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Le défi du samedi
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13 février 2016

Rêve (MAP)

En un étrange rêve

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13 février 2016

Participation de Fairywen

 

Rêve bleu

Elle aimait lorsque venait la nuit et qu’elle pouvait enfin s’allonger dans son lit et fermer les yeux. Lorsque venait le sommeil, la souffrance s’en allait avec lui. Libre, elle pouvait parcourir le monde enchanté des songes, ce monde où tout était permis, ce monde où ses jambes n’étaient pas deux poids morts qui ne savaient que lui envoyer des aiguilles de feu dans le corps.

Cette nuit-là commença par un rêve bleu, un bleu changeant et chatoyant dans lequel errait un croissant de lune argenté. Tout doucement, elle se posa sur le sommet du croissant et se laissa glisser en riant dans la douce et tendre courbure de la lune. Elle était à peu près au milieu de son trajet lorsqu’un vent d’étincelles la souleva et la fit glisser dans l’azur, jusqu’à un bateau aux voiles blanches qui naviguait sur une terre d’eau et de nuages. Les étincelles la déposèrent délicatement sur le pont et elle s’installa gracieusement sur le banc de bois qui courait tout le long du bastingage. Peu lui importait où elle allait, du moment que la douleur ne la suivait pas.

Fugitivement, elle repensa à ce soir où sa vie avait basculé. La route mouillée. La nuit. La voiture en face qui roulait trop vite. Le hurlement des freins, le bruit de la tôle froissée, puis l’affreuse, l’atroce souffrance avant que le néant ne l’emporte. Elle s’était réveillée sur un lit d’hôpital, avec des jambes inutiles, une vie brisée, et la douleur… Toujours là, jour et nuit, heure après heure… Elle n’avait la paix que dans la nuit, dans ses rêves, lorsqu’elle s’évadait dans ce monde magique qui chaque nuit s’ouvrait dans son esprit.

D’un geste de la main, elle chassa la tristesse et sourit. Le bateau filait loin, loin, loin autour de la terre d’eau et de nuages, dans un voyage qui peut-être n’aurait pas de retour.

 

Les rêves bleus ont le pouvoir d’emporter avec eux les âmes qui souffrent trop pour continuer à vivre…

Défi 389 du samedi 6 février 2016

 

13 février 2016

Adventure time (Vegas sur sarthe)

Dans mon rêve éveillé j'ai vu la grande bleue
le lit tel un rafiot dérivait à tribord
la couette sous le vent battait sur le plat-bord
sous mon corps agité les draps faisaient des noeuds.
Une lune-croissant attisait notre allure
sous le lit chahuté j'ai vu ces blancs moutons
qu'avait chantés Trenet... j'étais à croupetons
cherchant obstinément ma bergère d'azur.
Pas de sirène en vue, de nymphe ni d'ondine
juste mon Mistigri qu'attiraient des sardines
dont l'odeur me rendit malade comme un chien.
Ballotté, dégoûté, j'ai dormi sur l'étrave
au matin je quittai mon lit tel une épave
qu'on ne me parle plus de ces peintres autrichiens !
13 février 2016

Mes mots (Marco Québec)

Préambule

J’ai écrit ce texte il y a quelques mois. J’y fais parler l’un de mes amis diagnostiqué Alzheimer précoce à 45 ans. J’attendais l’occasion pour le proposer.
C’est l’image enfantine de la lune dans l’image du thème qui m’a allumé.

Le titre du texte est Mes mots. Il aurait pu tout aussi bien s’intituler Au clair de la lune.

 


À peine 45 ans
Je n’étais qu’au mitan
J’ai perdu la mémoire
J’ai perdu mon histoire
 
Envolés les mots du quotidien
Les mots qui font du bien
Je réponds à vos questions
Par un oui, par un non
 
Se sont tus les mots des discussions
Ceux des conversations
Des tergiversations
Des grandes réflexions
 
Enfouis les mots des sentiments
Les mots qui disent  le temps
Les mots de mes chansons
Les mots qui sentaient bon
 
Éclipsés les mots de tous les jours
Les mots de mes amours
Oubliés les mots qui font la fête
Et les rimes des poètes
 
Si revenait  ma mémoire
S’il y avait moins de noir
Je chanterais cette chanson
Apprise petit garçon
 
Au clair de la lune
Mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot

13 février 2016

LUNE ETERNELLE (Lorraine)


Blanche
Infiniment muette
La lune
Dessine un anneau d’or
Sur l’herbe où le pommier dort

Ronde
Et comme piétinée
La lune
Se voile de pénombre
Pour mieux examiner le monde

Croissant
Superbement lointain
La lune
Et son profil d’argent
Ecoutent hurler le loup blanc

Absente
Derrière les nuées
La lune
Sans remords espionne
Les humains que la mort bâillonne

Et qui s’envolent en fumée

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13 février 2016

À l'aventure (par joye)

swan pix

aujourd'hui, mon coeur est plein et je risque de vous dire trop de bêtises,

de trop vous parler de ce qui doit rester entre moi et un autre,

alors, je vous parlerai plûtot du cygne trompette...

il est grand et beau, natif sauvage de l'Amérique du Nord,

et son espèce revient, grâce aux efforts conservatoires de l'homme...

il y a quelques années, il y avait une paire de cygnes trompette

qui vivaient près de chez moi...

nous allions les voir de temps à autre, nous admirions leurs enfants

et nous nous émerveillions devant leur beauté noire et blanche...

mais un jour, un dimanche froid et enneigé, nous avons découvert

le mâle solitaire et le corps de sa compagne morte sur la glace...

peu après,  l'État a terminé le programme -

par manque de quoi, je n'ai jamais su,

d'argent, d'animaux, d'intérêt, de succès ?

mais ne pleurez pas encore, cette histoire se terminera bien,

je vous le promets, car

cette année, au Jour de l'An, un autre jour froid et enneigé,

nous avons découvert au lac, mon homme et moi,

des dizaines et des dizaines et des dizaines

de cygnes trompette sauvages

et j'ai pu leur dire, quand ils s'envolaient juste devant nous,

bonjour les beautés, nous avons connu vos parents...

et je sais aujourd'hui, comme je sais depuis toujours,

que ma plus grande aventure à moi

a été celle que j'ai choisi de vivre

avec mon homme

 

13 février 2016

Un autre souffle (Clémence)


Depuis une année déjà, les dates des deux festivités maritimes étaient retenues.

Jeudi midi, tous les propriétaires des pointus et leurs accompagnants étaient réunis sur le quai. Grande discussion . Il fallait décider de l'heure du départ groupé. C'est un spectacle grandiose quand une armada de pointus, toutes voiles dehors entre dans un petit port méditerranéen.

Nouvelle venue dans cette association, j'allais naviguer avec deux amis sur un pointu de 9 mètres.

15 heures, le départ dans la joie sous un ciel bleu, un vent léger.
Nous devions partir en dernier . Je ne me souviens plus de la raison invoquée.

16 heures, nous étions toujours à quai. Nous attendions un retardataire.
Le ciel se couvrait, le vent se levait. Je voyais les mines soucieuses.
Pierre arriva et largua les amarres. Nous fîmes de même.
A peine installée, je fus prise de nausées, mais je crânais. Je ne voulais pas passer pour une mauviette, même si mes deux amis savaient que j'étais une vraie « terrienne ».

Le ciel était de plus en plus sombre, le vent de plus en plus fort.
Nos regards se portaient tour à tour vers le large et vers les côtes escarpées.
Le pointu de Pierre tanguait et gîtait devant nous. Vagues et houle. Un signe de la main. Tout va bien. Nous tenons bon.

Nous avions les yeux rivés sur les flots, nous ne nous aperçûmes pas immédiatement que Pierre ralentissait.
Quelques minutes plus tard, il fut derrière nous et la distance se mit à croître.

Mes amis, en alerte, l'interpellèrent. Le vent emporta les paroles. Seules les mimiques traduisaient les difficultés.
Les vagues se bousculaient, j'étais accrochée au plat bord, le cœur au bord des lèvres. Je grelottais. Je me fis toute petite car je savais que je serais inutile, voire  une gêne.

Notre bateau changea de cap. Nous virons et partons à la rencontre de Pierre. Notre embarcation tournait autour de la sienne, avec précaution. L'information nous parvenait , hachée par le bruit du vent et de notre  moteur.

Les téléphones portables entrèrent en jeu. Entre les deux bateaux et  entre les Sauveteurs en mer. Les informations  se croisaient et se contredisaient.

Nous continuions de tourner autour du pointu de Pierre. Lui, dérivait dangereusement. Il fallait à tout prix lancer une amarre.

Un de mes amis hurla : « Il va se fracasser sur les rochers ».

Ma panique était au maximum. Mon estomac ne résista plus. Je me penchai par dessus-bord.

Pierre attrapa l'amarre.
Étrangement, le vent retomba.

Je me mis à crier. Un méli-mélo de plastiques et de cordes filait droit vers l'arrière de notre bateau, menaçant l'hélice. La gaffe entra en jeu, à temps.

13 février 2016

J'ai vu dans la lune ... (Rêves de plume)


J'ai demandé à la lune
Où étaient les petits lapins
"Ils sont partis à l'aventure
Un beau soir au petit matin"

Je prendrais bien quelques prunes
Elles ne poussent plus ici
Et qu'en est-il de la fume ?
Rien du tout, c'est interdit
Et l'alcool qui nous embrume ?
Plus de vin, ni d'eau-de-vie

Mais pourquoi madame la lune ?
Ca pue, ça rote, ca fait du bruit
Mais pourquoi madame la lune ?
Parce que je suis chez moi, ici !

J'ai demandé à la lune
Le destin des petits lapins
"J' leur ai souhaité bonne fortune
En les soufflant sur le chemin"

 

13 février 2016

Vogue sur ton esquif (petitmoulin)


Vogue sur ton esquif
De mer en mer
Jusqu'à dénuder l'espace
Où tu pourras librement
Repousser les limites de l'ombre
N'abandonne pas ta question
À sa seule réponse
Explore toutes les couleurs
De chaque aurore
Et en cueille les mots
Pour peupler ta pensée
Entre parole et silence
Le murmure du vent
Souffle sur le courant
Où tu cherches le jour
Encore enfoui
Dans l'écriture plurielle
De ton cheminement

13 février 2016

En mer (Pascal)


Début années soixante-dix. En mer, on ne reçoit pas de courrier, pas de télégramme, pas de coup de téléphone ; il n’y a pas de télé, pas de radio, pas de journaux, que des seuls bruits de coursives et des infos punaisées sur un modeste tableau ; elles sont des laconiques résumés dans des petits encarts découpés.  

Les jours se ressemblent tellement sur la mer ; lundi, jeudi ou dimanche, c’est sans importance. Notre temps est régi par le seul devoir de l’astreinte à notre poste ; nos ambitions se nourrissent de ce seul présent. Ici, il n’y a pas d’impératif temporel, tous ces emplois du temps décideurs, toutes ces pseudo-obligations responsables, toutes ces nécessités d’humain bipède à l’assaut d’une aussi brillante qu’illusoire vie terrestre.
Le matin, le soleil est blanc ou lumineux de ce côté ; le soir, il est brumeux ou enflammé de cet autre côté ; c’est la seule certitude du jour et c’est la seule gravité. Pour lui donner toute sa valeur, on devrait étalonner notre Vie sur cette unique considération, cet état de couleur ; on devrait meubler ce Temps précieux avec de l’Amour et de la Compassion.
Dans la journée, quand le stade d’étanchéité le permet, entre deux sas, ce soleil traverse le bord de part en part en mettant un peu de lumière là où d’habitude, les ombres se terrent. Cet éclairage est anachronique ; il donne à toutes les déclinaisons des gris austères une dimension fallacieuse de croisière.

Il y a l’immensité de la mer, l’immensité du ciel et nous, si brindille au milieu, laissant l’infime signature de notre sillage éphémère entre tous ces bleus extraordinaires. C’est là, sur cet Infini chaotique, qu’on mesure notre insignifiance ; c’est ce qui donne de l’intérêt grandiose à chacune de nos respirations. La nuit, quand les étoiles soufflées se redistribuent dans le ciel, en mimant des signes de zodiaque, on peut tout espérer de la nôtre quand on la voit palpiter dans un coin de firmament. Pendant le temps d’un coin de lune, l’horizon se galvanise d’intempérantes vagues argentées ; parqués entre des nuages possessifs, il semble que tous les poissons réunies s’harmonisent en scintillements de déclinaisons métalliques.

En pleine autarcie, nous vivons en dehors du temps et des choses factuelles. Quart, cafétéria, poste d’entretien, bannette, régissent cet ordinaire. La solitude est grégaire et l’ennui est sans mystère dans notre garçonnière. Entre les quarts, on bouquine, on clope, on écrit, on dort, on joue de la guitare, on pense, on reclope. Pour tuer le temps, on discute, on se chamaille, on brime gentiment nos souffre-douleur, on enrôle des compagnons de tarot, on recoud un bouton, on prépare un semblant de café.
Aux bercements du navire, ses craquements nous envoûtent ; ses grincements nous emportent. Les rideaux rouges des bannettes, les tenues de sortie sur leurs cintres, les serviettes de bain, se balancent doucement, et pendant leurs oscillations hypnotiques, nous sombrons dans des comas d’endormissement aussi cotonneux que rêveurs.  

Sinon, du mal de mer, on souffre du mal du pays. Plus les jours passent, plus l’éloignement se concrétise et plus on recrute nos bleds alliés ; ceux avec qui on prend les mêmes trains de permission. Quand on se retrouve, ici ou là, on a des discussions de montagne et de grand air, de rivière et de truite, de clocher et de spécialité culinaire. Chacun a son histoire, sa fête foraine, sa danse de bal, sa petite copine, sa dernière lettre, sa dernière carte postale, ses parfums d’églantine. Quand il se récite, son accent du pays nous ferme les yeux, pendant le partage de ses secrets implicites.

Entre Valeur et Discipline, Honneur et Patrie, la vie en mer n’est plus tout à fait militaire ; si nous restons un bateau de guerre, la rigueur a ses limites contestataires. L’apparat, les galons dorés, la jugulaire, le petit doigt posé sur la couture du pantalon, tout ça, c’est rangé dans les valises et dans les malles ; on saura bien les ressortir aux futures escales. Les officiers sont invisibles, leurs subalternes sont transparents ; les casquettes sont toutes rentrées. Les « pontus » se cachent sous leurs blousons de mer et les mécanos prennent leurs quartiers dans leurs tanières.

A la chauffe, on lave nos bleus et nos blancs en les laissant tremper dans un seau en ferraille ; de temps en temps, on balance une purge d’auxiliaire pour entretenir une bonne température de blanchiment dans le récipient. Puis on les étend sur les plaques de parquet ; à la lessive et au balai-brosse, on les frotte énergiquement. On rince avec l’eau de la citerne et on appelle un collègue pour essorer ; c’est toujours des grandes luttes de force où chacun cherche à faire tourner l’autre avec le linge en tire-bouchon. C’est qu’il faut la surveiller, sa lessive ! Il y a toujours un malin pour balancer un bout de pain, des outils ou des chiffons dedans et ça finit par des batailles de seaux d’eau ! Quand la mer remue un peu, ce sont des parties de patinoire sur les plaques de parquet ; c’est à celui qui va le plus loin et qui revient le plus vite ! On bizute les derniers arrivés, on taquine les autres, c’est sans fin. Devant la façade, le coude sur une lanterne, on tire la clope comme si l’on était amarré sur le zinc d’un rade de la basse ville. Parfois, nostalgiques, on reste de longs moments à regarder cette chaîne de ramonage et sa façon insidieuse de se balancer aux lents mouvements du navire.

L’allure constante est casanière ; dans les coursives, on croise les mêmes têtes, aux mêmes heures. A la caf, on a nos tables attitrées, nos tabourets enroulés à leurs pieds, et personne ne se risquerait à les occuper en dehors de la spécialité. On parle de machine, de chaufferie, d’exploit, d’escale, de fille, de perm ; dans notre hublot, inlassablement, l’horizon défile sans un paysage consistant ; des embruns s’accrochent à la vitre, mais ils se retrouvent étang, lac, rivière, fleuve, et retournent inlassablement pleurer à la mer.

A l’aube, du côté du local de la boulangerie, il fleure bon des parfums de pain frais ; dans la coursive centrale, le nez sur d’obscures trappes, des « mazoutiers » opèrent des mouvements de combustible entre les soutes ; le bidel, toujours tiré à quatre épingles, serre quelques mains ; c’est la relève de quart dans les haut-parleurs du bord. Derrière la porte du sas entrouverte, un instant, le ciel s’éclaire en fête de ses premières guirlandes flavescentes.

Sur la plage arrière, parfois, entre les vagues de la mer, on aperçoit un supertanker ou un voilier, le souffle d’un cachalot ou les bariolages lointains d’un porte-conteneurs ; quand des mouettes nous poursuivent, on cherche une terre. Naturellement, on change de fuseau horaire, de tropique, d’océan et de mer…

6 février 2016

Défi #389

Cette semaine nous vous proposons

de vous laisser emporter par

la vision de ce tableau

de Christian Schloe :

Adventure time by Christian Schloe

"Adventure Time"

A vous de jouer ...

Et retrouvez-nous à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

 

6 février 2016

Ont risqué sept ans de malheur en brisant la glace

6 février 2016

Briser la glace (Marco Québec)

 

Je m’étais installé, il y a quelques années déjà, à Sainte-Anne-de-la-Pérade. Il s’agit d’une petite municipalité du Québec, située sur la rive nord du Saint-Laurent.

La Pérade est surtout connue pour la pêche sur la glace en hiver. Quand ce dernier a transformé en glace les eaux de la rivière Sainte-Anne, on y construit un village temporaire constitué de cabanes de pêcheurs. Une cabane peut accueillir quelques pêcheurs qui tentent d’y attraper le poulamon, espèce de petite morue, au moyen d’un fil et d’un hameçon qu’on met à l’eau à travers un trou pratiqué dans la glace.

Je menais à La Pérade une vie de solitaire. Je n’avais jamais été attiré par cette activité de pêche sur la glace, prisée par les résidents, ainsi que par de nombreux touristes, selon ce que j’avais entendu. C’est en allant cueillir mon courrier au bureau de poste que l’idée a commencé à germer dans mon esprit. Des affiches placées dans les vitrines des quelques commerces concentrés au centre du village annonçaient l’ouverture de la saison de la pêche. Celle-ci avait eu lieu la fin de semaine dernière. Même si j’étais porté à penser que j’étais trop vieux pour m’initier à cette activité, une partie de moi avait le goût d’un peu de nouveauté dans ma vie qui se déroulait comme un long fleuve un peu trop tranquille.

Le dimanche suivant, je me suis donc présenté au kiosque d’accueil où l’on m’a donné les informations d’usage et dirigé vers la cabane portant le numéro 12. Quand j’y suis entré, il y avait un homme qui était assis sur une planche qui lui servait de banc. La cabane comportait deux bancs qui se faisaient face et pouvait contenir au plus quatre pêcheurs. Je me suis assis face à cet inconnu et j’ai engagé la conversation.

-        Bonjour monsieur.
-        Bonjour. Est-ce que cela vous dérange que je fume? Je peux éteindre ma cigarette si vous préférez.
-        Non. Je fume moi aussi. Je vais en profiter pour m’en allumer une.
Je cherchais mes cigarettes dans mes poches. Comme je ne les trouvais pas, je dis :
-        Il semble bien que je les ai oubliées à la maison.
-        Tenez, prenez-en une.
-        Non merci. Je ne veux pas avoir l’air de celui qui fait semblant d’avoir oublié ses cigarettes pour en quête une.
-        Allez, prenez-en une. Ça me fait plaisir.
-        Alors d’accord. Je vous remercie. Je m’appelle Gustave Labbé.
-        Vous habitez à La Pérade?
-        Oui, depuis quelques années, lui répondis-je.
-        Et vous, êtes-vous un touriste?
-        Non, j’habite à La Pérade moi aussi.
-        Je ne me rappelle pas vous avoir déjà croisé.
-        Par contre, mon nom devrait vous dire quelque chose. Je m’appelle Delphis Moreau.
-        Delphis Moreau. Ah! Vous êtes le père du…
-        Oui, c’était mon fils.
-        … du double meurtre.
-        C’est bien cela.
-        Je suis désolé, lui dis-je.
-        Vous n’avez pas à être désolé.
-        Je ne savais pas que vous viviez toujours au village.
-        Oui, c’est ici que je suis né. C’est ici que je veux mourir.
-        Je vous trouve bien courageux.
-        Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’entêtement, me répondit-il.
-        Et la mère de, du, votre femme?
-        Jeannine ne s’est jamais remise des événements. Elle s’est laissée mourir.
-        Est-ce que vous avez refait votre vie?, lui demandai-je.
-        Refaire sa vie. Quelle expression! Quelle illusion surtout!
-        En fait je me demandais si vous viviez seul.
-        J’avais compris. Oui je vis seul. Mes enfants ont tous quitté le village et n’y ont jamais remis les pieds.
-        C’est bien triste tout cela.
-        En effet, ça l’est. Mais parlez-moi de vous. J’espère que votre histoire est moins triste que la mienne.
-        Moins triste, c’est certain. Je suis veuf. Je n’ai pas eu d’enfant. La solitude finit par peser.
-        Vous pêchez souvent le poulamon?, me demanda-t-il.
-        Non c’est la première fois.
-        Moi c’est la première fois depuis nombre d’années. Il faut briser la glace, me dit-il.
-        N’est-ce pas ce qu’on vient de faire?
-        Pardon?
-        C’est ce qu’on vient de faire, non, briser la glace. Deux inconnus qui font connaissance, qui se révèlent.
-        Oui, vous avez raison, sûrement. Mais je parlais plutôt du trou dans la glace… Si l’on veut pêcher. Le trou s’est refermé.

Nous avons eu alors un grand éclat de rire qui scella notre complicité qui dure encore aujourd’hui.

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6 février 2016

Briser la glace ! (Vanina)

 

Cette nuit-là, malgré la fièvre, je frissonnais. J'avais l'impression que mes doigts s'engourdissaient, que le sang de tout mon corps se figeait. Dans un état de somnolence, je l'aperçus : une licorne blanche et pure comme neige fraîche juste tombée du ciel. Je tendis la main vers elle. Mais lorsque je la touchais, son pelage glacial se brisa, vola en éclats, je ressentis une violente brûlure, je fermai les yeux sous l'effet de la douleur. Quand je les rouvris, la licorne était de feu et de flammes. Je m'évanouis.

Je m'éveillai au petit matin, heureusement persuadée d'avoir vécu un cauchemar. Je me souvins alors du conte vendéen de mon enfance : le cheval Mallet. Cheval à double face, beau, doux et blanc incitant le promeneur épuisé à le chevaucher, se transformant alors en un cheval noir et ténébreux menant son cavalier à une mort certaine.

Je m'empressais de dessiner la licorne de ma frileuse nuit. Son souvenir brûlant me hante encore.

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6 février 2016

Un jeu d'enfant (MAP)

Dans la flaque d'eau gelée

à pieds joints l'enfant sauta

et voilà le résultat !

 

Casser la glace

6 février 2016

Encore faut-il transformer l'essai... (Walrus)

 

Ils tiraient tous des tronches de déterrés.

J'ai bien essayé de briser la glace...

Manque de bol, ça a plutôt jeté un froid !

 

wa01

 

6 février 2016

La grande gueule (Vegas sur sarthe)


En dépit de sa grande gueule de bourguignon nous savions tous que notre Oncle Hubert avait toujours été timide avec les femmes et le récit qu'il nous faisait souvent de sa rencontre avec sa polonaise Anastazia ne le démentait pas.
Il avait pour l'occasion préparé une sorte d'antisèche, une petite liste de commentaires et de questions qui devaient lui assurer le succès de son entreprise.
Ainsi donc il fit ce qu'on appelle le premier pas pour s'approcher du buffet qui avait été dressé pour l'occasion et poussa la jeune femme du coude en disant d'une voix mal assurée :“Il a l'air bon ce buffet”.
Il ignorait à cet instant qu'elle était polonaise et qu'elle préférait de loin le bortsch aux gateaux secs et la wodka à notre kir national... aussi ne répondit-elle qu'un petit “oui” de politesse.
La seconde phrase aurait peut-être plus de succès alors - réprimant cette gêne qui paralyse les timides - il s'enhardit :“J'ai trouvé cette réunion constructive, et vous?”
Elle se retourna tout à fait, surprise  :”Oh vous savez, les enterrements... quand on en a vu un”.
La question d'Oncle Hubert était peut être mal appropriée à la situation mais elle avait eu le mérite de surprendre la jeune femme.
Il est vrai qu'on trouve difficilement quelque chose de constructif à assister aux funérailles d'un quidam.
Anastazia avait cette opulence des femmes slaves qui savent profiter des bonnes choses; il lui trouva le mollet humide et l'oeil galbé ou le contraire. Il ne savait plus.
Il lui fallait enchaîner rapidement de peur que le soufflé ne retombe.

Donc Anastazia venait de sa Pologne natale pour la saison des vendanges et logeait chez la mère Jacotot derrière la mairie.
Contrairement à l'assistance endeuillée elle portait avec grâce le costume traditionnel - bustier, jupe et tablier fleuri - et aussi un nom en ski. Notre oncle crut comprendre que les noms polonais finissent souvent en ski à cause de leur rigoureux climat hivernal.
“J'adore votre chemisier” bredouilla t-il en tripotant son antisèche en attendant mieux.
Il en était déjà à sa troisième citation et l'affaire ne progressait guère.
Pourquoi était-il si difficile de briser la glace même quand on est fort, bien fait de sa personne et beau parleur?
“C'est un corselet de la région de Cracovie” rectifia Anastazia en exhibant le costume d'où dégaîllait une poitrine particulièrement généreuse.
L'Oncle transpirait abondamment et s'empressa de servir deux grands verres :“C'est un Ruchottes-Chambertin 2003. Est-ce que vous l'aimez?”
Anastazia y trempa ses lèvres si joliment charnues qu'on eut dit de grosses framboises.
“Je préfère notre wodka à l'herbe de bison” dit-elle avec une moue ravissante.
En d'autres circonstances, l'Oncle se serait offusqué d'une telle offense à son terroir mais entre eux la glace se craquelait et semblait prète à fondre, alors il lâcha le dernier commentaire de son antisèche comme on lancerait une bouée de sauvetage à un naufragé, en dernier recours :"J'ai l'impression qu'il y a moins de monde que la fois passée”

Elle le dévisagea, encore plus surprise :”C'est la première fois que je viens ici, Hubert”
Elle l'avait appelé par son prénom!
C'était LE signe, la preuve indiscutable qu'il avait harponné sa proie sur une banquise qui fondait à vue d'oeil et se dérobait sous ses pieds.
Comment conclure quand on a épuisé son questionnaire? Improviser au risque de tout gâcher?
Pourquoi souriait-elle alors qu'il allait périr noyé?
Au fond de sa poche il rencontra une clé, la clé de la Juvaquatre du grand-père.
Alors sans savoir pourquoi il parla de la Juvaquatre, une treue à quatre portes avec freins hydrauliques, 3 vitesses, une marche arrière et un coffre accessible de l'extérieur! Un bolide qui tapait le 95 kilomètres à l'heure et même parfois pendant une heure... et Anastazia était aux anges.
Elle prit Oncle Hubert par la main :”Hubert, on va l'essayer?”

6 février 2016

Sans glace ! (Laura)

Je ne suis pas trop « glace. »
Le whisky, je le préfère sans glace, ni coca, ni eau, ni rien d’autre ; sec, dit-on ou « dry » si l’on veut se  donner un « style » ou si on va dans un pays où c’est nécessaire de le dire ainsi. Bien-sûr, ça m’est arrivé de boire un « baby-coca » en boîte ou dans un lieu où le whisky n’est pas forcément aussi bon qu’il est cher.
Quand j'ai eu(tard et rarement) l'autorisation d'aller en boîte et/ou que j'avais un rendez-vous galant, je montais à l'étage où vivait ma grand-mère paternelle et je me pomponnais devant sa glace à elle sous sa lumière . Souvent, elle chantait de vieilles chansons que j'ai apprises grâce à elle, . Quand je me maquillais les yeux grâce à son miroir, elle me disait que j'avais « des yeux à faire sauter les boutons de braguette, »
Si je n'ai pas encore brisé la glace(comme le préconise la consigne), c'est parce que j'ai laissé un jour un membre de famille le faire en y jetant (sur la glace de l'armoire à pharmacie de la salle de bain le flacon(en verre) de l'eau de toilette que je venais de lui offrir . Les mots qui accompagnèrent le geste furent plus coupants et blessants que les morceaux de verre brisé. Depuis cet incident, j'abandonne bien souvent rapidement toute velléité d'offrir un cadeau à cette personne . Car même si je cassais ma tirelire comme je l'avais fait cette fois-là, rien ne lui a jamais paru assez bien... venant de moi .
Une deuxième fois, il a brisé la glace en ma présence . C'était après qu'il ait ri alors que- croyant mettre mon pied dans la barque de mon grand-père- j'avais en fait enfoncé mon chausson de petite fille dans quelques centimètres d'eau boueuse. Il riait aussi lorsque je prenais un ballon prisonnier dans le nez et que ce dernier se mettait à saigner,
Pendant l'hiver de l'année 1985, il fit jusqu'à moins vingt-cinq degrés et ce pendant plusieurs semaines, Un incendie avait éclaté au centre-ville et les lances des pompiers gelaient, Les photos de « notre hiver » eurent les honneurs de la presse nationale. Le bief (comme le canal de la Seine d'ailleurs entre autres) de la maison de campagne gela. Cependant, la glace ne résista pas à cette personne de ma famille qui se retrouva dans quelques centimètres d'eau très froide, Je ne ris pas à l'époque car j'étais trop gentille...
6 février 2016

Le secret brisé (Clémence)


J'étais jeune et je venais de rejoindre la prestigieuse équipe de tournage de Luchino. Et j'éprouvais une fierté sans limite.
Je dus quelque peu déchanter  lorsque nous arrivâmes sur le lieu du tournage après un voyage particulièrement difficile.
Le paysage était d'une beauté à couper le souffle, mais je ressentis une sombre frayeur.
L'équipe très unie, ne voyait pas d'un très bon œil l'intrusion du nouveau que j'étais.

Nous partîmes en repérage dès le matin.
Le site était magnifique et étourdissant à la fois. A la hauteur de la folie de son créateur.
Mon malaise ne parvenait pas à s'effacer pour autant.

Le soir, je proposai à l'équipe de nous retrouver dans une brasserie de la ville la plus proche.
L'idée de « briser la glace » fut accueillie avec une joie discrète.
Au petites heures, j'en fus convaincus, j'étais des leurs.

Le lendemain après-midi, nous étions prêts pour tourner les scènes dans la salle à manger.
Celle-ci était éblouissante par ses rouges et ors, invraisemblable par son rococo délirant.
L'espace était assez restreint et lors d'une manipulation hasardeuse, la perche heurta le miroir.
Une gigantesque étoile le zébra, mais il tint bon dans son cadre d'or.

Les négociations furent interminables et houleuses entre tous les intervenants.
Finalement, il fut décidé de laisser le miroir en état.
Cet incident ferait partie de la légende du château de Linderhof.

* Luchino Visconti. Ludwig, le crépuscule des dieux . 1972.

 

 

6 février 2016

Participation de Rêves de plume

....

"Une cuillière pour tonton
Une cuillère pour mamy"
Amélie soupire. Bébé Gaby lui donne bien du souci.
Pas toujours facile d'être maman quand on a 3 ans.
Pourtant la poupée Gaby reste souriante malgré son visage barbouillé de soupe au sable et ses cheveux tailladés.
" Je vais te laver dans la cuisine " décide Amélie. "Ah tu aurais besoin d'un bon shampoing mais Maman ne veut plus que je joue à la coiffeuse ."
Amélie soupire encore, elle était si contente de la nouvelle coupe de sa poupée ... Mais il paraît qu'elle n'avait pas le droit de toucher aux grands ciseaux. D'ailleurs tonton Georges s'est fait rouspéter pour les avoir oubliés ...Alors que ... Mais personne n'a imaginé qu'Amélie ait pu , toute seule, ouvrir la boîte verte posée sur l'établi.
.........
Dans le salon, Amélie entend Maman discuter avec Papa.
"Jean et Suzanne sont à la montagne, Hervé et Julie en Islande ... Qui va-t-on inviter pour ton anniversaire ma chérie ."
" Et pourquoi pas les voisins ? Ce serait l'occasion de briser la glace !"
Briser la glace ... Voilà qui intéresse Amélie.
Elle a déjà vu tonton Georges briser la glace de la mare avec une grosse barre de fer . Mais c'était en hiver et là, au mois de juillet
Elle se souvient aussi d'une bonne glace à la framboise oubliée au congélateur qu'il a fallu casser avec un pic .
Mais Maman a toujours un gros gâteau pour son anniversaire, avec une seule bougie.
Briser la glace, bah on verra samedi !
.......
Le temps a semblé long à Amélie . Enfin Maman ouvre ses cadeaux .
Amélie adore le bouquet de fleurs, respire avec délice le parfum, caresse le foulard de soie et offre un joli dessin.
Puis Papa arrive avec un paquet bien emballé.
"Oh , dit Maman à Papa, tu l'as trouvé".
"Quel joli miroir vénitien", s'émerveille le voisin connaisseur.
"Merci mon chéri, s'émeut Maman. Passons à table !"
......
On s'installe, Amélie traîne un peu.
Crac !
La tablée sursaute et se précipite dans le salon.
Amélie, marteau à la main, contemple, satisfaite, son oeuvre.
"Maman , tu avais oublié de briser la glace !! "

 

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Le défi du samedi
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