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Le défi du samedi
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24 janvier 2015

Une journée ordinaire (EnlumériA)

Trois petits coups brefs réveillèrent René de sa trop courte sieste. Une femme d’une cinquantaine d’années se tenait dans l’encadrement de la porte. Un sourire incertain éclairait son visage pourtant soucieux. René se dit comme ça qu’elle n’était pas mal pour son âge. Un peu vieille pour lui, mais bon.

— Bonjour madame. Je peux faire quelque chose pour vous.

Pour toute réponse, la femme entra, posa son manteau et son sac sur le lit et poussa un long soupir de lassitude.

— Papa ! C’est moi.

Un sentiment bizarre, mélange de frayeur et d’agacement, ébranla momentanément l’humeur de René. Il haussa les épaules et regarda la femme avec un regard condescendant.

— Si c’est une plaisanterie, elle est d’un goût douteux. Vous êtes plus vieille que moi. Qui êtes-vous ?

— Ça y est, c’est reparti, marmonna la femme.

Elle prit place sur la chaise réservée aux visiteurs et ajusta sa jupe sur ses genoux.

— Papa. Regarde tes mains.

— Quoi, mes mains ?

D’un signe de tête autoritaire, elle réitéra son ordre. René regarda ses mains. Des mains noueuses et tavelées. Des mains de vieillard.

— Mais… je ne comprends pas, je…

— Papa ! C’est moi, Sylvie. Ta fille.

René se replia sur lui-même. Le livre qu’il lisait avant de s’endormir lui tomba des mains. Celle qui disait s’appelait Sylvie se baissa pour le ramasser. Elle lut le titre : Contes de la Fin du Monde.

— C’est intéressant ? Ça parle de quoi ?

René jeta un regard rapide vers la fenêtre. Le temps s’était assombrit. Il remit ses rares cheveux en place, comme pour se donner une contenance. La mémoire lui revenait peu à peu.

— C’est un recueil de nouvelles. La première parle d’une civilisation future qui a perdu jusqu’au souvenir de ses origines. L’Empreinte. J’aime bien. Ça passe le temps, il n’y a rien à la télé à cette heure.

— Tu veux qu’on aille faire un tour ? Pour te dégourdir les jambes.

René déclina l’offre. Il avait mal aux jambes.

— J’ai mal aux jambes. C’est couillon, hein, pour un ancien marathonien.

Sylvie lui adressa un sourire indulgent.

— C’est pas grave, va. Tiens ! Je t’ai apporté des douceurs et un DVD. Sur la route de Madison, de Clint Eastwood. Tu verras, ça devrait te plaire.

La conversation se poursuivit sur le mode pain d’épice café machine. À la fois sempiternel et tendre. Le flou mental de René s’estompait un peu. Puis vint le moment pour Sylvie de prendre congé. Bisous et je-reviendrai-jeudi. Fin de la représentation.

René dina d’une soupe de potiron et d’un morceau de fromage. Ensuite, il regarda le film que lui avait apporté Sylvie. Une histoire d’amour terrible et magnifique.

Tard dans la soirée, René sombra dans un sommeil peuplé de rire d’enfants. Lorsqu’il se leva, le soleil était déjà haut. Il remarqua que quelqu’un avait déposé un DVD sur sa table nuit. Sur la route de Madison.

Il en fit part à l’infirmière qui venait pour les soins.

— Regardez. On m’a apporté un film. Je l’ai pas vu celui-là. Je le regarderai ce soir, tranquillement.

 

Évreux, 19 décembre 2014.

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24 janvier 2015

J'ai oublié ( petitmoulin )


J'ai oublié
Où était la maison
Qui bruissait de tendresse
Derrière ses volets clos
Je ne sais plus
De quel jardin
De quelle fleur dévêtue
Se levait le parfum
Qui courtisait la nuit
J'ai oublié
La couleur du vent
Qui embrasait les mots
Sous le drap du printemps
J'ai oublié la bouche
J'ai oublié les mains
J'ai oublié la soif
Et le nom de ce fleuve
Et le goût de son eau
Qui lave la mémoire.

24 janvier 2015

Participation de Nhand

JE NE SAIS PLUS

 

 

Je ne sais plus
Ni son nom, ni son rire,
Je ne sais plus
Ni mon mal, ni mes larmes,
Je ne sais plus !
Ma mémoire, à vrai dire,
A coupé les alarmes
Des réveils du passé ;
Tout doit être effacé,
Enterré sous la cendre !

Je ne sais plus
Quel démon ou quel ange,
Je ne sais plus
Qui partageait mon rêve,
Je ne sais plus !
Mais je le trouve étrange,
Ce soleil qui se lève...
Pourquoi me fixe-t-il ?
Que me murmure-t-il ?
Que me faut-il comprendre ?

Promesse d'amour ? C'est trop tôt,
Je ne suis encore qu'un leurre
Que l'oubli façonne au couteau ;
Je ne sais plus aimer, pour l'heure...

 

 

LOGO NH-PF

24 janvier 2015

Atchoum (Joye)

atchoum

24 janvier 2015

Amné-drôle de mu-sique ? (Joe Krapov)

02 A Oncle armand 02 1

Comment ai-je pu oublier l’oncle Hubert ? Aurais-je trop bu de vodka polonaise au petit-déjeuner ? Je n’ai pourtant jamais forcé sur le Beaujolais avec le camembert !

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de cours d’anglais ? J’ai fait allemand 1ère langue, russe en deuxième et latin sans messe en supplément !

J’aurais eu un oncle Armand ? Et il se serait produit à l’Olympia ? Moi qui pensais être le seul artiste de la famille avec mon frère William ! Et encore pour gagner ma vie j’ai été obligé de bosser sous pseudonyme dans un restaurant mexicain !

Oubliée aussi la tante Louise ! Mais par contre je me souviens bien des Loiseau. Non, pas ceux qui oeuvrent dans Tintin – Le Secret de la Licorne – mais ceux bien plus sympas qu’on a connus en Auvergne quand on allait là-bas pour des vacances forcées – on peut oublier Palerme mais pas La Bourboule ! Ils étaient apparentés avec Bernard Loiseau, le célèbre restaurateur de Saulieu. Mais pourquoi aurait-il donné à son restaurant parisien le nom d’une tante mienne ? Oui, je sais, Louise est un prénom de plus en plus répandu.

Quant à tante Jeanne, aucune trace dans ma mémoire d’un mélange de macédoine et de tiramisu. Ou alors j’ai oublié, ou j’étais parti à l’opéra voir les p’tits rats, mi soûl, Mitsou, Missouri un soir où ça sentait le roussi.

 

DDS 334 Hélène

J’ose à peine me souvenir que je suis descendu dans le gouffre de Padirac. La photo de la famille dans la barque a longtemps trôné sur le buffet dans la cuisine de mes grands-parents. Qu’est-elle devenue ? Maintenant qu’ils ne sont plus là, elle est peut-être chez Tonton Georges ? Mais à part ça, je n’ai rien fait d’autre en matière de spéléologie. Et surtout pas en galante et russe compagnie ! J’eusse été bien en peine de folâtrer avec une Natacha car je n’en ai jamais connu aucune ! Tout juste ai-je retenu le patronyme de Natacha Lindinger qui jouait le rôle d’Hélène Châtelain dans les premiers épisodes de Nestor Burma.

Alors ? Pourquoi ai-je les prénoms de cette famille inconnue dans la tête ? Pourquoi aurais-je rendu visite à ces ancêtres à l’époque où j’étais au lycée Franklin à Lille ? J’habitais à vingt kilomètres de là et je n’y connaissais personne chez qui aller aux intercours, à part le Furet du Nord vers qui je courais-courais pour y lire des bédés.

M’aurait-on implanté, comme dans un roman de Philip K. Dick, des faux souvenirs ? Pour obtenir quoi ?

Ou alors… Ne devrais-je pas me rendormir pour oublier ce drôle de rêve ? Il est six heures du matin. J’ai encore droit à une heure de sommeil. Oui c’est ça. Je suis au lit, c’est mon inconscient qui délire. Je replonge.

Et puis le réveil a sonné. Je me suis levé, l’air maussade. J’ai posé le pied sur la feuille aux six paragraphes de texte avec à droite les accords de guitare et de ukulélé.
Avant que je parte au boulot, Marina Bourgeoizovna m’a dit :
- Tu ne t’es pas foulé, pour le prochain Défi du samedi, avec ta chanson hôn !

Le matin elle est comme ça, pur jus, la vérité crachée en face, franche du collier, comme toujours.

- Attends, que je lui ai dit, j’ai quand même composé la musique ! Et puis vous avez bien rigolé avec Anita hier soir quand je vous ai fait écouter l’enregistrement, non ?

FillonC’est vrai, les paroles sont de Vegas-sur-Sarthe. Et, oui, c’est un mélange de mémorisation triviale et de poursuite de nostalgie, mais quoi ? C’est drolatique, on est dans la même veine, quelque part, lui et moi, à aller au charbon chaque jour en écrivant et moi ça me fait bien marrer cette polyphonie d’un jour pondue à l’instigation de tiniak. Un vrai défi, bien relevé, bien piquant, non ?

- Tu ne vas quand même pas prétendre que c’est François Fillon le plus grand comique de la Sarthe ? ai-je demandé.
- Je n’ai pas dit ça ! a-t-elle répondu. Allez va bosser ! Oublie !

Oublier ? Je ne peux pas ! Je suis hypermnésique ! Et c’est de pire en pire ! La preuve : maintenant je me souviens même de la famille des autres ! Je la connais par cœur la chanson !  

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24 janvier 2015

pilules de l'oubli par bongopinot

 

bo01

 

 

Une pilule de l’oubli

Pour tout effacer

Tout bien gommer

Les images de l’esprit

 

Molécule de l’oubli

Balayer le stockage

Posé sur l’étalage

Des souvenirs vieillis

 

Vivre sans oubli

N’est pas chose aisée

Douleurs du passées

Aime les amnésies

 

J'accepte les oublis

Mais garde ma mémoire

le mauvais si dérisoire

le bon qui éblouit et réjouit

 

Je ne prendrai pas cette molécule

je veux garder intactes mes souvenirs

même les moins jolis et les pires

Qui ont permis que ma vie s'articule.

 

24 janvier 2015

OUBLIS (JAK)

Depuis quelque temps Memny avait des oublis continuels (de mémoire)   -Je précise, car je vous vois sourire-.

Ses clés disparaissaient régulièrement, sa brosse à cheveux  se retrouvait dans le frigo,  les factures et autres paperasses,  n’étaient jamais au bon  endroit…

 Un grand désarroi s’emparait d’elle..

 Quoi, elle la championne de QPUNC, la belle sportive sexagénaire  qui prenait si soin de sa santé, serait-elle attente d’un début d’ALZ ????

L’HIER se cachait sournoisement. Elle ne savait plus ce qu’elle y avait fait ou dit. Alors,  s’il fallait remonter plus haut, c’était le vide sidéral.

Elle consulta son médecin, fit des tests neuropsychologiques..

 Conclusion, c’était passager. Une simple fatigue psychique -son cerveau ne pouvait plus fournir un effort de concentration-, ajoutée à un  surmenage  physique de retraitée surbookée.

Une prescription de complément vitaminique remettrait tout dans l’ordre.

Un mois passa. Aucune amélioration.

Entre deux absences de mémoire, elle décida de prendre les choses en mains.

Elle ne stressa  plus, ne paniqua plus lorsqu’un incident fâcheux arrivait consécutif à ses oublis, elle accepta cette nouvelle façon d’être.

En résumé elle prit le partie d’oublier qu’elle avait des oublis.

Et ma foi, elle y arriva bien.

Depuis elle applique cette maxime :

« Les deux grands secrets du bonheur : le plaisir et l'oubli. »

(Alfred de Musset)

 

24 janvier 2015

Participation de Venise

 

Vous ne pouvez pas vous imaginer combien ils sont  nombreux à perdre la  mémoire.

Ils ont pourtant les yeux brillants d’intelligence mais l’amnésie qui les frappe peut causer de graves ennuis.

Vous pourrez tailler le bout de gras avec eux accroupis devant un feu de bois, mais ne vous y méprenez pas dans une heure ils auront oublié jusqu’à votre existence.

Leurs conversations tournent souvent autour de la manière dont tuer le canard sauvage .

Ils s’expriment très bien et on pourrait penser que leur langue maternelle en soit altérée.

Pourtant, Ils savent très bien réclamer  au maitre d’hôtel la sauce à l’orange qui accompagne le canard.

Mais l’’amanésie est sélective elle  ne porte que sur  leur déclaration de revenus.

A chaque fois on dirait qu’ils montent à l’échafaud suivi d’un moine qui cherche à les empoisonner.

Ils ne sont pas de grands amateurs du vivre ensemble et flairent  vite le danger de ce qu’on pourrait leur prendre.. Alors ils ont opté pour la grande amnésie dans d’étranges paradis. L’éventualité qu’ils cassent la croute avec ceux  qui n’ont que leur mémoire  pour remplir leur devoir est la  cause d’une douleur atroce dans le lobe droit des amnésiques.

Je sais il vous faudra une longue pose avant de digérer ce que vous venez d’entendre.

On a tout essayé pour les guérir, les infusions d’eucalyptus, les steaks de fourmis blanches

Rien y a fait jusqu’à ce matin. On a trouvé

Leur mise en orbite.

ve01

24 janvier 2015

Sculpture (MAP)

De ma vie passée

 

tout oublié

 

Sculpture de Christophe Charbonnel

Sculpture de Christophe Charbonnel

au Château du Pailly (Haute-Marne)

 

 

24 janvier 2015

L'offre et la demande (Walrus)

Pourchassée par de mauvais souvenirs, elle s'était précipitée chez le marchand d'oublies, y avait dépensé, en vain, sa galette, ayant oublié que la racine du mot renvoyait non pas à l'oubli mais à l'offre*. Je vous demande un peu !

Qui qu'a dit que l'étymologie ne servait à rien ?

 

* du latin Oblatio, action d'offrir

oublis

24 janvier 2015

la molécule de l'oubli (Pivoine)

« Quel était votre visage avant que votre père et votre mère se fussent rencontrés ? »

KOAN ZEN, cité par Marguerite Yourcenar, dans « Souvenirs pieux ».

 

Impossible de me souvenir de la cellule apparue alentour de Noël 1956. De deux cellules. Encore moins de l'autre cellule. De leurs bagages respectifs. De la rencontre. Involontaire. Du long voyage dans les tunnels obscurs, de l'arrimage, d'une « activité cardiaque », d'abord et avant tout. Coeur qui s'arrêtera un jour de battre, après avoir donné naissance à un autre coeur qui bat. 

Impossible de me souvenir du début de la vie. Impossible d'augurer de la fin de la vie. Je ne connais que le présent.

Je ne me souviens pas de la salle d'hôpital où je suis née

Je ne me souviens pas des cris qui remplissent l'atmosphère et des vêtements aseptisés du médecin de la sage femme des infirmières.

Je ne me souviens pas de ce que j'ai pu ressentir quand ma tête est apparue dans ce monde de bruit et de fureur

(Mais je me souviens de l'époque où j'ai lu ce livre).

Je ne me souviens pas de mes dernières heures de tranquillité, même si je puis les imaginer quand je me réfugie au fond de mon lit, couvertures sur la tête, avec juste un petit espace frais pour la respiration. Je ne me souviens pas de cette chaleur, mais je sais que j'aime cette chaleur et que j'en ai besoin. 

Et que je l'ai parfois retrouvée au creux d'une épaule.

Et je glissais alors, doucement, dans le sommeil le plus lumineux de la vie.

Je ne me souviens pas de ce moment de combat, pour venir au jour - même si c'était la nuit, je ne me souviens de rien, comme c'est normal. J'ai tout vécu, nous avons tout vécu, sans savoir, sans comprendre, et nos yeux fermés s'ouvraient au monde. De quelle couleur étaient nos yeux ? La femme aux cheveux verts avait-elle des prunelles vertes et cette lumière insondable, venue des profondeurs? 

Quelles fées se penchaient donc sur ce berceau? 

Je ne me souviens pas des paroles anxieuses de ma mère, "Docteur, est-elle viable?"

Je ne me souviens pas de ma grand-mère, qui avait l'âge que j'ai aujourd'hui, et qui est venue me voir.

Ni du froid de la première nuit, ni des paroles rassurantes et douces ni d'un doigt, sur mon front. Je ne me souviens pas de la chambre déserte ni du berceau ni du biberon oublié ni d'avoir souri aux anges ni des rangées de langes propres séchant dans le jardin.

Je ne me souviens pas du premier hiver ni de l'Expo 58 ni des trams 1, 2, 3 et 4, ni du premier anniversaire ni des biberons ni du lait acide que j'aimais, paraît-il, je ne me souviens pas des chansons de ma mère ni de ses larmes ni de ce que je pouvais ressentir, en contemplant sa chambre.

Ni même des pots de confiture qui moisissaient lentement, sur la cheminée.

Cet inconnu commun à toute l'humanité s'arrête pour moi au moment où, malade, l'on m'a conduite dans un hôpital, pour y être soignée. Au moment où dans un lit blanc, en face d'une haute fenêtre de l'hôpital d'Ixelles, j'avais trois compagnes de chambre et un jus d'orange pour goûter.

L'inconnu s'achève au moment où le taxi, une Mercedes, me ramène à la maison, où il gare devant la maison, je sais que c'est ma maison, je me tranquillise, je suis chez moi.

Et j'oublie tout... A nouveau. Jusqu'à bientôt.

Et pourtant, j'ai une vie, une plume, un éternel roman, dans la tête et une chanson et un jardin, et même l'avenue Louise, pour me souvenir... 

pi01

 

Bruxelles, avenue Louise, 11 juillet 1957 (c) J. Dallons

17 janvier 2015

Défi #334

OUBLI(S)

Oubli

N'oubliez pas d'envoyer votre participation à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

17 janvier 2015

Ont été inspirés par la photo de MAP

17 janvier 2015

Salut, vieilles branches (Joe Krapov)

DDS 333 branches

Dans le hamac le soleil te caresse
Tu t’ la coules douce tu te tournes les pouces
Tu y cultives le droit à la paresse
La flemme aiguë t’en fiche pas une secousse

Qu’il est donc doux de rester sans rien foutre
Tandis que tous s’agitent autour de vous
Davy Crockett affronte les hommes-loutres
Tandis que tous s’agitent comme des fous


Poil dans la main incroyab’ comme tu glandes
L’hiver dehors envahit les jardins
Il y a du givre et d’la brume sur nos landes
Dans la ch’minée tu remets un rondin

Dans l’rocking chair c’est vrai que tu t’en balances
Du froid dehors du gel sur le chemin
Poil dans la main, tu l’ regardes en silence
Et tu t’étonnes : c’est plus du poil c’est du crin ! 

17 janvier 2015

bourgeon de vie (Fairywen)

Bourgeon de vie.

De l’extérieur, on ne voit rien. Rien que des écailles bien fermées qui composent un petit bourgeon accroché à la branche d’un arbre. Donnera-t-il une feuille, une fleur ou un chaton ? Pour l’instant, on ne peut rien dire. C’est l’hiver, le petit bourgeon dort sous la neige. Les scientifiques parlent de dormance, d’hormones végétales et autres balivernes, mais comme souvent, ils sont loin, bien loin de la réalité.

Car si les petits bourgeons dorment en hiver, c’est pour protéger la petite fée qui leur donnera vie le printemps venu. Le voilà, le secret des bourgeons. Chacun d’eux abrite une petite fée qui l’a construit patiemment à la fin de l’été, avant de se nicher en son cœur et de s’endormir au chaud pour se reposer. C'est pourquoi les bourgeons sont si bien fermés : pour protéger leur petite fée.

Mais voici que le printemps arrive. Les jours rallongent, il fait plus doux. Les petites fées s’éveillent doucement, s’étirent, et commencent à dorloter leur petit bourgeon. Elles le font tout beau, tout frais, tout pimpant, et lorsqu’elles jugent le moment venu, elles ouvrent délicatement les écailles protectrices.

Alors on voit sortir une feuille, un chaton, un pétale de fleur… Lorsque le bourgeon est complètement ouvert, la petite fée s’envole dans les cieux et va jouer avec ses amis durant tout le printemps et tout l’été. Mais lorsque l’automne s’annonce, elle revient vers son arbre pour commencer à construire un autre petit bourgeon dans lequel elle passera l’hiver.

 

Alors si vous voyez un bourgeon fermé, n’y touchez pas, laissez-le dormir avec sa petite fée. Car si chaque fois qu’un enfant dit “je ne crois pas aux fées”  il y a quelque part une petite fée une meurt, les petites fées meurent aussi lorsqu’on détruit leur maison…

Illustration défi 333 du samedi 10 janvier 2015

17 janvier 2015

L'arbre aux gouttelettes (Vegas sur sarthe)

Hé Mathieu! Si j'te dis que le gouttelier a pleuré ce matin...”

(Il faut préciser aux citadins que l'arbre aux gouttelettes s'appelle un gouttelier)

 

C'est de saison, l'Henri... c'est d'saison... comme on dit chez nous: Rosée du matin, rosée du matin”

Non non non! C'était point d'la rosée! J'te dis que l'gouttelier a fait des perles”

Tiens? Félicie aussi”

Je sais que c'est à peine croyable. D'habitude les goutteliers sont tranquilles jusqu'à début mars, et ben les miens ont déjà fait des perles!”

Ouais... Félicie aussi, ça tombe début mars”

Oublie Félicie une seconde! Deux mois d'avance, vindiou... c'est pas normal. Tu m'enlèveras pas d'l'idée qu'y détraquent nos goutteliers avec leurs fusées, leurs pots cataleptiques et leurs rézosociaux!!”

Ça dépend l'Henri... ça dépend. Tes goutteliers, c'est d'la variété Chagrins du matin ou Espoirs du soir?”

J'ai que des Chagrins du matin, ceux qu'ont la peau rugueuse enfin des peaux d'chagrin quoi”

Des Chagrins du matin? C'est comme Félicie, elle est pas du matin... ni du soir d'ailleurs”

En plus - d'après l'Grégoire qu'est pépiniériste à Marsannay - c'est des “vinum clarum”, une variété qui gêle pas au point de rosée!”

Ouais... Félicie aussi... point de rosé. Que de l'alligator”

Tu veux dire de l'aligoté?”

Ouais mais elle dit alligator passque quand y te tient, y te lâche plus”

Fais pas la tronche, Mathieu! C'est juste que cette année on est pas gâtés par la nature”

Hum... Félicie non plus”

Tu crois pas que si j'leur mettais un grand coup de chaud au cul, ça les requinquerait??”

Ouais... tu m'donnes une idée, là... c'est pas con”

J'te leur colle le brasero bien chargé pendant une heure ou deux... et en voiture Simone”

Une heure ou deux... t'y vas fort l'Henri! Et elle en dit quoi la Simone?”

Hein? Comprend pas. C'est que j'y tiens à mes goutteliers... y m'coûtent assez cher toute l'année”

Ouais... Félicie pareil”

Vindiou! Tu m'gaves avec ta Félicie. T'as t'y seulement été voir les tiens si y z'avaient goutté?”

Pas la peine. Moi j'ai des Espoirs du soir, alors tu penses ben que j'vais pas m'emmerder à aller les voir le matin... même si j'ai rien à foutre le matin vu qu'la Félic...”

Ahh! Maint'nant, y en a soupé de ta Félicie!! Un Espoir du soir, ça pleure pas... au contraire ça rigole, alors tu f'rais bien d'faire pareil au lieu de chouiner tout l'temps!”

Ça rigole, ça rigole... ça dépend! Y a des Espoirs du soir qui rigolent pas, par exemple ceux qui sont attaqués par l'araignée du matin”

Ah ben ouais... une attaque d'araignée, forcément. Et pourquoi pas une explosion eunucléaire? Si t'imagines le pire...”

Ben le pire... j'lai sous les yeux du matin au soir, alors...”

 

Bon ben c'est pas tout ça mais j'vais aller bourrer l'brasero, à c't'heure!”

Attends moi! Y a longtemps que j'ai pas vu ça!”

 

 

17 janvier 2015

Participation de tiniak

Des branches et le jus

 

 

 

J'avais trois vers, là, sous la manche
l'un de travers et l'autre étanche
et le troisième un rien de biais
pour ne pas gâcher son effet
en fin de strophe
et clamer sous le Grand Dais Niais son apostrophe

Un regard plus loin a suffi
à flamboyer l'étrange cri
jailli de son puits vespéral :
"Où siège ton sentimental ?"
"Ici : ailleurs !
à ces endroits vraiment perdus pour les vains chœurs"

Sobre avarie de Vieille Branche
ployant sous d'octobreux dimanches
que fait ton nom dans mon sommeil ?
dans le capricieux appareil
de cet oubli
qui me donne à goûter au plus Bel Aujourd'hui

Ding ! Ding ! Ding ! Dong !

Oh, non ! Mais non, pas cette cloche...
Pas à moi... Rien ne s'effiloche !
que les graves amours humaines
faites pour endurcir la couenne
à en crever
la dernière toiture avant le plafonnier

Retour à la case des parts
prélevées sur le moindre hasard
que nous offre, au petit bonheur
la chance d'être à la même heure
la même joie
de cheminer, étonnés, sur la même voie

Alors qu'il n'est que leurre étrange
tout soudain, la vie nous démange
et nous recrache sur le lit
où se confondent nos oublis
nos molles chairs
pour qu'il soit plus aisé de les marquer au fer

N'est-ce pas ? N'est-ce pas, mon Cru
qui jetas tout ton dévolu
ton ardeur et mon dernier cent
dans le désintéressement
qu'elles en eurent
ces Voraces parées comme des créatures

Gloutonnerie des possessions
vidant les intimes passions
de leurs substances intrinsèques
Finis tous les salamalecs
on passe à table
et cette fois au titre de met périssable

En veux-tu des raisons d'aimer ?
choisis d'abord le bassinet
où rassembler tes vomissures
Carguée au mat toute voilure
attends que passe
à jamais l'envie de glisser à la surface

Sirote un jus d'orange amère en attendant
Appelle à toi quelque fluvial émolument
Nage sans bruit, que la vague même t'ignore
Gage les fruits de tes ordinaires débords
Une rythmique rogne éructe à son taquet
Il ne sera pas dit qu'elle fut sans objet
Nomme-la dans un fin et liquoreux murmure
Elle viendra, sanguine au ponant, l'épissure

 

 

17 janvier 2015

A travers les rameaux… (Lorraine)

Quand la harpe du vent agite les rameaux

Qui tintinnabulent

Se lève le fantôme altier des jouvenceaux

Dont le chant hulule

 

Ils s’en vont aériens et tout le corps voilé

Dans le crépuscule

Armée d’anciens héros, Pages et chevaliers

Là-bas se bousculent

 

Quand je les aperçois au loin dans la futaie

Mon âme bascule

Comme si, sous mes yeux, l’écuyer que j’aimais

Soudain s’articule

 

Les ombres peu à peu se fondent dans la nuit

Tremblants funambules

Et le vent qui se tait soudain de moi se rit :

Suis-je ridicule !...

 

17 janvier 2015

Les crayons de couleur (Pascal)

 

« Descends de cet arbre !... »

« Mais ma Raison, c’est le bois dont on fait les crayons de couleur ! Regarde les cimes taillées des branches ! Regarde ! On y voit du noir, du jaune, du blanc !... »

« Si le bois est à la feuille immaculée, le sang des arbres : c’est devenu l’encre des dessinateurs… »

« Mais ma Raison, en première ligne, l’esquisse de la Liberté est à la pointe de nos mines !... Qu’importe les épines, les coups bas, les châtiments ! L’intimidation exacerbe l’imagination, la torture affermit les dorures, les menaces avivent les dédicaces ! La satire a fait de nous des martyrs ! Si aujourd’hui, on nous assassine, le prix de notre sacrifice est l’Obole à la corbeille d’un monde meilleur !... »

« Toutes les couleurs ne se mélangent pas… »

« Mais ma Raison, alors regarde les reflets ! Dans les frissons de l’onde, on y voit les expressions des Sentiments les plus forts !... N’est-ce pas déjà les prémisses de l’Amour ?... »

« Tu vas tomber !... »

« Ma Raison, je suis déjà mort… Mais le printemps reviendra toujours avec d’autres crayons de couleur… »

 

17 janvier 2015

Participation de Venise

Un soleil fou fouettait le sang de l’arbre.

L’univers tout entier s’inquiétait que cet arbre ne sache rien.

De la mort de Charlie.

Il n’y avait pas de minute à perdre pas de seconde à retenir.

Pour que l’ombre  de Charlie travaille son ventre d’arbre.

On fond du jardin je les ai vu arriver avec leur pharmacopée religieuse.

Charlie entendit le froissement de la lame au dessus de sa tête.

Et puis plus rien.

 La nuit a alors commencé à tomber  et dans nos cœurs l’anxiété s’est faite souveraine.

La lune  laissa tomber une larme et quand la larme s’assécha les gentils chassés du temple sont venus par milliers.

Ces gentils qui n’ont jamais rencontré  DIEU et qui vont quand même fleurir les cimetières

Enjoués, rieurs, plaisants ,  les gentils portaient sous l’arbre le rire de Charlie enveloppé d’une lumière printanière .

On ne veut rien  cisailler de la pointe d’encre disaient-ils  On veut continuer à dessiner comme on taille une branche pour extraire la flèche qu’elle promettait.

J’ai surpris alors le marchand de DIEU dans l’épine des roses dans le rire étain des enfants de Syries

Alors a commencé  la veille des gentils qui affluaient par milliers pour conduire la langue française à sa pointe d’aubépine.

Toute la fabuleuse force de la vie est dans l’aiguillon de nos irrévérences, de nos désobéissances à ce DIEU des marchands.

Nous ne savons pas vivre mais qui le sait ?

Nous ne savons pas écrire, mais qui le sait ?

Nous ne savons pas où aller, mais qui le sait ?

Les gentils ne sont pas à un centimes prés d’erreur, d’ébauches et d’errance.

Il serait cocasse qu’‘un dieu mendiant ait pu demander la mort de Charlie.

 

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