Antre (Titisoorts)
Défi 164 (Sebarjo)
Saynètes de ménages
Scène 1
-Chéri ?
-(plongé dans son journal) Hmmm...
-Tu n'oublieras pas de laver la voiture samedi.
-Oui oui je le ferais demain.
-Mais demain, on est jeudi !
-Oui oui je le ferais demain.
-Oui oui je le ferais demain.
-Oui oui je le ferais demain.
-Très bien ! Mais tu n'as pas besoin de me répéter quatre fois que tu le feras jeudi !
Scène 2
Une semaine plus tard.
-Chéri ?
-(toujours plongé dans son journal) Hmmm...
-Tu n'as toujours pas laver la voiture !
-Ah ah ! Je t'ai bien eu hein ?
-C'était très drôle, on a bien ri mais maintenant c'est fini. Tu vas le faire aujourd'hui !
-Mais on est dimanche !
-... ?
-Pas d'pot, c'est jour de r'pos !
-Aargh ! Je hais les dimanches !
-(chantonnant dans sa moustache) ils finissent tous par di, du lundi au samedi, Mais il y en a un qui commence par « di », pardi c’est dimanche...
-Je passe l'éponge cette fois-ci ! Mais la semaine prochaine, si tu n'as toujours rien fait, c'est un savon que je te passe !
- (marmonnant dans sa barbe) Eh bien, me v'la propre !
Trop tard (trainmusical)
Ça me tient à cœur cette invitation donc normal que j’accepte.
Je dois m’y préparer, y mettre des mots, des phrases pour ce rendez-vous. Pas de panique, j’ai le temps, je profite d'abord de vaquer à d'autres occupations, et je m'y attellerai plus tard.
***
Le rendez-vous s'approche, toutefois, j’ai encore des journées devant moi, alors pourquoi me stresser? Au fait quel jour vit-on? Le calendrier vite! Quoi? Déjà Samedi? Minuit une?
Je n’ai pas vu le temps passer, j’ai raté le rendez-vous: une invitation pour écrire le texte sur le défi du samedi!
On ne voit pas le temps passer mais il ne fait rien à l'affaire (Joe Krapov)
Maintenant c’est tous les cinq ans
Qu’on peut jouer au chamboule-tout
En vue de dégommer le grand
Dépendeur d’andouilles un peu fou
Qui crèche à l’Elysée Palace.
C’est qu’elle est bonne, là-bas, la place !
Si t’as pas l’estomac qui flanche,
Tu t’y tapes vraiment bien la cloche :
Super boustiffe, super-boutanche.
Quand ils y sont, ils s’y accrochent
Les politicards bien pépères
Plus ou moins septuagénaires !
Et même s’il a les portugaises
Plus ensablées qu’Mad’leine Renaud
Le vieux roublard de la Corrèze
Y coule des beaux jours bien au chaud.
Il aimerait mieux mourir ici
Plutôt qu’au château de Bity
Où, paraît-il, c’est mal chauffé !
Tandis que là, dans ses babouches,
Il songe à tout c’qu’il a baffré
Avec l’argent des frais de bouche.
Il rêve des billets d’avion
Vers l’île Maurice et le Japon
Et de tous les coups bien foireux
Par lesquels, roi du couteau suisse,
Il élimina les envieux.
Et tel un Raminagrobis
Il se pourlèche les babines
De les savoir dans la débine.
- Mais… Joe Krapov…
Ce qu’on ne comprend pas vraiment
C’est comment notre grand flandrin
S’est fait soul’ver ses régiments
Par le patron des argousins,
Un p’tit teigneux à talonnettes
Qui montre partout sa binette,
Un type qui fait croire aux moukhères
Qu’il a, dans son slip kangourou,
Un machin gros comme un Kärcher
Avec lequel il nettoie tout !
Ah vous m’en direz tant et tant
Sur le cont’nu des culbutants !
Moi, l’encravaté de Neuilly
Il peut remballer sa réclame :
Je n’irai pas voter pour lui
Et, devant vous, je le proclame,
Je le hurle, mieux, je le slamme :
Il faut qu’on vote pour des femmes !
- …Je crois que tu te trompes…
On en a marre de ces bagarres
Entre mecs à grosses paluches !
Il faut confier, et dare dare,
Les clés du pouvoir aux greluches !
Il faut redire ici, en somme :
« La femme est l’avenir de l’homme »
Et « l’homme n’est l’avenir de rien ! » :
Il ment comme l’arracheur de crocs,
Il a des manières de vaurien
Il a le bagou des escrocs ;
Premier imbécile venu
Il est sot de chez saugrenu.
Nous on veut une présidente
Avec des accroch’-coeurs mignons,
Des agates aux lueurs ardentes,
Des roberts comme des lumignons ;
On veut vivre en Intelligence !
On veut une femme pour la France !
On veut unir nos volontés
Pour voir le retour de l’éthique
On veut à volonté bander
Pour le retour du politique ;
Et pour cesser de fantasmer,
Il faut s’en remettre aux mousmés.
Il faut voter pour Clémentine,
Pour Christiane, pour Marie-Georges,
Pour Ségolène ou pour Martine,
Pour une qui porte un soutien gorge,
Une mini-jupe ou bien des couettes :
Christine Boutin ! Ou bien Arlette !
- … de date : on n’est plus en novembre 2006...
Et s’il s’avère après usage
Après élection de la dame
Qu’elle cachait dans son corsage
Le fil acéré d’une lame
De poignard et un braquemard
Sévère derrière son Shalimar,
Si nous nous retrouvons baisés
Comme après chaque nuit d’élection,
Si plus rien ne peut apaiser
Nos utopiques érections,
Alors jusqu’en deux mille et douze
Il nous faudra chanter le blues,
Traîner la queue entre les jambes
Attendre la prochaine fois
Où nous retournerons, ingambes,
Le rire aux lèvres, ivres de joie,
Voter pour Isaure Chassériau
Ou pour le commandant Cousteau !
- … on est en octobre 2011 !
- Qu’est-ce que ça change à mon discours ?
- Oui tu as peut-être raison. Dans « poème de circonstance » on entend effectivement bien « Aime pô constance de cirque » !
- Mais tu as peut-être raison quand même, toi aussi : quand je le resservirai en 2017, je remplacerai le commandant Cousteau par Nafissatou Diallo !
Quatre siècles de retard (Joye)
Happy birthday Martine (Vegas sur sarthe)
Je me souviens de ce fameux jour comme si c'était hier, d'ailleurs si c'était hier je serais vachement en retard et rien que de penser à cette expression - comme si c'était hier - ça me déboussole.
C'était un lundi, j'en suis certain puisque le lundi le voisin m'apporte le journal du Dimanche comme le mercredi d'ailleurs mais ce n'était pas un mercredi puisqu'il n'y avait pas Conseil des ministres.
En tout cas c'était le huit, veille du neuf et on était en Août, ça c'est sûr puisque Martine est lion comme Marine, contrairement à Ségolène qui est vierge.
Je dis toujours veille du neuf parce que dire lendemain du sept, je trouve personnellement que ça fait peur parce que ça oblige à se souvenir des évènements passés et il ne s'était rien passé le sept.
Je sais pas pour vous mais moi j'ai jamais aimé être en avance non plus parce que ça donne aux autres l'impression qu'ils sont en retard et ça me met mal à l'aise.
Tout ça pour dire que c'était le lundi huit août et donc forcément de cette année puisque l'année dernière le huit août tombait bizarrement en novembre et que Martine ne peut pas être lion et scorpion à la fois.
Bref j'avais mis toutes les chances de mon côté, éphéméride, calendrier deux mille onze des Sapeurs Pompiers de Conlie, alarme fesse-de-bouc, post-it sur la porte et dans la porte du frigo, du lave-vaisselle, et rien au monde n'aurait pu m'empêcher de souhaiter son anniversaire à Martine.
Ne me dites pas que vous avez oublié cette date puisque c'est aussi celle du tsunami new-yorkais survenu sous les traits d'une technicienne de surface guinéenne au nom bizarre.
Ce jour là je crois bien que la Terre s'est arrêtée de tourner car quand j'ai ouvert mon iphone pour chanter happy birthday à Martine, il indiquait mardi neuf août c'est à dire le lendemain de la veille!
Je sais toujours pas pour vous mais comme j'ai jamais aimé être en retard pour chanter happy birthday j'ai raccroché. De toute façon je n'avais pas le coeur à chanter... même pas De Profundis à François Xavier de Secret Story.
Et puis par souci d'économie je n'appelle jamais le mardi enfin... sauf en deux mille six pour l'anniversaire de Martine qui était déjà lion à l'époque.
L'année prochaine, ça tombera un mercredi, jour du Conseil des ministres à moins que le nouveau change la date, ce qui serait un sacré coup dur pour me souvenir du mercredi. J'ai déjà préparé mes post-it et j'espère qu'elle aura le temps de m'écouter... j'aimerais tant la faire rugir de plaisir.
Pile à l'heure ( Mamido)
Selon ses explications après envoi de sa participation, Mamido s'est lancée "bille en tête dans un hors sujet" ... et voulait que l'on retire son texte mais à y bien regarder ... son attitude elle-même rentre parfaitment dans le thème "se tromper de date" alors voici son texte :
« Je suis en retard, je suis en retard. Je… suis… en … re… tard ! »
L’esprit en ébullition de Mélanie martelait cette phrase au rythme de ses enjambées, en grimpant les escaliers quatre à quatre. Elle avait rendez-vous, au deuxième étage, porte 212 pour son premier jour d’entrée en fonction dans son nouveau poste. Elle s’était égarée plusieurs fois dans les méandres du bâtiment de cette grande administration où elle avait été nommée avant de trouver, enfin, le bon chemin.
Elle était si préoccupée à l’idée de la mauvaise impression qu’allait produire son arrivée tardive sur son responsable et sur ses nouveaux collègues qu’au détour d’un couloir, elle percuta de plein fouet un homme qui arrivait en sens inverse.
Le nez dans sa chemise, le parfum de son eau de toilette l’enivra. Sous ses doigts, le tissu soyeux de sa veste l’apaisa. En levant la tête, le regard qu’elle croisa, à la fois caustique et malicieux, d’un vert profond, la séduisit. Sa voix grave et rauque, quand il lui demanda si elle n’avait rien, lui fit battre le cœur. Un court instant, elle oublia tout ce qu’il y avait autour d’eux. Le temps s’arrêta.
Puis, pendant qu’elle se dégageait, qu’elle bredouillait des excuses embarrassées, il reprit son cours.
Alors qu’elle reprenait sa course folle vers le bureau 212, Mélanie ne se douta pas une seconde qu’elle venait de rencontrer l’homme de sa vie, celui avec lequel elle passerait le restant de ses jours.
Trompe (MAP)
Défi #164
Petit message pour les "lève-tôt" :
Mon petit doigt m'avait pourtant bien dit : C'est pour le 22 ... Hum, hum ... je suis en plein décalage horaire !!! Allez savoir pourquoi !!!
Je mets de côté les trois premiers commentaires ... et je recommence :
Défi #164 :
Vous est-il arrivé de vous
tromper de date
pour une invitation, un anniversaire, un rendez-vous ????
(au besoin soyez inventifs)
Oh là là comme on se sent bizarre !!! (j'en sais quelque chose !!!-)
Envoyez vos erreurs à
A tout bientôt !
Ne nous ont pas posté de lapin
La boîte aux lettres (Ristretto)
La boite aux lettres reste là immobile, bouche bée, espérant encore une réponse de vous.
J’ai beau la raisonner, lui expliquer pourquoi.
Elle ne veut pas comprendre que l’on puisse envoyer une lettre d’amour sans espoir de retour.
Elle s’amusait beaucoup de nos correspondances. Dans la règle consentie, l’amour était hors jeu.
J’ai tout fait, je le jure, pour étouffer dans l’œuf ce fœtus romantique, palpitant dans mon cœur.
Oui, je l’ai malmené, le jetant au panier
Oui, je l’ai insulté, rembarré, piétiné,
Je l’ai traité d’Alien,
Je lui ai dévoilé les tares de ses ancêtres,
Je lui ai raconté toutes les tragédies dont l’amour est la cause,
Je lui ai chanté les airs de guimauve pour qu’il ait la nausée et qu’il aille se pendre.
Il s’est tu.
Le laissant là pour mort, j’ai suivi le chemin de vos mots à vos mains.
Et puis un matin, je l’ai vu dans la glace, collé à moi comme un frère siamois.
Alors, nous vous avons écrit cette dernière lettre.
La dernière lettre, mon amour, à laquelle vous n’avez répondu.
Le parfum de Charlotte (Vegas sur sarthe)
J'ai trouvé dans ma roulotte
une lettre de Charlotte
écrite de sa menotte
en phrases très rigolotes.
Au fond de ma diligence
des publicités d'agences
des relances et des quittances
et des factures en urgence.
J'ai trouvé dans ma carriole
une drôle de bestiole
entre cafard et luciole
et les ailes de traviole.
Au fond de ma caravane
ça puait le vieux havane
la semelle de tatane
l'haleine d'éthéromane.
J'ai sermonné le facteur
j'en ai assez des odeurs
je ne veux dans ma roulotte
que le parfum de Charlotte.
Défi 163 (Droufn)
Cette jolie petite boite aux lettres me fait penser à une histoire que l'on m'a raconté il y a longtemps ou que j'ai inventé, je ne sais plus. L'oncle d'un ami, jeune fonctionnaire célibataire, consacrait tout son argent à des voyages. Il partait sur tous les continents, prenait tous les moyens de transport possibles et ramenait une multitude de souvenirs qui encombraient toutes les pièces de son appartement. Sa passion c'était les souvenirs plus que les voyages par eux-mêmes. A chaque retour il remplissait une valise de babioles, vêtements, livres.. Tout ce qu'il pouvait trouver sur le pays qu'il traversait, même les brochures dans les avions, les savons des hôtels, les boites d'allumettes, tout, il ramenait tout. Mais jamais il n'a pu ramener quelqu'un à qui en parler de ses voyages. Personne avec qui partager son espace, alors il remplissait les vides par des souvenirs. Bien plus tard, à la mort de cet oncle, mon ami découvrit en vidant l'appartement de ses mètres cube de choses inutiles, une boite. Une boite à chaussures sans chaussure, mais avec des dizaines de cartes postales expédiées du monde entier. A y bien regarder il comprit en reconnaissant l'écriture qu'elles avaient été toutes écrites par son oncle, pour lui-même. A chacun de ses voyages il s'écrivait plusieurs cartes. Il notait à peu près toujours les mêmes mots « pour toi qui me lira. Souvenirs de xx.. » Peut être était il amoureux de la factrice ou peut être n'avait il plus foi en la vie depuis le début, on ne saura jamais. Car son dernier voyage c'est aussi lui qui l'a programmé. Mon copain, qui avait gardé la boite à chaussures, lisait régulièrement les cartes que son oncle s'adressait. Elles étaient toutes très belles, l'écriture magnifique. De sa plume sortait un vague et très lointain espoir, me disait-il. Le seul peut être qu'il n'ait jamais connu.
ROULOTTE (Lorraine)
Cette roulotte qui vagabonde, je crois bien qu’elle sort de mon enfance : c’est une roulotte foraine. ! Chaque année, la Foire du Midi dressait ses tréteaux sur le boulevard. J’aimais violemment cette petite semaine pendant laquelle des hommes jeunes, aux yeux malins et effrontés, échafaudaient les carrousels et les baraques foraines. Nous, les enfants, organisions des parties de cache-cache haletantes, derrière les panneaux qu’on dressait, les toiles tendues autour du ring de boxe où s’affronteraient bientôt un des costauds engagés par le forain et un autre costaud, badaud celui-là, qui lèverait la main dans la foule, avec l’espoir de gagner le tournoi et une petite somme d’argent. Nous rôdions autour des maisons sur roues qui amenaient les gens du voyage, femmes au foulard rouge ceignant des cheveux noirs, gitans élancés, mais aussi des tout petits qui jouaient à même le sol, au pied des trois marches de bois conduisant dans la roulotte.
J’ai essayé souvent de voir l’intérieur, me demandant comment pouvaient vivre ces familles, mais on nous renvoyait farouchement et je n’ai aperçu qu’une pièce étroite et, à une table, une jeune fille qui épluchait des légumes. Français, Italiens, Espagnols, on les reconnaissait à leur accent, et quelques Belges revenaient chaque année, embauchés par le même forain pour animer ses exhibitions :haranguer la foule, hurler dans le porte-voix, ou parader sur scène en costumes chamarrés.
Nous connaissions bien la « Carmencita », elle habitait les Marolles, dont elle avait le parler truculent, mais il me fallut un certain temps pour constater que Carmencita, en dépit de ses œillades et de ses robes bouffantes, de ses éventails et de ses anneaux d’oreille, de son grand chapeau noir coquinement incliné sur l’œil droit, que Carmencita était un homme ! A la ville aussi, elle prenait l’apparence d’une femme et nous la rencontrions quelquefois faisant son marché, moulée dans une petite robe à fleurs, poudrée, fardée, amie des marchandes des quatre saisons qui la servaient en riant quand elle s’affolait du vol insistant d’une abeille malicieuse.
La roulotte du Défi m’a emmenée bien loin. Dans un monde qui n’existe plus, mais dont je me rappelle quelques figures : Madame Blanche prête à prédire tous les avenirs, le caissier du « Tunnel de la mort », qui criait entre deux fournées de spectateurs hardis : « Avancez, avancez, avancez…vous n’en ressortirez peut-être pas »…, le carrousel aux chevaux de bois éternels qui caracolent dans toutes les enfances, et l’étrange sentiment de solitude quand,à la fin de la Foire du Midi s’éloignait la dernière roulotte.
La boite aux lettres (EVP)
Accrochée pas trop loin de la porte,
J’ai mis une boîte aux lettres, rigolote
Elle est en bleue en forme de roulotte.
J’attendais ainsi de jolies lettres
Et des poèmes de petits maîtres.
Las ! Ce matin m’écrivent les impôts,
Et ce cher trésor tout aussitôt.
Hier c’était l’assurance auto.
Demain la facture de l’électricien,
Après celle, inouïe, du mécanicien.
Si ça continue dans la même veine,
J’ôte ma roulotte et l’envoie dans la plaine.
Non que ces courriers me fassent peine,
Mais pour ce qui est des déclarations,
Plutôt mots d’amour, que taux des contributions.
Mais bon, avec ses jolis volets orange
Qui, avec le bleu, font un bien joli mélange,
Je la garde, si jamais m’écrivait un ange,
Pourrait rire avec moi de ces courriers austères,
Et nous ferions ensemble de bien plus jolis vers.
CORRESPONDANCES (Joye)
étrange cabale
ta bal gitane
voyage partout
en caravane
un peu timbrée
sans enveloppe
ton beau refrain
jamais ne stoppe
et cartes sur table
pour les lettrés
destin de l'air
bien envoyé
ta bal gitane
un peu étrange
voyage chez moi
comme un bel ange
Participation de Célestine
Dès potron-minet, les chats du quartier assis en rond chauffent leurs moustaches aux rayons vanillés du printemps. Les gouttières perlent de l'averse de la nuit, l'aube fait frisotter les brins de pelouse.
-Et au fait, les gars, elle habite où ça, la nouvelle, là, la rouquine ?
-T'es bien curieux, Méphisto ! Ne me dis pas que tu en pinces pour cette bourgeoise au pelage carotte ? Elle n'est pas pour toi, tu t'es bien regardé ?
Celui qui vient de dire ça prend des mines de fin connaisseur. Un matois aux yeux fendus en pistaches. C'est Arsène, le chat de la Mairesse. On dirait qu'il s'est déjà réservé les faveurs de la belle.
-Moi je sais où elle crèche ! Dans la petite maison grise à l'entrée du village ! dit Homère, le gros chat blanc de Lucienne, l'épicière, un diabétique nourri à la crème et aux berlingots,
-Il est bizarre le type qui s'est installé là. Pas catholique. Patibulaire mais presque...
-Ha ha ! Très drôle, Méphisto, mais elle n'est pas de toi, pontifie Waterloo, le chef de la bande, un greffier sérieux comme un pape, borgne, et pelé comme un kiwi.
-En attendant, je le trouve louche, moi aussi, ajoute Lexomil, le chat du pharmacien...
-Chut! la voilà !
-Elle est quand même sacrément belle, cette minette, se pourlèche le pauvre Méphisto pendant que ses congénères se tiennent les côtes devant son air déconfit.
-Croyez-vous que je ne vous entends pas, messieurs, aiguiser vos griffes sur mon dos et celui de mon maître ? Sachez que celui-ci est le meilleur des hommes. Il m'a installé chez lui une vraie petite maison rien que pour moi...une jolie maison en forme de roulotte, dit la rouquine en levant son fin museau vers le soleil.
-Pff, tu parles, dans la boîte aux lettres...
-Et pourquoi pas ? De toutes façons, il ne reçoit plus de lettres... La chatte, pensive, marque un temps d'arrêt.
Si vous l'entendiez quand il me joue Chopin au piano, ses cheveux soyeux en bandoulière! Il me sert dans des assiettes de satin, il m'accroche des perles de lune dans le cou. J'ai de petits mouchoirs de miel pour m'essuyer les babines, et de doux chaussons de guimauve pour défroisser mes pattes au crépuscule. Ma petite maison bleue est tapissée de velours et des calicots de brume rose pendent aux fenêtres. Il me traite comme une reine.
-Ben, dis donc, la rouquine, tu es donc toute sa vie! soupirent tous les chats en chœur .
La jolie petite bête a fait son effet dans le cercle des matous.
Ils restent cois. Plus aucun n'ose parler.
-Il est veuf. Et à propos, mon nom est Desdémone. C'était le nom de sa femme. Une belle rousse.





