Participation de Clio101
Qu'est-ce que je fais ici ? songeait l'enfant.
Dans moins de dix minutes un coup de gong retentirait et elle s'élancerait seule sur l'estrade du temple pour honorer la Déesse.
Elle avait répété la chorégraphie toute la journée d'hier sous l'œil vigilant de la prêtresse en charge des novices. A la moindre erreur sur un pas ou la position d'un doigt elle avait dû tout recommencer. Quand les répétitions avaient pris fin, juste avant que ne retentisse la cloche pour le repas du soir, la prêtresse l'avait rassurée : elle maîtrisait parfaitement le rituel.
Mais aujourd'hui, habillée du traditionnel costume à losanges multicolores, une collerette de tulle rouge autour du visage, une couronne ornée de perles sur la tête, le visage maquillé de courbes et d'arabesques et d'un losange au milieu du front, signe de son lien avec la Déesse, elle sentait le trac monter.
Bientôt les pans du rideau s'écarteraient et elle serait seule.
Personne pour la guider ou rattraper un faux pas.
Face à elle, derrière le lourd tissu de velours, la statue de la Déesse.
Devant elle le village entier et ses parents, juste au premier rang.
Derrière elle les prêtresse et les autres danseuses, prêtes à la rejoindre dès que la première partie du rituel serait achevée.
Tous à l'affût.
Aujourd'hui on célébrait le jour où la Déesse avait appris l'art de l'agriculture aux hommes. Si le rituel la satisfaisait elle offrait des récoltes abondantes, la bonne santé des bêtes et la fécondité des femmes. Dans le cas contraire, stérilité, tempêtes et sécheresses s'abattaient sur le village. Et pour elle, première danseuse, la réprobation de tout le village et de ses parents, son exclusion du temple et la perte de toute possibilité d'intégrer la caste des prêtresses.
Le moindre faux pas et tout serait terminé.
L'enfant se débattait encore dans ces sombres pensées quand les clochettes qui annonçaient l'ouverture du temple aux villageois retentirent. Ce son fluet chassa, comme si elle n'était jamais venue, sa bouffée de pessimisme.
Son regard, jusqu'ici craintif, se para d'une farouche détermination.
Les pas qu'elle devait réaliser constituaient la réalisation de son rêve, la première étape d'une carrière désirée dès l'enfance et l'aboutissement de plusieurs années de travail acharné.
Hors de question de tout gâcher par des pensées négatives qui la paralyseraient et l'empêcheraient de donner le meilleur d'elle-même.
Elle se concentra, orienta son énergie vers le rideau et l'estrade et se visualisa en train de réaliser les premiers pas du rituel.
Le gong retentit, le rideau s'ouvrit et elle s'élança, toute peur et toute crainte envolées.