Les toutous, les touristes (Adrienne)
L'Adrienne a toujours entendu son père vitupérer contre ces touristes qui, alors qu'ils ont choisi une destination étrangère, parfois même exotique, désirent y boire et y manger exactement ce qu'ils mangent et boivent chez eux.
- Autant rester chez soi, alors! disait-il.
C'est donc à lui qu'elle a pensé en voyant la photo proposée par Walrus et en lisant ce passage chez Jonathan Coe, où Billy Wilder et ses invités sont attablés dans le meilleur restaurant bavarois et qu'Al Pacino veut une chose qui n'est pas au menu: un cheeseburger avec des frites et du coleslaw.
Ce qui fait bondir Billy Wilder exactement comme l'aurait fait le père de l'Adrienne:
"Un cheeseburger, vraiment? Vous vous croyez au McDonald's?
- Non, je sais qu'on n'est pas au McDonald's, répondit Pacino, mais j'ai envie d'un cheeseburger, c'est tout. Où est le problème? N'importe quel resto du monde peut vous servir un cheeseburger, non?
- Certes, mais ce restaurant n'est pas n'importe quel restaurant. Nous sommes dans la salle de restaurant du Bayerischer Hof. Le chef est le meilleur d'Allemagne. Et sa spécialité, c'est le Schweinshaxe.
- Eh bien, je suis ravi de l'apprendre. Mais ma spécialité à moi, ce sont les cheeseburgers. Et je compte sur lui pour m'en préparer un du tonnerre.
- Vous devriez peut-être commander un milkshake au chocolat avec. Ou un diabolo fraise. Cela s'accordera sans doute mieux avec votre plat qu'un riesling millésimé."
Bref, ça énerve tellement Billy Wilder qu'il conclut en disant au serveur :
"Dans ce cas, vous pourriez également apporter du ketchup et de la mayo, et enlever les couverts de monsieur Pacino pour qu'il puisse manger avec les doigts, et peut-être régler vos horloges sur l'heure d'été du Pacifique, pour qu'il ait toujours l'impression d'être chez lui, à Los Angeles."
Jonathan Coe, Billy Wilder et moi, éd. Gallimard 2021, p.152-153.