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Le défi du samedi

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3 septembre 2011

Les visages (MAP)

-         OOOOHHHHH, là sur le mur !!!

-         Quoi ?

-         Mais là, en bas,  IL nous regarde !!!

-         Qui ça « IL » ?

-         Mais LUI !!! Sur le mur !!! Dans le mur !!!

 

 DSCF0443

-         Ecoute je ne vois rien !

-         Mais si, REGARDE !!! Un autre là !!! Un enfant tout bouclé !!! Il a l’air si triste !!!

 

 DSCF0442

-         Il n’y a que des pierres !!! Enfin que t’arrive-t-il ???

-         Des YEUX, des YEUX, partout !!! Ils nous observent !!!

 

 DSCF0446

 

-         Tu deviens fou !!!

-         Mais non, je LES vois, je LES vois !!!

 

 DSCF0447

Ceux-là ont l’air de se parler ! Ils parlent de nous j’en suis sûr !!!

DSCF0448

Il faut partir loin, loin !!! Sinon nous sommes perdus !!!

-         Allons arrête, il n’y a rien, le mur est vide !!!

-         Non, non !!! C’est toi qui ne vois rien !!! Tu n’as rien compris !!! Ils nous épient !!! C’est la malédiction !!!! LA malédiction !!!!!!!

Bientôt ils vont fermer les yeux et CELA se passera !!!

-         « CELA », mais arrête, tu délires complètement !!!

 

 DSCF0445

-         Ça y est !!! Leur CHEF a fermé les yeux !!! Il se concentre sur nous ! Nous allons rentrer dans le mur comme eux !!!! Cours, cours …..

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Quelques années plus tard :

(Visite du Château Malpierre)

 

« Mesdames et Messieurs, pour terminer la visite, voici maintenant le mur que l’on nomme « Les visages » On ne sait exactement quelle en est l’origine. Une légende tenace  veut qu’il y ait eut ici-même quelque sorcellerie !!! Des personnes ayant séjourné en ce lieu et y passant la nuit « Des yeux fermés » -entre le 30 et le 31 août- auraient disparu au matin sans laisser aucune trace. Seuls de nouveaux visages apparaissent alors sur le mur !

Mais qui peut donner foi à de telles balivernes !!! »

 DSCF9660

* * *

P.S. Ces visages sur les murs ont été photographiés tels quels. Il n'y a aucune manipulation photographique.Je les ai trouvés dans un petit village de Haute Marne sur une maison à l'abandon. La dernière photo a été prise à Langres -à l'entrée de la porte de Navarre-

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3 septembre 2011

Rentrée risquée et dangereuse.(32Octobre)

 

Zigmund, malgré tout le respect que je lui dois, a dû être, tout petit, bercé trop près d’un mur.

Quand même, cette obsession des murs… cela ne peut venir que de l’enfance.

Et en plus avec un nom pareil.

Il y a quelque chose à chercher.

A trouver, cela n’est pas sûr que j’y arrive.

 

À moins que…

Étudions toutes les pistes et hypothèses possibles.

 

Il se venge en m’obligeant à délirer sur un mur et vous avez vu quel mur !

 

Peut-être Zigmund est-il photographe dans la rubrique des chiens écrasés de mon journal local.

MUR BRIQUE

Photo et légende seraient de lui.

La preuve ci-après :

« Un individu louche, dont l’identité est encore inconnue, voulait savoir ce qu’il y avait derrière le mur ; il vola une à une les briquettes manquantes sur cette photo pour se construire un foyer ; il capitula ou plutôt fut écrasé par sa brouette en rentrant on ne sait où, peut-être chez lui. »

 

Non, pas la bonne réponse.

 

RUINESZigmund a été maçon dans une autre vie. Mais un maçon, pas trop doué, comme on dirait dans la finition. Il faisait trop chaud. Les pierres étaient lourdes. Le soleil tapait. Il a été surpris par notre photographe en plein travail.

Ce mur sera-t-il fini avant la fin de ses vacances ? Le mystère reste entier. En effet, il ne peut être au four et au moulin, rêver ou s’occuper de ses chats et d’un certain Mimosa, qui a l’air de tenir son bout.

 

Non, impossible tout cela. Zigmund a des mains d’artiste.

Il est un peintre méconnu ; je n’ai pas dit maudit.

Il est un de ces artistes des rues qui ornent murs, soubassements, endroits improbables de ses œuvres. D’ailleurs, cherchez-bien ! Ici ou , une œuvre de ses œuvres s’y cache peut-être.

 TAGS JAUNES

 

http://www.web-utopia.org/Street-art,726

 

 

J’espère que Zigmund me pardonnera cette fantaisie autour de sa personne mais je n’ai pas pu résister.

3 septembre 2011

Conversation (Célestine)


"Je voudrais construire un grand mur, dit la petite fille.

Mon mur monterait jusqu'au ciel. Il m'emmènerait aussi haut que mes rêves. Comme sur les ailes d'un jars blanc, je verrais ma maison. Si petite. Tout en bas.

Les briques en seraient couleur de feu, comme les cheveux de ma maman quand elle s'endort dans son hamac, l'été, et que de minuscules gouttes d'eau lui font une moustache de perles, juste là, sous le nez.

 

Je voudrais construire un long mur, dit le petit garçon.

Le mien serait plus long que la grande muraille de Chine.

Il m'emmènerait au fond du monde, là où les déserts sont si chauds que les reptiles pleurent des larmes de sable, là où les banquises sont si froides que les pingouins restent collés au sol.

 

Je voudrais construire un beau mur, dit la petite fille.

Mon mur entourerait la mer. Je serais la reine du plus grand royaume au monde, et la mer serait ma piscine, avec de vrais dauphins pour bouées, qui danseraient autour de moi pour me distraire.

 

Je voudrais construire ...et toi, Papi ? Dit le petit garçon.

 

Moi, je voudrais détruire les murs .

Les murs d'incompréhension, les murs de haine, les murs d'intolérance, les murs de la honte, les murs de prison, les murs aveugles, les murs du silence, les murs d'indifférence, les murs de l'Atlantique, les murs de brouillard, les murs de bêtise.

Moi, je voudrais détruire tous les murs qui séparent les hommes.


Eh bien, quand je pense qu'on me gronde quand je casse un jouet, soupire le petit garçon."

Photo Grand-Père

3 septembre 2011

Murmures (Adrienne)

Ô saisons, ô châteaux
Quel mur est sans défauts ?
Berlin, Hadrien,
fondations, lamentations,
illusions.

À pied, à vélo,
à Grammont, à Jéricho,
en Bretagne, en Sologne,
murs d’escalade
ou de façade.

Les fleurs, le son,
tout lui est bon.
Le feu, le verre,
la pierre, la terre,
la brique ou l’Atlantique.

C’est bien la pire peine
de ne savoir pourquoi
sans ‘je t’aime’ et sans haine
mon cœur a tant de peine.

Merci à Rimbaud et à Verlaine

Pesaro

 

3 septembre 2011

Le ou les murs (Flo)

 

flo

Le mur de Berlin 1989 - The wall des Pink Floyd - Le mur des Daltons et celui de Lucky Luc tracté par son équidé - Murs de pierres, pavés, briques ou verres - Après le premier un second - Une affiche, une vitre, des photos, un mur, une vie pour ce 157 ème défi.

Remonter le temps, elle aurait aimé le faire durant ce premier été sans lui. Pour se rassurer elle écoute Mickey 3 D: "Le temps n'existe pas, la mort n'existe pas, la vie n'existe pas". Elle a perdu son grand frère, un sacré monument! Elle l'a retrouvé et perdu en 2011. Les deux 1-1 ou deux i-i. Le trait d'union de deux êtres découvrant la vie côte à côte dont l'un décède à 40 ans.

Ce fil rouge qui aimerait tant revenir au premier des huit coeurs, le tien si présent, les autres plus absents parce que le tien si fraternellement et éternellement. Je ne pourrai plus avancer comme avant ni laisser le echec et mate résonner comme ça ni de cette manière.

Les 24 défis en 24 SAMEDIS auront le temps de reprendre. Le regard ne sera plus jamais pareil et la partition n'aura plus le même parfum. Je pianotte toujours rigolotte parce que superflotte. Le rossignol qui me faisait chanter tient plus de l'évaporation que de la sublime percussion. Le 11 septembre 2011 sonnera le glas au guignol.

 Une certitude néanmoins et pas des moindres: le 11-11-11 et le 12-12-12  klaxonneront mais les résonnances n'auront plus le même écho.

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3 septembre 2011

Les pieds au mur (Walrus)

Dans leur lente remontée vers les origines de notre univers, les scientifiques butent sur le mur de Planck.

Mais ils piochent, ils piochent !

 

Forçats

3 septembre 2011

Le mur. (Mamido)

C’était un vieux mur décrépi, lézardé, croulant sous le lierre. Par endroits, il était percé de trous béants et tout un pan s’était écroulé, en son milieu.

 

Pour les adultes, il représentait le mur de la honte, dissimulant aux regards la décrépitude et l’abandon d’un quartier dont la rénovation traînait en longueur.

Ils passaient rapidement devant, sans regarder. Ils nous interdisaient d’y aller, l’endroit était, parait-il, mal, fréquenté.

 

Mais, c’est bien connu, les enfants adorent franchir le mur de l’interdit !

Aussi, le mur servait-il de rideau au terrain vague où nous passions le plus clair de notre temps libre. Le franchir, c’était comme traverser une frontière magique derrière laquelle commençait un monde irréel où tout pouvait arriver. De l’autre côté, l’Aventure nous attendait.

 

C’est pour cette raison, qu’au moins une fois par jour, à la sortie de l’école, nous « faisions le mur » et nous nous évadions dans l’univers merveilleux des jeux que nous inventions.

Je devenais pilote d’avion de chasse et, entre deux loopings, franchissais avec brio et dans un bruit de tonnerre, le mur du son. Pour mon copain Léo, à califourchon en son sommet, le mur devenait celui du combattant. Dernier rempart contre l’invasion d’une horde barbare peuplées de cavaliers féroces et armés jusqu’aux dents, il le défendait, à l’aide de son fidèle dragon, l’épée à la main et à la tête d’une armée de chevaliers à l’armure étincelante.

 

Pour les plus grands, le mur servait de cible d’entraînement. Jets de pierres, tirs de carabines venaient encore en aggraver la décrépitude.

 

On dit que les murs ont des oreilles, peut-être des yeux aussi, pourquoi pas ?... En tout cas, s’ils pouvaient parler, sûr qu’ils en auraient des choses à raconter !

A longueur de temps, le nôtre recevaient les confidences, les promesses et les lamentations… Sur ses flancs s’imprimaient les injures, les serments et les rendez-vous…

 

L’endroit où il était en partie écroulé servait de banc aux amoureux qui s’y faisaient des déclarations. Premiers baisers, premières étreintes malhabiles s’échangeaient dans la fraîcheur d’un lit de lierre.

Pour les amours passagères et clandestines, pas tant de confort, les baisers fébriles, les étreintes brutales et rapides avaient lieu n’importe où, en position debout, contre la pierre sèche et rugueuse.

 

Puis un jour, plus de mur ! Les engins se sont emparés du terrain vague, une tour de trente-cinq étage y a poussé, comme un champignon.

 

Ce jour-là, nous avons dit adieu à une grosse partie de notre enfance.

3 septembre 2011

Défi 157 (rsylvie)

… crois moi, cette année l’est mure !


-«… m’enfin Jeannine,,,,,, c’est plus possible.

Crois-moi, cette année L’est mure pour y aller ! » venait de s’écrier mon père.

C’était dit. Et, il n’y avait pas à revenir sur le sujet. Ainsi, en avait décidé le brave homme. Cette année, je ferai mon entrée à la Communale.

J’avoue que je n’en menais pas large. Depuis le temps que l’instituteur passait et
repassait devant notre pas de porte sans jamais oser en franchir le seuil. Je m’étais fait à
l’idée que l’école n’était faite pas pour moi. J’avais ainsi, pris de mauvaises
habitudes. Pour ça, vous pouvez me faire confiance. Tiens, comme la fois où je
fis un pied de nez à tous, en passant devant les fenêtres ouvertes de la
classe, alors que nous rentrions des fenaisons. Du haut de la charrette à foin,
je les dominais, moi le tout petit. Alors ça oui, je leur ai fait une de mes
plus vilaines des grimaces. Eux qui soufflaient et suaient dans leurs tristes
tabliers noirs, sagement assis devant le grand bureau du maître. Et l’autre
fois, où je me mis à chanter si fort en conduisant nos vaches de l’autre côté
du village, pendant que j’entendais ceux de la grande section ânonner leurs
tables de multiplication. Pour sûr, m’ont bien amusé ceux de la grande école.
Mais à ce jour, que je dois les rejoindre, j’ai comme une boule au ventre. Qui
ne me quitte pas, depuis que j’ai entendu le père et la mère se prendre la tête
pour une histoire de soupe qui ne serait plus assez chaude pour être digeste.
La pauvre femme avait eu beau pleurer toutes les larmes de son corps, s’écriait
que je n’avais pas encore tout à fait atteint l’âge idéal, que j’étais fragile
des bronches, qu’une année de plus auprès d’elle ne pourrait que m’être
profitable en raison de ma petite taille…. Rien ni fit.


Faut dire que ça va me changer la vie.
Plus de bons petits plats le midi, mais un goûter tiédi par l’impossibilité à
rester mijoter sur le vieux poêle de la pièce centrale de notre demeure. Plus
de petit veau à conduire dans le pré, avant d’aller à la pêche le long de
l’Orne. Et puis surtout, plus de course folle dans la campagne environnante,
mais rester assis en silence, à écouter les enseignements de l’instituteur. Mais
là n‘est pas le pire, car il va falloir aussi faire des devoirs le soir et réciter
des leçons devant toute la classe. Et ça, je ne pourrais pas.

Vous imaginez, les grands qui me regardent et les filles aussi ?

Après une nuit de cauchemars. Une impossible tartine de beurre à avaler, tant elle est
épaisse … « pour que la fringale ne vienne pas lui gâcher la matinée » avait
murmuré ma mère. Mes beaux habits du dimanche délicatement enfilés au dernier
moment, afin de ne pas les salir, je prends le chemin du village, ou plus
exactement, celui de la grande rue conduisant à l’école communale. Terrifié, le
cœur battant la chamade, une perle au goût amer cherchant à tout prix un
passage dans le conduit lacrymal qui interdit tout débordement au flot de
larmes qui trouble mon regard. Je lâche la main de mon père à l’entrée de
l’énorme bâtisse où désormais je passerai la majeure partie de ma vie d’enfant
et d’adolescent, pour me diriger vers la file d’écoliers attendant la sonnerie.
Soudain un grand s’empare de la cordelette et fait tinter la cloche. Sagement,
je suis les enfants qui se dirigent chacun vers leur place attitrée. Le professeur
n’étant pas encore rentré dans la classe, une fois assis, là où il me semble
être ma place, je m’apprête du regard à faire l’inspection de la pièce, quand
une voix tonitruante venant de la porte principale, me surprend en pleine
réflexion.

-« Que chacun prenne une craie, son ardoise… écrivez »!

« C’est au pied du mur que l’on voit le maçon »

Vous avez une demi-heure pour me dire ce que cela vous inspire.

Et surveillez vos fautes !

Vous le nouveau… venez me voir !
Alors mon petit, ton père a enfin réussi à décider ta brave mère de te laisser venir parmi nous.
Tiens, histoire de voir à quoi nous devons nous attendre avec toi, dis-moi, ce que cette citation t’inspire à toi » ?


 

Vexé de constater que tout le village semblait
parfaitement au courant de notre vie de famille, je m’écriais dans un français
plutôt graphique que grammatical

3 septembre 2011

Vert et pas mur (Poupoune)

Le gosse était pas là depuis trois jours qu’il parlait déjà de faire le mur. Il était pas fait pour la taule. Pas qu’y ait des mecs vraiment faits pour, mais disons qu’y en a qui supportent mieux. Lui, il supportait tellement pas qu’il grattait le mur avec ses doigts la moitié de la nuit, des fois qu’à force ça finirait par lui faire un tunnel, et l’autre moitié il pleurait. Du coup il dormait pour ainsi dire pas et je donnais pas cher de sa peau s’il faisait pas un peu plus gaffe à lui.

Depuis le temps que je moisissais entre ces murs, moi, j’en avais vu passer des jeunots que l’enfermement rendait dingues, mais lui… je sais pas. Il avait comme un truc un peu fou dans le regard qui faisait que quand il disait qu’il pouvait pas passer une minute de plus dans cette taule, non seulement je le croyais, mais en plus j’avais vraiment envie de l’aider à en sortir. Même si ça me plaisait pas plus que ça de m’attirer des emmerdes. J’étais peinard, moi, là. Contrairement au gosse, c’est la vie dehors qui me réussissait qu’à moitié. Alors tous ces marlous qui sont passés par ma cellule en jurant qu’ils se feraient la belle avant que j’aie eu le temps de m’habituer à leurs ronflements, je les écoutais poliment et je les laissais élaborer des stratagèmes tous plus foireux les uns que les autres pour faire le mur, mais je m’en mêlais pas. Et je me suis habitué non seulement à leurs ronflements, mais aussi à leurs flatulences et autres nuisances nocturnes. Mais ce gosse… c’était pitié de le regarder dépérir à vue d’œil. J’étais sûr qu’il crèverait en moins d’un mois si on faisait rien pour lui.

J’ai profité de mon ancienneté et de certains rapports privilégiés que j’avais avec les matons pour essayer de l’aider sans me compromettre, mais ça changeait pas grand-chose : d’heure en heure il paraissait plus maigre, plus malade, plus triste, plus proche de la fin. Alors j’ai fini par lui dire que j’allais l’aider à faire le mur. Ça a suffi à lui redonner un peu la santé. Chaque jour, je dévoilais des bribes d’un plan qui pourrait peut-être marcher… Lui y croyait à fond et il semblait revivre. Je m’en voulais un peu de faire traîner les choses, j’avais l’impression de le faire marcher, mais plus tard on devrait mettre le plan à exécution, plus tard je m’exposerais à des emmerdements qui ne manqueraient pas de me pourrir le quotidien.

En attendant, il grattait toujours le mur la nuit et il avait toujours pas l’air bien vaillant, mais il allait quand même mieux. C’est l’impression que j’avais en tout cas, jusqu’au jour où on l’a retrouvé pendu avec la corde qu’on avait commencé à tisser pour notre évasion. On n’en avait pas vraiment besoin, je lui avais seulement fait faire pour concrétiser un peu le projet. Pour l’aider à tenir.

Je m’en suis voulu à mort.

Alors pour honorer sa mémoire, j’ai décidé de faire le mur conformément au plan qu’on avait élaboré ensemble. Quoi qu’il arrive. Tant pis. Il me semblait que je lui devais bien ça.

 

Depuis, certains matins, quand je me réveille au son des vagues et que le soleil illumine déjà le petit intérieur coquet que je partage avec un genre de déesse des îles, j’ai besoin d’aller vérifier que la porte n’est pas verrouillée et de faire quelques pas sur la plage pour m’assurer que je ne rêve pas. Mais la plupart du temps je m’aperçois que j’ai quasiment oublié cette foutue vie entre quatre murs et que finalement, j’étais plutôt fait pour vivre libre.

3 septembre 2011

Participation de Martine27

Les murs ont des oreilles, dit-on ! Mais les murs ont aussi des yeux et une mémoire. Tout au long des siècles les murs ont emmagasiné tellement de vie et de mort qu’ils sont capables de vous en faire profiter si vous vous laissez porter. Entendez-vous le gémissement d’agonie du mur qui s’écroule pris dans le tremblement de terre ? Entendez-vous le cri de joie du mur de la honte qu’on abat et qu’on délivre de ses années de peur ? Voyez-vous l’immensité des collines sur lesquelles la grande Muraille de Chine déroule ses méandres ? Respirez-vous l’odeur de sang qui stagne encore dans ces caves secrètes où l’Inquisition torturait les sorcières ? Touchez-vous du doigt le désespoir du prisonnier de ces moellons qui a gravé, on ne sait comment, ce dessin dans la pierre pour continuer à vivre au-delà de son oubli ? Devinez-vous la force et la foi qu’il a fallu à ces humains minuscules pour bâtir cette cathédrale et cette pyramide et qui émanent encore de ces murs millénaires ? Voyez-vous le sourire de cette femme qui vient de coucher son enfant au creux de son berceau bien protégé par le torchis de ce mur élevé par son père ? Sentez-vous contre votre peau le frôlement du fantôme prisonnier de ce château qu’il a défendu jusqu’à la mort ? Entendez-vous les tendres roucoulements et les cris de plaisir de ces couples qui se sont succédés entre les cloisons de cette chambre ? Les murs ont des oreilles, mais vous aussi ! Alors tendez-les et emplissez-vous de leurs histoires, laissez vous guider au-delà de leurs frontières vers un monde qui ne demande qu’à se révéler à vous.
3 septembre 2011

Participation de Zigmund

Comme ils   disent  : me voilà au pied du mur !

Impossible de reculer, c'est moi qui ai donné l'idée de cette consigne aux défiants.

C'esr parti :

(consigne #4)

 Sous les gravats, gisait madame Beautin. identifiable à ses chaussures noires et ses chaussettes bleues qui dépassaient du tas de pierres. Frappée du syndrome de Jérusalem lors de son voyage en "Terre sainte", elle avait fait construire à son retour, une réplique miniature du mur des Lamentations  au fond de son jardin pour venir y prier régulièrement. Ce mur construit à la va vite avait  brutalement chu sur elle  ...Le commissaire Arien, à peine arrivé sur les lieux, s'écria "le haut mur l'a tueR"

J'avoue avoir été tenté d'arrêter là ma participation, m'auriez vous pardonné ? 

Les murs cloisonnent, enferment, séparent, mais parfois il peuvent réunir les gens autour de leur construction ou de leur destruction.

220px-Prayer_Papers_in_the_Western_Wall

 Jérusalem : il y a très longtemps. J'étais petit, je me souviens des barbelés,  de la complexité du découpage de la ville, chaque mur pouvait se révéler une frontière dangereuse. Sur une terrasse surplombant un lieu saint, des soldats(amis? ennemis?) me regardaient, souriants, mais armés. Donc, le fameux mur, je ne l'ai vu que de très loin, j'ignore si je le verrai un jour en vrai, mais il est face à moi tous les jours en carte postale sur mon box de consultation.-220px-Israel-Western_Wall-

 

 

Peut être inspiré par ce mur, notre ami Hadrien, s'est lancé depuis deux ans dans la construction d'un beau mur à l'ancienne, en vrai granit de Bretagne. Hadrien est du genre méticuleux, (pas comme le maçon de madame Beautin), chaque pierre est choisie amoureusement en fonction de sa taille et de sa forme, nettoyée... le must est de ne pas mettre de ciment ou très peu. C'est un genre de puzzle pour haltérophile. Nous sommes fascinés par ce défi, par la beauté de ce travail. Certains passants s'arrêtent et s'extasient, ou viennent surveiller l'évolution du chef d'oeuvre. MUR6Pour poser le linteau de la fenêtre il a fallu se mettre à plusieurs, et ce fut  sportif et périlleux.

Un vagabond séduit par ce travail, a un jour proposé son aide bénévole qu' Hadrien a du refuser de peur d'être accusé de travail dissimulé...Alors il continue à monter son chef d'oeuvre pierre par pierre, c'est son mur de la fierté en quelque sorte.Honeymoon BerlinFH000008

Une fois que fut tombé le mur de la honte à Berlin*, nous en avons construit un, virtuel, mais pas seulement, autour de notre confort d'Européens :  ce double mur de grillages et de barbelés, s'étend dans le no man's land qui borde le trajet de l'Eurostar.Quelque part, dans ce paysage désolé, des humains espèrent  faire  librement le même voyage que nous. C'est ce mur invisible qui dit : "ici c'est l'Europe, on y est bien, mais on est assez nombreux comme ça , rentrez chez vous !" J'ai honte de cette Europe là.

.

---J'ai autrefois aidé à construire des "murs de révolte ": murer la pointeuse de l'hôpital histoire d'agacer les administratifs qui ne payaient pas nos gardes.

Un jour, nous avons du décharger un camion plein de livres, quite à interrompre nos consultations. Il s'agissait des exemplaires du livre fraichement édité de notre patron. Nous avons rangé les livres de façon à murer le bureau du patron...

Bon, je vous accorde que ces barricades étaient plutôt potaches.

Tout le monde ne peut pas s'apeller Gavroche.

 

 


*   

*Dans son  blog  culture en vrac,  Florence Porcel   a traité le sujet des murs en général et du mur de Berlin  en particulier(zappez Adamo et regardez le clip d'Yves Dutheil)  ... allez lui rendre visite 

** photos 

-mur des Lamentations :wikipedia

-murs décorés ou taggués à Berlin : batelo

 

3 septembre 2011

LE MUR (Lorraine)

 

            J’étais en retard. Je me faufilai par la porte arrière de la classe, mais personne ne fit attention à moi. Melle Marie-louise n’était pas à son pupitre et sur l’estrade, Mariette, le chouchou, tentait en vain de maintenir le silence à coup de “chut” absolument vains.

            - Tu sais quoi? me dit Paula dès que je m’assis près d’elle. Marie-Ange a fait le mur...

            - Marie-Ange?...

            - Cette nuit, il paraît.

            “Chut” cria tout haut Mariette exaspérée.  Nina s’était levée et bavardait avec Valentine au 3ème rang. J’entendis “Tu penses si Soeur Luce est dans ses petits souliers. D’ailleurs, Soeur Supérieure l’a convoquée et...”. Soeur Luce est la surveillante des dortoirs. Les pensionnaires en ont peur. Pas Marie-Ange apparemment. Marie-Ange qui a fait le mur! Je n’en reviens pas. Elle a osé? C’est une “grande” , elle a bien seize ans, et nous, les moyennes, on ne l’aime pas beaucoup parce qu’elle a toujours l’air de mauvaise humeur.

             Une jolie fille, ça oui, moi j’admirais ses yeux bleus, ses cheveux blonds qui descendaient sur ses épaules, mais elle ne souriait jamais, elle faisait semblant de ne pas nous voir quand notre rang croisait le sien dans le couloir qui mène à la chapelle. Il se murmurait qu’elle “avait du talent”. C’est pour ça qu’elle suivait les cours d’arts décoratifs, et on avait d’ailleurs exposé ses tableaux dans la salle de fête à la fin de l’anée. Pour une fois, l’école était ouverte aux parents, aux visiteurs et ils furent nombreux. Beaucoup s’arrêtaient devant les fleurs peintes de Marie-Ange, ou devant la “Fenêtre ouverte sur le jardin” comme s’appelait une des toiles. Le jardin ceinturé d’un mur fleuri de pois de senteur. Un mur qui donnait sur l’Allée des marronniers. Un mur... était-ce par là qu’elle s’était enfuie? A force de le regarder  elle avait peut-être eu envie de le franchir?..

            - T’es bête, me répondit Paula, c’est pas le mur, c’est Monsieur Jaques!

            Je devais être bète, car je n’avais pas pensé à lui. Lui, le prof de dessin, le seul homme admis dans cette école strictement réservée aux filles, dont les institutrices étaient célibataires ou religieuses. Femmes mariées non admises! Monsieur Jacques?.. C’est vrai qu’il avait de beaux yeux, qu’il était mince et vif. Mais vieux!  Ah oui, au moins 35 ans. Enfin, Marie-Ange ne pouvait pas... n’aurait pas...et puis comment, toute seule, monter sur le mur, le redescendre, partir, où?..

            - Lorraine, vous êtes dans la lune!

            Melle Marie-Louise était rentrée, sa petite tête d’oiseau tournée vers moi m’interpellait.  Je m’assis bien droite et croisai les mains devat moi. Elle détourna son regard et dit:

            - Mes enfants, prenez la grammaire page 126, nous allons faire une analyse logique et...

            Et Marie-Ange fut noyée dans le silence. Des  bruits ont couru, on a trouvé une échelle couchée dans la rue derrière le mur, on n’a plus revu M. Jacques, ni Marie-Ange, Paula a entrevu les parents en traversant le couloir où se trouvent les petites salles d’attente, elle m’a dit que la maman pleurait. Soeur Supérieure était très digne.  Plus tard, sûrement un ou deux ans après “le mur”, j’ai croisé Marie-Ange; elle poussait une voiture d’enfant, elle était belle et triste. Elle ne m’a pas reconnue. On n’en a plus jamais parlé.

3 septembre 2011

Quand le Maneken Pis reçoit réplique ad hoc (Joe Krapov)

Ordure ! 
Crevure ! Lady gaga en robe d’épluchures !
Inspecteur La Bavure ! Profanateur de sépulture ! 
Râclure de bidet de roulure !

Vieux fox à poil dur de Namur !
Adopteur de postures qui tournent à l’imposture ! 
Saupiquet d’acupuncture !
Caricature de bouffissure ! Espèce de boursouflure ! Gros plein de courbatures !

Epouvantail en déconfiture !
Enflure sans culture ni demi-mesure ! Demi-sel sans envergure !
Paltoquet sans doublure !
Superficiel de l’échancrure !

Eclaboussure de vieux campeur à côté de ses chaussures !
Pourceau d’Epicure ! Sans envergure !

Ratatine-ordures ! Ecorcheur de littérature ! Ignorant de l’écriture ! Rature !

Zakouski en friture !

Riz nature ou cantonais en garniture ! Ambulante injure !
Face d’enluminure ! Végétatif de la luxure ! Hooligan à chevelure !

Rognure d’ongle de la comtesse de Ségur !
Rien sous la toiture ! Abruti de la Côte d’Azur !
Thermomètre à mercure !
Président en miniature ! Ame obscure !

Parjure de nature !
Shooté de la piqûre ! Pourriture de sous-préfecture !

Primogéniture de Saumur sans fémur ! Patate dure ! Perclus de vergetures !

Vicieux de cercle sans quadrature !

Lie de roture ! Rayure ! Retirure ! Point de suture ! Infection qui suppure !
Troncature ! Mononeuronal sous bromure !
Editeur de brochures sans allure !

Pondeur de sous-littérature !
Guérisseur d’engelures ! Résidu d’hydrocarbures !

Leroidec de la forfaiture ! Chiure de gomme ! Messala ennemi de Ben-Hur !

Graffiteur sans imprimatur !

Jean Nouvel obscur ! Bas du front sans couture !
Sang impur ! Enurésique de mauvais augure ! Balayure !

Bachi-bouzouk en robe de bure !
Espèce d’embouchure ! Triste figure !
Flétrissure ! No future ! Gros plein de garbure !

Si d’aventure je te reprends à uriner contre mon mur, tu vas te faire appeler Arthur !
 

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Photo prise à Rennes le 10 avril 2011

3 septembre 2011

M.U.R.S (Captaine Lili)

Mousse

Sous les doigts

La mousse

Fraichit les pierres

*

Usure

La plus haute muraille

S’émousse

Du temps passé

*

Retenue

Fermé, clos,

Le mur entaille

La liberté

*

Soutènement

L’une sur l’autre,

Les pierres maillent

Un tricot solide

3 septembre 2011

Emmuré vivant‏ (titisoorts)

Difficile déjà de se rendre compte que c'est nous qui nous nous encerclons, enfermons autour d'un mur de briques, petit à petit. Le mur au début ne nous fait que de l'ombre, sournoit il nous sépare, nous renferme du monde extérieur.
Mur d'Hadrien, laissez moi passer Romain.
Le mur nous permet, si on le désire, d'essayer de regarder, d'être curieux, tout en restant caché. Il nous arrive de vouloir le détruire à coup de masse, pour refouler une colère ou pour se libérer. Eh bien pourquoi ne pas l'escalader, l'envers nous ferait-il peur ?
Mur d'Antonin, un mur d'écho très étroit.
Protège moi aujourd'hui, détruits moi demain. Prêt à toutes les dépenses, le mur des lamentations un bout de mur juif el bout raque de voeux et de prières.
Le mur de son est-il le big bang du mur du silence. Nous nous protégeons entre quatre murs, après s'être heurté à un mur pour se retrouver au pied du mur d'un refus pour en être au dos. Vivons à fond allons droit dans le mur et faisons le mur de notre vie.

3 septembre 2011

Les murs – (EVP)

                                                      2/09/11

 

Les lamentations du mur

 

C’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Tu parles !

C’est parce qu’il est mûr que c’est un couillon ?

Non, c’est vrai quoi, moi mur ordinaire, j’en ai marre de votre suffisance et de votre bêtise à vous les hommes.

Vous nous construisez énormes, gigantesques et aussi laids que votre peur et votre égoïsme.

Pour vous séparez – Vous dites pour vous protégez- des AUTRES.

Quels AUTRES ? Bon sang de marbre !!

L’autre, parce qu’il est plus pauvre, plus noir, d’une autre religion, d’une autre ethnie, d’un autre régime politique ?

Imbéciles que vous êtes !

Votre femme est autre, votre fils, vos filles sont autres.

Vous êtes dedans ou dehors, qui sont les emmurés ?

Après un jour, vous nous cassez, vous nous démontez pierre à pierre…Et vous recommencez ailleurs ! Vraiment, vous vous prétendez « êtres pensants » Quelle blague !!

L’un de nos doyens, là-bas à Jérusalem, des tas de gens viennent confier leur prière qui commence toujours par « Shalom » qui veut dire : Paix, et juste à quelques kilomètres, on fait un grand mur dégoûtant en vilain béton gris !!

Moi, je voudrais être un petit muret de pierres sèches, pas l’un de ceux qui séparent et marquent la propriété mais un de ceux qui retiennent la terre pour la travailler.

Je voudrais être le mur d’une maison de vacances percé de fenêtres toujours ouvertes.
Et mon rêve secret : Je voudrais être un mur du Louvre ou du Prado ou de l’Ermitage, avec des cimaises et des gens qui viendraient s’émouvoir devant moi – Oui, d’accord devant l’œuvre- Mais bon, c’est moi qui la met en valeur, non ?

Allez, je retourne à mon mutisme naturel, ça vaut mieux car de colère, je me lézarde !

3 septembre 2011

Participation de Sebarjo

 

La_po_sie_se_dessine_sur_les_murs

 

La poésie même lointaine et vague

Aime à s'étaler sur les murs

Et s'incrire sur leurs crépis impurs

Se jeter follement dans quelques tags

Pour remplacer les Fuck you et Nique ta mère !

Par cette répétition allègre et austère

La suprême injure enfantine,

La poésie qui se dessine.


3 septembre 2011

Chez le coiffeur (PHIL)

 

Gamin, je faisais des cauchemars. Rien là de très original, n’est-ce pas. Quel enfant ne s’est pas réveillé en sursaut au milieu de la nuit, hagard et dégoulinant de sueur ? Moi je rêvais de murs. J’étais prisonnier de murs immenses disposés en labyrinthe, une image que j’avais dû voir dans un quelconque comics chez le coiffeur. Des murs d’une hauteur inimaginable. Ces murs infranchissables étaient faits de brique, comme la plupart des murs des zones industrielles de par ici, à l’époque. Et sur ces constructions vertigineuses dont on ignorait la finalité exacte, à part celle de m’effrayer, étaient collés quantités d’affiches à moitié lacérées, comme s’il s’était agi de murs parfaitement banals ; on y trouvait l’inévitable réclame pour la brillantine, le programme du prochain festival du rire à Bobino, des affiches électorales, même. Ah oui, on était en campagne ; et votez De Gaulle, votez Mitterrand, votez Lecanuet. Même Tixier-Vignancour y était, c’est dire qu’il y avait bien de quoi avoir des cauchemars.

Je sais d’où ça venait, cette histoire de murailles : de chez le coiffeur, justement. J’y allais avec mon père, le samedi après-midi. Le coiffeur habitait un pavillon banal, en meulière comme le nôtre. Nous nous y rendions à pied par un dédale de rues plus ou moins identiques et aux trottoirs défoncés. C’était presque pareil que chez nous, sauf qu’à la place de la salle à manger, il y avait le salon du coiffeur, avec ses étagères couvertes de lotions, son grand fauteuil de moleskine rouge (le siège de la torture) et surtout, surtout, une pile quasiment inépuisable d’illustrés dont je me délectais avidement à chaque visite.

Quand venait mon tour, je m’asseyais vaguement tremblant sur le fauteuil rouge, tandis que le coiffeur déclarait invariablement qu’il allait me tailler les oreilles en pointe. Et déjà je me voyais métamorphosé en P’tit Loup (je lisais le journal de Mickey). Et le bonhomme d’éclater d’un rire sonore tout en affûtant ses armes. Quant à moi, je souriais. Jaune. Je vais te raser le crâne, déclarait-il alors. Il n’en était évidemment pas question, mais je me renseignais néanmoins pour savoir à quoi ça servirait. Et il répondait qu’ainsi mes cheveux repousseraient plus forts ensuite, c’est comme le gazon qu’on tond pour qu’il soit plus beau. Bien.

Pendant que mon père se faisait coiffer, je replongeais illico dans les bandes dessinées. J’hésitais entre le Surfer d’Argent et Piko (nom français de Woody Woodpecker, souvenez-vous). Ou les chiens Bop et Be-Bop. Il y avait le choix. Je me souviens d’une histoire dans laquelle un méchant, allez savoir s’il s’agissait d’un Rapetou ou de Pat Hibulaire, je ne me souviens plus, c’est vieux, s’enfuyait courageusement en rasant les murs.

En rasant les murs, bon sang : c’était écrit en toutes lettres dans le livre. Vous comprenez maintenant le pourquoi du comment de mon satané cauchemar. On rasait les murs et ils allaient repousser plus forts, plus hauts, jusqu’au ciel, et m’emprisonner pour toujours.

3 septembre 2011

Another brick (Vegas sur sarthe)

Mille neuf cent soixante dix huit.
A peine surpris, David-Gilles Mur ramassa le paquet rose.
Ce matin comme chaque matin depuis qu'il travaillait sur l'opéra, une nouvelle brique lui arrivait, rose elle aussi... Another brick in the wall.
Au loin un ré mineur tapait comme un sourd mais les fondations étaient solides... Another brick in the wall.
Malgré le mur toujours plus haut un choeur de cour de récré montait en révolte... Another brick in the wall.
Ce troisième volet claquait inlassablement en quatre temps mais David-Gilles Mur ne l'entendait pas, tout comme il ne voyait pas ce vol de flamants dans le ciel, d'ailleurs les flamants n'existent pas.
Demain serait peut-être le jour de la dernière brique rose, celle qui le protégerait enfin d'un monde si cruel...
Goodbye.

3 septembre 2011

Participation de Ristretto

L'été n'était pas fini,
sans bruit les dernières hirondelles effilochaient la brume,
mais les soirs avaient encore des lueurs framboisines par delà le grand mur.
Bientôt, dans quelques jours à peine, il ne serait plus qu'ombre.

Postée comme à l'accoutumée à l'unique fenêtre de son petit logement, Francette connaissait bien le mur d'en face.
Il était son horizon.
Le grand mur d'en face, long comme un jour sans pain, gris taupe, uniforme, il filait jusqu'à la place des potences.
Il allait plus loin encore, mais Francette ne se souvenait plus du noms des rues.
Peu importait maintenant, ses jambes ne la portaient plus que de son lit à cette fenêtre face au mur.

Le mur, elle le regardait.
Comme sur un écran elle y voyait parfois les vagues de l'océan, nuages d'écumes ou goélands. Les heures s'écoulaient, son regard vagabondait de grèves en presqu'îles. Elle y laissait voguer ses rêves de voyages vers des outre-mers exotiques.

Le mur, elle lui parlait.
D'une petite voix fluette, elle lui confiait bien des secrets. Son premier amoureux qu'elle retrouvait en cachette à la sortie de l'usine. A bicyclette ils allaient jusqu'au bois du Meunier. C'est là qu'un soir de juin elle s'était donnée à lui, juste avant qu'il ne parte à la guerre.
Le mur comme par magie lui renvoyait ce parfum de lavande et d'herbes coupées. 

Le mur, elle l'écoutait aussi.
Il avait des rires frêles, des chants et des tambours.
Il avait des murmures, des gémissements, des plaintes.
Il avait des cris, le grand mur gris de la prison Saint Jean.

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