La boule magique. (maryline18)
Pierre rentrait chez lui, déçu de son lot. Louis, assis sur le pas de sa porte, deux maisons plus loin, le héla :
-" Eh ! Bonjour Pierre ! Tu en fais une tête ! Pourquoi es-tu déjà de retour ? Tu devrais être en train de t'amuser à cette heure-ci !"
-"Ah, bonjour Monsieur Louis ! Oui... Je rentre. J'en ai assez. Je n'ai plus envie de jouer. J'ai dépenser tout mon argent de poche pour faire tomber les boites de conserves et regardez ! Je n'ai gagné rien d'autre que ça !"
-"Oh mais regardez moi cette jolie boule ! Je me demande quel peut bien être son secret à celle-là !"
-"Son secret ? Mais de quoi voulez-vous parler ? Ce n'est qu'une boule vidée de sa neige et remplie de paillètes de couleurs, rien d'autre !"
Le garçon, tout reniflant, profita de cette oreille attentive pour crier l'injustice qui le torturait :
-"Camille n'a abattu qu'une seule boite et Madame Hubert lui a donné le plus beau déguisement de carnaval que je n'ai jamais vu ! C'est normal, c'est la chouchoute de toutes les maîtresses !"
-"Mais Pierre, toutes les boules de ce genre renferment un secret voyons ! Celui-ci s'insinue en douce, en même temps que son nouveau contenu dans la sphère, et attend patiemment qu'un petit garçon l'emmène chez lui !"
Pierre essuya sa joue, un peu honteux de n'avoir pu retenir quelques larmes et tout en regardant son trophée d'un oeil tout neuf, prit place auprès du vieil homme qui connaîssait toutes les histoires qui consolent les enfants.
-"L'histoire que je vais te raconter se passait un jour de kermesse justement..."
-"Un jour de kermesse ? Un jour comme aujourd'hui alors ? Quelle coïncidence, vous ne trouvez pas, Monsieur Louis ?"
-"Oui, mon garçon, un jour comme aujourd'hui !"
Il sembla faire un effort de mémoire, le regard posé sur la ligne d'horizon, tout au bout du champ, les sourcils froncés et la main posée sur l'épaule tiède du gamin. Le soleil encore haut jetait de chauds rayons sur la boule de verre, devenue soudainement très mystérieuse. Pierre écoutait, assis sur la première marche de sa modeste maison.
"Ce jour de kermesse, donc, un paravent avait été installé dans un cagibi qui servait de loge aux petits danseurs . Tu comprends, les filles n'auraient pas aimé se déshabiller devant les garçons pour enfiler leurs tenues de scène !"
(Pierre étouffa un rire dans sa main...)
"Ce paravent ressemblait à un parterre de fleurs à s'y méprendre. Y étaient dessinées des fleurs si colorées, si belles, qu'un papillon, entré par l'une des portes du bout du long couloir, s'y cognait les ailes et s'essoufflait. Des enfants lui criaient : < viens, viens par là !> D'autres frappaient dans leurs mains, prêts à orienter sa fuite vers l'extérieur, mais rien n'y faisait. Il virevoltait de fleur en fleur, feignait d'en butiner le supposé nectar et puis remontait, redescendait, échappant ainsi aux mains qui essayaient en vain de s'en saisir pour le remettre dehors.
"Alors, que s'est-il passé ?"
"Et bien, la fête a suivi son cours, les enfants ont dansé, les parents étaient fiers, tu penses..."
"Et le papillon, Monsieur Louis ?"
Et bien, à la fin de la journée, il était toujours là, comme émanté à ce paravent. Je pense sincèrement qu'il avait fait son choix. Personne ne pouvait plus rien pour cette créature. Elle préférait mourir que de s'en éloigner. Les enfants se rabillèrent, un peu tristes bien sûr, et fermèrent, résignés, la porte de la salle. On raconte que le lendemain, quand la femme de ménage est venue tout nettoyer, un petit tas de pastilles aux couleurs du paravent reposait tout près de celui-ci. Elle trouva ces paillettes si jolies qu'elle alla dans la salle ou était rangé le matériel pour les travaux manuels choisir la plus belle boule de neige...
"Une boule de neige comme la mienne ?"
"Oui, petit Pierre, comme la tienne, exactement ! Elle l'ouvra, la vida et y déposa délicatement les pétales desséchés, ensuite elle la rempli d'eau distillée, ajouta la glycérine et recolla soigneusement le couvercle. Lorsqu'elle retourna la boule, les pastilles emplirent tout son espace ! Le spectacle était magnifique !
"Et après ?"
"Elle fut tellement captivée par sa beauté qu'en retournant à son ouvrage, elle se prit les pieds dans ses balais. La boule tomba et se brisa, mais, à sa grande surprise des centaines de papillons s'envolèrent, les uns plus beaux que les autres. Ils volèrent jusqu'à Noiremoutier, jusqu'à "l'île aux papillons" et...ils y sont peut-être encore, à l'heure où je te parle. "
"L'île aux papillons ? Est-ce que c'est loin ? Je voudrais y aller pour y casser ma boule ! Vous croyez qu'elle est magique elle aussi ?"
"Tu es encore bien trop jeune pour entreprendre un tel voyage Pierre, plus tard peut-être...Mais en attendant, garde précieusement ta boule !"