possibilités mises à leur disposition. Les Gènes bossaient les maths, la biologie, l’informatique et toutes sortes de techniques. La partie sinistre, énorme, de leur crâne chauve bourdonnant nuit et jour. Les Mèmes, eux, exultaient, friands de légendes, de chansonnettes, d’idées nouvelles, d’histoires drôles et de jeux de mots. Tous les soirs, leur tête était brûlante, un peu maladroite. Ils ne dormaient jamais de ce côté-là, pour mieux ventiler leur folle chevelure. Chimène, la fille du roi des Gènes, aimait Jaimes, alias Side-car des neiges, prince des Mèmes. Malheureusement pour les amoureux, un soir, le roi des Gènes, un peu halogéné, gifla sans vergogne la reine-mère, mégère des Mèmes. Ce qui revient à dire qu’elle commença à gémir puis, se ressaisissant, à mugir. Elle entreprit alors de vouer aux gémonies le royaume des Gènes, et se creusa fort les méninges pour appeler Némésis à la rescousse.
Chimène, qui de la dernière pluie n’était née et avait étudié moult écrits bien amenés sur la fabrication du cidre à Burgos, a clos l'affaire, en offrant un gemme magnifique à la matrone phénoménale. Si à ce stade dynastique vous êtes gênés et sans plaisir aucun, on prend les mêmes et on recommence...
"Tournez, tournez, bons chevaux de bois... Tournez, tournez au son des hautbois" Verlaine et son manège m'ont inspiré ce sonnet
Tournez chevaux de bois, tourne beau carrousel dans les joyeux flonflons de la fête à Neu-Neu où frise et chérubins dansent,vertigineux. Fais tourner les minois, emporte les donzelles
Au beau mécanicien qui mène son diesel et devance affairé la moindre des saccades les filles délurées décochent des oeillades retroussent leurs jupons en riant, font du zèle
C'est l'heure où les vertus, les pudeurs de gazelle se noient au tourbillon du manège en folie, la tête tourne au risque d'un torticolis
et le beau conducteur qui lui ne tourne pas noyé dans l'océan agité des appâts n'aura vu que damas, mousseline et giselle
Le carrousel m'amène au Louvre lorsque j'y accède par le métro; c'est un endroit magique car il me conduit à un lieu sacré, nommé musée où on cultive le culte des images à la manière de Baudelaire[1]. Parmi les musées du monde, le Louvre est peut-être le plus connu, surtout pour sa Joconde... que j’aime comme les touristes mais que je préfère voir dans un de mes livres d'art plutôt que derrière une forêt de perches. Les expositions temporaires du Louvre sont toujours très pointues ce qui explique peut-être qu'on peut y circuler plus tranquillement que dans les expositions temporaires d'autres lieux parisiens. J'aime aussi bien-sûr aller à un endroit particulier du musée, choisi sur le plan et/ou par rapport à mes passions ou mes intérêts du moment. Muser au hasard permet enfin de faire de belles découvertes.
Le carrousel m'évoque mon cher Gérard de Nerval qui m'a accompagné dans mes recherches et est avec moi dans ma vie comme un ami. Il y a un arc de triomphe du Carrousel quand on entre dans le jardin des Tuileries en sortant du Louvre par la cour de la Pyramide. C’est le seul souvenir d’un quartier –rayé de la carte en 1850-où vivait la bohême dont Nerval, 3, impasse du Doyenné. Il a en fait été érigé après la destruction de ce quartier trop vétuste entre Louvre et Tuileries.
Doucement, la machinerie s’est ébranlée… Petit à petit, la figure inquiète de ma mère s’est éloignée de mes interrogations curieuses. Je me suis retourné mais elle avait disparu, cachée par d’autres mamans soucieuses, perchées elles aussi sur la pointe des pieds. Un panorama impressionnant s’offrait à mes découvertes craintives mais intéressées. D’autres gamins en culottes courtes se tenaient sur leurs destriers et ils caracolaient d’allégresse en agitant frénétiquement les rênes. Mi rassuré, mi crispé, je m’agrippais à mon cheval de bois ; lentement, je glissais en avant et je le tenais par l’encolure comme si j’étais le crack d’un tiercé du dimanche. Il avait un regard qui riait, ce blanc cheval. J’étais plaqué contre son œil et il semblait me cligner qu’on allait bien s’amuser. Sa joue ronde était tiède, ses naseaux palpitaient de peinture pourpre mais je le caressais pour qu’il ne s’écarte pas de son chemin. Un monsieur est venu récupérer mon ticket et il m’a repositionné correctement sur ma selle. Puis maman est revenue dans le paysage, c’était réconfortant. Au début, j’ai cru que c’est elle qui se déplaçait autour du manège parce qu’elle n’était plus au même endroit dans mes repères. Chaque tour passant, je la cherchais pour ne plus jamais la perdre pendant une nouvelle absence de circonvolution. C’était comme si je lui disais implicitement : « Je vais revenir, je vais revenir !... » Je crois que c’était cela le plus amusant : se cacher un instant de l’autorité maternelle mais revenir naturellement et repartir en avant, à l’assaut de l’imaginaire et des réalités multicolores…
Après savoir marcher, je crois qu’on apprend à tenir sur un manège ; c’est pendant l’apprentissage de l’enfance qu’on devient un acteur dans la toupie, une marionnette dans le tourbillon grisant du Temps. La Vie, c’est un tour de manège, c’est dans l’ordre des choses de l’existence ; c’est un sport d’endurance. L’Elan athlétique, c’est de la première respiration à la mort en passant par l’Amour.
C’est sûr, c’était le mien le plus rapide ! Il avait une crinière figée dans un vent de grand galop ! Ses pattes bondissantes avaient l’air de franchir les plus hauts obstacles ! Ses sabots étaient vernis de noir, comme des chaussures bien cirées, ils brillaient intensément, aux détours revenants du manège, quand ils retrouvaient le soleil de l’après-midi ! Sa queue ondoyante était dans le prolongement de notre course. C’était forcément un cheval sauvage et celui qui arrivait à tenir sur son dos était un grand cavalier !... Je m’accrochais…
Avec mon Pégase emballé, je tournais autour des étoiles ou c’était les étoiles qui m’encerclaient. J’étais devenu une planète libre, un astre filant, courant sur la tenture du manège, m’échappant dans l’ombre de la face cachée du carrousel ou surgissant, téméraire, dans l’espace de la vision de ma mère !... J’avais dompté mon cheval !... Moi aussi, les pieds calés dans les étriers, agitant frénétiquement les brides, j’étais dans la course, j’étais dans le vent ! Tout au long de cette ronde effrénée, les couleurs alentour explosaient en feux d’artifice. C’était des déclinaisons de lumières scintillantes, des guirlandes luminescentes, des éclats flamboyants, des enluminures éblouissantes !... Tout se mélangeait au milieu d’une frénésie enchanteresse !... Décidément, mon coursier avait des grands pouvoirs de voyage sidéral, je caracolais dans l’Univers ! Enivré de joie, je chevauchais sous une pluie d’étincelles mirobolantes !...
A chaque tour, elle applaudissait, maman, comme si j’étais en tête de la course du manège ; elle m’encourageait, elle était fière de moi. Pourtant, comme si j’avais grandi très vite, je ne la cherchais plus vraiment dans le paysage. Tout aussi excités, des gamins criaient leur liesse en gesticulant des exercices périlleux sur leur monture. Jamais je n’aurais osé les imiter tant mon cheval semblait fougueux, déjà que j’avais du mal à tenir en équilibre… Dans un haut-parleur, une chanson de fête foraine délivrait ses couplets enthousiastes ; elle était au tempo de notre cavalerie, elle s’écrivait indélébile sur la gamme de mes frissons passionnés !...
Tout à coup, venu d’on ne sait où, une sorte de pompon rouge grenat s’est mis à danser devant mes yeux ! C’était comme un grand oiseau cherchant à se poser sur mon épaule mais il était tellement sauvage, tellement extraordinaire, qu’il s’enfuyait tout le temps devant mes timides tentatives de préhension ! Il voletait de l’un à l’autre des enfants avec des saccades insensées, des tournoiements de meeting ; il était bien plus rapide que le cerf-volant de mon grand frère, plus intéressant que des vraies marionnettes, plus passionnant que mes petites voitures !... C’était un tour gratuit au pays des étoiles filantes !... A chaque passage, maman tentait de m’expliquer comment l’attraper en faisant les yeux doux au préposé du manège…
C’était toutes mes pensées pendant l’enterrement de ma mère. Ce jour-là, un soleil de circonstance, perché dans les vitraux miroitants, s’amusait à éclairer les décors de la cérémonie, en bleu, en rouge, en vert, en jaune, et tous les spectateurs encore accrochés sur le Carrousel se retrouvaient un instant décorés de ses lumières folâtres. Ivre de tristesse, trempé sous l’orage des larmes, je m’étais retrouvé devant un rideau sombre en forme d’austère tenture. Au bout d’un cordon tressé, un gros pompon, un pompon rouge grenat pendait à sa taille pour lui donner une envergure de papillon posé dans l’église…
Après des mois sans que l'enquête sur l’emploi d’un forain ait avancé, Mildred Hayes prend les rênes en main, affichant un message controversé visant le très respecté Club Carrousel sur trois grands panneaux à l'entrée de leur ville.
☆ Pentagon Carrousels ☆
Première femme directrice d’un cirque, Katharine Graham s'associe à son Monsieur Loyal en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale de manège à trois monumental et combler son retard par rapport au Circus Times qui mène son propre cirque à trois pistes.
☆ Les Carrousels de Spascal et Fantasio ☆
Spascal, un jeune homme déguisé en groom, rencontre Fantasio, un journaliste frustré. Cela se fait avec éclats sur un grand carrousel et c’est peu dire qu’ils ne s’apprécient pas. Mais lorsque Walrusac, un chercheur fou de défis, est kidnappé par un petit chien et sa maîtresse, Spascal et Fantasio vont devoir faire équipe pour le retrouver, aidés par Mapotine, une jeune femme reporter rivale de Fantasio, et de Skrapov, un écureuil espiègle.
☆ Cinquante carrousels plus ronds ☆
Pensant avoir laissé derrière eux les carnavals du passé, les jeunes mariés Christian et Ana profitent pleinement d’une fête foraine foireuse et partagent un laisser-passer. Mais alors qu’Anastasia commence tout juste à s’adapter à son nouveau rôle de Madame Grey et que Christian ouvre finalement les montagnes russes, de nouvelles menaces viennent mettre en péril leur vie dans le parc d’attractions XXX avant même qu’elle n’ait débuté.
☆ Black Carrousel ☆
T’Challa revient chez lui prendre sa place sur la Foire du Trône au Wakanda, un parc d’attractions africain technologiquement très avancé. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther, afin d’obtenir l’anneau de laiton.
Monsieur Arthur Rimbaud B.P. 01 au vieux cimetière 08000 Charleville-Mézières
Mon cher Arthur
« J’avais rendez-vous, j’avais rendez-vous… Dis-moi… Après quoi on court ? »
Carrousel
Si comme le chantait jadis Nicoletta « ma vie est un manège » et que « ce manège tourne bien », c’est qu’il tourne en rond ! Pas question pour moi de jouer ces temps-ci les Mary Poppins et d’emmener galoper dans la nature les chevaux de bois du carrousel. Pas question de me trouver mêlé à quelque chasse à courre, j’ai trop peur de devenir le gibier dans ce monde où le trafiquant d’armes et le maffioso de tout poil mènent leur manège au grand jour, ont pignon sur rue.
D’ailleurs mon destin est semblable au tien ! Malgré ton désir de fuite tu t’es finalement retrouvé planté à Charleville-Mais-Hier où tu fais désormais office de chapiteau de cirque, où tu trônes en effigie sur la caisse du carrousel local. De mon côté, en tant que musicien épisodique, pas question de décoller, côté tournées ! A part celles qu’on s’envoie aux bars, bien sûr ! Les dates de concerts ne se bousculent pas au portillon du train fantôme. J’irai juste faire un tour à Tours en juin et sinon je suis condamné à enfourcher un renne à Rennes. A preuve l’excellent gag de l’autre jour.
- Assieds-toi, j’ai reçu un coup de fil pour toi, me dit Marina B., ma préposée au téléphone fixe quand je suis le mardi au club d’échecs ou à l’atelier d’écriture. Une chorale de quinze personnes s’est montée à la Maison de quartier de Villejean. Elle s’appelle la Ritournelle et elle cherche… un guitariste !
Bon, d’accord ! Il faut savoir que j’ai déjà fait le clown là-bas de 1998 à 2008 à faire chanter « La java bleue » et « la Valse brune » à des dames aux cheveux argentés ! Recommencer ? Alors que je me suis remis à jouer aux échecs le mardi après-midi et que ces dames de « La Ritournelle » ont choisi cet horaire-là pour chanter. Choix cornélien ! Sur quel dada vais-je monter ? Dois-je refaire ce que j’ai déjà fait ?
C’est que tu ne connais pas mon bon cœur, mon cher Arthur ! Il sait quand il le veut faire se faire plus sirupeux qu’une musique de limonaire ! Qu’est-ce qu’il ne ferait pas pour aller fredonner « Les Roses blanches » « Mon amant de Saint-Jean » ou « Le Tango corse » ! Mais bon, tel qu’il est, il me plaît ! Moi en général, les gens de mon voisinage, « tels qu’ils sont ils me plont », comme disent Annie Cordy et Renaud Séchan quand ils chantent ensemble.
Donc le mardi suivant je préviens mes potes d’échiquier que je ne pousserai pas le bois avec eux cet après-midi-là. C’est drôle, là où on joue, ça s’appelle « le Diapason » ! La musique me poursuit partout ! Et je me retrouve comme prévu avec des retraitées en goguette dans la salle Mandoline - ça ne s’invente pas non plus ! -. Après un rapide tour de table et une présentation du musicien à deux balles et de sa guitare à douze cordes on entame la répétition dans un désordre digne de la Yougoslavie autogestionnaire de jadis. Chacune y va de sa suggestion et la cheffe du groupe, c’est-à-dire la personne la plus malléable de la bande, accepte de commencer par « la chanson sur la Vilaine qui est si drôle ».
Chouette, me dis-je in petto. Man, tu vas mettre une nouvelle chanson drôle dans ta guitare !
- Vous la connaissez ? me demande-t-elle en me mettant sous le nez une chanson timbrée qui se chante sur l’air de « En passant par la Lorraine ».
- Si je la connais ? Et comment ! C’est moi qui l’ai écrite !
Et voilà comment on se retrouve embauché pour une autre répète le 13 mars et un concert-karaoké à la maison de retraite voisine le 14 !
- C’est pour quand, l’Olympia ? - Tais-toi et rame, Joe Krapov ! - Mais ce n’est pas un bateau, c’est un avion dans lequel je suis monté !
A part-ça j’ai continué à lire ici et là des bouquins qui parlent de toi.
Rien à redire sur le "Rimbaud le fils" de Pierre Michon. Il est bien écrit, comme du Proust, avec l’avantage que si les phrases sont longues, le bouquin et les chapitres sont courts ! Au bout du conte on n’apprend pas grand-chose de plus.
J’ai laissé tomber les « Quatre saisons à l’hôtel de l’Univers » de Philippe Videlier. Très bien écrit, passionnant même mais c'est en fait un livre-roman-étude historique sur la ville d’Aden. On y narre, au début, quelques horreurs sur ton compte. Que tu envoyas proprement promener ta compagne-concubine-servante abyssine Mariam et surtout que tu empoisonnas un temps les chiens du voisinage qui venaient uriner sur tes sacs de café !
Désolé, mais pour moi tu n’avais pas mérité que l’on te mît au mitard pour cela ! Le café ça doit se boire très fort et ne pas être du pipi de chat. Encore moins de chien. Dans mon Pas-de-Calais natal on appelait la lavasse « chirloute » et le café de ma grand-mère dans lequel la cuillère se tenait droite toute seule tant il était costaud était baptisé « Tortosa ». Si le premier terme est avéré, je n’ai pas trouvé trace du second sur Internet.
Et donc, pour en revenir aux chiens, ce n’était que légitime défense ! Parce qu’il y en a certains, des clebs, dans le genre empoisonneurs d’existence, ils se posent un peu là, non ? Je vais encore me faire des copines avec cette phrase, tiens ! Le fan-club de Jackie Russell , par exemple !
Et enfin, à propos de Charleville et Monthermé, sache que j’ai un mal fou à trouver du temps pour enregistrer « Un clair de lune à Maubeuge » en vue de coller ce morceau sur mes photos de « ma croisière sur la Meuse » ! Peut-être vais-je confier cette ritournelle à la Ritournelle – quand ces dames auront fini de me réclamer du Michel Sardou, du Chimène Badi et du Florent Pagny - ! Ah la la ! Savoir aimer, c’est dur ! Mais je prêche un convaincu !
En attendant comme elles m’ont un peu massacré « Je ne regrette rien », je n’ai plus aucun scrupule à faire un mauvais sort à « Mon manège à moi » pour aligner mes photos de carrousels !
Dors en paix, camarade Arthur, empereur posthume du pays de Poésie ! Sans le savoir, tu as décroché le pompon et tu continues à jamais, à cause de fous dans mon genre, à faire des tours gratuits dans la nuit pleine de ducasses de l’Internet en folie !
J'adorais les carrousels... Toute petite, dès que j'ai pu marcher, j'attendais la « fête du village » avec impatience. Dès le mardi, quand les convois de caravanes et roulottes arrivaient, je devenais bien énervée... De la fenêtre du salon, j'observais le montage du manège. C'était la kermesse chaque année... Un tir aux pipes, des balançoires beiges garnies de rouge, en forme de barquettes et un carrousel magnifique, avec des voitures rouges ou bleues qui brillaient au soleil, et une « floche » qu'il fallait essayer d'attraper pour avoir droit à un tour gratuit... et « tous » ces manèges installés à trente mètres de la maison... Le dimanche, toute la famille était réunie pour un grand repas, les oncles et les tantes invités me glissaient une petite pièce dans la main et sitôt que la musique se faisait entendre, la petite Tilleul courait pour être la première à grimper sur le carrousel... c'est que, pour attraper la floche, il fallait choisir le véhicule le plus haut... Mon argent de poche bien vite dépensé, je revenais mendier à la maison et je repartais aussi vite pour ne rater aucun tour... Ça avait coûté tellement cher que l'année suivante, maman m'avait acheté un abonnement pour tout l'après-midi... Pendant des heures, je suis restée sur ce carrousel et bizarrement, j'attrapais presque toujours la floche ; ça n'avait plus de charme et le carrousel m'attirait moins...
Aujourd'hui, mes petits-enfants ont pris la relève... et mamie Tilleul les accompagne avec plaisir...
L’autre soir, je n’étais pas bien dans ma tête, le curcuma en détresse.
Comme j’avais pris de graines de chia, sans cesse je courrais au macis
La moutarde commençait à me monter au nez, quand Nigelle mon épouse, son oignon rose en chignon, ce qui lui donnait l’air muscade, me cria du fond de l’épine vinette où elle lavait la vaisselle
Oh grand clou de girofle, arrête de râler Je t’entends de là. Viens plutôt m’aider à piler les graines de rocou.
Ca m’a agacé d’avantage, aussi je suis allé devant le petit écran, ou il repassait le film Pavot Bleu, avec la belle Cardamone, tout en suçant un zeste de Yuzu
. Alors en furie elle s’est pointée les deux bras à la mégère,
« J’peux jamais compter sur toi, tiens, j’ai envie de t’envoyer de la poudre de baobab sur les yeux
A ces mots, ne me tenant plus de joie, j’ouvre ma large gueule et laisse tomber glacialement
Si tu n’avais pas pour habitude de faire tourner ton Carrousel à Epices à tous les plats, on n’en serait pas là.
Ses yeux se sont mis couleur muscade, mauvais signe, et puis en chialant elle m'a répondu selon son expression favorite
Maca-jaune! chuis emballée par le gingembre, pardonnes moi, viens mon grand fenugrec, au lit on va fumer des graines de la paix
Le lendemain dans les bras l’un de l’autre nous nous sommes réveillés carvis
Chevaux de bois multitude, vous tournez : En chemins de feu et non de glace ! La nacelle brûlante et la tête dressée. À quels extrêmes d’attractions nous livrez-vous ?
Les caravanes sur mon cœur se sont arrêtées pour boire, Alors je t’ai vue comme un rêve, Et ton tatouage prend toutes mes sensations…
Le nombre de grands huit et de coasters Que ce jour compte n’est plus compte de mots. Du train fantôme à ses pantins d'apocalypse, Je ne dirai plus contre le petit ni contre le grand, À moi les fêlures du ciel sous ses derniers courroux…
Chevaux de bois multitude, nous suivons vos chemins aveugles. Nous voilà ! Au glissement des cabines sur la ligne, Au grand murmure des montagnes russes, À l'accélération des G sur les latéraux, Et sur le bras central, tombent, tombent les souvenirs et un baiser…
Viens, Laissons là le plombier à ses beaubourgs, Mais emporte tes jurons de palefrenier fleuri Et ton smartphone à la glue si jolie, Prends ma main, je ne la lâcherai pas…
Chevaux de bois multitude, nous vous entendons : Attraper la queue, attraper la queue, Oui, décroche le pompon, Girl ! Stand up, stand de tir, autos tampon, cogne, cogne, Fleur du diable, Et pause, pose ta main sur le levier, à grande roue, Aux flèches et aux couteaux…
Et puis ce souffle ardent qui vient vers nous, Et qui se déplie comme le grain sous sa meule de grès… Tourne, tourne … l’œil s’écarquille, la voix s’efface, la main retourne l’essaim prodigue Par-delà les tables de pierre…
« Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. »Françoise Héritier
Gertrude est persuadée que c'est la faute de Vera, avec ce chapeau qui lui tombe sur les yeux et sa robe à six sous, qu'elles se sont fait repérer.
- Nous sommes d'honnêtes citoyennes! a-t-elle clamé dès qu'elle a reconnu le fameux chief Bill MacKay.
- Nous avons rendez-vous avec nos fiancés, a déclaré Bernice en souriant modestement, très élégante dans sa robe de soie et ses chaussures aux fines brides laquées.
Gertrude a eu tort de le prendre de haut et de se croire à l'abri sous son chapeau neuf et derrière ce gros camée qui lui vient soi-disant de sa grand-mère.
- Nous avons bien le droit, je pense, d'aller faire un tour de manège?
- J'adore les chevaux de bois, a minaudé Bernice en battant des paupières.
C'était mal connaître chief William John MacKay. Quarante-deux ans, un mètre quatre-vingt-trois et presque cent kilos d'impassibilité. Un roc.
- C'est dans nos locaux que je vous invite à fêter la kermesse, a-t-il déclaré sans rire.
C'est alors que cette idiote de Vera, qui n'en finissait pas de triturer son sac à main, l'a laissé tomber par terre, répandant sur le sol un contenu dont elle pouvait difficilement prétendre que c'étaient ses économies.