Bien employer les modes (titisoorts)
" Mais non pas comme ça, tu m'énerves , réfléchis un peu !"
" Mais non pas comme ça, tu m'énerves , réfléchis un peu !"
Je me suis naïvement laissée abuser par le fait qu’il écrivait des poèmes et n’avait pas peur de pleurer devant une femme. En plus, son film préféré était une comédie romantique des années soixante, alors il ne pouvait pas être comme les autres. J’y ai vraiment cru. Jusqu’à ce qu’on commande ce fichu bureau en kit.
Il était absent quand le meuble a été livré, alors j’ai commencé à sortir les différents éléments et je me suis penchée sur le mode d’emploi. J’ai d’abord trié les pièces par ordre d’apparition sur la notice, tout en essayant de visualiser la place que chacune tiendrait ensuite sur le bureau, parce qu’il y a deux façons de s’attaquer à un meuble en kit : à la va comme je te pousse, ce qui est le meilleur moyen de se retrouver avec deux vis et trois boulons excédentaires qui avaient obligatoirement un rôle à jouer dans l’équilibre final de l’ensemble, ou alors avec méthode, calme et concentration, en suivant scrupuleusement les instructions. Ce qui est toujours préférable, selon mon expérience personnelle, même avec un mode d’emploi traduit du chinois en passant par le suédois.
J’avais presque terminé le classement des vis quand il est rentré.
- Ben qu’est-ce que tu fais ?
- Je monte le bureau.
- Laisse ! Je vais le faire, enfin !
- Ça va, je m’en sors.
- Mais non, laisse-moi m’en occuper, quand même !
Son air de mâle outragé m’a un peu surprise. Comme si vouloir monter ce meuble moi-même était une atteinte directe à sa virilité. Le poète aurait donc, lui aussi, des choses à prouver. Je n’ai pas insisté et je lui ai tendu le mode d’emploi, qu’il a regardé dédaigneusement comme s’il était parfaitement incongru de mettre entre ses mains un document d’une telle vulgarité. Alors j’ai proposé de lui lire moi-même les instructions pendant qu’il s’occuperait des trucs… d’homme. Mais il a ricané et m’a virée, préférant, je cite, « s’occuper seul de cette affaire-là ».
Je l’ai donc laissé se démerder. Il s’est rapidement mis à faire du raffut : coups de marteau, chute de pièces de tailles diverses… ça ne me paraissait pas tout à fait cadrer avec la façon dont il me semblait normal de monter ce genre de meuble, alors je suis allée voir s’il avait besoin d’aide. Il avait dérangé tout mon classement des différentes pièces, il y en avait au moins une fendue sur la longueur et les deux premières qu’il avait assemblées n’était pas supposées se toucher, d’après le mode d’emploi qui gisait, froissé, sous un sachet de clous et sa chemise – qu’il avait ôtée parce que déjà en nage. Sans vouloir mettre en cause sa conception personnelle du montage de meuble en kit, j’ai tout de même essayé de lui faire remarquer l’incongruité de ce premier assemblage compte tenu de l’allure générale qu’était supposé avoir le bureau à la fin et j’ai, pour appuyer mon propos, essayé d’exhumer la notice, mais il s’est contenté de grogner rageusement avant de marmonner : « va plutôt me chercher une bière, tu seras plus utile ».
Je ne suis pas femme à m’offusquer rapidement, mais là j’étais à un rien d’un début d’agacement. J’ai toutefois jugé préférable de faire une sortie silencieuse plutôt que d’engager une dispute : il serait toujours temps de régler mes comptes quand ce bureau serait monté. Mais je ne suis pas allée chercher sa bière pour autant. Faut quand même pas pousser.
Les coups et les bruits inquiétants ont repris. Auxquels se sont ajoutés divers jurons de plus en plus énervés. J’étais prête à parier que le mode d’emploi était en boule encore plus compacte qu’à ma précédente tentative d’en suggérer l’usage à mon mâle dominant. Je n’osais pas en revanche imaginer dans quel état se trouvait mon bureau. J’hésitais encore entre agacement et inquiétude. J’ai eu le temps d’hésiter encore. Longuement. Ça a duré des heures. A tel point que j’ai cru un moment qu’il s’était assoupi. Ou bien qu’il avait monté, en plus, une bibliothèque et une armoire. Au bout d’un temps infini, il m’a quand même appelée. Ce con était tout fier. Il pavoisait.
- TIN NIN !
- C’est une plaisanterie ?
- Quoi ? Il est nickel ce bureau !
Il avait vaguement cloué ensemble quatre planches qui tenaient en équilibre précaire et faisaient bien plus penser à une des caisses dans lesquelles les éléments avaient été livrés qu’à un bureau.
- Et t’as vu, avec les pièces qui restent je devrais même pouvoir te bricoler un caisson ou… un truc pour faire un peu de rangement.
- Et pourquoi il reste des pièces ?
- Y en avait plein qui servaient à rien, c’est toujours pareil avec ces trucs bon marché. T’as pas dû le payer bien cher, je me trompe ?
Voilà. C’était évidemment ma faute. J’étais bien tentée de lui carrer une ou deux de ces pièces en trop là où vous imaginez, mais j’ai préféré traiter dignement l’incident. Je suis convaincue qu’il existe un gène qui empêche la plupart des hommes de consulter un mode d’emploi quand il s’agit de bricoler. C’est à mon avis le même gène qui empêche ces mêmes hommes de demander leur chemin quand ils sont perdus. Alors ça ne sert à rien de s’énerver : contre la génétique, on ne peut pas lutter.
Je me suis contentée de retourner son bricolage bancal pour en faire le seul usage qui en paraissait possible – une caisse – et j’y ai entassé la totalité de ses affaires, lui compris, avant d’envoyer le tout valdinguer dans l’escalier. Et là, d’un coup, l’homme sensible pas comme les autres que je croyais avoir rencontré a repris le dessus et, avant de s’écraser un ou deux étages plus bas, il avait déjà recommencé à jouer les pleureuses.
La prochaine fois que je choisis un mec, je prends directement une brute épaisse : déjà y aura pas de mauvaise surprise et, au moins, il devrait être capable de monter un meuble en kit.
Il est préférable voire nécessaire d’avoir un partenaire qui vous convienne parfaitement.
Arthur je l’ai rencontré la semaine dernière au speed-dating de la porte de St Cloud. Ouais bof, allez ça ira.
Il serait judicieux de connaître ce qu’il/elle aime.
Ben, pas fastoche, il me disait j’adore tes yeux, en regardant mes seins, alors…
Prévoir assez longtemps à l’avance ce que vous allez lui offrir.
J’avais fait confiance l’année dernière à « Cadeaux marrants.Com » et sans vérifier, je lui avais offert un magnifique slip à trompe d’éléphant…C’était d’un goût ! Remarque j’ai aussi eu droit à un lot de 26 boîtes de «Vit’ mince » !
La veille il est tout à fait indispensable :
Pour elle : Coiffeur, manucure, esthéticienne, masseur, pédicure…
Et les économies de Bill Gates aussi !
Pour Lui : Une douche et un rasage soigné suffisent.
Ben voyons, faudrait préciser : Laver aussi derrière les oreilles et se couper les ongles, les poils du nez et des oreilles, ça peut éviter de loucher toute la soirée.
Choisissez avec soin votre tenue.
Madame : Dessous sophistiqués, bas, robe décolletée sont des valeurs sûres.
Je précise que même s’il vous a susurré qu’il adore les dessous un peu coquins, vous aurez très vite l’air d’une vitrine du quartier rouge à Amsterdam !
Monsieur : Costume sombre, chemise blanche, rien de mieux.Ah oui ! Mais là je précise : Non, non, non, pas la chemise d’avant-hier, ni le slip récupéré dans le fond du bac à linge, et les chaussettes, oui, oui, oui, ça se change aussi !
Soit Monsieur vient chercher Madame chez elle, en ce cas un bouquet est indispensable.
D’accord, mais pas l’immense gerbe de Glaïeuls colorés, qui sera parfaite pour Tata Jacqueline qui vient de faire changer sa rotule à la clinique Saint-Charles. SI, je vous assure j’ai déjà vu ça, j’ai eu aussi le bouquet de 6 anémones violette un peu décaties !
La fleuriste vous conseillera utilement.
Certainement, qu’elle va te dire que 48 roses rouges à 10€ pièces est un minimum…
Madame, vous accueillerez Monsieur avec le sourire, une coupe de champagne, lui permettra de patienter :
Mais n’oubliez pas de cacher le reste, j’en ai retrouvé un en train de ronfler sur mon canapé après avoir fini la bouteille. Pourtant j’avais été rapide, je ne l’avais fait attendre qu’une petite heure.
Si vous vous donnez rendez-vous au restaurant :
Monsieur, vous attendrez Madame à l’extérieur :
Si c’est en hiver, Mesdames soyez à l’heure, on a vu des cas de congélation. En été, des insolations !!
Madame, vous pourrez attendre Monsieur à l’intérieur :
Trop bonne Madame la notice !
Enfin vous entrez dans le restaurant :
Là s’il hurle : M… j’ai oublié de réserver ! Attendez-vous au Mc DO du coin.
Les menus préétablis vous évitent généralement les mauvais choix :
Aïoli, parmesan, époisses et autre munster sont assez évident à proscrire. Mais on oublie de se méfier de la choucroute, du cassoulet, des fricassées d’oignons ou de champignons qui peuvent occasionner des petites fausses notes dans la symphonie de sensualité.
De même, éviter d’abuser de la boisson :
Le menu de la dernière fois était accompagné d’un apéritif, une bouteille de blanc, une de rouge, une demi champagne, café et pousse café…Il m’a vu le nez dans la cuvette une bonne partie de la nuit…C’est drôle, je ne l’ai plus revu !
Lorsqu’enfin, vous vous coucherez sur l’aire des plaisirs…Laissez parler votre cœur :
Ah ça j’ai laissé parler mon cœur : Non, chéri, j’suis crevée, ça fait deux jours que je prépare cette mythique rencontre !!
Vous êtes artiste peintre et vous n’avez plus d’inspiration ? Vous avez perdu le fluide de cet art qui coulait dans vos veines ? Soit vous continuez à vous dessécher devant une toile vierge, soit vous décidez de prendre le taureau par les cornes et de suivre les concepts de la nouvelle école picturale en vogue. Mais attention, il faut respecter les préceptes, conseils et modes d’emploi à la lettre sinon vous perdrez tout espoir de composer un tableau de grande valeur, cotée chez Sotheby’s.
D’abord il faut faire le tour des marchands de couleurs. Vous pouvez faire vos repérages en faisant votre jogging ; pas de perte de temps et cela fait du bien. Une fois repérées les plus belles teintes, (cela est une affaire de goût… Comme chacun sait dégoûts et découd leurre…), là, les choses se compliquent car vous devez avoir un sac, un cabas, filoche, valise à roulettes ou poussette de marché avec vous dans lequel vous trimballerez vos acquisitions.
Ensuite, il suffit de respecter les consignes suivantes.
Tout d’abord, une fois rentrer chez vous, éloignez les enfants, il font trop de bruit, puis vous vous allongez sur votre lit, un matelas, un canapé ou une vieille paillasse peu importe, pourvu que vous soyez « gros bien » car vous êtes épuiser par vos courses. Ensuite, vous prenez un bon café, une tranche de brioche tout juste sortie du four, vous blaguez avec votre voisin et vous allez dans la remise chercher un vieux râteau.
Et c’est là que commence tout votre talent…
Sur votre toile préalablement bouillie avec des os de lapin (il faut compter deux lapins par mètres carrés de toile) et passée au borate de soude bien étendue sur le carrelage de votre cuisine, vous jetez à la volée le contenu de trois au quatre pots de peinture que vous étalez ensuite avec le râteau en tous sens dans des mouvements de va-et-vient.
Vous pouvez, comme le souligne les puristes de cette école de peinture moderne et très tendance, soigner les angles avec une fourchette ; vous avez un grand choix de fourchettes : la fourchette en argent du service de votre belle-mère ou bien le pic rôti à trois dents rouillé que vous avez oublié lors du dernier barbecue familial.
Le résultat pour être incertain sera du plus bel effet.
Oui.
Mais lire, c’est comprendre ; alors, non.
Mais « non », aussi, c’est excessif ; disons : parfois.
Quoique je les lise toujours.
Du moins, à chaque fois que l’occasion se présente.
« Toujours » est imprécis, il laisse entendre plus que « à chaque fois ». Trop, en fait.
En aurais-je lu deux en soixante ans, « toujours » serait-il approprié ? Tandis que « à chaque fois »…
Cependant, j’en ai lu plus de deux. Bien plus.
Encore que « lu » ne rend pas intelligible la réalité, ni ne garantit la performance optimale de l’objet dont la lecture du mode d’emploi aurait dû assurer l‘utilisateur.
Connaissez-vous l’histoire du gars mécontent qui rapporte sa tronçonneuse au magasin au prétexte qu’elle ne lui a permis — au prix de force courbatures — de ne couper qu’un seul arbre dans la journée, et qui, voyant le vendeur tirer sur le lanceur, s’écrie : « Mais, attendez, c’est quoi ce bruit ? »
Vous ne la connaissez pas ? Dommage, moi non plus ; sinon, je vous l’aurais racontée.
Pour conclure, et reprendre mon introduction, la vraie problématique ne serait-elle pas de proposer, pour désigner l’action de suivre des yeux des caractères sans leur attribuer de sens, un autre verbe que « lire », car si « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » alors qu’est-ce que lire sans comprendre ? Et je ne parle pas des traductions absconses qui réjouissent plus l’âme qu’elles ne la ruinent, je parle du mode d’emploi, rédigé comme Molière l’eût souhaité — s’il eût jamais eu à passer le fronton de son théâtre au nettoyeur à pression fabriqué en Germany : « Selon les directives en vigueur, l’appareil ne doit jamais être exploité sans séparateur système sur le réseau d’eau potable. »
Une idée, Jean-Bapt’ ?
Longtemps je me suis appliquée
A écouter, lire et regarder
Le précieux mode d'emploi
Pour vivre en parfait état.
Il y avait là bien indiqué
De manière claire et raisonnée
Comment manger, bouger, penser
Pour de mieux en mieux se porter.
Mais au dernier moment
Quelque chose échouait
Un ingrédient manquait
Tout pouvait s'effondrer.
Et ce petit détail, curieux, inexpliqué
Contenait à lui seul toutes les vérités
Car la Vie dans un livre ne saurait s'enfermer
Elle est ce qui échoue et rennaît sans arrêt.
Depuis je ne lis plus tout ce qui est indiqué
Que ce soit pour la vie ou pour tout autre objet
J'observe simplement le petit détail caché
Et en prêtant l'oreille je le sens me guider.
Le derviche divin avait achevé de créer son monde, il lui restait trois,
quatre vis, deux clous et vingt boulons dont il ne savait que faire, il
avait eu beau retourner le plan de montage dans tous les sens, compter
et recompter, pas moyen de savoir où toute cette ferraille allait...
Il avait tant serré les premiers boulons que la clef à molette en
alliage de mauvaise qualité n'était plus vraiment ajustée aux derniers
montés... Alors démonter pour vérifier...
Une fois son travail fait, vanné, il s'est dit qu'il irait bien se
pieuter toute une journée. C'est vrai quoi, après six jours de boulot
intensif avec un mode d'emploi à vous filer envie d'inventer le chinois,
il pouvait bien se tirer sur l'élastique. Le serre boulons ne pouvant
plus servir, il l'a jeté dans un trou noir et comme il avait été lui
même in-fichu de suivre le mode d'emploi et d'assembler TOUTES les
pièces, il a allumé sa vieille pipe avec... De toute façon son jouet
durerait le temps qu'il durerait, m'enfin, il en voulait un peu au
magasin de mondes en kit de fabriquer des systèmes solaires, univers et
autres galaxies qu'on ne pouvait pas remonter après déménagement, ça
l'empêchait de trop s'attacher et ça le frustrait un tantinet...
Bah, quand celui-ci ne tournerait plus rond, il ferait comme d'hab : il
irait s'installer ailleurs et se ferait livrer un nouveau joujou en kit
à sa nouvelle adresse.
Voili bien le bonjour chez vous
Sandrine
1972-1973. Agitez avant emploi...
Et osez la couleur !
Rouge et blanc. Et rose. Et bleu. Grenat comme la Renault 12 familiale. Comme la robe du New D, avenue Louise (vous prononcerez New Dee). Ma robe en toile serrée, à ramages rouges et blancs, ceinture assortie. Boucle éteinte et jupe courte. Un printemps cerise comme un tee-shirt échancré, comme mes bracelets tressés, de rouge, de bleu. De scoubidou. Comme la première soirée dansante.
Et comme le premier baiser. Trahison, stupeur d'été. Dans un âge de bonbons.
Phare multicolore! Voilà la musique! Le petit Livre d'Anna-Magdelana Bach. "Sergent Pepper's lonely hearts club Band". La reprise. Couleur de batterie. Le tourne-disques qui chante et tourne... Oscillation du désir, dans la maison. Et les premiers concerts. A Forest-National. Ike and Tina Turner. Le 11 novembre.
Forest-National ! C'est, ce restera toujours Pink Floyd à Bruxelles, le 5 décembre 1972. A 20h00. Avec David Gilmour, remplaçant Syd Barrett. Avec le bassiste, Roger Waters. Nick Mason, à la batterie, et Richard Wright aux claviers.
"Dark side of the moon"
Oseriez-vous seulement évoquer, après ce moment -historique- les chanteurs de charme qui polluaient le Lycée? Les filles dingues de Claude François? Les Patrick Juvet, Alain Chamfort et Gérard Lenormand? La folie Mike Brant, les Vaches rouges blanches et noires, "Podium" ou "Mademoiselle Age Tendre" ?
Une année dorée : "Le Bourgeois gentilhomme" au Théâtre National, par un dimanche d'automne, avec le tram 32... Les "Lettres persanes", que je lus à voix haute, déjà captive du charme. "Tristan et Iseut". La concordance des temps. Et ma poésie, dans les Limbes.
Mais un temps, parfois gris triste, vient me hanter. Avec la fin de la coopérative "L'Union Economique". La fin des cache-poussière gris. Des jus d'orange pressés. Des livres Rouge & Or. De mes "dames blanches" et de leurs Cafés liégeois.
Et des poupées Francie, Twiggy, Skipper, remisées au grenier.
A 1972, pourtant, noire et verte, j'aurai dédié un roman - la poésie, la flamme.
L'esprit adolescent.
Une page noire
Pour peindre la fixité d'une pupille
Un brouillard vert Pour l'iris et l'éclat Qui font rage
Un amour noir, comme le velours
Douleur verte et manière noire
Comme le trouble ingénu Qui vous paralysait
Mais la lumière? Où serait la Lumière intense, irradiante... De ce petit matin glacial de vos quinze ans? La couleur sera-t-elle jamais lumière? Précédera-t-elle jamais toute chose? Car s'il lui échappait le goût des siècles, la grappe de raisins, à la cantine, son joyeux brouhaha, l'heure de grec ancien du jeudi midi, et les retours à la maison, enserrés de migraine... Le contrôle de biologie, la robe du prof de math, l'abandon du solfège, la panne de chauffage, la crise du pétrole et les dimanches sans voiture, le manteau serré contre soi... Et ce regard aigu sur vous, tel une lame... Oui! Encore lui, toujours lui, ce trouble intime du coeur, qui reviendra encore et encore.
Encore, encore! Raconte encore... Supplie l'enfant, affamé...
Dites-moi ! Si tout cela échappait à la couleur, aux mots, vain mode d'emploi de toute année de vie, quelle lecture, et puis quelle écriture?
Devrais-je repenser
Pour figer à jamais
La coupe des splendeurs
De ma seizième année
Pivoine, le 14 novembre 2012.
Tard le soir après un repas fait de rondelles de pomme de terre avec leur peau, agrémentées d’un peu d’ail, cuit au four à sec c'est-à-dire sans un cube de beurre
sans une larme d’huile ou de lait qu’on arrose avec un peu d’eau je me suis mis au lit en avalant mon traitement sans lire la notice.
J’ai eu soudain mille étoiles craquantes au fond de mon crâne et des mollets de mollasson ! Moi je trouvai ça drôle ! Quand Sœur Marie entra dans le dortoir je fis semblant de dormir et je l’ai surprise en train de relever sa chemise et son silice pour s’embaumer le bas ventre l’entre jambe et la raie des fesses.
Ah mes aïeux que c’était beau à voir !! Désormais je laisse mon traitement bien en vue sans la notice en souhaitant que ces apparitions reviennent.
Je me souviens de ses reproches : » vous n’avez pas l’esprit du corps jeune homme !! »

Je ne sais de qu’elle logique intérieure le traitement avait réorganisé les souvenirs de ma vie de pupille de l’assistance, mais je me jurai de continuer à l’associer à la liqueur de lavande de ardley à forte teneur évocatrice.

Y en a pas de mode d’emploi pour ça. Sa vie, on la gère comme on veut, et surtout comme on peut, ballottés par des évènements qu’on ne peut pas prévoir…
Malgré tout, y a des petits rusés qui s’en fabriquent un mode d’emploi. Certains appellent ça discipline de vie, d’autres hygiène de vie. Et, ils ont tellement du mal à le suivre et à l’appliquer au quotidien leur fichu mode d’emploi qu’ils voudraient bien que vous l’imposer à vous aussi, histoire d’être moins seuls.
Pas de sel, pas de sucre, pas de soda, pas de vin, bientôt plus de « Nutella », pas de lait sauf pour les bébés… et encore, pas n’importe comment. Pas de cigarettes, pas de beurre ni de crème, pas trop de viande, beaucoup de légumes. Du sport, la ceinture de sécurité, la vitesse réduite. Interdit d’être trop gros, défendu d’être trop maigre. Allaiter, c’est bien. Le plus tard possible, c’est encore mieux. Vous y perdez votre emploi, c’est parfait, ça fera de la place pour les hommes ! Bref, j’en passe et des meilleures…
Et surtout pas réfléchir, consommer et obéir. Même si ce qu’on vous prône aujourd’hui se révèle être exactement l’inverse de ce qu’on vous affirmait hier.
Pour moi, le mode d’emploi de la vie, ça serait plutôt réfléchir, s’interroger, être curieux, se cultiver, s’intéresser aux autres, avoir des projets et se donner moyen de les réaliser…**
Mais chacun fait comme il sent. De mode d’emploi, y en a pas !
*Je pense que vous avez reconnu le titre, emprunté au roman de Georges Pérec !
** Pour ceux qui aimeraient suivre mon mode d’emploi :
http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/actualites/
Monsieur,
Vous venez d’acquérir une femme. Nous vous félicitons pour cet excellent choix.
Afin de conserver toutes les qualités de votre modèle le plus longtemps possible, veuillez suivre ce mode d’emploi scrupuleusement et respecter ces quelques précautions d’usage.
Votre femme est solide, mais certaines parties de son mécanisme sont cependant très sensibles aux variations de température et de lumière.
Une légère humidité peut apparaître sur les joues de manière récurrente.
Ne pas s’inquiéter, c’est un phénomène normal. Essuyer avec un chiffon doux.
Cependant, en cas de rupture soudaine du barrage lacrymal, une inondation peut se produire qui nécessitera l’emploi de mots apaisants et de gros câlins.
Certaines parties stratégiques de votre femme nécessitent une attention particulière.
Le disque dur incorporé est extrêmement puissant et peut stocker des milliers d’informations importantes.
Pour éviter le bug, il est nécessaire de procéder de temps en temps à une remise à niveau, sous forme d’une soirée romantique.
Dans les cas graves, il faudra peut-être appliquer le programme « week-end à Corfou ou à Knokke le Zout. »
NOTA : ces programmes peuvent être utilisés à volonté à titre préventif.
L’utilisation des autres fonctions est détaillée dans le fascicule spécial appelé Kama Sutra.
Votre modèle est unique. Ne pas hésiter à changer son emballage aussi souvent que nécessaire, profitez pour cela de la période des soldes.
La carte audio peut exceptionnellement présenter des défaillances, et produire des sons désagréables, notamment en présence d’un autre modèle du même type. En cas d’étincelles et du message d’erreur suivant : « Pétasse, t’avise pas de tourner autour de mon mari ou je t’arrache les yeux » localisez la source du problème et éloignez immédiatement votre femme pour éviter tout nouveau dysfonctionnement..
Votre modèle est livré équipé de nombreuses applications , dont « mère de vos enfants », « infirmière », « femme active », « psychologue », « tour operator », « couturière », « masseuse particulière » , « organisatrice d’anniversaires » et de nombreuses autres que nous vous laissons découvrir à l’usage.
Nous attirons cependant votre attention sur les désagréments encourus en cas de l’utilisation abusive des applications « femme de ménage » « cuisinière » et « poupée gonflable », pouvant aller jusqu’à la rupture définitive des programmes.
Le fabricant décline toute responsabilité en cas de non-respect de ces règles d’utilisation.
Nous espérons que ces précieux conseils vous permettront de passer d’agréables moments avec votre femme.


Mode d’emploi de la gentillesse
en ce jour national de la « gentillesse »
Prendre une personne déjà disposée (tant qu’à faire) à rendre service aux autres, une personne souriante et patiente.
Règle 1) -Lui demander d’un air embêté un service, aussitôt la gentille va vous le rendre si cela lui est possible, même si cela ne l’arrange pas et même si son emploi du temps est chargé.
Règle 2) – Si vous avez quelque chose que vous n’aimez pas faire du tout, dites à la gentille que vous avez besoin d’elle et de ses conseils, vous savez bien qu’en faisant cela, soit elle vous aidera, soit elle le fera à votre place.
Règle 3) – Si vous avez une revendication à faire, une information capitale et ennuyeuse à faire remonter au boulot, en réunion, en famille, en association, parlez-en à la gentille, en lui disant bien que vous ne pouvez pas le dire vous-même sans risquer un blâme ou des soucis, dites-lui que vous comptez sur elle , sur son appui, son soutien, que votre réputation en dépend , soit elle va le dire pour vous sans vous citer, soit elle va porter le drapeau , et par le fait, les coups !!
Règle 4) – Si vous avez un souci familial ou de cœur, vous pouvez téléphoner à la gentille à n’importe quelle heure, surtout le soir, déverser sur elle votre trop plein, pleurer au téléphone pour l’attendrir, rajouter si possible du drame à la situation, et lorsque vous sentez que la gentille a tout entendu et qu’elle participe à vos malheurs, vous pouvez vous coucher, elle va passer une nuit de m…… mais vous vous dormirez tranquille.
Règle 5) – Si vous avez besoin d’argent, de dons, de différentes choses parlez-en à la gentille, vous savez bien qu’elle va se plier en quatre pour vous rendre ces services que vous oublierez aussitôt.
Règle 6)- Si vous avez des gosses à garder, et que vous voulez un après-midi ou une soirée pour vous, n’hésitez pas à téléphoner à la gentille en la mettant presque devant le fait accompli, en lui disant : « je t’apporte les enfants ce soir, je ne peux pas faire autrement, pourras-tu les faire manger ? Les mettre au lit ? Je viendrais demain à 14h les chercher, tu es là de toute façon -« Oui Tu peux venir » dit la gentille sachant qu’un bon film devait passer le soir et qu’elle devra du coup tirer un trait dessus ! Idem si vous avez un chien à garder quelques jours et que vous partez en vacances !!
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Et ainsi de suite, vous avez enfin compris le mode d’emploi de la gentille, mais surtout ne la mettez pas à bout, ne la pressez pas comme un citron, la gentille pourrait devenir méchante une bonne heure au moins, ce qui aurait d’ailleurs comme but de la culpabiliser pour des semaines pour cette heure de rébellion.
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Moralité au mode d’emploi
Une gentille personne n’est pas un citron que l’on presse, n’est pas votre porte-drapeau, n’est pas votre dépanneuse, n’est pas votre déversoir.
Sinon, lui dire gentiment merci de temps en temps avec des fleurs !
Non mais !!!!
Car une gentille adore rendre service et faire plaisir
katyL

Et vous
vous les lisez les modes d'emploi ?????
Envoyez vos réponses à
A tout bientôt le plaisir de vous lire !