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Le défi du samedi
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21 août 2021

2021, L'Odyssée estivale continue, persiste, perdure, se macère, s'arrête, se boudine et s'attriste (joye)

J’entends déjà l'indignation d’ici - soupirs !

Jamais je ne comprendrai les Terrien·ne·s.

On dirait qu’il haïssent la nature.

À part tuer les arbres, les animaux, les insectes, et leur planète entière, ils trouvent que c’est chouette de se défigurer avec des tatouages, des maquillages et des piercings. Il y a même des gens qui s’injectent du poison et du plastique. 

Ma prof de Bizarreries de l’univers nous a même expliqué en classe aujourd’hui qu’il y a des Terrien·ne·s qui font de telles choses inouïes à leurs chiens et à leurs chats, les habillant dans des costumes et leur coupant les oreilles et les queues !  

Nous ne voulions pas la croire, même quand elle nous a montré ses preuves : une tof d’une adorable petite Terrienne. Quelqu’un de tordu avait tracé des voies célestes sur son petit visage ! Après, le malfrat anonyme a visiblement essayé de l’étouffer dans un grand costume de clown !

Je sais. Affreux !

Cette petite bambine était superbe sans tout ce qu’elle devait porter sur son visage et son corps. Même sans la peau bleue prisée par nous les Estivalien·ne·s, sa beauté unique était gâchée par cet excès.

Non, vraiment,  jamais je ne comprendrai les Terrien·ne·s. Sauf peut-être ceux·celles qui pensent comme moi.

get well

Fin de transmission

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21 août 2021

Dertienavond (Adrienne)

 
Dans la ville de l'Adrienne, chacun est très fier du folklore local et une de ses premières manifestations a lieu début janvier: c'est le carnaval.

S'il a lieu si tôt dans le calendrier, c'est parce qu'il n'a rien à voir avec le Carême ni le mardi gras, mais qu'il repose entièrement sur la tradition du "dertienavond", le treizième jour après Noël - et avant la christianisation de notre contrée, c'était le "dertienavond" après le solstice d'hiver.
Bref, c'est un des tous premiers carnavals du pays, et le but n'est pas de défiler avec un beau déguisement, mais de "faire la fête aux fous", de se rendre méconnaissable pour faire des blagues aux gens sans qu'ils puissent deviner à qui ils ont affaire.
Pour leur premier "dertienavond" - qui fut aussi le dernier, mais ça c'est une autre histoire - les parents de mini-Adrienne, à l'époque de leurs fiançailles, ont fait appel aux talents de couturière de la grand-mère, qui leur a confectionné une tenue de danseurs de flamenco. Du travail de pro, avec des sequins cousus main, un à un, sur le boléro. 
Vous comprenez donc que ces précieuses reliques se trouvent dans une boîte, dans le grenier de l'Adrienne... une boîte dont elles ne sont pas sorties depuis plus d'un demi-siècle.
Merci, Walrus, de permettre de les ressortir symboliquement ce samedi!
 
21 août 2021

Participation de Clio101

 
Qu'est-ce que je fais ici  ? songeait l'enfant.

Dans moins de dix minutes un coup de gong retentirait et elle s'élancerait seule sur l'estrade du temple pour honorer la Déesse.
Elle avait répété la chorégraphie toute la journée d'hier sous l'œil vigilant de la prêtresse en charge des novices. A la moindre erreur sur un pas ou la position d'un doigt elle avait dû tout recommencer. Quand les répétitions avaient pris fin, juste avant que ne retentisse la cloche pour le repas du soir, la prêtresse l'avait rassurée : elle maîtrisait parfaitement le rituel.

Mais aujourd'hui, habillée du traditionnel costume à losanges multicolores, une collerette de tulle rouge autour du visage, une couronne ornée de perles sur la tête, le visage maquillé de courbes et d'arabesques et d'un losange au milieu du front, signe de son lien avec la Déesse, elle sentait le trac monter.


Bientôt les pans du rideau s'écarteraient et elle serait seule.

Personne pour la guider ou rattraper un faux pas.

Face à elle, derrière le lourd tissu de velours, la statue de la Déesse.

Devant elle le village entier et ses parents, juste au premier rang.

Derrière elle les prêtresse et les autres danseuses, prêtes à la rejoindre dès que la première partie du rituel serait achevée.

Tous à l'affût.

 

Aujourd'hui on célébrait le jour où la Déesse avait appris l'art de l'agriculture aux hommes. Si le rituel la satisfaisait elle offrait des récoltes abondantes, la bonne santé des bêtes et la fécondité des femmes. Dans le cas contraire, stérilité, tempêtes et sécheresses s'abattaient sur le village. Et pour elle, première danseuse, la réprobation de tout le village et de ses parents, son exclusion du temple et la perte de toute possibilité d'intégrer la caste des prêtresses.


Le moindre faux pas et tout serait terminé.

 

L'enfant se débattait encore dans ces sombres pensées quand les clochettes qui annonçaient l'ouverture du temple aux villageois retentirent. Ce son fluet chassa, comme si elle n'était jamais venue, sa bouffée de pessimisme.
Son regard, jusqu'ici craintif, se para d'une farouche détermination.
            Les pas qu'elle devait réaliser constituaient la réalisation de son rêve, la première étape d'une carrière désirée dès l'enfance et l'aboutissement de plusieurs années de travail acharné.

Hors de question de tout gâcher par des pensées négatives qui la paralyseraient et l'empêcheraient de donner le meilleur d'elle-même.

Elle se concentra, orienta son énergie vers le rideau et l'estrade et se visualisa en train de réaliser les premiers pas du rituel.

Le gong retentit, le rideau s'ouvrit et elle s'élança, toute peur et toute crainte envolées.
 

21 août 2021

Tokyo (Walrus)

 
J'ignore comment cette photo prise par mon beau-fils au carnaval de Binche en février 2006 est parvenue dans les fichiers de mon ordinateur (enfin, je le devine mais je ne vais pas m'embarquer dans des explications oiseuses).

Dès que je l'ai vue, j'ai pensé à Tokyo !

Non, je ne sais pas s'il y a un carnaval à Tokyo, j'ai pensé à notre amie Tokyo parce que son pseudo précédent était... Venise !

Ça c'est pour l'impression au premier coup d'œil.

Puis, j'y ai regardé de plus près et, au milieu de ce décor trop parfait et sophistiqué, j'ai découvert le visage délicat de l'enfant.

Délicat mais d'un sérieux parfait, pas de gaieté dans les yeux, pas de sourire sur les lèvres.

Cette mignonne toute jeune fille est engoncée dans un décor opulent mais ne semble ressentir aucun plaisir à en être la porteuse, quel contraste !

Les carnavals, comme vous savez, se terminent souvent sur un feu d'artifice... normal : ils ne sont qu'artifice, si loin du monde de l'enfance !

21 août 2021

Étape 8 : l'Amérique du Nord (Kate)

 

Enfance capturée

En instantané

Et bien posée

Enfance maquillée

Exposée surexposée

Trop adulée

Enfance cabossée

Cambriolée

Évacuée

Visages fermés

Sourires figés

Paire d'yeux braqués

florida

De "Florida"

L'univers des mini miss

Lecture en écho de là-bas

Qui s'immisce

0-4

À "Un cri sous la glace"

Où hélas

L'enfance trinque bien

Récit vibrant et si humain

elma

En passant par "Elma"

Environnement policier

Mais pourtant le passé

Est lui toujours là

 

J'ouvre une parenthèse.

hotel

(Ile de Vancouver

"Hotel de verre"

Aux murs de verre

Seulement accessible par la mer

Enfer vert

Pourquoi faire ?

math

formule

Des rencontres, des ruptures, des trajectoires, des virages, des chaos, des rebonds... et d'une enfance blessée tâcher de se reconstruire, ici, là, ailleurs, autrement...

 

Un récit si bien construit qui nous mène à travers des époques récentes et nous entraîne à travers le monde avec eux...)

Je ferme la parenthèse.

syldavie

molvanie

Prochaine et dernière étape de ce trip estival : Syldavie ou Molvanie ?

 

 

 

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21 août 2021

mascarade (tiniak)



Main tenir - et le cap, donc !
Aller, venir
Sans coup férir
Que l'absolue dissolution
Un océan d'orge et doublons
En haleine, dessous le masque

Ah, c'est déraison que ces frasques !

Rien à tenir qu'un bout de zinc
Avec toi, perdue dans tes fringues
Dunkerque alentour qui fanfarde
Et ce plein de joie qui s'attarde

1

ci-dessus : votre serviteur et sa bonne amie, déguisés en 'Jupiterriens du XVIème cercle'


21 août 2021

Errance (Vanina)

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Doux et rêveur, malgré son jeune âge,
Ce visage maquillé invite au voyage.
En habits colorés, prêt pour la farandole
Sur son regard vague, vogue la gondole.

La place Saint-Marc, le palais ducal,
Sont peuplés des fastes du carnaval.
Il pose le décor multicore d’une Venise,
Mais sous ses grands canaux, la ville s’enlise.

S’échappe un soupir, sous le pont du même nom.
Reflets de l’âme en costume d’illusions.

21 août 2021

Une journée extraordinaire par bongopinot

 
Et la semaine se termine

Les au revoir sont bien tristes

Je vais poursuivre seule mon périple

Direction le département des Yvelines

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A l’hôpital de pédiatrie et rééducation

Pour voir les créations et les réalisations

Faites par les enfants et adolescents

Ils nous font découvrir tous leurs talents

 

En dessin en art plastique

Et leurs écrits mis en musique

Des artistes sont là pour les accompagner

Les enfants progressent dans chaque atelier
 

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Tout le personnel de l'Hospital est là

Ainsi que la compagnie Basinga

Valérie nous fait découvrir ses photos

Et on peut entendre Adrien jouer du saxo

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En même temps on voit une danse magique

Tous portent de drôles de masque

Fait de tissus de fil et de cartons

Rien que du fait maison

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Un fil autonome est installé dans la salle

Enfants, parents, soignants testent leurs équilibres

Quand tout à coup arrive la Basinguette

C'est Jan qui a modifié une Joëlette

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Pour le rêve d'Anaïs pouvoir ressentir les vibrations du câble

Elle a donc testé et approuvé avec son sourire admirable

Puis un carnaval termine cette merveilleuse journée

Riche en émotion en joie non dissimulée

 

Des regards se sont croisés

Des sourires ont été échangé

Les soucis mis un temps au panier

Avec ce beau moment partagé

 

14 août 2021

Défi #677

Binche010

14 août 2021

Ont traversé l'Atlantique entre les boudins d'un Zodiac

14 août 2021

Paysages avec saucisses (Laura)


Je connais la Bratwurst depuis 25 ans environ grâce à une partie de la famille de mon mari qui habite  aux trois  frontières[1] , côté français mais travaillant en Suisse et consommant allemand comme cette Bratwurst. J'ai aussi découvert là-bas le barbecue où on cuisait cette saucisse et autres viandes.
Avant la rencontre avec mon mari, je ne connaissais que la saucisse du petit salé aux lentilles que ma mère faisait très bien. Je me souviens aussi des Américains[2] que ma soeur et moi mangions après la piscine et avant de reprendre le vélo pour rentrer à la maison.
De la gastronomie du Nord, je me souviens plus du steak américain[3](que j'adorais et que j'ai peu trouvé ailleurs) que de la fricadelle.
S'il est un endroit où j'ai mangé beaucoup de saucisses, c'est le Sud-ouest. C'est aussi là que je suis passée de mince à belle plante qui aime le gras et il y en a beaucoup par là comme le légendaire foie gras que l'on mange  plus facilement et moins cher qu'ailleurs.
A l'opposé de la Bratwurst, j'ai beaucoup aimé les saucisses hallal du Maroc et la viande en général, très bonne car "pas poussée" comme en France la plupart du temps. Je n'ai pas retrouvé depuis de côtelettes d'agneau au goût de noisette. Aujourd'hui encore, j'achète aussi beaucoup de viande à la boucherie hallal de mon quartier, d'autant plus que j'ai banni beaucoup le porc depuis mon rééquilibrage alimentaire. J'adore leurs merguez et leurs saucissons.
Dans la Drôme, nous avons peu goûté les saucisses aux herbes [4].
J'ai dans ma cuisine, une boîte de conserve, une choucroute car je ne n'arrive pas à m'asseoir dans notre brasserie lyonnaise de rendez-vous pour en manger une qui est une dans leurs spécialités. J'ai beaucoup pleuré à Lyon jeudi dernier car je voyais partout son absence.


[4] https://www.legourmeur.fr/portfolio-items/saucisse-aux-herbes-de-romans-sur-isere-bourg-de-peage-en-auvergne-rhone-alpes/

 

14 août 2021

Farniente Knacki (Lecrilibriste)

 

Sur le toit de l’estancot du marchand ambulant

Qui s’est converti pour subsister

pendant la Covid

à la restauration rapide

pour faire des frites  et des friands

 vite faits bien faits mais excellents

Une Knackie réjouie regarde les clients

Qui savourent cet en-cas de l’instant

Qui leur redonne la frite

Elle a la banane

Et voluptueusement se pavane

Sur le toit de la caravane

Sans se soucier de l’océan

 

14 août 2021

Étape 7 : la Bohême (Kate)

 

Originaire de Gênes

Peut-être gênois

S'en est donné la peine

Pour convaincre les rois

 

Partir aux Indes

Ça coûtait une blinde

Et le roi du Portugal

Le laissa chanter son madrigal

 

Tellement déterminé

À trouver or et richesses

À remuer mer et montagne

Que le roi d'Espagne

Ému par tant de hardiesse

Dans l'aventure se trouva embarqué

 

Parti du port de Palos de la Frontera

Sur la Santa Maria

Après avoir pris tous les risques

Colomb découvrit

Sitôt qu'il la vit

La belle Amérique

 

Navigateur

Chevronné

Négociateur

Du Sud Ouest de l'Ibérie

C'est tout droit

L'aventure comme il se doit

Irrigua toute sa vie

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J'ouvre une parenthèse.

(Quand on est suédoise et qu'on veut changer de vie, cultiver la vigne, être tranquille, pourquoi pas le Portugal ? Mais c'est la Bohême, sans doute plus proche qui s'est trouvée choisie.

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Ravissante maison à retaper, charme de l'endroit, nouveau départ... mais les fantômes du passé sont là, fallait-il les débusquer ?

Un tourbillon qui nous fait découvrir une région chargée d'histoires... et d'histoire !)

Je ferme la parenthèse.

D'ailleurs, si au Portugal une saucisse fait un clin d'oeil en allemand à tous ceux qui n'ont jamais été aussi près de l'Amérique, à Royan, ville chargée d'histoire, des Américains ne rappellent-ils pas avec humour que New York, c'est en face !

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Prochaine étape : l'Australie ? la Nouvelle Zélande ?

 

 

14 août 2021

Les toutous, les touristes (Adrienne)

 

L'Adrienne a toujours entendu son père vitupérer contre ces touristes qui, alors qu'ils ont choisi une destination étrangère, parfois même exotique, désirent y boire et y manger exactement ce qu'ils mangent et boivent chez eux.

- Autant rester chez soi, alors! disait-il.

C'est donc à lui qu'elle a pensé en voyant la photo proposée par Walrus et en lisant ce passage chez Jonathan Coe, où Billy Wilder et ses invités sont attablés dans le meilleur restaurant bavarois et qu'Al Pacino veut une chose qui n'est pas au menu: un cheeseburger avec des frites et du coleslaw.

Ce qui fait bondir Billy Wilder exactement comme l'aurait fait le père de l'Adrienne:

"Un cheeseburger, vraiment? Vous vous croyez au McDonald's?

- Non, je sais qu'on n'est pas au McDonald's, répondit Pacino, mais j'ai envie d'un cheeseburger, c'est tout. Où est le problème? N'importe quel resto du monde peut vous servir un cheeseburger, non?

- Certes, mais ce restaurant n'est pas n'importe quel restaurant. Nous sommes dans la salle de restaurant du Bayerischer Hof. Le chef est le meilleur d'Allemagne. Et sa spécialité, c'est le Schweinshaxe.

- Eh bien, je suis ravi de l'apprendre. Mais ma spécialité à moi, ce sont les cheeseburgers. Et je compte sur lui pour m'en préparer un du tonnerre.

- Vous devriez peut-être commander un milkshake au chocolat avec. Ou un diabolo fraise. Cela s'accordera sans doute mieux avec votre plat qu'un riesling millésimé."

Bref, ça énerve tellement Billy Wilder qu'il conclut en disant au serveur :

"Dans ce cas, vous pourriez également apporter du ketchup et de la mayo, et enlever les couverts de monsieur Pacino pour qu'il puisse manger avec les doigts, et peut-être régler vos horloges sur l'heure d'été du Pacifique, pour qu'il ait toujours l'impression d'être chez lui, à Los Angeles."

Jonathan Coe, Billy Wilder et moi, éd. Gallimard 2021, p.152-153.

14 août 2021

Les sandwichs (Pascal)


Toulon. Passé vingt heures. Sur la place Monsenergue, à l’emploi du temps d’une autre bière dans un bar ou d’une hypothétique future séance de cinéma, avec d’autres tafs, je faisais la queue devant une des baraques à sandwichs. Nonobstant notre présence, d’une échoppe à l’autre, les deux préposées, occupées à leur ouvrage de pan bagnat et autre saucisson-beurre, se partageaient des réflexions amusées sur leur condition, un peu comme des timoniers quand ils s’envoient leurs messages par pavillons interposés.
Saupoudrés d’argot, moitié en provençal, moitié en français, les dialogues de Lucette et Jeannine, ils étaient, comment dire, épiques. Leurs commérages égrillards accéléraient le temps ; nous n’en voyions plus le fastidieux interlude d’attente. Aussi, encore tout neuf des us et coutumes dans la région, je ne comprenais pas tout, parce qu’elles parlaient trop vite, ou bien parce qu’elles rajoutaient des mots gaulois, ou bien encore, parce que leurs subtilités et leurs allusions épicées m’échappaient. Filles du port, sans nul embarras, elles avaient des réflexions plus crues que la salade qui tapissait le fond de leurs casse-croûtes…

(Accent provençal) « Ho, ma Lucette !... Ils ne sont pas beaux, ce soir, tous nos marins, à la queue leu leu, devant nos vitrines ?... », « Tu as raison, ma Nine !... J’en profite !... Je n’en fais pas attendre un, j’en fais attendre dix !... », « Et ben, tu en as des prétendants !... », « Ha !... Ha !... Je me rince l’oeil !... », « C’est vrai qu’ils sont tous beaux !... », « Tu cherches ton fiancé ?... », « Je prends n’importe lequel !... », « Ha, ha !... », « Si on était des p…, on aurait déjà fait fortune !... », « Ha, ha !... », « Nous, on vend de la viande, mais ce n’est pas la nôtre !... », « Ha, ha !... On n’est plus de la première fraîcheur !... », « Ha, ha… ».

De temps en temps, pour reprendre leur souffle, elles se retournaient vers nous et elles nous balançaient des sourires édentés de sirènes alanguies, à tous nous faire fuir ! Surtout moi !... Derrière leurs tabliers, on sentait bien que plus rien ne pouvait les étonner. Princesses de la rue et des saucisses grillées, du puceau au teigneux, de l’amiral au nécessiteux, en passant par le mec bourré et le pressé, d’un seul coup d’œil, elles savaient à qui elles avaient affaire. Sur leur estrade, occupées ici et là, elles étaient les marionnettes, les vedettes du moment de notre passage. Devant la baraque de Jeannine, je regardais mes godasses pour ne pas qu’elle m’embarque dans la mire de son regard et qu’elle me prenne à témoin pour toutes les bêtises qu’elle débitait. Je me disais : Tu vas voir !...  Elle va me proposer la botte !... J’étais tout au fond de mes petits souliers…  

Femme de labeur, sous les crépitements de la barbaque aux feux de la cuisson et dans l’opacité de la fumée graisseuse, la sueur au front et les auréoles sous les bras, elle retournait les steaks sur le grilloir, comme un joueur de poker quand il montre ses cartes, au moment où le bluff n’a plus cours. À la regarder de plus près puisque, inexorablement, approchait mon tour, je voyais bien qu’elle avait morflé et qu’elle était passée par les douze métiers et les treize desserts à pépins, pour en arriver cloîtrée, là, dans cet aquarium. Mais non, elle conjurait son sort avec une bonne humeur sans faille qu’elle voulait typique, touristique, sinon, contagieuse…

« Nine ?... Tu as la monnaie sur un billet de cent ?... », « Ben non !... Dis-lui qu’il aille la faire au bar !... On n’est pas la Banque de France !... », « Ma caille* ?... Il te reste des œufs durs ?... Les miens sont tout bleus !... », « Oui ! Viens en chercher !... », « Et qu’est-ce qu’il veut, mon chéri ?... », me dit-elle… De toute façon, on était tous « son chéri ». C’était sa façon de se tenir à notre bras et de se frotter contre notre uniforme. Nous, les tafs, malgré nos débordements nocturnes, elle nous avait à la bonne.
J’étais un peu gêné, pas habitué à tant de familiarité. Elle portait des lunettes aux verres foncés qui cachaient un fort strabisme ; capable de s’occuper de plusieurs clients en même temps, quand elle ne les portait pas, à cause de la sueur, on ne savait plus vraiment à qui elle s’adressait. Jeannine, remplie de bonhomie, comme elle tutoyait tout le monde, c’était encore plus difficile de se situer dans son environnement. Ça faisait partie du folklore local…

« Mayo, moutarde, ketchup ou harissa ?... », c’était l’épitaphe du steak à l’incinérateur, réclamé à mon prédécesseur. Elle oignit copieusement le sandwich avec ses desideratas, elle l’enroba d’un papier, elle lui tendit pendant qu’il laissait des pièces sur son comptoir. Elle se retourna encore : « Et mon chéri, il a décidé de ce qu’il voulait ?... » J’avais les yeux occupés à loucher sur le tableau de ses spécialités. Je me faisais l’effet d’un micheton en train de monnayer le prix de la passe, avec une sirène de trottoir…  

« Je voudrais un steak, s’il vous plaît !... », « Saignant, à point, grillé ?... », c’était sa réplique habituelle. « Grillé !... » Et elle repartait à son dur labeur de cuisinière. À la fois au four et au moulin, chacun de ses gestes était utile et précis ; avec le genou, elle refermait un buffet ; avec le pied, elle maintenait la porte du frigidaire ouverte ; avec le front, elle bloquait le battant d’un placard. En un tournemain, elle avait couché le pavé de viande sur le grill et découpé le pain qui allait le recevoir. Elle me faisait penser à un habile joueur de batterie qui tape juste, pour conserver le rythme effréné de son solo, à une patineuse, jouant la médaille d’or, sur son miroir de glace, à une maman-sacrifice qui fait tout son possible pour satisfaire son rejeton…

Le temps de quelques volutes de fumée bleue, de quelques jurons épais, en couleur locale, de quelques grattages sur sa plaque de cuisson, elle me demanda : « Mayo, moutarde, ketchup ou harissa ?... », « Moutarde !... », aussitôt dit, aussitôt fait. Le tout emballé, en échange de mes pièces, elle me tendit son ouvrage. Tel un affamé de basse ville, je croquai dans mon steak, avec une grande vigueur. Je crois que ça l’amusait, notre boulimie ; nourrir la flotte et tous ses pioupious piailleurs : mère poule, elle se sentait utile à l’effort de sa guerre, au fond de sa guérite…

Quand le coup de fusil de la fringale était passé, elle sortait de sa boutique et allait fumer la clope devant l’échoppe de sa collègue ; ce qu’elles se racontaient de près, personne ne le savait, mais à leurs éclats de rire, c’était naturellement des histoires de galéjades…

14 août 2021

Improvisation (Clio101)

 

Ou dernière station avant le désert.
Derrière habitudes et endroits familiers
Devant une page blanche.

Bilbon dirait que c'est dangereux car on ne sait pas ce qui s'y trouve.

Ou bien devant l'aventure
Oser sortir de sa zone de confort et se découvrir
Aller en avant pour construire de nouvelles habitudes.

Alors prenons notre bâton et allons !

 

14 août 2021

Horizon (TOKYO)

 

Derrière l’horizon un jour je vous dirai

 Ce que les indiens y ont caché.

 Les rêves enfouis, les couleurs oubliées.

Un jour derrière l’horizon je vous dirai

Ce qui nait de l’oubli.

 Le son de la guitare, la voix de Dire Straits

 Dans Brothers In Arms

Et chaque soir entre vos mains

 Comme un frisson d’orage

Mon cœur étrangement tissera patiemment des songes qui vous gardent

Vivant, comme un môme caché dans le corps d’un arbre.

Derrière l’horizon, un jour je vous dirai

Pourquoi les hiboux se perdent dans les greniers des arbres.

Alors vous m’apprendrez la patience,

Vous m’apprendrez la confiance

Vous m’apprendrez l’attente

 Un jour derrière l’horizon

Je vous rejoindrai, vous sentirez le souffle chaud de mes lèvres sur votre joue.

Je vous épouserai.

 

14 août 2021

Dernier cliché avant l’horizon horizontal - Vanina


Dernière pluie avant l’éclaircie originelle
Dernière vague avant l’île de l’éveil
Dernière lumière avant l’indicible espoir
Dernier chemin creux avant le jardin secret
Dernière frustration avant la folle initiative
Dernier refuge avant la nuit d’émoi
Dernier doute avant la connaissance de soi
Dernier regard avant la veille pensive
Dernier bonheur avant le retour du passé
Dernier silence avant le bruit du heurtoir
Dernier coup de cœur avant le sursaut du réveil
Premier rire après les larmes d’aquarelle

14 août 2021

2001, L'Odyssée estivale continue, persiste, perdure, se macère, s'arrête et puis se boudine

Le Windows Up-Date fout le bazar à mon ordi aujourd’hui

Comme tant de jeunes partout dans l'univers, je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire de ma vie. 

Parfois, pour horrifier mes parent·e·s, je dis qu'un jour, je serai vendeuse quelque part sur une plage terrienne, et que je vendrai des bratwurst, une de ces étranges espèces de nourriture terrienne. Maman et Papa maintiennent tou·te·s les deux que ce n’est pas un aliment. Quand je leur demande ce que c’est, il·elle disent que c’est encore une sorte d’ordure qu’on trouve là-bas.

C’est vrai que la pauvre Terre a beaucoup de pollution, que ce soit ce qu’ils·elles mangent (comme ces saucisses), ce qu’ils·elles excrètent (comme ces saucisses lorsqu’elles sortent par l’autre bout - paraît que ca pue encore pire ! Si, si, si, je sais qu’on le croit impossible, mais c'est vrai !), ce qu’ils·elles créent (comme l’auteur Michel Houellebecq, par exemple, ou encore, le Front National) ou ce qu’ils·elles désirent (s’ils·elles désiraient moins ce serait mieux pour toute la population terrienne).

Comme quoi, peut-être qu’un jour, je me mettrai à résoudre leurs problèmes de pollution.

Mais ne le dites pas à mes parents, s’il vous plaît !

Je ne voudrais pas encore qu’il·elle soient soulagé·e·s à propos de mon avenir !

alles hatalles hat

Fin de transmission

14 août 2021

Les Étranges rêves de Marcel P. Chapitre 9, Dernière ligne droite ? (Joe Krapov)

2021-08-05 - 285 56Dernier tango à Paris avant la dernière valse que tu dois me garder : c’est qui cette fille dans la baignoire ? Pourquoi me traite-t-elle d’éteignoir ?

Dernier vol 714 pour Sydney : c’est là-bas qu’on chopera le variant delta et qu’on décédera.

Dernier rassemblement hideux de camping-caristes gras à la Pointe du Raz : demain on part en Normandie ! Ça nous en Odilon sur les congés payés : rien ne vaut le bonheur d’écrire au lit chez soi !

Dernier «Quand lama fâché lui toujours faire ça». Le capitaine vient de se venger en crachant de la flotte à la tête de l’animal.

Dernière station-service avant le sommet du mont Pilate : si t’es en panne des sens, lave-t-en les mains !

Dernières paroles du Christ avant de nous laisser dans le merdier des jours : « Tentation ».

Dernière lanterne rouge avant le bordel général.

Dernier coup de boule de Zinédine Zidane avant qu’il ne devienne entraîneur à cravate.

Letzte Bratwurst vor Amerika (dernière "tranche de merde entre deux éponges" comme disait Patrick Font) : demain je deviens végétarien ! Devant la beauté de cet endroit et l’incongruité d’y trouver un "food truck" recensé dans Trip Advisor et qui doit, en ce lieu idyllique du cap Saint-Vincent au sud du Portugal, à l’endroit le plus occidental de l’Europe, devant un océan superbe, diffuser autant d’odeurs de graillon qu’il n’impose au regard de spectacle kitschissime avec ses deux humaines saucisses qui se font bronzer en souriant sur un bateau, devant cette échappée de Foire du Trône, d’Oktoberfest, de Luna-Park, de Fête à Neuneu ou de ducasse d’Hénin-Liétard, on n’a plus qu’une envie, c’est de croquer dans une feuille de salade sans assaisonnement ou d’aller déjeuner au Ritz mais ça sera difficile car de là d’où je viens, de 1922, je n’ai pas amené l’Ausweis qu’on réclame ces jours-ci et qui a pour nom "pass sanitaire".

DDS 676 letzte-bratwurst-vor


Dernier réveil, dernières questions de Marcel P. avant de se rendormir : Qui parle ? Qui me parle ? De quoi ça parle ? C’est faux de dire «Je pense» ; on devrait dire «On me pense». Je est un autre, un autre pyromane qui lance les derniers feux du langage classique incendié comme une forêt grecque avant de disparaître dans les sables d’Afrique. Le marchand sur son nuage a encore oublié de m’en jeter plein les yeux !

Dernier « C’est trop injuste ! » : Ronfle, Caliméro !


N.B. Le chapitre 8 sera publié lundi ici, dans le cadre du jeu 67 de Filigrane : https://filigrane1234.blogspot.com/

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