Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le défi du samedi

Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 660
Derniers commentaires
Archives
13 décembre 2008

"le petit chat est mort ou Chagall is dead" ! (rsylvie)


Depuis 3 semaines avec la classe de troisieme verte, Lila prépare un exposé sur le thème du cirque. L’annonce entendue ce matin alors qu’elle s’apprêtait à descendre du RER l’a bouleversée. Au point de changer inopinément le programme de travail qu’elle avait minutieusement préparé par une matière qu’elle n’aurait jamais pensé pouvoir aborder : le dessin. Mais après tout, n’ont-ils pas besoin des mêmes outils…. un crayon, une gomme, et pourquoi pas de l’encre ?

Oui, c’est ça, s’écrie-t-elle heureuse de pouvoir mettre son nouveau projet sur pied. Un travail d’illustration pour leur exposé ». cela va les changé de la routine, et peut-être amadouer mes pyromanes d’élèves !

mais non sacrilège, pas les crayons feutres »… s’écrie Lila… on l’avait bien prévenue qu’ils étaient provocateurs, mais à ce point.

Elle se retourne vers le tableau noire de la classe et écrit la phrase suivante

Aujourd’hui 28 mars 1985, Monsieur Chagall est mort.

-«  Madame, on veut bien faire picture with you, mais on devait pas faire une expérience in english today » ?

Après un profond soupir, Lila passe la main dans ses cheveux et s’écrie.

- “yes that’s true. Then repeat after me....Today March 28th, 1985, mister Chagall is dead











Comme à son habitude, Antoine L'Etat a tout rangé méticuleusement. Certains dossiers de gauche sont passés à droites et vice versa (non NON et non Sylvie pas et vice versa, ce n’est pas possible !) Tout est fin prêt pour la réunion. Alors il n’a plus qu’à attendre. Seulement une question l’effraye, pourquoi cette réunion ? Plus il y pense et plus cette interrogation le chiffonne. Les petites phrases assassines, les sous-entendus de son supérieur hiérarchique, la crise, le redressement, serait-il lui aussi sur la trappe ? Encore une idée parasite ! Mais Antoine n’a pas le temps de refaire le monde, il a des fonctions importantes. Alors de quoi a-t-il peur ? Par ses compétences, il a réussi à donner à son poste l’importance qu’il fallait pour le rendre indispensable. Alors L’état peut-il se permettre de douter ? Non bien sur, mais pourtant il ne peut attendre comme cela, sans rien faire. Imaginez que l’on entre soudain dans son bureau et le voit bras croisés entre une tasse de café et les journaux déposés par mademoiselle Corentin.




…..tiens « Le petit quotidien de Saint Paul de Vence »… 

.-La Miss France 1984, Martine Robine est devenue journaliste... C'est elle qui présente la future miss France 1985 et lui remet sa couronne

Les homicides en baisse :
Selon Laurent Mucchielli, "alors que s'est banalisée l'idée d'un retour de la violence, le nombre d'homicides perpétrés chaque année en France baisse en réalité depuis le milieu des années 1980". Malgré des différences de niveaux, "les trois sources convergent sur les tendances générales et dessinent, durant la période sous examen, un mouvement en deux temps : une hausse globale sur la période 1970-1984 suivie d'une baisse globale de 1985 à nos jours"..

Puis ses yeux tombent sur la rubrique faits divers :

Aujourd’hui les pompiers ne sont sortis qu’1 seule fois. Répondant à un appel anonyme pour essayer de sauver un petit chat qui, certainement en sautant d’un lit, s’est retrouvé prisonnier de l’étreinte d’une pelote angora. Pris dans l’écheveau de laine il s’est débattu pour retrouver sa liberté, mais gesticulant dans tous les sens il n’a fait que resserrer le nœud qui l’empêchait de respirer. Une voisine inquiétée, par les miaulements intempestifs du petit chat d’habitude si tranquille, a préféré appeler le 18 sachant l’appartement fermé à double tour.

Publicité
13 décembre 2008

Double vie (Caro Carito)


La journée vient de s’achever et elle n’a pas même défait son cartable. Il fait déjà sombre. Elle s’est lovée dans le vieux plaid au pied du téléviseur qu’elle n’allume jamais. Le verre de chablis se réchauffe malgré sa paume glacée. Elle aime cet instant entre chien et loup où ses rêves affluent à toute volée. Elle oublie le préau bruyant, le préfabriqué où on l’a logé par manque de place, où elle ne donne pas trois minutes de cours et où l’on gèle chaque lundi matin de décembre. Elle grignote un sablé et finit de se verser le fond de vin blanc. La journée se perd dernière des brumes inexistantes. Si seulement demain pouvait s’effacer par miracle. Lila tend la main vers la table basse. Elle sait qu’elle ne devrait pas, que ce geste va lui ôter ses dernières forces et la plonger directement dans les eaux glacés de ses chimères. Elle devrait se lever et aller à ces réunions dont le magazine de la municipalité faisait mention. Mais l’idée de ces mots coupants qu’elle devra prononcer, la réalité brute qui ne se dérobera plus… lui est intolérable.

Son conseiller vient de partir. Un aléa de la vie familiale lui a-t-il dit en attrapant son attaché case. Antoine se retrouve seul au milieu des boiseries vieillissantes. Il se dirige vers la petite armoire derrière son bureau et en sort une bouteille de vieil Armagnac. Il doit encore affronter une réunion où sa cravate l’étranglera et rentrer chez lui où un compte-rendu détaillé de la mise à sac de son compte banque lui sera récité par une épouse distante. Les draps glacés et solitaires de son lit l’attendent. Il n’apercevra les enfants que le lendemain quand ils auront déjà quitté leurs pyjamas d’épais coton et que Marcella ou Olga, la jeune fille au pair les aura fait déjeuner. L’Armagnac a ce goût boisé et fruité dont il raffole. Il s’abstient de boire dans les grandes réunions préférant l’alcool en tête à tête. L’homme à la mine coupante qu’il tache d’éviter dans les reflets d’une vitre ou d‘un miroir a enfin disparu. Sa vie pressée se détend. Il sait qu’il devrait renoncer à ce plaisir coupable, son médecin lui en a touché un mot. Il ne peut pas, il refuse tout bonnement ; c’est son seul délice, son unique liberté.

Au moment de saisir la bouteille que l’épicier lui tend, Lila aperçoit une main aussi avide à saisir un flacon à l’étiquette doré. Ballet synchrone. Elle lève les yeux. Le même regard en faux semblant qui sourit mais qui n’est plus là. Un sourire de connivence les réunit. Un bref instant avant qu’Antoine n’esquisse une brève grimace de douleur en s’agrippant sur le comptoir et qu’elle ne glisse, l’air étonnée, sur le sol beige et sale. Est-ce cela, est-ce l’écho de l’alcool glacé… Ils n’ont vraisemblablement pas entendu les deux malfrats pénétrer dans la boutique fine et intimer à la clientèle l’ordre de se jeter à terre. C’était sans aucun doute une seconde de trop dans la ligne de mire.

13 décembre 2008

Clin d'oeil (Val)

Vois comme à présent je les connais bien… De mon poste, je les observe depuis des semaines. Je peux te dépeindre leur vie très précisément. J’ai scruté leurs moindres gestes, leurs moindres pensées. Je connais leur emploi du temps à la minute près. Que dis-Je ? A le seconde !

.

Je les ai choisis tous les deux parce que je les ai trouvé attachants. Et puis, ils représentent plutôt bien tes semblables, non ? Une jeune femme seule, un peu paumée, un homme heureux en ménage, mais qui s’ennuie dans son travail… Un joli panel, en somme. Leur sort n’est ni triste à pleurer, ni très enviable, finalement. C’est le lot de beaucoup d’entre vous, ce n’est pas toi qui me contrediras.

.

Je les ai choisis aussi parce…Oh ! Et puis, de toutes manières, je n’ai pas à me justifier auprès de toi, Tiphaine ! Je les ai choisis arbitrairement. Ce fut un choix du cœur. C’est mon droit . Je choisis bien qui je veux ! Je suis Dieu, après tout !

.

Je vous aime toutes et tous depuis la nuit des temps. A dire vrai…depuis le big bang, pour être plus précis (Non, non, il n’est pas incompatible avec mon existence).

.

Il y a encore peu de temps, comme tu le sais, j’étais au bord du gouffre. Je pleurais depuis si longtemps qu’il m’était devenu impossible de sécher mes larmes. Mais tout va bien mieux maintenant, depuis que tu es venue à moi et que tu m’as pris la main. Dieu sait comme j’avais profondément besoin (comme vous tous) qu’on me prenne la main…

.

Grâce à toi, tout va mieux ! J’ai cessé de pleurer et me suis remis au travail. J’ai regardé au fond du gouffre et je les ai vus, tous les deux. Depuis, chaque jour, je me penche, et je les regarde vivre.

.

Oh ! Pour les guerres, les maladies, les famines, on verra plus tard. Je suis encore bien fragile, tu sais. Le moindre surmenage me renverrait au bord de mon gouffre, et je ne veux pas y retourner.

.

Je reprends confiance, peu à peu. Humblement, j'apprivoise le gouffre. Je m’efforce de ne pas surestimer mes capacités, et , en toute humilité, je me fixe des objectifs à ma portée. Voilà pourquoi j’ai choisi de les suivre eux, Tiphaine. Dieu est amour, mais Dieu est encore bien vulnérable, pour l’heure…

.

J’ai déjà fait un pas énorme, grâce à toi, en acceptant de baisser les yeux pour y admirer toute cette beauté dite à mon image…

Tu as raison, chère Tiphaine : seul le premier pas coute vraiment. Les autres ne sont qu’amour. Le gouffre m’a effrayé, certes. Il m’a fait mal, aussi. Mais comme je l’aime, maintenant… Comme je vous aime tous, à travers eux…

.

Tu m’as conduit jusqu’à la lumière, Tiphaine. Je ne te remercierai jamais assez…

.

 Je les ai suffisamment observés maintenant. J’ai appris à les connaître, et à les aimer pour ce qu’ils sont, c’est à dire beaux et resplendissants d’amour, à mon image. J’ai appris aussi à m’aimer à travers eux.

.

Je m’en vais de ce pas les prendre par la main comme tu as su le faire pour moi, Tiphaine. Je m’en vais les inciter à regarder droit dans les yeux le gouffre au bord duquel ils sont assis à pleurer. Je pars modifier, avec eux, le cours de leurs destinées respectives.

.

Je te laisse, j’ai du travail. Prends soin de toi, Chère Tiphaine.

Dieu qui t’aime

.

13 décembre 2008

La force du destin - sur commande de Val&rie&Janeczka (Walrus)

Parvenus à ce point du récit, vous vous demandez : "Comment diable, va-t-il les faire se rencontrer ?"
Mais, chers lecteurs, ils ne se rencontreront pas, il continueront chacun leur existence si prévisible.
Il finira retraité d'un poste de chef de cabinet, à se morfondre devant Facebook, sous une fausse identité, bien entendu.
Elle, longtemps avant, aura emmené son chat voir la Manche, des falaises d'Etretat, et ne sera jamais revenue.

Etretat

13 décembre 2008

Changements « deux » vies (MAP)

Lila se prit de nouveau à rêver …

_Dict_e

et l’on sait que les rêves peuvent devenir réalité …

………………………………………………………………………

Antoine, sans savoir pourquoi changea de chemin pour rentrer.

 Il traversa un Parc et c’est là qu’il comprit :

DSCF4281

Une vraie révélation …

MAP

Publicité
13 décembre 2008

Le rêve d’Antoine est le cauchemar de Lila. Ou l’inverse. - Poupoune

Lila n’a pas toujours été comme ça. Elle se souvient avoir été une enfant gaie et malicieuse. Là-bas. Avant. Depuis qu’elle est ici elle est rêveuse. Rêveuse et solitaire, comme ils disent. Toujours entre deux convocations ici ou là, aujourd’hui encore une fois chez le Directeur. Pourtant elle a le sentiment de faire toujours au mieux, mais ça ne semble jamais suffire. Alors elle s’excuse, baisse la tête, essaie de se faire oublier et s’imagine ailleurs.

 

Antoine n’est pas rigide, il est pragmatique. Et il sait ce que représente sa fonction : il se doit d’être irréprochable. Tout le monde ne peut pas se permettre le luxe de la négligence ou de l’improvisation. Et il a une famille qui compte sur lui. Alors Antoine fait ce qu’il a à faire. Il ne sait que trop bien le prix à payer en cas d’erreur. Plus jeune bien sûr il se rêvait plus audacieux, mais l’expérience lui a appris qu’il est plus sûr de s’en tenir aux directives.

 

Elle rentre chez elle et retrouve Chagall, son chat. Lila n’a plus que lui maintenant que sa Tante est morte. Elle était devenue un peu comme une deuxième mère, avec le temps. C’est un peu grâce à elle qu’à l’époque elle avait pu rester ici.

 

C’est toujours après les journées difficiles comme celle-ci que Lila repense à sa famille. Là-bas. Aujourd’hui encore elle ne comprend pas vraiment ce qui s’est passé. C’est tellement absurde. D’un seul coup des voisins, des cousins, presque des frères les avaient désignés comme ennemis. Ils étaient venus en nombre, avaient mis son village à feu et à sang et étaient même venus jusque dans l’école s’en prendre aux enfants. Lila était au tableau quand ils étaient arrivés. La maîtresse l’avait poussée sous son bureau et l’avait cachée. Elle n’avait rien vu, tout entendu. Quand le calme était revenu elle avait hurlé tellement longtemps qu’elle ne se souvenait plus s’être arrêtée.

 

Et puis après plus rien. Elle se souvenait seulement du visage bienveillant de l’homme et de ce qu’il avait dit : « Tu es si petite que tu tiendras dans la valise diplomatique ». Elle n’avait pas compris. Elle n’avait pas non plus eu à se mettre dans une valise. Il l’avait ramenée ici. Il lui avait découvert cette Tante qu’elle ne connaissait pas vraiment.

 

Lila s’endort en essayant de chasser ces souvenirs. Elle pense à la mer. Au bruit des vagues.

 

Il s’endort comme on dit du sommeil du juste. Une journée de travail accompli avec soin. Tous les dossiers de la pile de droite ont rejoint la pile de gauche. Il a bien hésité un peu, sur un ou deux cas, mais globalement il connaît son travail et ses responsabilités et n’a nul besoin de tergiverser pour faire ce qu’il a à faire. Les critères sont simples et assez peu discutables : des attaches ou des motifs sérieux conformes à ceux répertoriés dans la liste, tampon bleu. Dans le cas contraire tampon rouge. Au suivant.

 

Antoine a toujours été un travailleur efficace. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu cette affectation. Temporaire, heureusement. Il sait qu’il peut faire bien plus et bien mieux, mais quand on travaille au service de l’état on fait ce qui doit être fait.

 

Lila finit sa semaine sans trop de difficultés. Les enfants se sont un peu calmés. C’est souvent le cas. Son nom les fait rire la première fois, ils se déchaînent, et puis ils se calment. Si elle avait su… Ce n’est pas son vrai nom. Pas celui que lui a donné sa mère. Juste une déformation malencontreuse de son prénom lors de son arrivée ici. Elle n’a jamais osé leur dire qu’ils se trompaient. Et elle trouvait ça normal de mourir un peu elle aussi en perdant son nom. C’était idiot, mais elle n’avait pas dix ans à l’époque… Depuis elle était donc Lila Miel et essuyait régulièrement les moqueries de ses élèves. Et puis ça passait. Quand c’était trop pénible, elle se souvenait de la maîtresse qui l’avait cachée sous son bureau. C’est pour elle qu’elle avait décidé de devenir enseignante.

 

Elle se demandait parfois si elle aussi serait prête à mourir en sauvant la vie d’un de ces sales gosses qui la faisaient tourner en bourrique… Cette pensée la faisait toujours sourire. Elle n’avait pas la réponse. Mais ici ce genre de questions ne se posait pas. Là-bas si. Encore aujourd’hui.

 

Il a été perturbé par un dossier cette semaine. Ça l’irrite toujours de se laisser gagner ainsi par un mélange de doute et de mélancolie. L’individu venait de là où il avait eu sa première affectation de diplomate. Là où il avait outrepassé ses prérogatives. Là où il avait bien failli gâcher sa carrière avant même d’avoir eu conscience qu’il en avait une. Depuis, rigueur et droiture. Pas d’initiatives inconsidérées.

 

Antoine se souvient de la fierté qu’il avait ressentie en accomplissant ce qu’il considérait alors presque comme un acte héroïque, mais il a passé les quinze années écoulées depuis à chasser ce souvenir et à se racheter une conduite. Une telle folie aujourd’hui ne lui coûterait pas seulement sa carrière, elle l’enverrait aussi directement derrière les barreaux. Mais il était jeune alors.

 

Il ne l’est plus. Il se rend bien compte de l’ironie de la situation, mais il doit oublier tout ça et faire ce qui doit être fait. Ce dossier de malheur l’a perturbé. Un dossier pourtant simple : pas d’attache, pas de motif, tampon rouge.

 

Lila compte profiter du week-end pour faire le tri dans les affaires de sa Tante. Il y a déjà un mois qu’elle l’a enterrée. Il est temps. Elle va acheter le pain et chercher le courrier. Une lettre de la préfecture. Son renouvellement de carte de séjour, sans doute.

 

Antoine décide d’emmener Valérie et les enfants pique-niquer en forêt, ce week-end. Ça lui changera les idées. Il en a besoin. Oublier ce maudit dossier.

 

Dans l’avion qui l’emmène là-bas Lila se demande combien de temps cela lui prendra pour mourir. Elle se demande qui va nourrir son chat. C’est absurde, que va-t-elle faire là-bas ? Elle n’a personne. Elle n’a même plus de nom. Elle n’est personne. Elle n’a pas eu le temps de prendre ses affaires. Elle n’a que son sac. Un peu de monnaie. La lettre. Celle avec le tampon rouge.

 

13 décembre 2008

Porte-bonheur - Tilleul

Elle ramasse son gros cartable, elle y glisse le petit classeur. En passant devant le directeur, elle marmonne quelques mots d’excuse puis quitte cette bande d’extraterrestres… Elle va sans doute perdre cet emploi, mais elle s’en fiche. Elle n’en peut plus. Une seule idée trotte dans sa tête, aller vite retrouver son chat Chagall, se cacher sous la couette pour pleurer sa déception. Ce métier, elle l’a voulu, elle l’a choisi… Elle n’imaginait pas " tomber " sur de tels élèves…

Elle marche très vite. Perdue dans ses rêves envolés, le visage noyé par les larmes, juste avant de passer devant la vitrine du boulanger, Lila pose le pied sur " la carte de visite " du chien de Madame Beltran… Elle se retrouve un genoux à terre…

Plus que deux dossiers à réviser. Si Antoine se dépêche, il pourra prendre une pause, s’aérer et déjeuner seul en ville en évitant ainsi le tête à tête avec ses collègues…

11h55. La dernière farde de la pile de droite est passée à gauche. Il enfile une veste, heureux de pouvoir quitter ce bureau. Il n’a pas très faim. Plutôt que d’entrer dans un resto, il préfère marcher un peu et respirer à pleins poumons… Ses pas l’amènent dans la rue du boulanger…

Les sanglots de Lila redoublent. Non seulement son soulier est maculé de … mais son genoux lui fait mal. Tout à coup, deux bras énergiques l’aident à se relever.

" Bonjour ! Je m’appelle Antoine… "

13 décembre 2008

Ailleurs (Joye)

AILLEURS

Ailleurs, au milieu d’un autre continent, une femme pense à Lila et à Antoine. Elle a leurs comptes rendus devant ses yeux. On lui demande de terminer leur histoire. Elle réfléchit, ses doigts dansent sur le clavier. Elle aussi, elle a connu la salle de classe, c’est même en France dans un lycée où elle a appris le sens du mot « fauve », véridique. Elle a aussi connu un boulot comme celui d’Antoine. Bureau, bureaucratique. À vrai dire, elle préférait le sentir d’une poubelle en feu à celui du journaux-cafés-businesse, et le feu aux joues lorsque quelqu’un de plus autoritaire voulait rentrer dans son domaine. Elle connaît aussi ce grand désir de revoir la mer, de s’y promener, applaudie par les vagues, de sentir le parfum de son sel dans l’air qui piquait ses joues. Mais au milieu de son continent et une grande crise financière, elle sait que ce jour-là est encore loin. Alors, que peut-elle faire pour Lila et Antoine ? Faire qu’ils se croisent sur une plage quelque part dans son imagination, Alain Souchon qui chante au fond à Bray-les-Dunes ? Mouais. Mais c’est plus délicieux de les laisser errer dans son imagination pendant une semaine dans l’anticipation des moments de leur rencontre éventuelle sous d’autres plumes, hexagonales et douées.

7 décembre 2008

Suites déjà postées

Joye ; Tilleul ; Poupoune ; MAP ; Walrus ; Val ; Caro Carito ; rsylvie ; Joe Krapov ; Pandora ;

7 décembre 2008

Défi # 39

Pour le défi #39, à paraître le 13 décembre, c'est Tiphaine qui s'y colle.

A la suite d'une de ses suggestions,
et de quelques échanges courriels
elle nous a fourni le texte qui suit.

Notre défi :


1/ Lui donner une suite. (quartier libre pour cela)
2/ Lui donner un titre.

3/ Toujours : samedidefi@hotmail.fr

........................*..*..*.........................



Elle ferme la porte de son appartement à double tour. Derrière la porte, le chat manifeste sa joie. Elle sourit en descendant l’escalier, elle imagine son Chagall en train de sauter sur le lit qu’il a enfin pour lui tout seul.

 Elle porte son gros cartable en bandoulière, à l’intérieur, des cours qu’elle ne fera pas. Elle avance doucement, elle ne marche pas sur les traits, jamais. Le boulanger monte le rideau de sa vitrine et lui adresse un sourire qu’elle ne voit pas. Lila rêve, comme tous les matins …

 Il referme le portail avec précaution, il ne s’agit pas de réveiller Valérie et les enfants, le sommeil c’est sacré ! Il est heureux, la semaine s’annonce bien, pas de grèves prévues, pas de réunions de crise, une petite cérémonie officielle, quelques dossiers à faire, la routine. Il aime bien la routine, ça rassure la routine. Il tourne deux fois à gauche puis une fois à droite, deux feux rouges, cinq passages piétons, le boulanger qui le salue et le chien de Madame Beltran qui fait toujours ses besoins au même endroit et à la même heure. Antoine constate et anticipe, comme tous les matins.

 Elle est dans sa classe, elle regarde ses élèves. Elle ne sait pas bien si elle doit rester là ou prendre ses jambes à son cou et s’en aller très loin. Très loin, le plus vite possible… Un surveillant vient relever l’appel, elle ne le voit pas, elle ne l’entend pas. Devant elle, une classe de 23 extraterrestres, des enfants paraît-il… Elle a inscrit son nom sur le tableau, à la craie blanche : Madame Miel. Les élèves ont éclaté de rire, très vite, des bruits d’abeilles ont sifflé un peu partout. Lila a haussé la voix, les élèves ont éclaté de rire à nouveau. En désespoir de cause, elle a ouvert son petit classeur et a écrit « dictée » juste en dessous de son nom. Les élèves ne s’occupent déjà plus d’elle, ils s’amusent à se lancer divers projectiles, ils parlent à tue tête.

 Lila n’est pas là. Elle est dehors, elle est au bord de la mer. Elle entend le bruit des vagues…

 Une odeur de brûlé soudain, ils ont mis le feu à la poubelle.

 Lila menace, elle fait de grands gestes avec ses bras, les élèves rient de plus belle. Le directeur arrive et les élèves deviennent soudain muets.

 Lila a honte. Elle voudrait ne pas exister.

 Il est assis sur son siège ergonomique. Sur son bureau, deux piles de dossiers. L’objectif de sa journée consiste à faire passer ceux de sa droite vers la gauche. Antoine se demande parfois s’il mérite vraiment ce travail, ou plutôt, si ce travail le mérite vraiment. Il aurait pu faire autre chose de sa vie, quand il était gosse, il voulait être aviateur ou explorateur. Il ne s’imaginait pas dans un bureau, vraiment pas… Antoine chasse cette idée, encore une idée parasite. Antoine est un homme très occupé, il n’a pas le temps de s’auto psychanalyser. Il laisse ça pour les faibles.  Mademoiselle Corentin lui apporte les journaux et le café. C’est une vieille fille, pour le fantasme de la jolie secrétaire, Antoine attendra sa prochaine affectation. Seize déménagements en onze ans, pas moyen de se fixer… Antoine rêve de pouvoir s’arrêter juste un peu, de rencontrer des gens qui seraient des amis et non des relations, de dîners simples et pas de repas de travail ou de pinces fesses mondains. Encore une idée parasite ! Antoine n’a pas le temps de refaire le monde, il a des fonctions importantes, il représente l’état. L’état peut-il se permettre de douter ? Non.

 

6 décembre 2008

Sans compter PLUS - violette7

Son arrière grand mère en avait eu quatre, ses deux grand mères quatre et sa mère quatre aussi mais c'était dans les trois premiers quarts du vingtième siècle où on ne pouvait pas compter sur une méthode efficace, ni même sur la complicité de sa moitié pour n'avoir pas à en ajouter un de plus......sans compter qu'on ne savait pas d'avance et pendant neuf mois si on en attendait un ou deux et même trois parfois....toujours au moins une bouche à nourrir en plus...

A l'aube du vingt et unième siècle, elle avait eu le choix elle et avait choisi de faire mieux et plus que ces quatre dames avant elle : cinq, elle en avait ...Elle disait que ça faisait exactement quarante neuf culottes par semaine ( sept fois sept), quatre vingt dix huit chaussettes et des kilos de pomme de terres et pour l'amour elle ne pouvait ni peser, ni mesurer bien que c'est ce qui comptait le plus....cinq en huit ans et demi, certains jours c'était un défi.....elle s'y était soustraite car ce qui se multipliait le mieux, c'était l'amour qu'elle portait à ses cinq enfants......C'était son histoire.....

6 décembre 2008

Decompte - Kloelle

12- Elle me l’a dit un soir, comme ça, dans la conversation.
« Quand tu es né, je n’ai pas voulu te voir. Tu comprends, j’avais tellement, tellement souffert, tellement plus que pour tes sœurs. Je t’en voulais, du fond de mon ventre je t’en voulais »
Elle a rajouté en riant, qu’heureusement, ça n’avait pas duré. J’ai eu envie de lui dire que si, ça durait toujours mais les mots ne sont pas sortis de ma bouche. C’est étrange comme je regrette maintenant de ne pas avoir eu ce courage.


11- Ma grand-mère faisait des tartes tatins formidables. Je me noyais dans ses odeurs de caramel. Je la regardais réveiller le sucre depuis ma petite chaise en paille du coin de la cuisine, près du fourneau . C’est moi qui plaçais les pommes. J’avais l’impression d’être un grand. C’était quelque chose, à trois ans, que de placer les pommes. Ensuite à table, de ma petite voix aiguë, je disais « c’est moi qui l’ai faite »


10- Paul triche aux billes. Les autres ne disent rien parce qu’il a deux têtes de plus que nous et des bras plus gros que nos cuisses. Mais je n’ai pas du tout l’intention de le laisser partir avec mon Agathe, pas du tout.
Maman a hurlé quand elle m’a vu revenir le nez en sang. Pas tant pour le nez : mon paletot était rouge de sang lui aussi. Elle a crié : quand on a une âme de redresseur de torts il faut avoir les bras qui vont avec !


9- J’ai envie de mettre mes mains dans ses cheveux blonds mais je n’ose pas. Le matin, en cours d’histoire, le soleil les enflamme et ils sont encore plus beaux.


8- La robe d’Odile était affreuse. Tout ce que je n’aime pas. « Frou-Frouteuse »,orgueilleuse, bouffie. Cette tradition qui consiste à cacher la robe au futur marié est d’une idiotie sans nom. Et ma belle-mère qui a passé la journée à me répéter « Elle est magnifique n’est ce pas ? ». Magnifique belle-maman, absolument magnifique…..


7- Je n’aime pas l’ordre. Je n’aime pas ranger mes vêtements, bien pliés au pied de mon lit le soir. Je n’aime pas remettre les pots gigognes de la cuisine en bon ordre croissant. Je n’aime pas poser ma brosse à dent dans le verre bleu.

6- La voisine du dessous a les plus magnifiques cheveux bruns que soient. Ils distillent des arômes de vanille, ou de tiaré, ou les deux à la fois.

5- Manon pleure des nuits entières. J’aime les moments où je suis seule avec elle. Elle sent la crème d’amande douce. Avec moi elle ne pleure jamais. Nous nous installons dans le fauteuil du salon, je lui donne son biberon et nous goûtons, béats, au bonheur simple. Nous deux, c’est comme une évidence.

4- Le café est chaud et je me suis brûlé les lèvres. Je la regarde et elle me regarde. Dans ce silence de mots j’écris le désir en lettres brûlantes. Je ne suis que soubresauts gênés et palpitations étouffées. Je la regarde, elle me regarde et je suis à nouveau vivant.

3- J’ai choisi sa robe de mariée avec Laura. Longue, sobre et voiles d’organdi. Manon sera notre demoiselle d’honneur. Elle a déjà choisi sa couronne de fleurs.

2- Les macarons, j’ai toujours aimé les macarons. J’aime les manger en cachette, lentement, en fermant les yeux.

1- L’ultimatum était de 12 heures. C’est ce qu’ils m’ont fait dire dans le message que j’ai enregistré. Je n’ai pas vraiment compris qu’elles étaient leurs revendications, je crois qu’il s’agit essentiellement d’une question d’argent. Ils ont sortis John de la pièce d’à côté et j’ai entendu les mitraillettes faire leur office. C’est mon tour.J’entends leurs pas.

6 décembre 2008

Le Conte n'est pas bon! - Janeczka

Il etait 1 fois
1 fille haute comme 3 pommes...
Mais pourquoi vous raconter une vie
Qui n'est meme pas encore finie?
En plus, c'est loin d'etre un conte de fee...
Alors pourquoi compter?

6 décembre 2008

Et s'il n'en reste qu'un... (Sebarjo)

 

Ses derniers jours étaient comptés... Il le savait.

 

Lorsqu'il additionnait toutes ces années passées, vécues follement, il se rendait compte qu'il ne s'était pas soustrait à grand-chose. Et pourtant, dans une heure, une semaine tout au plus, il allait devoir payer l'addition. Elle était plutôt salée.

 

La mort a un goût amer. Forcément, à force de prendre un dernier p'tit an pour la route... Toutes ces années ont fini par baigner au fond de la bouteille et même si elles ne manquent pas de culot, elles ne sont plus que mauvaise lie. Levures mortes.

 

Et lui n'était plus que la trace balbutiante, prête à s'évanouir d'un instant à l'autre, le rond à peine humide laissé par le dessous d'un bock sur le formica du comptoir. Et bientôt il passera dans le cendrier qui se trouve à côté. Des cendres pour monter au ciel...

 

On dit que quand la mort est toute proche, on voit défiler toute sa vie en quelques secondes. Pas lui. Il bloquait sur ces 2 ans. Cette époque dorée où il essayait encore laborieusement de compter jusqu'à 2... Comme l'horizon lui paraissait grand alors ! Quelle ouverture vers l'infini de la vie ! Il pouvait encore compter sur beaucoup de choses tant il avait à apprendre.

 

Et toute son enfance a filé comme l'éclair... Il en arrive alors à ses vingt ans, bien loin également. Ses vingt ans... noyé dans un mauvais vin de messe, un « bleu lourd de menaces », un gros rouge pour requiem de banlieue. Le début de la fin, de sa dérive. Le jour de ses vingt ans, un jour qui dévie...

 

Maintenant, il n'avait plus qu'à compter les ploc du goutte à goutte qui le nourrissait, allongé sur cet étroit lit d'hôpital. Encore quelques milliers de ploc tout au plus, et on n'en parlerait plus.

 

Il ne regrettait pas sa vie. Car Il était fier d'avoir toujours su rester entier.

 

Un.

 

Voilà ce qu'il avait été. Un. Comme s'il n'avait pas accepté de dépasser l'horizon de ses 2 ans. Rien ne l'avait jamais divisé. Un et toujours un. Et chez lui, l'unité faisait la force. Grâce à cela, sa vigueur se multipliait d'annnées en années, jusqu'au jour où... l'UNdicible, l'UNcroyable, l'UNpossible, l'UNcompréhensible maladie avait raviné son corps et l'avait complètement lessivé. Rincé, essoré à plus de deux mille tours minute... Une vraie lavette. Il était propre, le regard perdu vers le plafond sale de cet hôpital sinistre !

 

Séropositif... Voilà ce qu'on avait chiffré pour lui. Un drôle de diagnostic. Mielleusement positif... car en vérité Tout était si négatif, si désespérément en dessous de zéro...

 

moins Un.

 

La maladie pernicieuse lui avait fait perdre sa belle unité classique. Il chutait.

 

Mais malgré tout, il avait aimé sa vie. Aucun remords, juste la mort.

Il avait simplement un petit regret. Ne pas avoir été centenaire comme son père. Ne pas pouvoir ajouter deux zéros à l'unité qu'il fut. La vie est si courte...

 

Et c'était pourtant bien son père qui veillait à son chevet, fier et droit comme un chêne, prêt à entonner un Pater...

et non l'inverse logique comptable.

6 décembre 2008

Et c'est comme ça tous les soirs (Pivoine)

 
Sa conscience: 5 heures: tu vas au cours ?
Sa paresse: 5 heures en novembre ! Tu as vu le temps qu'il fait ?
Sa conscience: 6 heures, si tu mettais tes chaussures ?
Son fatalisme: 6 heures, elle cherche ses chaussures
Son impatience: 6 heures 5 minutes: pourquoi faut-il faire et défaire
des lacets ?
Son esprit logique: 6 heures 5 minutes 1 seconde: non, tu dénoues et tu
renoues tes lacets
Sa frilosité: 6 heures 10: il est temps de me dépêcher:
manteau, écharpes, gants, gsm dans la poche, clefs dans l'autre poche,
et en avant
Sa corvée quotidienne: 6 heures 15: le plastique dans les poubelles
bleues, le papier dans les poubelles jaunes,
la litière des chats dans la poubelle grise
Sa promenade nocturne dans les avenues: 6 heures 30: arrivée à l'atelier
Sa paresse à nouveau: 6 heures 30, 40, 50, 7 heures, se promener, dire
bonjour, admirer l'évolution des travaux, chouette, Yvane est là
Sa méfiance: 6 heures - et je ne compte plus - j'entends la voix du
prof, que va-t-il encore dire?
Son ouïe: 6, 7, 8 heures: ne bouchez pas votre peinture! Ne vous arrêtez
pas là! Pas de ligne! Pas de dessin! Pas de Dieu!
Son retour: 9 heures, elle n'a plus envie de s'en aller, elle peindrait
jusqu'à la fin des temps
Son écroulement: 9 heures 1/2, sauter dans le canapé pour apaiser son dos
Sa faim: 10 heures: un plat, une soupe à se réchauffer et se faire des
croûtons
Son addiction: 10 heures 30, 11 heures: ouvrir l'ordinateur, écrire,
lire, imailer, jouer à la guerre des gangs...
Son addiction - bis: 11, minuit, 1 heure... Se dire qu'il est temps
d'éteindre et d'aller dormir
Son addiction - fin: 1 heure, le chat vient s'accrocher à son pantalon
et miauler parce que, vraiment, il est temps d'aller dormir
Son angoisse nocturne: 1 heure, 2 heures, médicaments pris, oreillers
installés, livre sur les genoux,

Quand donc va-t-elle s'endormir ?
6 décembre 2008

Quand j’avais 4 ans - Vanina



Ils sont à table assis l’un à côté de l’autre ; la petite fille de 4 ans et l’homme de la cinquantaine, ami de la famille.
Vigilent, l’homme entreprend de converser avec elle, pour qu’elle ne s’ennuie pas dans cette grande tablée familiale.
« Dans quelle classe es-tu BaieDangereuse ? »
Ce surnom à lui tout seule vaudrait un petit texte, là n’est pas le lieu de son développement.
« Bâ, répond-t-elle, quand j’avais 2 ans, j’étais en petite section avec un instituteur qui nous faisait faire du coloriage ; je n’aime pas colorier ! Puis à 3 ans, j’ai changé de classe. J’étais en moyenne section... Maintenant j’ai grandi, j’ai 4 ans, j’apprends à lire et à écrire et je suis en grande section, la maîtresse… » La petite bavarde s’applique, détaille, l’homme respectueux écoute bien qu’il s’impatiente un peu.
Autour de la table, tout le monde s’est mis à écouter le récit de BaieDangereuse.
Son récit fini, l’homme prend la parole : « Bâ moi, quand j’avais 2 ans j’étais encore à la maison. A trois ans aussi, car on commençait à aller à l’école plut tard qu’aujourd’hui. Mais quand j’ai eu 4 ans je suis allée à la maternelle, ma maîtresse… »
Le récit ne faisait que commencer ! Un éclat de rire unanime secoue la tablée au grand étonnement de la petite fille qui prêtait l’oreille candide et fort attentive de celle qui ne sait pas encore compter jusqu’à 50...


6 décembre 2008

Deux colonnes à remplir (Caro Carito)


 

La feuille posée devant moi me semble irrémédiablement blanche. Stylo noir adossé au côté droit. Un brin agressif. Je ne vois pas mes mains, glissées sous la table. Mais je les sens trembler.

« Deux colonnes. » m’avait-t-elle dit. A l’éclat d’airain qui brillait sous ces trois syllabes, j’ai compris que les 10 séances où je n’avais pas ouvert la bouche avaient eu raison de la patience de ma thérapeute. Sous le visage au brushing soigneusement maîtrisé et malgré la neutralité beige de son ensemble, j’avais senti que l’exaspération n’était pas loin. J’avais donc fait précéder mon «à la semaine prochaine » par un oui à peine audible.

Je sors lentement mon cv de mon sac de cuir. Je dois aligner ma vie en deux ridicules listes. Piocher dans mes souvenirs d’enfance des bribes de moi. Empaqueter le tout et le livrer en vrac pour analyse. J’avais pensé trouver la matière dans de vieux albums photos. La simple idée de plonger dans l’humidité crasse d’une cave m’avait filé la nausée. Ma détermination vacillante n’avait pas pu aller plus loin. Je m’étais rabattu sur l’idée du CV. Je lirais entre les trois lignes de l’enfance coincé entre lycée et bac. Facile. Une ville moyenne, une scolarité monochrome, deux flirts d’ado qui, mis bout à bout, avaient duré 182 jours. Je pouvais éventuellement retrouver avec une marge de 10% d’erreur le nombre de baisers avec ou sans, et pour le deuxième gars, un dénommé Eric, un nombre certain de pelotage, nettement plus agréables et poussés dans le dernier tiers de notre relation. Je pourrais atteindre sans mal une validité frisant les 95%... si je retrouvais mon journal intime où une adolescente à fleur de peau avait consciencieusement recensé faits et gestes amoureux. Mais pour cela il me fallait descendre à la cave. C’était non. Pour la deuxième fois.

Je décide de laisser en friche cette première partie de vie. Les deux colonnes sont toujours aussi désespérément vides. Mon regard passe de mon affligeant désert personnel, écrit blanc sur blanc aux lignes soigneusement imprimées de mon curriculum. Les cursives, les entrejambes si fines, s’épaississent jusqu’à ne plus former qu’une ligne dansante. J’entends soudain le bruit de la roulette. Ce tressautement grêle sur les bords noirs et brillants, semblable à un ronronnement mécanique et félin. Ce silence presque imperceptible quand la boule s’immobilise.

Je t’avais rencontré au casino. Aucun de nous n’était flambeur. Nous avions laissé la place à d’autres joueurs, plus féroces. Nous avions aligné nos jetons, changé le tout, bu un verre et vécu ensemble un bon paquet d’années. Une alliance et deux enfants plus tard…. Cette musique m’obsède depuis ; la boule argentée s’est arrêtée à la case divorce.

Ces deux colonnes me donnent la nausée ; elles me rappellent mes six mois d’assistanat comptable chez le vieux Schnock. Son œil, au fond jauni, traînait un peu trop sur moi ; il avait les pattes luisantes et la couenne terne. Pourtant, il ne s’agissait que du décor, le pire se trouvait ailleurs. Aligner des chiffres imbéciles dans les cases d’un logiciel aride Au bout de quelques semaines, il était clair que la tentative de reconversion de l’agence chômage avait capoté en beauté. Je n’avais pas l’âme d’un comptable.

 

J’ai rangé mon cv. Il me suffit de vouloir étaler ma vie pour savoir qu’elle se résume au crédit et au débit de notre divorce en cours. Retour à la case départ, où nous alignions nos jetons. Côté immobilisations, on compte les plus-values, on soustrait le mobilier de ta grand-mère et l’aide de mon oncle pour la réfection des murs. C’est toi qui casque : le Henri IV n’est plus coté à l’argus des broc et autres dépôts-vente. Ca m’arrange car, de fait, en plus de notre maison en région parisienne, je rafle l’appart en Vendée. Tu peux te garder ton truc miteux à la neige. Elle est moche cette station. Dans cinq ans, tu va pleurnicher que le remboursement t’étrangle. Conseil d’ex : le lieu ne sera jamais rentable et les crédits à taux variable, c’est jouer avec le bâton clouté du parfait masochiste. Et puis, ça t’apprendra à garder des stock-options en douce. Un actif douteux. Et tu croyais que je ne le savais pas. J’avais assuré mes arrières, pas besoin d’un privé pour découvrir tes petites combines. J’ai tout noté dans les règles, sans oublier de payer le coup de patte de l’huissier lorsque cela s’avérait nécessaire. Garde ton coupé sport qui te demandera un bon nombre d’heures sup jamais facturées. Après tout, c’est l’avantage d’être cadre ; tu réduis comme ça les chances de te faire virer. Alors ne compte pas ton temps, tu en auras besoin pour la pension, ton train de vie et surtout ta confiance en toi. En contrepartie, je m’occupe des enfants : même forfait horaire que toi, jour, nuit, vacances et WE dans le paquet. Simplement à moyen terme et même avant, tu va regretter ce temps que tu ne leur donneras pas, aux gosses. Il y a des options fiscales et certaines d’autre nature que l’on choisit par facilité, qui vous poursuivent jusqu’à votre mort.

Voilà, j’ai fait les comptes sur deux colonnes, les jeux sont faits. Côté finances, mon conseiller fiscal salut le bénéfice que je vais empocher et lui aussi, évidemment. Je t’ai laissé les mouchoirs de baptiste offert par un ancêtre lors de nos noces. Les soirs de blues, c’est toujours classe d’éponger sa tristesse dedans et il ne faut pas en racheter. Tu geins de t’être fait dépouiller… Remarque, fallait pas tout miser sur la rouquine méchée, vraie ou fausse, qui t’envoyer au 7ème ciel siliconé des amours vénales. Elle t’a coûté cher - les bimbos ça casse une tirelire d’hommes d’affaires en trois caprices – mais le retour sur investissement, lui, tu ne l’avais pas vu venir. L’effet de massue s’est déployé le jour où tu as reçu la lettre de mon avocat.

Le fric va nous aider, les gosses et moi. Quant à toi, je te fais confiance, tu retomberas sur tes pattes. Mais je n’ai pas besoin de remplir ma feuille ni de psy pour savoir que, au bout du compte, on n’alignera pas de jetons. En posant les deux colonnes, si je retranche les sentiments cassés, nous tomberons d’accord sans l’avouer qu’il n’y a pas d’estimations matérielles possibles et pas d’assurance. On aligne les torts à cinquante / cinquante et les pertes sont infinies.

Il est l’heure de remballer mes devoirs, Mme la Juge appréciera ma participation active à une improbable réconciliation. Elle aura matière la psy avec tout ce que j’ai griffonné même si je ne veux pas lui parler. D’ailleurs, je n’ai envie de rien depuis que cette bille n’en finit pas de tourner dans ma tête : 23, rouge 51, 12, 7, impair. Je ne souhaite qu’une chose, que la roulette s’arrête et que sa mélodie métallique s’efface à tout jamais.


6 décembre 2008

-5°, on a eu chaud ! (Papistache)

Papistache est né en hiver, 1 des 4 saisons de l’année, en 1927.  Non, pas en 1927, c’est son père qui a 81 ans (en sa 82e année) qui est né en hiver, lui aussi, à 3 jours du printemps, la 2e saison de l’année si on veut considérer que l’hiver n’ayant que 10 jours au 1er janvier commence bien l’année.

Le Papistache est né en hiver parce que ses parents — à supposer que la grossesse ait été menée à terme et elle dut l’être avec un bébé de 9 livres (9 livres, pour un bibliophage, c’est une bonne mesure, non ?)— l’ont conçu aux beaux jours de mai, le 5e mois de l’année. Au milieu du printemps.

De ses premières années, on ne sait plus rien, sinon qu’il a failli se noyer à l’âge de 2 ans. En hiver ! Il gelait. Les annales n’ont pas retenu combien de degrés au-dessous de 0 le mercure indiquait.

A 4 ans, il entre à l’école maternelle. Il y reste 2 ans. 1 jour, il oublie de découper 1 patte à 1 cheval de papier. C’est son 1er souvenir de l’école.

Il entre au CP. La maîtresse l’installe au 1er rang de la rangée du milieu. C’est de cette place qu’il découvre les chiffres, les nombres et les 4 opérations : addition, soustraction, multiplication et division. Au cours de cette année de CP, les espaces libres entre les méandres de ses circonvolutions cérébrales se sont emplis de ces chiffres et nombres au point de se substituer au liquide céphalorachidien.

Plus tard, il pondra 1 consigne un peu absconse : Comptez-nous 1 vie !
On est en droit de s’interroger : Pour ses 2 ans, s’il avait gelé plus fort et si la glace s’était refermée sur son corps, aurait-on jamais entendu parler de lui hors du cercle familial ?

Tout ça ne constitue pas 1 compte de vie, pas même 1 vie ! A tout prendre, si c’était à refaire, il couperait les 4 pattes du cheval, s’installerait au fond de la classe et prierait de toutes ses forces pour que les murs de l’école redeviennent sable.

Profitez de cette consigne, ce sera la seule fois de son existence où  le Papistache dira l'entière vérité sur son passé. Foi de menteur !

6 décembre 2008

Règlement de comptes (Tiphaine)



06 heures 00. La porte à double battants est déverrouillée.
06 heures 01. La télévision de la chambre 35 entre en marche.
06 heures 02. Je voudrais me rendormir sans entendre la une ni la deux ni aucune de ces chaînes.
07 heures 00. L’infirmière n° 1 me demande si j’ai bien  dormi.
07 heures 30.  Sur le pas de la porte, j’avale sous l’œil aguerri de l’infirmière mes 75 milligrammes d’effexor.
08 heures 00. Un petit pain ou deux petits pains ?
08 heures 30. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
08 heures 35.  Première Fine 120, dans la cour.
08 heures 40. Trois tours de parc, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, comme tous les autres.
09 heures 30. Un nouveau psychiatre, une nouvelle ordonnance, une nouvelle histoire.
10 heures 15. Deuxième Fine 120, sur un banc rouillé.
10 heures 30. 120 pages tournées.
11 heures 30. Sur le pas de la porte, l’infirmière n° 2, les médicaments…
11 heures 45. Cinq tranches de tomates, trois boulettes de viande, 134 petits pois, quatre morceaux de carottes, un sachet de vinaigrette, un morceau de fromage, un petit pain, un verre d’eau et un beignet fourré au chocolat.
12 heures 15. La fenêtre peut s’ouvrir sur huit centimètres. 32 camions, 3 motos, 67 voitures dont 45 blanches par minute défilent sur la quatre voies.
12 heures 25. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
12 heures 30. Troisième et quatrième Fine 120, dans la cour.
13 heures 00. Il est 13 heures…
14 heures 00. Sur la une, les feux de l’amour chassent les chiffres pendant 45 minutes.
14 heures 45. L’aide soignante n° 1 vient faire la chambre.
14 heures 46. 20 mètres de couloir, quatre ailes, quatre étages. Le même jeune homme qu’hier vient me taxer 50 centimes qu’il promet de me rembourser demain. Comme hier…
15 heures 00. Le téléphone de la chambre 37 sonne 12 fois avant que son occupant ne décroche.
15 heures 30. Vingt mille mots, cinquante photos.
16 heures 00. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
16 heures 05. Cinquième Fine 120, dans la cour. 18 fumeurs répartis en groupes de 2, 3 ou 4.
16 heures 10. Deux enfants dans le parc, insouciants. Mes enfants…
17 heures 00. Sixième Fine 120, dans la cour.
17 heures 30. 24 images par seconde.
18 heures 00. Sur le pas de la porte, l’infirmière n° 3, les médicaments…
18 heures 15. Un bol de soupe, 254 grains de riz, une tomate farcie, une portion de fromage aux noix, à la noix, un petit pain, une poire pas mure.
18 heures 45. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
18 heures 50. Septième puis huitième Fine 120 dans la cour avec les autres drogués.
19 heures 00. Fermeture des deux portes qui mènent à la cour et au parc. L’espace se réduit. 200 mètres carrés.
19 heures 05. Je voudrais pouvoir compter les étoiles mais je ne les vois pas.
19 heures 10.  Combien de caresses, combien de baisers, combien de battements de cœur, est-ce que l’amour se mesure ?
19 heures 19. Combien de secrets, combien de peurs, combien de refus, est-ce que l’amour peut survivre à l’ordre social ?
19 heures 30. Fermeture de la cafétéria. L’espace se réduit d’avantage. 100 mètres carrés.
20 heures 00. Journal de 20 heures dans toutes les télés du couloir.
21 heures 00. Heure des tranquillisants et des somnifères. Chacun tend  la main.
21 heures 30. Fermeture de la porte à double battants du couloir. L’espace est confiné. Trente mètres carrés.
22 heures 30. Extinction des feux et des télévisions.
23 heures 00. Quelqu’un n’arrive pas à dormir.
23 heures 30. Quelqu’un pleure.
00 heure 00. Première visite de l’infirmier de nuit. Il vérifie que je dors. Ou pas.
00 heure 30. Quelqu’un parle.
01 heure 01. Passage du train de 1 heure 1.
03 heures 30. Deuxième visite de l’infirmier de nuit. Je fais semblant de dormir.
05 heures 00. Troisième visite de l’infirmier de nuit. Je fais semblant de dormir.
06 heures 00. La porte à double battants est déverrouillée.
06 heures 01. La télévision de la chambre 35 entre en marche.
06 heures 02. Je voudrais me rendormir sans entendre la une ni la deux ni aucune de ces chaînes.
07 heures 00. L’infirmière n° 1 me demande si j’ai bien  dormi.

6 décembre 2008

Petit mensonge (Tilleul)

Un, deux, trois, il était une fois… quatre, cinq, six, une dame exquise… J …qui pour compter sa vie, rencontre beaucoup de difficultés… Les mots, les idées s’emmêlent dans sa pauvre tête… Va-t-elle participer à ce défi ?

Elle écrira donc un résumé :

Un : comme un seul mariage… Il y a bien longtemps…

Deux : j’ai la grande joie d’avoir deux fils, deux belles-filles, dont l’une attend deux bébés…

Trois : comme les trois cerveaux dont j’aurais parfois besoin… parce que je cherche et ne trouve rien dans ma vie avec ce nombre…

Quatre : pour l’instant, j’ai quatre petits-enfants que je chéris…

Cinq : le nombre de voitures qui ont été miennes… Fiat, Peugeot, Renault, Mitsubishi et la petite dernière, une coréenne, que Word refuse…

Six : j’ai habité six maisons… dans deux villages, un bourg, un appartement en ville, puis retour à la campagne dans un hameau de dix-neuf habitations et maintenant, dans une localité de deux-cents âmes…

Sept, huit, neuf, elle adore les teufs… dix, onze, douze, elle sait être si douce… J

Je préfèrerais vous conter mon existence comptée,

En faisant rimer une de mes mille qualités,

Avec chaque chiffre nommé…

Tenez, avec trente, je dirais charmante…

Quarante, souriante…

Cinquante, avenante…

Soixante, intelligente… (Si, si, je vous assure ! En plus, il n’existe aucun nombre qui rime avec menteuse!)

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité