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Je vous demande de tourner la tête, et de regarder quelques
instants la mine déconfite de ma cliente. Regardez ses yeux embués, ses lèvres
tremblantes, sa figure désolée…
Observez-la attentivement, et demandez-vous !
Est-elle cette abominable ravisseuse que nous dépeignent les
médias et les associations de parents mécontents ? Je vous le
demande !
.
Son crime n’est certes pas excusable. Néanmoins, ma jeune
cliente a des circonstances atténuantes.
Je vous prie, Mesdames, Messieurs les jurés, de faire preuve
d’un peu d’empathie, et de revivre avec elle la journée qui a précédé ses actes
odieux.
Le crime qu’elle a commis n’est pas un acte motivé par une
malveillance malsaine, mais plutôt le résultat de l’accumulation de petits
déboires qui ont fait déborder le vase, trop plein, de ma cliente.
.
-Ce vingt-quatre décembre, elle devait le passer dans la maison
familiale de son époux, comme les sept Noël qui avaient précédés celui-ci.
-Son époux, bien décidé à l’épargner cette année de cette
corvée, était finalement revenu sur sa parole, repoussant encore d’une année la
délivrance tant attendue.
-Son beau-frère, qu’elle aimait tant, et avec qui elle avait
partagé ses pauses cigarettes les années précédentes, avait cette année, pour
la première fois, été remplacé par un autre. Ce nouveau beau-frère, au
contraire de l’ancien,n’était pas du
genre de ceux à qui elle avait envie de planter une fourchette dans le
derrière.
-Les deux tantes de son époux, celles qu’elle considère comme
ses amies, étaient aux abonnés absents cette année parce qu’elles allaient au
bout de leurs envies, ELLES !
-La grand-mère de son époux, qui la distrayait beaucoup
également, avait préféré suivre ses deux filles « rebelles » et ne
serait pas là non plus.
.
Vous vous demandez ou je veux en venir et je le comprends
tout à fait.
Ma jeune cliente, qui avait rêvé d’un Noël en
« famille », se résignait à passer un réveillon entourée certes de
son époux et de ses enfants, mais également :
-d’un beau-père chasseur, et fier, de surcroit, d’avoir voté
pour qui-nous-savons.
-d’une belle-mère très attentionnée, qui ne songeait qu’à la
faire arrêter de fumer pour la nouvelle année.
-d’un nouveau beau-frère qu’elle se refuse à comparer avec le
répudié qu’elle aimait tant et pour qui elle éprouve une profonde empathie
mêlée de tristesse.
-d’une belle-sœur, qui passerait probablement sa soirée à faire
le procès de ce dernier –sans qu’il puisse se défendre- et ce, dans
l’indifférence générale, voire dans l’unanimité de l’auditoire.
.
Le décor est planté, Mesdames, Messieurs les jurés.
.
Certes, le crime épouvantable qu’elle a commis était
prémédité.
MAIS !
Songez qu’elle n’a jamais imaginé -ne serait-ce qu’un quart
de seconde- gâcher la fête de Noel de cette famille dont elle faisait partie.
Jamais !
Elle aurait pu ! Elle n’y a tout simplement pas pensé,
Mesdames, Messieurs,parce que son cœur
est trop doux pour commettre pareil délit.
.
Notez, par ailleurs, que la victime n’a subi aucun traumatisme
majeur, et qu’aucune plainte pour coups et blessures n’a été déposée.
Evidement, vous allez objecter :
« Le pauvre homme a été enlevé, bâillonné, attaché,
enfermé dans le coffre d’une automobile, puis séquestré dans une chambre, le
soir de Noël, alors qu’il avait tant de travail…Et que ce kidnapping –le terme
est juste- a mis en péril la distribution des cadeaux »
.
Je ne vous contredirai pas. Les faits sont là, et ils sont
impardonnables.
.
Maintenant, je vous implore !
Laissez de côté les faits -gravissimes- survenus avant, et
concentrez-vous quelques instants sur la libération de l’otage, si vous le
voulez bien.
Ma cliente, consciente d’avoir mal agi, prise de remords
terribles a, d’elle-même, délivré Monsieur Noel à minuit.
.
Contre cet homme –la victime- qui pourtant l’avait toujours
plus ou moins ignorée, même lorsqu’elle était enfant, elle n’éprouvait aucune
rancœur. Elle avait simplement souhaité l’avoir pour elle durant quelques
heures…
.
Notez bien, Mesdames, Messieurs les jurés, que ce crime,
aussi atroce soit-il, était dépourvu de toute autre motivation que cette envie
désintéressée. A aucun moment ma cliente n’a soutiré de l’argent à Monsieur Noël. Elle n’a d’ailleurs exigé aucune rançon.Elle l’a juste voulu pour elle, tout simplement…
.
C’est un crime passionnel, Mesdames Messieurs les
jurés ! Je vous l’affirme !
.
La victime, elle-même, a certifié, dans sa déclaration, que
sa ravisseuse l’avait détaché de son plein gré, sans compensation. Elle lui
aurait même indiqué une porte de sortie avant de lui demander pardon.
.
Le préjudice est énorme, effectivement. Monsieur Noël,
évidemment, a pris un retard considérable sur sa tournée et beaucoup de parents ont
dû le relayer pour la distribution (Parents qui, d’ailleurs, sont les seuls à
demander des dommages et intérêts, Monsieur Noël n’ayant pas déposé plainte,
entre parenthèses).
.
L’acte est irréparable, mais ma cliente est dans le repenti.
Elle affirme –et je la crois- que c’est avec son cœur qu’elle a libéré sa
victime. Elle a songé à tous ces enfants qui attendaient Monsieur Noël. Elle a
pensé surtout à l’inquiétude intolérable de Madame Noël.
.
A aucun moment elle n’a pensé le relâcher par crainte des
représailles. Elle s’y est résolue,tout simplement, parce qu’elle aimait assez cet homme, pour comprendre
-et surtout accepter- quesa vie soit
ailleurs qu’auprès d’elle.
.
Pour toutes ces raisons, Mesdames, Messieurs les jurés, je
vous demande – ni plus, ni moins-l’acquittement.
Tendre-Maitresse-à-la-voix-qui-chante,
Jolie-Muse-née-en-décembre, Amour-venue-du-sud, et mille autres doux noms pour
toi inventés,
En cette Saint Valentin, , je voulais te répéter ce que
t’ai mille fois dit.
Ton Papistache émotif
.
Boite de
Papistache
.
Vous
avez 2 nouveaux messages.
.
Message de Teb, reçu le 14 à
7h00 :
.
Mon grand Chêne dégarni,
Tes branches me
protègent ,tes feuilles me caressent
Ton tronc me soutient...
Serrée contre toi, je
t'entoure de mes bras pour partager ta force.
Le doux ramage de ton
feuillage m'enchante et m'apaise.
Trouveras-tu une couple
d’heure aujourd’hui pour venir me
retrouver ? Dis à ta femme que tu as du travail…
Ton amireuse coquine.
Teb.
.
Message de Aude,
reçu le 14 à 9h00 :
.
Mon Phil Amant qui m’embrase,
Je n’ai pas trouvé le sommeil
cette nuit. Je n’ai pensé qu’à toi, et à un bain de mer, tous les deux nus sous
le soleil couchant.
Viens vite…
Ton « Aude » à
l’amour…
.
Boite de Kloelle
.
Vous
avez 1 nouveau message.
.
Message de Val,
reçu le 14 à 8h00 :
.
Mon amour,
Couchons les enfants tôt ce
soir. On prendra un bain ensemble, je sais que toi aussi tu aimes…
Dis, si je suis sage, tu me
feras des crêpes, après le bain ?
Bisous, mon cœur.
PS : Dis, tu m’aimes,
hein ?
Ta Valérie.
.
Boite de Walrus
.
Vous
avez reçu 2 nouveaux messages.
.
Message de Janeczka,
reçu le 14 à 7h30 :
.
Mon crouton,
Je me perche sur ton epaule Te fais des bisous dans le cou Et te murmure des mots douxau creux de l'oreille
Nan, j’deconne !
ma vieille branche, mon
sotichon, mon enflure, mon pequenot,
tu es pas tres bavard,
embetant, sourd, lourdingue, chauve,
vieux, surtout
mais malgre toutes ces qualites (et bien d'autres)
oui, je t'adore (t'es mon amour, mon tresor)
alors bonne saint valentin, mon chou!!
Jessie
.
Message de Martine27,
reçu le 14 à 5h00 :
.
Mon Pépé, mon marin, mon
Zorro,
Je profite du sommeil de ma
petite-fille Martine pour t’écrire ces quelques mots avec sa boite email.
Remets ton béret ce soir, que
je touche ton pompon, ça nous rappellera des souvenirs.
Ta Mémé Célestine.
.
Boite de Adi :
.
Vous
avez 1 nouveau message.
.
Message de Janeczka,
reçu le 14 à 8h.
.
Ma chérie,
J’ai déjà écrit un mail à
Crouton, mais y’a pas de raisons, la Sant Valentin c’est aussi notre fête à
toute les deux. (Bon, je préfère tout de même la fête des paires !).
On pourrait faire une vidéo,
non ? Pour fêter ça ? Tu me dis ! J’ai acheté des pamplemousses
pour l’occasion.
Sinon, j’avais pensé :
si Crouton va au lit de bonne heure, on pourrait se donner rendez-vous et
squatter sur un blog ce soir.
Vivement que je vienne en
vacances chez toi. On se baladera, et puis surtout j’ai trop hâte de savoir si t’es un vraie brune, si tu vois ce
que je veux dire !
Bisous.
Ta chipie.
.
Boite de Cartoonita
.
Vous avez 1 nouveau message.
.
Message de Val reçu le 14 à 9h00 :
.
Ma
petite fée,
On
se parle ce soir ? Même lieu, même heure que d’hab ?
J’attendrai
que Manu soit couché. On pourra même faire une visio. Peut-être même que tu
auras enfin la vidéo que tu me réclames depuis des mois ; on verra si t’es
sage !
Dis,
t’as acheté des pamplemousses ?
Vivement
les vacances, j’ai trop hâte de te revoir.
Je
t’aime.
Valérie
PS :
j’suis aussi brune que toi, tu t’en rendras compte ce soir !
Je m’étais préparée à l’épreuve depuis de longs mois. Je
connaissais par cœur tous mes classiques. A un oral de littérature, on vous
interroge toujours sur des classiques, c’est bien connu. Je connaissais tous mes
personnages sur le bout des doigts. Et pour cause ! J’étais eux !
.
Pour réussir mon oral, j’avais signé un pacte avec un diable
tentateur : ma raison contre leurs mille vies.
.
Le diable semblait avoir tenu ses engagements. Raison
comprise.
.
J’étais morte dix fois. J’avais trompé mon mari autant.
J‘avais souffert de tous leurs maux. De
tous leurs mots !
J’avais été tantôt
vénale et débauchée, tantôt puritaine à la morale d’acier. J’avais été médecin,
rentière, mousquetaire, bagnard, curé
de campagne, poète maudit, fille de roi, prostituée…
Je les savais tous ! Je les avais absorbés à en perdre
le sommeil, et quand celui-ci venait me chaparder quelques heures de révisions
nocturnes, tous mes rêves leur étaient consacrés.
Je ressentais les émotions avec la même intensité que tous
ces personnages.
J’étais eux. Je
souffrais en même temps qu’eux. Je vivais à leur rythme, à leur époque, à leurs
mœurs et croyances.
.
Je vivais leurs vies par procuration. Une fusion étrange,
inexplicable… Une identification poussée dans ses plus extrêmes limites, un
truc dont seul le diable avait le secret.
.
Dans la voiture, durant le trajet, ils sont tous venus, les
personnages, les uns après les autres,
pour me souhaiter bonne chance. Ils ne doutaient pas. Ils savaient qu’eux et
moi ne faisions qu’un. Corps et âmes. Cet examen, je ne pouvais pas le rater,
j’étais eux ! De quoi parle-t-on
mieux que de soi-même ? J’étais eux !
.
Nous sommes arrivés, moi et mes mille personnages, un peu avant l’heure, pour être surs de ne
pas être en retard. J’étais confiante.
Épuisée, tourmentée, mais confiante.
Je connaissais par
cœur tous mes classiques, qui en plus vivaient en moi, il n’y avait pas de
raisons…
.
Je me suis assise dans la salle d’attente, avec les autres
candidats. Ils lisaient tous à voix basse leurs fiches de révision. Moi, je
n’en avais pas. Ça aurait été inutile. J’avais un avantage certain sur les
autres : moi, je n’avais pas étudié tous ces bouquins, je les avais VÉCUS.
.
D’ailleurs, mes mille personnages classiques étaient tous
venus avec moi, et me rassuraient du mieux qu’ils pouvaient, me susurrant:
« Ne crains rien, tu nous connais tous sur le bout des doigts ».
.
La porte du bureau s’est ouverte. L’examinateur est sorti,
sa liste de candidats entre les mains.
.
Tremblante, je me suis levée à l’appel de mon nom. Je suis
entrée, et nous nous sommes assis, l’un en face de l’autre. .
.
Il a hésité un instant, puis a sorti la feuille fatidique,
qu’il m’a tendue.
.
- Vous avez vingt minutes, et puis je vous interroge.
.
J’ai pris la feuille, ai sorti papier et crayon, et ai pris
connaissance du sujet.
.
J’ai lu et relu les deux courtes phrases. J’ai scruté les
personnages.
Rien !
Rien ne me venait à l’esprit. Je lisais le court dialogue
sans le comprendre, comme s’il avait été écrit dans une autre langue.
.
Réviser ses classiques… j’avais fait l’impasse sur
Hergé !
Quelle erreur monumentale !
Le diable avait
pourtant tenu ses engagements… c’est moi qui avais omis d’être un jeune
reporter ou un capitaine au juron révolutionnaire. J’étais anéantie.
.
Je n’ai rien su écrire au sujet de ce court extrait.
Rien ! J’ai tué le temps en revivant certains épisodes de mon enfance.
J’ai lu tous les tintin, très jeune, parce que c’était les seuls livres
qu’il y avait à la maison. Oh, je ne comprenais pas tout, mais je les lisais…
.
Les vingt minutes se sont écoulées. L’examinateur m’a
appelée. Déstabilisée, j’ai balbutié
des âneries incompréhensibles durant les dix premières minutes de l’examen.
J’ai lu dans ses yeux qu’il me prenait pour une cinglée.
.
Il m’a ensuite posé quelques questions, auxquelles je n’ai
pas su répondre. Aucun des personnages qui vivaient en moi n’a pu me venir en
aide. Nous étions tous impuissants.
.
Et ma raison…vous savez bien… le pacte !
.
- Mademoiselle ? Donnez-moi votre
définition de l’expression bachi-bouzouk .
- Ça
veut dire… heu… ça veut dire… ça veut dire « Au revoir! »
.
Et je suis partie
en courant !
.
C’est ce jour-là
que j’ai compris :
Si le pacte que
j‘avais signé me permettait de vivre cent vies en une, il me rendait également
spectatrice (et uniquement spectatrice) de la mienne, de vie.
Minuit. Service des urgences. Nous sortons de la chambre
d’hôpital en silence. Les autres (qui étaient les autres ? Je ne m’en
souviens plus) suivent l’urgentiste vers un bureau, et moi, on me dit
d’attendre là, près d’une machine à café. Ils en ont pas pour longtemps.
J’attends.
.
La dame est encore là. Je trouve ça étrange. Elle s’en
allait, apparemment, quand nous sommes arrivés. On s’est croisées. Il était
peut-être vingt-deux heures. Elle a regardé longuement en notre direction. Elle
ne nous a pas lâchés du regard. Elle est là, toute seule, près de la machine à
café. Il est si tard… qu’attend-t-elle ? Elle me regarde encore. Elle me
fixe tellement que j’ai peur de m’approcher du distributeur, mais j’ai si envie
d’un café que j’avance en faisant semblant de l’ignorer.
.
Je glisse les pièces. Le café coule dans le gobelet. Je sens
le regard de la dame derrière moi. Je sens qu’elle me fixe. Je me sens presque
agressée. Peut-être veut-elle me demander quelques centimes pour un café ?
.
Je me souviens que j’ai une cigarette dans ma poche. Au bout
du couloir, il y a une porte qui donne sur un parking, je m’en souviens.
J’attrape mon gobelet de café chaud et me retourne, cherchant la sortie.
Je croise son regard. Un quart de seconde. C’est une dame
qui a environ cinquante ans. Elle aurait une tête presque sympathique si elle
ne me regardait pas comme ça. Je me demande si elle n’a pas un trouble mental.
Je vois le couloir. Je m’avance vers le couloir.
.
-Mademoiselle ?
-Oui ?
.
Je n’ai pas le choix, elle me parle. Que me veut-elle ?
.
-Est-ce que c’est votre papa qui est entré ce soir ?
.
Je lui lâche un « oui » à peine audible, et
j’accélère le pas. Décidément, elle me fait peur. Je me dis que c’est peut-être
une dame d’une secte, ou un truc du genre, qui récupère les gens malheureux. Je
sors à vive allure avant qu’elle ne me parle encore.
.
Je reste dos à la porte, près d’un gros cendrier en béton.
Il fait froid. Je suis gelée. Il fait noir. Un réverbère éclaire le parking,
mais il fait bien noir. J’allume la cigarette. Je ne pense à rien. Je suis trop
chamboulée pour penser à quoi que ce soit. Je ne sais même pas ou je vais
dormir cette nuit. Je m’en moque. Je sais qu’à l’âge que j’ai, on me laissera
pas dormir dehors.
.
Je sens un peu de chaleur passer dans mon dos. La porte
s’est ouverte. Je me retourne. La dame est là. Elle m’a suivie. J’ai un peu
peur. Je regarde autour de moi, mais il n’y a personne d’autre. Je suis
inquiète.Je ne sais pas quoi faire.
.
-La maison de retraite m’a appelée en fin de journée. Ma maman
est entrée ici ce soir. Je suis venue la voir, mais elle ne me reconnaît pas.
J’allais partir lorsque j’ai vu votre papa entrer. J’ai cru le reconnaître.
J’ai attendu pour en avoir le cœur net.
.
La dame me demande si c’est bien la personne qu’elle croit
avoir reconnue. Je lui confirme, un peu intriguée. Je la scrute… non, je n’ai
jamais vu cette dame. Je n’aurais pas oublié son visage.J’écrase ma cigarette, et j’attends qu’elle
m’en dise plus. Elle est timide. J’ai le sentiment qu’elle veut me parler, mais
qu’elle n’ose pas. Elle ouvre enfin la bouche :
.
-On rentre ?
-Oui.
.
Je la suis dans le couloir. Là, je réalise qu’elle est
sortie uniquement pour me parler. Je suis un peu brouillée. Je ne sais pas quoi
penser. Je la suis machinalement. Je ne sais pas si j’ai envie qu’elle me
parle.
.
Nous arrivons dans la petite salle d’attente déserte. Elle
me demande si ma Maman est parmi les gens qui sont partis avec le médecin. Je
lui dit que non, je n’ai plus de maman. Elle me demande si je vis seule avec
mon papa, et je lui dit que oui.
.
Tout est un peu embrouillé. Je n’ai pas envie de parler, ni
de répondre à ses questions, mais je n’ai pas le courage de le lui dire.
Pendant une fraction de seconde, j’ai eu l’impression qu’elle s’était efforcée
de retenir une lueur de satisfaction suite à mes réponses, et ça m’a agacée. Je
lui dit que je n’ai pas de frères et sœurs non plus. Je suis fatiguée. J’ai
envie que ma famille sorte du bureau et vienne me chercher.
.
-J’ai connu ton papa il y a trente ans. On s’entendait bien. On
s’est perdus de vue quand il est parti à Paris. Je ne savais pas qu’il était
revenu. Moi, je me suis mariée juste après. Mon mari et moi avons perdu notre
bébé, puis nous avons divorcé. Ensuite je suis restée seule et je n’ai pas eu
d’enfants. Je n’ai que Maman, et là elle va très mal, elle ne me reconnaît même
pas.
.
Je ne sais pas pourquoi elle me raconte tout ça et je ne
veux pas savoir. Je veux m’en aller. Elle sort un papier et un crayon de son
sac à main, et écrit quelque chose, le papier appuyé sur son genou. Elle me
tend le morceau de papier. Je le prends et y lis un nom,une adresse et un numéro de téléphone.
.
-Tu pourras donner ça à ton papa ?
.
Je lui dis que oui, je le ferai. Une porte s’ouvre. Ma mamie
vient me chercher. On rentre. Je vais dormir chez elle. Dans la voiture, je
cache le morceau de papier et je ne parle pas de la dame.
.
Le lendemain, j’ai donné le morceau de papier à Papa. Il m’a
fait signe de le poser sur sa table et je l’ai posé. Il était trop faible pour
le lire, je pense.
.
Elle n’a pas eu de chance, la dame. Mon papa est mort une
semaine plus tard. Je n’ai jamais su ni demandé ce qu’était devenu ce morceau
de papier. J’ai maintes fois tenté de me souvenir du nom de la dame, pour la
prévenir, ou lui parler… je n’ai jamais réussi à m’en souvenir.
.
Aujourd’hui –douze ans plus tard- je me demande simplement
comment je vais pouvoir glisser une promotion pour le roquefort dans ce récit.
Salut l’ancêtre (nan je deconne fais pas la gueule lol)et aussi les deux gouines,
Déjà moi je voulais vous dire que ben j’ai rien contre les lesbiennes, ça me dérange pas du tout chacun sa vie. Moi j’ai mêmemon prof de bio eh ben il est puceau, mais moi je critique pas c’est pas mon genre,chacun fait c’qu’il veut à ce niveau là c’est pas moi que ça va déranger.
Sinonj’aime bien
aussi les grand-père, même que moi j’en ai un, et il est même plus
vieux que toi Papistache alors c’est pour te dire que ça me dérange pas
du tout que tu sois vieux.
Alors voilà la raison de mon courrier :
En fait j’ai découvert votre blog
par hasard, et je me suis dit que peut-être on pourrait faire un
arrangement ensemble vous et moi.
Je pense par exemple que je
pourrais vous rendre quelques services et vous donner des conseils qui
seraient pas du luxe si en échange vous mettez un lien pour mon blog (www.blondattitioude.canalblog.com, vous verrez il est grave bien !) .
Bon déjà vos looks ça va pas du
tout. Les filles c’est pas parce que vous vous accouplez entre vous que
vous devez vous laisser aller etpas prendre soin de vous
un minimum hein. Je sais pas moi, vous pourriez peut-être vous
maquiller un peu ou vous arranger. Je pourrais vous montrer ça serait
pas un luxe du tout. Enfin moi je dis ça c’est pour vous, hein, après
je m’en tape c’est pas moi qu’à cette gueule-là c’est vous mdr.
Et puisPapistache
bon déjà c’est quoi ce pseudo à la con? C’est quoi l’embrouille ?
J’sais pas, moi, en changeant même qu’une lettre ça pourrait être mieux
et il déchirerait grave mieux ton pseudo. Papislache ça serait pas mal
déjà, ça voudrait dire que tu te lâches.Bon Papislache
je voulais te dire un truc que les autres doivent pas oser te dire,
mais moi t’as vu j’dis ce que je pense hein. Te vexe pas mais quand
t’écris tes billet on comprends pas tout lol faudrait peut-être un peu
s’exprimer en français lol sinon ça va être chaud de capter tout ce que
tu dis.
Vous voyez moi j’ai plein de
conseils pour que votre blog il déchire grave et qu’il soit plus un
blog de vieux cons comme maintenant, mais enfin c’est comme vous
voulez, restez dans votre trip sinon, moi c’est pas mon problème.
Allez, biz , à très bientôt sur mon blog. Tenez-moi au courant please.
J’avais eu envie de vous dire que je n’ai jamais rusé en
amour. Jamais ! J’en étais persuadée jusqu’à ce soir. Pour moi, c’était
clair, je n’avais jamais manœuvré de manière à me retrouver inopinément dans
les bras d’un garçon. J’ai trop de retenue pour ce genre de chose. Et puis.. je
n’y ai jamais songé !
Il ne faut peut-être jamais dire jamais, même lorsque ce
« jamais » fait référence au passé.
J’ai foré profond, et j’ai trouvé l’or noir qui fera
l’affaire. Malice souterraine presque inconsciente, en réalité. Mais, à bien y
réfléchir, et avec le recul, la ruse s’apparente tout de même à une malice…hem
… amoureuse ? Le mot m’égratigne un peu la gorge tout de même. Vous
jugerez.
L’entreprise dans laquelle j’étais salariée employait une
majorité d’hommes. Des jeunes, des plus anciens, des beaux, des moins beaux,
des prévenants, des mufles… des hommes, quoi ! Beaucoup d’hommes… pour le
peu de femmes que comptait l’effectif. On dira 5%. Pas plus.
J’y étais comme un coq en pâte. On peut même dire comme un
coq dans la basse-cour. Un homme qui
fréquente un univers d’hommes, il apprécie bien souvent l’exotisme d’une
collègue femelle. Pas pour lui conter fleurette, mais simplement pour le
dépaysement. Enfin, là-bas, c’était comme ça. Jamais je n’ai bu un café toute
seule !
Mon chef (j’étais son assistante) n’avait que des besoins
ponctuels (quand je dis besoins ponctuels, j’entends … des services d’une
assistante, ne vous méprenez pas !). Aussi, j’étais assez libre de mon
temps lorsqu’il était occupé, ou absent, ou qu’il n’avait tout simplement pas
besoin de moi…
J’avais des consignes, bien évidemment, mais plutôt
souples : moduler mon temps de travail entre les différents services selon
les besoins.
Bureau d’études, service après vente, magasin, service
commercial… j’avais le choix. Ou quasi. Aucun n’était vraiment débordé, aucun
ne refusait mon aide non plus. Et puis du temps, je devais tout de même en
accorder un peu partout, donc partager, mais j’avais le choix du créneau horaire.
Eh bien, je ne vous dirai pas pourquoi j’estimais que les
magasiniers étaient des gens vraiment très débordés à qui il fallait prêter
main forte une bonne partie de la journée.
Je ne vous dirai pas non plus pourquoi j’allais bosser
« là-haut » chaque soir après seize heures et pas en milieu de
journée.
Enfin, je ne vous dirai pas pourquoi je me suis portée volontaire
pour l’inventaire alors que j’étais en congé. Dix heures à compter des vis et des boulons, un trente et un décembre,
quand on est pas obligée…c’est charmant…l’année suivante, j’ai récidivé.
Ne vous montez aucun scénario ! Je n’ai jamais attendu
ni espéré quoi que ce soit de l’un d’eux (d’ailleurs, j’ai affiché un ventre
tout rond là-bas, et ensuite je déposais un bébé chez la nounou chaque matin
avant de m’y rendre). J’aimais juste leur compagnie, parce qu’ils étaient mes
préférés.
Il m'est difficile de parler de moi alors que je l’ai déjà fait ou-vous-savez
pendant deux ans. Que n'ai-je pas dit? Allez, faisons comme si je n’avais jamais rien écrit
auparavant me concernant. On recommence, compteurs à zéro, public neuf.
.
Je m’appelle Valérie, j’ai vingt-sept ans depuis la St
Odile, je suis mariée depuis Valsemarie, et j’ai deux enfants -un
garçon, et une fille- nés en 2005 et 2006. Je pourrais même vous donner mon nom de famille, mais lequel? J'ai changé de nom, cette année.
.
. J’habite sur la nationale 137 -qui relie St Malo à
Bordeaux- au kilomètre 355. C’est
précis, n’est-ce pas ?
Cherchez, vous trouverez !
.
Un indice ?
Il me faut moins de dix minutes (en voiture) pour voir La
Charente se jeter dans l’Océan.
.
Je vous aide. Moi non plus, je n'aime pas cliquer à droite, à gauche, pour chercher une info dont je n'ai que faire, au fond...
Les documents vous diront que je vis à Tonnay-Charente. En
vrai, le petit bourg de ma commune est à trois kilomètres de mon domicile,
quand le supermarché de plus proche de chez moi, qui n’est qu’à six cent mètres
de la maison, se situe sur la commune de Rochefort sur Mer.
.
Dans les faits, je vis à Rochefort sur Mer.
.
Mais, en vrai, je suis de là-bas. Vous savez ? Là-bas, quoi !
De là ou il n’y a pas la mer…
.
Mais, finalement, ça n’a aucune importance tout cela. Ça ne vous
donnera rien, de savoir ces choses là (à moins de vouloir me rendre visite).
Me présenter ? Ce que j’ai écrit et que vous avez lu,
ici ou ailleurs, en dit bien plus long sur moi que ces faits véridiques et épurés.
. .
Ces informations, qui sont probablement les plus précises et exactes que
j’ai jamais données sur la toile, ne me donnent pas du tout le sentiment de me
dévoiler, quand grand nombre de mes fictions ont en revanche tant confessé…
Ah, oui, un avatar!
On dirait que j'aurais joint une photographie de mon bureau, qui est en fait une commode en pin verni.
Posé dessus, au milieu : l'ordinateur portable.
A sa gauche, une grosse tasse ronde et blanche, et dedans un café au lait.
A droite de l'ordinateur, la souris (je suis droitière) , un paquet de cigarettes. Ou deux. Le téléphone, relié à la livebox par un fil noir. Un pot à crayons plein à craquer. Deux livres posés à la va-vite: "L'effondrement" et "Ma grand-mère avait les mêmes". Un marqueur jaune fluo. Un dessin de gaby, plié en deux.
Voici plusieurs semaines qu’elle l’avait annoncé. Sobrement,
mais fermement. Cette année, une fois n’est pas coutume, elle avait une
résolution. Lorsque le trente-et-un décembre, à minuit, le monde basculerait
dans la nouvelle année, elle, elle
basculerait, en une fraction de seconde, du clan des fumeurs à la secte des
non-fumeurs. C’était écrit. Les jeux étaient fait.
.
Elle, elle ne revenait jamais sur sa parole, c’était ainsi.
Tout le monde le savait. Ce qui sortait de sa bouche était évidence. Elle
l’avait dit, elle le ferait. Pas de retour en arrière possible.
.
Il était vingt trois heures cinquante neuf lorsqu’elle porta
frénétiquement à sa bouche la dernière cigarette de l’année, et, si vous
suivez, de sa vie.
Il était vingt trois heures cinquante neuf, et elle avait
affirmé qu’elle n’absorberait aucune fumée toxique en 2009. Seulement, fumer
une cigarette lui prenait cinq bonnes minutes au minimum…
.
Que ferait-elle ? L’éteindrait-elle quand sonneraient
les douze coups de minuit ? C’était fort possible ! Rappelez-vous,
elle n’avait jamais trahi l’une de ses propres promesses.
La terminerait-elle, en débordant de quelques minutes sur
l’année sans tabac ? C’était peu probable. Elle ? Rompre un engagement
qu’elle avait pris devant témoin ? Ne serait-ce que de quelques
minutes ? Personne n’y
croyait !
.
Vous me croirez si vous voulez…
.
Il était vingt-trois heures passées de cinquante neuf
secondes, et elle fumait depuis plusieurs minutes déjà. Et pourtant, l’horloge
affirmait que seules cinquante neuf secondes s’étaient écoulées depuis qu’elle
avait allumé sa cigarette.
.
Elle tenait toujours ses engagements. Elle avait assuré
qu’elle serait non-fumeuse en 2009. Il était tellement improbable qu’elle
revienne sur sa parole, qu’elle ne soit pas capable de tenir sa résolution que,
contre toute attente, le monde ne bascula pas dans la nouvelle année à l’heure
prévue.
.
CQFD
Elle avait dit qu’elle serait non fumeuse en 2009.
Elle ne revenait jamais sur ces résolutions.
Elle fumait.
Nous étions encore en 2008.
Point !
Logique implacable !
.
Depuis, plusieurs semaines se sont peut-être écoulées. Qui
sait exactement depuis combien de temps nous aurions dû passer en
2009 ? Elle n’a pas arrêté de fumer. Le monde a stagné en 2008.
.
Les incidences collatérales sont énormes et planétaires.
Combien d’enfants, qui étaient prévus pour janvier 2009,
auront une date de naissance erronée ? L’Etat civil indiquera qu’ils sont
nés (tous !) le trente et un décembre 2008 à vingt-trois heures cinquante
neuf !
Combien de semaines encore le nouveau président des
Etats-Unis d’Amérique devra-t-il attendre la passation de pouvoir ?
.
Ses proches, pressés de trinquer à la nouvelle année, ont
tout essayé. En vain.
Trop jeune sans doute, trop candide, un peu, trop confiante,
aussi, elle voit le cancer des poumons, celui de la gorge, les infarctus,
l’obstruction des artères et autres dangers comme des menaces très abstraites.
.
Le fait de payer (cher !) pour prendre des risques graves,
qui mettent sa vie en danger, à long terme, à échéance trop lointaine pour
qu’elle en ait pleine conscience, ne lui fait aucun effet. L’abscons, pour
elle, c’est le risque imminent, c’est la folie de celui qui paye une fortune
pour un saut à l’élastique. Payer pour risquer sa vie, elle aussi, elle
s’adonne à cette folie qui dépasse l’entendement avec zèle, mais d’une manière
plus sournoise, et de plus longue haleine. Elle ne le réalise pas vraiment. Pas aussi nettement que lorsqu’elle les
aperçoit tomber du pont…
.
Les répercussions à court terme, en revanche, elle les
connaît plutôt bien. Les crises de migraines répétées, les cernes, la couleur
du teint, les dents qui jaunissent, les rides précoces, l’odeur de tabac froid
qu’elle imagine dans son sillage, les bronchites chroniques, les semonces des
proches…
.
Les dégâts se consument et deviennent cendres qui s’envolent
au gré du vent.
Les évidences sont mégots qu’elle écrase et jette.
Nous sommes le trente et un décembre. Il est vingt trois
heures et cinquante neuf minutes. Nous devrions être en février 2009, presque…
Elle n’a pas cessé de fumer. Le temps s’est arrêté.
.
Qui sauvera le monde de cette torpeur ? Qui viendra à
bout de cette paralysie temporelle ? Qui mettra fin à cette immobilité
absurde et dramatique ?
Je n’arrive plus à dormir. Je préfère me lever. La nuit a
été pourrie, entre l’excitation des enfants en cette veille de Noël, mais
surtout de départ, et mes propres démons. J’aime pas passer de mauvaises nuit.
Je me suis servie un café pour annuler le mal de tête, et je m’apprête à
enfiler mon gros châle pour aller fumer ma première cigarette de la journée,
histoire de ne pas trop la neutraliser, ma migraine. Ça me fera du bien. Bon sang,
comme cette journée va être longue !
.
7h00
Plus qu’une heure et je les réveille. J’ai hâte. Je
m’ennuie. Comment font-ils pour dormir ? Moi, je ne peux pas. Les valises
ont été bouclées hier au soir. Tout est prêt. Y’a plus qu’à partir…Arf, je vais
aller me faire un café, et puis fumer une cigarette, ça va me faire passer le
temps, et surtout me permettre de décompresser . Et puis surtout… tout à
l’heure, en fumant dehors, j’ai eu comme un flash. Une bribe d’idée géniale. Je
vais voir si cette deuxième cigarette me permet d’élaborer mon plan en détail.
.
8h00
Ils sont à la table du petit déjeuner, tous les trois. Ils
sont contents. Tout le monde est de bonne humeur. Sauf moi. Ils ont hâte de
partir… Pour ne pas leur gâcher leur joie avec ma mine déconfite, je file
prendre une douche. Je préfère le replis, ce matin. Et puis, j’ai des projets
secrets depuis ma première clope… j’ai besoin de l’intimité de la salle de bain
pour tout planifier. Je n’ai pas le droit à l’erreur.
.
9h00
La voiture est chargée. A bloc ! Forcément, avec les
cadeaux…Papa Noel nous prend vraiment pour ses larbins ! Je pense que je
lui dirai, tout à l’heure…
C’est mon mari qui prend le volant, comme d’habitude. Tant
mieux, j’ai envie de ne rien faire. La vague idée de ce matin est devenue une
obsession. Je n’entends ni mon mari me parler, ni les enfants m’appeler. Je
suis déjà loin…au cœur de ma folle entreprise.
.
10h00
Les enfants se sont endormis dans leurs sièges auto. Le
silence règne dans la voiture, lancée sur l’autoroute à vive allure, depuis que
j’ai imposé à mon mari d’éteindre la radio. Elle m’agresse. Il n’y est
question, comme ailleurs, que du maudit réveillon de ce soir, et du travail du
Père Noel ! J’ai besoin de silence pour me concentrer. Bah, j’vais essayer
de lire un peu, tiens !
.
11h00
Mon fils s’est réveillé. Il a envie de faire pipi. Ça ne
fait que m’arranger, moi qui rêve d’un café et d’une cigarette. J’en ai besoin
pour réfléchir. Faut pas que mon attention baisse, surtout pas ! Si près
du but…
Après cette troisième cigarette de la journée je me sens
bien. Je suis détendue. Ce Noel ne sera pas comme les autres, c’est à dire fade
et ennuyeux, j’en ai maintenant la certitude. Cette année, Noel ne sera qu’à
moi !
.
12h00
La petite pleure. J’arrive pas à lire. On roule un peu vite.
C’est nul ! Surtout pour moi… J’ai pas vraiment hâte d’arriver. J’suis
unpeu tendue.. Et si je m’apprêtais à
faire une grosse bêtise ? La plus grosse de ma vie…
Non, il ne faut surtout pas que je renonce. Je le mérite
bien ! Il me doit bien ça, Papa Noel. Je me sens toujours si seule, la
nuit de Noel… entourée, mais profondément seule. Cette année tout sera
différent, il faut juste que j’aille au bout de mon plan…
.
13h00
Nous voilà arrivés. Embrassades d’usage. Faire semblant de
se réjouir d’être là. Je n’ai jamais su les considérer comme des membres de ma
propre famille. Ils sont si différents de moi… Je n’ai jamais rien à leur dire.
Je me force, mais ça sonne faux. On vient juste d’arriver, et je m’ennuie déjà.
Heureusement que cette nuit me fait mille promesses, toutes plus belles et
tendres les unes que les autres… ça me permet de tenir, et de sourire
sincèrement. Pour une fois…
.
14h00
J’ai même pas faim. Je ne les écoute pas. Je suis ailleurs.
Je préfère aller endormir ma fille à l’étage plutôt que de rester à table.
Oui, c’est ça ! Au lit, ma puce ! Moi, ça tombe
bien, j’ai deux ou trois détails à régler là-haut, dans les chambres. C’est pas
tout ça, mais il faut que tout soit en ordre pour cette nuit ! Je suis
déterminée à présent, et rien ni personne ne pourra me faire renoncer à ma
folle entreprise. Enfin je vais avoir ce Noel parfait dont je rêve depuis des
années…
.
15h00
Chouette, je me tire ! Ouf, j’ai bien failli ne jamais
avoir l’occasion de me barrer. Il fallait aller chercher les pains et la buche
degueu commandés pour ce soir, et tout le monde était volontaire pour y aller.
Ils ont failli tout faire rater !
Je préfère aller faire les courses que de me coltiner la
préparation des assiettes, à vrai dire. C’est pas de la flemme, c’est de
l’ennui, et un peu d’irritation, aussi. Je ne les supporte pas. Je fais de gros
efforts, mais définitivement je ne les supporte pas. Dire que, comme chaque
année depuis sept ans, je vais passer Noel avec eux… Si je n’avais pas eu mon
plan B, j’en pleurerais.
Allez, démarre le moteur au lieu de penser ! C’est le
moment ! Roule ma poule ! C’est maintenant que tout va se jouer.
Maintenant, ou jamais. Ce soir, c’est mon grand soir !
.
17h00
Je suis sur les lieux. J’entends mon téléphone portable
sonner mais je ne veux pas répondre. Ils attendront ! Mon cadeau de Noel
est dans mon coffre. Et quel cadeau ! Le plus beau de toute ma vie. J’en
ai les larmes aux yeux…
Maintenant que c’est fait je ne peux plus reculer. J’irai au
bout ! Allez, il faut que je rentre les retrouver, à présent. J’ai encore
tant à faire pour que ma nuit étoilée soit parfaite…
.
18h00
J’me suis faite engueuler. Deux heures pour un aller-retour
à la boulangerie qu’est à deux kilomètres, ils ont pas compris ! C’est mon
mari le plus fâché. Il a flippé. Faut dire que j’ai pas répondu au portable.
J’ai pas su quoi leur dire pour me justifier… Surtout qu’ils ont parcouru mille
fois le trajet entre la maison et la boulangerie. Sur, j’y étais pas. Je ne
peux pas leur dire ou j’étais, c’est mon secret. Je ne sais pas justifier non
plus mon escapade à l’étage, avant même de déposer le pain à la cuisine,qui a réveillé ma fille. Je sens bien qu’ils
me trouvent bizarre. J’m’en fous ! L’important est que les jeux soient
faits, à présent. Quelle belle nuit ça va être… J’aurais tellement aimé
partager ma joie avec quelqu’un…
.
19h00
Flash spécial d’informations pendant l’apéro. Le père Noel a
disparu. Il n’est pas à son poste. Je tremble. Je sens l’angoisse gagner mon
corps. Et si quelqu’un avait vu quelque chose ? Et s’ils faisaient le
rapprochement ?Je tente d’écouter
d’une oreille ce qu’ils disent, à la télé. Les autres arrêtent pas de
parler…Bon, apparemment, le Père Noel a disparu sans laisser la moindre trace.
Des enquêteurs sont à sa recherche, mais les premières investigations n’ont
rien donné. Je souffle.
.
20h00
Ouf ! Aux infos, ils disent qu’il n’ya pas de témoin oculaire. Le père Noel a été
enlevé, mais personne ne peut dire par qui. Ils n’ont aucune piste plausible.
Je suis rassurée. Je me sers une petite coupe de champagne. Je brule
d’impatience. Je ne songe même pas à fumer. Je veux juste réussir à trouver un
prétexte pour monter, et commencer à moi aussi faire la fête. De mon
coté !
.
21h00
On passe à table. J’ai pas faim. J’ai qu’une envie, c’est de
monter. Mais aucun des enfants n’est fatigué. Quelle poisse !
Je n’ai tout de même pas pris tant de risques pour ne pas
profiter de cette soirée ! Il va falloir que je trouve un moyen de monter
à l’étage, et vite. Je suis obsédée par ce qui m’attends là-haut. Je trépigne
et ne tient plus sur ma chaise. Je n’arrive plus à me contenir. Faut que je
monte, et vite !
.
22h00
Qu’est ce que je fais là à manger du foie gras avec eux ?
Après sept ans, je me sens toujours aussi étrangère, ici. Ces gens n’ont rien
en commun avec moi. Ou plutôt, je n’ai rien à partager avec eux…Mon mari m’a
promis que ce serait le dernier Noel… Je l’espère de tout mon cœur. L’an
prochain, je veux qu’on passe Noel rien que tous les quatre. Voilà le cadeau
que je vais demander à Papa Noel. Il ne pourra rien me refuser…
Ah ! Voilà que ma petite se frotte les yeux. Et moi je
m’en frotte les mains… Il était temps, j’ai bien cru mourir d’impatience.
.
23h00
Je me sens un peu coupable. Et mes enfants ? C’est très
égoïste, ce que j’ai fait, finalement. Tout le monde se goinfre de gibier et
s’enivre, et moi je peste contre moi-même et mon égoïsme ravageur.
Vite, trouver une
excuse pour remonter…J’ai qu’à dire que je suis indisposée, tiens, si on
m’interroge ! ça c’est une belle excuse ! Personne n’objectera quoi
que se soit à ma sortie de table.
J’ai des idées brillantes, je trouve. Vraiment, la nuit de
Noel me va bien, cette année.
.
00h00
J’ai rendu sa liberté au Père Noel. J’ai profité du fait que
mon grand se tache de buche glacée pour monter le changer, et j’ai donné la
clef au Père Noel pour qu’il file par l’escalier de secours. Je lui ai demandé
pardon en pleurant. J’ai lu dans ses yeux qu’il m’avait déjà pardonné.
Je n’ai pas eu le cœur de le garder en otage toute la nuit.
Il m’a fait de la peine…
Je l’avais kidnappé tout à l’heure, en sortant de la
boulangerie. J’avais mis sur pieds ce plan machiavélique ce matin, à l’aube.
Oh, je n’ai demandé aucune rançon…
Non, moi, j’ai kidnappé Papa Noel pour qu’enfin la nuit de
Noel soit magique pour moi aussi, au moins une fois. Je suis exclusive… j’ai
pas voulu le partager.
Moi, je ne voulais pas faire de la peine aux petits enfants.
Je voulais simplement redevenir une petite fille, et passer la nuit de Noel en
tête à tête avec un tendre papa aimant, rempli d’indulgence et de bonté.
J’ai eu des remords, je l’ai libéré. Et, pour me faire
pardonner du retard qu’il a pris à cause de moi, c’est moi-même qui me
chargerai, cette nuit, de déposer sous le sapin les cadeaux destinés aux
enfants de ma famille. Ça lui fera toujours ça en moins…
Vois comme à présent je les connais bien… De mon poste, je
les observe depuis des semaines. Je peux te dépeindre leur vie très
précisément. J’ai scruté leurs moindres gestes, leurs moindres pensées. Je
connais leur emploi du temps à la minute près. Que dis-Je ? A le
seconde !
.
Je les ai choisis tous les deux parce que je les ai trouvé
attachants. Et puis, ils représentent plutôt bien tes semblables, non ?
Une jeune femme seule, un peu paumée, un homme heureux en ménage, mais qui
s’ennuie dans son travail… Un joli panel, en somme. Leur sort n’est ni triste à pleurer, ni très enviable, finalement. C’est
le lot de beaucoup d’entre vous, ce n’est pas toi qui me contrediras.
.
Je les ai choisis aussi parce…Oh ! Et puis, de toutes
manières, je n’ai pas à me justifier auprès de toi, Tiphaine ! Je les
ai choisis arbitrairement. Ce fut un choix du cœur. C’est mon droit . Je choisis bien qui je veux ! Je suis
Dieu, après tout !
.
Je vous aime toutes et tous depuis la nuit des temps. A dire
vrai…depuis le big bang, pour être plus précis (Non, non, il n’est pas
incompatible avec mon existence).
.
Il y a encore peu de temps, comme tu le sais, j’étais au
bord du gouffre. Je pleurais depuis si longtemps qu’il m’était devenu
impossible de sécher mes larmes. Mais tout va bien mieux maintenant, depuis que
tu es venue à moi et que tu m’as pris la main. Dieu sait comme j’avais
profondément besoin (comme vous tous) qu’on me prenne la main…
.
Grâce à toi, tout va mieux ! J’ai cessé de pleurer et
me suis remis au travail. J’ai regardé au fond du gouffre et je les ai vus, tous les deux.
Depuis, chaque jour, je me penche, et je les regarde vivre.
.
Oh ! Pour les guerres, les maladies, les famines, on
verra plus tard. Je suis encore bien fragile, tu sais. Le moindre surmenage me
renverrait au bord de mon gouffre, et je ne veux pas y retourner.
.
Je reprends confiance, peu à peu. Humblement, j'apprivoise le gouffre. Je m’efforce
de ne pas surestimer mes capacités, et , en toute humilité, je me fixe des
objectifs à ma portée. Voilà pourquoi j’ai choisi de les suivre eux, Tiphaine.
Dieu est amour, mais Dieu est encore bien vulnérable, pour l’heure…
.
J’ai déjà fait un pas énorme, grâce à toi, en acceptant de
baisser les yeux pour y admirer toute cette beauté dite à mon image…
Tu as raison, chère Tiphaine : seul le premier pas
coute vraiment. Les autres ne sont qu’amour. Le gouffre m’a effrayé, certes. Il
m’a fait mal, aussi. Mais comme je l’aime, maintenant… Comme je vous aime tous,
à travers eux…
.
Tu m’as conduit jusqu’à la lumière, Tiphaine. Je ne te
remercierai jamais assez…
.
Je les ai
suffisamment observés maintenant. J’ai appris à les connaître, et à les aimer
pour ce qu’ils sont, c’est à dire beaux et resplendissants d’amour, à mon
image. J’ai appris aussi à m’aimer à travers eux.
.
Je m’en vais de ce pas les prendre par la main comme tu as
su le faire pour moi, Tiphaine. Je m’en vais les inciter à regarder droit dans
les yeux le gouffre au bord duquel ils sont assis à pleurer. Je pars modifier,
avec eux, le cours de leurs destinées respectives.
.
Je te laisse, j’ai du travail. Prends soin de toi, Chère
Tiphaine.
Après moult investigations (qui d’ailleurs m’ont mené au
bout du monde, vous trouverez ci-joint mes notes de frais), j’ai enfin
retrouvé votre douce épouse et son polisson de ravisseur. Que je vous
rassure : elle va bien ! Son moral est au plus bas, mais elle est en
bonne santé.
.
Croyez-moi, Monsieur, la retrouver n’a pas été chose
facile ! Ce coquin de voleur d’épouse est très futé ! C’est dans un
phare qu’il la retient prisonnière, sur une Ile quasi inhabitée.
.
J’ai retrouvé leur trace depuis quelques semaines, mais j’ai
attendu d’en savoir un maximum avant de vous contacter. J’ai mené mon enquête.
J’ai pris contact avec le ravisseur. J’ai pu parler avec votre épouse (qui
d’ailleurs me charge de vous dire combien elle vous aime). J’ai même pu
prendre quelques clichés.
.
A ce propos, mon appareil est tombé en panne. Fort
heureusement, un jeune touriste a accepté, moyennant quelques billets, de me
céder le sien. Vous comprendrez, cher Monsieur, je vous serai très reconnaissant de
bien vouloir me faire un virement bancaire des sommes dépensées dans le cadre
de l’enquête. Le seul motel de l’Ile est très onéreux (fort heureusement ils
acceptent les cartes visa), et les vivres sont hors de prix. Je ne pourrais
pas aller au bout de la mission que vous m’avez confiée sans une avance de
frais. J’ose croire que vous le comprendrez.
.
Il serait bien trop long de vous expliquer en détail les
embuches et rebondissements qui m’ont conduit jusqu’au repère ou est retenue
votre femme. Je vous en ferai le récit de vive voix lorsque ma mission sera accomplie et que vous me
remettrez, comme promis, ma récompense.
.
Pour l’heure, il faut que je mette tout en œuvre pour
libérer votre dame au plus vite. Le temps presse. Et il est contre nous !
Je me suis entretenu avec le vicieux détrousseur : il demande une rançon.
.
Je préfère vous mettre en garde, Monsieur Blousé, c’est pour
votre bien : ne prévenez pas les autorités. J’ai déjà eu affaire à cet
individu. Il est dangereux. Il la tuerait s’il soupçonnait la moindre duperie
de votre part ou de la mienne.
.
Je sais comme vous aimez passionnément votre belle épouse,
et je sais également comme vous pouvez vous montrer raisonnable quand la
situation l’impose. Ayez confiance en mon professionnalisme, Monsieur
Blousé ! Je vais prendre les choses en main, et bientôt, moyennant le demi
million réclamé par l’individu, elle sera à nouveau dans vos bras.
.
Par chance, il y a une banque sur l’Ile. Le mieux est encore
que vous me versiez le demi-million par virement bancaire sur mon compte
courant, et je m’arrangerai pour retirer la somme en liquide et la verser au
ravisseur.
.
Bien évidemment, mon cher Monsieur Blousé, les risques
encourus sont énormes et avérés. Le kidnappeur me demande de l’attendre demain,
dés l’aube, seul dans une barque au milieu de l’étang que le phare domine, avec
la valise contenant les billets, bien évidemment.
.
Qui sait s’il ne me tuera point ? Aussi, pour assurer
un train de vie honnête à mes enfants, je vous prie de bien vouloir me verser
également, sur mon compte, une prime de risque qui vous sera rendue si je
survis. Dans le cas contraire, cher Monsieur, mes héritiers toucherons la somme en dédommagement. C’est à cette seule condition que j’accepte la prise de
risques.
.
Je vous prends au dépourvu, je l’admets, Monsieur Blousé,
mais sachez que le temps presse, et que si la transaction n’a pas lieu demain
matin le dangereux vaurien repartira de plus belle vers d’autres lieux
inconnus, avec votre épouse en otage. Qui sait si je les retrouverai ?
Cette fois nous avons eu de la chance, mais ce ne sera peut-être pas toujours
le cas…
.
J’attends de vos nouvelle au plus tôt, cher Monsieur Blousé.
Et, pour vous rassurer sur ma bonne foi, vous trouverez ci-joint, en plus des
notes de frais et factures diverses, une photographie du phare dans lequel est
retenue votre épouse.
Le lendemain matin, après le petit-déjeuner que Lucien lui servit au lit, la vieille dame se dit qu'elle l'emmènerait au club de manille l'après midi, et que, pour sûr, il ferait illusion.
Non seulement Lucien trompa l'assemblée là-bas, mais en plus il fut d'une courtoisie parfaite avec les vieilles dames, qui s'arrachaient toutes sa compagnie.
Quelques jours passèrent et déjà il se disait dans le quartier que Madame Suzanne se baladait au bras d'un gigolo, un bel homme de vingt ans son cadet, payé certainement par les fortunés neveux de la vieille, qui devaient avoir des remords de la laisser mourir seule.
Madame Suzanne, bien sûr, avait écho de ces rumeurs, mais elle en riait de bon coeur. Elle n'y voyait que de la jalousie de la part des médisantes, toutes veuves ou au service d'un vieil époux râleur et defraîchis. Pour sûr, elles étaient toutes folles de son Lucien. D'ailleurs, elle redoublait d'imagination pour trouver de nouvelles occasions de sortir. Lucien lui portait ses commissions sur le marché, et l'emmenait danser chaque après-midi.
Son cadeau était décidément serviable au possible, et faisait tout pour lui être agréable. Non seulement il tenait la maison sans jamais se plaindre, mais en plus il lui apportait des fleurs chaque matin. Et le soir, après le diner, il lui prenait ses mains frêles et ridées, et lui murmurait des mots doux jusqu'à pas d'heure.
Madame Suzanne était conquise. Depuis que Lucien partageait son existence, elle avait vingt ans. Jamais son défunt mari, même avant leur mariage, n'avait été aussi prévenant et amoureux que son Factice Boy.
Lucien était là depuis une bonne semaine déjà, lorsque, vaincue et n'ayant surtout plus rien à cirer des convenances à son âge, Madame Suzanne le laissa franchir le seuil de sa chambre à coucher. Au matin, elle avait, non pas vingt, mais dix-huit ans. Elle le regardait s'habiller en se disant qu'il lui avait fallu attendre ses soixante-quinze ans pour connaitre CELA.
Définitivement, elle ne pourrait plus jamais se passer de son Lucien, qui, par son extrême gentillesse et son charisme incroyable, réussissait peu à peu à se faire accepter par le groupe du troisième âge du quartier. Aucune des rombières n'avait quelque chose à lui reprocher. Même les hommes, d'abord méfiants, s'accordaient à le trouver charmant.
Madame Suzanne revivait. Elle n'avait de cesse de se demander comment elle avait réussi à survivre autant d'années sans son Lucien.
Le drame se produisit un midi, alors qu'ils déjeunaient tous les deux, en s'échangeant des mots tendres comme à leur habitude. Lucien se mit soudain à bégayer, avant de s'effondrer sur sa chaise puis de s'écrouler à terre.
Madame Suzanne, paniquée, tenta tout pour le réanimer. Elle faillit même appeler les pompiers, avant de se rappeler que Lucien n'était pas un être humain. Elle prit son pouls une dernière fois, et le constat fut sans appel: le coeur de Lucien ne battait plus. Elle le traîna tant bien que mal jusqu'à leur chambre, et réussit, non sans peine, à l'étendre sur le lit. Dépitée, elle se coucha elle aussi, et s'endormit tout contre sa poitrine.
Sa voisine l'y trouva morte de chagrin le lendemain.
Se rappelant les recommandations du livreur, Madame Suzanne veillait particulièrement à l'alimentation de Lucien. Seulement, elle ne lui avait pas laissé le temps de préciser que seule une alimentation électrique rechargeait ses batteries.
Madame Suzanne était morte de n'avoir pas lu la notice de son factice Boy.