Participation de Prudence Petitpas
Musique Maestro…
S’envoler sur une partition
Comme j’aimerais connaître la chanson
Qui permet de s’évader de prison
Et d’échapper aux tourbillons…
Une note, deux notes, trois notes
Et je m’envole, je me dérobe
Je prends le large, je suis la côte
Je ne rentrerai pas à l’aube …
Ecole buissonnière
Serais-je la première
A voler ainsi le temps
De juste quelques instants
D’arrêt sur le piano
D’écouter jouer le beau
De sauter dans l’abîme
Sans avoir le vertige
De monter à la cime
Aller jusqu’à la tige
D’une escapade d’un soir
D’une balade dans le noir
Et ne jamais vouloir
Repartir, revenir
Sans même vraiment savoir
Où je vais pour m’enfuir…
Alors : Musique Maestro !
Aparté (Caro_Carito)
Il lui reste une heure. Excepté sa Fender fétiche, toutes ses guitares ainsi que son costume de scène doivent déjà se trouver dans sa loge. La balance est au cordeau depuis le début de l’après-midi. Il a déjà sifflé son litre de Benriach 19 ans d’âge, le seul assez efficace pour évacuer le stress à venir de la scène ; l’autre litre lui est camouflé dans une banale bouteille derrière son ampli et lui fera tenir les heures de concert, les sauts, les déhanchés, les solos qui n’en finissent jamais. Et pas que la gnôle d’ailleurs, mais ça… cela appartiendra à la légende.
Oui, Barbara, sa fidèle assistante et ex-p.. de femme a sûrement assuré comme d’habitude. Leur divorce lui avait coûté une baraque et la moitié d’une île. Une Harley aussi. Mais il y avait gagné la paix et une partenaire à toute épreuve.
Oui, la paix. Un coup d’œil dans le salon aux murs ornés de fusils, de disques d’or, d’une tête d’orignal empaillé. Il y aussi un bar chargé de fûts de bière, de bouteilles vides, de restes de fêtes et un immense canapé en cuir usé par la ribambelle de pin-up carrossées qu’il a culbutées, seule ou en compagnie.
Il s’enfonce dans le vieux fauteuil, celui qu’il n’a jamais remplacé depuis plus de quarante ans. Il est 17 h 30, aucune chance que qui que ce soit ne s’aventure à le déranger. Il attrape la télécommande de sa chaîne dernier cri et fait taire les feulements de guitare. Soudain, il n’entend plus que les crépitements du feu. Il se lève, sort de sa pochette un vieux vinyle et retourne s’asseoir pendant que les premières notes de l’album se saisissent de chaque parcelle de la vaste maison. Un son friable, au toucher délicat, fragile. Il ferme les yeux.
Cinq minutes et neuf secondes, solitaires, honteuses, jouissives. Un concerto italien de Bach, inoubliable, inavouable, qu’il savoure les yeux fermés, juste avant que Jasper, leur chauffeur, passe le prendre à 174h5. Cinq minutes neuf secondes d’un plaisir interdit, tatoué plus sûrement sur son corps que les dessins qui ornent ses bras et son torse.
Il a rangé le disque, l’a dissimulé dans une fente que seul lui connaît, caché la platine. Il soulève sa carcasse sanglée de cuir. Il sent l’alcool qui lentement lui donnera l’envie de bouger, courir, faire hurler ces mélodies qui résonneront dans les corps de la foule massée devant eux. Il sait aussi que, quand il entamera un de ses solos, chaque note de Bach se faufilera dans ses riffs, prolongeant la mélodie plus loin que le succès, l’orgueil, l’argent ou la drogue ne le feront jamais.
Trois pianos et un basson (Zigmund)
(un petit retour éclair aux défis parce que la consigne #296 me plait )
Le piano trônait en bonne place dans le salon, il était pour moi.
J'ai eu du mal à comprendre pourquoi, alors que j'avais opté pour la harpe, mes parents avaient choisi le piano.
Comme j'étais un garçon docile, quoique peu doué, j'ai suivi sagement les cours de solfège du conservatoire.
Je me souviens qu'à l'examen oral de fin d'année mon prof a murmuré à l'un des examinateurs que malgré mon niveau assez minable, ce serait mieux de me faire passer dans la classe supérieure et de me laisser commencer le piano.
Il avait raison, le résultat de l'examen n'avait déjà plus aucune importance : je savais tapoter le début de la toccata de Bach ... et nous sommes partis sans retour possible en abandonnant le piano et la maison avec.
Par la suite, je retrouve un nouveau piano et je reprends l'étude avec un nouveau professeur. Je découvre les gammes de la méthode Hanon... je dois être maso ... j'aime ce genre d'exercices qui vident la tête et j'aime aussi étudier le solfège. Je malmène les classiques : le gai laboureur, la lettre à Elise, le concerto d'Albeniz et une polonaise de Chopin, mais je refuse de jouer la marche turque de Mozart que j'écoute en boucle de peur de l'abimer.
Dans une cage près du piano un mandarin chante dès que je me m'installe devant l'instrument.
Les années passent, mes progrès sont faibles, mon prof est trop coulant, mes études ont pris le dessus.
C'est ma grand mère qui prend ma place : elle chante dans un dialecte arabe-hébreu les chansons de Lili Bonniche ou de Reinette l'Oranaise ...et toute ma vie je m'en voudrai de ne pas avoir enregistré et photographié ces moments de grâce.
Une fois de plus, je laisse mon piano derrière moi pour plonger dans les études de médecine.
Bien plus tard, les sous me manquent pour racheter un piano, en attendant, je reprends à zéro les études de solfège, et je loue un basson ...
La maison résonne d'opéras, de musique baroque, ou contemporaine ; je me fais régulièrement la promesse de travailler plus sérieusement, mais le temps se rétrécit.
Le piano qui revient un jour dans la maison est un cadeau posthume de ma grand mère. Sa photo est posée en permanence sur l'instrument.
Reste cette émotion intacte quand je regarde cette image que j'essaie maladroitement de retrouver sous mes doigts les musiques de ma jeunesse et que je pense à ce premier piano resté de l'autre côté de la mer.

(https://www.youtube.com/watch?v=J7TNPXwnOXI)
Maestria (Djoe L'Indien)
Eh, maestro ? Musique ! Egrène donc tes notes,
La place ensoleillée est là toute pour toi
Et les premiers badauds déjà on aperçoit !
Sors tout ton attirail, fais valser tes menottes
Sur la touche d'ébène, enchantes les pavés !
De la ronde pointée à la croche au moins triple,
De ta partition folle ébauche le périple,
Sur un doux lamento commence à t'échauffer...
Quelques premiers curieux s'arrêtent sur la danse,
Nonchalante d'abord, qui s'élève dans l'air ;
Une fillette approche, ouvre ses grands yeux clairs,
Se met à doucement balancer en cadence.
Le parvis se remplit au matin tremblotant,
Le rythme s'accélère... Une femme s'invite
Qui entame un ballet, la fillette l'imite
Et les voici tournant en temps et contretemps.
Quelqu'un dans le public se met des mains à battre,
Le musicien joyeux dès lors change de ton :
Une volte mineure emporte les piétons
Et la femme toujours sous sa robe d'albâtre.
Là s'envolent les doigts tout en notes d'argent,
Sur les cordes tirant ou martelant la table
Entraînant le pas leste au rythme inimitable ,
Et la voici volant pirouettant voltigeant !
La musique tournoie, envahit l'esplanade,
La foule alors se fige observant ces deux-là
Qui la vivent si fort et avec tant d'éclat,
Que la fillette aussi cesse ses galopades ;
Il n'est plus de vivant qu'elle et le musicien
Sur le pavé luisant que le soleil inonde,
Que caressent les pas bien dix fois par seconde
Suivant l'allegretto de l'adroit magicien...
Après une sublime et dernière envolée,
La musique se tait, la belle disparaît !
D'elle ne reste plus que le parfum discret
Qui ondule parmi l'audience médusée...
The river dances forever (Célestine)
C'era una volta il West (Epamine)
1972.
Le beau moustachu barbu porte son pantalon pattes d'eph et ses mocassins à gros talons. La belle aux yeux verts a enfilé sa jolie petite robe courte et ses sandalettes à semelles épaisses et talons vertigineux.
Ce soir, tout beaux, ils vont au cinéma, tous les deux. Les filles sont grandettes et elles feront dînette - elles aiment bien ça les deux p'tiotes, quand les parents s'offrent une soirée: elles peuvent regarder la télé et le samedi, y'a Maritie et Gilbert Carpentier! Stromae n'est même pas né!
...
Comme si c'était hier, je revois mes parents le lendemain de cette sortie : ils étaient heureux! Ce matin-là, dans leurs yeux, j'ai vu des étoiles de Noël, des paillettes d'anniversaire, des arcs-en-ciel de lumière et des perles de pluie sucrée... Et ce furent des Oh!, des Aaaah!, des notes sifflotées, des passages racontés, des émotions partagées...
Quelques jours plus tard, sur notre tourne-disque moderne (Si, si, il était moderne: il possédait la petite manette qui permettait de relever le bras sans risquer de rayer le disque!!!), tournait inlassablement cette musique qui donne le frisson (enfin, à moi, c'est ce qu'elle fait!)
Soeurette et moi avons enregistré chacune des notes de cette mélodie (comme de tant d'autres, d'ailleurs!) car tous les moments passés en famille (à quatre, donc!) dans notre petit appartement, en voiture ou ailleurs, furent forcément vécus en musique. Nous avons grandi sous la baguette des plus grands et nous avons été bercées par les plus belles voix... En trente-trois ou en quarante-cinq tours, chefs d'orchestre et divas n'ont cessé de tourbillonner, de tournicoter et de sillonner dans le salon...
Mais nos hits du Top 50, c'est quand on lui demande, encore aujourd'hui, d'aller chercher son bel étui... Sans parler de liturgie, il y a comme un petit cérémonial dès qu'apparaît la jolie boîte. Il l'ouvre avec solennité, en sort le brillant Hohner 64 Chromonica "Professional" Wood Case qu'il réchauffe toujours du même geste caressant, l'enveloppe instantanément de ses deux mains expertes et commence à jouer...
Mon homme à l'harmonica, ce n'est pas Charles Bronson. Mon maestro à moi, c'est mon papa... Dans une prochaine vie, il le faut, mais dans très très longtemps j'espère, il deviendra le grand chef d'orchestre, le maestro qu'il a toujours voulu être...
Vocation (Minuitdixhuit)
- Mais qu’est-ce que je m’ennuie…
grommelait le Maestro après qu’il eut lancé le premier mouvement.
- Mais qu’est-ce que je m’ennuie, c’est vraiment pas mon truc, et ça fait vingt ans que ça dure, et ça fait vingt ans que je m’agite comme un malade devant un troupeau de bœufs avachis avec, derrière moi, une colonie de pingouins et d’autruches empailletés… Tiens, hier, pendant que l’orchestre s’accordait, j’ai fait le coup du taille-crayon pour aiguiser ma baguette, ça les a fait rire… Vingt ans que je le fais… Tous les jours.
Moi, ce que j’aurais voulu faire c’est un métier manuel, pas monotone, en prise avec la réalité, un métier qui sert à quelque chose, je ne sais pas, par exemple charcutier-tripier, ça j’aurais aimé faire, hacher une belle panse de brebis, épiler une jolie tête de veau pour en faire un bon fromage de museau…
… Tiens à propos de museau, regardez donc les narines du premier violon, non mais ce n’est pas possible ces poils qui dépassent, on dirait des aisselles de Femen ! S’il pète une corde, il va pouvoir continuer à jouer dans ses trous de nez !
Oh là, où j’en suis moi… Ah oui, dzeng, dzeng dzeng dzeng… Mozart…
Mais qu’est-ce que j’aurais aimé être, heu… plombier, ah, oui, ça c’est un beau métier, tu scies, tu râpes, tu soudes, tu visses, et après tu mets en eau et… fontaine !
… Beurk, mais regardez-moi ça, le trompette qui bave comme un escargot dans son tuyau, ça fait trois fois qu’il vidange sa clé d’eau, il y a déjà une flaque de salive sur l’estrade, il va falloir que je mette des bottes en caoutchouc bientôt !
Bon, concentration, et dzim, et dzim et dzim, dzim, dzim… Mozart…
Ou bien une ferme, paysan, se lever tôt, la campagne, Joye, élever des vaches laitières, les traire amoureusement, ça j’aurais aimé, l’odeur de foin, le lait tiède et onctueux qui sort des pis…
… Bon sang les nichons de la cantatrice, mais ça n’est pas possible ! Et c’est du naturel ça, pas du demi-écrémé ! Chaque fois qu’elle pousse un contre-ut j’ai l’impression qu’elle va se barrer en montgolfière !
Tam, ta ta tam tam. Bon, ils suivent mieux que moi, j’ai deux pages de retard sur la partition... Mozart…
Ou alors sportif de haut niveau, se dépenser pour quelque chose, pas battre l’air avec un cure-dent géant comme un forcené épileptique, des entrainements, de la musculation, un beau corps sculpté…
… Pas comme ce bidon que je me prends de jours en jours, tiens ça y est, j’ai craqué un bouton de ma chemise, on ne voit plus que mon nombril qui dépasse à présent, c’est joli !
Tan lan tan taaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan.
Bravo, bravo, bravissimo !
Mince c’est déjà fini… La foule de La Scala, l’orchestre entier, debout, et ça applaudit à tout rompre, mon Dieu, je ne vais jamais pouvoir les saluer, ou alors la Légion étrangère, ah oui, ça j’aurais aimé, ou mineur de fond, ou homme-grenouille, ou dératiseur, ou gauleur de noix, ou, ou, ou, ou…
Mais qu’est-ce que je m’ennuie…
Musique d’été (Fairywen)
Les rayons du soleil réchauffent la prairie bruissant du chant des criquets, des sauterelles et des stridulations des cigales. De temps en temps, un grillon frotte ses élytres l’une contre l’autre, faisant entendre son chant d’amour par delà la jungle des herbes. Haut, très haut dans le ciel, une alouette lance ses trilles joyeux afin de signaler à tous que ce bout d’univers est le sien. Depuis la forêt proche, un concert d’oiseaux lui répond, troublé de temps à autre par la fausse note du croassement discordant d’un corbeau. Une brise légère se glisse entre les feuilles des arbres, créant une douce ritournelle qui accompagne en sourdine les petits virtuoses ailés.
Là, sous les frondaisons, murmure l’eau fraîche de la rivière, qui dégringole en éclats cristallins de la cascade pour glisser decrescendo dans le petit lac qui miroite à ses pieds. Le coassement soudain d’une grenouille ou son plongeon dans l’onde pure donne comme un petit coup de cymbale dans la musique sans partitions ni chef d’orchestre qui se joue dans ce petit coin de nature.
Mais voilà qu’un nouvel instrument entre dans la danse, un duo de soupirs légers et de rires étouffés… Chut, ne soyons pas indiscrets, allons-nous en, et laissons la clairière aux deux amants qui viennent de s’y allonger, sur un nid de mousses et de fougères, et qui sont là pour s’aimer dans la musique d’un après-midi d’été…
Les petits chanteurs seront visibles et audibles ici à partir du 2 mai 00h30.
Le Faux départ (Joe Krapov)
Le maestro est une petite dame en pantalon noir, corsage noir et gilet bleu pétrole. C’est elle qui nous a accueillis et nous a dit : « Il reste de la place devant ! ». J’en ai été très heureux parce que je ne voulais pas le manquer ce concert où j’avais prévu de jouer les paparazzis.
Je suis assis à la gauche d’une autre jeune femme qui a de très jolis bas bleus. Je les ai mêmes photographiés. Oui moi aussi je suis comme le colonel Lavictoire, j’aime les bas bleus. Mais pas le fouet. J’ai une sexualité tout ce qu’il y a de plus classique. Enfin, je le croyais, jusqu’à ce concert-là ou j’ai découvert tant de choses !
Nous ne sommes pas à l’Opéra de Rennes, qui est très beau aussi avec sa rosace en forme de ronde de Bretons dansant au plafond de la salle de spectacle, mais la qualité des prestations des élèves de Mélimélodies dans la salle du Grand Cordel s’améliore d’année en année. Le maestro se prénomme Béatrice et si l’on sait qu’elle dirige par ailleurs une troupe de quarante chanteurs amateurs qui jouent des opéras-bouffes comme « La Belle Hélène » ou « La Fille de Madame Angot », on ne peut que lui dire bravo pour la qualité musicale qu’elle obtient de ses ouailles.
Le maestro est venu s’asseoir à ma gauche. Elle ne bat pas la mesure, elle ne dirige pas, il y a Cécile, la pianiste qui accompagne les petits ensembles, qui donne le la et le départ. Tout est bien, sauf qu’on est en Bretagne et que par ici les gens ont du mal à se lâcher. Même les plus aguerries ont cette énorme trac qui leur fait flageoler les jambes et les empêche d’envoyer la sauce. Mais bon, on n’est pas à un concert de hard-rock, non plus !
Et puis oui, je sais, j’ai beau jeu de critiquer, surtout depuis que je ne chante plus qu’en petit comité et que le plus souvent même c’est devant mon magnétophone à quatre pistes archaïque que j’arrache trois bêtises à mon filet de voix même pas mignon! Mais bon, je vais bientôt devoir revoir mes opinions là-dessus aussi. Car est arrivé le tour de la petite dame habillée en rouge bordeaux. J’appuie sur le bouton rouge de mon appareil photo pour enregistrer sa prestation sous forme de film. Elle est tout sourires, elle prend sa respiration, le piano démarre sur la phrase d’introduction, marque un silence et... PAF le chien ! Faux départ ! La cantatrice pas chauve essaie de rattraper son coup mais cette fois c’est la pianiste qui a du mal à retrouver ses starting-blocks.
- Reprends à la mesure précédente, Cécile, ordonne gentiment le maestro.
La pianiste exécute six notes (ce n’est pas too many pour du Mozart !) puis cette fois-ci les voilà au diapason. Et là, tout le monde reste sur le cul. Peut-être parce que c’est Mozart, l’air de Chérubin, "Voi che sapete" des "Noces de Figaro", peut-être parce qu’il y a eu ce faux départ qui a fait qu’on s’attendait au pire, mais nous voilà tous plongés dans un état de grâce et c’est peut-être bien le meilleur moment du concert. Ce Chérubin-là nous emmène aux anges ! Qui plus est, ma batterie qui clignotait ne me lâche pas et le morceau fini, je suis tout aussi heureux de l’avoir mis dans la boîte que d’avoir volé ses bas bleus à ma voisine.
Car le Chérubin en question n’est autre que Marina Bourgeoizovna, ma chère et tendre épouse. Je ne vous mens pas, vous allez pouvoir entendre tout ça un peu plus bas.
Après, une fois le concert fini, ce qui a été bien et qu’on n’a pas à l’Opéra de Rennes où on paie bien plus cher l'entrée, c’est que le public a été invité à partager un superbe potlatch avec les musiciens et musiciennes. Il y avait là de généreux cakes aux olives, d’excellents vins blancs, des gâteaux au chocolat, des tartes au citron, des macarons... Comme je ne suis pas une lumière, j’ai laissé tous ces gens discuter entre eux et je m’en suis mis plein la lampe. Après tout, depuis ce soir-là, toutes proportions gardées, je suis un peu l’Irma de la Castafiore, non ? Un genre de groupie du pianiste ? Oui, c’est vrai, je préfèrerais être, tant qu’à faire, le compagnon bath au lit de Cécilia Bartoli. Il n’est pas interdit de fantasmer, que je sache ? De toute façon, Marina B. le sait bien que j’ai des maîtresses aussi virtuelles qu’inaccessibles. D’Isabelle Huppert à Isaure Chassériau en passant par toutes les violonistes irlandaises rousses ou pas.
Ce qui me satisfait moins, c’est de dormir désormais avec Chérubin. Si je consulte Wikipedia, j’apprends que le rôle de Cherubino, page du comte, est tenu par un mezzo-soprano travesti.
Quelle angoisse ! On s’endort aux côtés de la femme de sa vie, on se réveille dans le lit d’un travelo !
Je crois que je n’aurais pas dû mélanger les vins et finir tous les macarons à la pistache au potlatch !
MUSIQUE MAESTRO (Lorraine)
Dans la salle de concert, j’écoute de tout mon cœur et je regarde de tous mes yeux. Je vais vivre un moment venu d’ailleurs et je m’apprête à recevoir les effluves d’autrefois.
Dès l’ouverture, je suis portée par la baguette du chef, dont les expressions autant que les jeux de manches guident les instrumentistes : violons, violoncelles, la harpe, la flûte rieuse, le trombone font dans leur harmonie, une inoubliable farandole. Leur déploiement me bascule dans une autre époque dont j’entends les galops et imagine les danses.
Mon enthousiasme peut paraître puéril. Mais le souffle des trompettes, le romantisme des violons, les sons effilés de la harpiste, l’intervention de la cymbale ou du triangle, la nostalgie de la cythare m’imprègnent de cette musique légère comme le bonheur.
Et je m’envole, face à cette harmonie que partage un public subjugué, plongé dans l’intense silence de l’écoute…
Le vieil homme et la guitare (EnlumériA))
L’homme se tenait debout devant l’instrument. Les mains jointes devant lui, comme pour une prière silencieuse, il regardait la guitare de ses rêves et il ne savait pas quelle contenance prendre.
Quelqu’un l’avait posée là, contre la tenture persane, juste à côté du pupitre. Une Benoit de Bretagne*. Modèle à pan coupé, cordage nylon, palissandre du Brésil.
Derrière lui, une voix féminine, altière et somptueuse, prononça une injonction douce.
L’homme avança d’un pas. Il tendit le bras, hésitant comme un enfant affamé devant une pâtisserie orientale.
L’injonction, plus accentuée, se fit pressante.
Alors, il se jeta à l’eau. Il s’empara de la guitare comme un guerrier dont l’unique chance de survie aurait été d’étreindre une intime Excalibur.
Il prit place sur un pouf marocain, posa l’instrument sur sa cuisse et effleura les cordes d’une main fiévreuse. Son esprit soudain vidé de toute substance frémit. Son cœur s’emballait. Elle était là enfin, cette guitare qu’il désirait plus que la plus belle des hétaïres. Elle s’offrait à lui comme une épouse amoureuse et lui, ballot et contrit, ne savait que faire. Son âme s’impatienta.
Il plaqua un Sol mineur, enchaina avec un Ré majeur, un souffle d’hésitation, Si mineur et résolution en Fa dièse majeur par Fa 7e diminué. La trame était posée. Étrange et envoûtante.
Cela faisait combien de temps qu’il n’avait pas joué ? Cela remontait à… il ne savait plus. Pourtant, les doigts redécouvraient les chemins et les détours chromatiques des gammes altérées ou pentatoniques. Tandis que les médiums, édiles et archiprêtres de ce mystérieux royaume qui naissait sous ses doigts, administraient les mélopées et les élégies, les basses violoncellaient en cadence et les chanterelles zinzinulaient de surprenantes appogiatures. Pincées, flattées, frappées ou brossées, les cordes dansaient sous les doigts du Maestro.
Brusquement, au cœur de cet univers enchanté d’arpèges et de contrepoints, une sonnerie retentit.
L’homme sursauta. Où était passé la tenture persane ? Pourquoi faisait-il si sombre soudain ?
Sur la table de chevet, le réveil s’étouffait comme à regret en murmurant qu’il était l’heure de prendre les médicaments.
Assis dans son lit, le vieil homme contemplait ses mains nouées par l’arthrite en pleurant doucement.
* Benoit de Bretagne est artisan-luthier à Bernieulles, dans le Pas-de-Calais.
Chanson de la malcontente ! (EVP)
Musique Maestro !
Tu vas nous la rejouer souvent,
Ta symphonie du joli printemps
Cette guimauve de trop bons sentiments,
De princesses et de princes charmants
De violons tout sanglotant !
Moi, je préfère le tango.
Musique Maestro !
Encore et toujours le même solo,
Sur les trilles de ton gentil pipeau,
La ritournelle du bon z’héros,
Venu sauver les sombres idiots,
Clarinette et trémolos !
Moi, je préfère le tango.
Musique Maestro !
Ça rutile toute ta clique,
De jolis mots bien sympathiques,
De politesses mécaniques,
Celles qui tant encaustiquent,
Unisson et harmonique !
Moi, je préfère le tango.
Musique Maestro !
Fais chialer ton bandonéon,
Fais gueuler les accordéons,
La milonga où les jupes tel des torchons,
Viennent essuyer les déceptions,
En exaltant la déraison !
Moi, je préfère le tango.
Musique Maestro !
Les corps collés et puis la sueur,
Amour à mort et puis ta peur,
Qui titube les pas et chahute ton cœur,
Tu t’en fous tu danses tes propres couleurs,
Ça te chavire, tout ce bonheur !
Moi, je préfère le tango la java
Et voilà !!
Magicien (Vegas sur sarthe)
C'est en pleine cacophonie
Paganini
Qu'il a surgi d'un paravent
Albinoni
Une queue de pie, un vieux frac
Sebastien Bach
Qu'il louait tous les mercredi
Chez Vivaldi
Et une baguette de... pain
La chorale (Pascal)
…Quand j’étais tout gamin, maman m’envoyait à la chorale de notre petite paroisse.
J’aimais bien me retrouver au milieu des jeunes interprètes novices. Turbulents, on chahutait gentiment en attendant les premières mesures et nos échos enfants s’envolaient aussi haut que les arcades entrecroisées dans les plafonds voûtés.
Les Saints des statues, attentifs, nous faisaient les gros yeux jusque dans les vitraux incandescents. Alors les silences revenaient avec des intentions de langueur d’éternité mais, frétillants de vie, on ne pouvait pas s’empêcher de rire en sourdine pour tromper cette sorte de solennité inépuisable.
J’aimais bien cette forme enveloppante de protection divine, invisible mais tangible, sourde mais retentissante, fragile et éternelle à la fois. Le curé tentait de restaurer l’ordre à notre gentille cacophonie innocente en tapotant son pupitre avec des airs contrits de chef d’orchestre dépassé. Ou bien, sa baguette sifflait dans l’air des tempos énervés jusqu’à ce que le calme revienne entre les bancs. Mais enfin, avec quelques commandements péremptoires, il ramenait la discipline dans son troupeau comme un pâtre, avec son bâton, ses brebis égarées.
Même les Saints des statues remettaient leurs auréoles en place et dépoussiéraient leurs robes de bure pour écouter nos cantates ! Du moins, c’est ce que je croyais en regardant les ardeurs fléchissantes ou révoltées des flammes sur les quelques cierges allumés pour remodeler leurs ombres suspendues, furtives et incertaines, celles enchâssées dans leur niche.
J’avais l’impression que Dieu nous écoutait pendant ces cérémonies chantées. Il devait bien se trouver sur un des bancs pour superviser en souriant notre petit ensemble vocal. Même notre Jésus planté sur sa croix ouvrait un œil intéressé quand nous entonnions des cantiques à sa gloire ! Je n’osais jamais me retourner de peur qu’il me regarde en particulier.
Oui, j’aimais bien notre attroupement harmonieux dans le chœur. Il y avait quelque chose de bouleversant, une forme de symbiose éclatante, une complicité musicale comme si toutes nos voix, accordées au même diapason, envoyaient jusqu’au Ciel nos partitions célébrantes. A la baguette, le curé envoûté nous encensait avec des sourires ravis de communion solennelle heureuse.
Parfois quand le grand silence revenait après un couplet terminé, j’avais des frissons incroyables sans avoir froid. Nous étions encore connectés avec l’Unisson pendant de longs instants ! C’est comme si l’écho de nos voix n’avait pas encore envie de se taire.
On se regardait avec une grande fierté modeste, celle d’avoir participé à cette migration radieuse en se félicitant intérieurement de notre collaboration intime.
C’est sûr, notre Jésus de l’église, en d’autres temps, aurait applaudi notre symphonie !... Les statues des Saints se redressaient, en bousculant leurs ombres, en se félicitant d’être encore présentes à notre rendez-vous musical ! Dieu battait dans mon cœur survolté des chamades réjouissantes aux résonances troublées !
J’avais l’impression d’être tout petit et immense à la fois. J’étais béat, présent et absent, dans un Tout, malaxé par des ondes bienfaisantes, ballotté par des sensations euphoriques indéfinissables, emporté par un enchantement divin. C’était dans les alentours du Paradis ?... J’en étais sûr…
J’aimais bien cette situation étrange et féerique, bien au-delà de mes prières les plus assidues, celles que je récitais à l’abri du crucifix de ma chambre. Je flottais dans la nef et je visitais, en les tutoyant, les Saints des vitraux ; j’avais le pouvoir de ressentir le parfum authentique des fleurs posées sur l’autel rien qu’en les regardant ! Je rayonnais, ceint d’une aura brillante, au milieu de tous les Saints ! Le curé toussait, faussement malade, pour qu’on remette les pieds sur terre mais je voyais bien qu’il avait aussi touché les Cieux ! Sa baguette inutile balayait l’air pour donner encore de l’importance à la portée chantée. Sur sa gamme extasiée, la clé était bien celle de la Porte du Paradis…
J’avais un bon copain dans cette chorale. J’aimais bien quand il exécutait son solo.
Sa voix partait, bien ailleurs, bien plus loin que les arcades séculaires de la nef miroir. On l’écoutait ébahis par tant de tonalités, si haut perchées. C’est sûr ! Lui, il ouvrait les portes du Paradis avec autant de limpidité, autant de sincérité lyrique et autant d’allégresse enthousiaste !
Les Saints des statues se penchaient en avant pour savourer ces déferlantes de sonorités si pures ! Jésus se reposait enfin sur sa croix en acceptant sa vilaine posture et Dieu, notre Dieu du Ciel, regardait ses petites créatures en appréciant les trémolos assidus de cette sublime tessiture ! Et notre curé ! Ha, notre curé… Souvent, il lâchait sa baguette magique, transporté par tant d’exaltation, et la chute du petit instrument sur le carrelage froid n’était qu’un simple soupir le long des arpèges délivrés.
Ce petit gars, c’était un véritable ange quand il nous embarquait sur les flots de sa voix si limpide. Chaviré, j’avais toujours les yeux embrumés quand il chantait. Son timbre exceptionnel était la réponse à mes prières d’enfant, le souffle Divin de la réalité probante tellement présente avec ses multiples inspirations surdouées, la fin heureuse de mes questionnements d’angoisse, ma seule croyance éternelle...
… Je cherchais le meilleur souvenir dans mon âme en sursis et c’est à lui que je pense en courant à l’assaut mortel de la prochaine tranchée. Pendant ces dernières secondes emballées, j’entends sa voix intemporelle ; elle accompagne mes pas si fragiles au milieu de l’hécatombe ambiante.
Même si je trébuche à la balle assassine, maintenant aux abords immédiats de ma tête enfiévrée, même si je pars en morceaux dans les éclats d’un obus pervers, même si je suis empalé par une baïonnette massacrante ou un sabre au clair, je vois distinctement la porte du Paradis droit devant comme ma seule issue charitable. En mourant avec cette dernière belle pensée, mon passeport pour l’Eternité sera validé…
Mélomane sans les notes….. ♪♫ (JAK)
Mélomane sans les notes….. ♪♫
Oh ! Jean Philippe Rameau j’aime lorsque tu ‘claveçones’
Quand tu m’emmènes en cortège endiablé de chaconne
Je danse et rêve dans ce moment, moi midinette
D’être dans la robe de Marie Antoinette
Mais cet instant nostalgique, avidement bu
S’anéantit aussitôt quand radio s’est tue.
Alors
Je songe un instant, que si je t’avais connu,
Du haut de ton archet, avec dédain, tu m’aurais mesurée,
Moi simple soubrette qui rinçait de l’orchestre le parquet
Mais foin de toute morosité, la chose en est certaine
Ta musique m’enchante et m’enlève, moi vaine linotte
Tant pis que je n’en puisse savoir lire les notes……♪♫
Chef, oui Chef ! (Walrus)
Jeudi, déjà !
Pas trouvé l' temps d'écrire une lettre !
C'est qu' ma moitié me fait marcher à la baguette...

Mais quand son signe dit "Fais le beau !"
Ben là, je reste confondu...
À l'impossible, nul n'est tenu !

Participation de Venise
Quelle extravagance saison que la symphonie humaine
Allez MAESTRO en place pour le concert du siècle.
Les braves, les travailleurs, les puérils, les superbes
Tous à vos pupitres.
Un champ de foire ,un bordel , une clameur toute fraternelle montaient de la vallée.
Jusqu’au au chant du coq qui se mêlait volontiers à la vague musicale.
Puis on tendait l’oreille pour surprendre la mélodie de l’amour naissant qui ruse et s’emploie à se faire entendre dans un chaos assourdissant.
Pourtant la baguette tendue je sais que quelque chose ne tourne pas rond ,il y a de l’orage dans l’air ça je le sens !!
Tir de missile sifflement de roquette, c’est la Syrie qui s’enflamme ,et qui tamise de sang
La partition sur nos pupitres.
Les yeux mouillés de fièvres les trompettes hurlent dans la nuit. c’est un cri déchirant qui frappe les flutes endormies.
Aussi rapide que la course d’un daim les guitares s’emploient à rafraichir les têtes des blessés
C’est un orchestre d’orphelins aux yeux de bleus des prophètes aux instruments en fil de fer
Qui s’amusent à ré enchanter le monde. .
L’allégresse paradoxale de leur jeu musical inonde le monde, mais des atomes de désespoirs

Comme ‘je crois que c’est fichu ‘ traversent l’orchestre pour venir mourir dans un jardin turquoise.








