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Le défi du samedi
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17 mars 2012

PROUST'S COOKIE (joye)

Proust's cookie

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17 mars 2012

À propos de Madeleine (Walrus)

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?

Car Marcel y met la Majuscule même s'il la qualifie de "Petite". Si encore elle avait été à la fraise, on aurait compris qu'il la ramène... mais non ! Un vulgaire petit bout de gâteau, trempé dans du thé de surcroît ! Ça se donne des airs d'aristocrate, se pique d'éclairer notre lanterne et ça se délecte d'une cuillerée d'infâme bouillasse tiède à quoi ça prête des allures de première gorgée de bière (et autres plaisirs minuscules) et voilà notre asthmatique qui plonge, en apnée comme le grand bleu, dans le monde subliminal pour tenter d'en ramener de vagues souvenirs... Mais ce mec se prend pour Delerm, ma parole !

Delerm

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?

Remarquez, ça peut se comprendre. Dans mon édition d' "À la recherche du temps perdu", le passage incriminé se situe à la page numéro 44. On conçoit bien que quelques enragés aient pu parvenir jusque là. Il est par contre beaucoup plus improbable qu'ils aient persévéré jusqu'à  la 2394ème pour nous donner en pâture la citation de Victor Hugo : "Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent". Même ma chienne qui avait pourtant entamé le volume avec ardeur s'est, comme moi, endormie à l'ombre des jeunes-filles en fleurs (et, plus précisément à la page 461). Pourtant, avec un brin de persévérance, nous aurions découvert qu'à la page 511 (toujours de l'édition en ma possession), il est fait mention de "La famille du directeur du ministère des Postes". Lequel directeur sert lui aussi de base à une réflexion approfondie sur la mémoire et cette vocation qu'elle semble avoir à se lier à des détails insignifiants. Avez-vous pour autant jamais été sollicité de nous parler de votre "directeur au ministère des Postes de Proust" ?

Proust

Proust_lecture_Câline

 

 Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?

Ouais, me direz-vous, il est encore en train de botter en touche tout en vomissant, écrivassier  laborieux, son aversion pour un des monuments de notre belle littérature française, monument qu'il a dû mal digérer au cours de ses études et dont il envie, en bon Belge à l'esprit étriqué, l'international retentissement. Bon, ben vous dites ce que vous voulez, hein, après tout cela n'engage que vous...

huée

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?

Mais vous vous trompez, vous fourvoyez, marinez dans l'erreur la plus totale : j'ai très bien compris la question et même, je vous remercie de me l'avoir posée. Encore que moi, quand j'entends "Madeleine", je ne pense pas d'abord à Proust (ma chère) non, je pense à :

  • Maurice Chevalier (Il pleurait comme une Madeleine, il pleurait, pleurait, pleurait...)
  • Harold et Maude
  • ce temple à la gloire des armées françaises voulu par Nabot Léon
  • Victor Hugo et ses misérables
  • Maria de Magdala improprement dénommée Marie-Madeleine
  • la Lorraine, patrie du fameux gâteau (et à MAP dans la foulée)
  • Brel qui ne connaît et n'attend qu'elle

J'en passe et de pires !

Magdala

 

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous avec leur Madeleine ?

D'accord d'accord, j'y viens, ne vous énervez pas ! Moi aussi j'ai ma Petite Madeleine de Proust : dès que j'entends son nom au Marcel, ce grand malade, je pense immédiatement à cette écluse située sur la Meuse au pied de la citadelle de Namur, renforcée par Vauban (la citadelle, pas l'écluse) et dénommée (l'écluse pas la citadelle) "des grands malades", écluse dont le barrage amène un peu de turbulences et de remous dans le cours des choses, en contraste frappant avec la fluidité morne et lassante de la brique du dit Marcel.

Proustgrandmalade

17 mars 2012

Le goût de Camille et Madeleine (Anémone)

N'en déplaise à certains, le goût de lire et d'écrire m'est venu par la comtesse de Ségur.
Termes désuets, tournures anciennes. Elle fut mon premier contact avec une langue autre que quotidienne et parlée.

Fillette très solitaire dans un milieu modeste, j'ai un jour rêvé que j'étais conviée au château.
C'était en fait une toute petite tour, isolée du reste de la bâtisse et réservée uniquement à la chambre de Camille et Madeleine.
Je voulus ensuite écrire mon rêve, mais je ne savais pas encore manier le stylo. Et personne ne put ou ne voulut m'aider.
Je ne l'ai donc rédigé que plus de quarante ans plus tard. Dans un style sûrement meilleur que je n'aurais pu le faire enfant. Mais fidèle à mes sentiments de petite fille.
A l'âge où je l'ai écrit, j'avais l'impression d'enfin naître davantage à moi-même, et de trouver pleinement ma place en ce monde.
Ceci donne à l'issue du texte une nouvelle signification.
Camille et Madeleine, (et je m'identifiais plus à Camille qu'à Madeleine), ce sont les jours heureux de mon enfance.
L'éveil aux bonheurs de la littérature, aux sentiments d'affection, à la nature.
Voici mon rêve:
 
   Je cours au château. Je sais où trouver Camille et Madeleine.
   Un escalier en colimaçon. Je le monte et suis à leur chambre.
   Madeleine a descendu quelques marches: elle vient à ma rencontre. 
   Elles sont là, comme je les attends. 
   Madeleine en robe bleue. Camille en robe jaune.
   Elles jouent avec leurs poupées.
   Et je peux voir, tout comme je les avais imaginés,
   les jolis trousseaux, les petites armoires.
   Je touche le taffetas vieux rose d'un manteau.
   C'est enfin arrivé.
   Je suis admise à jouer avec elles.
   A leur montrer que je les aime.
   A recevoir leur affection.
   Mes héroïnes. Mes belles.
   Les petites filles que j'aurais voulu être.
   Je suis au château.

  

17 mars 2012

Matricaire discoïde (Tilleul)

 

En été, l’entretien du jardin prend la plupart de mon temps. L’an dernier, alors que le soleil brille après quelques jours de pluie, un sarclage est nécessaire. Chaussée de bottes, tenant en main l’outil adéquat, je me penche et… tout d’un coup, une odeur particulière me transporte cinquante ans en arrière...

Je me revois assise sur le seuil en pierre bleue de la maison de mon petit voisin avec qui je partage tous mes jeux. Il fait beau, la pierre est chaude, je suis bien. Dans le verger, les linges mis à sécher sur le fil dansent au vent léger. La barrière fermée du jardin potager interdit aux poules en liberté d’y entrer mais ne nous empêche pas d’aller de temps en temps croquer une jeune carotte ou une feuille d’oseille… Papa est sans doute parti en forêt, maman est peut-être derrière sa machine à coudre, occupée à nous confectionner une jolie  robe ? Mon souvenir reste vague, seule une impression d’immense bien-être, de jours heureux,  a marqué ma mémoire…

Dans la terre battue du sentier piétiné, poussent quelques mauvaises herbes, des petites boules jaunes que l’on cueille tantôt pour simplement les écraser entre nos doigts, tantôt les  déposer dans une assiette de dînette pour le repas d’une poupée…

 

Chaussée de bottes, tenant en main l’outil adéquat, je me penche et… je n’ai pas arraché cette plante qui me rappelle de si bons souvenirs…

 

« L’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer… à porter sans fléchir… l’édifice immense du souvenir » (M.Proust)

17 mars 2012

Alain Proust (Vegas sur sarthe)


A la madeleine de Proust j'ajoute la biscotte de Zaza Napoli, le biscuit du soldat Ryan, la mouillette de Caliméro, le crouton du Petit Poucet... ilot sucré immergeant d'un océan de café ou d'une mer chocolatée et qui déclenche un tsunami dans mes souvenirs enfouis.
 
A la madeleine de Proust j'opposerai le petit Lu du petit Lulu, le quignon d'Oliver Twist, la tartine au Maroilles du ch'ti carillonneur, la corne de gazelle d'Ali Baba... comme autant de vaisseaux chargés beurre-confiture dont le splash intempestif me plonge brutalement dans une rêverie aux accents souvent doux parfois amers.

Cette fois j'ai huit ans, un pantalon tout neuf et de vraies vacances avec un soleil radieux, une nouvelle canne à pêche, un canal coupé d'écluses rugissantes, des péniches que je salue gaiement et petite Marie aux cheveux d'or qui me sourit... 

"T'as pas bientôt fini d'rêvasser sur ton bol?
 T'attends p't'être que j'débarrasse et que j'fasse ta vaisselle?
Et l'beurre, y'en a trop que Môssieur en fait profiter les mouches?"

D'un revers de main la marâtre en tablier fleuri a balayé sa toile cirée fleurie de la table de sa cuisine fleurie et mon beau souvenir avec.
Je ne lui dirai rien sur cet instant magique et éphémère ni sur un certain Proust qui n'évoquerait rien pour elle sinon un vague champion automobile...
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17 mars 2012

Madeleine de Proust (EVP)

 

-         Dites-voir m’ame Chaignoux vous la connaissez vous, Madeleine de Proust ?

-         Ben qui c’est donc, celle-là ?

-         Ben ch’ais pas justement. C’est chez ma patronne Madame de Pombrian qu’y z’en causaient l’aut’jour quand y f’saient leur bridge avec les DeLa Breille.C’est quand j’ai amené ma charlotte au chocolat que Madame elle a dit : «  Ah ! Ma Madeleine de Proust » J’comprenais rien vu que m’appelle Odette Moulard !

-         Ben, c’est-y qu’elle a déjà l’Al Zimmer la mère Pombrian ?

-         J’ai laissé la porte de la cuisine ouverte pour entendre. Et qu’ça papotait, qu’ça causait comme quoi qu’y z’avaient été du côté d’un Soanne, à l’ombre pour jouer avec des quilles, en pleurs chezla Duchessede Guermantes et pis qu’y avait une Albertine qui avait disparu ou qu’était prisonnière et même que c’était pire que Sodome et Gomorrhe !

-         Ben, nom d’un chien ! En v’là t’y pas des affaires. Ces gens de la haute c’est vraiment d’la racaille comme les autres.

-         Ah ! Et pis y’avait leur tata Léonie avecla Madeleine, mais celle-là ch’ais pas si qu’elle a disparu aussi. Et que tout ça, c’était bien du temps perdu.

-         C’est ben encore des histoires de ceusses qu’on rien à foutre ! Tiens, moi, j’vais retrouver un peu d’temps pour aller faire mon fricot. Et au fait M’ame Moulard, toujours aussi bonne votre charlotte ?

-         Ben comme d’hab’ m’ame Chaignoux, vu qu’y ont encore léché les assiettes !!

17 mars 2012

"Et vous, quelle est votre Madeleine ?" (Pivoine)

J’ai d’abord pensé que nous avons plusieurs madeleines. Parce que nous avons plusieurs périodes dans notre vie. Surtout, nous avons des madeleines de différentes sortes. Puis, je me suis dit que ce n’était pas tant la madeleine qui est intéressante que ce qu’elle recouvre. Comme chacun sait, elle est intimement associée au processus de mémoire involontaire.

Et de ça, je peux parler. Je dirais même que de ça, j’ai envie de parler.

 J’ai une bonne mémoire « affective ». Selon les époques, je peux replonger totalement dans un climat, dans une atmosphère, j’ai des flashes aussi, des tableaux qui se sont fixés instantanément dans ma mémoire. Et c’est vrai que parfois, un élément, de type « madeleine », y est associé : une musique, une odeur, le goût d’un aliment. C’est vrai que si j’écoute « Mouldy Old Dough », je revis les soirées dansantes du lycée, les ribambelles de filles et de garçons et l’année 1973.

C’est vrai qu’un jour, au musée du tram, à Bruxelles, j’ai profondément aspiré l’odeur d’un morceau d’anthracite. C’est vrai que ça m’a rappelé les trains et les gares de mes vacances, en Ardenne, que ce soit au bord de l’Ourthe ou sur la route de l’Amblève.

C’est vrai aussi que je garde, dans un placard de ma cuisine, le saladier dans lequel, à la maison, nous faisions les pâtes à quatre-quarts, gaufres ou « bodding », et que je meurs d’envie en ce moment de faire des gaufres, rien que pour retrouver l’atmosphère de la maison… Voire de me faire ce vrai « bodding » bruxellois, épaisse maçonnerie de pain humecté pressé, additionné d’œufs, de raisins ou de pommes et de rhum et cuit au four. Oh ! Ca, ça serait le bonheur !

Ceci est bien la preuve qu’il n’y a pas une, mais des madeleines. Prétendre que le morceau « Mouldy Old Dough » me rappelle « tout » le Lycée, « ville et jardins », serait exagéré, il y a eu tant d’autres morceaux de musique !  A contrario, prétendre que cette chanson me rappelle mes examens de passage en math ou en physique-chimie, serait mentir. La mémoire est sélective et je n’ai pas envie de me souvenir de tout, même si Proust, lui, se souvenait de tout. Peut-être se souvient-il de tout, dans « Du côté de chez Swann », mais peut-être ne parle-t-il pas non plus de certains aspects d’Illiers-Combray.

Et puis, je vais devoir m’arrêter là dans ma réflexion sur la madeleine proustienne et le mécanisme de mémoire involontaire. Mais c’est une thématique qui me plaît. Je dirais même qu’elle est au cœur de mon présent, puisque –succombant à une très vieille envie- je suis un atelier de récit de vie et donc, reste sensible aux multiples petits incitants à la mémoire …

17 mars 2012

Des souvenirs à digérer (Poupoune)

Sans me vanter, je fais des madeleines qui sont une vraie tuerie. Non, vraiment, je pourrais tuer pour en manger. Croyez-moi. Je n’en ai jamais goûté d’aussi bonnes et pour dire les choses comme elles sont : aucune des nombreuses aïeules que j’ai eu la chance de connaître assez longtemps pour apprécier, entre autre, leur cuisine, n’a jamais fait de madeleines. Ou alors elles devaient être carrément médiocres, avec tout le respect que je dois à mes aînées, parce que je n’en garde aucun souvenir.
Autant dire que ma madeleine de Proust à moi n’est donc pas une madeleine. Je me mets assez souvent aux fourneaux pour que mes fameuses madeleines à tuer père et mère et le chien puissent devenir proustiennes pour ma fille (même si la concurrence de mes meilleurs cookies du monde – en toute modestie – est rude), mais pour moi, c’est clair et net, aucun souvenir d’enfance n’a le goût délicatement citronné de la madeleine.
 
Bien qu’issue d’une longue lignée de cordons plus ou moins bleus, je n’ai pas grandi avec une mamie gâteau qui me préparait des bons biscuits maison pour égayer mes goûter du mercredi. Ni avec une maman disposée à se coller deux heures par jour en cuisine pour remplacer mes boudoirs de quatre heures par une douceur dont elle aurait été seule gardienne du secret, légué sur son lit de mort par la mère de la mère de son père ou qui sais-je…
J’ai un million de souvenirs gustatifs absolument divins – disons quelques milliers – mais voilà tout le drame d’une ascendance trop douée en cuisine : point de traditionnel gigot du dimanche. Pas non plus de non moins traditionnelle dinde de Noël (à part ma sœur, mais ça compte pas, c’est juste pour faire la blague). Et pas de fameux dessert incontournable de mère-grand, dont tout le monde fait semblant de croire qu’elle fait toujours le même pour nous faire plaisir parce qu’on l’aime, alors que tout le monde sait très bien que c’est le seul qu’elle sait faire.
Non. Rien de tout ça chez moi. Point de repère gustatif récurrent, aucune chance d’associer quelque saveur que ce soit à une personne ou une habitude du passé, pas de quoi faire pleurer Marcel ou Madeleine, et encore moins moi.
 
Il y avait bien les quenelles de Mémé, les fameuses, dont je pouvais me faire éclater la panse et qu’elle faisait toujours en accompagnement de quoi que ce soit qu’elle pouvait bien faire à côté – je ne me souviens que des quenelles et, oui, elles ont bien un petit quelque chose qui nous vient du côté de chez Proust – mais hélas trois fois hélas : les quenelles ont disparu avec Mémé… à ce jour je n’en ai pas remangé qui tiennent la comparaison et soient susceptible de m’émouvoir. Et je ne suis pourtant pas difficile à émouvoir par les papilles : je peux pleurer rien que pour un plat de pâtes, pour peu qu’on m’ait fait manger des légumes aux trois repas précédents.
Il y avait aussi le biscuit roulé de Mamy. Mamy – elle ne m’en voudrait pas de le dire ici, on est entre nous – n’était pas exactement la plus fine, la plus créative ou la plus motivée des cuisinières de la lignée. Mais son biscuit roulé… ça a l’air con comme ça, mais moi, mon biscuit roulé – et quand je dis « mon », c’est bien mon seul et unique biscuit roulé, l’expérience n’ayant pas été suffisamment concluante pour être renouvelée – le mien donc, était tout plat ramollo. Le sien… hmmmm… Mais encore hélas, trois fois de plus, il a également disparu avec elle – même si sur ce coup-là, ma mère est en bonne voie pour assurer une digne relève et me titiller au niveau du palais ET de l’affect…
Et puisqu’on parle de ma mère… comment un seul de ses incroyables mets aurait-il pu, à lui tout seul, canaliser toute l’émotion que des papilles exigeantes peuvent receler ? Comment fixer sur une seule de ses merveilleuses expériences culinaires l’ensemble des souvenirs émus que tant de repas de famille n’ont pas manqué de générer à profusion ?
Des madeleines de Proust, j’en ai finalement trop, gâtée comme je l’ai été depuis ma plus tendre enfance par toutes les cuisinières généreuses, talentueuses et surtout aimantes de la famille.
 
Et pourtant.
Pourtant, je dois bien l’avouer, ce qui éveille en moi encore aujourd’hui les émotions les plus intenses et les souvenirs les plus vivaces, ce n’est pas le gratin de macaroni qui nous attendait au four les jours d’arrivée chez Mamy pour les vacances. C’est-à-dire les jours d’arrivée qui ne coïncidaient pas avec les jours de cueillette des haricots mutants de Papy (« Tant que ça pousse, faut laisser pousser. » « Mais Papy, tes haricots, on dirait des courgettes et ils ont des grains comme des pois chiches ! » « Tant que ça pousse… » - soit dit en passant, vous imaginez la taille des courgettes ? Ouais, ça fait rêver…), parce que si ça coïncidait, donc, c’était haricots verts, au lieu de gratin de macaroni, et là, c’était moins la fête. D’autant que tu pouvais nourrir une famille entière avec un seul de ses haricots, à Papy, du coup le jour où il finissait par les cueillir, tu savais que t’en boufferais pendant les trois semaines suivantes et que ton gratin de macaroni, t’avais plus qu’à y penser bien fort en attendant les prochaines vacances.
Ce ne sont bizarrement pas non plus les orgies de spaghettis bolognaises de ma mère, qui font pleurer les italiens et qui ne se savourent jamais mieux que trop vite, avec trop de fromage et quand on en mange toujours un peu trop pour ne pas en garder le souvenir sur le bide au moins deux jours. Alors imagine combien de temps dans la tête ?!!
Ce n’est pas non plus le succulent magret miel / citron, pas plus que les divines langoustines à la mangue ou l’inénarrable pastilla aux amandes – et je suis obligée de m’arrêter là, sans quoi c’est une véritable encyclopédie de la cuisine de ma mère et de la mère de ma mère et de la mère de mon père et de la mère de… bref : ce serait trop long de vous parler de tout ce qui a accompagné tous les bons moments de ma vie, même s’il m’est arrivé en une ou deux occasions de passer de bons moments ailleurs qu’à table.
Ce n’est même le lacquemant, alors que la seule évocation de ce délice – que je n’ai pourtant pas dû savourer souvent – me donne des palpitations. Bon sang : mon royaume pour un lacquemant !
 
Mais, comme je le disais, rien de tout cela ne me titille plus les sens et l’âme qu’un putain de brocoli.
Ma madeleine de Proust est verte, elle pue et elle fout la gerbe.
Avoir fréquenté la meilleure table du monde toute ma vie, et avoir la mémoire gustative définitivement polluée par un seul et unique putain de brocoli.
 
Je revois très clairement la scène : moi, seule, à table, avec sous mon nez cette assiette de brocolis froids depuis longtemps et pas d’échappatoire : qui serait venu m’en débarrasser, hein ? Qui serait capable de pareil sacrifice ? Pas de chien à la maison, un grand frère trop content de s’en être bien tiré en gobant tout sans respirer avant de faire couler avec un grand verre d’eau, une petite sœur encore trop petite et des parents d’une cruauté sans nom… Je me souviens très bien que je rentrais de vacances que j’avais passées seule – colo, séjour linguistique… cette partie là du souvenir m’a moins marquée – et qu’au lieu d’être accueillie comme il se doit par un plat de fête genre coquillettes au beurre, ma mère avait fait du brocoli. J’avais cru pendant un moment que ça, c’était pour les autres, ceux qui ne rentraient pas tout juste de vacances, et que moi j’allais avoir des nouilles – ou même une patate à l’eau ou… un bout de pain, n’importe quoi – mais non : c’était brocoli pour tout le monde.
J’avais cru ensuite que je pourrais bénéficier, à défaut d’un plat de substitution, d’une dispense, mais non plus. Rien à faire. Je finirais mon assiette, peu importe le temps que ça me prendrait. Mes larmes, mon chantage affectif, mes cris, mes menaces n’y changèrent rien.
Dans mon souvenir, je suis restée environ trois jours – et surtout trois nuits – à souffrir devant cette affreuse assiette verte et froide et puante. Il est probable que le calvaire durât moins longtemps en vérité, mais depuis, je ne peux plus voir un brocoli ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un chou, sans redouter d’avoir à en subir la vue, l’odeur, voire le goût des heures durant.
 
Le plus étonnant, c’est qu’il ne m’est à ce jour jamais venu la moindre idée de vengeance, alors que je suis quasiment certaine qu’il est tout à fait possible de tuer quelqu’un au brocoli. Cru, s’entend. Bien lancé…
 
Bref, comme dirait l’autre, moi, ma madeleine, on peut dire que « ça fait Proust ! et ça fait Proust ! ça fait du bien ! »*
 


* à 3’40 pour l’élégante référence culturelle, si d’aventure elle vous avait échappée

17 mars 2012

LA MADELEINE DE PROUST (Lorraine)

               Hier sans raison me revint soudain en mémoire un refrain idiot et lancinant que les ondes de Radio-Toulouse lançaient jadis aux « chers auditeurs » juste avant le feuilleton du soir.

                « Je suis le Bonhomme en bois, mes meubles sont ceux qui plaisent, allez voir Boul’vard Barbès au coin de la rue là-bas….Ah ! ah ! Je suis le Bonhomme en Bois… »

                Et bientôt, machinalement, je me laissai emporter par le tempo. Il m’entraînait, il voulait me dire des choses à n’en pas douter et accablée, ne sachant où j’en étais, j’allais ouvrir la télévision pour échapper à mon obsession quand je tressaillis. Un plaisir délicieux m’envahit, isolé, dont pourtant j’ignorais la cause ! Mais je savais qu’en cet instant rien ne valait cette émotion suprême, inexpliquée et pourtant intense, effaçant d’un trait ma fatigue, les aléas de la vie, les pérégrinations de mon âme.  J’étais soudain d’une essence supérieure, une joie puissante me portait, liée intimement au « Bonhomme en Bois » et me transcendait.

                Je me tournai vers mon esprit : allait-t-il me dire pourquoi cette extase, cet engouement imprévu, ce besoin de réentendre la musiquette source d’une féiicité qui pourtant semble s’amenuiser et que je veux passionnément faire réapparaître. Je veux revivre l’apothéose qui doit m’ouvrir d’autres portes, j’en suis convaincue. Je me concentre au prix d’un effort surhumain et je chante à mi-voix, en scandant bien les paroles « Je suis le Bonhomme en Bois, mes meubles sont ceux qui plaisent… ». Je fais le vide, j’entends une rumeur, un vague souvenir se dessine, je vais l’atteindre mais il m’échappe . O dieux ! arrivera-t-il à la surface de ma conscience, ce souvenir, ce rien, cette explosion insensée ?...

                Et soudain, une voix nasillarde me crie à l’oreille : « Et maintenant, chers auditeurs, voici votre feuilleton quotidien : « Le mystère de la Chambre Jaune… ». J’y suis, un bien-être immense m’enveloppe. J’ai six ans et j’ai peur. Ah réminiscences !

                Proust avait goûté ; moi j’ai entendu. Nous sommes pourtant exactement pareils.

                Vous reprendrez bien une petite madeleine ?

 

17 mars 2012

Défi 185 (Venise)

Je réfléchissais aux causes de mon chagrin

         Pourquoi je souffrais de solitude

De quoi la vie m’avait-elle privée ? Et alors que je versai une larme sur mon verre de porto

Et que mes pauvres lèvres desséchées retenaient un dernier râle de douleur au creux de ma gorge

Tous mes secrets explosèrent au contact de ma langue avec ce délicieux alcool.

Tout se précipitait dans ma tête ;

-Le jour où à Barcelone je m’étais fait lire les lignes de la main.-

-le miracle ambulant qu’était devenu mon père et la preuve vivante que l’alcool ne tue pas.

-le feutre noir de grand-père qui faisait de merveilleux tours de passe-passe dans la synagogue à la barbe du  grand rabbin.

-le lycée où l’on me surnommait l’acrobate

Le violon de ma mère qui me laissait entrevoir le vaste monde ;

Venise1851

-Le nœud papillon de mon frère tel un chroniqueur mondain scintillant de paillettes.

J’ai eu besoin un moment de m’adosser à la grille du portail pour me retenir tant la tête me tournait.

Depuis combien de temps n’avais je pas ouvert la bouche pour respirer ? Je revis violemment le saule et la rivière et un insoutenable chagrin se répandait dans mon corps.

Le pouvoir du porto n’était pas négligeable dans les reproches que je me faisais.

Des larmes me montaient aux yeux.

Et la première fois oui la toute première fois !!!

Le dire était délicieusement balphématoire.de toute façon la vie m’avait pris ce que j’avais de plus précieux    : la mémoire ;

Alors ce retour, cette fulgurance ,me rendait presque responsable de ma vie .

Venise1852

Je me vis écarté à coup de pied par des passants comme un chien juif dans une rue de Caracas ;

Je savais que j’étais en train de sombrer et que mes souvenirs revenaient comme un nénuphar à la surface.

-         Je me vis comme autrefois en train de perdre de l’argent au poker.

-         Et j’entendis quelqu’un me dire t’inquiètes tes livres se vendent bien !!!!

  •  
  • Rue Proust avenue de la madeleine après l’impasse.Venise.

 

 

 

17 mars 2012

Mmmmm ! (MAP)

Parfum du passé

Mmmm, les gaufres de Mémé

Croquantes ... dorées !

Gaufres

17 mars 2012

Ma Madeleine à moi lisant (KatyL)

 

Il faut le faire, posée sur un sac de Madeleines de Commercy, cette petite Madeleine lit.

 Madeleine

Elle lit des poèmes, car c’est le printemps des poètes, et, me connaissant bien elle sait combien la Madeleine mon gâteau préféré associé aux poèmes de mon enfance me comblent de joie. Alors ma petite Madeleine a posé pour moi, et elle a eu la délicatesse de me laisser une Madeleine….

 

 

10 mars 2012

Défi #185

Sur une suggestion de Venise  dans un de ses commentaires :

Quelle est donc votre madeleine de Proust  à vous ?

madeleine

Nous attendons avec impatience vos recherches

du temps qui perdure !

A tout bientôt !

samedidefi@hotmail.fr

 

10 mars 2012

Ont déniché leur pépite

10 mars 2012

Puisque je veux t'être chère.... (Anémone)

Puisque je veux t'être chère,
J'ai décidé de me faire rare.
Rare comme une ride de Cher.
Chère comme un oiseau rare.

 
Cessant de me voir passer,
Et ne croisant plus ma route,
Tu te prendras à rêvasser.
En toi s'insinuera le doute.
 
Tu ne comprendras pas tout de suite.
Quel manque te tourmente.
Toi si prompt à prendre la fuite,
Et coutumier de la tangente.
 
Tu te poseras des questions
Sur ce qui trouble ta quiétude.
Puis s'écroulera le bastion
Erigé par tes habitudes.


Tu regretteras le temps si doux
Où j'étais disponible
Quand tu refusais qu'entre nous
Quelque amour fût possible.

Tu hésiteras à me faire signe
Puis tu m'appelleras,
Te traitant de triple imbécile.
Tu m'imploreras.

J'entendrai ta voix qui se fêle
Me dire: N'y a-t-il plus d'espoir?
Alors précieuse, exceptionnellement belle
Commencera vraiment notre histoire.

10 mars 2012

Ce qui est rare est cher (Walrus)

C'est bien pourquoi j'économise mes mots...

10 mars 2012

Eclat de Vie (Lise)

Grande est notre misère
Lorsque le rare est cher
Et l'envie nous égare
De désirs en galères.

C'est pourquoi je préfère
Ce qui n'a pas de prix
Un rayon de lumière
L'étoile d'une nuit.
 
L'éclat de ton sourire
Qui se pose et s'enfuit
Célébrant l'abondance
Et la Joie de la Vie.
 

10 mars 2012

Ce qui est rare est cher ! (EVP)

Gentillesse et bienveillance,
Sont devenues choses rares.
J’ai payé cher cette connaissance
D’être aujourd’hui un peu à part.

Je croyais que la politesse
Permettait de vivre en harmonie.
Mieux que coups de pieds aux fesses,
Peur, domination ou acrimonie.

Mais non, il faut paraître cynique,
Faire le malin, juger chacun.
S’approprier le plus de fric,
Faire la nique à son prochain.

Bêtise, veulerie, avidité
Sont devenues bien prolifiques,
Et si vous voulez être invité,
Ne soyez point trop sympathique.

Qu’on vous soupçonne de bonté,
Vous serez vite catalogué.
N’est-il pas juste un peu con,
Celui qui refuse d’être un fripon ?

Alors cachez votre pépite en vous,
Qui vous fait aimer le beau, le bien,
La bonne vie par-dessus tout,
Et puis le rire toujours à la fin !


10 mars 2012

RARE ET CHER OU CHER ET RARE, C'EST SALON (joye)

 

 

Bonjour les curieux, exceptionnels, extraordinaires, inhabituels, insolites, étonnants, très précieux et surprenants, rarissimes et sublimes !

Approchez ! 

On va vous montrer des choses pas banales, et puis des choses anormales, pas ordinaires, pas usuelles. Singulières ! Exceptionnelles ! Oui, c'est bizarre que ça soit si rare !

Approchez ! Approchez !

Oui, vous allez payer cher. Mais fouillez dans vos poches tant qu'à faire !

Ce que vous verrez va peut-être choquer: vous n'y êtes pas accoutumés. Attention aux âmes fragiles et à ceux qui ont la crise facile ! Ne poussez pas, de la place, 'y en a !

Approchez ! Approchez !

Allez, mesdames, messieurs, et vous autres encore audacieux, vous verrez là ce qui m'est cher et rare !

Oui, vous avez payé cher. C'est pas donné, les beaux mystères !

Au revoir les curieux, exceptionnels, extraordinaires, inhabituels, insolites, étonnants, très précieux et surprenants. Rarissimes et sublimes !

Excellentissimes, chérissimes Défiants !

10 mars 2012

Ce qui est rare est cher (Vegas sur sarthe)

Quoi de plus rare que cette porte cochère de la bouchère kasher et gauchère de Vendôme (*) et rachetée aux enchères à une maraîchère vachère ?

(*) A Vendôme, ne dit-on pas "Ce qui est Loir est cher" ?

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