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Le défi du samedi
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8 mai 2010

Trois lettres (Berthoise)

Trois heures que je ne lui ai pas parlé. Vite, vite, attendez-moi, je suis tourneboulée, c'est qu'il me manque déjà.
Trois jours que je ne l'ai pas vu. Comprenez mon inquiétude, ma peine, ma fièvre et mon émoi.
Trois semaines que je suis sans nouvelles. Je me traîne, je languis, je me fane et ternis.
Trois mois qu'il est parti. Ma vie est triste sans lui, ma vie me pèse, je suis tarie.
Trois ans que je l'attends. Faut-il encore croire à son retour ?
Trois lettres sur un livret. DCD.

 

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10 avril 2010

Où vous apprendrez pourquoi et comment la licorne a disparu‏ (Berthoise)

Cranach l'ancien, Adam et Ève, 1526, Courtauld Institute of Art Gallery, Londres

La licorne, on le sait, est un animal merveilleux qui a disparu de nos contrées. Certains vont même jusqu'à douter de son existence. Mais des peintures témoignent de sa présence, contemporaine à celle du cerf, du sanglier ou de la cigogne, dans les temps immémoriaux. Alors pourquoi, me direz-vous, pourquoi la licorne a-t-elle disparu quand le cerf, le sanglier et la cigogne sont encore parmi nous ? Il faut savoir, chers amis, qu'on a raconté moult âneries sur le paradis perdu, sur la pomme, le serpent, Ève et le jardin.

La licorne, que nous appellerons Licorne était belle, blanche, toujours de bonne humeur et douée d'empathie. Elle faisait partie du bestiaire du premier monde comme ses acolytes le cerf, le sanglier et la cigogne. Elle accompagnait souvent Adam et sa bonne amie dans leurs promenades. Elle était témoin du profond ennui qui accablait ces deux malheureux, car enfin, à Éden, bon sang de bois, il n'y avait vraiment rien à faire. Il faut donc ici corriger une croyance parfaitement erronée : le jardin, ce n'était pas le paradis. Parce que franchement, se balader à poil, au milieu de bestioles toutes plus ou moins sauvages, en grignotant des fruits secs et en mâchouillant des racines, et bien c'est une drôle conception du paradis. Donc, Licorne était de toutes les balades et elle voyait bien qu'Adam et Ève s'enquiquinaient ferme. Aussi dans sa grandeur d'âme, elle décida de trouver quelque chose de nouveau qui pourrait les sortir de leur train-train et apporter un rien d'inattendu à leur quotidien. Chacun sait que l'oisiveté est mère de tous les vices. À force de tourner comme ça, sans rien avoir à faire, c'était couru d'avance, ils finiraient par virer frappa-dingues. Licorne savait qu'Adam n'était pas bien futé. Il suffisait de regarder la façon qu'il avait parfois de se tenir la tête comme pour vérifier qu'elle était toujours là, pour être convaincu du peu d'usage qu'il faisait de son cerveau. Elle savait donc qu'il ne fallait attendre aucune initiative ambitieuse de ce côté-là. Ève était plus maligne mais terriblement timide. Licorne, malgré cette inhibition quasi maladive, était bien décidée à se fier à elle pour faire bouger les choses, parce que au train où elle allaient, dans 3000 ans, on serait encore à disputer son fourrage aux bestiaux et la démographie aurait dangereusement stagné. Licorne avait un plan. Elle commença par se rapprocher d'Ève, elle la suivit, l'invita à monter sur son dos, l'emmena dans des galops exaltants qui changèrent du pas de sénateur imposé par Adam à la pauvre fille. Au bout de quelques jours, elles étaient devenues inséparables car il fut aisé de gagner le cœur d'Ève. La mignonne n'en pouvait plus des fadaises que lui racontait son compagnon. Répéter à longueur de journée qu'on a de la chance de vivre dans tant de beauté et d'harmonie, ça finit par lasser. Et Ève avait besoin de changement. Mais les courses folles, ça a un temps, si elles reviennent trop souvent, c'est bien simple, on se barbe encore. Dans le jardin, il y avait deux-trois trucs à ne pas faire sous peine expulsion et la plus agaçante était qu'il était interdit de croquer la pomme. Franchement, interdire les pommes quand on sait qu'en manger une par jour éloigne le médecin, on se demande à quoi ils avaient le tête en hauts lieux Et voilà la seconde méprise. Ce n'est pas le serpent qui incita Ève à croquer la pomme et à l'offrir à Adam comme on le dit souvent, comme il est rapporté dans de nombreux ouvrages, mais cet animal attachant et fougueux. Licorne suggéra donc à Ève d'aller sous le pommier et de cueillir un de ces magnifiques fruits si tentants. Elle lui dit : «  Tu verras, ça chasse la morosité. Ça éclate sous la dent, le jus inonde le palais, c'est sucré, frais, inoubliable, indispensable. ». Ce en quoi, Licorne avait absolument raison, croquer la pomme est un des plaisirs simples de la vie, un plaisir dont tout homme et toute femme sensés ne sauraient se passer. Ève était bonne fille, et devant la description de tant de délices, elle décida de partager l'expérience avec Adam. Car, on pourra reprocher à Ève d'être crédule, gourmande mais pas d'être égoïste. Elle aurait pu la boulotter toute seule, la pomme. Et bien non, elle a voulu qu'Adam soit aussi de la partie. Bon, vous connaissez la suite, l'esprit d'initiative n'a pas plu, les deux chenapans ont été chassés du jardin comme de vulgaires voleurs de pommes. Licorne a été tout simplement anéantie par la nouvelle, elle ne pensait pas qu'on mettrait les menaces à exécution. Elle en est morte de chagrin.

Et le serpent, me direz-vous, quid du serpent. C'est une victime collatérale. Comme tous ceux qui sont au mauvais endroit au mauvais moment. Il était là, en plus il était moche, ça en a fait un coupable idéal. La condamnation du serpent montre l'origine du premier délit de faciès de l'humanité. Franchement, vous y auriez cru, vous, que Licorne si mignonne était dans le coup,une à qui on donnerait le bon dieu sans confession ?

29 mars 2010

100 mots pour avoir des absences (Berthoise)

100 petits mots pour m'excuser du temps qui file et des silences que je 
ne veux pas mais qui s'imposent. Je n'aurai pas le temps de commenter
vos 100 mots. C'est bête à dire, certainement un peu rageant, mais ne
pas participer parce que je n'ai pas le temps de laisser un mot gentil
et personnel à chacun, ça m'a semblé un rien triste, et j'avais envie
malgré tout de jouer le jeu. Excusez donc mes absences, je suis soufflée
par vos trouvailles. Je lis vos 100 mots et pars sans un mot.
28 mars 2010

Participation de Berthoise

Le compte à rebours sur le ring me rappelle que j'ai touché le sol. J'ai
vu ma mère, les anges et les cloches. J'étais prêt pourtant. Dans le
coin, je sais le soigneur qui piaffe. Je sens le puncheur aux poings
d'acier qui tourne autour de l'arbitre en espérant que l'étoile que je
forme sur le tapis ne se relèvera pas et ne ternira pas l'éclat de sa
victoire. J'entends les cris des spectateurs. J'ai un goût de sang dans
la bouche. Mes oreilles bourdonnent et viennent masquer la voix de
l'homme en noir. Il faut compter. Comptons. Trente-six chandelles.

27 mars 2010

Merveilles (Berthoise)

Humbles merveilles que je traque, cherche et chine.
Boutons de nacre qui m'émerveillent.
J'aime leurs reflets et leur poli.
Les manipuler m'enchante.

berthoise99

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27 février 2010

Attendre (Berthoise)

À Hélène, son
nez c'est une piste noire.

Dans la salle d'attente, le temps passe lentement.

Pourtant, j'ai pris le livre.

Les lacets de ses souliers sont défaits.

Il va tomber.

Il pleut. Bon sang, qu'est-ce qu'il pleut.

En sortant, je serai trempée comme une soupe.

Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?

J'ai des courgettes.

C'est pas joli, des ongles rongés.

Cernés de noir, c'est carrément crade.

5 pavés rouges, 1 pavé noir, 3 pavés gris, 2 pavés rouges.

Pas de logique, tiens, on dirait un éléphant.

J'ai trop chaud.

C'est pour faire mijoter sa pratique qu'il chauffe ainsi. Des patients bouillants, c'est comme des patients fiévreux.

Tu crois que j'ai de la fièvre.

Ce serait bête, j'ai plein de choses à faire, j'ai pas le temps d'être malade.

Non, c'est trop chauffé, voilà tout.

Un perroquet :

Allo, Jacot !

Allons, personne ne pose son chapeau ici, d'ailleurs plus personne ne porte de chapeau.

Bon, c'est mon tour.

- Bonjour Docteur.

2 janvier 2010

Bibit ille, bibunt omnes (Berthoise)

Bibit ille, bibunt omnes

Voici deux façons de concevoir l'ivresse.

ssbert

Les plaisirs de la taverne.
Faits et dits mémorables de Valère Maxime ( 1er s.), XVe s. - Paris, BnF, Ms. Fr.

In taberna

Bibit hera, bibit herus,          
bibit miles, bibit clerus,         
bibit ille, bibit illa,            
bibit servus cum ancilla,         
bibit velox, bibit piger,         
bibit albus, bibit niger,          
bibit constans, bibit vagus,      
bibit rudis, bibit magus.
Bibit pauper et egrotus,            
bibit exul et ignotus,             
bibit puer, bibit canus,
bibit presul et decanus,            
bibit soror, bibit frater,         
bibit anus, bibit mater,            
bibit ista, bibit ille,            
bibunt centum, bibunt mille
Parum sexcente nummate             
durant, cum immoderate             
bibunt omnes sine meta.            
Quamvis bibant mente leta,         
sic nos rodunt omnes gentes         
et sic erimus egentes.            
Qui nos rodunt confundantur

Carmina Burana mis en musique par Carl Orff

Hypocras, boisson à base de vin et d'épices commune au Moyen-Âge.

Ingrédients :

- 1 bouteille de vin rouge. Du Bourgogne, j'aime bien le Bourgogne.
- 100 g de miel de forêt. Le miel de forêt est fort en goût, surtout le miel de châtaignier.
- 30 g de cannelle en bâtons. Avez-vous lu de Jorge Amado, "Grabiella, Girofle et Cannelle" ?
- 60 g de gingembre frais. Le gingembre frais est excellent pour ranimer les ardeurs endormies.
- 10 clous de girofle. Ce que ça évoque, est plus désagréable, le dentiste ou l'oignon piqué du pot au feu
- 10 gousses de cardamome. La cardamome me rappelle l'Inde. Les laddhous sont un avant-goût du paradis.

Préparation :

Versez le vin et le miel dans un récipient.
Râpez le gingembre.

Broyez les épices dans un joli petit creuset avec son pilon, ( si vous n'en avez pas, posez-les dans un torchon et un rouleau à pâtisserie fera l'affaire), et  versez-les dans une toile ( une étamine, c'est un joli mot étamine) que l'on noue, ou dans un filtre à café, c'est moins poétique mais plus pratique.
Mettez la toile ( l'étamine, oui j'insiste) contenant les épices dans le breuvage ( c'est le vin et le miel mélangés) et recouvrir.
Laissez macérer au moins pendant 4 heures. C'est vraiment le minimum, 4 heures, 24, c'est mieux.
Après 24 heures, invitez quelques amis, sortez les verres, les beaux, ceux qui font plein de jolies lumières quand on les mire,  partagez la boisson en vous laissant aller à raconter sottises, sornettes et billevesées et en riant très fort.

Vous pouvez aussi boire tout seul du picrate dans un verre à moutarde, mais c'est nettement moins drôle.

Sans_titre_berth


Le buveur, Bernard Buffet, 1948

Je bois
N'importe quel jaja
Pourvu qu'il fasse ses douze degrés cinque
Je bois
La pire des vinasses
C'est dégueulasse, mais ça fait passer l'temps

La vie est-elle tell'ment marrante
La vie est-elle tell'ment vivante
Je pose ces deux questions
La vie vaut-elle d'être vécue
L'amour vaut-il qu'on soit cocu
Je pose ces deux questions
Auxquelles personne ne répond... et

Je bois de Boris Vian

21 novembre 2009

L'heure est au bilan ... (Berthoise)

Bien, l'heure est au bilan. Elle se plante devant le miroir, bien décidée à faire un état des lieux sans concessions.

Ce qui la frappe d'abord, c'est son teint d'endive. Dit comme ça, c'est morose et pas très appétissant. Ça évoque la vieille fille, les légumes bouillis, l'amertume et le sans-sel. Mais l'endive, si on la prend autrement, si on l'accompagne d'une pomme râpée et de quelques noix, si on l'assaisonne d'un filet d'huile d'olive et d'une pincée de curry, l'endive devient beaucoup plus amusante. On dit « Oh, tiens, ça c'est une bonne idée !», on en reprend.  Un teint d'endive est un teint de fête.

En continuant de s'examiner, elle voit ses yeux, des yeux de merlan frit. Ce n'est pas qu'elle soit abattue, mais la fatigue cerne et se lit dans ses quinquets. Merlan frit : repas de cantine, un huitième de citron dans l'assiette avec les patates à l'eau. Le bruit, la bousculade et dépêchons-nous. Non, le merlan frit, ce n'est pas que la salle de repas froide et assourdissante, ça peut avoir des odeurs de fêtes foraines. Les fishs and chips des ports anglais, ce n'est pas triste. On mange dehors avec les doigts, en riant et en parlant très fort. Des yeux de merlans frits, mais c'est la fête.

Elle regarde ses cheveux. En baguettes de tambour. Raides, elle qui a toujours rêvé d'une opulente chevelure bouclée, elle doit se contenter de baguettes de tambour. Mais un tambour, c'est plein d'entrain. Ça donne de l'allant, le tambour. Il y a beaucoup d'endroits où on ne sait faire la fête sans tambour. C'est dit, elle a des cheveux de fête.

Son front n'est plus lisse, il se strie, se biffure, comme une lettre pleine de ratés, comme une plaine ravinée. Pour trouver un air de fête à un front couvert de rides, il faudrait être optimiste. Ça tombe bien, c'est ce qu'elle est. Si elle avait été scoute, elle aurait choisi comme totem la grenouille rebondissante, celle qui ne reste jamais à plat bien longtemps. Un front lisse, ça donne l'air idiot, ce n'est vraiment pas intellectuel, qu'un front rompu à la réflexion, c'est autrement plus intéressant.

Dieu merci elle n'a ni les oreilles en chou-fleur, ni le menton en gras-double.

Il y a des femmes fines et délicates, ou encore nobles et racées. Il y en a qui ont des airs de dragons, de matrones, de commères. Il y a des bombes qui font se retourner sur leur passage avec leurs atouts en avant et leur derrière prêt à tout. Et puis, il y a les autres. Pas d'extrême, juste la normalité. Ce n'est pas foie gras et Sauternes, ce n'est pas non plus cassoulet en boîte et eau plate. C'est repas quotidien avec le plat du jour, un peu de verdure et avec un «  Qu'est-ce que tu bois, un verre de vin ou une pression ? ». Des fois, elle préfère le rouge riche en tanin, d'autres fois, c'est l'amertume fraîche qui l'emporte.

L'heure est au bilan et la voilà qui s'égare dans des projets de repas.

L'heure est au bilan et elle sait qu'elle est épargnée par les épreuves. Pas de détresses insondables, pas d'ivresses enchanteresses ; le bonheur quotidien, celui qu'on tisse avec méthode en remettant sur le métier, chaque jour, son ouvrage.

L'heure est au bilan et elle ferait bien une blanquette.

3 octobre 2009

Une nuit ordinaire (Berthoise)

Elle se couche tôt. Elle aime se coucher tôt. Elle monte l'escalier alors que la maison vit encore. Son fils, dans sa chambre, écoute sa musique en sourdine. Dans la salle de bain, sa fille se douche, elle entend le bruit de l'eau qui tape sur  les parois et la voix qui fredonne. En refermant la porte de sa chambre, elle a l'impression de s'éloigner de sa famille. À travers le plancher, lui parvient le ronron de la télé. Il regarde une émission sur la disparition des dinosaures et lui a dit qu'il la rejoindrait vite quand il saurait pourquoi les diplodocus n'ont pas survécu. Les dinosaures, hier c'était «  Les invasions des Huns », demain « La longue marche de Mao ».

Se dévêtir vite et se glisser dans le lit froid. Oser prendre un livre et le poser sans avoir fini une seule page. Et sombrer dans le sommeil, les oreilles cachées. L'entendre vaguement ouvrir la porte, sentir son corps contre le sien. Dormir. Dormir dans le silence. Dormir.

Et puis elle se réveille, entend le bourdonnement de l'homme qui ronflote. Elle se tourne, essaie de retrouver le fil de son rêve. C'est fini, elle le sait. Elle ne dormira plus ou alors au matin. Elle se lève, prend son livre à tâtons, quitte la chambre. Dans le couloir, elle guette. Ses enfants ont un sommeil silencieux. Le réfrigérateur vrombit dans la cuisine et les canalisations lui disent qu'il est plus de trois heures. Elle le sait, c'est elle qui a programmé le lave-linge. Elle essaye un autre lit en vain, dans une pièce qui ne soit pas transformée en forge. Elle l'entend maintenant ronfler comme un sonneur. Inutile de rejoindre la chambre conjugale, le tonnerre y fait rage. Dans le bureau, en bas, elle s'installe avec le livre abandonné plus tôt. Mais à présent, ce n'est pas le sommeil qui l'empêche de lire, ce sont les rêveries et aussi  les tracas. Une chouette ulule dans le parc voisin. C'est son amie, la chouette, elle l'aime comme une amie. Ils dorment tous dans la maison. Mais son amie la chouette ulule dans le jardin. Elle l'appelle. Elle enfile un vêtement et sort pour prendre l'air. La chouette s'est tue. Ses pas sur le gravier crissent dans le silence. Elle fait le tour de la maison, frissonne un peu, resserre sur son cou, le col de son lainage. L'air frais remonte le long de ses jambes et caresse le bas de son dos. Elle a froid et ça la rassure. Elle se sent enfin prête.

Rejoindre leur chambre, silencieuse maintenant. Dans le lit rassurant, chercher la chaleur familière. L'entendre grommeler qu'elle est froide. Se nicher dans ses bras, se coller contre lui, la tête contre son souffle discret. Dormir. Dormir jusqu'au matin.

13 juillet 2009

69 (Berthoise)

69,
érotique ? bien sur que le 69 est érotique, non parce qu'il évoque une LYON_1
position amoureuse, non parce que Gainsbourg pensait que c'était l'année
de tous les possibles, non, 69 est érotique car c'est le numéro de Lyon.

Il n'y a pas de ville plus érotique que Lyon. Lyon, c'est l'érotisme
fait ville. Si vous ne me croyez pas, c'est parce que vous n'y êtes
jamais allés.

Lyon naît de la rencontre de la Saône et du Rhône et une ville qui naît
d'une rencontre est propice aux rencontres. À Lyon, j'ai rencontré des
amours fidèles, fiévreuses, inconstantes et renouvelées.

Il me plaisait un peu, je ne lui déplaisais pas ; un bout de chemin
ensemble sur la route des vacances, après tout, pourquoi pas ? Pour
descendre vers le sud, il m'avait proposé une place dans sa voiture.
Pour aller à Montauban, quand on vient de Paris, chacun sait que le plus
court chemin impose une halte à Lyon. J'avais du temps, on ne
m'attendait pas. Arrêtons-nous à Lyon, puisque c'est le chemin.

LYON_2

La
Croix Rousse, ses pentes, et les immeubles aux hautes fenêtres.
L'appartement était en hauteur. Quand je franchis la porte, je fus
éblouie, la lumière, l'espace, et lui, qui me fit entrer dans son
royaume. Je lui sautais au cou, le lit nous nous faisait signe, nous y
restâmes un peu, beaucoup, longtemps, passionnément. Dans ce logement de
canut, il avait installé sa chambre en hauteur et nous voyions la ville
en nous aimant. Est-il bon amant ? je ne sais plus. Sans doute puisque
j'en parle encore. Mais plus encore que sous ses caresses, je me pâmais
devant sa ville.

Je ne me lassais pas de la douceur des berges de la Saône, elles
brillent sous le soleil qui effleure les façades.

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Nous empruntâmes des passages oubliés qui font vibrer de joie.

LYON_4

Et nous achevâmes le parcours dans la ville des plaisirs par le jaillissement parfait de la place des terreaux.

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27 mai 2009

(Berthoise)

C'est l'histoire d'une attente.

Je t'attends, mon amour.

C'est l'histoire d'une attente qui se termine bien. Une histoire du quotidien. C'est l'histoire d'une angoisse. 

Je t'attends, mon amour. 

Dans la nuit. L'automne, il fait vite nuit. Tu sais bien que l'automne me pèse. Que la nuit m'est pénible. En automne. C'est la nuit. Je suis dans la cuisine. Je marche dans la cuisine. Je fais les cents pas. J'attends. J'attends ton retour, mon amour. J'ai préparé le dîner. J'ai dressé le couvert. Les enfants ont mangé. Je les ai baignés. Je les ai bercés, embrassés, couchés.

« Papa viendra quand il rentrera. »

J'attends. J'attends dans la cuisine ton retour. Je guette par la fenêtre. J'ai coupé la radio, l'égrènement des heures m'était insupportable. Savoir qu'il est vingt heures et que tu n'es pas là me ronge de l'intérieur. Je vais dans le couloir, je rejoins le bureau, je me plante devant la fenêtre du bureau et je regarde la nuit. Rien. Le passage des phares éclaire succinctement la route. Les arbres à la lumière des réverbères prennent des allures inquiétantes. Leurs branches dénudées agrippent l'obscurité. Je t'attends. J'ai pensé que tu avais du travail, beaucoup de travail. J'ai pensé c'est la pluie, quand il pleut, on va moins vite. Je t'attends. J'ai pensé qu'à cause de la pluie, il y a des accidents. Je t'attends. J'ai pensé...non, je ne l'ai pas pensé. J'attends.

Il est tard maintenant. Je regarde le réveil qui me dit qu'il est tard. Depuis longtemps déjà, j'attends ton retour, mon amour. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas possible, ces idées qui me traversent l'esprit. Des idées tristes et sombres comme la nuit. On ne s'est pas disputés. Tu ne vas pas me quitter. Rien ne laisse présager une rupture soudaine. J'attends.

Je ne veux pas penser à cette idée terrible de grand choc, d'hôpital. Je n'y ai pas pensé. 

Il n'y a plus de voitures qui passent maintenant sur la route. Seul le vent anime la nuit. Je guette par la fenêtre en marchant. J'arpente le couloir. Je passe de la cuisine au bureau, je regarde la nuit et repars d'où je viens. Je pense à notre vie. Nos habitudes, nos plaisirs, aux tics qui nous agacent, à cette façon que tu as parfois de ne pas répondre. Je t'attends. J'ai essayé de prendre un livre, de l'ouvrir, de suivre des yeux les mots. Rien. Tout mon corps est tendu vers la nuit où tu es, où tu vas, où tu viendras vers moi. J'attends ton retour mon amour.

Plus tôt, j'ai ouvert le portail. Pour t'accueillir. Pour gagner du temps. Je guette par la fenêtre.

J'entends. J'entends le bruit de ta voiture. Je sais que c'est toi. Je vois les feux qui s'avancent . J'entends le crissement des graviers dans l'allée. Ton pas lourd dans l'escalier. Je suis debout dans la cuisine. Je regarde la porte. Je te vois.

À travers la vitre, tu souffles, tu t'ébroues puis me souris. Tu ouvres la porte et me serres dans tes bras. Je pleure. Tu me serres contre toi. Dans ton vêtement mouillé par la pluie de la nuit, je verse toutes les larmes de mon attente. J'entends ton cœur qui bat. Je me serre contre toi. Après un long moment de silence où tu me caresses les cheveux, tu t'écartes en souriant.

« Bonjour mon amour. »

22 mai 2009

Je voulais participer au défi de cette semaine (Berthoise)

Je voulais participer au défi de cette semaine, c'est vrai, aujourd'hui c'est férié, je peux bien prendre un peu de temps pour écrire une bafouille. Mais, je sèche.
 
Il s'agit d'écrire la vie d'une Mireille Iks dont on apprend la mort par courrier.
 
J'ai essayé d'imaginer une vie palpitante, émouvante, déroutante, étonnante. Je n'ai trouvé sur mon chemin que banalité, train-train et routine. Ne sont venus que des souvenirs d'enfance.
 
Ma Mireille à moi, je l'ai vue sous les traits de la femme de ménage qui aida maman pendant sa maladie. Une grosse femme joviale, qui avait du mal à marcher mais qui repassait et briquait les sols, choses que maman ne pouvait plus faire après son opération. Maman qui se sentait un peu coupable de laisser à quelqu'un d'autre le soin d'entretenir son logis, tricotait en contre-partie des pulls pour Mireille, puisque c'est ainsi que nous l'appellerons. Mireille avait un tour de taille impressionnant, et un giron capable de soulager tous les chagrins. Je soupçonne ma jeune maman d'avoir versé quelques larmes dans ce giron-là, malheureuse qu'elle était de se sentir diminuée et malade. Maman tricotait donc avec des aiguilles de 2 ½ et de la laine layette aux couleurs de bébé, des pulls d'une largeur sans fin, dans un joli point ajouré. Quand le pull était terminé, elle l'enveloppait dans un papier de soie et nous allions en visite  chez Mireille. Elle était veuve et vivait dans une petite maison au fond d'une cour ombragée de glycine, seringa et autres arbustes odorants. Maman et Mireille s'installaient dans la pièce à vivre, salle à manger-salon, en un mot la cuisine. Elles sirotaient un café que Mireille allongeait d'une goutte, elles papotaient, soupiraient, chuchotaient. Moi, j'avais le droit d'ouvrir un coffre aux trésors où s'entassaient des jouets, souvenirs, bricoles et babioles sans valeur qu'elle gardait pour les offrir aux enfants de passage. Je vous raconte un temps où les enfants avaient deux jouets par an, un à Noël, un autre pour leur anniversaire. Et comme Mireille me permettait de partir avec la trouvaille qui me faisait envie, je la regardais avec autant de considération que le Père Noël et son coffre me semblait une hotte merveilleuse.
 
Vous voyez, rien de drôle, rien de triste, de choquant, d'émouvant. C'est bien peu, un souvenir d'enfance, l'évocation rapide d'une dame gentille qui nous aima, ma mère et moi, dans des moments difficiles ; est-ce assez pour participer ?

16 mai 2009

Acidité I , II , III (Berthoise)

I ) Au bout de la langue
Douceur aigüe du fruit
Je grince des dents.


II ) Qui mord et blesse
Sur le bord de tes lèvres
Le piquant des mots.


III ) Sous son attaque
Tout fond, tout bout, se dissout
Liquide fatal.
9 mai 2009

Les oiseaux de nuit‏ (Berthoise)

- Vous buvez un café ?

Pourquoi faut-il toujours qu'on me propose un café, je peux boire un
verre. Un café à cette heure-ci, faut être barge. Et puis en plus,
j'aime pas le café.

- Oui. Je boirais bien quelque chose. Il y a un bar ouvert, un peu plus
loin au coin de la rue.

J'ai eu raison de mettre ma robe rouge. Elle les attire comme un pot de
miel. C'est bon de se sentir désirée. J'ai bien fait d'aller danser ce
soir. Mes cavaliers m'ont fait tourner et moi, je leur ai fait tourner
la tête. J'ai eu raison de sortir, ce soir. Et l'autre coco qui me couve
du regard, les yeux rivés à mon balcon. Rêve pas, Pépère, c'est pas ce
soir que je la retire pour toi, ma robe rouge.

/Vous avez vu comment je l'ai emballée, la rouquine. Pourtant, il y
avait du monde à lui tourner autour. Mais, c'est moi qui l'ai eue. J'ai
bien fait de m'accrocher. Elle est mignonne, un peu aguicheuse,
peut-être, mais de toute façon, moi, les saintes Nitouches, ça me fait
pas bander. Maintenant, il va falloir jouer finement pour l'emmener au
plume. Parce qu'avec celle-là, au plume, on ne doit pas s'ennuyer./

C'est la nuit.

Dehors, personne ne passe.

C'est la nuit et pourtant dans ce bar, on y voit comme en plein jour.
Ils ont installé des néons, ça vous arrache les yeux, mais il paraît que
c'est moderne. Il y a un tube qui grésille et clignote. Ça m'agace. Si
c'est ça la modernité, vous filer la migraine, moi je préférais les
vieux lustres ; quand j'avais mal au crâne, au moins je savais pourquoi,
c'est que j'avais trop bu et qu'il fallait que j'arrête le gin.
Maintenant avec ce fichu néon, je ne sais plus où j'en suis, si ce qui
me vrille la tempe, c'est un verre de trop ou un signal en morse que je
n'arrive pas à décrypter.

Je crois quand même qu'il faut que j'y aille. Passer ses nuits dans un
bar, c'est bon quand tu as vingt ans. Quand tu en as quarante, tout le
monde se demande ce que tu fais là. Il faut que j'y aille.



/Allez, encore une heure et je tire le rideau. J'en ai plein les bottes.
Encore une heure et je te fous tout ce beau monde dehors. Des oiseaux de
nuit, qu'ils appellent ça. Une bande de paumés, oui. D'abord, qu'est-ce
qu'ils ont à être encore debout, qu'est-ce qu'ils attendent pour se
pager ? C'est vrai quoi, moi, c'est mon boulot, d'être encore là mais
eux, _qu'est-ce qu'ils attendent._ L'autre qui se cuite
consciencieusement. C'est plus de ton âge, mon petit gars, demain, tu
auras le casque, et une haleine de chacal. Allez, va te coucher./

- Je vous remets la même chose ?

/Me dis pas oui, me dis pas oui./

-  Non, ça ira, je crois que je vais rentrer. Dites, faudrait le changer
votre néon.

/Ben, t'es plus raisonnable que je croyais. C'est ça, file au pieu,
c'est ce que t'as de mieux à faire./

/Bon, maintenant les tourtereaux. Elle l'a bien accroché, le lascar. Il
la regarde comme du pain bénit. Te fais pas d'illusion, Coco, c'est pas
ce soir que tu tireras ta crampe. Je les connais les filles comme ça, ça
vous promet monts et merveilles et ça vous laisse la queue sous le bras,
au pied du lit. Allez, tu lui claques un bécot, on se dit au revoir et
on s'en va. J'en ai plein les bottes, moi./
11 avril 2009

Eté 1976 (Berthoise)

Cet été-là, il faisait chaud. Dans la campagne, la terre criait sa souffrance sous le soleil plombé. La plaine d'ordinaire riche, nourricière, généreuse ne donnait qu'un maigre blé jauni et souffreteux.  Les maïs parfois si hauts étaient restés au ras du sol comme nanifiés.

Dans les pâtures, les bêtes broutaient une herbe sèche et rare, on avait même abattu quelques pommiers pour qu'elles puissent trouver un peu de verdure dans le feuillage. Les arbres gisaient au milieu des prés, triste paysage.

La rivière dans son lit avait baissé, découvrant des berges d'abord boueuses puis craquelées en grosses mottes de terre compacte et dure. Les mares avaient disparu, laissant derrière elles un fond nauséabond où pourrissait avant de sécher un mélange végétal et animal aux relents méphitiques. Les chemins tourbillonnaient de poussière à la moindre brise...

Devant les maisons, le sol des cours se craquelait. Aucune fleur n'égayait les plates-bandes. Le village, tous volets fermés, semblait muré dans un silence vibrant, car personne n'affrontait la chape qui étreignait la vie. Chacun essayait de se préserver, les mouvements étaient ralentis et réduits à l'indispensable. Le moindre effort provoquait la transpiration et l'impression douloureuse d'être agonisant. Quand le soir venait, tard, quand le soleil enfin acceptait de mettre un terme à son œuvre de chauffe, l'obscurité ne changeait rien ; on continuait à souffler. Dans la nuit, les insectes entonnaient un chant qui agaçait. Les draps poissaient au contact des corps en sueur.  Le sommeil fuyait jusqu'aux enfants qu'on entendait pleurer par les fenêtres ouvertes.

On espérait la pluie.

22 mars 2009

Pub même pas cachée, copinage éhonté, racolage actif (Berthoise)

Venez-y au défi du samedi.

C'est sympa, ça rigole. Y'a des gens, tous différents, qui s'amusent à plancher sur tout un tas de sujets souvent très farfelus. L'accueil est chaleureux, l'ambiance amicale. Ce n'est pas prétentieux, ceux qui mènent l'histoire, ils sont trois, je crois, ou bien quatre, je ne sais pas, enfin ces gens-là ne se prennent pas au sérieux et ne comptent pas leur temps.

Et puis y'a ceux qui participent. Ce sont aussi des gentils. Ils ont un mot pour ce que chacun a pondu. C'est même une espèce de règle. T'as écrit, tu commentes.

Non, faut y venir au défi du samedi. Ça commence à durer leur machin. Ça fait un an que ça dure, un an qu'ils ont commencé.

Moi, j'aime bien, quand j'ai le temps, participer au défi, mais des fois, j'ai pas le temps, et des fois pas le courage, ou encore pas d'idées.

Mais sinon, moi, je vous le dis, faut y aller, c'est sympa, au défi du samedi.

28 février 2009

Le café n'était pas assez fort (Berthoise)

 

berth

Issu de mon imagination farouche, drageonnant dans le terreau de mes 
rêves, le loup est apparu. Ses oreilles tendues vers mes mots
vétillants, les crocs oringués dans la lumière blafarde, il palote à
l'ombre des mauvais rêves, il houssine dans le silence de mes nuits, il
croupionne pour mieux me rudenter. J'ai appris à l'ébousiner, il peut
toujours licher, je ne me laisserai plus moitir.

Le loup sorgue maintenant et je folichonne sereine, plus de mauvais café
pour godronner mon sommeil.

Avec du thé, je ne tarmacadamise pas.
10 janvier 2009

Un secret (Berthoise)

 

Est-ce que je vous l'ai déjà dit ? Non, il y a des secrets qu'on dévoile difficilement.

Il en est qu'on raconte rapidement en marchant dans les bois, en attendant le train, ou dans les rayons en poussant son chariot. Il y en a qu'on fait vivre aux fins de repas quand l'ambiance est aux rires. Ces choses-là sont légères, on les oublie rapidement. Mais il y a d'autres secrets, des.. dont on n'est pas bien fier, qu'on chuchote à l'oreille, imposant le silence.

Je vais vous dire des choses, vous ne les répèterez pas.

Je ne fus pas toujours bien sage. Il fut un temps où j'aimais trouver dans mon lit, un amant quelqu'il fut, pourvu qu'il fut ardent et toujours différent.

En ces temps éloignés, je savais me faire belle. J'employais les onguents, utilisais les fards, et jouais des parfums. J'allais à la ville le soir, et en fin de semaine, pour chercher le bel homme qui saurait m'enchanter. J'avais appris les danses, celles qui ensorcellent. Je savais les pas qui font venir les amis. Après mes folles nuits, ivre de musique, et rompue par les charmes, je rentrais à l'aurore, pour reprendre la route qui mène au droit chemin. Je croyais, fille folle, que je menais la danse, que je tenais ces hommes comme aux creux de mes mains.

Je me trompais, bien sûr, vous l'avez deviné.

Celui que j'aperçus ce soir-là me conquit. Il avait des airs pour lesquels je fondais. Il me laissa venir, jouant l'indifférent, il aiguisa ma soif, et provoqua ma fin. Il joua mon propre jeu, affûta les mêmes armes. Et je devins la proie, ayant été chasseur.

Je ne regrette en rien

ma défaite cuisante.

J'ai perdu, je l'avoue,

au jeu des amourettes.

Il demanda ma main.

Je dis oui, rougissante.

Il devint mon époux.

Jamais je ne regrette.

Moralité :

Méfiez-vous, jeunes filles, des amours sans lendemain

Écoutez les conseils d'une qui se croyait libre.

Si vous voulez garder les atouts dans vos mains

Restez sagement chez vous et lisez un bon livre.

 

3 janvier 2009

Berthe du Vexin - Berthoise

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27 septembre 2008

Défi de Berthoise

Au Musée des Beaux-Arts de Lyon, je voulais revoir les tableaux de fleurs de 19 siècle.

A cause du commerce de la soie, Lyon avait privilégié les artistes qui donnaient dans les motifs floraux, car ils étaient repris dans les ateliers d'impression.

Je suis retournée sur la Place des Terreaux, je suis passée sous le porche . Mon amie qui connait toujours quelqu'un, avait prévenu et je devais me présenter aux caisses de la part de Mickey. On me donna un billet gratuit et je commençais mon exploration. A l'envers, ou à contre-sens, enfin je commençais par la période contemporaine et remontais le temps.

Je parcourus quelques salles pour arriver enfin devant le tableau que je voulais revoir.

Il était bien tel qu'il s'était fixé dans ma mémoire.

Grand, clair, avec ces femmes mêlées aux fleurs. Dans cette salle, il y avait une toile que je ne me rappelais pas avoir vu là. Aussi, quand on m'annonça que grâce à ce billet que je n'avais pas payé et qui était toutefois numéroté, j'avais gagné le droit de partir avec l'œuvre de mon choix, je n'ai pas hésité.

Je veux celui-là, les amants heureux de Courbet, que je pourrai renommer les amants comblés. C'est celui-là que je veux.

Pour le cou blanc et gras de la femme, pour sa pose alanguie, ses paupières mi-closes et l'esquisse de son sourire.

Pour les pommettes rosées de l'homme, ses cheveux en bataille, son épaule solide.

Pour les mains qui s'étreignent.

Pour leur contentement tangible, et leur quiétude devant un ciel plombé.

Voilà pourquoi à la tombola du Musée des Beaux-Arts de Lyon, j'ai choisi cette toile.

J'aime l'amour qu'elle évoque.

 

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Le défi du samedi
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