1749 (Adrienne)
L'Adrienne a été bien étonnée d'apprendre que le mot vide-poches est attesté depuis 1749: elle-même avait bien dix ans quand elle l'a entendu pour la première fois ;-)
L'Adrienne a été bien étonnée d'apprendre que le mot vide-poches est attesté depuis 1749: elle-même avait bien dix ans quand elle l'a entendu pour la première fois ;-)
On avait choisi le bon timing en décidant de fêter notre bachelorette Cindy le dernier week-end d’août et c’était vraiment cool d’avoir pu réunir toute notre dream team. Un vrai challenge, surtout à cause du boss de Cindy, avec qui on avait dû faire le forcing pour qu’il la laisse faire un break. OK, c’était assez girly, même si on avait embarqué deux copains gay dont un venait de faire son coming out. On a pris un de ces vols low cost où le sandwich au bacon coûte le prix d’un steak wagyu mais ça n’a pas empêché que le voyage soit très fun ! On a briefé le steward, expliqué que Cindy se mariait dans huit jours, alors on a fait notre show pour tout le charter et Cindy a reçu une standing ovation. C’était top !
Dans la ville de l'Adrienne, chacun est très fier du folklore local et une de ses premières manifestations a lieu début janvier: c'est le carnaval.
L'Adrienne a toujours entendu son père vitupérer contre ces touristes qui, alors qu'ils ont choisi une destination étrangère, parfois même exotique, désirent y boire et y manger exactement ce qu'ils mangent et boivent chez eux.
- Autant rester chez soi, alors! disait-il.
C'est donc à lui qu'elle a pensé en voyant la photo proposée par Walrus et en lisant ce passage chez Jonathan Coe, où Billy Wilder et ses invités sont attablés dans le meilleur restaurant bavarois et qu'Al Pacino veut une chose qui n'est pas au menu: un cheeseburger avec des frites et du coleslaw.
Ce qui fait bondir Billy Wilder exactement comme l'aurait fait le père de l'Adrienne:
"Un cheeseburger, vraiment? Vous vous croyez au McDonald's?
- Non, je sais qu'on n'est pas au McDonald's, répondit Pacino, mais j'ai envie d'un cheeseburger, c'est tout. Où est le problème? N'importe quel resto du monde peut vous servir un cheeseburger, non?
- Certes, mais ce restaurant n'est pas n'importe quel restaurant. Nous sommes dans la salle de restaurant du Bayerischer Hof. Le chef est le meilleur d'Allemagne. Et sa spécialité, c'est le Schweinshaxe.
- Eh bien, je suis ravi de l'apprendre. Mais ma spécialité à moi, ce sont les cheeseburgers. Et je compte sur lui pour m'en préparer un du tonnerre.
- Vous devriez peut-être commander un milkshake au chocolat avec. Ou un diabolo fraise. Cela s'accordera sans doute mieux avec votre plat qu'un riesling millésimé."
Bref, ça énerve tellement Billy Wilder qu'il conclut en disant au serveur :
"Dans ce cas, vous pourriez également apporter du ketchup et de la mayo, et enlever les couverts de monsieur Pacino pour qu'il puisse manger avec les doigts, et peut-être régler vos horloges sur l'heure d'été du Pacifique, pour qu'il ait toujours l'impression d'être chez lui, à Los Angeles."
Jonathan Coe, Billy Wilder et moi, éd. Gallimard 2021, p.152-153.
A la veille de la guerre, Georges Grard travaille à une œuvre qu'il appellera "La Mer". Comme souvent chez lui, il s'agit d'une femme aux rondeurs voluptueuses.
Après la guerre, le casino Kursaal, détruit par les Allemands, est reconstruit. Les Ostendais demandent à Georges Grard une sculpture pour l'orner: ce sera "La Mer".
Mais on est alors au début des années cinquante et cette nudité est jugée choquante. Au même moment, d'ailleurs, l'évêque de Tournai menace et proteste contre une autre œuvre de Georges Grard, La Naïade: c'est l'évêque qui gagne la dispute et la pauvre naïade sera reléguée sous un pont où elle ne risque pas de choquer le regard du passant.
A Ostende, c'est le journal local, De Zeewacht, qui mène le combat contre "cet outrage aux bonnes mœurs" et lui donne son surnom, Dikke Mathille.
En réalité, c'est plutôt la pauvre baigneuse qui est outragée: on la peinturlure, on lui jette des pierres, on essaie de la détacher de son socle...
Elle a finalement été déplacée: les édiles ostendais ont cru qu'elle serait plus à l'abri si elle se trouvait entourée d'eau, dans le parc. Là, les "blagues" ont continué, comme par exemple jeter des kilos de poudre à lessiver dans son plan d'eau pour qu'il se transforme en bain moussant.
Ces dernières années, il est parfois question de la remettre à sa place d'origine, au-dessus de l'entrée du Kursaal: c'est l'occasion d'un nouveau débat autour de Dikke Mathille, qui fait désormais partie du folklore ostendais ;-)
Des amis, des inconnus, sont accourus avec leurs raclettes et leurs torchons - vocabulaire belge, on est en Belgique - et l'ont aidée à se débarrasser de la boue, puis de tout ce qui était abîmé, cassé, invendable.
- Cette fois, dit-elle à chacun, c'est le coup de grâce. J'arrête le magasin. J'arrête tout!
Elle venait de traverser une longue période covid, magasin fermé, les articles pour la cuisine et les articles cadeaux n'ayant pas été jugés essentiels.
D'ailleurs, les fêtes de mariage, d'anniversaires et autres avaient aussi été annulées ou reportées. Qui avait eu besoin d'acheter des cadeaux?
Puis des voisins, des clients, avaient exprimé leur sympathie et l'espoir que les commerces rouvriraient dans le quartier sinistré.
Déjà la pharmacienne s'y préparait, dans deux containers loués.
Alors, quand les caméras de la télévision sont repassées, une dizaine de jours après les dégâts, elle était en train de disposer sur un rayon toute une collection de moulins à poivre.
- Oui, dit-elle, mi-souriante, mi-fataliste, je vais rouvrir quand même.
Il lui aurait bien fait le coup de la panne, mais vu que c'était toujours elle qui conduisait, il allait devoir trouver autre chose.
- Nous sommes arrivés, mon Général, fit-elle en coupant le moteur.
- Merci Kay!
ll soupira.
Une fois de plus, le trajet avait été bien trop court.
La présence quotidienne de Rémy sur cette plage déserte était un mystère pour mini-Adrienne.
Tout à coup il apparaissait ou disparaissait, elle ne savait rien de lui, sauf son prénom.
Où logeait-il ?
Où était sa famille ?
Il n’en était jamais question.
Chaque jour, les parents déployaient les draps de plage et s’installaient avec leurs magazines.
Mini-Adrienne et son petit frère commençaient leurs travaux en attendant la marée.
Chaque jour, ils rebâtissaient un fort au bord de l'eau, convaincus qu’ils finiraient par en réaliser un capable de résister aux vagues.
Même l’aide de Rémy n’y avait jamais suffi.
Parfois monsieur Beauciel passait faire la conversation aux parents.
Sa femme et lui étaient cette sorte de grands-parents sans petits-enfants.
Monsieur Beauciel aimait bien vérifier si Rémy savait toutes les choses qu’un enfant de dix ans doit savoir.
Comme la liste des départements, par exemple.
Avec leur chef-lieu.
Monsieur Beauciel semblait très étonné des lacunes dans les connaissances de Rémy et avait terminé son interrogatoire par un « il faudra apprendre tout ça, mon garçon, c’est indispensable ! » alors Rémy avait baissé la tête et n’avait rien répondu.
Mini-Adrienne en avait été mortifiée pour lui.
Mais ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde : quatre ans plus tard, quand les parents ont de nouveau pris la route des vacances en France, elle avait le gros Michelin rouge sur les genoux et apprenait par cœur les numéros et les noms des départements français.
Leur chef-lieu, malheureusement, ne s’y trouvait pas.
Par conséquent elle aussi a des lacunes dans ces connaissances indispensables :-)
Mini-Adrienne et son petit frère auraient bien aimé avoir un chien, mais leur père était inflexible : aucun animal, pas même un poisson rouge !
Alors, jusqu’à l’arrivée de Chien Parfait dans sa vie, en novembre 1987, elle a dû se contenter des chiens des autres.
A commencer par Gita, la grande chienne noire de monsieur Redon, de l’Hôtel de la Plage à Saint-Jean-le-Thomas, qui l’escortait tranquillement à travers prés jusqu’au bord de mer, puis s’en retournait chez elle.
Ensuite il y a eu le chien d’Anna, la voisine de grand-mère, une sorte de corniaud à poils ras qu’Anna avait appelé Sijske.
- C’est quoi, ça, comme nom ? lui avait dit grand-mère Adrienne, mais Anna avait tenu bon et chaque fois qu’elle appelait son chien « Sijske ! Sijske ! », grand-mère haussait les épaules et bougonnait « C’est pas un nom pour un chien, ça ! », ce que Sijske confirmait en ne répondant jamais aux appels de sa maîtresse.
Grand-mère elle-même avait eu un chien au cours de l’été 1944 et l’avait appelé Maquis. On pourrait en conclure qu’elle avait des idées bien à elle sur ce qui était – ou pas – un nom de chien.
Celui-là, mini-Adrienne ne l’a connu qu’en photo, petite boule de poils blancs qui se glissait dans la manche du battle-dress de Bob, un des soldats anglais qui logeaient chez grand-mère à la Libération.
Mais aujourd’hui que l’Adrienne habite en ville, elle aimerait qu’il y ait un peu moins de chiens dans sa vie, surtout de ceux qu’on laisse aboyer dehors toute la nuit, ou les bouledogues des voisins, qui aboient dès six heures du matin ;-)
- Et qu’allons-nous faire aujourd’hui ? demande Madame après les salutations d’usage.
- Aujourd’hui on va s’entraîner à écrire ! répond petit Léon.
- D’accord… et on fait quoi, exactement ? Une dictée ?
- Non ! Vous me montrez une image ou vous me donnez une phrase et moi je dois inventer une histoire.
- Ah ! Bon !
Madame a pris la première chose qui lui tombait sous la main : un épais fascicule publicitaire reçu avec son magazine. On y voit des familles, heureuses de faire du camping à mille milles de toute région habitée, entourées d’un tas de matériel utile et inutile.
- Voilà, fait-elle, en lui proposant une photo de paysage idyllique, avec de la verdure, une montagne au loin, un beau soleil couchant. C’est bon ? Ça te va ?
- C’est très bien, approuve petit Léon avec tout le sérieux de ses onze ans.
Et il se met à écrire.
- Fini ! crie-t-il tout joyeux, trois minutes plus tard.
Madame lit. Des extra-terrestres sont venus, la famille a été pulvérisée et des zombies sont sortis de terre. Petit Léon est content de lui et Madame est assez perplexe.
- Bien, bien, fait-elle. Tu en as, de l’imagination ! Mais pourquoi ils sont tous morts ?
Quelques explications et corrections plus tard, petit Léon réclame une autre photo.
Et bien, croyez-le, que vous lui montriez le sable du Sahara, une vue de la mer du Nord, des palmiers au soleil ou un pont de bois à Lucerne, petit Léon vous inventera chaque fois le même genre d’histoire : le pont explosera, des zombies sortiront du sable, des soucoupes volantes déverseront des hordes d’aliens hostiles et les derniers humains deviendront cannibales…
- Moi j’aime les films d’horreur, explique-t-il.
Pour l'Adrienne, rayon UV veut dire 'ultra-violent'.
Elle est comme monsieur Bordenave: elle n'aime pas le soleil.
Entendons-nous bien: elle aime le soleil qui fait mûrir ses framboises ou qui réchauffe la terre pour y faire germer toutes sortes de graines.
Mais pas sur sa peau.
Sur sa peau, elle a tout essayé: les crèmes solaires facteur 50, les chapeaux de paille, l'ombre des arbres... rien n'y fait.
Chaque année, pendant toute son adolescence, malgré les précautions prises, les vacances familiales ardéchoises avaient très vite le même résultat: la brûlure.
Grave.
Pourtant, elle s'enveloppait dans un drap de bain jusqu'au moment de plonger dans la rivière.
Pourtant, elle restait à l'ombre et même dans la tente (surchauffée) aux heures les plus dangereuses.
Pourtant, elle ne se promenait jamais en maillot de bain, comme le faisaient tous les autres.
Qui bronzaient allègrement.
Conclusion: il y a toutes sortes de violences et toutes sortes d'inégalités :-)
- Qu’est-ce que c’est que ça ? Moi n’aime pas ça ! disait mini-Adrienne du haut de ses presque cinq ans, en examinant attentivement ce qu’il y avait dans son assiette.
Rassurez-vous, ça n’arrivait pas souvent.
Si peu souvent, même, qu’elle se souvient exactement de quoi il s’agissait et de la raison pour laquelle elle fronçait le nez comme si on avait voulu l’empoisonner.
La première fois, c’était pour des champignons.
Ils avaient flotté trop longtemps dans l’eau, probablement, parce qu’ils baignaient dans un jus noir.
Et ne sentaient pas bon.
Mais ça, les parents ne l’ont pas compris :
- Toi, tu manges avec les yeux ! ont-ils décrété.
Et ils ont continué à lui faire ce reproche. Toute la vie.
D’accord, l’aspect visuel, c’est important.
Mais ce qui rebutait mini-Adrienne, c’était l’odeur.
L’odeur du chou rouge.
L’odeur de la soupe.
L’odeur de la chicorée.
- Pourquoi tu mets « ça » sur le café ? demandait-elle à sa grand-mère en lui voyant ajouter une grosse cuillerée de chicorée par-dessus le café moulu, avant d’y verser l’eau bouillante.
- Parce que c’est meilleur !
- « Ça » sent mauvais !
Les grandes personnes n’ont jamais accepté cet argument : elles aimaient l’odeur douceâtre de la chicorée qui dénaturait complètement le goût du café.
Grand-mère Adrienne, jusqu’à son dernier souffle, a ajouté sa cuillerée de chicorée dans son filtre à café.
- Parce que c’est meilleur :-)
Ils ont mis sur fb une photo de Madame toute jeunette – enfin, entendons-nous bien, elle a tout de même la trentaine – où on peut voir Frédo-la-Terreur, venu écrire une réponse au tableau, en profiter pour se faire photographier à côté d'elle par un complice.
Bruno-la-Terreur
Tous deux aujourd’hui ont femme et enfants et sont des papas modèles, preuve qu’il ne faut désespérer de rien.
Mais là, en dernière année de secondaire, ah là! méfiance! Comme pour les petits enfants, c’est quand ils avaient l’air calmes, attentifs et travailleurs qu’il fallait se méfier le plus.
Comme juste avant la photo.
Laisser le Frédo sur sa chaise.
Ignorer son doigt levé.
Lui, volontaire pour donner une réponse?
Venir au tableau?
Allons donc 
Bref, ça va faire trente ans qu’ils ont quitté l’école et ils sont pris d’une grosse bouffée de nostalgie.
Ont ressorti les petits films de leurs (nombreuses) fêtes.
Et les photos des profs piégés.
Les réactions des uns et des autres ont remis en mémoire à Madame de qui se composait le reste de la classe.
Et comme il fallait se méfier lors des tests.
Aujourd’hui encore, elle les soupçonne d’avoir eu entre eux toutes sortes de codes pour essayer de s’entraider: une œillade discrète, un toussotement... elle se méfiait de tout et sortait chaque fois épuisée.
Les premiers contacts de (la future) Madame avec les directeurs des écoles où elle a sollicité un emploi lui sont restés en travers de la gorge.
Bien calé dans son fauteuil capitonné, l’homme l’avait regardée du haut de sa toute-puissance pour lui déclarer du bout des lèvres:
– Vous êtes sûrement très compétente, mais voyez-vous, les femmes ont si souvent des problèmes de discipline, elles ont du mal à tenir une classe.
Le comble, c’est qu’il n’avait jamais pu le vérifier: son personnel était uniquement masculin.
Ce qu’elle lui a d’ailleurs fait remarquer – qu’avait-elle à perdre? Rien! et ce serait peut-être utile à la prochaine qui se présenterait.
Autre province, même topo.
Sans que le mot femme ne soit prononcé: celui-là se croyait plus malin en parlant de jeunesse ou d’inexpérience.
Mais on avait compris.
Bref, quand (la future) Madame s’est trouvée devant le directeur qui se montrait prêt à l’engager, elle a cru bon de le prévenir:
– Vous êtes bien certain que vous vous voulez engager une femme? Vous n’avez pas peur pour « la discipline »?
La tête du pauvre homme!
Elle en rit encore 
Il y avait plusieurs Mariette dans la vie de grand-mère Adrienne, aussi leur prénom s'accompagnait-il toujours de précisions du genre "Mariette-van-nevens-de-deur" ou "Mariette-van-tante-Palmyre".
Pourquoi Herman Van Springel, vous demandez-vous.
Et vous n'êtes pas les seuls.
Malgré ses questions à sa grand-mère et ses propres observations, la petite n'a jamais pu percer ce mystère: il n'était ni né dans le même coin de Flandre, ni beau, ni le plus grand champion du pays.
Ce devait être au début des années septante quand le téléphone a été installé: les nouveaux voisins ne s'appelaient plus Albert et Julia et ils n'avaient pas le téléphone.
Petit frère, contrairement à mini-Adrienne, n'a pas été élevé par la grand-mère en patois flamand, mais par sa maman et en bon français.
Le père, on l'a déjà dit ici, c'est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d'une table.
Dans la cuisine, l'Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
"La gastronomie est une science exacte", disait-il.
Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l'heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.
L'Adrienne souriait et se disait qu'elle avait trouvé là l'exact opposé de son père.
Mais elle se trompait.
Elle s'en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l'amie Violeta, et ça s'est confirmé avec la baklawa.
Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c'est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n'y en a jamais assez :-)
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.
Et c'est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.
Encaustique! s'est dit l'Adrienne en voyant le mot proposé par Maître Walrus sur le Défi du samedi.
Encaustique!
Non, non, non, non! elle ne participerait pas!
Le mot n'évoquait que des souvenirs d'enfance et parfois elle en a vraiment marre de ses envahissants souvenirs.
Dans ce cas-ci, les souvenirs du "grand nettoyage de printemps", qui pour la mère de mini-Adrienne n'était pas un vain mot.
Chaque pièce tour à tour était entièrement chamboulée, les meubles vidés, retirés des murs, et bien sûr passés à l'encaustique.
Pendant trois semaines au moins la famille vivait entre des tapis roulés, des fenêtres sans rideaux, de la vaisselle entassée sur les tables...
Le père ne savait plus où se mettre pour lire son journal, le soir.
Et cette odeur!
Cette odeur de l'encaustique qui monopolisait les narines!
Seule la mère avait le droit de l'utiliser: le rôle de mini-Adrienne venait dans la phase précédente - brosser et frotter pour dépoussiérer - et dans la phase suivante - brosser et frotter pour faire reluire.
Non, définitivement non, elle ne participera pas!
***
Et bien sûr c'est le père qui a eu raison: les meubles étaient toujours là, luisants et sans une égratignure, alors que lui n'y était plus.