Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le défi du samedi
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 605
Derniers commentaires
Archives
7 mars 2009

Vetements de l'homme (Val)

Thème: T-shirt ou cravate
Genre: alexandrins

Il avait porté un T-shirt toute la journée
Pour lui faire hommage, au soir, je l'ai porté

Le lendemain, il avait mis une cravate
Une cravate, sur un cou de femme, eh ben ça gratte

Je n'ai pas tant tenu que ça à la porter
Alors, au lit, avec je me suis menottée.

Publicité
7 mars 2009

Blog (Val)

Thème: blog en bois
Genre: tautogramme

Beau bois brut
Blog bariolé barbouillé
Brillante bulle
Badinages bienveillants
Bouleversante bonté
Bienfaiteur et bienfaisant
Blog bois brûlant
Billets bricolés
Blog bien-aimé

7 mars 2009

C'est dur dur, l'abécédaire! (Val)

Thème: La peinture n'avait qu'un défaut
Genre: abécédaire

Ah! Bravo! Crasse! Défaut ennuyeux...
Faute gênante hérissée, irréparable, je kiffe léger!
Mur négligé, on pleure quelques ratés...
Salissure, tache. Un vice white...x yapluka!
Zieute!

7 mars 2009

Hem (Val)

Thème: femme avec poil sur le ventre
Genre: proverbe

Femme à poils au bas-ventre
Duvet près de son antre
Diantre! C'est bien plus doux quand t'y entre.

7 mars 2009

De bonne heure, et de bonne humeur (Val)

Thème: à quoi servent les hommes
Genre: nouvelle en cinq lignes


Hier au soir mon époux riait de bon cœur. « Toi ? Te lever un samedi ? Avant neuf heures pour les défis ? Ha ha ha ! Jamais de la vie ! ».

Il avait sous-estimé mes ressources ! Avant neuf heures, le téléphone a sonné. Je me suis levée d’un bon, et depuis j’suis au front.

Lui ? Il est encore couché… Vous avez vu l’heure ?

Publicité
7 mars 2009

C'est hormonal (Val)

Thème: arrêter la pilule OU femme avec poils sur le ventre
Genre: quatrain


Depuis que je suis stérilisée aux hormones

Poussent de petits poils bruns disgracieux

Tout autour de mon nombril, c’est très malheureux

Dure à avaler, le pilule, elle est pas bonne !

7 mars 2009

Mon rideau "Soleil couchant" (Val)

Thème: Rideaux pour fenêtres arrondies

Genre: poème libre

Le rideau reflet d’ambre hier déposé

Sur ma fenêtre plein ouest, ronde comme un soleil

Me cache le ciel couleur opale

.

Depuis je ne distingue plus

Que les ombres des voyageurs

Que le vent pousse sous ma fenêtre

.

Depuis ne me restent que les souvenirs

Des couchers de soleil ambre

Que j’admirais encore hier

.

Une chance, ma fenêtre est ronde

Je vais repeindre le mur bleu ciel

Et on fera comme si…

.

7 mars 2009

Sans mecs (Val)

Thème: à quoi servent les hommes
Genre: abécédaire

A bien calculer, données et faits…

Grils, hey, imaginons juste kidnapper les mecs…

Néant !

Oh, plus que ravissements sur terre…

Une vermine, well, XY !

Zéro !

21 février 2009

Oh ! Non ! Voilà qu’elle remet ça ! (Val)

Mesdames, Messieurs les jurés,

.

Je vous demande de tourner la tête, et de regarder quelques instants la mine déconfite de ma cliente. Regardez ses yeux embués, ses lèvres tremblantes, sa figure désolée…

Observez-la attentivement, et demandez-vous !

Est-elle cette abominable ravisseuse que nous dépeignent les médias et les associations de parents mécontents ? Je vous le demande !

.

Son crime n’est certes pas excusable. Néanmoins, ma jeune cliente a des circonstances atténuantes.

Je vous prie, Mesdames, Messieurs les jurés, de faire preuve d’un peu d’empathie, et de revivre avec elle la journée qui a précédé ses actes odieux.

Le crime qu’elle a commis n’est pas un acte motivé par une malveillance malsaine, mais plutôt le résultat de l’accumulation de petits déboires qui ont fait déborder le vase, trop plein, de ma cliente.

.

- Ce vingt-quatre décembre, elle devait le passer dans la maison familiale de son époux, comme les sept Noël qui avaient précédés celui-ci.

- Son époux, bien décidé à l’épargner cette année de cette corvée, était finalement revenu sur sa parole, repoussant encore d’une année la délivrance tant attendue.

- Son beau-frère, qu’elle aimait tant, et avec qui elle avait partagé ses pauses cigarettes les années précédentes, avait cette année, pour la première fois, été remplacé par un autre. Ce nouveau beau-frère, au contraire de l’ancien, n’était pas du genre de ceux à qui elle avait envie de planter une fourchette dans le derrière.

- Les deux tantes de son époux, celles qu’elle considère comme ses amies, étaient aux abonnés absents cette année parce qu’elles allaient au bout de leurs envies, ELLES !

- La grand-mère de son époux, qui la distrayait beaucoup également, avait préféré suivre ses deux filles « rebelles » et ne serait pas là non plus.

.

Vous vous demandez ou je veux en venir et je le comprends tout à fait.

Ma jeune cliente, qui avait rêvé d’un Noël en « famille », se résignait à passer un réveillon entourée certes de son époux et de ses enfants, mais également :

- d’un beau-père chasseur, et fier, de surcroit, d’avoir voté pour qui-nous-savons.

- d’une belle-mère très attentionnée, qui ne songeait qu’à la faire arrêter de fumer pour la nouvelle année.

- d’un nouveau beau-frère qu’elle se refuse à comparer avec le répudié qu’elle aimait tant et pour qui elle éprouve une profonde empathie mêlée de tristesse.

- d’une belle-sœur, qui passerait probablement sa soirée à faire le procès de ce dernier –sans qu’il puisse se défendre- et ce, dans l’indifférence générale, voire dans l’unanimité de l’auditoire. 

.

Le décor est planté, Mesdames, Messieurs les jurés.

.

Certes, le crime épouvantable qu’elle a commis était prémédité.

MAIS !

Songez qu’elle n’a jamais imaginé -ne serait-ce qu’un quart de seconde- gâcher la fête de Noel de cette famille dont elle faisait partie. Jamais !

Elle aurait pu ! Elle n’y a tout simplement pas pensé, Mesdames, Messieurs, parce que son cœur est trop doux pour commettre pareil délit.

.

Notez, par ailleurs, que la victime n’a subi aucun traumatisme majeur, et qu’aucune plainte pour coups et blessures n’a été déposée.

Evidement, vous allez objecter :

« Le pauvre homme a été enlevé, bâillonné, attaché, enfermé dans le coffre d’une automobile, puis séquestré dans une chambre, le soir de Noël, alors qu’il avait tant de travail…Et que ce kidnapping –le terme est juste-  a mis en péril la distribution des cadeaux »

.

Je ne vous contredirai pas. Les faits sont là, et ils sont impardonnables.

.

Maintenant, je vous implore !

Laissez de côté les faits -gravissimes- survenus avant, et concentrez-vous quelques instants sur la libération de l’otage, si vous le voulez bien.

Ma cliente, consciente d’avoir mal agi, prise de remords terribles a, d’elle-même, délivré Monsieur Noel à minuit.

.

Contre cet homme –la victime- qui pourtant l’avait toujours plus ou moins ignorée, même lorsqu’elle était enfant, elle n’éprouvait aucune rancœur. Elle avait simplement souhaité l’avoir pour elle durant quelques heures…

.

Notez bien, Mesdames, Messieurs les jurés, que ce crime, aussi atroce soit-il, était dépourvu de toute autre motivation que cette envie désintéressée. A aucun moment ma cliente n’a soutiré de l’argent à Monsieur Noël. Elle n’a d’ailleurs exigé aucune rançon. Elle l’a juste voulu pour elle, tout simplement…

.

C’est un crime passionnel, Mesdames Messieurs les jurés ! Je vous l’affirme !

.

La victime, elle-même, a certifié, dans sa déclaration, que sa ravisseuse l’avait détaché de son plein gré, sans compensation. Elle lui aurait même indiqué une porte de sortie avant de lui demander pardon.

.

Le préjudice est énorme, effectivement. Monsieur Noël, évidemment, a pris un retard considérable sur sa tournée et beaucoup de parents ont dû le relayer pour la distribution (Parents qui, d’ailleurs, sont les seuls à demander des dommages et intérêts, Monsieur Noël n’ayant pas déposé plainte, entre parenthèses).

.

L’acte est irréparable, mais ma cliente est dans le repenti. Elle affirme –et je la crois- que c’est avec son cœur qu’elle a libéré sa victime. Elle a songé à tous ces enfants qui attendaient Monsieur Noël. Elle a pensé surtout à l’inquiétude intolérable de Madame Noël.

.

A aucun moment elle n’a pensé le relâcher par crainte des représailles. Elle s’y est résolue, tout simplement, parce qu’elle aimait assez cet homme, pour comprendre -et surtout accepter- que sa vie soit ailleurs qu’auprès d’elle.

.

Pour toutes ces raisons, Mesdames, Messieurs les jurés, je vous demande – ni plus, ni moins- l’acquittement.

.

14 février 2009

Vous avez un nouveau message (Val)

…ou quand les boites mail déraillent.

.

Boite de Tilu :

.

Vous avez 1 nouveau message. 

.

Message de Papistache, reçu le 14 à 9h00 :

.

Tendre-Maitresse-à-la-voix-qui-chante, Jolie-Muse-née-en-décembre, Amour-venue-du-sud, et mille autres doux noms pour toi inventés,

En cette Saint Valentin, , je voulais te répéter ce que t’ai mille fois dit.

Ton Papistache émotif

.

Boite de Papistache

.

Vous avez 2 nouveaux messages.

.

Message de Teb, reçu le 14 à 7h00 :


.

Mon grand Chêne dégarni,

Tes branches me protègent ,tes feuilles me caressent

Ton tronc me soutient...

Serrée contre toi, je t'entoure de mes bras pour partager ta force.

Le doux ramage de ton feuillage m'enchante et m'apaise.

Trouveras-tu une couple d’heure aujourd’hui pour venir me retrouver ? Dis à ta femme que tu as du travail…

Ton amireuse coquine.

Teb.

.

Message de Aude, reçu le 14 à 9h00 :

.

Mon Phil Amant qui m’embrase,

Je n’ai pas trouvé le sommeil cette nuit. Je n’ai pensé qu’à toi, et à un bain de mer, tous les deux nus sous le soleil couchant.

Viens vite…

Ton « Aude » à l’amour…

.

Boite de Kloelle

.

Vous avez 1 nouveau message.

.

Message de Val, reçu le 14 à 8h00 :

.

Mon amour,

Couchons les enfants tôt ce soir. On prendra un bain ensemble, je sais que toi aussi tu aimes…

Dis, si je suis sage, tu me feras des crêpes, après le bain ?

Bisous, mon cœur.

PS : Dis, tu m’aimes, hein ?

Ta Valérie.

.

Boite de Walrus

.

Vous avez reçu 2 nouveaux messages.

.

Message de Janeczka, reçu le 14 à 7h30 :

.

Mon crouton,

Je me perche sur ton epaule
Te fais des bisous dans le cou
Et te murmure des mots doux au creux de l'oreille

Nan, j’deconne !

ma vieille branche, mon sotichon, mon enflure, mon pequenot,

tu es pas tres bavard,
 embetant, sourd, lourdingue, chauve,
vieux, surtout

mais malgre toutes ces qualites (et bien d'autres)
oui, je t'adore (t'es mon amour, mon tresor)

alors bonne saint valentin, mon chou!!

Jessie

.

Message de Martine27, reçu le 14 à 5h00 :

.

Mon Pépé, mon marin, mon Zorro,

Je profite du sommeil de ma petite-fille Martine pour t’écrire ces quelques mots avec sa boite email.

Remets ton béret ce soir, que je touche ton pompon, ça nous rappellera des souvenirs.

Ta Mémé Célestine.

.

Boite de Adi :

.

Vous avez 1 nouveau message.

.

Message de Janeczka, reçu le 14 à 8h.

.

Ma chérie,

J’ai déjà écrit un mail à Crouton, mais y’a pas de raisons, la Sant Valentin c’est aussi notre fête à toute les deux. (Bon, je préfère tout de même la fête des paires !).

On pourrait faire une vidéo, non ? Pour fêter ça ? Tu me dis ! J’ai acheté des pamplemousses pour l’occasion.

Sinon, j’avais pensé : si Crouton va au lit de bonne heure, on pourrait se donner rendez-vous et squatter sur un blog ce soir.

Vivement que je vienne en vacances chez toi. On se baladera, et puis surtout j’ai trop hâte de savoir si t’es un vraie brune, si tu vois ce que je veux dire !

Bisous.

Ta chipie.

.

Boite de Cartoonita

.

Vous avez 1 nouveau message.

.

Message de Val reçu le 14 à 9h00 :

.

Ma petite fée,

On se parle ce soir ? Même lieu, même heure que d’hab ?

J’attendrai que Manu soit couché. On pourra même faire une visio. Peut-être même que tu auras enfin la vidéo que tu me réclames depuis des mois ; on verra si t’es sage !

Dis, t’as acheté des pamplemousses ?

Vivement les vacances, j’ai trop hâte de te revoir.

Je t’aime.

Valérie

PS : j’suis aussi brune que toi, tu t’en rendras compte ce soir !

.

7 février 2009

Oral de littérature (Val)

Je m’étais préparée à l’épreuve depuis de longs mois. Je connaissais par cœur tous mes classiques. A un oral de littérature, on vous interroge toujours sur des classiques, c’est bien connu. Je connaissais tous mes personnages sur le bout des doigts. Et pour cause ! J’étais eux !

.

Pour réussir mon oral, j’avais signé un pacte avec un diable tentateur : ma raison contre leurs mille vies.

.

Le diable semblait avoir tenu ses engagements. Raison comprise.

.

J’étais morte dix fois. J’avais trompé mon mari autant. J‘avais souffert de tous leurs maux. De tous leurs mots !

 J’avais été tantôt vénale et débauchée, tantôt puritaine à la morale d’acier. J’avais été médecin, rentière, mousquetaire, bagnard, curé de campagne, poète maudit, fille de roi, prostituée…

Je les savais tous ! Je les avais absorbés à en perdre le sommeil, et quand celui-ci venait me chaparder quelques heures de révisions nocturnes, tous mes rêves leur étaient consacrés.

Je ressentais les émotions avec la même intensité que tous ces personnages.

 J’étais eux. Je souffrais en même temps qu’eux. Je vivais à leur rythme, à leur époque, à leurs mœurs et croyances.

.

Je vivais leurs vies par procuration. Une fusion étrange, inexplicable… Une identification poussée dans ses plus extrêmes limites, un truc dont seul le diable avait le secret. 

.

Dans la voiture, durant le trajet, ils sont tous venus, les personnages, les uns après les autres, pour me souhaiter bonne chance. Ils ne doutaient pas. Ils savaient qu’eux et moi ne faisions qu’un. Corps et âmes. Cet examen, je ne pouvais pas le rater, j’étais eux ! De quoi parle-t-on mieux que de soi-même ? J’étais eux !

.

Nous sommes arrivés, moi et mes mille personnages, un peu avant l’heure, pour être surs de ne pas être en retard. J’étais confiante.

Épuisée, tourmentée, mais confiante.

 Je connaissais par cœur tous mes classiques, qui en plus vivaient en moi, il n’y avait pas de raisons…

.

Je me suis assise dans la salle d’attente, avec les autres candidats. Ils lisaient tous à voix basse leurs fiches de révision. Moi, je n’en avais pas. Ça aurait été inutile. J’avais un avantage certain sur les autres : moi, je n’avais pas étudié tous ces bouquins, je les avais VÉCUS.

.

D’ailleurs, mes mille personnages classiques étaient tous venus avec moi, et me rassuraient du mieux qu’ils pouvaient, me susurrant: « Ne crains rien, tu nous connais tous sur le bout des doigts ».

.

La porte du bureau s’est ouverte. L’examinateur est sorti, sa liste de candidats entre les mains.

.

Tremblante, je me suis levée à l’appel de mon nom. Je suis entrée, et nous nous sommes assis, l’un en face de l’autre. .

.

Il a hésité un instant, puis a sorti la feuille fatidique, qu’il m’a tendue.

.

- Vous avez vingt minutes, et puis je vous interroge.

.

J’ai pris la feuille, ai sorti papier et crayon, et ai pris connaissance du sujet.

.

haddock_bachi_bouzouk__103_

J’ai lu et relu les deux courtes phrases. J’ai scruté les personnages.

 Rien !

Rien ne me venait à l’esprit. Je lisais le court dialogue sans le comprendre, comme s’il avait été écrit dans une autre langue.

.

Réviser ses classiques… j’avais fait l’impasse sur Hergé !

 Quelle erreur monumentale !

 Le diable avait pourtant tenu ses engagements… c’est moi qui avais omis d’être un jeune reporter ou un capitaine au juron révolutionnaire. J’étais anéantie.

.

Je n’ai rien su écrire au sujet de ce court extrait. Rien ! J’ai tué le temps en revivant certains épisodes de mon enfance. J’ai lu tous les tintin, très jeune, parce que c’était les seuls livres qu’il y avait à la maison. Oh, je ne comprenais pas tout, mais je les lisais…

.

Les vingt minutes se sont écoulées. L’examinateur m’a appelée. Déstabilisée,  j’ai balbutié des âneries incompréhensibles durant les dix premières minutes de l’examen. J’ai lu dans ses yeux qu’il me prenait pour une cinglée.

.

Il m’a ensuite posé quelques questions, auxquelles je n’ai pas su répondre. Aucun des personnages qui vivaient en moi n’a pu me venir en aide. Nous étions tous impuissants.

.

Et ma raison…vous savez bien… le pacte !

.

- Mademoiselle ? Donnez-moi votre définition de l’expression bachi-bouzouk .

- Ça veut dire… heu… ça veut dire… ça veut dire « Au revoir! »

 .

Et je suis partie en courant !

 .

C’est ce jour-là que j’ai compris : 

Si le pacte que j‘avais signé me permettait de vivre cent vies en une, il me rendait également spectatrice (et uniquement spectatrice) de la mienne, de vie. 

.

24 janvier 2009

Retrouvailles manquées (Val)

Minuit. Service des urgences. Nous sortons de la chambre d’hôpital en silence. Les autres (qui étaient les autres ? Je ne m’en souviens plus) suivent l’urgentiste vers un bureau, et moi, on me dit d’attendre là, près d’une machine à café. Ils en ont pas pour longtemps. J’attends.

.

La dame est encore là. Je trouve ça étrange. Elle s’en allait, apparemment, quand nous sommes arrivés. On s’est croisées. Il était peut-être vingt-deux heures. Elle a regardé longuement en notre direction. Elle ne nous a pas lâchés du regard. Elle est là, toute seule, près de la machine à café. Il est si tard… qu’attend-t-elle ? Elle me regarde encore. Elle me fixe tellement que j’ai peur de m’approcher du distributeur, mais j’ai si envie d’un café que j’avance en faisant semblant de l’ignorer.

.

Je glisse les pièces. Le café coule dans le gobelet. Je sens le regard de la dame derrière moi. Je sens qu’elle me fixe. Je me sens presque agressée. Peut-être veut-elle me demander quelques centimes pour un café ?

.

Je me souviens que j’ai une cigarette dans ma poche. Au bout du couloir, il y a une porte qui donne sur un parking, je m’en souviens. J’attrape mon gobelet de café chaud et me retourne, cherchant la sortie.

Je croise son regard. Un quart de seconde. C’est une dame qui a environ cinquante ans. Elle aurait une tête presque sympathique si elle ne me regardait pas comme ça. Je me demande si elle n’a pas un trouble mental.

Je vois le couloir. Je m’avance vers le couloir.

.

- Mademoiselle ?

- Oui ?

.

Je n’ai pas le choix, elle me parle. Que me veut-elle ?

.

- Est-ce que c’est votre papa qui est entré ce soir ?

.

Je lui lâche un « oui » à peine audible, et j’accélère le pas. Décidément, elle me fait peur. Je me dis que c’est peut-être une dame d’une secte, ou un truc du genre, qui récupère les gens malheureux. Je sors à vive allure avant qu’elle ne me parle encore.

.

Je reste dos à la porte, près d’un gros cendrier en béton. Il fait froid. Je suis gelée. Il fait noir. Un réverbère éclaire le parking, mais il fait bien noir. J’allume la cigarette. Je ne pense à rien. Je suis trop chamboulée pour penser à quoi que ce soit. Je ne sais même pas ou je vais dormir cette nuit. Je m’en moque. Je sais qu’à l’âge que j’ai, on me laissera pas dormir dehors.

.

Je sens un peu de chaleur passer dans mon dos. La porte s’est ouverte. Je me retourne. La dame est là. Elle m’a suivie. J’ai un peu peur. Je regarde autour de moi, mais il n’y a personne d’autre. Je suis inquiète. Je ne sais pas quoi faire.

.

- La maison de retraite m’a appelée en fin de journée. Ma maman est entrée ici ce soir. Je suis venue la voir, mais elle ne me reconnaît pas. J’allais partir lorsque j’ai vu votre papa entrer. J’ai cru le reconnaître. J’ai attendu pour en avoir le cœur net.

.

La dame me demande si c’est bien la personne qu’elle croit avoir reconnue. Je lui confirme, un peu intriguée. Je la scrute… non, je n’ai jamais vu cette dame. Je n’aurais pas oublié son visage. J’écrase ma cigarette, et j’attends qu’elle m’en dise plus. Elle est timide. J’ai le sentiment qu’elle veut me parler, mais qu’elle n’ose pas. Elle ouvre enfin la bouche :

.

- On rentre ?

- Oui.

.

Je la suis dans le couloir. Là, je réalise qu’elle est sortie uniquement pour me parler. Je suis un peu brouillée. Je ne sais pas quoi penser. Je la suis machinalement. Je ne sais pas si j’ai envie qu’elle me parle.

.

Nous arrivons dans la petite salle d’attente déserte. Elle me demande si ma Maman est parmi les gens qui sont partis avec le médecin. Je lui dit que non, je n’ai plus de maman. Elle me demande si je vis seule avec mon papa, et je lui dit que oui.

.

Tout est un peu embrouillé. Je n’ai pas envie de parler, ni de répondre à ses questions, mais je n’ai pas le courage de le lui dire. Pendant une fraction de seconde, j’ai eu l’impression qu’elle s’était efforcée de retenir une lueur de satisfaction suite à mes réponses, et ça m’a agacée. Je lui dit que je n’ai pas de frères et sœurs non plus. Je suis fatiguée. J’ai envie que ma famille sorte du bureau et vienne me chercher.

.

- J’ai connu ton papa il y a trente ans. On s’entendait bien. On s’est perdus de vue quand il est parti à Paris. Je ne savais pas qu’il était revenu. Moi, je me suis mariée juste après. Mon mari et moi avons perdu notre bébé, puis nous avons divorcé. Ensuite je suis restée seule et je n’ai pas eu d’enfants. Je n’ai que Maman, et là elle va très mal, elle ne me reconnaît même pas.

.

Je ne sais pas pourquoi elle me raconte tout ça et je ne veux pas savoir. Je veux m’en aller. Elle sort un papier et un crayon de son sac à main, et écrit quelque chose, le papier appuyé sur son genou. Elle me tend le morceau de papier. Je le prends et y lis un nom, une adresse et un numéro de téléphone.

.

- Tu pourras donner ça à ton papa ?

.

Je lui dis que oui, je le ferai. Une porte s’ouvre. Ma mamie vient me chercher. On rentre. Je vais dormir chez elle. Dans la voiture, je cache le morceau de papier et je ne parle pas de la dame.

.

Le lendemain, j’ai donné le morceau de papier à Papa. Il m’a fait signe de le poser sur sa table et je l’ai posé. Il était trop faible pour le lire, je pense.

.

Elle n’a pas eu de chance, la dame. Mon papa est mort une semaine plus tard. Je n’ai jamais su ni demandé ce qu’était devenu ce morceau de papier. J’ai maintes fois tenté de me souvenir du nom de la dame, pour la prévenir, ou lui parler… je n’ai jamais réussi à m’en souvenir.

.

Aujourd’hui –douze ans plus tard- je me demande simplement comment je vais pouvoir glisser une promotion pour le roquefort dans ce récit.

.

17 janvier 2009

Marché (Val)

Salut l’ancêtre (nan je deconne fais pas la gueule lol) et aussi les deux gouines,

Déjà moi je voulais vous dire que ben j’ai rien contre les lesbiennes, ça me dérange pas du tout chacun sa vie. Moi j’ai même mon prof de bio eh ben il est puceau, mais moi je critique pas c’est pas mon genre, chacun fait c’qu’il veut à ce niveau là c’est pas moi que ça va déranger. 

Sinon j’aime bien aussi les grand-père, même que moi j’en ai un, et il est même plus vieux que toi Papistache alors c’est pour te dire que ça me dérange pas du tout que tu sois vieux.

 

Alors voilà la raison de mon courrier :

En fait j’ai découvert votre blog par hasard, et je me suis dit que peut-être on pourrait faire un arrangement ensemble vous et moi.

 

Je pense par exemple que je pourrais vous rendre quelques services et vous donner des conseils qui seraient pas du luxe si en échange vous mettez un lien pour mon blog (www.blondattitioude.canalblog.com, vous verrez il est grave bien !) .

 

Bon déjà vos looks ça va pas du tout. Les filles c’est pas parce que vous vous accouplez entre vous que vous devez vous laisser aller et pas prendre soin de vous un minimum hein. Je sais pas moi, vous pourriez peut-être vous maquiller un peu ou vous arranger. Je pourrais vous montrer ça serait pas un luxe du tout. Enfin moi je dis ça c’est pour vous, hein, après je m’en tape c’est pas moi qu’à cette gueule-là c’est vous mdr.

 

Et puis Papistache bon déjà c’est quoi ce pseudo à la con? C’est quoi l’embrouille ? J’sais pas, moi, en changeant même qu’une lettre ça pourrait être mieux et il déchirerait grave mieux ton pseudo. Papislache ça serait pas mal déjà, ça voudrait dire que tu te lâches. Bon Papislache je voulais te dire un truc que les autres doivent pas oser te dire, mais moi t’as vu j’dis ce que je pense hein. Te vexe pas mais quand t’écris tes billet on comprends pas tout lol faudrait peut-être un peu s’exprimer en français lol sinon ça va être chaud de capter tout ce que tu dis.

 

Vous voyez moi j’ai plein de conseils pour que votre blog il déchire grave et qu’il soit plus un blog de vieux cons comme maintenant, mais enfin c’est comme vous voulez, restez dans votre trip sinon, moi c’est pas mon problème.

 

Allez, biz , à très bientôt sur mon blog. Tenez-moi au courant please.

10 janvier 2009

Mes préférés (Val)

J’avais eu envie de vous dire que je n’ai jamais rusé en amour. Jamais ! J’en étais persuadée jusqu’à ce soir. Pour moi, c’était clair, je n’avais jamais manœuvré de manière à me retrouver inopinément dans les bras d’un garçon. J’ai trop de retenue pour ce genre de chose. Et puis.. je n’y ai jamais songé !

Il ne faut peut-être jamais dire jamais, même lorsque ce « jamais » fait référence au passé.

J’ai foré profond, et j’ai trouvé l’or noir qui fera l’affaire. Malice souterraine presque inconsciente, en réalité. Mais, à bien y réfléchir, et avec le recul, la ruse s’apparente tout de même à une malice…hem … amoureuse ? Le mot m’égratigne un peu la gorge tout de même. Vous jugerez.

L’entreprise dans laquelle j’étais salariée employait une majorité d’hommes. Des jeunes, des plus anciens, des beaux, des moins beaux, des prévenants, des mufles… des hommes, quoi ! Beaucoup d’hommes… pour le peu de femmes que comptait l’effectif. On dira 5%. Pas plus.

J’y étais comme un coq en pâte. On peut même dire comme un coq dans la basse-cour. Un homme qui fréquente un univers d’hommes, il apprécie bien souvent l’exotisme d’une collègue femelle. Pas pour lui conter fleurette, mais simplement pour le dépaysement. Enfin, là-bas, c’était comme ça. Jamais je n’ai bu un café toute seule !

Mon chef (j’étais son assistante) n’avait que des besoins ponctuels (quand je dis besoins ponctuels, j’entends … des services d’une assistante, ne vous méprenez pas !). Aussi, j’étais assez libre de mon temps lorsqu’il était occupé, ou absent, ou qu’il n’avait tout simplement pas besoin de moi…

J’avais des consignes, bien évidemment, mais plutôt souples : moduler mon temps de travail entre les différents services selon les besoins.

Bureau d’études, service après vente, magasin, service commercial… j’avais le choix. Ou quasi. Aucun n’était vraiment débordé, aucun ne refusait mon aide non plus. Et puis du temps, je devais tout de même en accorder un peu partout, donc partager,  mais j’avais le choix du créneau horaire.

Eh bien, je ne vous dirai pas pourquoi j’estimais que les magasiniers étaient des gens vraiment très débordés à qui il fallait prêter main forte une bonne partie de la journée. 

Je ne vous dirai pas non plus pourquoi j’allais bosser « là-haut » chaque soir après seize heures et pas en milieu de journée.

Enfin, je ne vous dirai pas pourquoi je me suis portée volontaire pour l’inventaire alors que j’étais en congé.  Dix heures à compter des vis et des boulons, un trente et un décembre, quand on est pas obligée…c’est charmant…l’année suivante, j’ai récidivé.

Ne vous montez aucun scénario ! Je n’ai jamais attendu ni espéré quoi que ce soit de l’un d’eux (d’ailleurs, j’ai affiché un ventre tout rond là-bas, et ensuite je déposais un bébé chez la nounou chaque matin avant de m’y rendre). J’aimais juste leur compagnie, parce qu’ils étaient mes préférés.

3 janvier 2009

Petites précisions sans importance (Val)

Il m'est difficile de parler de moi alors que je l’ai déjà fait ou-vous-savez pendant deux ans. Que n'ai-je pas dit? Allez, faisons comme si je n’avais jamais rien écrit auparavant me concernant. On recommence, compteurs à zéro, public neuf.

.

Je m’appelle Valérie, j’ai vingt-sept ans depuis la St Odile, je suis mariée depuis Valsemarie, et j’ai deux enfants -un garçon, et une fille- nés en 2005 et 2006. Je pourrais même vous donner mon nom de famille, mais lequel? J'ai changé de nom, cette année.

.

. J’habite sur la nationale 137 -qui relie St Malo à Bordeaux- au kilomètre 355. C’est précis, n’est-ce pas ?

Cherchez, vous trouverez !

.

Un indice ?

Il me faut moins de dix minutes (en voiture) pour voir La Charente se jeter dans l’Océan.

.

Je vous aide. Moi non plus, je n'aime pas cliquer à droite, à gauche, pour chercher une info dont je n'ai que faire, au fond...

Les documents vous diront que je vis à Tonnay-Charente. En vrai, le petit bourg de ma commune est à trois kilomètres de mon domicile, quand le supermarché de plus proche de chez moi, qui n’est qu’à six cent mètres de la maison, se situe sur la commune de Rochefort sur Mer. 

.

Dans les faits, je vis à Rochefort sur Mer.

.

Mais, en vrai, je suis de là-bas. Vous savez ? Là-bas, quoi ! De là ou il n’y a pas la mer…

.

Mais, finalement, ça n’a aucune importance tout cela.  Ça ne vous donnera rien, de savoir ces choses là (à moins de vouloir me rendre visite).

Me présenter ? Ce que j’ai écrit et que vous avez lu, ici ou ailleurs, en dit bien plus long sur moi que ces faits véridiques et  épurés.

. .

Ces informations, qui sont probablement les plus précises et exactes que j’ai jamais données sur la toile, ne me donnent pas du tout le sentiment de me dévoiler, quand grand nombre de mes fictions ont en revanche tant confessé…

Ah, oui, un avatar!

On dirait que j'aurais joint une photographie de mon bureau, qui est en fait une commode en pin verni.

Posé dessus, au milieu : l'ordinateur portable.

A sa gauche, une grosse tasse ronde et blanche, et dedans un café au lait.

A droite de l'ordinateur, la souris (je suis droitière) , un paquet de cigarettes. Ou deux. Le téléphone, relié à la livebox par un fil noir. Un pot à crayons plein à craquer. Deux livres posés à la va-vite: "L'effondrement" et "Ma grand-mère avait les mêmes". Un marqueur jaune fluo. Un dessin de gaby, plié en deux.

Un bel avatar, ce serait. Profondément moi.

.

27 décembre 2008

2008 : Année encore plus longue que l’agonie d’un fumeur (Val)

Voici plusieurs semaines qu’elle l’avait annoncé. Sobrement, mais fermement. Cette année, une fois n’est pas coutume, elle avait une résolution. Lorsque le trente-et-un décembre, à minuit, le monde basculerait dans la nouvelle année, elle, elle basculerait, en une fraction de seconde, du clan des fumeurs à la secte des non-fumeurs. C’était écrit. Les jeux étaient fait.

.

Elle, elle ne revenait jamais sur sa parole, c’était ainsi. Tout le monde le savait. Ce qui sortait de sa bouche était évidence. Elle l’avait dit, elle le ferait. Pas de retour en arrière possible.

.

Il était vingt trois heures cinquante neuf lorsqu’elle porta frénétiquement à sa bouche la dernière cigarette de l’année, et, si vous suivez, de sa vie.

Il était vingt trois heures cinquante neuf, et elle avait affirmé qu’elle n’absorberait aucune fumée toxique en 2009. Seulement, fumer une cigarette lui prenait cinq bonnes minutes au minimum…

.

Que ferait-elle ? L’éteindrait-elle quand sonneraient les douze coups de minuit ? C’était fort possible ! Rappelez-vous, elle n’avait jamais trahi l’une de ses propres promesses.

La terminerait-elle, en débordant de quelques minutes sur l’année sans tabac ? C’était peu probable. Elle ? Rompre un engagement qu’elle avait pris devant témoin ? Ne serait-ce que de quelques minutes ? Personne n’y croyait !

.

Vous me croirez si vous voulez…

.

Il était vingt-trois heures passées de cinquante neuf secondes, et elle fumait depuis plusieurs minutes déjà. Et pourtant, l’horloge affirmait que seules cinquante neuf secondes s’étaient écoulées depuis qu’elle avait allumé sa cigarette.

.

Elle tenait toujours ses engagements. Elle avait assuré qu’elle serait non-fumeuse en 2009. Il était tellement improbable qu’elle revienne sur sa parole, qu’elle ne soit pas capable de tenir sa résolution que, contre toute attente, le monde ne bascula pas dans la nouvelle année à l’heure prévue.

.

CQFD

Elle avait dit qu’elle serait non fumeuse en 2009.

Elle ne revenait jamais sur ces résolutions.

Elle fumait.

Nous étions encore en 2008.

Point !

Logique implacable !

.

 

Depuis, plusieurs semaines se sont peut-être écoulées. Qui sait exactement depuis combien de temps nous aurions dû passer en 2009 ? Elle n’a pas arrêté de fumer. Le monde a stagné en 2008.

.

Les incidences collatérales sont énormes et planétaires.

Combien d’enfants, qui étaient prévus pour janvier 2009, auront une date de naissance erronée ? L’Etat civil indiquera qu’ils sont nés (tous !) le trente et un décembre 2008 à vingt-trois heures cinquante neuf !

Combien de semaines encore le nouveau président des Etats-Unis d’Amérique devra-t-il attendre la passation de pouvoir ? 

.

Ses proches, pressés de trinquer à la nouvelle année, ont tout essayé. En vain.

Trop jeune sans doute, trop candide, un peu, trop confiante, aussi, elle voit le cancer des poumons, celui de la gorge, les infarctus, l’obstruction des artères et autres dangers comme des menaces très abstraites.

.

Le fait de payer (cher !) pour prendre des risques graves, qui mettent sa vie en danger, à long terme, à échéance trop lointaine pour qu’elle en ait pleine conscience, ne lui fait aucun effet. L’abscons, pour elle, c’est le risque imminent, c’est la folie de celui qui paye une fortune pour un saut à l’élastique. Payer pour risquer sa vie, elle aussi, elle s’adonne à cette folie qui dépasse l’entendement avec zèle, mais d’une manière plus sournoise, et de plus longue haleine. Elle ne le réalise pas vraiment. Pas aussi nettement que lorsqu’elle les aperçoit tomber du pont…

.

Les répercussions à court terme, en revanche, elle les connaît plutôt bien. Les crises de migraines répétées, les cernes, la couleur du teint, les dents qui jaunissent, les rides précoces, l’odeur de tabac froid qu’elle imagine dans son sillage, les bronchites chroniques, les semonces des proches…

.

Les dégâts se consument et deviennent cendres qui s’envolent au gré du vent.

Les évidences sont mégots qu’elle écrase et jette.

Nous sommes le trente et un décembre. Il est vingt trois heures et cinquante neuf minutes. Nous devrions être en février 2009, presque…

Elle n’a pas cessé de fumer. Le temps s’est arrêté.

.

Qui sauvera le monde de cette torpeur ? Qui viendra à bout de cette paralysie temporelle ? Qui mettra fin à cette immobilité absurde et dramatique ?

.

Elle le sait : seule, elle ne pourra pas…

.

20 décembre 2008

Extraits de mon journal intime (Val)

Mercredi 24 décembre 2008

.

6h00

Je n’arrive plus à dormir. Je préfère me lever. La nuit a été pourrie, entre l’excitation des enfants en cette veille de Noël, mais surtout de départ, et mes propres démons. J’aime pas passer de mauvaises nuit. Je me suis servie un café pour annuler le mal de tête, et je m’apprête à enfiler mon gros châle pour aller fumer ma première cigarette de la journée, histoire de ne pas trop la neutraliser, ma migraine. Ça me fera du bien. Bon sang, comme cette journée va être longue !

.

7h00

Plus qu’une heure et je les réveille. J’ai hâte. Je m’ennuie. Comment font-ils pour dormir ? Moi, je ne peux pas. Les valises ont été bouclées hier au soir. Tout est prêt. Y’a plus qu’à partir…Arf, je vais aller me faire un café, et puis fumer une cigarette, ça va me faire passer le temps, et surtout me permettre de décompresser . Et puis surtout… tout à l’heure, en fumant dehors, j’ai eu comme un flash. Une bribe d’idée géniale. Je vais voir si cette deuxième cigarette me permet d’élaborer mon plan en détail.

.

8h00

Ils sont à la table du petit déjeuner, tous les trois. Ils sont contents. Tout le monde est de bonne humeur. Sauf moi. Ils ont hâte de partir… Pour ne pas leur gâcher leur joie avec ma mine déconfite, je file prendre une douche. Je préfère le replis, ce matin. Et puis, j’ai des projets secrets depuis ma première clope… j’ai besoin de l’intimité de la salle de bain pour tout planifier. Je n’ai pas le droit à l’erreur.

.

9h00

La voiture est chargée. A bloc ! Forcément, avec les cadeaux…Papa Noel nous prend vraiment pour ses larbins ! Je pense que je lui dirai, tout à l’heure…

C’est mon mari qui prend le volant, comme d’habitude. Tant mieux, j’ai envie de ne rien faire. La vague idée de ce matin est devenue une obsession. Je n’entends ni mon mari me parler, ni les enfants m’appeler. Je suis déjà loin…au cœur de ma folle entreprise.

.

10h00

Les enfants se sont endormis dans leurs sièges auto. Le silence règne dans la voiture, lancée sur l’autoroute à vive allure, depuis que j’ai imposé à mon mari d’éteindre la radio. Elle m’agresse. Il n’y est question, comme ailleurs, que du maudit réveillon de ce soir, et du travail du Père Noel ! J’ai besoin de silence pour me concentrer. Bah, j’vais essayer de lire un peu, tiens !

.

11h00

Mon fils s’est réveillé. Il a envie de faire pipi. Ça ne fait que m’arranger, moi qui rêve d’un café et d’une cigarette. J’en ai besoin pour réfléchir. Faut pas que mon attention baisse, surtout pas ! Si près du but…

Après cette troisième cigarette de la journée je me sens bien. Je suis détendue. Ce Noel ne sera pas comme les autres, c’est à dire fade et ennuyeux, j’en ai maintenant la certitude. Cette année, Noel ne sera qu’à moi !

.

12h00

La petite pleure. J’arrive pas à lire. On roule un peu vite. C’est nul ! Surtout pour moi… J’ai pas vraiment hâte d’arriver. J’suis un peu tendue.. Et si je m’apprêtais à faire une grosse bêtise ? La plus grosse de ma vie…

Non, il ne faut surtout pas que je renonce. Je le mérite bien ! Il me doit bien ça, Papa Noel. Je me sens toujours si seule, la nuit de Noel… entourée, mais profondément seule. Cette année tout sera différent, il faut juste que j’aille au bout de mon plan…

.

13h00

Nous voilà arrivés. Embrassades d’usage. Faire semblant de se réjouir d’être là. Je n’ai jamais su les considérer comme des membres de ma propre famille. Ils sont si différents de moi… Je n’ai jamais rien à leur dire. Je me force, mais ça sonne faux. On vient juste d’arriver, et je m’ennuie déjà. Heureusement que cette nuit me fait mille promesses, toutes plus belles et tendres les unes que les autres… ça me permet de tenir, et de sourire sincèrement. Pour une fois…

.

14h00

J’ai même pas faim. Je ne les écoute pas. Je suis ailleurs. Je préfère aller endormir ma fille à l’étage plutôt que de rester à table.

Oui, c’est ça ! Au lit, ma puce ! Moi, ça tombe bien, j’ai deux ou trois détails à régler là-haut, dans les chambres. C’est pas tout ça, mais il faut que tout soit en ordre pour cette nuit ! Je suis déterminée à présent, et rien ni personne ne pourra me faire renoncer à ma folle entreprise. Enfin je vais avoir ce Noel parfait dont je rêve depuis des années…

.

15h00

Chouette, je me tire ! Ouf, j’ai bien failli ne jamais avoir l’occasion de me barrer. Il fallait aller chercher les pains et la buche degueu commandés pour ce soir, et tout le monde était volontaire pour y aller. Ils ont failli tout faire rater !

Je préfère aller faire les courses que de me coltiner la préparation des assiettes, à vrai dire. C’est pas de la flemme, c’est de l’ennui, et un peu d’irritation, aussi. Je ne les supporte pas. Je fais de gros efforts, mais définitivement je ne les supporte pas. Dire que, comme chaque année depuis sept ans, je vais passer Noel avec eux… Si je n’avais pas eu mon plan B, j’en pleurerais.

Allez, démarre le moteur au lieu de penser ! C’est le moment ! Roule ma poule ! C’est maintenant que tout va se jouer. Maintenant, ou jamais. Ce soir, c’est mon grand soir !

.

17h00

Je suis sur les lieux. J’entends mon téléphone portable sonner mais je ne veux pas répondre. Ils attendront ! Mon cadeau de Noel est dans mon coffre. Et quel cadeau ! Le plus beau de toute ma vie. J’en ai les larmes aux yeux…

Maintenant que c’est fait je ne peux plus reculer. J’irai au bout ! Allez, il faut que je rentre les retrouver, à présent. J’ai encore tant à faire pour que ma nuit étoilée soit parfaite…

.

18h00

J’me suis faite engueuler. Deux heures pour un aller-retour à la boulangerie qu’est à deux kilomètres, ils ont pas compris ! C’est mon mari le plus fâché. Il a flippé. Faut dire que j’ai pas répondu au portable. J’ai pas su quoi leur dire pour me justifier… Surtout qu’ils ont parcouru mille fois le trajet entre la maison et la boulangerie. Sur, j’y étais pas. Je ne peux pas leur dire ou j’étais, c’est mon secret. Je ne sais pas justifier non plus mon escapade à l’étage, avant même de déposer le pain à la cuisine, qui a réveillé ma fille. Je sens bien qu’ils me trouvent bizarre. J’m’en fous ! L’important est que les jeux soient faits, à présent. Quelle belle nuit ça va être… J’aurais tellement aimé partager ma joie avec quelqu’un…

.

19h00

Flash spécial d’informations pendant l’apéro. Le père Noel a disparu. Il n’est pas à son poste. Je tremble. Je sens l’angoisse gagner mon corps. Et si quelqu’un avait vu quelque chose ? Et s’ils faisaient le rapprochement ? Je tente d’écouter d’une oreille ce qu’ils disent, à la télé. Les autres arrêtent pas de parler…Bon, apparemment, le Père Noel a disparu sans laisser la moindre trace. Des enquêteurs sont à sa recherche, mais les premières investigations n’ont rien donné. Je souffle.

.

20h00

Ouf ! Aux infos, ils disent qu’il n’y a pas de témoin oculaire. Le père Noel a été enlevé, mais personne ne peut dire par qui. Ils n’ont aucune piste plausible. Je suis rassurée. Je me sers une petite coupe de champagne. Je brule d’impatience. Je ne songe même pas à fumer. Je veux juste réussir à trouver un prétexte pour monter, et commencer à moi aussi faire la fête. De mon coté ! 

.

21h00

On passe à table. J’ai pas faim. J’ai qu’une envie, c’est de monter. Mais aucun des enfants n’est fatigué. Quelle poisse !

Je n’ai tout de même pas pris tant de risques pour ne pas profiter de cette soirée ! Il va falloir que je trouve un moyen de monter à l’étage, et vite. Je suis obsédée par ce qui m’attends là-haut. Je trépigne et ne tient plus sur ma chaise. Je n’arrive plus à me contenir. Faut que je monte, et vite !

.

22h00

Qu’est ce que je fais là à manger du foie gras avec eux ? Après sept ans, je me sens toujours aussi étrangère, ici. Ces gens n’ont rien en commun avec moi. Ou plutôt, je n’ai rien à partager avec eux…Mon mari m’a promis que ce serait le dernier Noel… Je l’espère de tout mon cœur. L’an prochain, je veux qu’on passe Noel rien que tous les quatre. Voilà le cadeau que je vais demander à Papa Noel. Il ne pourra rien me refuser…

Ah ! Voilà que ma petite se frotte les yeux. Et moi je m’en frotte les mains… Il était temps, j’ai bien cru mourir d’impatience.

.

23h00

Je me sens un peu coupable. Et mes enfants ? C’est très égoïste, ce que j’ai fait, finalement. Tout le monde se goinfre de gibier et s’enivre, et moi je peste contre moi-même et mon égoïsme ravageur.

 Vite, trouver une excuse pour remonter…J’ai qu’à dire que je suis indisposée, tiens, si on m’interroge ! ça c’est une belle excuse ! Personne n’objectera quoi que se soit à ma sortie de table.

J’ai des idées brillantes, je trouve. Vraiment, la nuit de Noel me va bien, cette année.

.

00h00

J’ai rendu sa liberté au Père Noel. J’ai profité du fait que mon grand se tache de buche glacée pour monter le changer, et j’ai donné la clef au Père Noel pour qu’il file par l’escalier de secours. Je lui ai demandé pardon en pleurant. J’ai lu dans ses yeux qu’il m’avait déjà pardonné.

Je n’ai pas eu le cœur de le garder en otage toute la nuit. Il m’a fait de la peine…

Je l’avais kidnappé tout à l’heure, en sortant de la boulangerie. J’avais mis sur pieds ce plan machiavélique ce matin, à l’aube. Oh, je n’ai demandé aucune rançon…

Non, moi, j’ai kidnappé Papa Noel pour qu’enfin la nuit de Noel soit magique pour moi aussi, au moins une fois. Je suis exclusive… j’ai pas voulu le partager.

Moi, je ne voulais pas faire de la peine aux petits enfants. Je voulais simplement redevenir une petite fille, et passer la nuit de Noel en tête à tête avec un tendre papa aimant, rempli d’indulgence et de bonté.

J’ai eu des remords, je l’ai libéré. Et, pour me faire pardonner du retard qu’il a pris à cause de moi, c’est moi-même qui me chargerai, cette nuit, de déposer sous le sapin les cadeaux destinés aux enfants de ma famille. Ça lui fera toujours ça en moins…

.

13 décembre 2008

Clin d'oeil (Val)

Vois comme à présent je les connais bien… De mon poste, je les observe depuis des semaines. Je peux te dépeindre leur vie très précisément. J’ai scruté leurs moindres gestes, leurs moindres pensées. Je connais leur emploi du temps à la minute près. Que dis-Je ? A le seconde !

.

Je les ai choisis tous les deux parce que je les ai trouvé attachants. Et puis, ils représentent plutôt bien tes semblables, non ? Une jeune femme seule, un peu paumée, un homme heureux en ménage, mais qui s’ennuie dans son travail… Un joli panel, en somme. Leur sort n’est ni triste à pleurer, ni très enviable, finalement. C’est le lot de beaucoup d’entre vous, ce n’est pas toi qui me contrediras.

.

Je les ai choisis aussi parce…Oh ! Et puis, de toutes manières, je n’ai pas à me justifier auprès de toi, Tiphaine ! Je les ai choisis arbitrairement. Ce fut un choix du cœur. C’est mon droit . Je choisis bien qui je veux ! Je suis Dieu, après tout !

.

Je vous aime toutes et tous depuis la nuit des temps. A dire vrai…depuis le big bang, pour être plus précis (Non, non, il n’est pas incompatible avec mon existence).

.

Il y a encore peu de temps, comme tu le sais, j’étais au bord du gouffre. Je pleurais depuis si longtemps qu’il m’était devenu impossible de sécher mes larmes. Mais tout va bien mieux maintenant, depuis que tu es venue à moi et que tu m’as pris la main. Dieu sait comme j’avais profondément besoin (comme vous tous) qu’on me prenne la main…

.

Grâce à toi, tout va mieux ! J’ai cessé de pleurer et me suis remis au travail. J’ai regardé au fond du gouffre et je les ai vus, tous les deux. Depuis, chaque jour, je me penche, et je les regarde vivre.

.

Oh ! Pour les guerres, les maladies, les famines, on verra plus tard. Je suis encore bien fragile, tu sais. Le moindre surmenage me renverrait au bord de mon gouffre, et je ne veux pas y retourner.

.

Je reprends confiance, peu à peu. Humblement, j'apprivoise le gouffre. Je m’efforce de ne pas surestimer mes capacités, et , en toute humilité, je me fixe des objectifs à ma portée. Voilà pourquoi j’ai choisi de les suivre eux, Tiphaine. Dieu est amour, mais Dieu est encore bien vulnérable, pour l’heure…

.

J’ai déjà fait un pas énorme, grâce à toi, en acceptant de baisser les yeux pour y admirer toute cette beauté dite à mon image…

Tu as raison, chère Tiphaine : seul le premier pas coute vraiment. Les autres ne sont qu’amour. Le gouffre m’a effrayé, certes. Il m’a fait mal, aussi. Mais comme je l’aime, maintenant… Comme je vous aime tous, à travers eux…

.

Tu m’as conduit jusqu’à la lumière, Tiphaine. Je ne te remercierai jamais assez…

.

 Je les ai suffisamment observés maintenant. J’ai appris à les connaître, et à les aimer pour ce qu’ils sont, c’est à dire beaux et resplendissants d’amour, à mon image. J’ai appris aussi à m’aimer à travers eux.

.

Je m’en vais de ce pas les prendre par la main comme tu as su le faire pour moi, Tiphaine. Je m’en vais les inciter à regarder droit dans les yeux le gouffre au bord duquel ils sont assis à pleurer. Je pars modifier, avec eux, le cours de leurs destinées respectives.

.

Je te laisse, j’ai du travail. Prends soin de toi, Chère Tiphaine.

Dieu qui t’aime

.

29 novembre 2008

Detective particulier (Val)

Cher Monsieur Blousé,

.

Après moult investigations (qui d’ailleurs m’ont mené au bout du monde, vous trouverez ci-joint mes notes de frais), j’ai enfin retrouvé votre douce épouse et son polisson de ravisseur. Que je vous rassure : elle va bien ! Son moral est au plus bas, mais elle est en bonne santé.

.

Croyez-moi, Monsieur, la retrouver n’a pas été chose facile ! Ce coquin de voleur d’épouse est très futé ! C’est dans un phare qu’il la retient prisonnière, sur une Ile quasi inhabitée.

.

J’ai retrouvé leur trace depuis quelques semaines, mais j’ai attendu d’en savoir un maximum avant de vous contacter. J’ai mené mon enquête. J’ai pris contact avec le ravisseur. J’ai pu parler avec votre épouse (qui d’ailleurs me charge de vous dire combien elle vous aime). J’ai même pu prendre quelques clichés.

.

A ce propos, mon appareil est tombé en panne. Fort heureusement, un jeune touriste a accepté, moyennant quelques billets, de me céder le sien. Vous comprendrez, cher Monsieur, je vous serai très reconnaissant de bien vouloir me faire un virement bancaire des sommes dépensées dans le cadre de l’enquête. Le seul motel de l’Ile est très onéreux (fort heureusement ils acceptent les cartes visa), et les vivres sont hors de prix. Je ne pourrais pas aller au bout de la mission que vous m’avez confiée sans une avance de frais. J’ose croire que vous le comprendrez.

.

Il serait bien trop long de vous expliquer en détail les embuches et rebondissements qui m’ont conduit jusqu’au repère ou est retenue votre femme. Je vous en ferai le récit de vive voix lorsque ma mission sera accomplie et que vous me remettrez, comme promis, ma récompense.

.

Pour l’heure, il faut que je mette tout en œuvre pour libérer votre dame au plus vite. Le temps presse. Et il est contre nous ! Je me suis entretenu avec le vicieux détrousseur : il demande une rançon.

.

Je préfère vous mettre en garde, Monsieur Blousé, c’est pour votre bien : ne prévenez pas les autorités. J’ai déjà eu affaire à cet individu. Il est dangereux. Il la tuerait s’il soupçonnait la moindre duperie de votre part ou de la mienne.

.

Je sais comme vous aimez passionnément votre belle épouse, et je sais également comme vous pouvez vous montrer raisonnable quand la situation l’impose. Ayez confiance en mon professionnalisme, Monsieur Blousé ! Je vais prendre les choses en main, et bientôt, moyennant le demi million réclamé par l’individu, elle sera à nouveau dans vos bras.

.

Par chance, il y a une banque sur l’Ile. Le mieux est encore que vous me versiez le demi-million par virement bancaire sur mon compte courant, et je m’arrangerai pour retirer la somme en liquide et la verser au ravisseur.

.

Bien évidemment, mon cher Monsieur Blousé, les risques encourus sont énormes et avérés. Le kidnappeur me demande de l’attendre demain, dés l’aube, seul dans une barque au milieu de l’étang que le phare domine, avec la valise contenant les billets, bien évidemment.

.

Qui sait s’il ne me tuera point ? Aussi, pour assurer un train de vie honnête à mes enfants, je vous prie de bien vouloir me verser également, sur mon compte, une prime de risque qui vous sera rendue si je survis. Dans le cas contraire, cher Monsieur, mes héritiers toucherons la somme en dédommagement. C’est à cette seule condition que j’accepte la prise de risques.

.

Je vous prends au dépourvu, je l’admets, Monsieur Blousé, mais sachez que le temps presse, et que si la transaction n’a pas lieu demain matin le dangereux vaurien repartira de plus belle vers d’autres lieux inconnus, avec votre épouse en otage. Qui sait si je les retrouverai ? Cette fois nous avons eu de la chance, mais ce ne sera peut-être pas toujours le cas…

.

J’attends de vos nouvelle au plus tôt, cher Monsieur Blousé. Et, pour vous rassurer sur ma bonne foi, vous trouverez ci-joint, en plus des notes de frais et factures diverses, une photographie du phare dans lequel est retenue votre épouse.

.

Votre fidèle et dévoué détective privé

Jean Lovelace.

.

22 novembre 2008

Lucien - suite et fin (Val)

Le lendemain matin, après le petit-déjeuner que Lucien lui servit au lit, la vieille dame se dit qu'elle l'emmènerait au club de manille l'après midi, et que, pour sûr, il ferait illusion.

Non seulement Lucien trompa l'assemblée là-bas, mais en plus il fut d'une courtoisie parfaite avec les vieilles dames, qui s'arrachaient toutes sa compagnie.

Quelques jours passèrent et déjà il se disait dans le quartier que Madame Suzanne se baladait au bras d'un gigolo, un bel homme de vingt ans son cadet, payé certainement par les fortunés neveux de la vieille, qui devaient avoir des remords de la laisser mourir seule.

Madame Suzanne, bien sûr, avait écho de ces rumeurs, mais elle en riait de bon coeur. Elle n'y voyait que de la jalousie de la part des médisantes, toutes veuves ou au service d'un vieil époux râleur et defraîchis. Pour sûr, elles étaient toutes folles de son Lucien. D'ailleurs, elle redoublait d'imagination pour trouver de nouvelles occasions de sortir. Lucien lui portait ses commissions sur le marché, et l'emmenait danser chaque après-midi.

Son cadeau était décidément serviable au possible, et faisait tout pour lui être agréable. Non seulement il tenait la maison sans jamais se plaindre, mais en plus il lui apportait des fleurs chaque matin. Et le soir, après le diner, il lui prenait ses mains frêles et ridées, et lui murmurait des mots doux jusqu'à pas d'heure.

Madame Suzanne était conquise. Depuis que Lucien partageait son existence, elle avait vingt ans. Jamais son défunt mari, même avant leur mariage, n'avait été aussi prévenant et amoureux que son Factice Boy.

Lucien était là depuis une bonne semaine déjà, lorsque, vaincue et n'ayant surtout plus rien à cirer des convenances à son âge, Madame Suzanne le laissa franchir le seuil de sa chambre à coucher. Au matin, elle avait, non pas vingt, mais dix-huit ans. Elle le regardait s'habiller en se disant qu'il lui avait fallu attendre ses soixante-quinze ans pour connaitre CELA.

Définitivement, elle ne pourrait plus jamais se passer de son Lucien, qui, par son extrême gentillesse et son charisme incroyable, réussissait peu à peu à se faire accepter par le groupe du troisième âge du quartier. Aucune des rombières n'avait quelque chose à lui reprocher. Même les hommes, d'abord méfiants, s'accordaient à le trouver charmant.

Madame Suzanne revivait. Elle n'avait de cesse de se demander comment elle avait réussi à survivre autant d'années sans son Lucien.

Le drame se produisit un midi, alors qu'ils déjeunaient tous les deux, en s'échangeant des mots tendres comme à leur habitude. Lucien se mit soudain à bégayer, avant de s'effondrer sur sa chaise puis de s'écrouler à terre.

Madame Suzanne, paniquée, tenta tout pour le réanimer. Elle faillit même appeler les pompiers, avant de se rappeler que Lucien n'était pas un être humain. Elle prit son pouls une dernière fois, et le constat fut sans appel: le coeur de Lucien ne battait plus. Elle le traîna tant bien que mal jusqu'à leur chambre, et réussit, non sans peine, à l'étendre sur le lit. Dépitée, elle se coucha elle aussi, et s'endormit tout contre sa poitrine.

Sa voisine l'y trouva morte de chagrin le lendemain.

Se rappelant les recommandations du livreur, Madame Suzanne veillait particulièrement à l'alimentation de Lucien. Seulement, elle ne lui avait pas laissé le temps de préciser que seule une alimentation électrique rechargeait ses batteries.

Madame Suzanne était morte de n'avoir pas lu la notice de son factice Boy.

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 > >>
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité