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Le défi du samedi
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9 août 2014

Duel (Fairywen)

 

Duel.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Epées qui virevoltent dans le vent

Qui va verser le premier sang ?

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Duel

Pour les beaux yeux d’une belle.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

L’un d’eux le genou a plié,

Son arme a lâché

Et son sang a coulé

Sur les pavés.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Avec la belle le vainqueur est parti

Laissant le vaincu derrière lui

Se relever lentement

La main sur le flanc.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Dans la chaleur de la nuit

Et l’ivresse de l’alcool englouti

Deux frères, devenues ennemis

Rue de la Pierre Hardie

Sous une lanterne au coin qui luit.

 

Défi 310 du samedi 2 août 2014

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9 août 2014

PROMENADE DANS LES RUES DE METZ par bongopinot

 

bo01

 

Une ville charmante et agréable qui me fait très bonne impression

Je découvre tranquillement à mon rythme, la ville de Metz

Le plan d'eau  où il fait bon se prélasser à la belle saison.

Chacun se fera son opinion, pour moi, c’est une ville pleine de promesses

 

 Place de la comédie La cathédrale et son immense surface vitrée,

A une hauteur impressionnante, c’est un joyau de l’art gothique.

Et je continue à flâner dans ces rues commerçantes et animées

Au détour d'une ruelle je découvre un petit coin ombragé et magnifique

 

C’est chouette c’est moments donnant une certaine douceur de vivre

Je continue à arpenter la ville et me retrouve rue de la Pierre Hardie

Une rue superbe, et, m’arrête dans un café bar « Au fût et à mesure »

L’endroit y est fort sympathique convivial j'y reste jusqu'à midi  

 

bo02

 

Je reprends mon périple et passe devant un Marché Couvert

Puis devant des immeubles en briques couleur sable et insolites

Je me trouve rue aux ours, pas un ours ni un chat c’est calme et désert

Et là des angelots au dessus et de chaque côté d’une porte imposante.

 

Je vais maintenant penser à rentrer chez moi en Normandie

J’ai passé ici une journée formidable de visite au gré des ruelles

Le jour doucement descend le fond le l’air s’est refroidi

Je pars mais reviendrai surement dans cet endroit qui émerveille.

 

9 août 2014

Participation de JAK

ja01

On a beau être fiers de notre  Capitale et éprouver un grand plaisir à l’arpenter, ici, les chemins ombrés sont plus reposants.

Je vais passer une semaine agréable à méditer et me ressourcer au fin fond de « mon»  Ardèche  rassurante.

Ici, les autochtones  ne se plaignent  pas de la pluie, ça arrose !

-« Y’en ben besoin m’dame»

Ce soir, quelques voisins autour de moi.

Ils sont venus me rendre visite de courtoisie.

La fraicheur arrivée avec la chute du jour,    nous voici réunis  au coin du feu, où de belles buches généreusement alanguies nous  ravissent l’âme.

ja02

Et en cette veillée,  la maisonnée accueille un conteur.

 Il a nom « Lou Couavou »

 Quel plaisir de l’ouïr, bien calés sur des coussins brodés de fleurs naïves, tassés sur  une antédiluvienne  banquette creusée dans un vieux châtaigner.

Il est là, face à nous debout, la barbe hirsute, les doigts noueux, un squelette sec, mais tout en souplesse,  avec son accent, inclassable, inimitable, langue d’Oc,  qui chante si agréablement à nos oreilles.

 Ce diseur  bucolique me fait penser à d’autres temps…celui des troubadours où l’on croyait tout simplement aux miracles, aux choses mirifiques…

 Les usages ont changés, du moins la façon dont ils sont colportés, les  new-médias n’ont pas la même perspective au jour d’aujourd’hui ! Time is money !

Pour notre enchantement il reste encore quelques rêveurs-résistants archaïques, on devrait les inscrire au patrimoine de l’humanité !

 

Seules nous illuminent quelques pétillantes étincelles.

 

Je me laisse porter par son histoire  en ce déclin de journée.

Je n’ai pas son talent pour la raconter, mais en voici quelques bribes.

 

La Pierre à Venin

 

Lou Couavou  commence toujours ainsi

…Là haut sur le plateau, vivait un vieux sage….c’était Nestor…

Il était réputé dans la contrée, ses dons étaient illimités, les humains et les bêtes il les remettait d’aplomb d’un seul geste serein, Il cueillait aussi les Herbes, celles qui vous sauvent la vie.

     Sa spécialité cependant était la Pierre à Veninja03

Il en possédait une pléiade, qu’il gardait  dans un cruchon en grès qui datait de ses ancêtres.

 

Et je « m’en va » vous raconter, nous dit-il,  une anecdote légendaire qui a circulé  dans tous le pays et  galopé bon train durant longtemps…

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 Une bergère, qui gardait ses vaches dans le pré Pascalou, pas loin du Mont- Mézenc, s’était sentie prise de fatigue. Certainement la monotonie de la tâche, ses aiguilles à tricoter étaient tombées d’elles mêmes, et la voici qui s’était assoupie, allongée sur la mousse.

Notre Honorine, qui était aussi « nourriceuse »,- cela lui procurait quelques monnaies pour améliorer l’ordinaire,-  avait par conséquence, une belle poitrine plantureuse, gorgée de lait.

Elle était pâmée dans les bras de Morphée quand elle senti un galant lui caresser la poitrine !

Ca alors !,

 Elle ouvre un œil, furtif, on ne sait jamais si le coquin lui plait, mais qu’elle n’est pas sa stupéfaction de voir une vipère sur son sein ! Et qui, le devineriez vous, était  est en train de s’abreuver d’un nectar dont, il paraît ces vipérins raffolent !

Honorine effrayée se lève d’un bond, mais la bête, surprise également, la mord de ses belles dents pour se défendre, lui inoculant, au passage un belle coulée de venin.

Cris de désespoir, car elle sait bien le sort qui lui sera réservé si elle n’est pas soignée à temps.

Heureusement, Nestor, n’est par loin, il a une sorte de don d’ubiquité, et se trouve partout à la fois.

Il  entend les cris, accourt aussitôt.

Comme  il n’allait  jamais aux cueillettes  de champignons ou de simples, sans son couteau et sa Pierre à Venin, il fait, sans précipitation mais avec sûreté,  ce qu’il faut pour enrayer le mal.

Il était temps, les seins gonflaient et devenaient violets à s’en vouloir éclater !

Honorine fut sauve.

Dans le pays, il se murmurait, après cet incident, qu’elle n’accordait dorénavant ses faveurs qu’à ce Nestor,  et comme cette pierre assurerait également la fertilité, on vit des semblants de Nestor dans le pays,

Hélas aucun n’a hérité de son talent.

Mais là c’est une autre légende

A bientôt mes amis

#310 samedi défi

 

*photo jak embouchure ruisseau la Langougniole  sur la Loire

9 août 2014

MAP trahie par MAPS (Walrus)

Et pourquoi diable MAP a-t-elle photographié cette lanterne messine à brancher les aristos ?

Hein ?!?

Mais parce qu'elle sortait de la boutique d'en face, levant les yeux au ciel, toute extasiée encore des effluves entêtants du chocolat.

Berceville

Vilaine gourmande, va !

 


 

Complément à l'usage de KatyL :

Photo streetview du luminaire incriminé à Metz

 

Metz

 

9 août 2014

Participation de Nhand

IL PLEUT SUR METZ

 

 

Chez Mise au Green,
Mortes de spleen,
Trois vaches broutent
Leur déroute...

Triste fatum,
Quand, chez Quantum,
Les soldes fêtent
Leur défaite...

Le vilain vent
Squatte devant
La Carterie
Ahurie...

Dessange a froid
Mais reste droit ;
Son shampooing bulle,
Incrédule...

La Poste, au fond,
Qui se morfond,
Ouverte à l'heure
Pour du beurre...

Passant fissa
Chez C com ça,
Une cliente
Peu riante...

La pluie attaque assidûment
Depuis tant de jours la Lorraine ;
Metz a sombré dans le tourment
Et le commerce est à la traîne.

Mais si la pierre est par ici,
Plus qu'ailleurs, hardie et vaillante,
Ma petite rue, elle aussi,
Saura survivre à l'assaillante !

 

 

Nhand

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9 août 2014

RUE DE LA PIERRE HARDIE (Lorraine)

La rue de la Pierre Hardie ? Oui,  je connais, j’y passe chaque jour, j’arrive par le chemin des Etudiants et, en tournant le coin, j’y suis.  C’est à trois pas, venez,  je vous conduis. Vous voyez cette lampe généreuse, elle éclaire bien  les pavés rudimentaires qui  dégringolent vers la ruelle des Trois Fontaines où je respire mieux, je l’avoue..

Pourquoi ? C’est vrai, vous n’êtes pas du pays, vous ne connaissez pas notre histoire locale, qui fait trembler les vieilles gens les soirs d’orage…et un peu aussi les jeunes filles qui tirent vite les volets pour éviter la stridente menace des éclairs.

 Il faut dire que l’orage, dans ce pays entre forêts et collines,  a des allures dantesques. Il dessine des ombres surprenantes dans les vallées et illumine la crête des bois d’une couronne de feu.
Comme en cette soirée d‘été où une bande d’étudiants en goguette sortit de la « Taverne du Chat Noir » en chantant la Marjolaine (et d’autres choses aussi que je ne puis pas dire ici….) Enfin, vous me comprenez. Leurs lanternes divaguaient  autant qu’eux. Il y avait le bel Eloi, le grand et fort Jehan qu’on disait de Gascogne, Arnaud-le-petit, et trois autres, fort éméchés tous tant qu’ils étaient.

On dit –mais que ne dit-on pas ! – qu’ils s’en allaient courir la gueuse. L’air sentait le jasmin qui poussait haut et dur contre le mur du Monastère et attisait la tentation de la femme. On dit aussi que le jasmin est perfide et fouette les sangs. Ils tournaient donc le coin de la rue comme s’en revenait, en sens opposé, la jeune Aube, fille du meunier, tout juste seize ans, belle à mourir. Elle hâtait le pas, pressée par le bruit d’un orage proche.

-     Hôla ! lança Eloi, on ne passe pas…
-     Puis se ravisant, il ajouta, cynique :
-     …ou d’abord par nos mains…
-    ...

Je ne sais que vous dire, mon bon Monsieur. La pucelle se débattit, les assoiffés tiraient la jupe, le corsage. Et ce sui arriva (j’en tremble rien qu’à vous le dire) fit jaillir les éclairs, sabrant le ciel, hurlant l’orage, déchaînant la foudre en une meurtrière avalanche.

Quand les paroissiens osèrent ouvrir leurs persiennes, six corps ensanglantés gisaient sur le pavement disloqué. La jouvencelle, saine et sauve, rattachait en tremblant ses habits déchirés. Près d’elle, une énorme pierre venue du ciel. Une pierre hardie, qui donna désormais son nom à la rue. Cet ex-voto en latin, posé là en remerciement par le père de la jeune Aube, est bien vieux, il remonte à près de deux siècles, il dit que c’est juste là où vous vous tenez qu’on trouva les corps écrabouillés. On dit aussi – mais que ne dit-on pas –que certains soirs d’orage, le fantôme des six jeunes gens vient errer sur la lande et s'arrête en cet endroit même. Ne sursautez pas, ce sont là bavardages de bonnes femmes.

Tiens, il commence à pleuvoir, on avait annoncé l’orage à la TV.. Avec un peu de chance, vous les verrez. Qui ? Les fantômes, pardi !

Monsieur, où allez-vous ?…Ah bah ! On dirait qu’il a peur. Ces gens de la ville, quand même !...

9 août 2014

Chamaillerie d’amoureux (EnlumériA)

Le capitaine Ward s’effaça pour laisser entrer Kaelia. Il regretta de ne pas avoir retrouvé sa casquette. Il mettait un point d’honneur à se découvrir devant une jolie femme. Uniquement les jolies femmes ; celles qu’il trouvait moches, il leur accordait autant d’attention qu’à un pack de lait périmé. Un jour, son second lui avait dit qu’il n’était qu’un enfoiré. Il avait répondu qu’il assumait parfaitement son enfoiritude et qu’il emmerdait son second, son prochain et la terre entière. Pour Kaelia, il se serait découvert mais sans toutefois aller jusqu’à la courbette et le baisemain. Ces politesses-là, il se les réservait pour Maora, son diamant noir. Il était comme ça le capitaine, entier et complètement sociopathe.

D’un geste vague, il désigna un siège à la jeune femme, se laissa tomber dans son fauteuil et se servit un autre verre. Il était comme ça, Charles Ward, entier, sociopathe et alcoolique.

Sur le pont le calme était revenu. Le capitaine se pinça le nez, fronça les sourcils, un peu comme un type qui a oublié la liste des courses, un samedi au supermarché.

— Alors comme ça, vous connaissez mon neveu.

Ce n’était pas une question, même pas une affirmation, tout juste un commentaire ennuyé. Kaelia étendit ses jambes, ajusta sa robe sur ses genoux et laissa la moutarde lui monter gentiment au nez.

— Vous ne répondez pas. D’accord, vous êtes fâchée, ok. Depuis combien de temps êtes-vous dans ce patelin ? Ah ! Au fait ! Ne me traiter plus de vieille andouille. J’ai horreur du porc.

— Il semblerait que je le connaisse mieux que vous. Où est-il en ce moment ? Dans les griffes de vos deux clowns ?

Le capitaine poussa un profond soupir. Il se pencha en avant, posa ses mains à plat sur le bureau.

— Écoutez, bien ma belle. Je ne savais pas que ce gandin avait emprunté le passage. D’habitude, pour ce que j’en sais, c’est plutôt du pognon qu’il emprunte.

— Alors, vous allez peut-être m’expliquer tout ce cirque.

Le capitaine se rencogna dans son fauteuil, tendit la main vers la bouteille et prit une solide tape… sur la main.

— Arrêtez de picoler et mettez-vous à table, vieille andouille !

Kaelia fut assez surprise de la vigueur de la gifle du capitaine. Elle se frotta la joue. Charles Ward souriait comme un enfant devant le jouet de ses rêves.

— Je vous avez prévenue. J’ai horreur du porc.

— Mais vous êtes malade.

— C’est ce qu’on raconte. Et vous n’imaginez même pas ce dont je suis capable dans mes mauvais jours.

Les yeux de Kaelia crachaient des flots de rage.

— Ne vous avisez pas de me frapper une seconde fois. Vous non plus, vous ne savez pas ce qui peut me passer par la tête.

— Bon. Je crois que nous sommes partis sur de mauvaises bases, reprit Ward. Reprenons, si vous le voulez bien. Donc, moi, je suis le capitaine Charles D. Ward, flibustier, contrebandier, trafiquant d’opium et de bien d’autres produits pharmaceutiques. Je suis à la recherche d’une autre dame. Maora Leslie Jackson. Elle, son domaine, se serait plutôt la médecine par les plantes, la psychologie médiévale et les entourloupes en tous genres. Il se trouve que cette dame si chère à mon cœur déambule d’un monde à l’autre avec une blondasse dans votre genre, d’où la confusion. Quant à vous, je me fous royalement de qui vous êtes et d’où vous venez, en fait.

— Alors, faites-moi ramener à terre.

Le capitaine attrapa la bouteille d’un geste de vif. Kaelia remarqua une certaine méfiance dans son regard. Toi, mon pigeon, ça va te faire tout drôle, songea-t-elle.

Le capitaine s’enfila une lampée puis dit :

— Pas question. C’est trop tard. Que vous le vouliez où non, vous êtes mouillée jusqu’au cou. Ça vous apprendra à choisir vos fréquentations. 

— Fréquentations ? Comme vous y allez. J’ai rencontré Damien par hasard. Il avait l’air tellement paumé qu’il m’a fait pitié. Et puis, je me sentais seule. J’avais besoin d’un bon chien pour me tenir compagnie.

Le capitaine riait dans sa barbe. Il se tapa sur la cuisse.

— Par hasard. Elle est bien bonne celle-là.

— Qu’est-ce qui vous fait marrer comme ça. Vous ne croyez pas au hasard ?

— Le hasard, ma belle, c’est la providence du mécréant. Attendez ! – Il fit un geste d’apaisement de la main – Laissez-moi vous racontez une histoire.

Il ouvrit un tiroir, en sortit un gobelet et une autre bouteille. Il versa un liquide jaune. Sa main tremblait légèrement. Un signal de son foie, sans doute.

— Tenez. Un verre de Suze ne vous fera pas de mal. Ça va vous détendre.

Kaelia nota que ce vieux dément venait de marquer un point. La Suze était sa liqueur préférée. Si ce n’était pas du hasard, ça.

— Vous connaissez Metz ? Non. Je suis né en Normandie, mais quand j’ai eu douze ans, mes parents ont déménagé là-bas. Mon père était fonctionnaire. Nous habitions un appartement confortable dans un immeuble cossu. Rue aux ours. Elle donne sur la rue de la Pierre Hardie. J’avais mon meilleur copain dans cette rue. J’y ai grandi tranquillement jusqu’à ce fameux jour. Je venais d’avoir dix-sept ans. J’étais mignon et je dois reconnaître un certain succès avec les filles. Surtout une, comment s’appelait-elle déjà. Bon sang, c’est à cause d’elle que ma vie à basculer et je ne suis pas foutu de me souvenir de son nom.

— C’est que vous ne l’aimiez pas tant que ça.

— Qui vous parle d’amour. Vous savez, l’amour, ça va, ça vient, ça finit toujours par partir en vrille. Juste une fantaisie décadente inventée par des poètes lunatiques clamant des vers insipides sous des fenêtres fermées.

— …

— Vous n’approuvez pas. C’est comme vous voulez. Donc, où j’en étais moi. Ah oui, il y avait cette fille, là. Nicole, Patricia, je ne sais plus. Elle était belle comme une lune de porcelaine. Elle avait des cheveux blonds un peu comme vous et des yeux, je ne vous dis que ça. Ses parents tenaient la petite épicerie qui faisait le coin. De braves gens, un peu niais. Et juste au-dessus de l’épicerie, c’est là qu’habitait mon pote. Comment il s’appelait déjà ?

— Donnez-leurs des numéros, on s’y retrouva peut-être, se moqua la jeune femme.

— N’empêche que je m’étais entiché de la fille de l’épicier et que c’était bougrement réciproque. On se pelotait en cachette des parents, sous le porche, enfin sous l’escalier. On fumait des cigarettes et on se promettait des lendemains d’opéra fantastique. C’était sans compter mon pote qui en croquait lui aussi pour Melody. Tiens, ça m’est revenu ! Bizarre, non ?

— Vous parliez d’opéra fantastique, votre subconscient aura fait un lien.

Le capitaine se leva brusquement, alla jusqu’à la porte et appela monsieur Mite rapportez-nous une bouteille de Merlot on parle de choses qui méritent bien qu’on boive du bon.

— Du beau, du bon, Dubonnet, murmura Kaelia pour elle-même. Vas-y coco, bois, tu me rends les choses plus faciles. Et d’un geste furtif, elle s’empara d’un coupe-papier.

Le capitaine se rassit et s’éclaircit la voix.

— Mon pote. Parlons-en de celui-là. La dernière fois que je l’ai vu, c’était le jour anniversaire de Melody. Je revenais de la librairie avec un bouquin sous le bras. Un de ces trucs pour filles tout plein de miel et de guimauve. Elle aimait bien les romans d’amour Melody.

On toqua à la porte. Monsieur Mite entra, déposa la bouteille de Merlot et s’éclipsa. Le capitaine sembla soudain absent.

— Vous parliez de votre copain, dit Kaelia. Celui dont vous ne vous rappelez pas le nom.

Le capitaine s’ébroua.

— Par la barbe du Prophète ! Bien sûr que je me souviens de son nom. Victor. Un petit con un peu boulot, toujours habillé en jaune. On se souvient toujours du premier mec qu’on a tué.

Kaelia sursauta. L’autre ne se démonta pas. Il continua son histoire comme si de rien n’était.

— J’ai remonté la rue de la Pierre Hardie en courant. J’avais l’air d’un con avec mon roman sous le bras. Je les ai trouvés sous le porche. En train de se peloter. Elle, elle gloussait comme une poule effarouchée. Et lui, Victor Faniel, la tripotait encore et encore. J’ai vu rouge. J’ai sorti mon opinel et je l’ai planté dans l’œil de ce salopard. Il s’est écroulé comme un sac pendant que Melody hurlait. Du sang giclait de sa blessure. Je me suis mis à courir comme un damné. Lorsque je me suis arrêté, à bout de souffle, je me suis retrouvé dans une impasse. Au propre comme au figuré. Alors, je suis tombé à genoux et je me suis mis à pleurer comme une fiotte.

— La police vous a retrouvé.

— Les flics ? Non. C’est ce vieux type avec un vélo qui m’attendait.

— Vous voulez dire…

— Un type avec un vélo. Habillé bizarre. Comme s’il venait d’une autre époque, mais pas trop. Il m’a aidé à me relever. Il était plutôt baraqué, avec une barbe et une boucle d’oreille de manouche, là. Il m’a regardé avec un drôle d’air. Comme s’il s’en voulait de quelque chose. Et puis, il m’a donné un billet de train avec un peu d’argent et il m’a dit : « Voilà de quoi aller jusqu’au Havre. Là-bas, tu prendras un bateau pour la Nouvelle-Orléans. Le Destiny Child. Le capitaine est au courant. Allez file et ne te retourne pas. »

— Et c’est ce que vous avez fait.

— Avant, je lui ai demandé qui il était. Il m’a dit comme ça : « Disons que je suis le destin. Fous-le camp, maintenant ! »

Kaelia se pencha vers le capitaine et lui demanda où il voulait en venir, en fait.

— En fait, ma petite, je voulais vous démontrer que vos histoires de hasard et de nécessité, c’est que de la flûte et du pipeau. Nous avons un destin. Un grand con qui veille sur nous ou qui tire les ficelles. C’est comme ça.

Kaelia soupira. Elle sentit que le moment était propice à sa petite revanche. Elle le provoqua.

— Vous n’êtes qu’un vieil ivrogne et un porc. Gardez pour vous votre philosophie de bistrot.

Le capitaine réagit exactement comme prévu. Il bondit en avant, sa main gauche en appui sur le bureau et sa main droite prête à frapper. Kaelia esquiva et bondit à son tour le coupe-papier bien en main. Son bras s’abattit sur la main gauche du vieux pour la clouer au bureau. On ne frappe pas une femme impunément, là d’où je viens, monsieur.

Il y eut un bruit de sonnette.

Venue de nulle part, une voix désincarnée dit : « Cliffhanger ! »

Le temps se coagula. Les deux protagonistes, figés, regardaient la lame du coupe-papier suspendue à quelques millimètres de la main gauche du capitaine.

 

9 août 2014

Les révélations de Joachim à Eva (KatyL)

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Eva était plongée dans la lecture du livre de Raphael depuis quelques jours, et semblait dubitative sur la connaissance qu’avait cet écrivain du monde artistique en peinture, ou bien il n’avait rencontré que des « m’as-tu-vu » ou des « snobs. » …..Elle savait que les humains avaient un ego assez  dimensionné, mais elle connaissait pour sa part de nombreux artistes qui eux peignaient juste pour le plaisir et la passion sans prétention particulière en sachant que le vaste monde n’offrait que peu de place en pleine lumière. Pour sa part, elle avait depuis longtemps transformé ce don qui lui avait été donné à la naissance par du travail sur la technique, et cette  passion dévorante était un immense plaisir personnel, cela lui suffisait amplement. Cependant elle avait acquis une petite notoriété bien régionale mais certaine au fil des ans et des expositions, et des nombreux articles de journaux. Dans le livre de Raphael  il n’était question que de gens qu’Eva fréquentait peu. Par contre il dépeignait les galeristes avec des traits tout à fait réalistes, des gens souvent sans scrupules avides et mercantiles qui avaient peu de sensibilité artistique mais une sensibilité opportuniste, avec la conviction pour la plupart que seul l’art abstrait avait sa place dans ce monde, comme si le figuratif n’existait plus, et comme si les acheteurs potentiels ne le regardaient même plus, or c’était faux puisque qu’Eva faisait du figuratif et qu’elle voyait sa côte monter gentiment et des clients chaque année nouveaux !

Elle en parlerait avec Raphael  le lendemain soir car elle était invitée par cet illustre voisin avec repas à la clé chez lui, il avait beaucoup insisté pour que ce fut un soir, Eva avait dit oui en lui précisant « visite de voisinage alors »

En attendant la journée serait consacrée à faire du cheval avec Joachim qui  l’attendait pour 14h à l’écurie. Elle s’habilla en amazone et partit ravie, après avoir fait un repas sommaire de légumes et de fruits.

Joachim l’accueillit avec un sourire radieux, lui sella Arabelle, femelle jeune et nerveuse, lui prit Arogun et ils partirent tous les deux en chemin forestier, l’air était doux, le soleil irradiait la forêt, les oiseaux chantaient sur leur passage, les violettes sauvages sentaient si bon, Eva était aux anges.

En cours de route le cheval d’Eva se cabra car il vit traverser un petit renard, elle ne s’attendait pas à une telle réaction de sa monture, il fallut à Joachim beaucoup d’expérience et de rapidité pour calmer la jument, Eva était restée tout ce temps accrochée sans tomber, mais elle eut très peur. Lui aussi, et lorsqu’ils furent à terre il la prit dans ses bras en murmurant :

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-«  Heureusement tu n’as rien ! Dieu que j’ai eu peur, cette jument est imprévisible mais celle que j’avais réservée a été malade et le vétérinaire m’a conseillé de la garder au chaud, j’ai dû seller Arabelle, pardonne-moi Eva » et il l’embrassa sur les lèvres en la serrant très fort avec beaucoup de tendresse, Eva en fut bouleversée, mais elle ne resta pas contre lui, se recula pour se donner une contenance tant elle était troublée et dit : 

-« Oui j’ai eu peur, je prendrai des cours avec toi de manière à maitriser mieux en cas de souci, tu penses que tu aurais du temps pour moi ? »

-« oui je me suis libéré deux après-midi lorsque je n’ai pas d’accompagnements et de chevaux à ferrer en urgence, le mardi et le jeudi deux heures ça ta va ? Tu me manquais et j’ai manipulé mon emploi du temps pour être avec toi. De plus le samedi soir je te garde cette soirée  pour aller avec toi au cinéma au restaurant ou autre sortie qui te ferait plaisir, et un dimanche de temps en temps, ce n’est qu’un début ! »

-« Mais je suis ravie je t’assure, c’est formidable, je retiens avec plaisir, je dois te dire cependant que j’ai fait la connaissance de mon charmant voisin l’écrivain Raphael Fontenoy, tu sais il demeure trois maisons plus haut, je suis d’ailleurs invitée chez lui demain soir à manger pour parler de son livre qui traite de la peinture, je t’avoue que la discussion risque d’être passionnante car si le livre est très bien écrit, je ne suis pas toujours d’accord  avec son contenu.

Joachim fit une  légère moue dépitée et sembla réfléchir avant de lui répondre :

-« Tu sais Eva je connais ce genre de type beau parleur, coureur de jupons, tu es belle et tu es une proie pour lui, je le connais de réputation, d’ailleurs son ex petite amie qui est une excellente cavalière demeure dans le village voisin rue de la Pierre Hardie, si tu veux et si tu as le temps va un peu parler avec elle de Raphael, mais je ne veux pas t’influencer, tu pourrais croire que je suis jaloux, d’ailleurs je le suis, il est libre et il évolue dans ton monde, lui, mais tu es assez intelligente pour te faire une opinion toi-même »

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Il baissa les yeux ne dit plus mot et semblait gêné par cette longue tirade qui ne lui ressemblait pas.

Eva le remercia de ces avertissements et lui promit d’être attentive, elle s’approcha de Joachim lui prit la main et le fixa de ses grands yeux verts :

-« cher Jo tu sais que je suis encore mal remise de ma rupture avec Max,  je ne veux plus être amoureuse ni être vulnérable, je veux rester libre et attendre le bon moment lorsque mes plaies seront refermées, et ensuite dans quelques temps sans doute,  je trouverai l’unique homme avec qui je désirerais finir ma vie si possible ?? Aussi je vais chez Raphael  en toute tranquillité d’esprit, mes chers voisins sont au courant ainsi que toi, que veux-tu qu’il m’arrive ? Je ne vais que pour parler de son bouquin, et faire un repas entre voisins »

-« Bon Bon ! Si tu le dis, mais tu peux me téléphoner à tout moment et tu le sais si tu as un souci. Je te laisse car j’ai un RDV avec le vétérinaire pour les chevaux malades, j’ai oublié de te dire, tu es ravissante en sauvageonne les cheveux au vent»

Il l’embrassa sur les joues et partit.

Elle rentra chez elle et se fit cuire des bons œufs au plat achetés le matin même à la ferme avec un bout de lard et quelques feuilles de salade, et elle se mit sur son canapé avec la tempête de Beethoven, puis elle se mit à réfléchir sur ce que lui avait Joachim et surtout elle repensa à son baiser qui avait créé en elle tant de remous, elle qui ne voulait pas le montrer, il avait dû s’en rendre compte !
Elle aimait beaucoup Joachim et ils se voyaient très souvent depuis 4 mois où elle s’était réfugiée chez lui en pleine tempête, cela ne lui ressemblait pas de médire sur quelqu’un, pourquoi lui disait-il cela ? Jaloux certes mais il était dépourvu de malhonnêteté, Eva se promit donc d’être vigilante.

Le lendemain Eva, fit des emplettes chez un antiquaire qu’elle aimait beaucoup, elle acheta entre autre une jolie coupelle en forme de plume pour offrir à Raphael le soir au diner, et dans l’après-midi elle fit du solex avec l’appareil photos en bandoulière en vue de se faire une réserve de modèles pour ses tableaux d’hiver. A 17h elle rentra se lava les cheveux, et se prépara pour aller chez l’écrivain, mais décida de mettre un jeans simple avec petits talons, un chemisier noir, et prit une veste simple pour le soir.

A 19h elle sonna.

Raph vient lui ouvrir tout sourire, elle entra, l’intérieur était luxueux et raffiné, cela sentait très bon chez lui, il avait sans doute fait du gigot d’agneau Eva en reconnu l’odeur, et une tarte aux pommes-cannelle ?

Il la fit asseoir sur un moelleux canapé et lui offrit un vieux Porto. La discussion se fit spontanément sur le livre et Eva débattit avec lui 1 h durant, il acquiesçait souvent et finit par avouer :

-« Dommage que je ne vous aie pas connu plus  tôt, je pense que j’aurais eu une vision plus positive des choses, mais si nous nous disions « tu » qu’en penses-tu dit-il en s’approchant d’elle sur le canapé »

-« Allons-y pour le « tu » mais je sens un peu le brûlé ne serait-ce pas la viande ? »

Il se leva d’un bond. Eva en fut soulagée.

Il est temps de passer à table dit-il !

Il avait fait les choses en GRAND porcelaine de Limoges, argenterie et cristal, bouquet au centre ! Eva trouvait cela remarquable et le lui dit. Elle lui offrit la porcelaine achetée le matin, il en fut ravi et touché.

Le repas se déroula en discussions diverses, autour d’un repas délicat, elle avait vu juste, coquilles ST jacques, gigot de pré-salé petites pommes nouvelles, salade et tarte aux pommes. Un excellent cuisinier ! Beaucoup de convergences de vues entre elle et lui le long des heures qui s’égrenaient.

Il lui proposa une liqueur digestive de sa grand-mère au salon. Elle prit soin cette fois de prendre un fauteuil individuel. Elle se  sentait bien.

Elle sentit que Raphael passait derrière elle entre le fauteuil et un petit meuble qui pensait-elle devait contenir les digestifs, elle avait fait un très joli chignon pour relever ses cheveux, et au moment où elle allait s’appuyer sur le dossier elle sentit dans sa nuque sa main qui l’effleurait.

ka04Elle sursauta, alors il insista et se pencha pour coller ses lèvres sur son cou, cette fois elle se leva d’un bond et le regarda avec colère.

-« Enfin nous ne nous connaissons encore pas, je viens en voisine et amie et vous tu t’empresses de » …. Elle ne finit pas sa phrase, aussitôt il revint se coller à elle, en la  serrant très fort, elle se dégagea.

-« Mais voyons dit-il je pensais que tu, que tu n’attendais que cela ! »

-« Quoi ? Mais non, je ne suis venue qu’en amie, depuis quand un homme civilisé se jette-t-il ainsi sur une femme au 1er repas amical, sans rien savoir d’elle, tu te méprends »

-« Je suis ainsi lorsqu’une femme me plait comme toi, je deviens un loup, et tu me plais Eva je ne pense qu’à toi depuis que je te vois de mes fenêtres, allez viens ! »

-« Non ! dit-elle je suis venue pour parler du livre et faire connaissance entre voisins, je ne m’attendais pas à un tel comportement ! Si un homme me plait je reste réservée, et j’attends de savoir ce qu’il a en tête et dans le cœur, je ne cherche pas l’aventure, tu te trompes de femme, je suis assez surprise par cette attitude, je vais rentrer chez moi, je suis fatiguée, le repas était excellent, merci beaucoup, mais ne cherche pas à me revoir si tu crois que je suis une femme facile, et que tu penses me collectionner avec tant d’autres  sans doute ?»

Elle prit sa veste et sortit sans même lui faire la bise d’usage, elle rentra chez elle furieuse et s’enferma à double tour ! –« Ce mec  est un sacré dragueur !! Pour qui me prend–t-il ? »

Elle se jeta sur son lit et repensa à Jo, à son avertissement,  à ce qu’il lui avait dit  de « l’ex » de la rue de la Pierre Hardie, si elle passait par ce village elle irait mine de rien, en prenant quelques photos parler à cette femme, sans en avoir l’air et finirait par savoir ce qui se cache derrière cet homme ! Elle s’endormit en pensant au baiser de Joachim qui pour elle avait la saveur des roses.

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Suite la semaine prochaine

9 août 2014

Cartes postales : Chapitre V (par joye)

Chapitre V : Rue de la Pierre Hardie

[L’histoire jusqu’ici : Amanda Perry, héritière américaine, se retrouve à Nancy, après deux messages anonymes et inquiétants. Là, en attendant de voir son avocat, elle rencontre une petite fille qui semble porter le nom de l’avocat qu’Amanda souhaite rencontrer.]

Tellement surprise par la hargne de la vieille prof et par le nom de sa petite élève de danse, Amanda resta figée un moment sur sa chaise rose. Elle décida qu’un effort pour affronter  la prof serait du temps perdu. Alors, elle s’éleva pour suivre la petite qui devait être dans le vestiaire au fond du grand couloir. Mais la salle était déserte. Amanda quitta rapidement le bâtiment, mais ne vit nulle part dans la rue la petite fille !

-          Décidément, cela devient de plus en plus curieux, se murmura-t-elle quelques minutes plus tard devant sa salade au Café du Commerce. C'était peut-être une simple coïncidence. Bon. J’ai encore un jour avant le retour de Maître Cherval. Je devrais peut-être faire une petite excursion à Metz, c’est pas loin. J’aimerais bien voir la Cathédrale qui se trouve dans la rue de la Pierre Hardie. Je commence à avoir bien besoin un peu plus de hardiesse…

-          Ah, tiens, bonjour encore, mademoiselle ! lui fit une petite voix souriante.

Amanda  leva la tête pour voir la fille Émanuelle à côté de sa table, sa petite main dans la main de…sa méchante prof de danse !

2 août 2014

Défi #310

Voici la cinquième photo des défis de l'été :

310 Rue de la Pierre Hardie

Ne vous perdez pas en chemin !

Adresse habituelle pour vos envois :

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

 

2 août 2014

Se sont mis le popotin au velours

2 août 2014

Cartes postales : Chapitre IV (par joye)

Chapitre IV:  Les chaises roses

[L'histoire jusqu'ici :  Amanda Perry, une Américaine de voyage en France grâce à un héritage mystérieux, quitte hâtivement Annecy, après la réception de deux messages anonymes et menaçants, pour aller à Nancy, afin de faire enfin la connaissance de son avocat français, Émanuel Cherval, face-à face.]

Une fois bien installée à son hôtel, Amanda oublia un peu le stresse de se sentir poursuivie, menacée, et sans secours personnel. Une fatigue nerveuse l’assomma et elle dormit profondément. Après une longue nuit de repos et un bon café-complet pris sur la Place Stanislas le lendemain matin, elle se mit à explorer Nancy. 

Le charme de la ville la rassurait encore. Elle flâna ci et là, regarda les gens qui faisaient leurs courses, admira les vitres et la cathédrale, respira l’air et les parfums de ce beau coin de l'Hexagone.

Fatiguée, Amanda s’assit sur un banc dans un joli petit parc pas loin de son hôtel, et ferma les yeux.

-          Mademoiselle, vous allez bien ? entendit-elle. Amanda ouvrit les yeux et vit une petite fille habillée de rose.

-          Oui, je vais bien, ma petite, répondit l’Américaine. Et toi ?

-          Ah oui, très bien, en fait, je vais super, merci ! répondit la jeune petite blonde, du fond de son nuage rosâtre. Elle avait peut-être neuf ou dix ans.

-          Et que fais-tu ici ? demanda Amanda, intriguée.

-          J’attends ma leçon, fit la jeune.

-          Ta leçon ?

-          De danse classique Vous connaissez ?

-          Un peu, répondit Amanda. Et toi ?

-          Ah, oui, beaucoup, affirma la petite blonde aux yeux noisette. Vous voulez voir ?

Amanda sourit.  Eh bien, oui, elle voulait bien voir danser la petite. Cela lui changerait complètement ses idées encore vaguement moroses. Et c’est ainsi que la touriste rousse se retrouva, amenée par la main d’une petite Française, dans une grande salle, meublée de chaises roses.

-          Asseyez-vous ici, Mademoiselle, et vous verrez ! chuchota la petite avant de rejoindre ses petites camarades à l’autre bout de la salle.

Alors, Amanda passa une heure à regarder toute une émeute rose et noir de petites filles qui exécutaient des pirouettes, des pliés et de grands petits jetés. Elle oubliait tout sauf  le charme de ces petits rats féériques,  jusqu’à entendre la voix de la prof de danse classique, une femme extrêmement laide et sévère, habillée de noir. Amanda se redressa sur sa chaise.

-          Ça suffit ! cria la voix rauque et amère de la prof.  Je ne sais pas pourquoi vous revenez chaque samedi ! On sait bien que vous êtes sans espoir aucun !

Amanda essaya de voir laquelle de ces petites fées souffrait sous l’œil cruel du professeur. Elle vit alors la petite blonde en rose qui tremblait sous les châtiments de la maîtresse.

-          Oui, c’est bien à vous que je parle, petite étourdie ! continua l’acariâtre, tapant avec colère son bâton sur le plancher. Je n’en peux plus ! Peu importe qui sont vos parents ! Il vous sera bien inutile de revenir la semaine prochaine, alors, sortez tout de suite, Émanuelle Cherval !!

2 août 2014

EVA et la chaise rose (KatyL)

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Eva était rentrée chez elle avec ce bouquet de roses qui contenait une lettre sous enveloppe, elle se délassa, mit les roses magnifiques dans un vase en pâte de verre de l’école de Nancy et, entreprit de lire la lettre.

« Chère amie,

Vous êtes dans notre voisinage depuis quelques mois, je vous vois passer chaque jour depuis votre arrivée, je tente parfois de vous attirer du regard en sortant au jardin, ou en allant au courrier en même temps que vous,  mais rien n’y fait ... pas un regard vers vos voisins.

 Je suis écrivain, surtout ne pensez pas que je vous surveille, je ne me permettrais pas, mais un écrivain est un homme curieux et dès que je vous ai vue dans le voisinage, je n’ai pas pu m’en empêcher, mon bureau donnant sur votre jardin juste au-dessus, trois maisons plus haut.

Je vous ai vu partir cet hiver avec vos skis, ce printemps vous occuper de vos roses et du jardin, lire dans votre chaise longue, faire du solex cheveux au vent, je vous entends lorsque vous mettez votre musique à fond et que vous chantez avec !! Quel bonheur !

J’ai donc demandé discrètement à votre amie Madame Mappy quelle était la couleur de vos roses préférées en lui faisant promettre de ne rien vous dire.

Et je tenais par la présente à vous inviter à une soirée sur Epinal où je présenterai mon dernier roman, je pense que vous aimez lire.

La salle se nomme « salle rose » rue Magenta, vous avouerez que cela ne peut mieux tomber de vous offrir ces fleurs, les chaises sont roses aussi, mais la vôtre sera au premier rang avec un nœud sur l’arrière juste en face de moi, et là vous ne pourrez pas me louper cette fois !

ka02 Il va sans dire que j’espère beaucoup votre venue, je sais que vous aimez peindre, que c’est votre métier,  mon roman parle de peinture, alors !

Rendez-vous le samedi qui vient à 18h salle rose rue Magenta, cette présentation sera suivie d’un repas au restaurant d’en face, je vous y invite si vous en êtes d’accord ? Ne me dites rien avant la soirée je verrai bien si vous êtes assise sur cette chaise qui vous est réservée, c’est que vous acceptez toute la soirée ! Votre présence illuminera cette salle.

Raphael Fontenoy écrivain à plein temps!

Ça alors ! Eva n’en revenait pas, elle n’avait jamais aperçu ce voisin, elle était toujours la tête dans les nuages et en effet ne regardait pas beaucoup autour d’elle les gens, elle voyait les couleurs du ciel, les changements de saisons, les parfums des fleurs et leur épanouissement, elle voyait les sentiers des montagnes couverts de petits cailloux de pommes de pins, les oiseaux sur son passage, les insectes ...mais les voisins en effet, à part ses proches voisins un couple de retraités, les autres, jamais ! 

Elle prenait son temps pour humer les fleurs si belles, se mit dans son canapé et réfléchit à cette invitation, refuser elle pouvait en n’y allant du tout, mais pourquoi ? Une soirée littéraire qui parlait de peinture, connaitre un voisin sans idées préconçues, oui, elle irait samedi sur la chaise rose !

Samedi arriva

Elle entra la première dans la salle rose, trouva la chaise au 1er rang avec un nœud dans le dos ! Elle se sentit gênée car tour le monde allait voir ce ruban ! Puis la curiosité prit le dessus ! Enfin elle allait connaitre le visage de ce Raphael et surtout entendre ce qu’il avait à dire de son roman.

ka03 Elle s’assit, en tenant sa jolie robe blanche en dentelle sur ses jambes pour ne pas la froisser, Eva avait assorti la ceinture et les chaussures rouges et avait fait  (en couture) le sac à main, elle sentit dans son dos que les gens arrivaient, la salle fut remplie en un quart d’heure, il devait être connu car il y avait au moins 70 chaises.

Le brouhaha des : « bonjours comment vas –tu ? As-tu lu le dernier roman de Raphael ? »etc etc ../. n’en finissait pas, il était en retard de 5mn, puis une charmante dame l’annonça et IL arriva !

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Il s’installa juste en face d’elle avec un petit sourire énigmatique et la fixa du regard, la salua il semblait ravi de sa présence. Eva se sentit rougir jusque la racine des cheveux, la gorge nouée, elle se donna une contenance en tripotant son joli sac.

La présentatrice énonça la biographie de l’auteur, des études littéraires, un poste d’enseignant en fac, un temps journaliste globe-trotter, divorcé sans enfant, vivant dans le charmant village d’Autigny-la-Tour depuis 3 ans.

Sa bibliographie était dense : 15 livres écrits dont 10 romans,  un  sur le château du village à la période du XVIII siècle.

Son dernier livre pour lequel tout le monde était là ce soir, traitait de la peinture, des galeries d’art, des peintres et du snobisme en peinture, le peintre qui était le héros de son roman avait beaucoup de talent mais pas de relations.

Le  titre du livre «  Pour épater la galerie »

Il expliquait ainsi le monde des arts très bien décrit, Eva connaissait cela par cœur, elle se détendit au fur et à mesure que l’animatrice et Raphael parlaient, elle acquiesçait parfois, souriait à d’autres moments, se plongeait dans de mûres réflexions, il la regardait à la dérobée et guettait le moindre de ses mouvements.

Enfin le temps des questions pour le public.

Raphael se leva et dit :

-« Vous savez tous chers amis habitués de soirées que la personne qui a le privilège d’être sur la chaise au ruban rose est mon invitée d’honneur-surprise, ce soir nous avons la chance d’avoir Madame Eva IVAN qui est peintre de talent et qui désormais demeure dans mon village, je voulais donc vous la présenter. »

Eva se leva rouge de confusion sous les applaudissements qu’elle n’avait en rien mérité, mais remercia de l’accueil et se retournant vers l’auteur lui demanda :

-« Vous sembliez dire que sans relations mondaines il est difficile voire impossible de percer en peinture, oui vous avez raison, mais il y a des circuits en dehors du monde du snobisme, des lieux où il est possible d’exposer, des salles, des lieux culturels, certaines petites galeries aussi nous offrent nos chances, les reportages et les interviews des journaux locaux nous aident à nous faire connaitre, pour ma part cela me suffit bien. Avez-vous rencontré beaucoup de peintres pour écrire ce roman ? Peignez-vous, vous-même ? »

Elle se rassit et attendit la réponse.

-« Oui j’ai rencontré énormément de peintres, dommage que je ne vous ai pas rencontrée vous aussi, je parle de la difficulté pour les artistes de se faire reconnaitre, je parle de la passion qu’est la peinture qui dévore comme l’écriture, je suis allé dans maintes expositions et galeries pour traiter ce roman, mais moi je ne peins pas, du moins je peins avec les mots »

Elle remercia et ensuite chacun et chacune posa sa question, puis vint l’instant des dédicaces, aussitôt Eva acheta le livre auprès du libraire présent et se mit dans la file d’attente pour se faire dédicacer le roman qu’elle avait hâte de lire.

Son tour arriva, il lui adressa un sourire éclatant, la remercia de sa présence à cette soirée et lui annota ceci dans le livre:

«  A Eva ma charmante voisine, auprès de qui j’ai dû user de subterfuges pour enfin avoir son regard, j’espère que ce roman qui parle de son art saura lui plaire ? J’attendrai la réponse à cette question et  espère qu’une visite entre voisins s’imposera avec un chocolat chaud à la clé….ce livre écrit sans savoir qu’une artiste viendrait habiter tout près de moi »

Merci d’être venue

Raphael Fontenoy

Et il ajouta à voix haute :

-«  ne partez pas le restaurant nous attend en face, si vous voulez bien patienter jusqu'à la fin des dédicaces ? »

-«  je ne comptais pas partir, je suis ravie de cette soirée, je vous attends »

Elle tourna les talons en sentant le regard de l’auteur dans son dos, elle se mit à feuilleter les 1eres pages.

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Suite au prochain épisode

2 août 2014

Participation de JAK

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Suite de ma dernière semaine laborieuse,

 Ma colocataire est repartie sur les GR en « m’empruntant » mon Vélocipède et mon amour de chat.

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Pour me détendre après mes péripéties rocambolesques, de Nancy j’ai pris le TGV via,  Paris, histoire de respirer l’air de la capitale.

Séjour bref, promenades Champs Elysées et détour par le 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré , au cas où je tomberais juste sur un jour de bonté de son hôte, et qu’il m’offrirait quelques sucreries. Il devait y être en ce moment, son scooter était garé devant.

Une meute de journalistes se pressait prête  à l’assaut, je me suis faufilée avec eux, mon Nikon rivé à l’œil, abordant la  mine d’un grand reporter,   et j’espérais bien   assister à la conférence de presse dont il était question.

(Refoulée aussitôt,  car pas accréditée !- vous vous en doutiez, moi pas !)

J’ai eu heureusement le temps d’avoir  un entr’aperçu  des lieux …

Et là devant cet apparat flamboyant, ces gardes au garde à vous, j’ai trouvé le prétexte pour ma carte de cette semaine.

Voici ma réflexion, et j’aurais bien besoin de la semaine  pour me remettre de cette cogitation laborieuse que je vous relate ci-dessous.

 

►◄☼►◄

J’ai vu le jour sous un Louis. Il a perdu la tête

Mais moi  je suis toujours là, remodelée, actualisée, brillante de mille ors

J’en ai supporté des culs couronnés

J’en ai humé des remugles fleurant ‘bon’ le faisandage,

J’en ai ouï des discours  prometteurs

Subi  des applaudissements  qui les encourageaient.

 

Sûrement, l’époque  révolue de Louis  je  la regrette,

J’aimais tant le froufrou des robes de mousseline.

 

Cependant il m’a fallu tourner ma veste pour ne pas rester assise entre deux chaises.

Mais peu rancunière, grâce à ma veulerie,

Au gré des changements de pouvoir

 

Je trône encore à l’Elysée, Louis a perdu le sien.

 

Ironie de l’histoire révolutionnaire,

Les hôtes de ce lieu céleste, solennels descendants de l’abolition des privilèges

M’honorent toujours avec pompes en s’asseyant  encore sur moi.

Reniant toute modestie.

 

Tous ces apparats si décriés,

Eternellement,  deviennent vénérés.

 ►◄☼►◄

 

Bye Bye  les amis. A la semaine prochaine.

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2 août 2014

Une première à l'opéra par bongopinot

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Une première à l'opéra

 

Je t’emmènerai pour tes quinze ans

Voir un grand spectacle à l’opéra

Un endroit empli d’odeurs d’antan

D’un temps jadis qui ne reviendra pas

 

Tu mettras ta belle robe des grands jours,

Et nous partirons toutes deux pour une première,

Moi, à ton bras, ma petite fille, mon bel amour,

Nous profiterons d'un moment de lumière.

 

Et sur de belles chaises de velours rose

Où de nombreux hommes se sont assis

On s’installera  pour admirer des virtuoses

Et là c’est sûr, on oubliera tous nos soucis.

 

Dès le début, un florilège de mélodies, de nuances,

L'orchestre s'anime bouillonnant et scintillant,

Les cordes plus aériennes, en vagues qui dansent,

Donnent vie aux personnages, et à leurs sentiments

 

la musique nous arrive directement en plein cœur

un visuel spectaculaire nous projette dans un lieu magique

Qui arrête, les secondes, les minutes, les heures,

Et le rideau, déjà se baisse, sur un tableau poétique.

 

2 août 2014

le fauteuil (Fairywen)

 

Le fauteuil.

 

Il n’y avait encore personne lorsque je suis entré dans la salle du bal. Tant mieux. J’allais pouvoir choisir tranquillement ma place, et celui qui chercherait à m’en déloger n’était pas encore né, c’est moi qui vous le dis…

Un petit tour rapide des lieux, pour commencer… Du plancher en chêne brillant sur le sol… Quel luxe… C’est chaud, vivant… J’apprécie. Oui, bon, d’accord, j’habite dans cette maison –enfin, ce château-, je connais bien les lieux, mais qui me dit que rien n’a changé depuis ma dernière visite ? Hein, qui ? Moi, je ne crois que ce que je vois…

Va pour le plancher, donc. Ensuite, les sièges… Très jolis, il n’y a pas à dire. Blancs, avec un dossier ouvert parsemé de délicates torsades de bois, parfaites pour moi. Pas un grain de poussière dessus, un joli coussin moelleux pour l’assise… Oui, ça aurait été parfait, n’était-ce la couleur du coussin… Ce fuchsia ne va pas du tout, du tout à mon teint délicat… Enfin, s’il le faut, on s’en contentera… Mais ça ne m’empêchera pas de protester en bonne et due forme auprès des maîtres de maison ! Ils vont m’entendre, c’est moi qui vous le dis !

Enfin, mon exploration n’est pas finie, laissons-leur encore une petite chance d’échapper à ma juste colère… Tiens, justement, que vois-je là-bas, en bonne place près de la cheminée… ? Un fauteuil… Un merveilleux fauteuil, situé juste à bonne distance du feu, un fauteuil tout bleu, tout doux… Ah, ils ont pensé à moi, finalement !! Aussitôt, je me précipite et accapare cette merveille. Frissonnant d’aise, je m’installe et ferme les yeux. Oui, c’est exactement ce qu’il me fallait, ce fauteuil bleu…

 

Les premiers invités arrivent, et c’est un festival de robes de bals et d’habits de soirée dans la grande salle. Moi, je suis un peu à l’écart, tranquille, réchauffé par les douces flammes du feu. C’est que j’aime la chaleur, vous savez… Je ne pense à rien de particulier, je profite de l’instant présent lorsque soudain je sens une présence devant moi. J’ouvre à demi les yeux, et là, je le vois. Il est grand, bien plus grand que moi, bien plus costaud, très beau garçon, mais il en faut plus que ça pour m’impressionner. Je le toise calmement, sans ciller, sans bouger, de mes yeux verts au pouvoir hypnotique. C’est MON fauteuil, et personne ne m’en délogera. Il me regarde un instant, interdit, puis il sourit, s’incline en une révérence admirative et fait demi-tour. Satisfait, je bâille, tourne sur moi-même, me réinstalle et reprend ma sieste. Tout grand costaud qu’il soit, il a compris qui est le maître.

 

Je suis le chat, et tout le monde le sait, on ne dérange pas un chat qui dort…

 

A Mystic, mon chaton qui aimait tant mon fauteuil bleu.

 

Défi 309 du samedi 26 juillet 2014

2 août 2014

J'ai fait l'ENA (Vegas sur sarthe)

De tout temps j'ai toujours essayé de protéger mes arrières.
Dès ma naissance et parce que les Pampers n'avaient pas encore été inventées, j'avais exigé des rouleaux d'ouate de cellulose multiplis et surtout du talc à cause des caresses qui vont avec...
J'étais un bébé Cadum parce que je le valais bien et au jardin d'enfants je dois sans doute mes premières conquêtes féminines à ces gracieuses pointes en plastic poudrées à souhaît qui me donnaient un petit air de Kirk Douglas dans Spartacus!
Plus tard j'ai frotté mon cul aux rudes bancs de l'école, ces trucs en bois qui font qu'on ne tient pas en place... primaire, secondaire, universitaire (que des trucs en aire) jusqu'à cette fameuse école où on apprend à faire son blé sur le dos des autres - les potes disaient l'école des hautes fonctions de la raie publique – j'ai nommé l'ENA.
Non pas l'école des grands faucheurs, des Fabius, Soisson, de Charette, Sapin et bien d'autres moissonneurs mais l'Ecole Normale d'Agriculture.
J'occupai différentes hautes fonctions, juché tour à tour sur une faucheuse, une moiss-batt ou un enjambeur jusqu'à l'apparition de mes premières escarres.
Escarre, nécrose, tous ces mots qui sentent le cutané me donnaient des boutons rien que d'y penser.
Cutané! Qui a inventé ce mot-là?
J'envisageais déjà de changer de position quand je fus subitement invité à coups de pieds au cul à aller voir ailleurs si j'y étais.
Je n'y étais pas.
C'est alors que l'opportunité s'est présentée sous la forme d'une ridicule petite annonce au coin d'un canard de banlieue, entre un édito sur le chômage et les résultats des courses à Auteuil : un poste haut placé dans un lieu prestigieux que Georges Clémenceau en son temps appelait l'académie des quarante trous du cul, j'ai nommé l'Académie Française.
J'allais enfin siéger ! C'était le rêve de toute une vie passée à chercher le meilleur endroit pour poser mon fondement.
L'annonce n'avait pas menti car le poste était haut placé - Quai Conti - un cagibi genre placard à balais au ras de la coupole - disons un comble - et équipé d'un matériel sophistiqué nécessaire à mon poste de technicien de surface, balais, serpillères et plumeaux.
J'allais pouvoir tout à loisir observer les trous du cul et rêver au quarante et unième fauteuil depuis mon tabouret.
J'ignorais que les Immortels ne se réunissent que deux à trois fois par an et je me trouvai bien seul dans ces lieux chargés d'histoire.
Alors je siège, chaque jour je siège sur un fauteuil différent, je palpe, tâte, évalue le grain du velours, la souplesse des assises, la fermeté des dossiers.
Je jubile, songeant que si j'avais intégré le ministère de la Justice j'aurais apprécié différemment la souplesse des assises et la fermeté des dossiers.
Alors du matin au soir je jauge d'Ormesson, apprécie Decaux, inspecte Giscard d'Estaing, époussette Orsenna ou renifle Dabadie...
Mes voisins disent que maintenant, je pète plus haut que mon cul ! C'est faux, d'ailleurs si le cœur vous en dit, venez me rendre une petite visite... je ferai le ménage, mais pas tout de suite.
Quand vous lirez ces lignes, j'aurai les fesses bien calées sur United Airlines en direction de Las Vegas...
See you soon
2 août 2014

Inauguration de la médiathèque (Emma)

- Alors au milieu, le maire. A sa droite, sa dame.

- "Sa dame" ! Michalon, vous vous croyez dans Feydeau ! Qu'est-ce qu'elle a  à faire là,  "sa dame", Michalon, vous pouvez me le dire ?  En quoi a-t-elle contribué à la construction de la médiathèque, Yvette Couturier, hein ? Elle ne lit jamais un livre, Yvette Couturier, je suis bien placé pour le savoir, non ? Qu'est-ce qu'elle a fait pour mériter d'occuper un siège doré, Yvette Couturier, à part coucher avec le camarade Couturier ? Ne me regardez pas comme ça Michalon, ça n'a rien à voir avec le fait que c'est mon ex.
Rien du tout.
Bon ! Et à la gauche du camarade  maire ?

- Le général de Castabel. Ben oui, mais vous savez que le Lyons a financé une partie des travaux.

- Castabel, à côté de Couturier, Michalon ! C'est du sang que vous voulez ? Vous savez bien que Castabel est député FN et Couturier est un vieux marxiste.

- Si on mettait la  baronne Brunswick entre les deux pour faire tampon?

- Bonne idée, elle est sourde, c'est le joker idéal. Et qui est à côté d'Yvette, la "dame" à Couturier.?

- Marc Lavoine, notre invité vedette, qui donne son nom à la médiathèque.

- Ça va pas, non ? On dirait que vous ne savez pas que le maire est  jaloux comme un pou. Mettez le moi à côté de la baronne.

Quand même, Pierre Perret, ça aurait eu plus d'allure, comme nom !
Le reste du premier rang pour les membres du Lyons, je suppose. Et derrière, le conseil municipal et les associations ? Le troisième ?  La chorale et l'équipe de foot ? Très bien.
Le reste on s'en fout, Michalon.
Vous ne comptez quand même pas laisser vos post it sur les dossiers ? Demandez à notre petite Marjorie de mettre les bristols sur les sièges.
Mais ?
Mais c'est pas une tache que je vois sur le siège du général ? Mais oui c'est une tache ! Vous me virerez ce loueur la prochaine fois. Echangez donc avec une chaise du  4e rang !
D'ailleurs des sièges dorés en velours rouge, ça fait chochotte ! C'est vous qui les avez choisis, Michalon.? Ils ont confondu  avec le mariage de Paris Hilton ?
Ah, c'est Marjorie ? Alors ça doit être ce qui se fait maintenant.
Qu'est-ce que vous faites là à rêvasser, Michalon ? Allez, au boulot !     

 

2 août 2014

Participation d'EnlumériA

Slave Transportation (Cole Porter)

La caravane progressait lentement sur une large chaussée boisée. Étrange monde où l’on revêtait les routes de parquet ciré. Lorsque Damien s’était étonné de ce luxe absurde, Sandalphon s’était contenté de faire montre du plus grand dédain. Quelques instants plus tard, il avait pourtant expliqué à Damien qu’il n’avait encore rien vu tout en désignant les arbres qui bordaient la route. Des arbres rondouillards en forme de poire. Imaginez un culbuto perché sur une quille de bowling. Imaginez encore que les quatre bras du culbuto comportent chacun sept branches portant trois grandes feuilles roulées sur elles-mêmes à la manière d’un cornet. Tous les cornets sont orientés vers la route et frémissent au moindre bruit. Et pensez donc ! Si un moindre bruit réussit à faire frissonner cet étrange feuillage, pensez quelle gigue peut résulter du vacarme d’une caravane qui passe.

Pardon ? Que dites-vous ? Non. Aucun chien n’aboie, madame.

Bon revenons à nos arbres. Remarquez que derrière ceux-ci se cachent de grandes haciendas. Ce sont les riches propriétaires qui vivent là qui eurent l’idée de planter ces arbres afin de préserver leur tranquillité. Ce sont des arbres mange-bruit. Ils se nourrissent du bruit de la circulation et ainsi assurent le calme des riverains. Lors des grandes grèves de l’année du pudding, un silence terrible s’était abattu sur la contrée. Les arbres dépérissaient. Les riverains n’eurent d’autre solution que de venir tous les soirs jouer du tambour pour les sauver.

La caravane progressait vers le sud. Cheminement lancinant au rythme des grands yacks bleus qui tiraient des charriots chargés de coffres, de barriques et d’amphores. Sur le charroi, des voyageurs, ni pèlerins, ni vagabonds, ou peut-être un peu des deux, se cramponnaient à leurs baluchons en priant pour ne pas tomber tant ils étaient mal installés. Des gosses bariolés cavalaient d’un bout à l’autre de la caravane, quémandant ici et là des aumônes en psalmodiant de curieuses ritournelles sur un rythme ternaire. Là, au pied d’un arbre, un grand type à la barbe de bûcheron prenait des notes sur un calepin. Près de lui un vélo rutilant broutait tranquillement les hautes herbes d’aluminium cendré qui poussaient au pied de réverbères fatigués.

Damien chevauchait un mulet de Barbarie plutôt docile dont la seule fantaisie était d’exécuter un petit pas de danse chaque fois qu’il entendait le son d’une trompe ; ce qui était assez fréquent. Sandalphon montait une jument verte du plus belle effet et Orphaniel une rossinante cacochyme qui grinçait à chaque pas comme une vieille armoire.

— Il a au moins cent ans son canasson, railla Damien.

— Oh ! Si tu savais. Orphaniel la possède depuis qu’il est tout gamin. Il a fait sa connaissance sur un manège quand il avait cinq ans.

Dans un manège, vous voulez dire.

Sandalphon ricanait en catimini.

— Non, non, j’ai bien dit sur un manège. Au départ, cette bête était un cheval de bois.

Damien se renfrogna quelques instants, puis la curiosité l’emporta.

— C’est quoi, ce son de trompe qu’on entend ? À chaque fois que ça sonne, le mulet fait une embardée.

— Ce que tu entends, expliqua Sandalphon, ce sont les directives du Sayedh el Khofila. Suis-moi, tu vas voir.

Aussitôt, il talonna sa jument et partit devant au petit trot. Le mulet de Damien lui emboîta le pas séance tenante. Ils remontèrent la caravane jusqu’en tête. La jument de Sandalphon ralentit son trot pour reprendre l’allure amblée de la caravane. Il s’adressa à Damien.

— Ces animaux que tu vois-là, ceux qui ouvrent la marche, ce sont les dromaludaires. Ils servent principalement au transport des étoffes et des tapis. Leur allure souple et modérée assure un meilleur confort pour les étoffes qui sont assez sensibles sous nos latitudes. Quant aux tapis, tout le monde sait qu’ils ont un caractère exécrable.

Dubitatif, Damien se gratta le crâne. Il ne comprenait décidément rien de ce que le bateleur lui racontait.

— Que veux-tu dire par droma… ludaire ? D’abord, c’est quoi, un dromaludaire ?

Sandalphon le toisa du haut de sa jument d’un air sourcilleux.

— Un dromaludaire ? Mais… c’est une espèce de chalumeau. Tout le monde sait ça. Bon, regarde. Juste devant, le gros homme que tu vois conduisant le fardier à vapeur, c’est lui le Sayedh el Khâfila, autrement dit le maître de caravane. C’est lui qui fait danser ta mule. En fait, il souffle ses ordres dans un contrebasson à l’adresse des animaux. Les cornacs, eux, ne sont là que pour nourrir les bêtes et les panser chaque soir au caravansérail.

— Et les animaux comprennent ?

— Pourquoi ils ne comprendraient pas. Tu crois que ces bestiaux sont aussi limités que ceux de ton monde ? Souviens-toi du chat.

— Celui qui m’a fait passer.

— Non, celui du Pape, poil de morille.

Ils arrivèrent sur les berges du fleuve sur le coup de midi. Le soleil inondait le ciel de cruels rayons roses. Au sud-est, un second soleil, vert, émergeait d’un banc de nuages bas qui s’effilochait comme un incommensurable agrégat de barbe à papa. À quelques dizaines de mètres de l’embarcadère, des cabanes de rondins s’attroupaient autour de ce qui semblait bien être un temple. Celui-ci, chatoyait sous l’éclat des astres diurnes. Rose d’un côté, vert de l’autre, il ressemblait à une gigantesque pièce montée.

— C’est bizarre, ça. Deux soleils. Pourquoi ?

— Parce que nous sommes légèrement au-delà de l’univers étriqué d’où tu viens, fit une voix derrière lui.

Orphaniel venait de les rejoindre, sa rossinante grinçait de tous ses bois. Il adressa un signe mystérieux à Sandalphon et tous deux mirent pied à terre. Ils ordonnèrent à Damien de les accompagner et empruntèrent l’allée qui menait au temple. Sur le parvis quelques dizaines d’hommes patientaient. Certains marmonnaient d’étranges litanies, d’autres déroulaient des chapelets entre leurs doigts nerveux. Certains se tenaient debout, chancelants, boitillant ou trébuchant. D’autres, recroquevillés par terre, se tenaient les jambes comme s’ils avaient peur qu’elles ne prennent la fuite sans eux.

— Aujourd’hui, tu vas jouir d’un grand privilège, dit Orphaniel. Tu vas être le témoin d’une cérémonie rare. Pour ma part, je ne l’ai vu qu’une seule fois, il y a de cela bien des années.

— Et moi, seulement deux fois, ajouta Sandalphon. Mais c’est parce que je suis bien plus vieux que ce blanc-bec.

Damien voulut poser une question, mais le tintement cristallin d’un carillon raisonna. Il venait probablement de l’un des deux minarets qui encadraient l’édifice, mais allez savoir lequel. Tout paraissait si étrange dans ce monde. Les portes s’ouvrirent lentement. Il y eu un frémissement à l’intérieur, quelques lueurs dansantes, un lourd parfum d’encens, puis une procession s’avança au dehors. À l’intérieur, un piétinement saccadé racontait qu’un troupeau de cabris énervés caracolait et bricolait de surprenants pas de danse.

Damien compta treize prêtres, tous revêtus d’une chasuble mordorée à l’exception d’un seul, sans doute le père supérieur de cet ordre qui, lui, arborait une houppelande opaline et brandissait une crosse richement ouvragée. De lourdes capuches dissimulaient leurs visages. Ils s’arrêtèrent au centre du parvis et se placèrent en rang de six de chaque côté. L’archiprêtre se tenait au centre.

La foule qui s’était groupée pour assister à la cérémonie gardait maintenant le silence. C’est à peine si l’on percevait le renâclement d’un dromaludaire ou le mugissement d’un yack.

À l’intérieur du temple, le piétinement prenait de telles proportions qu’on aurait juré qu’une troupe de danseurs de claquettes s’en donnait à cœur-joie de l’abside au narthex.

De leurs côtés, les pèlerins ou les pénitents, Damien ne savait comment les nommer, s’avancèrent péniblement, ceux qui pouvaient encore marcher soutenant ceux qui n’en pouvaient plus. Ils souffraient et cependant un sourire de reconnaissance illuminait leur visage.

Les voyant s’avancer, l’archiprêtre poussa une longue plainte, jeta sa crosse vers le ciel comme l’aurait fait une majorette démente et se rua en gesticulant vers l’intérieur du temple. La foule acclama ce geste absurde comme s’il se fut agit d’un exploit. Les claquètements redoublèrent de fureur.

— Vous pourriez peut-être m’expliquer ce qui se passe, murmura Damien à l’oreille de Sandalphon.

— Ce que tu vois là, petit, c’est la Khalastri Ya Raafalah, la cérémonie de remise des chaises. Ces pauvres bougres, là, se sont tué les jambes en transportant les riches propriétaires dans leurs chaises à porteurs pendant des années. Alors, pour les remercier, mais aussi pour se faire pardonner d’avoir exploité ces gens, ceux-ci leur ont remis à chacun un jeton de chaise. Tiens ! Regarde ! Elles vont sortir.

Bizarrement, le claquètement s’était calmé. Un silence oppressant s’était installé. Au loin, une mouette cria. Puis tout à coup, une troupe infernale surgit sur le parvis. Damien ne parvint pas tout de suite à discerner quelle espèce de quadrupèdes hystériques pouvait frétiller comme ça. Quel sabbat, mes amis. En fait, son esprit rationnel refusait en bloc ce que ses yeux voyaient. Et pourtant, depuis son arrivée dans ce patelin, il en avait vu des absurdités. Mais là, ça dépassait les bornes.

Les éclopés rassemblèrent leurs dernières forces et se ruèrent à leur tour sur le troupeau tressautant. Chacun d’eux brandissait son jeton. Chacun d’eux s’efforçait de s’emparer d’un des quadrupèdes. Damien s’étranglait de stupeur.

— Mais bordel ! Qu’est-ce que c’est que ce cirque ! Mais ! Putain ! Ce sont des chaises. Ce sont des foutues chaises qui galopent partout comme si elles étaient vivantes. La vache !

Sandalphon crut bon de lui expliquer le but de la manœuvre avant qu’il ne succombe à une crise d’apoplexie. En fait, chaque chaise était équipée d’un monnayeur mécanique. Chacun des porteurs de chaises devait dompter une chaise en mettant son jeton dans le monnayeur. Celle-ci alors le reconnaitra pour maître et lui permettra de prendre place sur elle. Par la suite, elle le transportera le reste de ses jours, là où bon lui semblait, remplaçant ainsi ses jambes abîmées.

Damien grommela.

— Qu’arrive-t-il à ceux qui n’y parviennent pas ?

Orphaniel lui asséna une bourrade dans le dos.   

— Il vaut mieux que tu ne le saches pas. Allez viens. Tu ferais mieux de t’inquiéter de ce qui est arrivé à ta copine.

— Ah, oui, tiens au fait.

Orphaniel le regarda d’un œil lugubre en maugréant qu’il n’était qu’un jean-foutre.

Un peu plus loin, le cycliste, autrement dit le Narrateur, se caressait la barbe d’un air dubitatif. Il se disait qu’il commençait à aller vraiment loin, là.

 

2 août 2014

Participation de Nhand

AU VOLEUR !

 

C'était devenu le sujet favori des villageois, on ne parlait plus que de ça au bistro, à la boulangerie, au terrain de pétanque ; monsieur le curé en avait perdu l'appétit, son gros bidon gavé de vin messe fondait à vue d’œil.

Mais où diable étaient passées les chaises de l'église ? Qui aurait pu être assez fou pour les subtiliser, et pour en faire quoi au juste ? D'accord, elles valaient leur pesant de velours pourpre et de bois doré. Chacun le savait bien, puisque tout le monde – ou presque – avait généreusement lâché les cordons de sa bourse pour contribuer au remplacement des vieux bancs mités, érodés par au moins sept générations de culs de grenouilles de bénitier, qui les avaient précédées.

Le mystère demeurait entier. Dédé, le menuisier, avait bien sa petite idée sur la question.

« A tous les coups, c'est les gitans, fulmina-t-il.
- Mais oui que c'est eux, rétorqua Yvette, la femme de Gilou le bistrotier. Qui veux-tu que ce soit d'autre ?
- Z'ont pas fait une descente au campement ces branquignoles de gendarmes ?
- Tu parles, s'exclama Gilou. A part organiser des tournantes à la caserne avec les putes de la belge ou chercher des poux aux gens honnêtes, i' sont bons à quoi ?
- Quand j' pense au nombre d'heures qu' j'ai grillées pour les fabriquer... J'ai jamais compté les nuits blanches mais y en a eu un paquet !
- Ah ça, c'est sur...
- Y a qu'à les éradiquer de la surface de la terre, ces cafards, j' comprends même pas qu' l'autre con les laisse en liberté.
- Qui ça ?
- Scooterman, tu sais bien, qui squatte l'Elysée à nos frais.
- Ouais, ça s' voit qu'i' sait pas c' que c'est d'avoir sa baraque vidée par les voleurs, lui.
- Penses-tu ! L'est bien trop occupé à forniquer à gauche, et même à droite.
- Et avec ça, c'est nous qu'on lui paie son caviar, qu'i' s'étouffe avec !
- Ou alors, c'est les routiers, s'en mêla Denis, le charcutier.
- Les routiers...
- Qu'ont piqué les chaises !
- C'est pas bête, ça...
- Moi, j' l'ai dit hein, j'étais sûr qu'en construisant cette aire de repos à l'entrée du village on allait avoir des embrouilles !
- En plus, i' sont tous louches, ces zigotos-là.
- Ouais, des arabes, des albanais, des kosovars, des machins qu'on sait même pas d'où ça sort.
- Et c'est facile pour eux, i' s'y mettent à plusieurs, i' fracassent la porte de l'église en pleine nuit, i' chapardent les chaises, i' les mettent dans leurs camions... Ensuite, i' r'partent... Ni vu, ni connu !
- Vivement 2017, qu' la Marine nous débarrasse de tous les profiteurs ! »

Dédé eut à peine le temps de terminer sa phrase que des visiteurs inattendus firent irruption dans le bistro et s'approchèrent du comptoir : le maréchal des logis chef Bouzon en personne, escorté des brigadiers Comard et Miteau.

« Monsieur Mollard ?
- Oui, qu'est-ce qu'i' y a, demanda Dédé.
- Veuillez nous suivre, s'il vous plaît, nous avons quelques questions à vous poser.
- Bah, posez-les, y a qu' des potes ici, j'ai rien à cacher, moi !
- Permettez-nous d'en douter, monsieur.
- Occupez-vous plutôt d' trouver qui c'est qu'a vidé l'église au lieu d' venir m'emmerder...
- Ne nous obligez pas à vous menotter !
- J' suis coupable de quoi, d'abord ?
- Nous en discuterons au calme, suivez-nous sans faire d'histoires.
- Quoi encore, un excès de vitesse ? Z'êtes venus me r'tirer mon p'tit pap'lard rose ? Tenez, cadeau ! »

Dédé tira son portefeuille du fond de la poche arrière de son pantalon, en délogea son permis de conduire qu'il jeta avec force sur le comptoir. Comme il continua à vociférer, arrosant copieusement les fonctionnaires de tous les noms de volatiles, Comard et Miteau le plaquèrent contre le mur, lui enfilèrent les menottes et le prirent par le col pour l'emmener jusqu'au fourgon.

Il s'avéra que le menuisier était l'auteur du vol dont tout le monde parlait. Sa propre épouse, voulant en finir avec lui, le dénonça.

Devant le capitaine Martinet, il reconnut son geste, le justifiant ainsi : puisque le paiement total qu'il devait percevoir pour la conception des chaises tardait à lui parvenir, il eut l'idée de les subtiliser pour les revendre au noir, à des particuliers du département voisin. Il trouva par ailleurs là une occasion d'incriminer les gitans, dont la présence dans les environs lui donnait des boutons.

 

Nhand

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