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Le défi du samedi
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12 juin 2021

Orage. Ô désespoir ! (Yvanne)

 

J'ai descendu dans mon jardin...Non. Pas pour cueillir le romarin comme dans la chanson que je fredonne à Ernest, mon petit-fils. Mais pour me faire un bouquet. Un bouquet qui trônera sur la table du salon et embaumera. Je pense que le seringa parmi les roses rouges et roses sera du plus bel effet. Mon sécateur à la main, je m'apprête à couper une ou deux branches de l'arbuste couvert de jolies corolles blanches et parfumées quand mon regard se porte sur le massif de rosiers.

Hélas les fleurs d'Aphrodite ont souffert de l'orage de cette nuit. Ö combien ! Si le seringa s'est abrité sous l'avant toit, les rosiers n'ont pas eu cette chance. Ils ont subi les tourments infligés par la pluie et le vent. Je m'avance pour contempler avec tristesse la jonchée de pétales fripés posés pêle-mêle sur le vert vigoureux de la pelouse, sublimé par l'averse. Il ne reste sur les tiges pendantes des rosiers que les cœurs de rose.

Je secoue doucement un arbrisseau pour tenter de le débarrasser de l'eau qui l'emprisonne encore quand je découvre, bien cachée derrière un amas de feuilles, une jolie rose tout juste éclose, d'un rouge ardent et aux pétales de velours soyeux. Un miracle. Un petit miracle me dis-je soudain ragaillardie. Tant pis pour le bouquet. Ma rescapée ornera avec bonheur le soliflore en porcelaine noire récemment offert par une amie. Une occasion de l'étrenner.

Je saisis délicatement la fleur et vais pour la couper quand soudain une toute petite voix s'élève. C'est elle. C'est bien elle qui s'adresse à moi. Pas de quoi s'étonner : la rose vaniteuse du Petit Prince s'est bien exprimée, elle, pour exiger de lui soins et protection au point de l'agacer infiniment malgré son amour pour elle.

Que murmure donc ma jolie survivante du massacre nocturne ? Je me penche et tends l'oreille. Voici sa supplique. Oui. Une supplique exprimée avec un accent plaintif, même si je perçois malgré tout son orgueil. Les roses ne peuvent pas s'empêcher d'être orgueilleuses.
- Regarde-moi. Je suis belle n'est-ce pas ? Respire mon parfum. Il exhale toutes ses nuances suaves rien que pour toi. Pourquoi voudrais-tu me faire prisonnière d'un vase ? Même s'il est beau. Même si tu penses qu'il m'est destiné puisque je suis seule maintenant. Tu le sais : ma vie est brève. Laisse-moi profiter du soleil qui pointe déjà. Je voudrais oublier ma peur de cette nuit qui a fait mourir toutes mes sœurs. Tu peux m'admirer tout ton saoul depuis ta fenêtre. Venir quand tu le désires t'enivrer de ma senteur. Je ne veux pas être captive et étouffer dans ta maison. Laisse-moi m'épanouir ici, dans ton jardin. Et y mourir quand ce sera l'heure.

Je suis touchée. Mes doigts caressent doucement ma rose. Une goutte – la toute dernière de l'averse  ? tombe soudain sur ma main. Peut-être est-ce une larme ? Oui, je crois que c'est une larme. Une larme de la belle pour m'émouvoir ou plutôt pour me remercier de la laisser vivre à sa guise. Car j'ai bien sûr cédé à sa prière.

J'ai compris. Comme le Petit Prince, je sais maintenant que je suis responsable de ma rose.

 

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Commentaires
B
C'est magnifique quel bon moment de lecture en compagnie de ta si belle rose Bravo Yvanne et Merci
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Y
Merci à tous ceux qui m'ont lue. :-)
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T
J'en vibre encore. Touché !
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C
Tendre l’oreille et écouter la voix de la nature nous susurrer des paroles sages !!!<br /> <br /> Un texte merveilleux
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L
Joli ! Comme elle me parle, ton histoire de sauvetage, in extremis !
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T
oui merci pour elle
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K
Une petite voix qu'il faut écouter quand on a la chance de l'entendre : un cri de vie et de liberté !
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J
Pour épandre la poésie, pas besoin de vers ni de soliflore en verre ! Bravissimo !
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J
Je n'ai jamais aimé la rose du Petit Prince, ni ses griffes. Je préfère de loin le renard qui aurait toujours la couleur du blé et qui demandait des rites, car il fallait savoir bien préparer le coeur.
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W
Quelle émotion !<br /> <br /> ... Retour au bouquet donc ;-)
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